IV AVANT-PROPOS
qu’il ne restait presque rien à faire après Anquetil: son dévouement à des études qu’il aimait et dont il avait dû atteindre le terme; tant de soins bien faits pour porter leurs fruits; une confiance qui ne pouvait naître que de la certitude du succès, et qui devait être partagée par le lecteur; enfin cette bonne foi dont l’expression est aussi naturelle au vrai savoir, que l imitation en est difficile au charlatanisme. Aussi éprouvai-je une surprise que les personnes accoutumées aux recherches philologiques concevront sans peine, lorsque, comparant pour la première fois la traduction d’ Anquetil au texte original, je m’aperçus que l'une était d’un faible secours pour l’intelligence de l’autre. Un examen suivi me persuada qu’avec le seul appui de son interprétation, ce ne serait pas une entreprise aussi aisée que je l’avais supposé d’abord, que d’acquérir la connaissance de la langue dans laquelle était écrit leZcnd Avesta;et je reconnus bientôt que la traduction d’ Anquetil était loin d’élrc aussi rigoureusement exacte qu’on l’avait cru; et cela d’autant plus facilement, que l’auteur, en déposant à la Bibliothèque du Roi les textes originaux, avait lui-mêine livré à la critique les moyens de la juger. Mais, si cette épreuve fut peu favorable à la traduction du Zend Avcsta, je dois me hâter d’affirmer qu elle ne diminua en aucune façon ma confiance dans la probité littéraire de l’auteur. En donnant au public une version que tout l’autorisait à croire fidèle, Anquetil a pu se tromper, mais il n’a certainement voulu tromper personne; il croyait à l’exactitude de sa traduction, parce qu’il avait foi dans la science des Parses qui la lui avaient dictée. Au moment où il la publiait, les moyens de vérifier les assertions des Mobeds, scs maîtres, étaient aussi rares que difficiles à rassembler. L’étude du sanscrit commençait à peine , celle de
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la philologie comparative n’existait pas encore; de sorte que, quand même Anquetil, à la vue des obscurités et des incohérences qui restaient dans l’interprétation des Parses, eût éprouvé un sentiment de défiance que, nous osons le dire , rien ne devait éveiller en lui, il n’eût pu aisément discuter leur témoignage avec quelque espoir d’en découvrir la fausseté. Il n’est donc pas responsable des imperfections de son ouvrage; la faute en est à ses maîtres, qui lui enseignaient ce qu’ils ne savaient pas assez, circonstance d’autant plus fâcheuse qu’il lui était impossible de s’adresser à d’autres qu’à eux. Ses erreurs sont du genre de celles qui sont inévitables dans un premier travail sur une matière aussi difficile; et, lors même quelles seraient plus nombreuses, lors même qu’il devrait subsister peu de chose de sa traduction, et que ce qui devrait en subsister aurait besoin d’être vérifié de nouveau, il resterait encore à Anquetil Duperron le mérite d’avoir osé commencer une aussi grande entreprise, et d’avoir donné à scs successeurs le moyen de relever quelques-unes de ses fautes. C’est d’ordinaire la seule gloire que conserve celui qui explore le premier une science nouvelle; mais cette gloire est immense, et elle doit être d’autant moins contestée par celui qui vient le second, que lui-même n’aura vraisemblablement, aux yeux de ceux qui plus tard s’occuperont du même sujet, que le seul mérite de les avoir précédés.
Si, dans une première traduction, il a toujours été difficile d’éviter des erreurs de tout genre, ce devait être surtout dans celle des ouvrages attribués à Zoroastre ; et rien ne s’explique aussi aisément que les imperfections du travail d’Anquetil , quand on pense à l’état dans lequel nous sont parvenus les livres écrits en zend, aux vicissitudes qu’ils ont éprouvées,
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et aux difficultés nombreuses qui doivent, à une si grande distance des temps où ces ouvrages ont été écrits, en rendre l'intelligence complète à peu près impossible. Les fragments qui nous restent ne forment qu’une portion peu considérable de l’ensemble des livres qui portent le nom de Zoroastrc, et que les Parses regardent comme le fondement de leur loi. Ces livres se divisaient en vingt et une sections, sous le nom de nosk (en zend naçka }; nous ne possédons qu’une partie de la vingtième, appelée par les Parses Vendidad, et traduite par Anquetil sous ce litre. A cette portion du vingtième naçka, qui contient des notions fort importantes sur la géographie ancienne du nord de la Perse, et sur les institutions religieuses et civiles de ce pays, il faut ajouter le livre de la liturgie connu par les Parses sous le nom d'Izescliné (en zend Yaçna) , et dans lequel on retrouve des fragments de quelques autres naçkas. Ce livre est accompagné d’un petit recueil d’invocations que l’on peut cependant en détacher, et qui prend alors le nom de Fispered. Ces trois ouvrages sont réunis en un seul par les prêtres parses, et ils reçoivent alors le nom de Fendidad-sadé, titre sous lequel j’en ai fait lithographier le texte en un volume infolio *. Enfin les Parses conservent sous le nom de Icschts et de Néaeschs, d’anciens fragments dont plusieurs ont, sous le rapport religieux et philosophique, un très-grand intérêt. On voit déjà par cette description sommaire des monuments de la littérature religieuse des Parses, description à laquelle mon des-
' Suivant Ant|uetil, • on donne le nom de « sadé , qui signifie par et sans mélange, aux
• ouvrages tends qui ne sont pas accom-
• pagnés de traductions pehlvies, » ( Journal des Savons, juillet 176a, p. /47s, et Zend Austa, 1 11, index au mot Sade.) Chacun
des ouvrages dont se compose le Vendidadsadé , reçoit , lorsqu'il est copté à part , le nom de sadè. Ainsi on trouve dans les notices des manuscrits d'Anqueül YJzeschnèsadè , etc. Le mot sadé, dans le sens que lui donne Anquetil, est le persan adU».
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sein n’est pas de donner ici tous les développements qu elle mérite, que celui qui veut les expliquer et les traduire, doit trouver dans leur petit nombre même un obstacle bien difficile à surmonter. 11 se voit, en effet, très-lréquemment privé des secours que lui prêterait la comparaison d’un plus grand nombre de textes, et obligé quelquefois d’abandonner comme inexplicable un passage qui recevrait du rapprochement d’un passage analogue d’utiles éclaircissements.
A cette difficulté qui doit durer jusqu’à ce qu’un hasard heureux nous fasse découvrir d’autres livres que ceux que nous connaissons, s’en ajoute une autre beaucoup plus grave; c est la juste défiance que ne peut manquer d’éveiller la traduction qu’Anquetil a reçue des Parses, et qui, pour venir jusqu'à lui,
* a passé par plusieurs idiomes , et s’est trouvée par là exposée à toutes les chances d’errenr, aux inexactitudes involontaires de l’ignorance, comme aux falsifications préméditées de l’esprit de système. En premier lieu, le texte original est écrit dans la langue qu’Anquetil appelle zend, Je n’examine pas en ce moment jusqu’à quel point Anquetil a pu être fondé à donner à la langue un nom qui appartient certainement aux livres ou à une portion des livres écrits dans cette langue. Je me contente de constater que c’est le zend qui est l’idiome original des livres de Zoroastrc. En second lieu, le texte zend a été traduit, à une époque qui nous est inconnue, dans une autre langue, lepehlvi, de laquelle il me suffira de dire qu’elfe diffère considérablement du zend, et que les idiomes appelés sémitiques en forment en grande partie le fonds. Sans entrer dans l’examen des questions très-compliquées auxquelles donne lieu l’existence de cette traduction , nous pouvons avancer que le zend ne devait pas ou ne devait plus être généralement c