‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 123 sur 171 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

DE l'observance DU CARÊME

De Quadragesimae observatione. — Licet omni tempore vita monachi Quadragesimae debeat observationem habere : tamen quia paucorum est ista virtus, ideo suademus istis diebus Quadragesimae omni puritate vitam suam custodire, omnes pariter negligentias aliorum temporum his diebus sanctis diluera.

Saint Benoît a eu l'occasion, au chapitre précédent, de décrire certaines observaufces communes du Carême ; mais telle est l'importance de cette période dans une vie chrétienne et monastique (1) qu'il lui consacre un chapitre spécial, oii sont proposées à chacun quelques pratiques facultatives et surtout les dispositions surnaturelles qui donneront du prix à ses oeuvres.

Ne nous méprenons pas sur le caractère de cette affirmation de saint Benoît « qu'en tout temps la vie d'un moine doit témoigner de la même observance qu'en Carême ». Le Carême, selon l'acception courante, signifie une portion de l'année consacrée au jeûne, à l'abstinence, à des pratiques de mortification. Le monde, parce qu'il est toujours frappé par les choses qui le molestent davantage, ne voit dans le Carême que des retranche rents sur le boire et le manger ; il prend plutôt conscience de? pénalités culinaires de cette période que de son intention réelle et profonde de pénitence. Mais dans la pensée de saint Benoît le Carême a une acception plus large. Lorsqu'il souhaite que la vie du moine soit un perpétuel carême, il n'entend pas parler de celui de l'estomac : c'eût été bouleverser la règle établie ailleurs et laisser au moine la dangereuse liberté de manger ou de ne manger pas, et de manger à ses heures ; c'eût été manquer de discrétion. Même, il ne semble pas que N. B. Père songe

(1) Cf. Cass., Conlat. XXI,

ici à entraîner ses moines dans un régime d'austérités sans fin et de mortification extraordinaire. H parle du carême spirituel, conciliable avec tous les horaires, avec tous les états de santé, supérieur de beaucoup au carême matériel, lequel n'est qu'un procédé qui nous aide à réaliser l'autre.

Ce vrai carême implique deux éléments : un élément négatif et un élément positif, un élément de séparation et un élément d'union. Il consiste d'abord dans l'élimination du péché et de l'imperfection même, dans la suppression de tout ce qui est inconciliable avec la volonté de Dieu sur nous, avec la dignité de notre vocation, avec le sérieux de notre promesse. Et le carême spirituel est complet lorsque sont pratiquées les bonnes œuvres, lorsque l'âme adhère à Dieu plus intimement. Or, en tout temps, la vie du moine devrait s'efforcer de remplir ce programme de sainteté. La seule réalité de notre insertion au Seigneur et de notre collaboration liturgique quotidienne à son mystère devrait suffire pour imprimer à notre vie l'allure d'une fidélité croissante. Mais saint Benoît connaît les hommes : Paucorum est ista virtus. Il y a toujours une distance entre ce que nous sommes et notre idéal ; même dans la loyauté parfaite, il y a des défaillances d'exécution. Et le dessein du Carême est celui-ci : nous fournir l'occasion de réparer, d'expier toutes les négligences des autres temps. Le Carême est encore une période do recueillement, de docilité plus attentive, d'entraînement surnaturel : Omni puritcUe vUam suam custodire. Saint Benoît entend ici le mot pureté dans son sens larçe et compréhensif : c'est la vie d'unité et d'union à Dieu sans partage, l'absence de tout alliage dans le principe qui détermine intérieiuement notre activité : Qui SpirUu Dei aguntur, ii sunt filii Dei; c'est la vraie virginité du cœur. Garder son âme en toute pureté et effacer les négligences des autres temps de l'année : ces deux recommandations sont liées ensemble comme cause et effet : nous n'atteignons les fautes d'autrefois que par la fidélité d'aujourd'hui (1).

Quod tune digne fît, si ab omnibus viliis nos temperemus; oralioni cum flotibus, lectioni, et com-

(1) Saint Benoît s'est inspiré de plusieurs passages de S. Léon i.e Grand : Haec auiem praeparatio, Kc^ omni tempore salubriter assumatur,... nunc tamen solliciiivs expetenda est... Seienfes enim [adversarii nostri] adesse sacratissimos Quadragesù: ce aies, in quorum observantia omnes praeieritae desidiae castiganlur, omnes négligent ire dilmmtitr. — Debebatur quidem taniis mysteriis iia incessabilis devoUo et continuaia revereniia, ut taies permaneremus in œnspecUi, Dei, quales fios in ipso pasdudi ftsto dignum est inveniri. Sed quia haec jorliluAo paucorum est... magna divinae institutiords salubritate provisum est, ul ad reparandam mentium puriiatem quadraginta nobis dierum tocercitaiio mederetur, in quibus aliorum temporum culpas et pia opéra redimerent, et jejunia casta decoquerent. — Deo ita demum sacrifidum verae ahstinentiae et verae pietalis offerimus, si nos ab omni malifia coniineamus {De Quadrag., Sermo I, 2. P. L., LIV, 264 ; Sermo IV, 1 et 6. P. L., ibid., 275, 280).

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