DU BON ZÈLE QUE DOIVENT POSSÉDER LES MOINES
De zelo bono quem debent habere monachi. — Sicut est zelus amariludinis malus, qui séparât a Dec, et ducit ad infernum : ita est zelus bonus, qui séparât a vitiis, et ducit ad Deum et ad vitam aeternam. Hune ergo zelum ferventissimo amore exerceant monachi...
Ce chapitre complète et résume tout renseignement des quatre qui précèdent. On pourrait même le considérer comme une synthèse de la Rèî^le entière. Saint Benoît condense toute la science de la perfection rconastique en quelques sentences brèves et pleines, qui ont l'éclat et la solidité du diamant. Encore que les éléments doctrinaux et les formules elles-mêmes nous soient déjà connus en partie, leur choix et leur groupement leur donnent ici une valeur nouvelle (1).
C'est une idée aussi ancienne que le christianisme et très familière à saint Benoît que toute vie humaine a pratiquement le choix entre deux directions, et deux seulement, entre deux voies : la voie du mal, de la séparation d'avec Dieu, de l'enfer ; et la voie du bien, de la séparation d'avec les vices, de l'union à Dieu, de la vie étemelle. Sur ces deux routes, deux armées ennemies se hâtent, et entre elles il y a de perpétuelles rencontres. Chacune a son chef et son étendard, chacune sa devise, sa tactique et ses armes; dans un camp, c'est l'orgueil, la désobéissance, le Non serviam de Lucifer; dans l'autre, c'est l'humilité, l'obéissance, le Quis
(1) C'est l'écho de l'enseignement de S. Basile : Reg. contr., xn sq. Voici comment les anciens comprenaient la vie contemplative : Quali affedu débet servire qui servit Deo? Affectum honum vel animum illum esse ariitror ego, cum desiderium vehemens et inexpleiile alque immobile inest nobis placendi Deo. Impletur autem iste affedus per theoriam (Oswp(av), id est sciendam per quam iniueri et perspicere possumus magnificentiam gloriae ÎDei, et per œgitationes pias et puras, et per memoriam bonorum quae nobis a Deo collata sunt; ex quorum recordatione venit animae diledio Domini Dei sui, ut eum diligat ex toto corde suo, et ex tota anima sua, et ex tota mente sua (xiv).