‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 48 sur 171 · P. L., XIV · texte numérisé non relu

P. L., XIV

(3) Inst., II, V.

(4) Inst, II, XI. — Dans la Règle de S. Pacôme il est fait plusieurs fois allusion à la psalmodie responsoriale : xiv-xvui, cxxvii-cxxvm.

(6) Inst., III, viiL — Voir la Lettre de S. Basile au clergé de Néo-Césarée, P, G., XXXII, 760-765.

considère comme une nouveauté indiscrète l'usage de chanter en une nuit vingt ou trente psaumes : et hos ipsos a'utiphoiiarwm proielatos melodiis et adjunctione quanmdam nwdulationum (1). Les moines d'Orient, au moins ceux du désert, furent longtemps rebelles à l'introduction dans leur liturgie des canons et des tropaires (2).

Saint Benoît, de même que saint Césaire (3), adopte les antiphones, les répons, les hymnes. Chanter les psaumes avec antienne, c'est vraisemblablement intercaler un refrain entre les versets. L'office devenait de la sorte plus solennel, plus long, plus pénible aussi. C'est pourquoi N. B. Père supprime les antiennes aux petites Heures, à moins que la communauté ne soit nombreuse, et à Compiles (chap. XVII). Le psaume Lxvi, du début de Laudes, les psaumes des petites Heures lorsque la communauté est réduite, et ceux de Compiles se disent diredanec, in diredum. La psalmodie in diredum est indiquée aussi dans la liturgie de saint Césaire et de saint Aurélien ; elle existe encore, sous cette même rubrique, dans l'ambrosienne, et consiste en ce que le chœur tout entier l'exécute d'une commune voix et d'un trait (4). Mais, si l'on s'en tient au texte de la Règle, elle est simplement une psalmodie dépourvue d'antiennes, sans qu'il soit possible de déterminer son mode d'exécution (5). n n'est pas même sûr, selon la judicieuse remarque de D. Calmet, que les psaumes inscrits cum antiphonis fussent chantés à deux chœurs. Il est possible que le mode responsorial, usité chez les Pères d'Orient et que nous retrouvons chez saint Aurélien peu après saint Benoît, ait été conservé par celui-ci. Peut-être tous les moines capables de remplir dignement cet office et autorisés par l'Abbé chantaient-ils les psaumes, à tour de rôle, seuls ou groupés en « schola », le chœur répétant l'antienne qu'avait d'abord chantée le soliste ou la « schola » (6) : Psaîmos autem, vel antir phonas, post Aihatem, ordine suo, quitus jussum fuerit, imponant Cantare autem aut légère non praesumat, nisi qui potest ipsum officium implere,

(!) InsL, II, II. Que représente au juste pour Cassien ce mot « antiphone »? (Cf. aussi InsL, II, viii.) Chez les anciens il désigne tantôt un chant en octaves, tantôt le mode alternant, tantôt le psaume lui-même ou le centon exécuté selon ce mode, avec ou sans intcrcalation d'un refrain, tantôt le refrain, etc. Voir la Peregrinatio ad loca sancta, dont nous pouvons appeler l'auteur Eucheria, jusqu'à meilleure information.

(2) Cf. E. BouvY, Poètes et mélodes, p. 234 et suiv.

(3) Reg. ad mon., xxi. Cf. surtout : Reg. monasterii sanctae Caesariae, xi. Acta SS., XII Januarii (Holstenius n'a pas donné un texte aussi complet). Le cursus indiqué ici est celui de Lérins ; la Règle de S. Aurélien donne à peu près le même. Le P. Blume {Der Cursus S. Benedicti Nursini und die liturgischen Hymnen des 6-9 lahrhunderts..., p. 35-39) cite ce cursus de Lérins d'après le manuscrit 28118 de Munich.

(4) Cf. ToMMASi, op. cit.

(6) En tout cas, la psalmodie in diredum n'est pas la simple récitation recto tono, comme D. Calmet en demeurait « persuadé », en dépit de Tommasi (Comment, sur le chap. xii).

(6) Des usages analogues existent encore aujourd'hui dans la liturgie des Grecs. Cf. D. Placide de Meester, Voyage de deux Bénédictins aux monastères du Moni Athos, p. 266-267,

ut aedificentur audientes (chap. XL VII ; voir aussi le chap. LXIII), Il est dit ailleurs de l'excommunié de la table commune : Ut in oratorio psalmum aut antiphonam non imponat, neque lectionem recitet, usque ad satisfaciionem (chap. XXIV) (1). On ne saurait objecter que l'expression imponere a, comme chez nous, le sens d' '< imposer » les premiers mots ou les premières notes : car saint Benoît lui-même, au chapitre XLIV, lui donne une acception moins restreinte : Psalmum aut lectionem vél aliud quid non praesumat in oratorio imponere.

Quant aux répons, N. B. Père distingue le hreve responsorium du répons prolixe faisant suite aux longues leçons, et assez étendu luimême pour qu'on puisse, au besoin, l'abréger, si les frères se sont levés en retard (chap. XI). Le répons prolixe est, ou bien un véritable psalmus responsorium à mélodie plus ornée, ou bien une historia de style scripturaire ou ecclésiastique; son exécution demande probablement une compétence spéciale : mais tout ce que nous apprend la Kègle, c'est qu'un « chantre » y intervient.

Inde sequatur Amhrosianum : c'est l'hymne, empruntée à saint Ambroise et à la liturgie milanaise (2). Sans se poser la question d'authenticité, N. B. Père parle selon l'usage courant. Le grand évêque avait obtenu pour l'hymne droit de cité pour ainsi dire dans l'Église occidentale. A l'aurore même du christianisme, dans les épîtres de saint Paul par exemple (Rom., xm, 11-12; Ephes., v, 14; I Timoth., iii, 16; II Timoth., ii, 11-13), il y a des traces visibles de ces hymnes spirituelles dans lesquelles s'épanouit librement l'effusion des dons de l 'Esprit-Saint. Mais les hérétiques abusèrent de ce procédé très populaire pour semer partout leurs erreurs ; il fallut administrer un contre-poison, et la littérature catholique s'enrichit d'œuvres admirables. Pourtant l'Église romaine, sans doute toujours soucieuse du danger, se montra d'abord très réservée à l'égard des hymnes et ne les admit officiellement dans sa liturgie que longtemps après saint Benoît.

Deindesex Psalmi cum Antiphonis. Quibus dictis, dicto Versu, benedicatAbbas, et sedentibus omnibus in scamnis, legantur vicissim a fratribus in codice super analogium très Lectiones, inter quas tria Responsoria canantur. Duo Responsoria sine a Gloria »

(1) Nous ne saurions tirer un renseignement précis sur la psalmodie bénédictine de ce texte du chap. xliii : Non praesumat sociari choro psallentium usque ad satisfadionem.

(2) Consulter : C. Blume, Der Cursus S. Benedicti Nursini und die liiurgischen Hymnen des 6-9 lahrhunderts. C, R. dans la Rev. Bénéd., 1908, p. 367-374; 1911, p. 362-364.

(licantur. Post tertiam vero Lectionem, qui cantat, dicat « Gloria » ; quam dum incipit cantor dicere, mox omnes de sedilibus surgant ob honorem et reverentiam sanctissimae Trinitatis. Codices autera legantur in Vigiliis, tam veteris Testamenti, quam novi, divinaeauctoritatis;sed et expositiones earum, quae a nominatissimis et orthodoxis et catholicis Patribus factae sunt.

La psalmodie est la partie essentielle de l'office. Comme Toffice férial est divisé en deux nocturnes, on attribue à chacun d'eux six des douze psaumes qui, traditionnellement, selon la coutume de l'Orient et d'après des indications angéliques (1), devaient être récités chaque nuit. Le verset et sa réponse, brèves acclamations du soliste et du chœnr, ravivent l'esprit de prière et savent de transition entre la psalmodie et les lectures.

La synagogue unissait, elle aussi, les lectures à la psalmodie ; on lisait d'abord la Loi, puis les Prophètes ; enfin le personnage le plus qualifié donnait une homélie : le Seigneur le fit quelquefois (Luc, iv, 16 sq.). L'Église chrétienne adopta une disposition analogue : Ancien Testament, Actes ou Épîtres, ÊvangUe et prédication lue ou parlée. Nous retrouvons les trois leçons à l' Avant-Messe de certains y>urs, dans notre Missel romain ; et nous nous souvenons que l'Avant-Messe est peut-être un vestige de l'antique Vigile. A l'Avant-Messe comme à la Vigile on lisait aussi parfois les lettres de saints évêques, tels que saint Clément de Rome, les lettres des Églises, la Passion des martyrs au jour de leur natalis. Sans rechercher ici quelle part d'initiative eut N. B. Père dans le choix des lectures et la fixation de leur ordre (2), constatons simplemait que saint Benoît prescrit de lire l'Ancien Testament, le Nouveau et les commentaires autorisés des Pères. Il ne nous dit point si les trois leçons de la Vigile fériale sont empruntées à ces trois sources et dans cet ordre ; le chapitre XI nous apprendra seulement que les leçons du troisième nocturne, le dimanche, appartiennent au Nouveau Testament et que la solennelle lecture de l'Évangile vient en dernier lieu.

(1) Cass., Insi., n, V.

(2) Cassien dit que ies moines d'Egypte font suivre le chant des douze psaumes, aux offices du soir et de la nuit, de deux leçons, l'une de l'Ancien, l'autre du Nouveau Testament (Insi., II, rv). In die vero sahiati vel do-minico utrasque de novo recitant Tesiamento, id est unam de Apostolo vel Adibus Apostohrum et aliam de Evangeliia; quod eiiam totis Quinquagesimae diebus faciunt hi, quihus ledio curae est seu memoria Scripiwarum, (Ibid., vi). En Palestine on récite trois leçons (III, viii. — Voir les notes de l'éditeur D. Gazet).

DE L'OFFICE DE NUIT EN HIVER ili

Nous ne savons pas davantage dans quelle mesure était laissé à l'Abbé le soin de déterminer les lectures. La tradition et l'usage avaient depuis longtemps, serable-t-il, assigné aux principales périodes liturgiques des péricopes scripturaires appropriées, et ce sont parfois les mêmes lectures que maintenant (1). D'autre part, les Actes des martyrs devaient être lus le jour de leur fête ; au chapitre XIV, N; B. Père demande qu'aux fêtes des saints et dans toutes les solennités on dise les psaumes, les antiennes et les leçons ad vpsum diem pertinentes. Plus de liberté sans doute était laissée à l'Abbé relativement aux écrits des Pères. Saint Benoît lui recommande de ne faire lire comme Écriture sainte que les livres authentiques et canoniques, et de choisir, parmi les Pères les plus connus, ceux qui sont orthodoxes et catholiques. Le bien premier est celui de la foi; à une époque où les manuscrits étaient rares et où la critique l'était aussi, les doctrines perverses ou douteuses pouvaient facilement se servir des lectures ecclésiastiques pour se glisser dans les âmes. D'autant qu'à l'origine, et en dehors d'un jugement formel rendu par l'Église, c'était le fait d'être lus assidûment dans les assemblées du culte qui préjugeait l'authenticité et l'orthodoxie des livres eux-mêmes. Le fameux décret dit du pape Grélase sur les lectures publiques (2) est peut-être contemporain de N. B. Père. A son époque on lisait surtout saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, même Origène.

Dicto versu, lenedicat Âhias. Le lecteur demandait au président du chœur , licence de se faire entendre et sollicitait par son entremise la bénédiction de Dieu (3); notre formule est très ancienne. Smaragde cite un texte de bénédiction : Precibus omnium sanctorum suorum salvet et lenedicat nos Dominus, — vel aliam aliquam hujusmodi henedidionem. On ne distinguait pas encore l'absolution de la bénédiction. Il semble que l'Abbé ne donnait pas trois bénédictions, mais une seule (4), dont étaient censés bénéficier les trois lecteurs qui se succédaient au pupitre, au légile {analogium ne désigne pas seulement l'ambon). Saint Benoît dit formellement que les frères lisent à tour de rôle, afin sans doute de ne pas se fatiguer. Les leçons, en effet, étaient alors beaucoup plus copieuses qu'elles ne le sont aujourd'hui : saint Césaire parle de « trois feuillets (6) ». Et cet usage dura de longs siècles. « Dans l'Ordre de Cluny, dit D. Calmet (6), on

(1) Cf. Paléographie musicale, t. V, p. 111, note. — D. Bàumer, Hist du Bréviaire, h II, c. IV, § V : Leçons. T. I, p. 380 sq. — D. Baudot, les Evangéliaires ; les Ledionnaires.

(2) Thiel, Epistolae Romanorum Pontificum genuinae, 1. 1, p. 454 sq. — Cf. Ernst VON DoBSCHuTZ, Dos DecTetum Gelasianum (Leipzig, 1912). — D. J. Chapman, On the Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis {Revue Bénédictine, 1913).

(3) Cf. Grancolas, Commentaire historique sur le Bréviaire Romain, t. I, p. 207.

(4) Au chap. XI saint Benoît ne parle de la bénédiction qu'avant les leçons du troisième nocturne, mais il est permis de croire qu'elle était donnée aussi avant les lectures des deux premiers.

(6) Reg. ad mon., xx.

(6) Comment, sur le chap. vm.

lisait toute la Genèse dans la semaine de la Septuagésime et tout Isaïe dans six jours de férié. Saint Udalric raconte qu'un religieux, qui faisait le signe pour finir les leçons, fut accusé en chapitre de les avoir trop abrégées parce qu'il n'avait fait lire que l'Épître aux Romains dans deux jours de férié. Le B. Jean de Gorze (1) lut un jour tout Daniel pour une seule leçon. » L'étendue des leçons variait selon la longueur des nuits et dépendait de la volonté du président et des coutumes (2). Il ne fallait pas songer à les réciter de mémoire, comme on pouvait le faire pour les psaumes : aussi N. B. Père mentionne-t-il le codex placé sur le pupitre.

Chez saint Césaire et saint Aurélien, le lecteur s'asseyait. Saint Benoît dit seulement que tous les frères sont assis sur les bancs, in scamnis, pendant les leçons (sauf pendant celle de l'Évangile : chap. XI) et pendant les répons, sauf au Gloria. Cela nous laisse entendre que la psalmodie avait lieu debout : on priait ainsi chez les premiers chrétiens ; et les commentateurs remarquent que saint Benoît emploie ordinairement le mot stare pour parler de la posture ordinaire des moines au chœur : sic siemus ad psallendum...; post Abhatem stare...; in choro standum...f idtimus omnium stet. Et si N. B. Père ne prescrit pas de se lever pendant le Cfloria des psaumes, c'est qu'on est déjà debout. Actuellement encore, les moines grecs ne s'assoient que pendant les lectures ; et nous-mêmes, nous sommes censés debout, même lorsque nous bénéficions de la « miséricorde » de nos stalles. Nous ignorons comment finissaient les lectures. Quelques siècles après saint Benoît, nous constatons qu'en certaines églises celui qui préside fait cesser le lecteur en disant : Tu autem (s. e. siste) ; celui-ci répond : Domine, miserere nohis, et le chœur : Deo gratias.

Nous avons parlé déjà des répons faisant suite naturelle aux leçons, lectiones cum responsoriis suis, et dont le dernier se termine par le Gloria. Notons ce que dit N. B. Père de la dévotion des moines envers la sainte Trinité, et veillons à ce que nos inclinations profondes soient autre chose que des mouvements mécaniques. Saint Benoît recommande seulement de se lever ; mais les inclinations, les génuflexions, les prostrations ont existé de tout temps dans l'Église ; N. B. Père n'a point songé à écrire un cérémonial complet (au chap. L il est question de fléchir les genoux).

Post has vero ires Lectiones cum Responsoriis suis, sequantur reliqui sex Psalmi cum « Alléluia » cantandi. Post hos Lectio Apostoli sequatur, ex

(1) Ada S8., Febr., +, III, p. 705.

(2) Cf* Udalb , Consuet. Clun., 1. I, c. L

corde recitanda, et Versus, et supplicatio Litaniae, id est, « Kyrie eleison ». Et sic finiantur Vigiliae nocturnae.

On ne laissait pas d'intervalle entre les nocturnes ; mais, aussitôt le premier terminé, on chantait les six autres psaumes, non plus avec antienne, mais avec Alléluia. Nous avons rencontré chez Cassien cet emploi de VAllehiia. H est probable que chez saint Benoît on le répétait, comme une antienne, au cours du psaume. Vient ensuite une leçon empruntée à l'apôtre saint Paul, assez brève pour qu'on puisse la réciter de mémoire ; et, après le verset, la supplication litanique, c'est-à-dire, explique saint Benoît, le Kyrie eleison (1). Mais le Kyrie, plusieurs fois répété, n'était que le début de toute une série d'invocations pressantes qui terminaient, dans les premiers siècles, les principales fonctions liturgiques : ce sont les capUella dont parlent par exemple le concile d'Agde de 506, les Règles de saint Césaire et de saint Aurélien, ce sont les preces feriales conservées au Bréviaire romain. Encore que saint Benoît ne parle pas ici du Pater, il est bien probable qu'on le récitait, et tout bas (voir le chap. XIII) : il faisait partie de la litanie. Selon beaucoup de commentateurs et de liturgistes, N. B. Père sous-entendrait aussi la collecte traditionnelle, et c'est avec elle seulement que se seraient achevées les Vigiles de la nuit, comme du reste toutes les Heures : nous aurons l'occasion d'y revenir.

(1) Le concile de Vaison de 529 (can. m. Mansi, t. VIII, col. 727) décrète : Ut Kyrie eleison frequentius mm grandi affecta ei compunclione dicalur,... ad Matutinos et ad Missas et ad Vesperamt

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