CHAPITRE PRÉLIMINAIRE — DU MARIAGE
Tacines les plus profondes, avait aussi les siens, qu'elle a consen'és jusqu'à nos jours, bien que dépouillés d'une partie de leur compétence sur le mariage.
Pour battre en brèche la doctrine catholique, Luther commença par nier quatre des sacrements, et parmi ceux-là se trouva le mariage, qu'il réduisit aux proportions d'un simple contrat naturel et civil, sur lesquels les novateurs accordèrent la compétence à TEtat, quand ils ne se Tarrogèrent pas. (i) Luther et Mélanchton n'eussent pu, sans mettre leur doctrine en contradiction avec eux-mêmes, reconnaître le caractère de sacrement au mariage, et en attribuer la connaissance au pouvoir cinl. En cela ils se montrèrent plus logiques que les jurisconsultes et les parlementaires français des siècles suivants, qui persistèrent à le considérer comme sacrement et lui refusèrent un de ses attributs.
11} " En 1539 il prit ftintaisie à Philippe, land^avo de Hesse," dit Lucien ^' Bran, dans une conférence sur le mariage faite à la faculté catholique "de Droit à Lyon on 1876, "d'épouser Marguerite de SaaI. Mais il y " avait un obstacle à ce désir : la femme de Philippe, Christine de Saxe, *'élait vivante. L'idée vint à ce prince do se faire autoriser à avoir doux " femmes, et, mû par un scrupule qui peut paraître singulier, il voulut '' une autorisation écrite de ses théologiens, qui lui permit la bigamie cl '* nH sa conscience en repos. Ses théologiens, c'étaient Martin Luther, *' Philippe Mélanchton, Martin Bucer et cinq autres moins illustres doc- *• leurs de la Réforme, dont le landgrave de liesse était alors le principal " appui et le bras séculier.
" L'Eglise réformée avait, disait Luther, besoin de princes vertueux : 'paupercula et misera ecclesia, exigua et derelicla, indigens probis donii- *'nis regentibus.,.
" Le vertueux landgrave, qui voulait deux femmes, com])ril ce qu'il pou- '• Tait attendre d'apôtres désintéressés, et il procéda vis-à-vis d'eux avec la " délicatesse d'un acheteur arrogant vis-à-vis d'un vendeur besogneux et *' que les scrupules n'embarrassent pas.
" Il les consulta par écrit. 11 leur exposa sa doctrine sur le mariage ; " tettr déclara qu'il ne pouvait se contenter de Christine de Saxe, son "épouse... Il dit qu'il était depuis longtemps adonné à des fornications ^'adultères qui inquiétaient sa conscience ; que, les patriarches ayant eu "phisieurs femmes, il ne voyait pas pourquoi cette faveur lui serait refu- "ïée. "Je ne veux pas, ajouta-t-il, demeurer plus longtemps dans les
34. L'on sait que les nouvelles doctrines ne firent pas d'abordF de progrès considérables en France, et qu'en Angleterre elles rencontrèrent un adversaire redoutable, dans la personne de Henri VIII, qui dans son fameux traité des Sept Sacrements défendit la doctrine de l'Eglise contre les Réformateurs; défense qui lui obtint du Pape Léon X, le titre de Défenseur de la Foi que portent encore les souverains Anglais. La conduite subséquente du monarque fit sans doute un triste contraste avec son livre. Il est cependant remarquable qu'au plus fort de sa révolte contre TEglise, il ne récusa jamais Tautorité de la puissance spirituelle dans les matières matrimoniales, et qu'après plusieurs années d'efforts infructueux auprès de la Cour Romaine, pour faire rompre son mariage avec Catherine d'Aragon, pour cause d'empêchement canonique, ce fut en définitive devant une Cour ecclésiastique de son royaume qu'il le fit annuler. Il est vrai que tout en sanctionnant le principe de la puissance spirituelle, il l'avait détournée de sa source, en l'enlevant au Chef de l'Eglise Romaine pour la faire découler de lui-même, comme chef et protecteur de l'Eglise d'Angleterre, mais il n'en avait pas moins reconnu l'autorité. Il est également
" lacets du démon, et je ne puis ni ne veux en sortir que par cette voie : *' Et alias absque hac via me prêpservare ne<i possum, nec voloy
" De mon côté, ajoutait-il, si Luther, Mélanchton et Bucer me donnent ** le conseil que je leur demande et me mettent à même de vivre et de " mourir plus gaiement, a/acri animo, pour la cause de l'Evangile» je ferai *' tout ce qu'ils me demanderont, selon la religion et l'Evangile, soit qu'ils " me demandent les biens des monastères, soit qu'ils désirent avoir d'au- *• très choses..."
" Il était obligé» ajoutail-il enfin, si ce qu'il demandait lui était refusé.» ''de se retourner d'un autre côté moins agréable pour ceux à qui il *' s'adressait, et de recourir à l'empereur, ennemi de la cause de la Ré- " forme, de qui, moyennant une grosse somme d'argent donnée à un mi* ** nistre, il espérait tout obtenir...
'• Ces considérations étaient bien faites pour toucher les pieux réforma- " teurs, et vous pourrez lire la consultation de Luther, qui finit, aprè» •« beaucoup d'exhortations à la vertu, par donner la permission demandée, " h la seule condition que le mariage serait secret. 11 insistait sur la diffé.^ " rence qu'il y a entre établir une loi universelle et user do dispense en •' un cas particulier. " Votre Altesse, lui disait-il, a donc dans cet écrit