DES LETTRES ET DES EULOGIES
disent la plupart des commentateurs, les sévérités de la discipline régulière sont dirigées contre celui-là seulement qui s'attribue indûment un objet, non contre celui qui s'attriste d'avoir été frustré, à moins peut-être que cette tristesse ne l'amène à des excès scandaleux.
E faut nous souvenir qu'en cette matière de la pauvreté trois choses sont à distinguer : le vœu, la vertu, l'esprit de pauvreté. Je suis en règle avec le vœu, lorsque je m'abstiens des actes qui me sont interdits, ou mieux que je me suis interdits en émettant le vœu : ne rien posséder, ne disposer de rien, ne rien détruire. Mais le vœu est bien menacé si nous n'allons pas jusqu'à la vertu : celle-ci nous porte non pas seulement à exécuter tant bien que mal, mais à réaliser avec facilité, avec promptitude et avec joie les renoncements et les privations. A son tour, la vertu n'est complète qu'à la condition d'être rattachée à son motif le plus élevé et à son premier anneau. L'esprit de la pauvreté, c'est de nous considérer comme unis à Dieu, comme devant ressembler à Dieu. Nous ne sommes pas sortis du monde pour entrer dans la solitude, mais bien dans la société de Dieu. Nous ne sommes pas pauvres pour être pauvres, mais pour être riches de Dieu, riches comme Dieu. Dieu aussi est pauvre : il n'a que lui ; il est pourtant l'opulence infinie, puisqu'il possède en soi toute plénitude. C'est le dernier mot de notre pauvreté. Et, à cette hauteur, les trois vœux de religion se rejoignent, comme les trois vertus théologales se rencontrent dans l'union avec Dieu.