‹ Commentaire sur l'ouvrage de FilangieriChapitre 31 sur 57 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De ragricttlture comme source de richesse.

« Tout peuple qui renonce aux avantages de Tagricullure, qui , « aveuglé par les profits éblouissants des arts et du com- , « merce , négligfe le profit réel des prodnciioos de son terri*- « toire, et qui préfère, en uo mot, la forme à la matière, « méconnoît ses véritables intérêts... Le cultivateur, animé «par Te^Kiir de jouir on jour d*an hoonenr que ses bras « lui offrent , et qn il est assuré d'obtenir en le méritant , «sentira renaître son courage. •

liv. II , chap. X , p. 4 et 53.

En lisant plusieurs écrivains, Ton serait tenté de croire qu^il n'y a rien de plus stupide, de moins éclairé, de plus insouciant, que Tiiltérét individuel. Us nous disent gravement, tantôt que si le gouvernement n'encourage pas Tagriculture, tous les bras se tourneront vers les manufactures, et qu^ les campagnes resteront en friche ; tantôt que si le gouvernement n'encourage pas les manufactures, tous les bras Testeront dans les campagnes, que le produit de la terre sera for( au-dessus des besoins, et que le pays languira sans commerce et sans industrie , comme s'il n'étoit pas clair, 4'un côté, que l'agriculture sera toujours en raison des besoins d'un peuple; car il faut que les artisans et les manufacturiers aient de quoi se nourrir ; de l'autre , que les manufactures s'éléverpnt aussitôt que les produits de la terre seront en quantité suffisante; car l'intérêt individuel poussera les hommes à s'appliquer à des travaux plus lucra-

tifs que la multiplication des denrées, dont la quantité réduiroit le prix. Les gouvernements ne peuvent rien changer aux besoins physiques des hommes; la multiplication et le taux des produits, de quelque espèce quHls soient, se conforment toujours aux demandes de ces besoins. Il est absurde de croire quil ne suffit pas, pour rendre un genre de travail com-* mun, quHl soit utile à ceux qui s'y livrent. S'il y a plus de bras qu'il n'en faut pour exciter la fertilité du sol, les habitants tourneront naturellement leur activité vers d'autres brs^nche^ d'industrie; ils sentiront, sans que le gouvernement les en avertisse, que la concurrence, passant une certaine ligne, anéantit l'avantage du travail; l'intérêt particulier, sans être encouragé par l'autorité, sera suffisamment excité par sa propre nature à chercher un genre d'occupation plus profitable. Si la nature du terrain rend nécessaire un grand nombre de cultivateurs , les artisans et les manufacturiers ne se multiplieront pas; parceque le premier besoin d'un peuple étant de subsister, un peuple ne néglige jamais sa subsistance. D'ailleurs, l'état d'agriculteur étant plus nécessaire sera par cela seul plus lucratif que tout autre. Lorsqu'il n'y a pas de privilège abusif qui intervertisse l'ordre naturel, l'avantage d'une profession se compose toujours de son utilité absolue et de sa rareté relative. Le véritable encouragement pour tous les genres de travail, c'est le besoin qu'on en a. La liberté seule est suffisante pour les maintenir tous dans une salutaire et exacte proportion.

Les productions tendent toujours à se mettre au

isuR l'ouvrage de fil%ngieri. io5

niveau des besoins, sans que rautorité s'en mêle (i). Quand un genre de production est rare, son prix s'élève. Le prix s'élevant, cette production mieux payée attire à elle l'industrie et les capitaux. Il en résulte que cette production devient plus commune ; cette.production étant plus commune, son prix baisse^ et le prix baissant, une partie de l'industrie et des capitaux se tourne d'un autre côté. Alors la production redevenant plus rare, le prix se relève, et l'industrie y revient, jusqu'à ce que la production et son prix aient atteint un équilibre parfait.

Ce qui. trompe beaucoup d'écrivains, c'est qu'ils sont frappés de la langueur ou du malaise qu'é* prouvent, sous des gouvernements arbitraires, les classes laborieuses de la nation ; ils ne remontent pas à la cause du mal, mais s'imaginent qu'on y pourroit remédier par une action directe de l'autorité en faveur des classes souffrantes. Ainsi, par exemple, pour l'agriculture, lorsque des institutions in-justes et oppressives exposent les agriculteurs aux vexations des classes privilégiées , les campagnes sont bientôt en friche, parcequ'elles se dépeuplent.

Les classes agricoles accourent le plus qu'elles peuvent daijs les villes, pour se dérober à la servitude et à l'humiliation. Alors des spéculateurs imbéciles conseillent des encouragements positifs et partiels pour les agriculteurs; ils ne voient pas que tout se tient dans les sociétés humaines. La dépopulation des campagnes est le résultat d'une mau-

(i) Voyez Smith, liv. I , ch. 7 ; et Say, Économie politique.

vaise organisation politique. Des secours à quelques individus, ou tout autre palliatif artificiel et ïnomentané, n^ remédieront pas. Il n^ auroit de ressource que daas' la liberté et dans U justice. Pourquoi la prend-on toujours le plus tard que Ton peut?

Et remarquons ici que par cçla même qu^un |>euple seroit soumis à une législation arbitraire , il ne seroit pas plus commerçant qu^agriculteur. Le cornn^erce lui seroit même moins facile. Surchargé d^impots, il n auroit pas les capitaux nécessaires à sa prospérité ; vexé par la tyrannie, circonscrit dans ses moyens d action , tourmenté par les soupçons d^iine autorité ombrageuse , et entravé dans sa marche par des fonctionnaires habitués à tout soumettre à leurs volontés, il n^auroit pas la liberté qui peut seule faire ses succès.

Dailleurs, le commerce est utile à Tagriculture ; Tactiviié qu'il inspire est le meilleur moyen d'encourager toutes les professions laborieuses. Il met en circulation un grand nombre ae capitaux ; il ou* vre des débouchés aux denrées agricoles comme à toutes les autres denrées; il $ert donc le cultivateur bien loin de lui nuire; il habitue Thomme à s'occuper constamment, et à découvrir avec rapidité toutes les occasions de bénéfice. Ainsi, dès que le manque de bras se fera sentir pour Fagri culture, ses productions devenant plus lucratives, les commerçants deviendront agriculteu rs.

SUR l'ouvrage pe filangieri. 107

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