CHAPITRE LVI
DE LA TABLE DE l'ABBÉ
De mensa Abbatis. — Mensa Abbatis cum hospitibus et peregrinis sit semper. Quoties tamen minus sunt hospites, quos vult de fratribus vocare, in ipsius sit potestate. Seniorum autem unum aut duo semper cum fratribus dimittendos procuret, propter disciplinam.
n est peu de chapitres plus courts et, semble-t-il, plus clairs que celui-ci: il en est peu néanmoins qui aient suscité tant de controverses. On s'est demandé comment saint Benoît avait pu prescrire à l'Abbé d'avoir régulièrement sa table avec les hôtes en général et spécialement avec les pèlerins : cum hospUibus et peregrinis (1). N. B. Père ayant dit ailleurs que les hôtes ne manquent jamais au monastère, il suit que l'Abbé devra sans cesse déserter sa maison. A priori, a-t-on dit, cela est impossible : car, au point de vue de la discipline, comme au point de vue financier, ce serait le désordre et un sérieux danger de décadence monastique ; quant à la vertu de l'Abbé, elle est en singulier péril, s'il doit prendre ses repas, et bientôt passer ses journées, en marge de sa communauté, avec les séculiers ! Quis enim exprimere valeat, s'écrie D. Martène, quanta inde tum in spirUvAÛilus, tum in iemporaliius, oriurUur mala, dum fervet olla Abbatis et alget congregationis cacabus ?
De fait et à posteriori, toutes les anciennes Règles placent l'Abbé au réfectoire commun. La plupart des Commentaires, à commencer par celui d'Hildemar, les coutumiers des monastères fervents de toutes les époques, protestent contre l'interprétation littérale du texte de saint Benoît. Des conciles même, comme celui d'Aix-la-Chapelle de 817, défendent à l'Abbé d'avoir table à part. A Cluny, dit Pierre le Vénérable,
(1) Paul Diacre donne une autre explication : Hospites sunt qui de eadem région» suni, id est de prope; peregrini sunt, qui de alia regione sunt,