Nihil amori Christi praeponere
Peut-être le voisinage du précepte contenu dans le vingtième instrument avec ceux qui précèdent immédiatement a-t-il été suggéré à saint Benoît par le texte de saint Jacques (i, 27) : Religio munda et immaculaia apud Deum et Patrem, haec est : Visitare pupilles et viduas in tribidoiione eorum, et immaculatum se custodire ah hoc saeeulo. Ce qui est sûr, c'est que les instruments vingtième et vingt et unième ont une portée géné-
(1) Recreare, c'est non seulement faire Tanmône, mais donner à manger aux pauvres, les restaurer, les « relaire ».
(2) Les instruments 16, 16, 22, 23, 25, 26, 27, 41 se trouvent dans un sermon publié parmi les spuria de S. Ambroise {Sermo XXIV, 11. P, L., XVII, 654). Le début et quelques autres portions du sermon appartiennent probablement à saint Césaire, mais le tout est une compilation où sont enûés des éléments moios anciens.
raie, qu'ils sont liés étroitement et se complètent l'un l'autre, qu'ils ont pour dessein d'orienter la vie, en montrant de quel pôle elle se doit détourner, vers quel pôle il lui faut tendre. Nous retrouvons l'alternative signalée dès le Prologue : le siècle ou Jésus-Christ, dans un antagonisme absolu ; on ne peut demeurer neutre, il faut appartenir tout entier à l'un ou tout entier à l'autre.
Les paroles de saint Benoît sont énergiques : se faire étranger aux actes du siècle. Les actes du siècle, c'est le mal sous toutes ses formes : Corrvmpere et corrumpi saeculum vocatur, corrupteur et corrompu, voilà le monde. Dès lors que nous sommes entrés dans le Christ par le baptême et par la profession monastique, nous devons nous tenir le plus loin possible du monde, n'avoir aucun rapport avec lui ; il n'y aura pas plus de relations entre nous qu'il n'y en a entre deux cadavres : Mihi mundus erucifixus est, et ego mundo (Gal., vi, 14). Gardons-nous de penser qu'il soit opportun quelquefois d'atténuer les dissemblances, de diminuer la distance qui nous sépare. L'Apôtre nous avertit que nous ne pouvons plaire à Dieu qu'à la condition de garder l'intégrité de ce que nous sommes : Nemo militans Deo impUcat se negotiis szeculanius, ut ei placeat cui se prohavit (II Tim., ii, 4). Le monde lui-même se scandalise de nos condescendances à son égard, et la parole de Vlmitation se vérifie toujours : Putamus aliquando aliis placere ex conjunctione nostra, et indpimus magis displicere ex morum improhitate in nohis considerata (I, viii).
Pourt. nt nous ne nous sommes pas voués à la solitude : si nous nous éloignons du monde, ce n'est que pour nous rapprocher de Dieu. Nul amour créé pour une beauté créée ne l'emportera sur l'amour qui nous lie au Christ. Cette sentence plaisait à N. B. Père, qui la répète au chapitre LXXII. Les commentateurs indiquent saint Matthieu (x, 37-38) comme source de ce passage, mais l'inspiration en est plutôt patristique. Il est dit dans la Vie de saint Antoine : Sermo ejus sale conditus consolahatur moestos, docebat insdos, concordahat iratos : omniitis suadens niMl amori Christi anteponendum (1). Et saint Cyprien avait écrit déjà : Chisto nikU omnino praeponere (2).