‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 159 sur 171 · DES CORRECTIONS IRRÉGULIÈRES · texte numérisé non relu

DES CORRECTIONS IRRÉGULIÈRES

traduire toute faute, quelle qu'elle soit, devant la communauté entière peut ressembler à une véritable diffamation? — Le sens est plutôt celui-ci : les transgressions d'un caractère public et scandaleux {peocarUes coram omnibus) ne peuvent demeurer sans châtiment ; il faudra que quelqu'un d'autorisé corrige de pareilles fautes, avec énergie, en public au besoin, et de façon à effrayer les turbulents (1).

Infantibus vero usque ad quintum decimum anniim aetatis, disciplinae diligentia sit, et custodia adiiibeatur ab omnibus ; sed et hoc cum omni mensura et ratione.

En stipulant que nul ne peut usurper le droit de punir ses frères, saint Benoît n'a pas voulu rapporter les dispositions que nous avons rencontrées déjà et qui soumettent les enfants de moins de quinze ans à la surveillance et à la correction de tous leurs aînés d'âge, quels qu'ils soient. Les enfants vivaient mêlés aux anciens, ils suivaient avec eux la plupart des exercices et étaient formés par les soins de tous. « Cette manière d'élever les jeunes gens valait peut-être bien celle qui a été en usage depuis, dit D. Calmet. On a l'expérience que des enfants qu'on élève dans l'habitude de penser et de parler sérieusement, sont capables d'acquérir de fort bonne heure une grande maturité et une sagesse rare, et qu'on ne trouve point dans les enfants nourris parmi des personnes dissipées ou avec d'autres enfants. » Mais N. B. Père a prévu le danger. Lorsqu'un ancien, de mœurs rudes et quelque peu barbares encore, prenait en grippe ces petits enfants qui étaient espiègles et qui avaient aussi le tort d'être ses aînés de profession, il distribuait peut-être les sévices sans beaucoup de réserve. H est difficile de raisonner avec les enfants, et saint Benoît n'ignorait pas que la première éducation se fait autrement que par voie d'intelligence : il demande pourtant que la correction soit exercée en toute mesure et sagesse.

Nam in fortiori aetate qui praesumpserit aliquatenus sine praecepto Abbatis, vel in ipsis infantibus

(1) La plupart des commentateurs rattachent les mots coram omnihis tout ensemble à peccantes et à argiuzntur. Smaragde rappelle à ce propos le texte du Lévitique : Non oderis fratrem tuum in corde tuo, sed publiée argue eum, ne haheas super eo peceatum (xix, 17). — Ipsa corripienda sunt coram omnibus, quae peccantur ccram omnibus ;ipsa cor ripiendasuntsecretius,quaepeccantur secreiius (S. AvG., Sermo LXXXII, 10. P. L., XXXVIII, 611). — Autre explicadon : nul ne doit infliger sans mandat une peine corporelle o;i spirituelle {excommunicare aut caedere), mais, devant une faute publique et scandaleuse, chacun peut protester et reprendre {arguere)^

sine discrelione exarserit, disciplinae regulari subjaceat, quia scriptum est : Quod tibi non vis fieri, alii ne feceris.

Saint Benoît se résume et conclut Celui qui aura la témérité de sévir, en quelque manière que ce soit, sans l'ordre de l'Abbé, contre des frères adultes, ou indiscrètement contre des enfants : celui-là sera soumis à 1» discipline r^ulière ; il expérimentera à ses dépens et pour son amendement futur la sagesse du conseil divin : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse à vous-même (1).

Les prescriptions de ce chapitre s'adressent premièrement à ceux qui n'ont aucune autorité pour châtier leurs frères ; elles concernent même tous ceux que le code pénal monastique, la coutume légitime ou bien une délégation spéciale investissent du droit ordinaire ou extraordinaire de correction, lorsqu'ils dépassent les bornes de ce qui leur est permis par la Règle et par la prudence. D'une manière générale, toute correction doit réaliser les trois conditions suivantes : la compétence, une cause juste et assez considérable, une proportion entre le châtiment et la faute qui le détermine. Le résultat de la correction sera bien compromis si l'on s'aperçoit que nous cédons à des impatiences, à des antipathies naturelles, aux poussées d'un tempérament irritable : réservons notre antipathie pour nos propres défauts.

(1) C'est le neuvième ùutiuxueat des boimes œaviM ; voir plus haut, p. 76^

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