‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 1 sur 139 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En livrant au public ce premier volume de mon commentaire sur la partie des ouvrages attribues à Zoroastre dont j’ai publié le texte inédit, je dois faire connaître l’état où se trouvait l’étude de ces ouvrages au moment où j’en ai commencé l’explication , la méthode que j’ai cru devoir suivre, et les principaux résultats auxquels je suis arrivé. Plus la difficulté d’un travail de ce genre, entrepris sans grammaire et sans dictionnaire, a été grande, plus je dois soigneusement rendre compte des moyens par lesquels j'ai suppléé à l’insuffisance des secours dont je pouvais disposer; et plus les résultats auxquels je suis parvenu ont exigé de travail de ma part, plus je dois apporter d’attention à montrer qu’ils ont été obtenus par des procédés avoués de la critique, et que j’ai d’autres raisons pour les admettre que la peine qu’ils m'ont coûtée.

Personne n’ignore que c’est au célèbre Anquetil Duperron que la France doit de posséder ce qui reste des livres moraux et liturgiques des Parses. On sait quels sacrifices cet homme courageux s'imposa pour aller chercher dans le Guzarate, où les Parses sont établis depuis dix siècles, les débris des ou-

AVANT-PROPOS, vrages religieux qu’ils avaient emportés dans leur exil. Les soins qu’il se donna pour rassembler des copies de ces précieux livres, pour obtenir des prêtres tous les renseignements qui pouvaient les éclaircir, pour en pénétrer le sens, enfin pour les traduire d’une manière qu’il put croire exacte, sont sans contredit un exemple du plus noble et du plus difficile usage qu’on puisse faire de la patience et du savoir; et le récit pourrait en paraître peu vraisemblable, si scs peines n’avaient été récompensées par le succès. Anquetil rapporta en France ceux des livres de Zoroastre qu'il avait pu se procurer dans l’Inde, les déposa à la Bibliothèque du Roi; et en 1771, il en fit paraître la traduction sous le titre de Zend Avcsla , ouvrage île Zoroastre, en trois volumes in-4°.

Les savants purent croire dès lors que les institutions religieuses et civiles des Parses, que leurs mœurs, leurs usages, leurs langues et une portion notable de leur littérature sacrée étaient définitivement connus; et le Zend Àvesta d’ Anquetil devint la base des travaux auxquels l’érudition allemande se livre depuis le commencement de notre siècle, pour recomposer le tableau de l’ancienne civilisation persane. Tout n’était pas fait cependant pour l’intelligence des ouvrages sur lesquels s’exerçait déjà la critique historique. Les textes 11’en étaient pas publiés, la langue en était complètement inconnue, oh ne possédait ni un ouvrage grammatical qui en contînt les éléments, ni un lexique qui fournît le moyen d’en apprendre la tenninologie. Un très-court vocabulaire zend et pchlvi avait été joint j>ar Anquetil au troisième volume de son Zend Avesta; mais quoique Paulin de Saint-Barthélemy, aidé de ce vocabulaire, pût déjà soupçonner que le zend appartenait à la même famille que le sanscrit et les idiomes savants de l’Europe,

AVANT-PROPOS, ce fragment, et quelques détails peu précis sur la grammaire zendc, consignés par Anquetil dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions, formaient tout ce qu’on possédait sur la langue dans laquelle nous ont été conservés les livres de Zoroastrc. S’il y avait là de quoi faire naître la curiosité des savants, c'était trop peu pour la satisfaire. Anquetil avait promis une grammaire et un dictionnaire zends; mais , soit que la mort ait prévenu l’exécution de son dessein, soit qu’il eût peu de goût pour les études purement philologiques, ces travaux ne parurent jamais, et on n’en trouve que de faibles traces parmi les manuscrits d’ Anquetil, que M. Silvestre de Sacy déposa, depuis la mort de ce savant, à la Bibliothèque du Roi Il ne restait donc à celui qui aurait voulu apprendre la langue zende, lire le texte original des livres de Zoroastre, et le faire connaître à l’Europe d’une manière critique, d’autre secours que la traduction d' Anquetil, et d’autre méthode à suivre que la comparaison attentive de cette traduction avec le texte. On pouvait croire ce travail facile, et il ne faut rien moins qu'une supposition de ce genre pour expliquer pourquoi on n’a pas songé à s’en occuper plus tôt. Les personnes qui voulaient s’ouvrir une route nouvelle dans le vaste champ de la littérature orientale, devaient être plus empressées d’entreprendre l’étude d’idiomes encore peu connus, que l’interprétation d’un texte qu’il était permis de regarder comme traduit, et le déchiffrement d’une langue dont tous les monuments existants en Europe étaient publiés en français. Il faut convenir d’ailleurs que tout devait confirmer les savants dans l’opinion

On trouve I indication des travaux Mémoires de l'Académie de* inscription» philologiques qu’ Anquetil se proposait de et lelleslettres , et dans le tome II du taire, dans le tome XXXI, pag. 43a des Zend Avesta.

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