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CHAPITRE IX combien de psaumes il faut dire pendant les heures de nuit

Quoi psalmi dicendi sunt in nocturnis horis. — Hiemis tempore, praemisso in primis Versu : Deus in adjutorium meum intende, Domine ad adjuvandum me festina, in secundo ter dicendum est : Domine, labia mea aperies, et os meum annuntiabit laudem tuam; cui subjungendus est tertius Psalmus, et « Gloria ». Post hune, Psalmus nonagesimus quartus cum Antiphona, aut certe decantandus. Inde sequatur Ambrosianum.

Le chapitre précédent a déterminé l'heure où doit commencer l'office de nuit, et il a divisé l'année liturgique en deux parts, l'hiver et l'été ; cdui-ci indique la composition de l'office nocturne en hiver, tandis que le suivant donnera le dessin de la Vigile en été. C'est seulement de l'office du temps et de l'office férial qu'il est question.

Nous avons d'abord une double série de prières préparatoires. La première série commence par le verset second du psaume lxix : Deus in adjuiorium meum inlende. Les moines d'Égjrpte, selon Cassien (1), avaient une grande dévotion pour cette formule sacrée, qui leur semblait convenir à tous les états, à tous les besoins, à tous les temps. Rien ne prouve cq)endant qu'elle fît partie de la liturgie avant saint Benoît. H est même permis de se demander si N. B. Père, qui l'indique clairement pour les petites Heures, l'a prescrite aussi pour la Vigile. Le doute ne naît pas seulement de cette remarque que le verset Deus in adjutorium et le verset Domine ont à peu près le même sens et font double emploi ; mais surtout de ce que la leçon la plus autorisée des manuscrits omet le verset Deus. Il est donc probable que l'office de nuit commençait, comme actuellement au romain, par l'invocation empruntée au psaume l (v. 17). Saint

(1) CùnlaL X, x.

Benoît veut qu'on la répète trois fois, en l'honneur de la sainte Trinité et afin de mieux marquer l'insistance de la demande. Elle est bien de circonstance, puisque Dieu seul peut nous apprendre à prier et que l'œuvre de louange qui commence est tout spécialement son œuvre à lui : Opus Dd.

Vient ensuite le psaume m, choisi sans doute à raison du verset : Ego dormivi et sopomiiis sum, et exsurrexi quia Dominus suscepit me. Grâce à ce psaume, les retardataires peuvent arriver avant l'invitatoire. Le psaume est suivi de la petite doxologie Gloria Patri, composée, ou du moins devenue très populaire, lors des controverses ariennes. La formule usitée au Mont-Cassin était vraisemblablement la même que maintenant ; car à sa clausule nunc et semper, etc., le concile de Vaison de 529, présidé par saint Césaire, avait prescrit l'adjonction des mots sicut erat in principio, à l'imitation de ce qui se disait dans tant de lieux : non soîum in Sede Apostolica, sed etiam per totum Orientem (1), et totam Africain vel Italiam (2). N. B. Père fait dire le Gloria après chaque psaume (on peut l'induire de plusieurs passages de la Règle) : c'est l'usage occidental, différent, d'après Cassien, de celui de tout l'Orient : lïlud etiam guod in hoc provincia vidimus, ut uno cantante in clausula psalmi omnes adstantes concinant cum clamore : Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, nusquam per omnem Orientem audivimm; sed mm omnium silentio al eo, gui cantat, finito psalmo oraiionem succedere, hac vero glorificatione TrinitaMs tantummodo solere antiphona terminari (3). Chez saint Benoît, nous trouvons aussi le Gloria à la fin des cantiques, à la fin de certains répons, après le Devs in adjutorium des Heures du jour.

Jusqu'ici, les formules préparatoires à l'office ont eu un caractère très général : avec le psaume xciv commence une seconde préparation, qui comprend l'invitatoire et l'hymne et soutient une relation plus immédiate, au moins dans l'usage actuel, avec la liturgie de chaque jour. L'invitatoire (4) a pour dessein de secouer toute torpeur, physique ou spirituelle, de réveiller la ferveur des âmes, d'accorder l'instrument de louange. Aussi lui donne-t-on une solennité particulière : on le psalmodie avec antienne, selon le mode que nous décrirons ; tout au moins faut-il le chanter, atti certe decantandv^, probablement sur le mode et avec la mélodie d'un psaume accompagné d'antienne (5). Et ce n'est pas unique-

(1) D. Hugues Ménard {Concord. Regul, c. xxiii, append. 1, p, 343) suppose que ces deux mots sont une interpolation, cum nusquam repereris sicut erat in principio tune apud Graecos in usu fuisse; les Grecs ne le disent pas davantage maintenant.

(2) Can. V. Mansi, t. VIII, col. 72^.

(3) Inst., II, VIII.

(4) Cf. D. BÀUMER : art. Invitatorium dans le Kirchenlexicon de Wetzer et Weltee. (6) Nous laissons aux spécialistes le soin de nous dire ce qu'était le chant sacré

avant N. B. Père et de son temps. La Règle emploie ordinairement l'expression vague : « diie )> les psaumes, « psalmodier » les psaumes et les cantiques ; quelquefois cependant elle est un peu plus explicite : sex psalmi cum alléluia cantandi (c. ix) ; modulatis, ut supra disposuimus, sex psalmis et ver su (c, xi) ; vespera qu,otidie guatiÀOr psalmorum

ment pour la solennité de l'invitatoire que saint Benoît le fait exécuter ainsi : au chapitre XLIII, il recommande de le dire omniYio proiràhendo fi morose, afin de donner aux frères tout le temps d'arriver avant le Gloria qui le termine et de leur éviter ainsi une satisfaction humiliante.

Nous avons promis d'abandonner au programme du cours de liturgie toutes questions qui lui appaiiiennent : il faut pourtant, sous peine de laisser indéchiffrées ou mal comprises plusieurs prescriptions de la sainte Règle, dire un mot de la psalmodie ancienne (1). N. B. Père distingue la psalmodie sine antiphona, in diredum, de celle qui s'exécute cum antvphona : parlons d'abord de la seconde. Elle appartient à ce genre de psalmodie dite alternative, où les voix se répondent, se font écho. Lorsque l'alternance s'établit entre un soliste et le chœur, nous avons la psalmodie responsoriale : elle était d'usage courant aux premiers siècles ; les Pères de l'Église, saint Augustin par exemple, y font souvent allusion. Nofje invitatoire est un psalmus responsorius, et tout porte à croire que, chez saint Benoît aussi, dire le psaume xciv cum antiphona, c'était non seulement le faire précéder et suivre d'une antienne, mais intercaler un refram après chaque verset ou groupe de versets. Cette « réponse » du chœur était ordinairement empruntée au psaume lui-même, courte et de mélodie simple.

Ici et pour saint Benoît, l'antienne joue le rôle de réponse. Les liturgistes distinguent, cependant, la psalmodie responsoriale de la psalmodie antiphonée. Même si cette dernière n'est qu'une transfomiation de la précédente, elle implique à coup sûr des éléments nouveaux et différents ; mais le plus caractéristique n'est peut-être pas, comme on le dit d'ordinaire, l'alternance d'un chœur avec un autre chœur (2). Dans l'antiphonie du quatrième siècle, — quelles que soient d'ailleurs ses origines et la signification primitive du mot facilement équivoque àv-rtcpwvo;, — la nouveauté consisterait surtout, selon Mgr L. Petit (3), en ce que les refrains intercalaires « ne sont plus tirés du psaume lui-même, mais forgés de toutes pièces; la nouveauté enfin, c'est qu'on exécute ces refrains, non plus à l'unisson, comme dans la psalmodie responsoriale, mais à l'octave et avec des ritournelles inconnues jusque-là ». D. Cagin avait déjà décrit, dans sa préface au tome VI de la Paléographie musir eale (4), la révolution litui^que qui s'accomplit « presque simultané-

moduiatùme eanatur (c. xvra). Poui les leçons, nous ne savons rien : la Règle parle de les « lire », de les » dire », de les « réciter ». Nous savons qu'on « chantait » des répons. Et c'est tout. Voir ce que dit Cassiodore du chant des psaumes et de V Alléluia, des juhili. Cf. Baumer, Histoire du Bréviaire, t. 1, p. 257-260.

(1) L'utilisation de nombreux travaux récents ne dispense pas de recourir à la Préface du B. Tommasi aux Responsorialia et Antiphonaria Somanae Ecclesiae.

(2) On connaissait déjà chez les Juifs des procédés analogues aux modes respon- BOiiaJ et antiphonique.

(3) Article Aniiphone dans la liturgie grecque, dans le Dictionnaire d^ Archéologie àiréiienne et de Liturgie.

(4) Voir auasi, au t V, V Avant-Propos à V Antiphonaire ambrosien, p. 29-38.

ment à Coastantinople, en Cappaxioee, à Jérusalem, à Antioche, à Edesse », puis à Milan chez saint Ambroise, « à propos des mêm^ circonstances et sur le même terrain. Partout c'est l'arianisrae qu'il s'agit de combattre ». Et il concluait : « Ce qui est nouveau, ce n'est peut-être pas la psalmodie à deux chœurs en elle-même, c'est la psalmodie à deux choeurs populaires... Ce qui est nouveau surtout, c'est la littérature hymnodique avec ses antiennes ou ses strophes alternées, avec la doxologie anti-arienne faisant fonction d''JTCoucoii...Ce qui est nouveau enfin, ce qui s'exécute à Milan seeundum morem orientcdium pariium {1\ comme les psalmi et les hymni, ce sont les Vigiliae... » Hoc in iempore, écrivait le notaire et biographe de saint Ambroise, Paulin, primum arUiphonae, hymni ac vigiliae in ecdesia Mediolanensi celehrari coeperunt. Cujus cdehritatis devotio usqm in hodiemum dim non soium in eadem ecdesia verum per omnes pêne Occidentis provindas manet (2).

La liturgie du Mont-Gassin, pour sa part, est probablement tributaire de ceUe de Milan. Moins mouvementée et moins riche que la Vigile ambrosienne, la Vigile bénédictme l'est plus que celle dont N. B. Père lisait la brève description aux livres II et III des InstitiUions de Cassien. La psalmodie des moines égyptiens est des plus simples : un seul chante le psaume ou toute une série de psaumes (jamais plus de six chacun), pendant que les frères écoutent, assis et silencieux ; de temps en temps tous se lèvent et se prosternent pour une prière secrète, puis un ancien improvise ou récite une oraison : Unus in médium psalmos Domino cantaturus exsurgit. Cumque sedentihus cunctis,... et in psallentis verha omni cor dis intentione defixis undedm psalmos orationum interjedvone distinctes contiguis versihus parili pronuntiatione caniasset, duodecimum sul) AUeluiae responsione consummans, etc. (3), Ce n'est même pas la psalmodie responsoriale ; il y a pourtant, au dernier psaume, une « réponse » des auditeurs ; et Cassien signale la préoccupation des moines égyptiens ut in responsione AUeluiae nullus dicatur psalmus nisi is, qui in titulo su/) AUeluiae inscriptione praerwtatur (4), En Palestine et dans d'autres régions de l'Orient, la psalmodie est moins monotone et moins fatigante, encore que tous y collaborent davantage; la Vigile se déroule en trois actes : Nani cum stantes antiphona tria concinuerint, humi post haec vel sedilibus humUhmis insidentes très psalmos uno modulante respondent, qui tamen singuli a singulis fratrihus vicissim succedentihus sibi praebentur, atque his sui eadem quiète residendi ternas adjidunt lectiones (5). Mais Cassien

(1) S. AuG., Confess., 1. IX, c. vi-vn. P. L., XXXII, 769-770,

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