LE PERSONNAGE DE CRATYLE
Tour ce que l'on a dit sur le personnage de Cralyle paraît avoir sa source dans deux passages de la Métaphysique d'Aristote. En critiquant le sysLème des idées conçu par Platon, le philosophe de Stagyre insinue que son matire avait subi l'iofluence du système d'Héraclite, par suite des rapports qu’il avait eus dans sa jeunesse avec Cratyle et les Héraclitiens, ἐκ νέου τε γὰρ συνήθης γενόμενος πρῶτον Ἄρατύλῳ χαὶ ταῖς Ἡρακλειτείαις δόξαις. Ces premières impressions, suivant Aristote, n'avaient pu s’effacer de l'esprit de Platon, et pour avoir eru, sur la foi d'Héraclite, que tous les objets sensibles sont entraînés dans un flux perpétuel d'où. résulle l'impossibilité d'avoir aucune connaissance certaine à leur égard, ὡς ἁπάντων τῶν αἰσθητῶν ἀεὶ ῥεόντων χαὶ ἐπιστήμης περὶ αὐτῶν οὐχ οὔσης, le fils d’Aristion, dominé plus tard par le goût que Socrate avait pour les définitions, περὶ ὁρισμῶν ἐπιστήσαντος πρώτου τὴν διάνοιαν, prétendit qu'on ne pouvait discerner les objets sensibles à cause de leur perpétuelle instabilité, et, pour trouver une certitude, il s'embarqua, en quelque sorte, dans le système des idées,
Il est facile d'écarter dès l'abord cette prétendue influence de la philosophie d’Héraclite sur celle de Platon. Dans le Cratyle nous trouvons une réfulation du principe d'Héra-
clite relatif au flux perpétuel des choses, et l'on ne com: prendrait pas que Platon, s’il. eût conservé le moindre attachement pour cette doctrine, en.eût mis, dars-la bouche de Socrate, une appréciation maligne et satirique. Tout ce qui reste de l’insinuation d’Aristote, c'est qu’il existait à Athénes, dans la jeunesse de Platon, des partisans de la philo. sophie d'Héraclite, et que parmi eux on distinguait Cratyle, probablement Athénien lui-même, comme le plus ardent.
Cratyle, quelle que fut sa patrie, ne pouvait avoir reçu directement les leçons d’Héraclite. Selon Diogène de Laerte, (IX, L.),Héraclite florissait vers la soixante neuvième Olympiade (603 avant J. C.) du temps de Darius, fils d'Hystaspe. H mourut à soixante ans, ce qui permet de placer sa mort vers Ja 75e ou 76e Olympiade (280 --- 476 avant 1, C.), environ 25 ans après l'époque où l'on place le point culminant de sa carrière. Socrate périt en 399, environ 70 ans après la mort d’Héraclite, Dans le dialogue qui porte le nom de Cratyle, iks'adresse à celui-ci comme à un jeune homme, ce qui place nécessairement la naissance de Cratyle vingt-cinq ou trente ans après qu'Héraclite eut cessé de vivre. Donc, la transmission directe et orale des doctrines d'Hérachte à Cralyk est impossible.
Une circonstance rapportée par Tatien (Adv. Gent. IV.) peut servir à marquer l’époque où les doctrines d'Héraclite furent connues dans Athènes. Tatien raconte qu'Euripide, dans son voyage d'Ephèse, ayant obtenu la communication des ouvrages d'Héraclite de la part de ceux des ministres du temple de Diane auxquels la garde en était confiée, par: vint, par la seule Îecture, à graver dans sa mémoire Îles écrits du philosophe sénébreux, et à rendre ainsi vaines Îles précautions que celuici avait prises pour environner de my= stère et de difficulté la transmission de sa doctrine. Euripide, né en #80, dut faire le voyage d’Ionie dans sa jeunesse,
α- 313 —c'est à dire entre 460 et 460. Cratyle, qué nous présumons être né vers 430 (il aurait eu alors 31 ans à l’époque de la mort de Socrate), dut faire son profit des notions répandues par Euripide, et c’est ainsi qu'il se mit à la tête de ceux qui, dans Athènes, passaient pour Héraclitiens,
Ce n’était pas même un disciple docile: . il outrait les principes de son maître. Celui-ci, pour exprimer le flux et le changement perpétuel des choses, avait dit ce mot célèbre Qu'il n’est pas permis de descendre deux fois dans le même fleuve, ὅτι δὶς τῷ αὐτῷ ποταμῷ οὐκ ἔστιν ἐμδῆναι. Cralyle renchérit sur cette image, et prétendit que cela ne pouvait se faire même une seule fois, οὐδ᾽ ἅπαξ, le changement atteignant les choses au moment même où elles se produisent
Du reste, toute la philosophie héraclitienne de Cratyle, tant chez Platon que dans Aristote, se borne à cette seule formule : si la doctrine de la valeur des noms à laquelle Cralyle paraît tenir dans le dialogue de Platon était celle d'Héraclite, il semble qu'on devrait en rencontrer la trace dans les autres citations de ce philosophe, ce qui n'est point, ὁ On ne voit nulle part qu'Héraclite se soit occupé de lorigine des mots, et la philosophie naturelle dont il faisait profession ne semble pas lavoir conduit à la philosophie grammalicale. |
Cependant, il suffisait qu’Aristote eût parlé de rapports entre Cratyle et Platon, pour que plus tard on s’en exagérât l'importance, Apulée, le plus éloigné des sources, n'hésite pas à admettre que Platon avait été initié à la philosophie d’Héraclite avant de recevoir les leçons de Socrate... Ex antea quidem Heraclili secta fuerat imbutus. Verum cum se Socrati dedisset ... (de dogmate Plat. p. 568 ad 11. D.), Platon avait trente ans à la mort de Socrate et il n'est pas probable que Cratyle en eût beaucoup davantage ; la possibilité du rapport de maître à disciple n'existe donc pas
entre Craiyle et Platon avont 409, où Platon, à l’âge de vingt ans, commença à suivre les leçons de Socrate. Aussi les auteurs mieux informés placent-ils les relations de Cralyle avec Platon après la mort de Socrate ; c'est ce que dit Diogène de Laerte (LIL, 6.)... διήκουσε Σωχράτους" éxelvou δὲ ἀπελθόντος. προσεῖχε Κρατύλῳ τε τῷ ἠρακλειτείῳ, et Οlympiodore, dans la vie de Platon;suit la version de Diogène de Laerte, μετὰ δὲ τὴν τελευτὴν Σωχράτους» ὃ ιδασχάλῳ πάλιν ἐχρήσατο Κρατύλῳ τῷ ραχλειτείῳ,. Mais comment admettre que Platon, survivant à son maître, eût pris des leçons d’autres philosophes ? S'il en eût été ainsi, aurait-il montré Cratyle et les Héraclitiens subordonnés à Socrate, comme le fait voir le dialogue qui nous occupe, et subissant les sarcasmes du fils de Sophronisque ?
Ce qui moutre le caractère purement artificiel de ces combinaisons postérieures, c'est le nom que Diogène de Laerte, dans le passage précédemment cité, associe à celuide Gratyle. Selon cet historien, Platon aurait eu pour mattre, après la mort de Socrate, non seulement Cratyle l’Héraclilien, mais encore Hermogène, disciple de Parménide, Ici Diogène de Laerte se laisse surprendre en flagrant délit de supposition et d'erreur. L'Hermogène qui complète le nombre des interlocuteurs du Cratyle, était le fils déshérité d'Hipponicus et le frère du riche Callias. Platon le donne comme un homme simple et sans aucune prétention à la philosophie : il ne met pas dans sa bouche un seul mot qui rappelle ou Parménide ou ses doctrines. 11 avait fallu que ce dernier philosophe, contemporain d'Héraclite, poussât très loin sa carrière pour que Socrate eût pu l’entendre dans sa première jeunesse (vers 456): παρεγενόμην ἐγὼ νέος ὧν ἐχείνου μάλα δὴ τότε ὄντος πρεσδύτον; Sophist. p. 217 0. Συμπροσέμιξα γὰρ δὴ τῷ ἀνδρὶ πάνυ νέος πάνυ πρεφθύτη, Theaelet. p. 183 e. On place lamort d'Hipponicus,
pére de Callias et d’Hermogène, en 424 av. J. C. Hermogène était donc trop jeune pour avoir connu Parménide. De tout ceci, il résulte qu'Hermogène n'était pas même un disciple amateur de Parménide, comme Cralyle Fétait à l'égard d’Héroclite, et, si je ne me trompe, la chûte de l'hypothèse relative à Hermogène montre la faiblesse de cællk qui concerne Cratyle.
Ce dernier personnage nous reste, tel que nous le dépeint Aristote, avec sa disposition à outrer les doctrines d'Héraclite, sa bizarrerie, et ses prétentions au silence, II avait fini, dit Aristote, par penser qu'il était inutile de - parler, et ne s’exprimait plus que par un mouvement du doigt. Τὸ τελευταῖον οὐθὲν ᾧετο δεῖν λέγειν, ἀλλὰ τὸν δάχτυλον ἐχίνει μόνον. Platon reproduit très exactement cette physionomie, et se sert habilement de la taciturnité de Cratyle, pour laisser le champ libre aux conjectures de Socrate. Mais celui-ci ne met jamais expressément les opinions qu'il produit sous le nom de Cratyle, excepté dans les seuls passages où il est question du fameux diction δὶς τῷ αὐτῷ ποταμῷ οὔχ ἐστιν ἐμδῆναι. Cette réserve, jointe à l’absence de tout vestige chez Héraclite d'opinions semblables aux témérités étymologiques de Socrate, laisse donc à peu près intacte la question de savoir quels adversaires Socrate avait l'intention de réfuter.
La doctrine d’Hérachte avait sans doute un ceractère éminemment religieux, et le soin que ce philosophe avait pris de déposer ses ouvrages dans le temple de Diane à Ephèse indique de sa part, non seulement l'intention de s'envelopper de mystère et de mettre ce qu’il avait écrit à l'abri des indiscrets, mais encore, à ce qu'il me semble, le besoin de faire voir que, contrairement à Thalès, il avait cherché le principe de ses connaissances dans les dogmes religieux, Toutefois, comme il me paraît en ceci n’avoir pas
fait autre chose. que Pythagore, Phérécyde, Empédocle et le plus grand nombre des autres pbilosophes des premières époques, et comme, à l'exemple de chacun de ceux-ci, son but paraît avoir été de mettre en valeur et de s’approprier l'une des manières de voir qu’il avait pu déméler dans la confusion des dogmes religieux, un sage qui, comme Socrate dans le Cratyle, s'attaque à la religion elle-même, peut bien avoir l’apparence de ne chercher querelle qu'à Héraclité, mais évidemment ses coups portent plus loin et sa réfutation embrasse un beaucoup plus grand nombre d'objets que ne paraît en impliquer la philosophie d'Héraclite.
Page 127 ligne 23 au lieu de de lisez » 1429 » 7 ‘» fâäibles »
» 131 » 2% » τὸ » » ibid, » 22 » διανοίαι »
» ibid. » 26 » dn »
ν δὲ » 18 pp πολλοὶς »
» 156 » 33 » meusonger»
» 158 » 81 » astres »
» 467 ν 9 » dithyranbique »
» 171 » 21 » d'ailours »
» ibid, » 25 » leu »
» 185 » 20 » est ᾿ »
» ibid. ν 24 oo» augustc »
» 186 » 11 » Dircéto »
» 188 » 1 » t'autre »
» ibid, » 23 » courans »
» 190 » B » et »
» 192% » ἃ » vueille »
» ibid. » 30 » γιγνομένος »
» 201 » 1 » celle »
» 206 » 5 » le »
» 210 » 21 » uu » 212 » 18 » ἕξειν »
» 213 » 3 » Lybie »
» 215 » 2% -» autoritées »
le
faible
ἀμετάστροφος ος du
mensonger
êtres εἰς Αἰολεῖν
dithyrambique
d’ailleurs
pésos
feu
et auguste Dercéto ὅρος l’autre couran{e est
veuille γιγνομένοις ἐπίστασθαι cette
les παραπλησίῳ
Libye autorité
.υϑΦυνυν νυ ψυνυνυ Ὁ EE UV YU YEYvEE v νυν