COMMENT LES EXCOMMUNIÉS FONT SATISFACTION
rexcommunié à la porte de l'oratoire pendant toute la durée de la prière et que les mots nihU dicms lui défendent de prendre une part quelconque à la liturgie. Plusieurs témoignages historiques confirmeraient cette interprétation (1). Pourtant, demeurer ainsi à la porte pendant tout l'office des longues nuits d'hiver serait chose pénible (2) • surtout si l'on prenait à la lettre l'expression frostrcdus jaceat. Ne semblet-il pas que saint Benoît lui-même explique sa pensée lorsqu'il ajoute, aussitôt après nihil dicens, nisi ^(xniwm...? L'excommunié se présentera devant l'oratoire tandis que les frères en sortiront ; il ne prononcera aucune parole, mais se bornera à se prosterner, le front dans la poussière, et à se jeter aux pieds de tou», — soit devant chacun, soit plutôt pendant que dure le défilé du couvent. Le premier remède à tout mal est l'humilité, et le moyen de l'humilité, l'humiliation. Les vertus morales s'acquièrent par l'exercice, par l'addition et la répétition des actes. L'excommunié continuera d'agir ainsi, dit la Règle, jusqu'à ce que l'Abbé juge que cette première satisfaction est complète et suffisante.
Qui dum jussus ab Abbate venerit, provolvat se ipsius Abbatis pedibus, deinde omnium vestigiis fratrum, ut orent pro eo.
C'est le deuxième degré de l'expiation régulière. Sur l'invitation de l'Abbé, le pénitent vient se jeter à ses pieds, puis aux pieds de tous les frères, sollicitant leurs prières, par des paroles, ou simplement par son attitude suppliante. On pressent que l'excommunication sera bientôt levée et le coupable réintégré dans la famille. Saint Benoît ne nous dit pas en quel lieu se fait cette seconde démarche.
Et tune, si jusserit Abbas, recipiatur in choro, vel in ordine quo Abbas decreverit; ita sane, ut Psalmum aut Lectionem vel aliud quid non praesumat in oratorio imponere, nisi iterum Abbas jubeat.
Lorsque l'Abbé l'ordonne, le pénitent est reçu au chœur, mais au rang que l'Abbé juge bon de lui assigner, non forcément à la place qu'il
(1) Voir la BègU de S. Fhuctueux (xnr), la Bègle du Mettre (xre). — Ménakd, Comcordia Regularum, p. 532-533.
(2) n est vrai que, devant l'église, se trouvait, d'ordinaire, un airium couvert; c'est là que se tenaiwit les pénitents et les catéchumèneSi
occupait avant sa chute. Et afin qu'il comprenne que son état n'est encore que celui de la convalescence, il lui est défendu de chanter ou de réciter (en solo probablement, ou avec la « schoia ») les psaumes, les leçons, ou d'autres pièces liturgiques du même caractère. Sa voix n'aura le droit de s'élever devant Dieu et devant les frères qu'après autorisation formelle de l'Abbé. Saint Benoît, s'il est discret dans l'usage des châtiments, n'aime pas cependant les amnisties rapides et totales, les facilités de pardon qui provoquent le retour des mêmes fautes.
Et omnibus Horis, dum completur opus Dei, projiciat se in terram, in loco in quo stat, et sic satisfaciat, usque dum ei jubeat Abbas, ut quiescat ab hac satisfactione.
Alors même qu'il a retrouvé place k la prière commune, le moine pénitent doit encore une dernière satisfaction. A la fin de chaque office, il se prosternera à terre, à la place même qu'il occupe au chœur ; et il renouvellera cette satisfaction jusqu'à ce que l'Abbé lui ordonne de s'en abstenir et de demeurer en paix. Il n'est pas dit, notons-le bien, que le moine remontait alors au rang qu'il occupait avant sa faute; N. B. Père a reconnu ailleurs à l'Abbé le droit de dégrader pour des motifs fondés : certia ex causis (chap. LXIII).
Qui vero pro levibus culpis excommunicatur tantum a mensa, in oratorio satisfaciat usque ad jussionem Abbatis ; et tamdiu hoc faciat, usque dum benedicat et dicat : Suffi cit.
L'expiation était de nature moins complexe et plus bénigne lorsqu'il s'agissait de l'excommunication mineure, dite a mensa parce qu'elle se traduisait surtout au réfectoire. Au chœur, l'excommunié était seulement privé du droit d'imposer les psaumes et les antiennes et de réciter les leçons, — jusqu'à ce qu'il ait satisfait, ajoutait saint Benoît (chap. XXIV). Ici, N. B. Père se borne à décréter que cette satisfaction aura lieu à l'oratoire, qu'elle durera autant que l'Abbé le jugera convenable, qu'elle se répétera jusqu'à ce qu'il ait accordé sa bénédiction et prononcé : Cela suflSt. Mais en quoi consistait cette satisfaction? EUe n'était autre chose, semble-t-il, que la prostration dont N. B. Père a parlé dans la phrase précédente : puisque la Règle ne donne point d'indication précise, on