‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 25 sur 139 · ZEND · texte numérisé non relu

ZEND

f th kh.

L'identité de ces deux paradigmes est frappante ; les palatales tsch et dsch qui correspondent aux palatales rendes tch et dj, achèvent de les compléter. Comme en zend , elles n’ont pas d'aspirée qui dérive d'elles ; et en ce point les dialectes germaniques s'éloignent encore du sanscrit pour se rapprocher davantage du zend. Dans la classe

des lahiules on pourrait encore placer audessous dur une variété adoucie de cette consonne qui appartient aux langues germaniques comme au zend. Dans la dusse des gutturales, il faudrait aussi placer entre y et kh , en remontant, la sifflante chuintante ch, identique au tch germanique. Les seules consonnes de cet idiome qui ne se retrouvent pas dnns la série des articulations germaniques , savoir la sifflante f , qui devient ordinairement h dans le gothique, et xet c en grec et en latin, et les deux aspirées dh et gh, sont les traits par lesquels l’alphabet zend se rapproche du dévanàgari. Mais ces traits sont loin d’égaler en nombre et en importance ceux par lesquels le zend se rattache aux dialectes germaniques. Nous pouvons donc condurc de cette comparaison que si le système des consonnes rendes présente de nombreux traits de ressemblance avec le système dévanàgari , il u'en offre pas moins avec celui des consonnes germaniques ; et comme les points par lesquds il diffère du dévanàgari sont, selon nous, dérivés et relativement modernes, si on les compare nu sanscrit, il suit de laque les articulations rendes sont , dans ce qu'elles ont conservé de primitif, semblables au sanscrit, et dans leurs développements et leurs acquisitions modernes, semblables aux dialectes germanique».

ALPHABET ZEND. cxux

de l'alpliabet dévanâgari , altérations qui, si elles étaient prouvées, enlèveraient au système des consonnes zendes une partie des titres qu’il paraît avoir à passer pour original. Or, si l’observation que nous avons faite tout à l’heure sur le rapport nécessaire de tout alphabet à la langue qui s’en sert, est fondée en raison, nous répondrons que les aspirées zendes, aussi étrangères à la langue sanscrite qu'à son alphabet, et appartenant au contraire autant à la langue zcndc qu’au système de signes qui en exprime les articulations, ne peuvent en aucune manière être considérées comme dérivant du sanscrit. Il faut les laisser à l’alphabet zcnd qui les tient de la langue zende; et si, sous le rapport de l’origine, on trouve qu’elles ne sont que le développement d’articulations qui ont leurs correspondantes en. sanscrit, il faut reconnaître que ce développement s’est opéré non pas de l’articulation sanscrite à l’articulation zende, mais dans les articulations zendes elles-mêmes, travaillées par un organe qui avait, relativement à l’euphonie, d’autres besoins que l’organe des Hindous.

Cette observation nous conduit à une conséquence importante, c’est que les signes représentatifs des consonnes zendes n'ont dû être appliqués à la langue que depuis qu’elle avait acquis ces consonnes qui lui sont propres. En effet, si les articulations qu’expriment plusieurs de ces consonnes ne sont que le développement d'autres articulations, il faut admettre un espace de temps quelconque, si court qu’on le suppose, pour que la loi du changement des arti-, culations en d’autres articulations ait pu se produire. Comme de plus le sanscrit n’a rien d’analogue à ce fait, il faut encore admettre que ce développement n’a eu lieu que depuis le départ des deux langues, qu’il est postérieur aux événements qui ont décidé de l’établissement du sanscrit dans l'Inde, qu’en un mot il a pris naissance dans les lieux où était resté le zend, ou la langue quelle quelle soit d'où le zend dérive.

C’est là une conséquence historique, et je n’ignore pas qu’il y a

cl ‘ ALPHABET ZEND.

quelque danger à tirer des conclusions de cette espèce de rapprochements et de comparaisons qui peuvent paraître porter sur des faits trop peu nombreux et trop peu importants. Mais nous verrons cette conséquence confirmée par l’état général de la langue zende , à mesure que nous avancerons dans notre travail. Nous reconnaîtrons qu’au milieu d'un grand nombre de caractères qui attestent la dégradation d’un idiome, le zend en a conserve d’autres, et de plus nombreux , qui témoignent de sa haute antiquité ; de telle sorte que les premiers prouvent seulement que cette langue a eu plusieurs siècles d’existence, et qu’elle a subi d'elle-même quelques-unes des modifications auxquelles sont soumis les idiomes qui ont été longtemps parlés.

Quoi qu’il en soit , et pour ne pas sortir de notre sujet , la discussion du système des consonnes zendes, compare avec celui des consonnes sanscrites, nous autorise, ce me semble, à regarder comme prouvées les deux propositions suivantes: 1° la série des consonnes zendes peut passer pour un alphabet dévanâgari primitif, non encore régularisé; 2° plusieurs des consonnes zendes, développement d’autres consonnes auxquelles elles correspondent , ne peuvent avoir pris naissance que depuis les événements qui ont séparé l’un de l'autre le sanscrit et le zend, en d’autres termes, ce sont des consonnes relativement modernes M.

Ces propositions peuvent, au premier coup d’œil, paraître contradictoires; mais le lecteur trouvera, je l’espère, que la contradic-

“ J. Grimm a définitivement démontré que les aspirées ph et ch, qui, depuis le vin* siècle . se sont introduites dans le haut allemand . sont postérieures à la gutturale et à la labiale te et p du gothique. (Grimm,

Dtatsck. Gramm. pag. 117, sqq., 1 77, sqq.)

Ce, rapprochement suffirait à lui seul pour faire soupçonner la postériorité des aspirées sondes kli .th.f, com|iarées aux Certes sans-

crites k, t.p. Mais comme nous avons vu, sur chacune de ces Consonnes . qu'il était possible de trouver dans la langue tende elle-même la cause de leur aspiration . la théorie qui les regarde comme des développements plus modernes des sons k, I, p, a moins besoin de la preuve que ne pourrait manquer de fournir l'analyse des consonnes germaniques.

ALPHABET ZEND. eu

tion est plus apparente que réelle, et qu’elle disparaît devant l'observation que nous faisions tout à l’heure sur la longue durée qu'il faut accorder à la langue zende. D’ailleurs ces deux propositions ne portent pas également sur les mêmes faits; et si toutes deux sont rigoureusement déduites de l’examen des consonnes zendes prises dans leur ensemble, chacune d’elles ne s’applique pas indifféremment à l’une ou à l’autre des divisions que nous avons cru pouvoir établir dans la série des articulations que ces consonnes représentent. Rappelons-nous que nous avons reconnu doux espèces d’articulations zendes, celles qui sont communes au zend et au sanscrit, et celles qui sont particulières au zend. Ce qu’il y a d’ancien dans ces articulations, c’est ce qui est commun aux deux langues; ce qu’il y a de comparativement moderne, c’est ce que le zend possède en propre. Quand nous disons que la série des consonnes zendes nous reporte à une époque où l’alphabet n’était pas encore régularisé d’après les idées systématiques du dévanâgari, nous parlons de ce que les deux alphabets ont de commun , de l’élément ancien resté plus ancien en zend, en ce sens qu’il n’a pas subi dans cette dernière langue le travail qui, en sanscrit, l’a si heureusement transformé pour l’assouplir à l’expression des délicatesses de l’euphonie indienne. Quand nous disons que plusieurs «articulations zendes nous paraissent postérieures à d’autres articulations qui leur correspon- . dent en sanscrit, nous parlons de ce qui est exclusivement propre au zend, de cet élément moderne à l’égard du sanscrit, en ce sens qu’il s’est développé en zend, depuis que les deux idiomes sortis de la même source se sont séparés pour aller vivre éloignés l’un de l’autre. C’est de cette manière que nous essayons de concilier tous les faits, ainsi que les conséquences en apparence contradictoires que nous nous sommes crus en droit d’en tirer.

Ce que nous venons de dire des consonnes peut s'appliquer également aux voyelles et conséquemment à l’ensemble de l’alphabet zend. Nous avons déjà constaté, dans notre résumé sur les voyelles,

ALPHABET ZEND

des faits exactement analogues à ceux que nous a fournis l’analyse des consonnes. Ainsi nous avons reconnu que deux des voyelles rondes n’étaient que le développement, et, on peut le dire, l'altération d’une autre voyelle sanscrite. Conclurons-nous de la postériorité des sons rends ë et ô à l’égard du son sanscrit a, que les mots où ces voyelles se trouvent sont postérieurs aux mots sanscrits qui ont conservé l’a. et qu’ils n’existent en rend que parce qu’ils sont venus du sanscrit? Cette conclusion serait en contradiction avec celle que nous avons adoptée plus haut, lorsque nous avons comparé aux articulations indiennes plusieurs articulations rendes postérieures à leur égard. Il y a dans la série des voyelles, comme dans celle des consonnes, une partie exclusivement propre au rend; c’csl le résultat d’un développement. Comme pour les consonnes, ce développement des sons vocaux n'a pas eu lieu du sanscrit au rend, mais il est parti du zend lui-même, se modifiant pour produire d'autres sons. Les altérations qui en résultent dans les voyelles ne prouvent donc qu’une chose , c’est que le rend a vécu assez longtemps pour que des changements, faciles à expliquer, s’introduisissent dans la prononciation de quelques voyelles; l'écriture ne sera venue que quand ces changements avaient déjà pris place dans la langue.

Les caractères que nous avons reconnus aux combinaisons des voyelles, ou aux diphthongues véritables qui en résultent, en at- *• testant l’originalité de cette partie de l’alphabet rend, se prêtent avec la plus grande facilité au système d’explication que nous avons admis pour les consonnes. Nous avons vu que les éléments du vriddhi n'étaient pas fondus en rend comme ils le sont en sanscrit : nous en conclurons qu’ils sont encore en rend à l'état primitif. Le sandhi indien nous a semblé violé par la composition des diphthongues zendes, et par les règles de l’insertion de certaines voyelles, règles dont l’cflct est d’accumuler dans le corps des mots des voyelles qui ne peuvent y jouer le rôle qui les y appelle qu’autant

ALPHABET ZEND. cliii

qu'elles y restent désunies. Enfin , le système suivi par les copistes dans la transcription des textes , système qui consiste & séparer tous les mots par un point, qu’ils soient terminés par une voyelle ou par une consonne , démontre d’une manière définitive que le zend n’a pas connu le sandhi dans son emploi véritablement indien, c’està-dire l’union de tous les mots en une série non interrompue.

Or, tous ces faits sont pour nous autant d'indices d’une haute antiquité : interprétés comme ceux que nous offraient tout à l’heure les consonnes, ils nous permettent d’affirmer que le principe qui préside à la disposition des sons vocaux en zend présente tous les caractères de l’antériorité, si on le compare au système indien. Comme les consonnes, les voyelles nous reportent à un état ancien de la langue zende, lorsque tous les sons vocaux qu’elle possède en commun avec le sanscrit existaient déjà et tendaient à se modifier conformément aux lois de l’étymologie et de la dérivation, mais ne se modifiaient encore que d’une manière imparfaite, l’étymologie agissant presque seule et n’accordant à l’euphonie qu’une faible part dans la disposition des matériaux bruts du langage. Enfin, tout dans l’alphabet zend, peut-être même les voyelles plus encore que les consonnes, nous annonce un idiome s’arrêtant à un moment où il est bien rare que l’on puisse saisir les langues, celui où tous les éléments de leur organisation entrent enjeu, mais où l’action, qui, après les avoir réunis, devait les modifier l’un par l’autre pour en composer un organisme parfait, vient à s’arrêter tout à coup, et laisse son œuvre inachevée.

{Ms. Anquetil n* t Supp. pag. 3, Ug. 1 a.)

Ces deux mots sont l’abrégé du Xn* chapitre du Yaçna, qui ne se' trouve pas dans le manuscrit que nous avons fait lithographier; il n’y est indiqué, comme ici *, que par le premier et le dernier mot de la prière. Lorsque nous serons parvenus au commentaire du xii* chapitre s, nous l'établirons cette lacune du manuscrit. Nous aimons mieux suivre en ce moment la disposition du Vendidadsadé, afin d’arriver plus vite à l’examen du texte des premiers chapitres du Yaçna.

1 Zend A testa , 1. 1. a* part. p. 79. — 1 Vendidad-sadé lith. pag. 61 , Bg. 1 b et 16.

( Ligne* 1 b, 1 a.)

Je divise ici le texte d'une autre manière qu’Anquetil , qui fait rapporter çlaômi à la prière précédente *. Lorsque

nous analyserons le xii* chapitre, nous reconnaîtrons que ce mot ne peut faire partie de notre texte, parce que ce chapitre se termine par ustâném, et que le sens est complet sans l’addition

du verbe çtaômi (je loue). Il est donc nécessaire de faire rapporter ce verbe aux mots qui désignent la prière célèbre

qu’Anquetil nomme Eschem vôhua. Elle est ici donnée en abrégé, et suivie du signe yt qui indique que ce passage doit être répété trois fois. On pourrait croire que ce signe n’est que la première lettre du persan *-» (trois); cependant on sait par Anquetil que cette figure est un des chiffres pehlvis *. Le passage entier signifie, selon moi, • je célèbre YAchêm vûhù (trois fois). • Le mot çtaômi est écrit fréquemment çtaooti avec un o bref, entre autres dans le

manuscrit n* a F, pag. 1 1 g et pass. s. Je crois que cette dernière orthographe est la meilleure, parce que, dans les manuscrits anciens, l’a est plus communément préposé à qu’à V Au reste, nous avons déjà remarqué, dans nos observations préliminaires, qu’il y a une grande incertitude quant à l’emploi des voyelles o et 6 précédées d’un a. L’identité du zend çtaomi et du sanscrit stdumi

' Zend Attila, tom. I , a* part. , pag 79, nota 1.

* Mètn. de rAcad. des tnscr. tom. XXXI f pag. 358, pi. 11.

* Voyex Vcndtâad-sadè, p. 348 , lig. 1 7, où ce verbe est écrit avec un 0 bref, tandis

qu’il l’est avec un 6 long dans dix autres passages. Mais le n* 6 Set le n* a F donnent l o bref beaucoup plus fréquemment que l’d long , et aux mêmes passages où notre manuscrit lithographié , qui est moderne , a la voyelle longue.

est d’ailleurs évidente, avec cette différence toutefois que le radical zcnd çla prend seulement le guna , tandis que le sanscrit sla a un vriddhi; or le zend est en ce point peut-être plus régulier que le sanscrit. Il observe en effet plus rigoureusement la loi de la formation des verbes de la seconde classe terminés par une voyelle, loi qui est celle du gana et non celle du vriddlii. On remarquera que dans le zend le a* f palatal est employé au lieu du ay s dental (sanscr. R ), particularité dont nous avons déjà fait mention dans nos observations préliminaires sur l’alphabet. Le tt zend a dans ce cas tellement remplacé le s dental, que je ne crois pas qu'il soit possible de citer un seul exemple du radical çtu écrit avec un jqj.

La prière Achém vôhù est ainsi nommée, des deux premiers mots dont elle se compose. C’est le plus souvent de cette manière quelle est citée dans les livres de la liturgie, parce que les Parses doivent la répéter de mémoire. Nous en donnerons, plus tard, le texte entier.

MféQM .jMinpytyjlf .^*0)0

.(£4) puiMlljJi) .êtfUMiïJ)

0& Stjy elf SpQ

{ Lignes î à — 9 a. )

TBiDCCTION d’aNQCETIL.

• Je fais pratiquer l'excellente loi de Zoroastre, la réponse « d’Ormuzd dont le Dew est ennemi. Ce Vendidad donné à Zo-

« roastre, pur, saint et grand, je lui fais Izeschné et Néaesch, je

• veux lui plaire, je lui adresse des vœux. Je fais Izeschné aux «temps (qui sont) les jours, les Gàlis, les mois, les Gâhanbars, «les années; je leur fais Néacsch, je veux leur plaire, je leur

• adresse des vœux 6. »

L’analyse suivante fera voir en quoi nous croyons pouvoir adopter une interprétation différente de celle d’Anquetil, et séparer autrement que lui les diverses parties de ce texte. Pour plus de clarté, nous le considérerons comme formant deux phrases, dont la première est terminée au mot yyQjbb. Lorsque ces deux phrases auront été analysées, nous montrerons le rapport qu’elles ont entre elles, et comment elles sont réunies pour ne former qu'une période.

La première phrase terminée à rathwé, est, à pro-

prement parler, la profession de foi des Parses; elle comprend les deux objets principaux de leur vénération, Ormuzd et Zoroastre. Subdivisant encore cette phrase, et s’arrêtant au mot Anquetil en propose en note une autre traduction: «Je célèbre,

• je fais connaître, moi serviteur d’Orniuzd, selon la loi de Zo- « roastre, la réponse d'Onnuzd dont le Dew est ennemi ’. • Ce passage est, avec quelques phrases du Vcndidad-sadé , expliquées par M. Ropp dans de savants articles, le seul fragment zend qui ait été examiné et retraduit, depuis Anquetil Dupcrron '. On en doit une version nouvelle à M. Rask, qui l’a exposée dans son Mémoire sur l’antiquité et l'authenticité des livres zends *. Selon ce savant, le texte signifie: * Venerabor (semper ut verus) Oro-

• mazdis cultor, Zoroastris assecla, dæmonum adversarius, sanctæ

• legis sectator datum hue (in mundum?) datum contra dæmones

• Zoroastrem. » Comme cette invocation est placée, dans le ma-

* Zend Avesla, loin. I,a* part., pag. 80. ‘ Jahrb.f. tciuensch. Krilik, mars i83i.

’ Ibid * t’cier dot Aller, etc. p. aa.

nuscrit que nous suivons, en dehors du Yaçna proprement dit, les exemplaires de ce rituel , accompagnés d’une traduction sanscrite , ne la reproduisent pas à cette place. Ainsi le n’ a F commence le Yaçna sans autre préambule qu’une sorte de préface en pehlvi, traduite en sanscrit barbare, que nous donnons ailleurs. Le n° 3 S suit exactement la même disposition. Le n“ 6 S qui donne le Yaçna sans aucune traduction et qui porte, selon Anquetil, le titre spécial d 'Izeschné-sadé, est le seul qui reproduise une partie du morceau que nous désignons par le nom d'invocation, et dont nous analysons en ce moment la première phrase. J’ai lieu de supposer que ce n° 6 S a eu, dans le principe, l’invocation tout entière, mais que le commencement en est tronqué. Nous nous en servirons lorsque nous serons parvenus à la partie de ce morceau qui se retrouve au commencement de ce manuscrit si précieux à cause de son ancienneté. Quant à l’invocation elle-même, elle se compose de phrases extraites plus ou moins fidèlement du Yaçna, et peut-être même d'autres livres, et c’est ainsi qu’on rencontre le passage qui nous occupe, cité et traduit en sanscrit, à la fin du i*r chapitre du Yaçna, et au commencement du xiii* chapitre du même livre, de la manière suivante: «Je prononçais loi) des Mazdayaç na , de Zoroastre, qui « brise les Dévas, qui contient les préceptes d’Ormuzd, c’est-à-dire, « je prononce au milieu des pécheurs 10. »

De ces trois traductions, dont la dernière d’ailleurs est incomplète, la plus exacte est celle de M. Rask. Ainsi, le mot fravarânê, qu’on le traduise avec Anquetil et Nériosengh par prononcer, ou avec M. Rask par vénérer, n’est pas, comme l’a fait observer cet habile philologue, un indicatif présent, mais très-certainement la première personne de l’impératif, dont la terminaison est âné, répondant au sanscrit dni. On peut même avancer que la désinence véritable de ce temps est, en zend comme en sanscrit, dni.

" Ms. Anq. n° a F, psg. aa et 119.

leçon qu'on rencontre assez fréquemment et particulièrement dans le Vendidad11. Il est d’autant plus facile d’expliquer le changement de dm en âne, qu'Anquetil, d’après l’autorité des Parses, a toujours lu la voyelle a e, et jamais jy i. On se sera peut-être de bonne heure accoutumé à lire j)mi (âni) comme âni (jy}*u), et ensuite l’orthographe se sera réglée sur la prononciation. Aussi il y a lieu de croire que la faute, si c'en est une, est déjà ancienne. Dans tous les cas où la désinence âni se présente, elle donne au verbe qu’elle affecte le sens d’un optatif, paitsé-je faire ou que je fasse; mais comme on ne peut exprimer un souhait que pour un objet encore dans l’avenir, il est facile de comprendre comment cette forme peut aussi marquer le futur. Fravarâné, que je propose de lire fravarûni , est donc un impératif à la première personne , et nous pouvons analyser ainsi ce mot, fra-var-âni. Le radical est var, qui me paraît exactement le guna du sanscrit vri (vénérer) et le latin vereri. II y a seulement cette différence que var-dni, comparé au sanscrit, indique un verbe qui suit le thème de la première classe , tandis qu'en sanscrit vri, dans le sens de vénérer, est de la neuvième. Mais cette différence est au fond peu importante, et elle se retrouverait peut-être dans l’ctat ancien de la langue sanscrite, puisque nous avons la preuve que, dans les Védas, on rencontre des verbes à d’autres conjugaisons que dans le sanscrit épique Quant au sens de parler donné au radical var (ou plutôt viré), je crois que c’est une confusion qui vient des Parses. Nous savons d’une manière positive que le verbe parler est exprimé en zend par le radical mrù (sanscrit bru). Mrû veut ordinairement son complément direct à l’accusatif, tandis que celui de vèré est au datif.

Mazdayaçnô est un adjectif au nominatif masc. sing. , composé de mazda ( forme absolue abrégée ) , une des épithètes d’Ormuzd dont

“ Voyes aussi ms. Anquetïl n* 5 S, Yaçna.wrèW à ta première p«rs. de l'indie. pag. 495 et pas». pris, forme moyenne, ce qui est exactement

" On trouve d'ailleurs , dans le texte du le sanscrit vriac. à la neuvième classe.

il sera parlé plus bas, et de yaçna, qui n’est autre que le sanscrit yadjha (sacrifice). Comme ce dernier mot, le yaçna zend vient de yaz , en sanscrit yadj , II* z remplaçant le plus souvent le dj. Il y a toutefois cette différence que devant le suffixe na. Ç z a été changé en la sifflante de l'ordre des palatales s», tandis que le dj a subsisté en sanscrit. Mais cette permutation naturelle d’une sifflante douce (z) en une autre doit d’autant moins nous étonner que nous trouvons dans le sanscrit praçna un exemple du passage du tchk en ç. M. Rask traduit ce composé par Oromazdis caltor; et c’est une erreur manifeste du scoliaste indien, d’en avoir fait un adjectif à l’accusatif se rapportant à la loi de Zorvaslre; il signifie littéralement « qui célèbre le sacrifice en l’honneur de Mazda. >

Zarathustris est de même un adjectif au nominatif, qui signifie • sectateur de Zoroastre. • Il est dérivé du nom propre zarathustra, avec le suffixe i (nominatif ri) qui, en zend comme en sanscrit, sert à former des adjectifs, quelquefois sans vriddhi de la première voyelle du radical. Nériosengh a fait dans sa traduction la même méprise que pour l’adjectif précédent.

, y idhaêvô, suivant M. Rask « dæmonum adversarius, • est encore un adjectif au nominatif singulier, formé de vl. indiquant, comme vi en sanscrit, bi en persan et ve en latin, séparation, absence, et de dhaêvô dans lequel l’aspiration du dh n’est pas radicale, puisque la ligne suivante nous offre le même mot écrit avec un d non aspiré, vldaévâi, et que le n° a F, p. 1 19, et le n" 3 S, p. 74, écrivent avec un d, vidaêvô. Nous verrons plus d’une fois ces deux lettres ^ et confondues par les copistes, qui paraissent les avoir prises pour des formes diverses d’une seule et même articulation, tandis que nous avons déjà montré, dans nos observations préliminaires sur l’alphabet zend, que le (^répondait primitivement au dh sanscrit.

Le sens d'opposition, qu'avec Anquetil et Nériosengh nous trouvons dans vtdaivô, vient de la particule vi, dont l’i est allongé, sans doute parce que l’accent du mot composé étant placé sur vi, la

voyelle primitivement brève s’est trouvée naturellement ainsi augmentée. Quant au thème daéva qui subsiste après le retranchement de la désinence fondue dans l’<5. nous y voyons cette modification particulière du guna en rend , que nous avons remarquée dans nos observations préliminaires sur l'alphabet. Nous aurons à chaque instant l’occasion de constater l'existence de oettc particularité de l’étymologie zende. Nous croyons pouvoir la regarder comme un des faits qui démontrent la haute antiquité de cette langue , puisqu’il semble nous reporter à une époque où la fusion des divers signes destinés à indiquer cette modification de la flexion, n’était pas encore complètement opérée sous l’influence de la loi d’euphonie.

Le mot daéva est le sanscrit déva, mais avec cettè différence notable et déjà remarquée, que déva, chez les Brahmanes, signifie dieu, et daéva chez les Parscs, mauvais génie. Cette différence indique une opposition tranchée entre la religion de Zoroastre et celle de brahmâ, et elle établit en même temps d’une manière incontestable l’antériorité du sens de dieu, sens avec lequel le mot déva est passé dans les anciennes langues de l’Europe sous les formes de deus, dcws, peut-être même Mc, (nie, etc. Il en a été des déva indiens chez les Parses, comme des Jtu'sunc ou génies des Grecs, qui plus tard sont devenus les démons. Sans insister en ce moment sur cette différence qui touche à la question des rapports et de l’opposition de ces deux anciens cultes, nous devons ici rendre compte de la forme même du mot vtdaévô. Comme dans mazdayaçnô, nous y trouvons ô remplaçant le sanscrit as, désinence des nominatifs des noms en a. Cette modification, restreinte dans des limites assez resserrées eu sanscrit, est beaucoup plus fréquente en zend, et elle atteste dans la déclinaison des noms en a de cette langue, une altération semblable à celle que l’on a déjà remarquée à l’occasion d’un idiome dérivé du sanscrit. Nous verrons toutefois, par la suite, qu’il n’est pas rare que cet 6, modification de as, retourne, même en zend, à ses éléments primitifs, notamment devant tcha. La dési-

nencc 6 fait de vidaévô un adjectif possessif signifiant : • qui a les «Dévas contre soi, contraire aux Dévas. • Ncriosengli en le traduisant par vibhinnadcvâm , « (la loi) par laquelle les Dévas sont brisés, • donne le sens qu’Anquetil d’ailleurs nous fait connaître. Mais il se trompe encore sur le rapport de ce mot avec les autres ternies de la proposition, en ce qu’il méconnaît le véritable cas de l’adjectif. On ne doit pas du reste s’en étonner, puisque Nérioscngh ne traduisait pas directement le zend du sanscrit, mais qu’il suivait exclusivement, ce semble, la version faite en pcblvi, langue dans laquelle il ne paraît pas que les rapports grammaticaux soient marqués avec beaucoup de précision.

Le mot suivant ahura/kacsô ( car il faut lire en un seul mot ce que notre manuscrit sépare en deux) ls est rendu, dans le Mémoire souvent cité de M. Ka.sk , par • sanctæ legis scctator. • Le sens exact est « celui qui suit les préceptes d’Ahura ; • et la forme du mot est celle d’un adjectif possessif dans lequel tkaésô, avec la marque d’un nom. masc. sing. , nous donne un nom dont le thème est en a. Ce mot que les copies les plus anciennes écrivent tkaêcha, orthographe qui me paraît la véritable, est un terme d’un usage très-fréquent en zend. Je suppose qu’il signifie proprement instruction , précepte; c’est le mot daêna qui veut dire loi, religion. Analysé d’après les principes de dérivation communs au zend et au sanscrit, tkaêcha nous présente un substantif masc. formé avec le suffixe a qui exige legaeu d’un radical tkich dont je n’ai pu jusqu'à présent retrouver l’analogue en sanscrit. Mais, d’un autre côté, c’est, selon toute apparence, le persan ^ J$~, le t du zend tkich étant supprimé ; de sorte que tkaêcha peut passer pour un de ces mots, rares d’ailleurs, pour lesquels le dictionnaire persan supplée jusqu’ici à l'absence de tout autre moyen d’explication.

Quant à la première partie du composé, ahura, nous remarquerons qu’elle est ici à la forme absolue, contre le système le plus ordi- H Voyez ms. Anq, n8 a F, pag. ai, 1 19 et pau.

naircment suivi par la langue zende, qui, lorsque le premier terme d’un composé est un nom en a, le met ordinairement au nominatif en 6. C’est une observation qui se vérifiera dans la plupart des cas où ce même mot ahara, sur lequel nous reviendrons plus tard, entrera en composition avec un autre substantif ou adjectif que tkaécha. C’est ainsi que nous trouverons ahuraddta (et non ahurâdâta), orthographe qui nous autorise à lire en un seul mot aharatkaêchd.

Les mots datai jusqu’à zarathustrdi portent, à l’exception de hadha, la désinence di qui dans les noms masc. en a est celle d'un datif sing. L’identité de cette désinence avec celle des mêmes noms en sanscrit (âya ) est trop évidente pour ne pas être immédiatement reconnue. La terminaison zende ne diffère de âya que par l’absence de l'a final que M. Bopp croit supprimé dans la désinence di, de sorte que cette dernière serait postérieure à âya Cette suppression d'une voyelle a qui force y de retourner à son élément primitif est certainement fréquente en zend , et nous en avons déjà prié dans nos observations sur l'alphabet. Mais il ne suffit pas de dire qu'di est le résultat de la suppression de l’a final de la désinence âya, il faut démontrer que cette dernière désinence a bien le droit de passer pour anterieure à di. Car s’il arrivait que di fût une désinence primitive à l’égard de âya, on ne pourrait pas prétendre que l’a de âya en a été retranché : ce serait au contraire cette désinence âya qui se serait développée de di par l’addition d’un a. Toute la question se réduit donc à savoir si di est le résultat d’une de ces contractions que l’on rencontre si souvent dans le dialecte prâkrit, et qui sont incontestablement plus modernes que les formes sanscrites corres- . pondantes, ou bien si ai est une désinence des noms en a, propre à la langue zende , dont les éléments sont bien les mêmes que ceux de Y Aya sanscrit, mais qui n’en dérive pas pour cela directement.

Or la comparaison d'un grand nombre de formes très-significatives nous apprend qu’di en zend n’est autre chose que le sanscrit TI, ou ,

“ Jakrk.f. tcmennh. Kntik, man i83i.

comme nous l'avons déjà fait remarquer, un vriddhi de l’i. Si donc le rend di est la forme propre du vriddhi sanscrit T J, ne peut-on pas dire que dans dàt-âi nous devons voir un sanscrit datt-di, soit qu’on admette que la désinence di est celle des pronoms, tasmài par exemple, et conséquemment qu’on la prenne pour un vriddhi, soit qu’on veuille considérer cet di comme le résultat de la fusion de l’a de la forme déclinable avec IV, désinence du datif, suivant l’observation de M. Bopp ls? Je pense donc qu’il n’est pas besoin de recourir à la désinence âya, déjà modifiée d’après le génie de la langue brahmanique, pour rendre compte de la désinence zende di; et qu’au contraire celle-ci, comparée à la terminaison des pronoms kahmâi, ahmdi, etc., est un vriddhi à la manière icndc. Je ne repousserai pas non plus le rapprochement que M. Rask “ établit entre cette désinence di et le grec an, parce que l’d passe très-fréquemment à l’d («), et que, tout en étant au fond identique à la désinence sanscrite âya , la terminaison di, sous cette forme que je regarde comme primitive, peut l’être également à tu.

Le thème déclinable qui subsiste après le retranchement de la désinence dt et le replacement de l’a linal, mérite encore d’être comparé au sanscrit, et il semble même plus régulièrement formé et conséquemment plus ancien que datta, puisqu'il vient directement du radical dd par la seule addition du suffixe ta.

Le mot suivant, hadha, est un adverbe de lieu sur le sens duquel Nériosengh et Anquetil ne sont pas d’accord avec l’analyse grammaticale, mais qui doit, selon nous, signifier ici. M. Rask traduit donc assez exactement hadha par hac; car ce mot est formé de ha, modification zende de la syllabe pronominale sanscrite ja , et du suffixe dha qui se retrouve dans un grand nombre d'adverbes zends dérivés des lettres pronominales, comme adha , de la voyelle pronominale a; avadha, du pronom ava, le y des Persans; idha, de la voyelle pronominale i, mot qui est reste également dans le pâli idha;

" Gramm. tanter. r. 117, nol. ult. — “ U cher dut Aller, etc. pag. »i.

u COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

tadha, de la syllabe pronominale ta , etc. C’est une des nombreuses formatives d'adverbes employées par la langue zende qui est trèsriche en ce genre, et nous devons y reconnaître le suffixe sanscrit ha, où le h représente le dh zend. Cette dérivation est d’autant moins douteuse, que M. Rosen a déjà constaté l’existence, dans le dialecte des Védas, du mot sadha pour saha n.

Le mot zaralhustrdi est encore un datif, celui de zarathustra, véritable forme du nom de Zoroastre, que nous avons déjà rencontré dans l’adjectif zarathuslris. Je suis loin d’étre fixé sur la signification de ce mot, dont Anquetil a rassemblé les diverses interprétations proposées avant lui Celle qu’il leur substitue, quoique fondée sur une connaissance en apparence plus exacte de la langue zende, me paraît susceptible de graves difficultés, et elle ne peut se soutenir que si l’on admet des changements de lettres que, selon moi, rien ne justifie. Anquetil lit zcrélho-

schtrê, çe qu’avec M. Rask nous transcrivons zarathustra , ou zarxtthachtra, si l'on veut continuer à donner au le son du g), ou ch. Dans ce mot, Anquetil trouve zeré (d'or) et thaschtré , qui ne diffère, selon lui, que par l'addition d’un h. de teschtré, nom d’un astre qui fait l’objet d’une des prières appelées [eschts et qu’on identifie avec l’étoile Sirius 10. Cette manière de diviser ce mot le conduit à la traduction suivante: « Taschtcr (astre) d’or, c’est-à-dire brillant ■ et libéral. » Mais d’abord, pour que la ressemblance ou la diffé-

11 Rigvtd. spec. pag. a 3, not. Voja PAninit VI, 3, 96.

" Zend Avesta , tom. I, a* port, pag. a et sqq. et le* notes.

,# Zend Avesta, tom. II, pag. 186, et not. 1 . Le nom de cet astre qui est assez rare dans le Vendidad-sadé, mais que l'on rencontre fréquemment et sous des formes très-diverses dans l’Icschl de Taschtcr, est cité dans notre texte sans plus ample ex-

plication , parce que ce qui importe en ce moment, c’est de montrer qu’il ne peut, en aucune façon . être retrouvé dans le nom de Zoroastre. Nous chercherons à en rendre compte plus bas sur le premier chapitre du Yaçna, et nous verrons qu’on doit le rattacher au même radical que le sanscrit tachtri, l’un des noms du soleil , sous l’une de scs douze manifestations nommées, dan» la mythologie, âditya.

INVOCATION. i3

rencc de tous ccs mots puisse être exactement appréciée, on a besoin de les voir écrits en caractères originaux. Le mol qu’Anquetil lit zerè et qu’il traduit par d'or, de couleur d'or, n’est autre que jÏjjiÇ zairi (en sanscrit han), jaune, et par extension doré. Or je ne puis trouver dans ce mot la première partie du nom de Zoroastre, zara. Ce qu'Anquctil lit thaschtrè et qu’il trouve identique à teschtrè, est le mot tistrya, dans lequel personne ne

reconnaîtra la seconde partie du nom de Zoroastrc, selon Anqnetil thoschtré et selon nous thustra; car rien n’autorise le changement de t en th, ni celui de i en o. Il me paraît donc que l’interprétation d’Anquctil ne peut se défendre étymologiquement, et je crois qu’il est difficile de retrouver dans le nom de Zoroastrc le mot astre, que les Grecs, trompés sans doute par une transcription ou une prononciation peu exacte, ont cru y reconnaître “.

Malheureusement je ne trouve pas dans la langue les éléments d’une interprétation complètement satisfaisante pour le nom de zarathustra. Le seul mot que j’y reconnaisse d’une manière certaine, est ustra, qui en zend, comme uchtra en sanscrit, signifie chameau. On sait que les noms propres étaient fréquemment formés, dans l’ancienne Perse et dans la Bactriane, du nom de divers animaux domestiques, entre autres de celui du cheval (açpa et auniat ), du chien (f pâ), etc. On s’étonnera donc peu que le nom du chameau se retrouve comme un des éléments de celui de Zoroastre. Dans cette hypothèse, après avoir retranché ustra de zarathustm, il restera zaralh, comme première partie du mot composé. Mais je ne crois pas avoir vu ailleurs ce mot, dans lequel on peut cependant reconnaître zar, radical qui, avec le suffixe i, forme zairi (jaune, doré), et qui existe aussi en persan sous sa forme primitive jj (or). La syllabe ath ; la seule qui soit encore à expliquer, peut n’être que la formative at, dont le t aura été changé en th par une raison qui m’est inconnue. Sans prétendre que la voyelle u soit douée , comme

** Conf. Diog. Laert. in proetm. ad Vit. philotoph.

on sait que le sont certaines semi-voyelles, et v entre autres, d’une aspiration qui remonte sur la consonne précédente, il est assez remarquable que IV grec initial soit virtuellement et nécessairement accompagné d’un esprit rude qui se reporte sur la consonne radicale d’une préposition, par exemple, venant à se joindre à un mot commençant par ». Si l’on pouvait supposer que l'a zend est, dans certaines circonstances, aussi aspiré que IV' grec, j’y verrais une confirmation de la conjecture qui regarde le suffixe atli de zarath comme une simple modification de at. Si cela est ainsi , zarath doit signifier jaune (en persan Sjj ) ; et le nom de Zoroastre, dont le père s'appelait « celui qui possède beaucoup de chevaux,» devra se traduire par • fulvos camelos habens. » Au reste, ce n'est là qu’une simple conjecture, et je laisse au lecteur à décider si les raisons dont je viens de l’appuyer sont suffisantes pour la faire substituer au témoignage de l’antiquité, qui a vu le mot astre (o/^CiVik) dans le nom du réformateur du magisme.

Immédiatement après zarathustrûi . vient achaoné qui nous donne une nouvelle forme de datif; car c’est incontestablement la désinence sanscrite é , employée en zend à peu près dans les mêmes cas que dans l’idiome sacré des Brahmanes. Le mot achaoné, dont nous rencontrerons par la suite un grand nombre de formes, est un adjectif dérivé du substantif acha , qui sera expliqué tout à l’heure, et du suffixe van, qui se trouve en entier & l’accusatif acha-van-ém. La permutation du suffixe van au datif et dans les autres cas indirects où nous la reconnaîtrons plus tard, est digne de remarque en ce que la loi d’après laquelle elle s’opère, est d'une application fréquente dans la langue zende. L’a du suffixe van disparaissant, ou plutôt étant déplacé, le v retourne à son élément primitif, qui est a, et cette voyelle à son tour , s’incorporant l'a déplacé, devient o. Ainsi de acha-van on a acha-on, à peu près de la même manière que du sanscrit maghavan on forme maghôn dans le plus grand nombre des cas indirects. Telle, du moins, me semble être l'explication

INVOCATION. i5

de cette particularité, où il faut remarquer que la voyelle a, placée devant o, n’y est pas appelée par la même règle que dans les mots où l’o est le résultat du guna d’un u, ou bien I ’é, résultat du gnna d’un i. L’a de acha-onê semble au contraire appartenir en propre au thème du substantif acha. Peut-être dans le cas de achaonê , expliqué comme nous venons de le faire, faudrait-il lire 6 long, en affectant cette voyelle précédée d'a bref à la représentation de la contraction des syllabes ara (comme dans yaôm pour yavam ) , et en gardant l'autre forme de l'o pour le cas du guna. Cependant les manuscrits les plus anciens, et notamment le n” 6 S, adoptent presque toujours l’o bref dans le premier cas comme dans celui du gana. Ils indiquent ainsi par la meme orthographe des faits qui mériteraient, ce semble, d’être distingués; en d’autres termes, ils ne distinguent pas ces deux faits l’un de l’autre, et regardent ao de achaonê comme dû au même principe que l'ao, évidemment guna d’a, dans raotchayéiti, forme causale de ratch.

Nous venons de voir que si nous supprimons le suffixe van, ou ce qui en est la modification affaiblie on, il nous reste acha, thème dont nous avons le génitif dans achahê. La désinence hé s'explique jusqu’à un certain point par la règle dont nous avons parlé tout à l’heure. Je crois y reconnaître le sanscrit tya, dont le s est devenu h, d’après le génie de l’idiome sacré des Parses. En déplaçant l’a de kya, et en ramenant y à son élément voyelle, on aura hai qui s’assimilant d’après les lois de la fusion des lettres, nous donne hé. Cette forme est le résultat d’une contraction, et on peut dès-lors la considérer comme relativement moderne. C’est, selon moi, une altération du genre de celles qui constatent la postériorité du prâkrit à l’égard du sanscrit, et qui, dans la question du zend comparé à l’idiome sacré des Brahmanes, peuvent servir à prouver que la première de ces deux langues offre dans son état actuel un mélange de formes de plusieurs âges, sans doute parce qu’elle a été moins soigneusement cultivée, ou écrite dans des temps relativement plus

modernes. Le thème acha , que nous verrons écrit fautivement asa , signifie, selon Anquctil et Nérioscngh, sainteté, pureté. J’ai lieu de soupçonner que ce mot appartient à la même racine que le sanscrit atchtchha (transparent), le tchh que nous savons devenir ç en zend, se changeant dans quelques cas plus rares en ch. Ce substantif, qui a une famille plus étendue en zend qu'en sanscrit, forme achya qui me paraît être le grec •««<• (saint), et c’est, je crois, ce dernier mot qu'on doit chercher dans la première partie du nom de la famille royale des Achæménides, nom qui peut avoir été en zend achyô mainyus (l'être céleste et saint) 51 . Le zend acha ou quelqu’un de ses nombreux dérivés est sans doute encore le mot que les Grecs ont transcrit dans les noms de fleuves, Yi**r et

Le seul mot de notre première phrase qui reste encore à expliquer est rathwê , qui nous présente la même désinence é , à laquelle nous avons reconnu un datif. Si l’on retranche cette terminaison , l’on

" Wahl ( Geschtchle des pert. rteuhj . etc. pag. 209) peinte que le nom d'Acha?ménès est le môme que celui de Djemschid. Mais le nom de Djemschid est en zend Yintâ khchaètô, mots qui n’ont pas le moindre rapport avec 'A^njutrnf. En proposant d’expliquer cet ancien nom par les deux mots tends achyô mainyus, je ne fais qu’avancer une conjecture qui ne pourrait devenir une certitude que si l’on trouvait les mots achyô mamyus employés dans un texte zend, ou comme nom propre , ou seulement comme litre honorifique d’un ancien roi. Nous ne devons pas oublier que M. Rask ( Ucherdas Aller, etc- pag. 28 } a lu dans la plus courte des inscriptions cunéiformes de Xcrxès le mot âqamnôsôh , que M. Grotefend lisait akhéôtchôschôh (dans lleeren. Politique et commerce des peuples de Vantiquiti, t. II, tabl. iv ), et M. Saint-Martin oukhaâbyschyé

( Journal asiatique , tom. II, pag- 83 ) ; et que M. Bopp {Jahrh.f. wisstnsch. Kritik, déci83i), d'accord avec M. Rask, voit dans cette lecture l’origine du |nom d’Achaeménès. Au reste, il n'y a rien , selon nous, d’inconciliable entre l’étymologie zende que nous proposons pour le nom des Acbærnénides , et la lecture de ce nom, telle que la voit M. Rask dans le» inscriptions persépolitaines. Nous espérons en effet |>ouvoir démontrer que la longue de ces inscriptions, quoique offrant des traits nombreux de ressemblance avec le zend, en diffère cependant d’une manière notable et dans de» points très-importants. Cette question de critique fait l’objet d'un mémoire destiné à l’Académie des inscriptions, dans lequel nous croyons avoir fait faire un pas de plus à la lecture et à l’interprétation de ces monuments précieux.

INVOCATION. i7

a ralhw, dans lequel il est indispensable de regarder w comme la permutation d'un a en », d’après la loi euphonique, qu’une voyelle tombant sur une voyelle dissemblable, se change en sa semi-voyelle correspondante. Si, en effet, on ramène w à son élément voyelle primitif, on aura un mot terminé en a , que nous reconnaîtrons pour le thème de ce nom. Ce thème n’est cependant pas rathu, mais bien rat a, car l’aspiration du th disparaît avec la cause qui la produisait, c'est-à-dire avec le w , dont la présence exigeait le changement du t en th , ainsi que nous l’avons remarqué déjà dans nos observations préliminaires. Anquetil traduit le mot rata par grand, comme s’il était un adjectif, ou tout au moins un adjectif substantific. Dans une note, qui se rapporte à une autre forme de ce même mot [rathwàm), que nous allons examiner tout à l’heure , sous la phrase n” a , Anquetil ajoute que ce mot désigne en général les temps, et particulièrement les cinq parties du jour, et les cinq Gàhanbars ou jours épagomènes ”. Nériosengh s’accorde assez bien avec Anquetil en le rendant par guru (maître). Je crois que ce mot, dont le thème est rata masc., n’est autre que le sanscrit nia (saison), lequel a pris chez les Parscs une acception que je ne vois pas qu’il ait eue en sanscrit , quoiqu’un mot fort ancien de cette dernière langue donne lieu à un rapprochement qui n’est pas sans intérêt.

Pour comprendre le rapport que je vois entre le zend rata et le sanscrit rita, il faut savoir que, dans le Zend Avesta, le mot ratu est le plus souvent employé comme qualificatif des êtres divins sous la garde desquels se trouve une division quelconque de la durée. C’est pour cela, sans doute, qu’Anquetil dit que rata désigne en général les temps, quoiqu’il l’interprète par grand, maître. Or, voici, je crois, comment un mot qui signifie temps, a pu, par la suite et selon les besoins de la liturgie , prendre une acception aussi différente que celle de maître. Les divisions du temps, qui jouent un rôle si important dans la doctrine de Zoroastrc, ont reçu des dé-

" Zend Avesta . tom. I, 3* part . p. 80 , not. 3.

nominations spéciales dont on a fait des personnifications, et en quelque sorte des génies, des chefs, auxquels sont soumises les diverses parties de la durée que leur nom désigne. Le mot ritu (zend ratu) a pu, d’après cette explication, cesser d’être significatif au propre en zpnd, ou plutôt il a pris un sens détourné qui lui vient de l’usage spécial auquel l’ont appliqué les Parses. Mais dans cette langue meme , il serait facile de trouver des traces de sa signification première; et outre le témoignage d'Anquetii, nous nous contenterons de renvoyer le lecteur à un passage du xvm * J'argard du Vcndidad où Anquctil, sans doute d’après les Parses, traduit le mot rata par temps

Enfin, je crois qu’on peut découvrir aussi en sanscrit la trace de ce passage du sens de saison à celui de maître, chef, dans le nom ancien que porte chez les Brahmanes le prêtre domestique ritvidj, littéralement • celui qui sacrifie dans les ritu , ou saisons prescrites. > 11 est vraisemblable que , dans ce composé , ritu ne désigne pas seulement les trois ou six saisons qui divisent l’année dans l’Inde. Ce mot doit, selon toute apparence, s’appliquer aussi, comme en zend, aux diverses portions du jour et de la nuit d’après la division liturgique. Or, quand on voit, chez les Brahmanes, le prêtre officiant nommé «celui qui sacrifie aux diverses divisions du temps,» on comprend sans peine que ces divisions personnifiées sous le nom que la liturgie leur assigne, aient pu devenir des maîtres ou des chefs. Nous devons ajouter que, dans une acception différente et trèsusitée aussi, le mot zend rata peut bien n’être que le nom du ritvidj lui-même ; car nous verrons plus bas que le second des prêtres officiants, celui que les Parses appellent le raspi, porte en zend le nom de rata. Dans cette hypothèse , à laquelle une autre remarque sur un des personnages qui figurent dans la liturgie zende donnera plus tard quelque vraisemblance, rata doit être regardé moins comme l’abréviation du sanscrit ritvidj (la dernière partie du com- ” Voyez Vendidad-Hulè lith. p. 455 ; Zend Avesla, iom. I, a* part., pag. 4o3.

posé ayant été supprimée) que comme une sorte de changement intérieur de rifa qui, en zend, devrait être ërëtu, et qui n’est sans doute devenu ratu que par un guna irrégulier. En d'autres termes, le zend rata, dérivé de rïtu, doit signifier • relatif aux saisons, ou ,

« qui observe les diverses saisons. »

11 est d’ailleurs assez remarquable que le mot ratu existe en sanscrit, mais seulement dans deux sens, suivant Wilson: « 1° le Gange • céleste ; a° femme qui dit la vérité. • Ce mot sanscrit dont le second sens s’accorderait assez bien avec les idées que réveille le nom du prêtre, dérive, suivant les grammairiens indiens, d’une de ces racines sâutra que l’on ne trouve que dans les commentaires , racines qu'il est de la plus grande importance de prendre en considération, parce quelles jettent souvent un jour nouveau sur des mots obscurs en sanscrit et en zend, et qu’elles permettent, au moins dans un grand nombre de cas, de ramener à une origine commune des termes qui se trouvent dans ces deux langues, lettre pour lettre , mais avec des acceptions différentes. Wilson qui , sur l’autorité des grammairiens indiens, rattache le sanscrit rata au radical sâutra qu'il écrit rit, ne donne pas sur ratu le sens de ce radical. Mais cette racine existe dans son dictionnaire à son rang alphabétique, avec les significations de «aller, être puissant, domi- « ner, haïr. » Le sens le plus ordinaire de ce radical pour lequel M. Rosen n’apporte pas d’exemple , est difficile par cela même à déterminer. Mais ce qu’il importe de remarquer, c’est qu’on en tire en sanscrit ratu, par un guna irrégulier, semblable à celui auquel nous avons recours pour rattacher le zend rata au sanscrit rïtu. Ce rapprochement du ratu sanscrit dérivé de rit, et du ratu zend comparé à rïtu, ne justifie pas seulement le procédé de dérivation que nous proposons pour le terme zend (ri devenant ra); il suggère encore une autre explication d’après laquelle rata signifierait chef. de la racine rit (dominer). Nous pouvons donc, en résumant les observations précédentes, présenter une triple explication du zend

ratu, qui signifie dans la liturgie maître, quelquefois, selon Anquetil lui-même, temps, et qui est le nom du second prêtre officiant.

1“ Ratu n’est que le sanscrit rïta (saison) avec un guna irrégulier: la signification de temps donnée à ratu résulte naturellement de celle du sanscrit ritu, et l'acception plus éloignée de maître vient de la personnification des diverses parties de la dorée appelées ratu.

a* Ratu correspond au sanscrit ritvidj (celui qui sacrifie aux saisons déterminées) : la signification de prêtre officiant vient du sens propre de rita (saison); elle ressort de la forme dérivée du mot ratu.

3” Rata dans le sens de chef et dans celui de prêtre officiant, peut n’être que le sanscrit rata, lequel, il est vrai, n’a pas ce sens, mais qui vient d’une racine rît à laquelle on peut rattacher le zend rata.

Il n'est pas inutile de remarquer que les deux premières explications sont très-conciliables, en ce sens qu’elles répondent i des acceptions différentes du même mot. Elles rentrent même, i vrai dire, l’une dans l’autre. La troisième me paraît la moins vraisemblable. II était toutefois utile de la présenter pour faire voir que le sanscrit possède, comme le zend, le mot rata, mais avec un autre sens. C’est un de ces termes assez nombreux qui forment comme le patrimoine antique de ces deux langues, mais que l’usage a, dans chacune d’elles, employé à des valeurs totalement dissemblables.

Après l’analyse à laquelle nous venons de nous livrer, il nous est possible d’apprécier au juste l’exactitude de la traduction qu' Anquetil a reçue des Parscs. Il est évident que les mots • pur, saint • et grand » ne sont pas une traduction exacte de achaonê achahé rathwé, littéralement para paritatis domino. Ces mots sont au cas d’attribution avec un déterminatif au génitif, de même que ddtdi hadha, etc., littéralement dato hic data contra Devos Zoroastri. Ils forment le complément du verbe fravarâni, et terminent cette profession de foi du Parsc : « Moi adorateur de Mazda, sectateur de Zo-

INVOCATION. ai

i roastre, ennemi des Dévas, observateur des préceptes d’Aliura, «que j'adresse mon hommage à celui qui est donné ici, donné « contre les Dévas, à Zoroastre, pur, maître de pureté! » Il ne me semble pas que le sens puisse être douteux, et les datifs ddlâi ne doivent être que des qualificatifs de zarathastrâi. Mais comme cette interprétation modifie d’une manière notable celle d’Anquetil, nous devons nous y arrêter un instant.

On ne peut pas essayer de traduire • que j’adresse mon hommage • à ce qui a été donné contre les Dévas à Zoroastre, • ni voir dans les mots * ce qui a été donné contre les Dévas , » l’explication du titre du livre appelé Vendidad, que notre texte présenterait comme ayant été donné à Zoroastre. En effet, dans tous les passages où le Vendidad est cité, le texte joint toujours aux mots vidaêva data le nom de Zoroastre placé au même cas que ces mots mêmes. Il suit nécessairement de là que vidaêva ddta sont des adjectifs qui déterminent le nom propre zarathustra. J’ai examiné avec la plus grande attention tous les passages où, suivant les Parses et Anquetil, il est fait mention du Vendidad, et j’ai acquis la certitude qu’à l’exception de deux textes, les mots vidaêva data sont toujours accompagnés du nom propre de Zoroastre **.

L’un de ces textes se trouve dans le iv* cardé de l’Iescht de Sérosch, et il est répété dans le Grand Sirouzé“; il est conçu de manière que les mots vidaêva ddta peuvent se rapporter à mâthra (la parole), invoquée dans la prière qui précède immédiatement; d'où il résulte que là encore vidaêva data seraient des épithètes de la parole, comme.

*' Mon but n'est pas de discuter en ce. moment tous les passages dans lesquels les mots vtdaéva ddta sont rapprochés du nom de Zoroastre, ni de signaler cette particularité intéressante de la forme plurielle sous laquelle se présentent ces mots, et par suite le nom de Zoroastre qui est en rapport avec eux. Le commentaire du Yaçna

nous donnera plus tard l'occasion de mettre ces faits dans tout leur jour. Je ne dois , quant à présent , m'occuper qu'à constater le rapport de vtdaéva ddta avec zarathustra, pour en faire ressortir la véritable signification des deux premiers mots.

” Ms Anquetil n# 3 S, pag. 55a ; Zend Avcsta% tom. Il, pag. a 36 et 334*

dans les autres textes, ils le sont de Zoroastre. Le second passage qui se lit au xxiv' cardé de l’Iescht Farvardin est beaucoup plus obscur*1; mais quoique je ne puisse encore en donner une explication complètement satisfaisante, je ne crois pas cependant qu’on soit autorise à se servir de ce texte pour affirmer que vidaéva data signifie ce que les Parses appellent Vendidad. En cflet, on lit dans ce passage daévâ dâtém, ■ à Devis datum, • et non vidaevô dàtcm , comme il faudrait lire si l’on voulait trouver dans ce mot le nom du Vendidad. De tout ceci il résulte que les textes où les Parses croient reconnaître la présence du nom de ce livre, le xx* nosk de l’Avesta, signifient non pas absolument ■ ce qui est donné contre les Dévas, » mais ou ■ Zoroastre donné contre les Dévas , » ou , dans un seul passage , « la parole donnée contre les Dévas. » Si donc il faut chercher dans ces textes le titre d’un livre, ce n’est pas Vendidad qu’on devra y trouver, mais bien « Zarathustra donné contre les Dévas. ■ Or, il est très-facile de comprendre qu’on ail appelé du nom de Zoroastre l’ouvrage qui renferme les questions qu’il a adressées à Ormuzd ; et d’ailleurs on voit ce titre confirmé d’une manière remarquable par une tradition que nous a conservée Henri Lord, qui s'exprime ainsi sur la troisième division des livres des Parses: • Le troisième (traité) • s’appelait Zerioost, parce qu’il contenait toutes leurs lois et toutes « les choses qui appartiennent & la religion » On conviendra que le titre donné par H. Lord au troisième traité religieux des Parses se retrouve mot pour mot dans notre texte , et qu’il en est la traduction exacte 1‘.

** Ms Anquetil n* 3 S, psg. 58a; Zend Avtsta, tom. 11, pag. a64.

" Hat. de la rcl, dee a ne. Pen. ( trad. tr anç. ), pag. 176; Hyde, Devet. ni. Part. pag. 345 , cd. 1 760 . et Anquetil , Mém. de l'Acad. da huer. tom. XXXVIII. pag. a 58.

11 II est Assez remarquable que les Parses divisent la totalité de leurs livres en trois

parties dont chacune comprend sept traités. Cette classification en trois corps d'ouvrages liait penser à celle des Védas. Cependant oomme-les nombres 3 et 7 sont réputés sacrés dans tout l'Orient, les Parses, comme les Indiens, ont bien pu imaginer cette division chacun de leur côté. Voyez sur cette classification des livres , H. Lord, lac cil.

INVOCATION. a3

Maintenant , peut-on dire que les Parses aient eu tort , 1 ” de prétendre que Vendidad venait de vidaêva data; a° de donner ce titre à l’ouvrage qui le porte; et, dans ce cas, comment concilier avec 'cette conclusion le fait que le Vendidad est cité comme le xx* des livres qui composent l’ensemble des ouvrages attribués à Zoroastre*"? Si, comme Anquetil le propose, on doit dériver Vendidad de vidaêva data , cette contradiction n’est pas impossible à lever. Car rien n’empéche que les Parses n’aient appelé par excellence un de leurs livres « ce qui est donné contre les Dévas; > et le texte de l’Iescht de Sérosch interprété comme je propose de le faire , « la parole donnée contre « les Dévas, » explique d’une manière très-satisfaisante comment les mots vidaêva data ont pu devenir le titre d’un des ouvrages religieux des Parses. Nous verrons en outre plus tard, quand nous analyserons le xiii* chapitre du Yaçna, quelle importance ce texte attribue aux paroles « contraires aux Dévas, » qui sont exprimées dans les questions adressées par Zoroastre à Ormuzd. Or, comme le livre nommé par les Parses Vendidad n’est qu’une série de demandes et de réponses, et un dialogue entre Zoroastre et Ormuzd , on comprend sans peine qu’un tel traité ait reçu le nom de vidaêva dâta (Vendidad), «ce qui est donné contre les Dévas. • Mais il ne m’en semble pas moins constant, d’un autre côté, que c’est par extension , et peut-être même à tort , que les Parses voient le titre de ce livre dans le passage qui a donné beu à cette discussion. Il y a cette différence entre le titre du Vendidad et celui du Yaçna, que le second est positivement mentionné dans les textes sous cette forme même de Yaçna, et qu’il peut prétendre à une antiquité égale à celle des textes eux-mêmes, tandis que le premier est composé de deux mots , qui résument sans doute assez bien le sens général et le but de l’ouvrage, mais qui ne se trouvent pas don-

" Anquetil . Mtm. de T Acad, de» inter. Wullera , Fragm. ueber Zoroaeler, pag. 3ÿ lom. xxxvm, p»g. i5a. a 53 et 167; et 4o.

ai COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

nés dans l’ouvrage môme d’une manière assez explicite pour qu’on puisse regarder le titre qu’ils forment comme contemporain de la rédaction de ce livre. Il semble, au contraire, que tout porte à regarder ce titre comme adopté par les sectateurs de Zoroastre à une cppquc relativement plus moderne, et comme emprunté après coup aux deux premiers mots du texte que nous venons d’expliquer30.

Nous voici parvenus à la seconde partie de la période transcrite au commencement de cet article; nous allons d’abord examiner les mots qui la composent, jusqu’à rathwâm exclusivement. Le premier, yaçnâitcha, est yaçndi suivi de la copulative tcha (et), en zend comme en sanscrit; yaçndi est le datif de yaçna, que nous avons analysé précédemment, et qui signifie sacrifice avec prières, ou plus généralement « culte consistant en prières accompagnées • d’offrandes. » Anquetil traduit ce mot par «je fais Izcschné, » ce qui n’est guère qu’une transcription, qui nous sert cependant en ce qu'elle nous montre que nous pouvons chercher dans le terme de l’original Yaçna le nom du recueil appelé Izeschnc par les Parses. C’est ce que confirme le témoignage de Nériosengh, qui transcrit l'altération pehlvie du zend Yaçna, par idjiçni ou idjisni (Izeschné), quand il ne le traduit pas par ârddhana (culte, adoration). Mais nous ne pouvons voir avec Anquetil un verbe dans ce mot yaçndi, c’est un nom au datif.

Le mot suivant, vahmditcha, est de la même espèce et d’une égale importance pour la nomenclature des livres du Zend Avesta.

H Anquetil Dupcrron a consigné , dans son Mémoire sur les livres de Zoroastre, des remarques judicieuses sur le rapport des noms que portent les livres qui nous restent des anciens Parses , avec le contenu de ce* livres eux-mêmes. (Afcwt. de VAcad. des inscr. tom. XXXVIII , pag. aai, aaa.) Il est au reste facile de comprendre comment le nom de Yaçna a du plus aisément se trou-

ver dans l'ouvrage même qu’il désigne, que celui de Vendidad dans la collection connue sous ce litre. Cest qu’en réalité Yaçna est moins un titre de livre que le nom de la liturgie elle -même, ou plus littéralement du sacriGce. L’ouvrage qui contenait les prières de la liturgie a du naturellement recevoir son nom de celui de cette dernière.

INVOCATION. a5

Anquetil le traduit par «je fais Néaesch. * Je ne puis non plus voir ici un verbe, mais seulement un datif de vahma qui se trouve ainsi être le titre original des prières qui, dans le recueil d’Anquetil , portent le nom persan de Nèacsch. Le mot vahma (neutre) que nous rencontrerons fréquemment et toujours avec la même signification, est traduit dans Nériosengb par namaskdrana, « l’action de faire l'invo- ■ cation appelée namas, c’est-à-dire, l’action d’invoquer avec respect. » Cette interprétation semble indiquer que vahma doit sc traduire par invocation, et qu'il faut y voir, avec le suffixe ma, un radical vah, transformation du sanscrit vatch (ou primitivement vak) , qui signifie parler. J’expliquerais cette transformation par le changement du k radical en kli devant m, d’après une règle d’aspiration dont nous retrouverons plus tard de nombreux exemples. Le radical vak réuni au suffixe ma, sera devenu vakhma; puis la gutturale disparaissant, l’aspiration seule aura subsisté.

De même khmaothràitcha , où Anquetil trouve le verbe «je veux « plaire, « est encore un mot d’où dérive le nom d’une prière appelée Khoschnoumen, nom qui s'appliquerait peut-être plus exactement à la partie de la liturgie qui commence par le mot zend khchnûmainé. C’est un datif du nom neutre khsnaolhra, ou, suivant une lecture vraisemblablement plus exacte, khehnaothra, dans lequel l’analyse peut trouver, après la suppression de //ira 51 , répondant au suffixe sanscrit tra, khclinao (guna) de khclinu, radical auquel se rattache le persan xàmà (content), qui est en zend khchnùta. La prière nommée khehnaothra peut donc signifier littéralement ■ le moyen de plaire « ou de sc rendre agréable à une divinité. » Dans la glose de Nériosengh, ce mot est traduit tantôt par mdnana 52 (révérence), tantôt

M Nous avons déjà parlé de la diffé- Zoroaslre [zamlhustra) écrit par un t, cjuoirence qu'on remarque dans l'orthographe que ce t soit, comme ici, suivi d’un r, nous du sufiixe tra en sanscrit et thra en zend. renurquerons que le r n’aspire pas la con- Elle vient de l’aspiration inhérente à r , qui sonne qui le précède, quand celte consonne se reporte sur l i consonne précédente. Mais elle-même est précédée d’une sifflante, pour qu'on ne s'étonne pas de voirie nom de M Ms. Anquetil n°a F, pag. a3.

par sanmânakriti ”, «acte d’un bon respect, ou l’action de respecter « les gens de bien. > Quant au radical khclinu, la connaissance des lois euphoniques propres au sanscrit et au rend nous permet de l’identifier à la racine kchnu qui, selon Wilson, signifie aiguiser, et de phis, dans Roscn, abduccre. Il n'y a rien, dans ces deux sens, qui réponde à celui que tout nous autorise à donner au zend khehnu. Je n’hésite pas cependant à regarder ces deux radicaux comme identiques, et comme appartenant à l’état ancien des deux langues. La différence des sens doit être postérieure à la séparation des idiomes qui s’en sont, en quelque sorte, partagé les acceptions.

Enfin, fraçaçtayactcha qu’Anquetil traduit par «j’adresse des «vœux,» n’est autre qu’un substantif en r au datif sing. , qui est aussi régulièrement formé que les masculins et féminins sanscrits terminés par cette voyelle, et qui ne diffère de malt (matayé) que par l’insertion d’un a devant Yi de la désinence.

On pourrait croire au premier abord que l’insertion de cet a bref devant IV, désinence propre des datifs, a pour but de marquer une différence d,e genre , et qu’ainsi fraçaçtayaétcha est un féminin , tandis que rathwë, que nous avons analysé tout à l’heure, est un masculin. Mais il ne faut pas un long examen pour se convaincre dû contraire; car on trouve le mot masc. rathwé, dans lequel é est bien la désinence du datif, écrit six fois dans le Vendidad ralhwaétcha. D’autres datifs en c prennent de même régulièrement a devant cet é, lorsqu’ils sont suivis de la conjonction tcha (et) qui , comme on le sait, se joint immédiatement au mot sur lequel elle porte. 11 semble résulter de là que c’est à la réunion du tcha avec le mot qui le précède qu’est due l’insertion de l’a devant la désinence é. La conjonction tcha est une enclitique qui, ajoutée à un mot, l’augmente d’une syllabe , et peut dans certains cas changer les conditions de ce mot, quant à la position de l’accent tonique, et quant à la valeur prosodique de la voyelle sur laquelle la présence de l’encli- " Ms. Anquetil n* a F, pag. 4ÿ-

tique appelle un accent nouveau. Cela est si vrai que les préfixes ni et fra que nous savons être naturellement brefs, en zend comme en sanscrit, prennent souvent une longue i et â, lorsque, séparés par une tmèse de leur verbe, ils s’unissent à tcha, té ou mé (pronoms qui sont quelquefois enclitiques), de sorte qu’on écrit nitclia, n(té, etc. **. Si cette influence de la conjonction tcha est incontestable , on peut s’en servir pour expliquer l’addition d’un a à la désinence é du datif. La réunion de tcha au mot rathwê , par exemple, forçait peut-être l’accent à tomber sur é; la voyelle acquérait ainsi un développement nouveau , marqué dans la prononciation , et par suite dans l’orthographe, au moyen de l’addition d’un a.

Je dois avouer toutefois que cette explication ne me satisfait pas complètement, et que l’analyse que j’ai donnée de Yaé rend dans mes observations préliminaires sur l’alphabet, jointe à d’autres considérations sur l’influence de la conjonction tcha unie au mot qui la précède, me suggère une autre manière de rendre compte de cette particularité orthographique. Nous venons de dire tout à l’heure que les préfixes ni et fra prennent une longue, lorsque tcha ou tout autre mot enclitique, venant à se réunir h eux, les rend capables de soutenir un accent qu’ils ne portaient pas avant cette réunion. Mais quand au lieu de tomber sur un préfixe, tcha se joint à un mot infléchi, il se passe alors un fait remarquable dû à la même cause que le précédent , quoiqu’il diffère de ce dernier en un point principal. La conjonction tcha conserve intacte la désinence grammaticale du mot auquel elle s’unit, c’est-à-dire que cette désinence, qui, en tant que finale, avait pu subir une altération plus ou moins forte, et quelquefois môme disparaître presque complètement, se retrouve devant le tcha qui la soutient. Nous ne

" M. Bopp considère quelque part nit£ comme un adverbe dont on a en sanscrit un autre cas dans le mot nityan. Je crois pouvoir m’éloigner de sou sentiment, parce

que les passages où je trouve ce mot nous le montrent comme la réunion du pré6xe ni et du pronom tê. (Voyez Vcnduiud-uidé litli. pag. îa et 43-)

citerons en ce moment que le yaç-tcha pour yâ-tcha, qui se rencontre à chaque instant dans le Vendidad. Cette action exercée par tcha sur la désinence va même plus loin; car les éléments constitutifs de la terminaison reparaissent, môme avec la modification particulière qu’ils ont subie, d’après le génie de la langue zende, et nonobstant cette modification. La désinence ou une de ses parties se trouve ainsi répétée deux fois, une fois altérée par les lois euphoniques du zend, une seconde fois restituée et rétablie en • quelque façon par l'action du tcha : c’est ainsi que l’accusatif pluriel des noms féminins du thème en a, en sanscrit ds, est en zend do à la fin d’un mot, et âoç devant tcha ( doçlcha ).

Si nous appliquons cette remarque au fait qui nous occupe, celui de l’addition ou de la suppression d'un a devant la désinence ê du datif, selon qu’elle est ou qu'elle n’est pas suivie de tcha, ne peut-on pas dire que la véritable désinence du datif est un é gana, c’est-à-dire en zend ac , et que cette désinence reparaît aussitôt que la présence de l’enclitique tcha lui en fournit l’occasion? L’addition de l’a devant ê suivi de tcha ne doit pas être due exclusivement à l’influence du tcha. Car autrement il faudrait aussi un a devant IV de la désinence hé du génitif, lorsqu’elle est suivie de tcha, et cependant les textes ne nous en fournissent pas un seul exemple. La nature de IV entre donc pour beaucoup dans les conditions qui donnent lieu à cette particularité orthographique. Quand IV résulte de l’altération d'une syllabe ou d’une lettre étymologiquement nécessaire, il ne prend pas l'a; il le prend au contraire lorsqu’il est guna , ou qu’il peut passer pour tel “. Ce qui n\e ferait croire que c’est au gana ou à une imitation de ce phénomène que tient la désinence aé des datifs suivis de tcha , c’est qu’en sanscrit on connaît deux terminaisons pour ce cas, lesquelles répondent aux deux modifications de

“ Je ne parle pus en ce moment del à bu. lorsque nous en rencontrerons un exemajouté devant l é de» plur. mate, de» pro- pie. Voy. une note sur le» diverse» origines noms [tué tcha). Ce point sera examiné plus de l'ê rem! . à la fin de ce volume.

INVOCATION. a 9

la voyelle i, le guna et le vriddhi. Si cette explication est admise, 1 doit passer pour l’élément fondamental de la désinence du datif, résultat qui parait confirmé par la comparaison des langues de la même famille, laquelle nous montre i caractéristique des datifs en grec, et, à quelques exceptions près, en latin. Le sanscrit et le zend, en adoptant é et aé comme caractéristique de -ce cas, ont développé la désinence, qui est restée plus primitive en grec et en latin.

Lorsqu’on a retranché de fraçaçtayaê la désinence aé, et ramené ay (c’est-à-dire d) à i (comme dans malay-é de mali), on obtient le thème du nom féminin Jraçaçti, qui, après la suppression du suffixe fi, et de la préposition fra (sanscrit pra), donne le radical çaç ou plutôt ç as (en sanscrit JTï^), « dire, et adresser une bénédiction ou « des vœux. • Les diverses formes sous lesquelles nous rencontrerons dans la suite ce radical ças, m’autorisent à penser que l'orthographe véritable est .*(yao# et non ssmm. Ce verbe devient en effet çaijh, que nous trouvons dans le nom de nairyô çaijhô (Nériosengh)50. Or, comme ÿh zend, entre deux voyelles, remplace s dental sanscrit, ainsi que nous l’avons montré dans nos observations préliminaires, le radical duquel vient le substantif fraçaçti (quelle que soit d’ailleurs l’orthographe actuelle des Parses), doit porter un s dental en sanscrit, et non un ç palatal. On remarquera que, quand la lettre finale du radical tombe sur une consonne, t par exemple, la sifflante reparaît soutenue par cette consonne, et il n’y a pas lieu au changement de

” J'ai parié, dans i' Avant-propos qui précède ce travail, de la signification de ce nom propre que nous aurons bientôt occasion de rencontrer dans le texte du Yaçna. M. le baron S. de Sac Y a bien voulu depuis m'avertir que le nom persan de iVorsis n'était autre chose que celui de Nériosengh. Ce fait, qui me parait hors de doute, est d'un grand intérêt en ce qu'il nous montre la forme persane de ce nom plus rap-

prochée du sanscrit que ne l'est la forme rende. Dans le parsi Nar-sis, la dernière syllabe conserve la sifflante du sanscrit ças ; tandis que dans le rend nain-J çaÿhô . cette sifflante s'est changée en h précédé d'une nasale ÿ. Nous aurons plus tard occasion de citer d’autres exemples de ce rapport du persan avec le sanscrit, dans des points où le rend s'éloigne de l’un et de l'autre idiome.

3o COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

la sifflante en tjh. C’est ce qui fait que des mots en apparence aussi différents que çagha et f asti, peuvent être sûrement ramenés au même radical. Nériosengh traduit toujours le mot de notre texte par prakâça (manifestation, célébration?), ce qui s'éloigne un peu du sens d’Anquctil, mais ce qui revient complètement à une des significations du radical sanscrit ças (dire).

Il n’y a plus, selon moi, de doute que nous ne devions voir dans les quatre mots précédemment expliqués, ainsi que le pense Anquetil, les noms de prières ou de portions spéciales des écritures sacrées des Parses. Nous avons, dans la classification actuelle de ces livres, deux titres correspondant aux deux premiers mots, savoir : Izeschné à Yaçna, Néaesch à Vahma. Le nom de khehnaothra n’est pas, à ce qu’il parait d’après Anquetil , celui de Khochnoumen, mais ces deux mots appartiennent à la même racine. Reste fraçasti, mot pour lequel je ne vois pas de correspondant parmi les noms que les Parses donnent aux portions de leurs écritures sacrées.

Maintenant que la valeur de ces mots est constatée, devonsnous, avec Anquetil, les subordonner à dûtdi vidaévâi, « ce Vendi- « dad... je veux lui plaire, etc.? » Je ne le pense pas : ces divers mots étant au même cas que ddldi, etc., il faut, ainsi que ces derniers, les considérer comme le complément de Jravarûni, et traduire, en réunissant cette phrase à la précédente, « puissé-je adresser mon

« hommage à Zoroastre et au Yaçna (sacrifice avec prières ou

« offrande), et à l’invocation (Néaesch), et à la prière qui rend favo- « râble, et à la bénédiction. » 11 est vrai qu’il reste encore, dans la phrase à laquelle nous donnons le n" a, tous les mots dont le premier est que l’on pourrait être tenté de rapporter aux

datifs précédents, de cette manière : « puissé-je adresser mon hom- • mage... à l’invocation... des chefs, » c’est-à-dire à la série des prières, comme le Yaçna, le Vahma, et autres textes consacrés aux ruthwâm ou chefs. Mais on peut aussi laisser isolés les termes yaçnâitcha , qui expriment des objets que je considère comme de nature à être

INVOCATION. 3i

adorés à part, suivant un usage qui n’a rien d’insolite en Orient où les livres sacrés sont aussi souvent que la divinité elle-même un objet d’invocation. On est, en effet, embarrassé de construire les derniers mots indiqués uniquement par les lettres initiales o^i el> o^j, et qui ne sont autres que yaçnâitcha, etc., analysés tout à l’heure. Il n’est possible de leur trouver un sens qu’en les interprétant d’une manière absolue, comme nous avons proposé de le faire pour les premiers, car il ne me semble pas qu'il y ait une troisième construction possible. Ou bien rathwàm et les génitifs qui le suivent sont le complément du premier yaçnâitcha, et alors on traduirait: «puissé-jc adresser mon hommage... à Zoroastre...

• et à l’invocation des chefs... et au Yaçna, etc. » Ou bien ratkwâm est le complément des derniers mots indiqués par leur initiale, et alors le sens serait: ■ puissé-je adresser mon hommage... à Zoroastre...

• et au Yaçna... et à l'invocation des chefs, etc. » On voit qu’il n’y a rien de changé au fond pour le sens; il n’y a qu’une différence, d'ailleurs peu importante , de construction.

Jusqu’à ce qu’il se présente quelque raison décisive en faveur de l’une des deux interprétations , toutes deux peuvent être également défendues. Nous devons cependant rendre compte du mot rathwàm et de ceux qui le suivent, mots qui désignent des êtres célébrés plus d’une fois dans la liturgie du Yaçna. En premier lieu, rathwàm a la désinence âm des génitifs pluriels répondant au dm sanscrit de la déclinaison imparisyllabique. Anquetil le traduit par les temps, ce qui confirme l'étymologie donnée ci-dessus de ce mot. On peut toutefois, comme les mots que nous allons examiner sont de véritables personnifications, préférer le sens d’extension, celui qui est le plus fréquemment employé dans les formules du Yaçna. Je crois qu’Anquetil a bien vu que rathwàm était apposé à tous les mots qui suivent, ce qu’il a fait sentir en ajoutant entre parenthèses (qui sont). Rathwàm n'est pas accompagné de la copulative tcha, qui distingue les termes suivants, et il est clair qu’il faut traduire «des chefs, sa-

3a COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

■ voir les jours, les portions diurnes, les mois, les Gâhanbars, etc. •

Après rathwâm, le mot .ayaranâmtcha est encore un génitif suivi de la conjonction Icha; mais nous y trouvons la désinence anâm répondant au sanscrit dnüm, et caractérisant les noms dont la forme déclinable est terminée par a. Cette désinence ne se distingue de la terminaison sanscrite que par l'abrégement de la voyelle a , qui précède le n de nâm; en d’autres termes, l’a du thème ne s’est pas allongé devant le n intercale euphoniquement entre le thème et la désinence âm, en zend âm; le thème est resté plus pur qu’en sanscrit.

La forme absolue de ce mot que je crois être neutre, est ayara, désignant, d’après le scoliaste indien, les cinq Izeds ou génies qui président aux cinq parties du jour, suivant la division des Parses. Anquetil le traduit par jour. Nérioscngh, au contraire, le rend par le sanscrit sandhyâ, mot qui désigne, comme on sait, les trois époques du jour consacrées par les Brahmanes : le lever du soleil, le midi, et le coucher du soleil. Les deux traducteurs diffèrent en ce que, pour Anquetil, ayara est le jour lui-même, et le mot suivant ( açnyanâmtcha ) ses parties, qu’il appelle du nom persan de (temps); tandis que pour Nérioscngh, c’est ayara qui désigne les parties du jour, et c’est açnya qui signifie jour (sanscrit dina). Nériosengh , comme plus ancien , devrait sans doute être suivi de préférence; de plus, il est naturel de supposer que dans cette énumération des parties du temps, on commence par la portion la moins longue, pour passer à celles qui le sont le plus, de cette manière: les parties du jour (les Gàhs), les jours, les mois, etc. L’étymologie que nous donnerons tout à l’heure du mot açnya se prête d'ailleurs assez bien au sens de jour; et si une fois on adopte cette interpré tation, il ne reste plus pour le mot ayara d’autre signification que celle de partie du jour, à moins de supposer que ayara a les deux sens. Mais, outre que l’autorité d’Anquelil qui s’appuie, comme Nériosengh, sur la tradition des Parses, peut balancer celle de ce dernier, il est à remarquer que dans plusieurs autres passages, c’est

le mot ayara qui est opposé au mot qui désigne la nuit 11 ; dans ce cas, ayara ne peut signifier autre chose que le jour. Nous persistons donc dans l’interprétation donnée par Anquetil, jusqu’à ce que nous trouvions quelque texte qui mette hors de toute contestation celle de Nériosengh. Nous devons convenir en même temps que l’incertitude qui reste encore sur le sens propre de ayara, vient de l’impossibilité où nous nous trouvons d’en déterminer l’étymologie. J'ai vainement cherché dans tout le Vendidad un autre mot qui, par son rapport avec ayara, pût servir à le faire comprendre. On peut bien supposer qu’il se rattache à un radical » ou ay signifiant aller; mais, outre que la dérivation du mot serait obscure, une notion aussi vague que celle de mouvement ne rend pas suffisamment compte de la signification d’un terme qui ne peut exprimer que l’une de ces deux idées, ou peut-être l’une et l'autre à la fois, le jour ou les parties du jour.

Le mot suivant, açnyanàmtcha , appartient à la même déclinaison que ayara, et nous venons de voir qu’ Anquetil le regarde comme le nom de chacun des cinq lzcds qui président aux cinq divisions du jour. Ce mot nous donne pour thème açnya qui a une forme adjective, et qui, employé substantivement, doit être du genre neutre. Si l’on supprime le suffixe ya. açnya se réduit à açn, ou au thème plus usité açna. Ce dernier mot se rencontre en réalité plus d’une fois dans les textes, et quoiqu’il paraisse avoir, au moins d'après Anquetil et Nériosengh, deux acceptions différentes, il y a certainement des passages dans lesquels il ne peut signifier que jour Son dérivé açnya se traduira donc par • relatif au jour, ou diurne; » et par là s'explique le sens de parties du jour, qu’Anquetil, contre l'opinion de Nériosengh , donne à açnya.

11 nous reste à analyser le thème açna (et aussi açn) qui subsiste après qu’on a retranché le suffixe ya, formatif de l’adjectif ou plu-

” Vendidad, n* farg. , pag. 358. Ibid. 14 Vend, iv® farg, pag, 149 et i63. xiii* farg. pag. 4t4- Yapna,chap. xlviii. n® a F, pag. 339.

tôt du dérivé açnya. Ce thème auquel nous venons de dire qu’il faut attribuer le sens de jour, a aussi celui d'éther, atmosphère, et Nériosengh le traduit une fois par âkâça dans un passage que nous examinerons bientôt en détail. Il y a, dans ce double sens, de quoi justifier les deux interprétations d'Anquctil et de Nériosengh. En effet, si açna, dans son sens de jour, peut, comme on vient de le voir, former un adjectif açnya (diurne), açn peut aussi, dans son sens d'éther, et sans doute de ciel, donner naissance à un dérivé signiliant èthère, par extension jour, de la même manière qu’en sanscrit le terme qui exprime le jour vient du mot ciel. Le rapport si naturel de ces deux idées se trouve ainsi, en zend comme en sanscrit, indiqué par les mots qui les désignent; et, ce qui est digne de remarque, si la conception est la même, le mode d'expression est différent.

Il y a plus; outre les mots açn et açna, auxquels s’attache la double notion d'éther et de jour, le zend possède, pour désigner le ciel, un autre substantif qui se dérive évidemment du même radical que açna, et dont le rapprochement achève de mettre hors de doute l’identité primitive des notions de ciel et de jour : c'est le mot açman, dont l'étymologie a été longtemps pour moi très-obscure. Nous savons déjà par Wilson que dans le style des Védas açma signifie nuage. C’en est assez pour affirmer que ce mot appartient en commun au zend et au sanscrit, car sauf la différence très-légère de la finale, il indique dans ces deux langues des objets aussi rapprochés l’un de l’autre que le nabhas sanscrit et le nubes latin. On a d’ailleurs aussi en sanscrit açman avec le sens de pierre, sens qui fait involontairement penser à cette notion antique d’un ciel solide de cristal. La racine que les grammairiens indiens admettent pour açma et açman, est aç (se répandre, remplir l’espace), signification qui s’accorde aussi bien avec la notion de ciel qu'avec celle de jour, et qui, appliquée à nos deux mots zends açna çl açman, nous donne un radical commun aç, recevant cette double acception des suffixes na et man.

Cetlc explication parait rendre, suffisamment compte de ces deux mots; mais je dois en même temps avouer que les lois euphoniques établies au commencement de ce travail suggèrent une autre étymologie, que les principes de la dérivation avouent également, et qui a l’avantage de rattacher açna et açman à un mot dont nous avons déjà, si je ne me trompe, trouvé la véritable origine. On sait que le ç palatal cache souvent en zend un tchh sanscrit, et que la permutation a lieu surtout devant une nasale. Or si, après avoir retranché des mots afna et açman les suffixes na et man , on traite le monosyllabe af de la même manière que fraç , de Jraçna, on ramènera aç au radical atchh d’où doit dériver le sanscrit alchtchha (transparent), en zend acha, quoique les grammairiens indiens qui tirent alchtchha de a privatif et de Ichâ, ne dussent pas admettre cette dérivation. .Au reste, quelque explication qu'on adopte, açna (ou plutôt la forme açn ) dans le sens de jour n'est peut-être pas très-éloigné du sanscrit ahan (cas indirect ahn) , mot irrégulier où le h peut représenter un ç zend, comme nous savons que le fait a lieu dans plusieurs mots sanscrits et zends en ç, qui, dans les dialectes germaniques, prennent h. Mais l’origine du sanscrit ahan ou ahat est trop obscure pour que nous osions rien affirmer à cet égard.

C’est encore un nom à forme adjective que md-

hyanâmtcha , signifiant mois, d’après Nériosengh et Anquetil; en supprimant le suffixe ya, on obtient màh, qui est exactement le sanscrit mâs (lune), après le changement ordinaire du s en A. De mdh, avec le suffixe des adjectifs ya, dérive mdhya, littéralement lunaire, désignation naturelle (et dont on connaît d’autres exemples) de la période de temps qu’embrasse chaque lunaison. Il est bien vrai que la lune porte en zend le nom en apparence different de mâo et dans les cas indirects, à l’accusatif par exemple, mâoÿh-cm; mais le thème maôjh n’est autre que le sanscrit mâs, modifié d’une manière conforme au génie de la langue tende, ainsi que nous l’a-

vons indique ci-dessus et que nous le verrons plus tard. Si dans mâh-ya (mois) on ne voit pas o> h (remplaçant le sanscrit s) précédé de la nasale j g, c’est que je crois avoir remarqué que s sanscrit, suivi de y (subsistant sans altération en zend), se change en h sans qu'on ajoute la nasale j g, ce qui, sans doute, ferait une accumulation trop grande de consonnes. Ajoutons que, comme presque tous les substantifs qui dérivent originairement de noms adjectifs , ce mot est du genre neutre.

Le mot suivant, yâiryanàmtcha , donne lieu à des observations analogues; c’est le génitif pluriel d’un nom dont le thème est yâirya . et qu’Anquetil remplace par le mot parsi Gâhanbar, désignant six fêtes de cinq jours chacune (en tout un mois de trente jours), instituées par Djemschid, en mémoire des six époques auxquelles Ormuzd créa les êtres que renferme l’univers w. Nériosengh, qui traduit quelquefois ce mot par année, et le plus souvent transcrit la forme parsie qu’Anquetil a adoptée, donne dans sa glose l’explication de ce mot de la manière suivante ; « les Gâhanbars , c'est-i-dire la collection « des temps de la création des êtres. * Le mot yâirya nie parait un adjectif employé substantivement, au genre neutre, et dans lequel je reconnais le suffixe ya qui, supprimé, donne ydir pour forme absolue ; ici l’i n'est pas radical , et il me semble appelé uniquement par le tt y qui suit le r. Si cette observation est exacte, de yâir-ya, en retranchant le suffixe et l’i épenthétique , nous aurons yâr, radical qui se trouve en effet dans le substantif neutre {ssiyç y ci ré (année), mot qui est identiquement le gothique yér et l'anglais year. Yâirya doit donc signifier annuel; et on comprend sans peine comment on aura du nommer annuels par excellence, les jours, ou les fêtes consacrées à rappeler le souvenir des six époques de la création , et qui reviennent chaque année *°.

” Zend , 4 resta, tom. II, pag. 575,60a, des inscriptions tom. XVI, pag. a 33 sqq. €t l'index d'Anquetil au root Gâhanbar. “ Voyez I A/rin du Gâhanbar, Zend Voye» Fréret, Mémoires de l'Académie Aveita, tom. U. pag 81 sqq

Enfin, (arëdhanâmtcha est encore un génitif pluriel du thème çarëdhu, que Nériosengh et Anquetil entendent par année, et qui est le même mot que le sanscrit çarad ou çaradd. Dans le zend çarédha, l’é bref représente l’a dévanâgari, et le <5^ le d non aspiré. Cette orthographe, quoique irrégulière, puisque rien n'explique l’aspiration du d, est cependant celle qui est adoptée par le plus grand nombre des manuscrits. La comparaison des diverses formes de ce mot m’autorise à le regarder comme un nom neutre.

Notre phrase n“ 2 se termine par les initiales y, v, AA,/, abréviation des mots yaçnàiicha, etc. Nous avons indiqué tout à l’heure les deux partis que l’on avait à prendre relativement à la construction de la lin de notre passage; nous donnons ici les deux traductions qui résultent de chacun d’eux. Dans le premier cas, ruthwâm est subordonné au premier yaç nditcha ; dans le second , il l’est au dernier.

Première traduction : • Adorateur de Mazda , sectateur de Zoroas- » tre, ennemi des Dévas, observateur des préceptes d’Ahura, que

• j’adresse mon hommage À celui qui est donné ici , donné contre les

• Dévas, à Zoroastre, pur, maître de pureté; et au sacrifice (Yaçna); « et à l’invocation; et à la prière qui rend favorable; et à la bené- « diction; (que j’adresse aussi mon hommage) au sacrifice, à l’invo-

• cation, à la prière qui rend favorable, et à la bénédiction des

• maîtres, (qui sont) les jours, les portions diurnes, les mois, les « époques de l’année (Gâhanbars), les années! »

Deuxième traduction : « Adorateur de Mazda , sectateur de Zoroas-

• tre, ennemi des Dévas, observateur des préceptes d’Ahura, que «j’adresse mon hommage à celui qui est donné ici, donné contre ■ les Dévas, à Zoroastre, pur, maître de pureté; et au sacrifice (Yaçna), « et à l’invocation, et à la prière qui rend favorable, et à la béné- « diction des maîtres, (qui sont) les jours, les portions diurnes, les

• mois, les époques de l’année (Gâhanbars), les années; (que j’a- » dresse aussi mon hommage) au sacrifice (Yaçna), et à l’invocation , « et à la prière qui rend favorable , et à la bénédiction ! •

f™l«5 < •ÿid 'Jfeli U

( I-igne 9 4 )

Les mots en caractères dévanàgaris qui font l’objet de ce paragraphe , sont, dans le manuscrit d'Anquetil que nous avons fait lithographier, transcrits en beaux caractères nâgris du Gusarate renverses. C'est ainsi que sont presque toujours indiquées, dans les manuscrits d’Anquetil, les diverses cérémonies qui ont lieu pendant la lecture de l’ollice des Parses. Les caractères sont tracés à rebours, parce qu’ils doivent être lus par le Raspi, placé en face du Djouti ou prêtre célébrant. Celui-ci lit le rend d’un côté, et son ministre, les cérémonies de l’autre. Comme les caractères sanscrits procèdent de gauche 4 droite, c’est-à-dire dans le sens contraire à la marche du caractère rend, cette disposition, singulière au premier coup d’œil, rend possible le rapprochement dans une même page de deux systèmes d’écriture qui sont entièrement opposés. C’est ainsi que sont écrites et intercalées au milieu du texte les gloses sanscrites de Ncrioscngh sur le Yaçna.

Anquetil, dans sa lecture et traduction littérale du commencement du Vendidad, lit ainsi ces mots guxaratis : Djé khoschnoumen betha hoélé parié. La vraie lecture, sauf la prononciation du Guzarate que je ne connais pas, est : Yé khsanùmini bithâ huilé padhti. Anquetil traduit: • quodeunque khoschnoumen sedens sit, lege; » et en français : • on récite le Khoschnoumen qui est d’obligation. • N’ayant ni grammaire ni dictionnaire guxarati , je ne puis déterminer rigoureusement la forme et le sens de ces mots. Je n’ai pu, dans les

courts paradigmes de Drummond 41 , trouver aucune des formes de notre texte. Cependant Imité paraît l'alteration du sanscrit bhavati, en pâli hôti; et padhii, qu’Anquetil lit parié, à cause du passage facile du / ou d cérébral au son du r, vient sans doute du sanscrit path (lire). Biihd appartient bien certainement à un radical qui signifie s’asseoir, car on lit dans le Nouveau Testament , traduit en guzarati, bàithdo (il s’assit), dans le chapitre xm, i, de Saint Matthieu : 3Ï ■ Ce même jour Jé-

« sus étant sorti de la maison, s’assit au bord de la mer. • Ce mot se rattache évidemment à l’hindoustani UjJL* baithnâ , que Shakespear dérive du sanscrit upavichta (assis). Pour en revenir à notre passage , on peut supposer qu’il signifie : « quod Khoschnumen se- « dens est, lege. »

0^1 oL> epo .^Jüi^y JJ>0U«

(Ligne 10, et page 3, lig. i, a a.)

. TRADUCTION DANQÜETIL.

« Que Sérosch pur, fort, corps obéissant, éclatant de la gloire « d’Ormuzd, me soit favorable, je lui fais Izeschné et Néaesch, je « veux lui plaire, je lui adresse des vœux. »

Comme cette prière se représente souvent dans les invocations du Yaçna, nous possédons l’interprétation qu’en a faite Nériosengh; nous nous en servirons dans la discussion de ce passage, sans la

Illustrations of thf gramm. parts of th$ Gutarattee .etc. langussges. Bombay, 1 8ob

4o COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

transcrire ici, parce qu’elle reviendra plus tard en son lieu quand nous expliquerons les chapitres du 4 açna où elle se trouve.

Nériosengh, dans sa glose, représente le mot rend çraochahé pr çroçasya qui n'en est que la transcription. Il résulte de là que ce mot est un nom propre, celui de l’Ized Sérosch, dont nous rechercherons la signification tout à l’heure. Le mot suivant est traduit par punyâtmanah (celui dont l’Âme est pure), comme acha est rendu par punyam. Le mot achyché est le génitif d’un thème achya qui est dérivé du substantif acha au moyen du suffixe ya. Cet adjectif forme son génitif d’une manière remarquable, admettant c au

lieu de a avant la désinence hé. contre l’analogie des noms en a , comme çraochahé. Déjà nous avons reconnu l’existence de cette modification de la voyelle a devenant é dans le mot nivaêdhayêmi ; nous la verrons encore dans yâçnya pour yaçnya (adorandus), dans âyéçé pour ûyaçê (je glorifie). Cette altération que je regarde comme postérieure, est due sans doute à faction de la semi-voyelle y.

Le mot takhmahé, qui est mieux lu pr d’autres manuscrits, takhmahé ", est traduit dans Nériosengh, tantôt par balichthasya (très-fort), tantôt pr drïdhasya (solide). Cet adjectif peut, selon toute apprence, se rattacher au sanscrit rfsfï tak (porter, supporter), dont le tombant sur le suffixe ma qui est, en rend, d’un très-fréquent usage, s’est aspiré en vertu de l’action qu’exercent fréquemment les nasales m et n sur les consonnes qui les précèdent. Il faut seulement remarquer, qu’outre des substantifs, ce suffixe ma peut former directement d'un radical verbal un adjectif, comme le suffixe unddi (ma) du sanscrit.

Jusqu’ici Nériosengh s’accorde avec Anquetil; il s'en éloigne dans la traduction plus exacte qu’il donne de fanumâthrahê. Anquetil dit corps obéissant, Nériosengh corps des préceptes, ou, à prendre mâthra dans son sens ordinaire, corps de la parole. Mais il faut reconnaître

“ Msj. Anq. n" a F, psg. 48; n* 3 S, psg. a6

INVOCATION. 4i

que cel adjectif est unr compose possessif, et traduire : « celui qui a > la parole pour corps, celui dont la parole est le corps; ■ et peutêtre par extension ; « parole faite corps, incarnée. * Cette interprétation ne saurait être douteuse; car le sens de lanu est bien fixé en zend, c’est le sanscrit lanu et le persan (corps); et celui de mâthia n’est pas moins certain, puisque ce mot rend ne diffère du sanscrit montra que par l'adoption de l’ô qui aime à précéder th et les sifflantes, et par l'aspiration du th laquelle résulte de la rencontre de la dentale et de la liquide r. Toutefois, quelque différente que soit l’interprétation sanscrite de celle d’Anquetil, on trouve dans la glose de Nériosengli, telle qu’elle est reproduite par le n“ 3 S des manuscrits de la bibliothèque du Roi, un mot qui peut rendre raison du sens adopté par Anquetil, et qui montre qu'il y a déjà plus de trois siècles les Parses se faisaient la même idée que lui du mot tanumàtlira: c’est l’adjectif bhaktiçila , • celui « dont la vertu est la soumission. •

Quant à la manière dont est composé le mol tanumàtlira , il n’est pas inutile de remarquer que, comme dans ahuratkaêcha , la première partie du composé est placée à la forme absolue, sans aucune marque de cas, circonstance qui nécessite la réunion en un seul mot et sans séparation des deux parties composantes. Nous ferons observer en outre que les fragments de Ctésias nous offrent l’exemple d’une formation analogue à celle de tanumàtlira dans un nom propre où entre lanu même. C’est le nom du plus jeune fils de Cyrus, ’l’anuoxarccs , qui fut chargé par son père du gouvernement de la Bactriane : Tcau9%àfic*r Ji w nûnitfy inimn /aiinr Bax^eJuy «. t. a w. Ce nom qui est écrit par Xénophon est évidemment com-

posé du zend tan a (corps), et de xarces, qui n'est autre que le nom de Xercès, dont l’orthographe se rapproche beaucoup de celle des inscriptions de Persépolis ( Khchearcha ). Si l’on interprétait ces deux mots suivant la loi ordinaire des composés zends , leur réunion “ Ctéftias , pag. 65. 1 1 3 , ed. Baelir.

ht COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

signifierait roi du corps. Mais en considérant Tanuoxarces comme un composé possessif, il peut signifier: « celui qui a le roi pour corps, • dont le roi est le corps. » Le système d'explication que nous proposons pour lanumâlhra doit, selon nous, s’appliquer également à ce mol.

Au reste, les deux interprétations, celle de Nériosengh et celle d’Anquelil, s’expliquent également par le caractère de Sérosch . lzed de la parole d'Ormurd , qui la transmet au monde , et la fait respecter sur la terre, parce que lui-même lui obéit le premier. C’est, à ce qu’il semble , la parole elle-même personnifiée , d’après le génie de l'ancienne religion des Parses, qui a individualisé sous une forme et sous un nom propre chacune des grandes conceptions de la philosophie orientale. L’étvmologie du mot çraocha rend également compte de l’idée d'obéissance et de celle de parole. En effet çraocha ne peut appartenir à un autre radical qu'à fro (entendre), qui, en zend, mis à la forme causale, veut dire «faire entendre, • c’est-à-dire proférer, parler, ainsi que nous aurons occasion de le voir plus d'une fois; et d’un autre côté ce radical frn forme en sanscrit un substantif qui signifie en meme temps oreille et obéissance , par suite d'un de ces sens d’extension, si simples à la fois et si expressifs, qui font la beauté des anciens idiomes. La signiGcation d'auditeur est tellement primitive dans le mot çraocha que, même dans l'Iescht consacré à cet lzed , Nériosengh ne s'attachant qu’au sens radical de ce titre , et oubliant en quelque sorte le caractère divin de l’être qui le porte, le remplace par çrûtd (l'auditeur). Nous ne trouvons pas en sanscrit de mot qui corresponde complètement au zend çraocha. En admettant que ao soit le gana de a dans j-rn, on peut supposer un suffixe chu qui donne au radical fru les sens d'auditeur, obéissant. Ce suffixe doit à son tour être ramené au sa sanscrit qui forme, comme on sait, des adjectifs dérivés; le s dental est changé en ch par l’influence de la voyelle o qui le précède.

Drisidris, mot qui s’écrit aussi en deux parties dam draos, notam-

ment n° 2 F, pag. 49 > et n° 3* S, pag. 26, est très-diversement interprété. Anquetil , le réunissant à l'adjectif dhuiryéhê, hésite entre • tout brillant de la gloire d’Ormuid , » et «dont la gloire « est déployée et royale. • Nériosengh, au contraire, le traduit par un mot sanscrit qui me paraît très-rare, tchamalkdri-çastra. « celui « dont l’épée cause le désordre. » Anquetil , pour trouver dans drisidris le sens, «tout brillant de gloire, > ou «dont la gloire est

• déployée,» a rattaché peut-être ce mot au persan (jUü.js (brillant). Quant à l’interprétation de Nériosengh, que l’on peut rendre en français par • celui dont l’épée cause le désordre ou l'étonne-

* ment, » d’après le sens que le dictionnaire bengali donne au mot tchamatkâra, elle nous suggère une explication qui rend compte d’une manière satisfaisante du mot de notre texte, et qui met dans leur vrai jour les éléments qui le composent. Je remarquerai d’abord que ce mot drisidris ou darsidruus doit être, comme ceux qui le précèdent et le suivent, un génitif sing. masc. Car quoique la désinence aos soit peu commune à ce cas, et que les noms en u prennent le plus souvent d pour or, ou eus ainsi que nous le montrerons bientôt, la terminaison aos qui est l’orthographe rende de la désinence us des noms sanscrits en a , n’est pas tellement rare qu'on ne la trouve encore dans la langue jointe à d’autres mots. Nous citerons par exemple le mot bâzaos, génitif de bàza (bras). Dans cette hypothèse draos sera le génitif d'un nom en a, dru . que je ne trouve pas en sanscrit, mais qui doit appartenir à la même famille que dru* (blesser), lequel forme druna (épée): le dru xend n'est peut-être même autre chose que le grec Mpu. Quoi qu’il en soit de ce dernier rapprochement, le substantif cira appartient à un radical dont la famille est très-étendue en xepd; et le sens de blesser , que nous devons assigner aux mots qui la composent, s’accorde avec la version de Nériosengh, qui donne pour équivalent à ce mot celui d'épée.

Le second mot drisi ou darsi, et suivant une troisième lecture que je crois plus correcte darclu, ne peut être autre chose qu’un adjeo-

h h COMMENTAIRE SLR LE YAÇNA.

tif dérivé avec le suffixe i du sanscrit dharcha, qui vient lui-même du radical dhrïch (opprimer, faire violence). Les manuscrits écrivent ce mot tantôt avec un i, tantôt avec un i bref. La première orthographe donnerait lieu de supposer que l'adjectif darchi est un nominatif masculin singulier d’un thème en in. Mais je crois avoir remarqué que ce suffixe est d’un usage assez rare en zend, et que la plupart des mots où la comparaison du sanscrit semble en appeler la présence , sont formés dans l'ancienne langue de l’Arie au moyen du suffixe i bref. A moins donc de supposer que la voyelle finale de darchi a été allongée par l’influence de l’accent modifiant la quantité de la lettre, j’aime mieux conserver la brève qui laisse subsister le suffixe intact et à la forme absolue. Le zend darchi. où nous ne remarquerons plus que l'absence d’aspiration dans le d. un dh n 'étant presque jamais initial en zend , signifiera donc oppresseur ou audacieux , et ce sera le grec ou eytror, car le 9 grec représente, comme on sait, le sanscrit dh. Il résulte de là que si l’on réunit ces deux mots en un composé possessif, nous devrons traduire le zend darchidraos, par « celui qui a une épée audacieuse ou «victorieuse,» et que ce composé reviendra pour le sens, comme pour le son, à l'adjectif poétique grec “.

Ahuiryêhé, que l'on rencontre plus souvent écrit âhùiryéhê , est un adjectif dérivé de ahura, avec vrïddlii de la première voyelle du radical , et signifiant « relatif à Ahura (Ormuzd). • Le suffixe formatif •de cet adjectif est ya, dont le génitif est êhê , et non ahâ, comme nous l’avons fait remarquer tout à l'heure. Anquetil traduisant ahura par roi. rend bien cet adjectif par royal; mais l'interprète indien se trompe en mettant le substantif roi ou maitre , au lieu de • relatif

" I>c mol t/ru , employé comme substantif, ne se trouve peut-être qu'en composition. Ainsi on le rencontre encore avec l'adjectif khrui (cruel), et Anquetil le rend dans ce cas parréfaf (cruel éclat); inter-

prétation singulière qui semble dériver de la môme source que le tchamatkârin de Nériosengb, avec cette différence que tchanuitktlnn représente pour le traducteur indien le zend darchi.

INVOCATION. 4ô

» au roi, ou au maître. » Il s’accorde toutefois avec Auquetil quant au sens fondamental du mot; c'est un rapprochement sur lequel nous aurons occasion de revenir tout à l’heure.

Reste khsnaothra , que nous écrirons plus réguliè-

rement khehnaothra , suivi des initiales des noms de prières que nous avons vus ainsi indiqués précédemment. Anquctil, considérant ce mot comme un verbe, traduit : « qu’il me soit favorable. • Mais nous pouvons déjà, par l’analyse que nous avons donnée de klichnaothrdi . reconnaître que khehnaothra est une des formes de ce nom substantif. Ce doit être, selon moi, un nominatif pluriel neutre, car nous verrons plus bas que la désinence plurielle de ce genre est, comme dans le sanscrit des Védas et dans le pâli, un rf long pour les noms dont le thème est en a, et que cette voyelle, en zend, s’abrége le plus souvent à la fin des mots; ce qui explique de la manière la plus satisfaisante les neutres pluriels en grec et en latin, lesquels partent de la forme védique et rende, et non de celle du sanscrit classique *5. Il ne résulte cependant pis de cette analyse un sens différent au fond de celui d’Anquetil, parce que pour rendre compte de ce nominatif nous sommes obligés de sous^-ntendre le verbe substantif, par exemple à l’impératif ou au subjonctif de cette manière : « que les prières qui rendent favorable soient

• pour Sérosch, etc. » Aussi Nériosengh, traduisant khehnaothra par ânandakrityâi , me paraît confondre ce mot avec les suivants, qui sont en effet au datif, dans cette prière comme dans celle de la page a du manuscrit lithographié. Mais sa version est plus exacte que celle d’Anquetil, en ce qu’au moins il reconnaît le mot de notre texte pour un substantif.

En résumé, je pense que çraochahé, avec les adjectifs qui se rapportent à ce nom, dépend de khehnaothra , et qu’on doit traduire :

• que les prières qui rendent favorable soient pour Sérosch, saint,

** Voyez Lassen, lnd. Bill. tom. III, Bopp, G ramm. sanscr. pag. 3a3. Nous repag. y 4- Août'. Joam. asial. tom. III, p. 309. viendrons plus lard sur ce neutre du zend.

• fort, dont la parole ( d’Ormuzd ) est le corps, dont l’épée est victo- « rieuse, serviteur d’Ahura. • Mais on éprouve quelque embarras pour rattacher & cette prière, qui est complète par elle-même,' les mots annoncés seulement par leurs initiales, et que nous connaissons déjà pour être répétés à la fin de la prière fravardni. 11 n'y a pas de doute que ces mots ne soient au datif, puisque le dernier qui est transcrit intégralement nous offre ce cas. Or, si ces mots que nous avons reconnu être des noms sacramentaux de certaines prières dont plusieurs se retrouvent dans la liturgie, doivent, comme semble l'indiquer leur place, se rattacher à la phrase que nous expliquons, comment se fait-il qu'ils soient à un cas different? Comment de ^ plus expliquer la présence de tjy pour khchnaothrài dans une prière

où le mot khchnaolhra joue déjà le rôle principal? Pourrait-on traduire avec quelque espoir d’être arrive au sens véritable : • que les « prières qui rendent favorable soient pour Sérosch... et pour le ■ sacrifice ( Yaçna) , l’invocation, la prière qui rend favorable, et la

• bénédiction? • C’est cependant le sens le plus naturel que je puisse trouver pour ce passage, qui se représente assez fréquemment dans les textes zends, et où nous devons, selon toute apparence, regarder, ainsi que nous l’avons fait plus haut, les mots yaçndilcha, etc. comme des noms de prières et de parties des textes sacrés ([ue leur importance rend un objet spècial d’adoration. Ainsi, jusqu’à ce qu’on possède l'intelligence complète de cette prière, et de celles du même genre, lesquelles forment incontestablement la partie la plus difficile et la plus obscure des livres attribués à Zoroastre, nous proposerons la traduction suivante : • que les prières qui rendent « favorable soient pour Sérosch, saint, fort, dont la parole est le « corps, dont l’épée est victorieuse, serviteur d’Ahura, et pour le « sacrifice (Yaçna), et pour l'invocation, et pour la prière qui rend

• favorable (Khcbnaotbra), et pour la bénédiction. >

.miqm .pyùÿt -juji -Àt) -mk»XIZ

(Lignes ai — 5 a.)

TRADUCTION DANQtlETlL.

■ Dites-moi, ô Djouti, c’est le désir d'Ormuzd (que le chef fasse * des actions pures). Dites au chef de faire des œuvres saintes et « utiles : avertisscz-le de cela. »

Le passage que nous venons de transcrire est une des prières les plus célèbres et les plus fréquemment répétées dans les livres des Parse.s. Elle se trouve reproduite, entre autres endroits, à la fin du ni* chapitre du Yaçna, où nous empruntons la glose de Nériosengh, d’après le n" a F, pag. 43, 44, et le n° 3 S, pag. 37, a 8. Nous ne reproduisons pas ici le texte de cette traduction sanscrite, qui sera donnée bientôt en son lieu lorsque nous serons parvenus à l'analyse du in* chapitre du Yaçna.

Voici la traduction latine littérale de ce passage : • Qualiter Do- « mini cupido, (id est) qualiter Ahufamazdæ desiderium, o Djuti, * pnecipue mihi die actum purum quoque; Râthvi(sic loquitur). Res- « ponsum lâcit Djuti : Ita lex : puritate quacumque, præcipue, o pure i animo, præceptum dico: id est, omnem actum purum ita lex « (jubet) facere ut Ahuramazdæ placeat. • En donnant cette traduction presque barbare, je ne prétends pas reproduire d'une manière absolument claire le sens du passage sanscrit; je veux seulement mettre le lecteur à même de vérifier, au moyen d’une interprétation

très-littérale, la valeur de cette glose obscure, qui peut signifier en français: i Comme est le désir du maître, comme est l'intention « d’Ahuramazda , o Djouti, dis-moi quel acte pur il faut faire (pour

• satisfaire Ormuzd); c'est le Raspi( qui parle). Le Djouti répond: « Telle est la loi: par tout acte de pureté quel qu’il soit (on plaît à

• Ormuzd), 6 homme dont lame est pure, c’est là le précepte que

• je donne; c’est-à-dire, la loi veut qu’on fasse tout acte de pureté

• ( pour plaire à Ormuzd). » Cette traduction rentre à peu de chose près dans celle que propose Anquctil ; seulement elle indique une autre division logique des propositions, ainsi que la présence d'une espèce de dialogue qu’ Anquctil n’exprime pas d'une manière aussi nette.

Pour bien comprendre ce dialogue, et nous faire une idée du sens de ce passage difficile, nous remarquerons en premier lieu que cette prière, si souvent répétée dans le Vcndidad-sadé, n'est pas celle (pu porte le nom spécial de Yalhd ahu vairyô, prière que les Parses regardent comme la parole créatrice d’Ormuzd, et qui est composée de vingt et un mots auxquels répondent los vingt et un Nosks ou divisions de l'Avesta. Le fragment qui fait l’objet de notre analyse, ne remplit pas cette condition à laquelle satisfait au contraire la prière que l’on trouve transcrite sous le titre de Yalhâ ahû vairyô, au commencement du volume des Icschts-sadés. Notre fragment, outre qu'il est plus court, contient d’un autre côté des mots qui ne se trouvent pas dans cette prière. Nous n’avons donc ici que des portions de la prière Yalhd ahû vairyô, de ces portions que les textes eux-mêmes appellent bagha, terme zend correspondant au sanscrit bhdga , et par lequel sont désignées, au xix' chapitre du Yaçna, les parties de la prière Yalhd, etc. Ces portions qui, dans l’opinion des Parses, possèdent l’efficacité qu’on attribue au ) alhd entier, se trouvent, dans notre passage, ainsi que l’indiquent Nériosengh et la comparaison de la prière elle-même avec ses parties, mêlées à deux membres de phrase qui forment une sorte de dialogue. On comprend que si nous parvenons à entendre

INVOCATION. 4g

ces additions faites au texte primitif de la prière, nous aurons déjà beaucoup avancé l’intelligence de notre passage.

Dans l’opinion de Nériosengh , tout ce qui est contenu entre les mots et inclusivement, forme la première partie du

dialogue, laquelle est prononcée par le Raspi; c’est au moins de cette manière que je crois pouvoir entendre le mot râthvi, transcription sanscrite du nom du prêtre que les Parses nomment Raspi, d’un des cas indirects du mot ratus, le ministre du prêtre officiant, qui est nomme en zend zaotà, et par les Parses Djouti. 11 me semble que je suis autorisé à regarder la mention du mot râthvi comme celle d’un interlocuteur, et à traduire ce seul mot comme je l’ai fait, ■ c’est le Raspi qui parle; • et ce qui me confirme dans cette interprétation, c’est qu’Anquetil indique que c’est au Raspi à prononcer ce commencement de la prière *®.

Après le mot râthvi, Nériosengh nous avertit que le Djouti répond; de sorte que, suivant le scoliaste indien, les mots compris entre athâ et mraotù forment la réponse du second interlocuteur. Notre texte se trouve donc ainsi divisé, dans la pensée de Nériosengh, en deux portions que, pour plus de clarté, nous devons examiner à part et successivement, en comparant sur chacune d'elles la version d’Anquctil à la glose de Nériosengh:

Dans la première partie de la prière, Nériosengh et Anquetil s’accordent pour regarder les mots comme em-

pruntés à la prière ainsi nommée d’après son commencement , et tous deux les traduisent de même : • c’est le désir d’Ormuzd, • oit » comme est le désir d’Ormuzd. » Tous deux s'accordent également pour traduire la lin par « dites-moi, Djouti. ■ L’interprétation d'Anquetil a donc pour elle l’opinion de Nériosengh, et de cette comparaison il résulte qu’il y a déjà près de quatre cents ans les Parses entendaient de cette manière cette prière importante. Il ne nous

“ y.entt Artsta , lom. I, a* pari.. pag.So, note 7.

ho COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

reste qu’à vérifier si l'analyse à laquelle nous pouvons soumettre le teste, la confirme ou la contredit.

Le premier mot, yathâ, ne peut faire aucune difficulté: eu rend comme en sanscrit il signifie de même que, comme, et a pour corrélatif une conjonction formée du même suffixe thd avec une lettre pronominale indicative la ou a. Le mot suivant, ahù, qui se rencontre rarement dans les textes à un autre cas, mais que nous trouvons quelquefois à l’accusatif, notamment dans le Vispercd, signifie, suivant Nérioscngh , svàmin (maître), suivant Anquetil, ()rmazd; et ces deux interprétations rentrent à peu près l'une dans l'autre, car Ncriosengh ne traduit jamais autrement ahura (Ormuzd) que par svàmin. Quoiqu’à l’accusatif ahù doive se traduire le plus souvent par demeure, monde, ainsi que nous le verrons plus tard, on trouve cependant à ce cas ahàtn signifiant maître *\ et c’en est assez, ce semble, pour justifier une interprétation appuyée sur le témoignage de Nériosengh et d’Anquetil.

Il n’est cependant pas facile de rendre compte étymologiquement de ce mot, dans lequel on peut reconnaître le suffixe «. et ah que les règles de permutation des lettres nous autorisent à comparer au sanscrit as (être). Ce suffixe se distingue de l’u bref, voyelle formative d’un fréquent usage, en ce qu’il n’est pas suivi du s dental, signe du nominatif. Le zend ahù, sauf l'allongement de l'u du suffixe, répondrait donc, d’après cette analyse, au sanscrit asu, dont le sens le plus ordinaire est souffle vital, et qui signifie quelquefois pensée, réflexion. Si nous ne trouvons pas ici de trace du sens de maître donné par les Parses à ce mot, cela vient peut-être de la différence du suffixe, bref dans asu (vie), et long dans ahù (maître). Nous remarquerons d’ailleurs plus d'une fois que les mots identiques dans les deux idiomes, et par le son et par l’étymologie, ne se correspondent pas toujours pour le sens, parce que les deux langues se sont partagé en quelque sorte toutes les significa- " Vo yei Vendidail tadr lith. png. 84.

INVOCATION. 5i

t ions possibles d'un meme mot , l’une gardant celle qui est la plus rapprochée du radical, l'autre préférant un sens d’extension. Sans insister même sur la différence de quantité du suffixe, et en supposant que la signification de maître ne soit qu'un sens secondaire, il est permis de conjecturer que le zend ahù veut dire, comme le sanscrit as u, la vie, ou peut-être celui qui est. Dans cette hypothèse, il ne restera plus à expliquer que l'espèce d'anomalie que nous avons remarquée déjà dans nos observations préliminaires, où nous avons fait voir que l’aspirée h doit , suivant l’usage le plus général de la langue zendc , être accompagnée de la nasale g , quand elle est précédée d’un a. Cette anomalie se retrouve également lorsque le mot ahüm est pris dans le sens de monde 48, et elle y est d’autant plus digne d’attention, que les autres cas de ce mot ont, ainsi qu’on le verra plus tard, cette même nasale. On est tenté d’attribuer cette irrégularité à la présence de l’a long, ou bien de supposer, comme nous l’avons indiqué dans nos observations préliminaires, que la racine du mot ahù avec le sens de seigneur, a primitivement un h et non un », et qu’elle peut être ali par exemple, le /.end ahù signifiant » celui qui pénètre. »

Sous le rapport de la syntaxe, je ferai remarquer que l’opinion de Nériosengh et celle d’Anquetil quant à la relation de ce mot avec le suivant ne peuvent être soutenues, et que c’est à fort que les Parses considèrent ahù comme le complément au génitif de vairyâ: ahù ne porte aucune marque de génitif, et il est en rapport de concordance avec vairyâ. L’analyse que nous allons donner de ce dernier mot , mettra ce fait dans tout son jour. Les deux interprètes s'accordent encore ici pour le traduire par désir, mais j’avoue que j’ai quelques doutes sur l'exactitude complète de cette interprétation ; non pas que celle que je proposerai doive, en dernière analyse,

M On ne s'étonnera pas que le mot ahu qu'il en est exactement de même en sans- (cas indir. aÿhu), dérivé du radical <u crit où le radical bhâ forme des mots qui (être) . signifie monde, si l’on se rappelle ont le sens de monde et de terre.

5a COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

changer beaucoup au sens général de notre passage, mais c’est que nous avons besoin d'être fixés sur le véritable rôle grammatical et sur l’étymologie de ce mot. Je remarquerai d'abord que vairyd a pour désinence celle d'un substantif ou adjectif masculin au nominatif singulier d’un thème en a, vairya. La dernière syllabe ya paraît être une formative d’adjectif ou de participe en ya; et comme cette formative attire, ainsi que nous aurons lieu de le reconnaître plus d’une fois, un i épenthétique avant la consonne qui précède ya. il nous reste pour radical de ce mot var, qui signifie en sanscrit désirer, obtenir, ou vri (avec guna) , choisir. Toutefois je n'en conclurais pas qu'il faille traduire vairyd par désir, mais plutôt par désirable, ou digne d’être désiré, ou encore chef, principal, en comparant directement le zend vairya au sanscrit varya; car il résulte de l’analyse que nous avons donnée de ce mot que c’est un adjectif. L'opinion que nous avons émise tout à l’heure sur ahù , mot dans lequel on ne peut reconnaître qu'un substantif au nominatif , confirme encore notre hypothèse sur vairyd, qui est nécessairement un adjectif au même cas.

Cela posé , si l’on conserve au mot que nous considérons comme un adjectif, le sens radical donné par Anquetil et Nériosengh, c’està-dire par la tradition uniforme des Parses, on pourra traduire: • qualitcr Dominus optandus. » Mais cette traduction ne donne pas un sens très-satisfaisant, et elle ne s’accorde pas bien avec celui que nous sommes autorisés à trouver dans la fin de la prière. En comparant vairyd à fravartini que nous avons précédemment expliqué, et en le rattachant au même radical vri ou vërë, qui ne souffrirait d’autre modification qu’un guna, nous pourrions traduire : « qui doit « être vénéré , respecté, venerandus; • interprétation qui s’accorde avec la suite du discours, telle du moins que nous croyons pouvoir l’entendre. En résumé, ce membre de phrase pourrait, dans notre opinion, se traduire : • comment le Seigneur (Ormuzd) doit-il être « honoré?»

Nous venons d’analyser les mots que Nérioscngh et Anquetil s’accordent l’un et l’autre à regarder comme faisant partie de la prière même nommée Yathd, etc. Passons maintenant à la proposition que les deux interprètes regardent également comme une incise,

et qu’ils traduisent: « dis- moi, ô Djouti. » Le

premier mot zaotâ, que je proposerai de lire avec les plus anciens manuscrits, zaotâ, est le nom zend du prêtre ofliciant don)

les Parses ont fait Djouti. Suivant Anquetil, ce mot signifie: • celui

• qui (prononce) rapidement; ■ or, dans celte traduction, suggérée ;i Anquetil par scs Destours, la parenthèse indique que le verbe prononcer ne fait pas, à proprement parler, partie du sens du mot zuotd. et qu’il y est comme sous-entendu* restent donc les mots, «celui

• qui rapidement, » traduction qui n’explique rien.

Nous sommes ainsi autorisés à en chercher une autre qui soit plus conforme au véritable emploi de ce mot dans les textes. Le Djouti est, comme on sait, le prêtre officiant: c’est lui qui prononce une grande partie des invocations et des prières, qui offre en sacrifice la chair des animaux et le jus de la plante Ilaoma (Hom), qui accomplit, avec son ministre, les actes les plus importants de la liturgie; en un mot, c’est le sacrificateur45. Or, zaotâ nous donne, après le retranchement du suffixe tâ, nominatif de tar, qui forme des noms d’agents aussi nombreux en zend qu’en sanscrit, zao . qui est le guna de zu, et que les règles du changement des consonnes en zend et en sanscrit nous montrent comme répondant à hu (sacrifier au feu). C’en est assez, ce semble, pour identifier le zend zaotâ au sanscrit hôtà, et pour traduire zaotâ par sacrificateur. J'ajouterai que nous trouverons une confirmation de cette conjecture dans le mot zaothra , dont les Parses ont fait zour et que je propose d’identifier au sanscrit hûtra. Or, si notre analyse est exacte, zaotâ est un nominatif, et il ne faut pas le traduire, comme An-

" ZendAvata, tom. II, p*g. 671.

quctil et Nériosengh le font, par le vocatif; ce cas serait en zend zaotaré , comme ddlare de data.

Le verbe qui est en rapport avec ce sujet, sera donc à la troisième personne, non à la seconde comme l’ont pensé les interprètes parses; et en effet, dans la désinence de mrûtèè, nous ne pouvons reconnaître une seconde personne. Mais il faut remarquer que les manuscrits varient sur l’orthographe de ce verbe; le n° a F, entre antres, donne très-fréquemment mrùtë, où je reconnais la désinence fOfù de l'indicatif présent moyen du radical mrù, qui, en zend, répond au sanscrit brü par le changement facile de la labiale douce en la nasale labiale; mrùtë est donc exactement le sanscrit brùtë . D'un autre côté, il se pourrait que la désinence, d’ailleurs rare, , telle que la lit notre manuscrit, fût une forme de la troisième personne de l’impératif, qui ne se trouve pas en sanscrit, où tùm remplit ce rôle, mais qui pourrait s’expliquer par le développement que prennent le plus souvent les terminaisons de l’impératif, comme l’a remarqué M. Bopp M. Nous reconnaîtrons plus tard que, dans la déclinaison, la lettre ^ suivie de gj répond aux syllabes sanscrites ayê ou yâi, au datif des noms féminins en i. Si gj^ pouvait passer quelquefois pour l’équivalent de yâi, ou seulement de âi (voyelle qui, d’ailleurs, est plus souvent représentée en zend par midi), le verbe mrûtèé reviendrait à brûlai, qui n’existe pas, il est vrai, en sanscrit, mais qui, rapproché de la désinence de la première personne de l’impératif, peut paraître moins anomal. On pourrait encore, toujours dans l’hypothèse que è seul ou avec ë représente âi , soupçonner ici l’existence d'un subjonctif, formé de la même manière que celui dont M. Lassen a reconnu l’existence dans sa critique de la grammaire de M, Bopp, et dont la troisième personne plurielle est terminée par la voyelle âi M. Si telle est la désinence au pluriel, ne pourrait-on pas supposer qu'il en est de même au singulier?

'* Gramm. sanscr. r. 3l3, not. — " Ind. Bibl. tom. 111, pag- 84

Oo

Au reste, si l'on doit reconnaître que l’impératif ou le subjonctif présenteraient un sens plus satisfaisant pour l'ensemble de la phrase, elle reste de même intelligible avec la leçon qui nous donne l’indicatif présent. Cette leçon (mrùlé)e st meme soutenue par les plus anciens manuscrits; l’autre ( mrûlèé ) nous offre une désinence qui ne se retrouve pas, que je sache, jointe à un grand nombre d’autres verbes; de sorte que je serais tenté de la regarder comme une faute de copiste. Elle vient, selon toute apparence, de la confusion des désinences é et éê , désinences que l’on rencontre concurremment dans les substantifs comme caractéristique des datifs singuliers des noms en i.

Les mots qui séparent zaotà de mrûtéé ne présentent aucune difficulté ; les deux interprètes les traduisent également par • à moi; • il faut seulement remarquer la tmèse de J'rà mi mrùtèi, où nous voyons la préposition séparéç du verbe sur lequel elle porte, |>ar le pronom, complément indirect du verbe. La particule frà est le sanscrit pra, dont la labiale est aspirée en send par suite de l’action de la liquide r. On remarquera en outre l’allongement de l’a dans le aend frà, sans doute parce que l’accent du pronom mi se reporte sur le mot fra , et parce que cette addition d’un accent sur Jra entraîne l’allongement de la voyelle. Peut-être aussi frà a-t-il une voyelle longue parce qu’il est le résultat de la fusion de fra avec le préfixe â (vers). La tmèse de la préposition qui tombe sur un verbe, est en elle-même digne de remarque, en ce qu’elle se trouve dans le plus ancien dialecte sanscrit, celui des Védas, ainsi qu’on peut s’en convaincre par les extraits publiés du Kig-Véda, et qu’elle forme un des nombreux traits de ressemblance qui rapprochent l’idiome des Parses du plus ancien dialecte sanscrit 52 . En résumé, après l’analyse que nous venons de donner des deux propositions qui forment la première partie de notre prière, nous pourrons traduire, soit avec l’impératif, soit avec le subjonctif; ■ que le sa-

“ Hosen. RigvttI; spec. psg. 6. Voy. PAtimi . 1 , 4 , 8a »qq

• crilicateur (le Djouti) me dise comment le Seigneur doit être > vénéré ; » ou bien : * le sacrificateur me dit comment le Seigneur « doit être vénéré. »

Dans la seconde partie de la prière & laquelle nous voici parvenus, Anquetil et Nérioscngh ne distinguent pas aussi nettement qu’ils l’ont lait pour la première ce qui appartient à la prière proprement dite, 1 ’allid alui, etc., de ce qui fait le fonds de l'espèce de dialogue qui en divise les parties, et les place, selon toute vraisemblance, dans la bouche des deux interlocuteurs, le Raspi et le Djouti. Anquetil ne paraît pas soupçonner qu’un nouvel interlocuteur reprenne la parole, ce qui semble cependant naturel , puisque dans le commencement de la prière le Djouti est interrogé par le Raspi ; et conséquemment le traducteur met le passage tout entier sur le compte du Raspi, et en fait la suite de la phrase que nous venons de traduire tout à l’heure,

I.) glose de Nériosengh est plus précise, et vraisemblablement plus exacte; elle indique entre la première partie de la prière et la seconde que nous examinons maintenant, la présence d’un interlocuteur nouveau, c’est-à-dire une réponse du Djouti. Il y a seulement ceci à remarquer, que dans la pensée de Nériosengh l’indication de la présence du Djouti n’a pas lieu dans le texte même, opinion qui , comme on le verra tout à l’heure, ne peut être contestée. Ainsi, selon le traducteur indien, tout ce qui suit le mot alhd forme la réponse du Djouti. Nous remarquerons d’abord que la régularité du dialogue exige qu’à côté d'une portion de la prière Yathâ ahù , etc. servant de réponse à celle qu'a prononcée le Raspi, se trouve l’indication formelle que c’est là la réponse. Nous avons ensuite dans la comparaison de notre fragment avec la prière ellemême, qui parait copiée en entier au commencement des Ieschtssadés, un moyen sûr de vérifier ce qui appartient en réalité à cette prière, et de constater ici l’intervention ou l’absence d’une phrase étrangère. Or, tous les mots compris entre alhd et hatcha inciu-

INVOCATION. ù7

sivement, font partie du Yathd aliù vairyâ; ceux qui suivent ne s’y trouvent pas contenus. Nous sommes donc autorisés à diviser cette seconde partie de la prière en deux fragments, comme nous l’avons fait pour le commencement; l’examen en sera par là rendu plus facile.

Ainsi que nous venons de l’indiquer, les mots entre athâ et halcha inclusivement sont une portion du véritable Y athd ahu vairyô. De ces mots, le premier, athâ, est bien en rapport avec yathd de notre première partie; c’est, avec le même sulTixe tliâ, la lettre pronominale indicative a; aussi Nériosengh le traduit-il par évam. La corrélation de athâ avec yathd établit un rapport intime entre cette partie de la prière et la précédente ; et en eflet nous aurons besoin de ce rapport pour rendre complètement compte du texte que nous examinons en ce moment. Le mot ratas est un nominatif

avec la désinence s, qui persiste beaucoup plus souvent en zend qu’en sanscrit; c’est le mot dont nous avons vu plus haut le datif. Dans le passage auquel nous faisons allusion, on a pu se convaincre, par le double témoignage de Nériosengh et d'Anquetil, qu’il signifiait maître, chef. Nous savons en outre que le nom donné par les Parses à un des prêtres qui célèbrent l’ofTice du Yaçna est Raspi, et que ce nom est transcrit dans les gloses en caractères du Guzarate râthvi, où l’on ne peut voir qu’une altération de l’un des cas indirects de ratas. Ces deux mots, Raspi et Râthvi, ne sont donc que la transcription moderne du zend ratas; et il en résulte que l’on peut traduire ici les deux mots athâ ratus par « ainsi le maître ou « le Raspi, « et les considérer comme correspondant au râthvi de Nériosengh. Mais dans cette hypothèse les mots athâ ratus devraient être en dehors de la prière , où ils se trouvent cependant compris dans le volume des Ieschts-sadés , et où les appelle la corrélation des mots athâ et yathd. Or, si les mots athâ ratas font en eflTet partie de la prière , on ne doit pas les regarder comme l'indication d’un interlocuteur; il n'est plus permis de les traduire > ainsi parle le Raspi, • I. 8

et il faut chercher pour le mot ratut une interprétation nouvelle.

Cette interprétation , la glose de Nérioscngh nous la fournit , et le sens qui en résulte me paraît résoudre la difficulté. Nérioscngh traduit ra/as par àdêshah ( instruction , précepte ) , de sorte que le commencement de notre prière revient à ita /ex, ■ tel est le précepte, la « loi. » On comprend sans peine comment le mot qui signifie précepteur. peut passer à la signification de précepte; et de plus les textes xends eux-memes nous offrent des passages où il est impossible de donner à ce mot une autre valeur. Nous citerons entre autres cette

phrase du premier chapitre du Yispered :

nwaidayemi ratèus bërëzô hadhaokhdhahë ,

suivant Anquetil : « j’invoque le grand et le sublime Hadokht { le • xxi' Nosk de l’Avesta);» ce que, selon toute apparence, il faut traduire : «j’invoque la sublime loi Hadokht.* Cette interprétation semble confirmée par la différence de la désinence de mtu dans ce fragment, et du même mot dans les autres textes, où, de l’a-

dernière acception le génitif de ratu est rathwà , formation

sur laquelle nous aurons occasion de nous expliquer plus tard, et qui diffère de celle de ratèus. dans la phrase du Yispered.

Sans nous occuper en ce moment.de la terminaison eus des génitifs des noms en u, nous pouvons dire que ratèus et rat/iu’û sont deux mots dont certainement l’origine est la même , mais dont l’acception peut être diverse comme est leur forme.

Les mots suivants, .gjuap.» usât tchit, ne sont pas très-distinc-

tement traduits dans Anquetil; on y voit bien * des actions pures, « des oeuvres saintes , • mais sa version n’est pas ici assez littérale pour être d’un grand secours. Nérioscngh suit plus fidèlement le texte, dont il reproduit même la forme grammaticale; çmisq* asàt . qu’il faut plus correctement lire achàf, y est rendu par un

ablatif, punyât. «par la pureté, par la vertu. • En effet, t est bien

en zend la désinence de l'ablatif singulier, désinence devant laquelle l’a des noms dont le thème est terminé par cette voyelle, s’allonge le plus souvent et devient d.

A ce mot doit se rattacher la particule ichit, écrite non moins fréquemment avec un a i bref, et qui, en zend comme en sanscrit, et comme quid en latin, donne une signification plus générale et plus étendue au pronom quelle suit. Nérioscngh a, dans sa glose, très-nettement fait comprendre ce que cette particule (qui est, à proprement parler, un pronom neutre dont nous verrons plus tard le nominatif et l'accusatif masculins) ajoute au sens du substantif, en faisant suivre les pronoms yasmât kasmâtch-tchit de cette même particule, en sanscrit Ichit. Mais il est digne de remarque qu’en zend ce monosyllabe se joigne même à un substantif; ce fait annonce un emploi plus étendu et sans doute plus ancien de ce pronom en zend qu’en sanscrit.

, Si maintenant nous revenons au mot achat, et que nous cherchions la raison de l’ablatif, nous la trouverons, je crois, dans le rapport que nous avons essayé d’établir entre nos deux propositions. Dans celle que nous examinons actuellement, l’absence d’un verbe nous force de recourir h la précédente où nous voyons vairyâ, que nous avons traduit par « devant être vénéré. * En rapprochant achat de ce dérivé verbal, nous expliquons l’ablatif, et nous traduisons : « comment doit être vcncré le Seigneur : par toute action • vertueuse , par tout acte de pureté. » Seulement entre ces deux parties de la prière, il faut introduire, comme le fait avec raison Nériosengh, l’interprétation des mots athâ ratus , « telle est la loi; • de sorte qu'en réunissant les deux fragments déjà analysés, nous pourrons proposer la traduction suivante avec quelque espoir d’avoir trouvé le sens véritable; « Que le sacrificateur (Djouti) me dise : com- ■ ment le Seigneur doit être vénéré. — Telle est la loi : par tout « acte de pureté. » Cette construction conforme à la brièveté antique me paraît très-naturelle, et elle me semble ainsi comprise dans la version de Nériosengh.

II nous reste à expliquer le dissyllabe hatcha, qui, dans

cette phrase dont le sens est complet à tchit, parait explétif. Dans le plus grand nombre des passages où se trouve cette particule, d'un usage très-fréquent en rend, elle indique le rapport d’éloignement, de séparation, quelquefois même de cause. Elle répond alors aux prépositions latines ex et ab. Le Vendidad proprement dit nous fournit plus de cent passages dans lesquels hatcha ne peut avoir d’autre sens, et la valeur de cette particule doit être alors d’autant moins contestée qu’Anquetil lui-même, d’après les Parscs, l’a presque toujours reconnue. C’est ainsi qu’il traduit très-exactement des phrases comme les suivantes: tanaot hatcha machyêh, « ccorporc ho- « minis; » apakhtarât hatcha nmànât, « septentrional! e regione; » thngâim hatcha apat, « à troisgàms de l'eau, etc. • Cela posé, on doit croire que hatcha, qui dans les longues énumérations précède le substantif à l’ablatif (ou même à un autre cas), tandis qu’il le suit plus fréquemment quand le substantif est isolé, on doit croire, dis-je, que hatcha est dans notre texte un exposant surabondant de l’ablatif déjà exprimé par la désinence de achat, ou que c’est une véritable préposition et qu’il répond exactement au français par. Pour moi, la valeur bien connue de l’ablatif m’engage à regarder dans notre phrase hatcha comme explétif. Au reste, que hatcha soit surabondant, ou qu'il soit ici, comme dans presque tous les autres textes, une préposition véritable, sa présence dans la langue atteste un progrès analytique tout à fait digne de remarque.

Mais je dois mentionner à cette occasion un autre usage beaucoup plus rare de hatcha, parce qu’on peut avantageusement s’en servir pour remonter jusqu’aux éléments qui composent cette particule. On rencontre quelquefois hatcha entre un substantif et un adjectif au même cas, et réunis par le relatif yat au neutre, notamment dans cette formule : achat hatcha yat vahistâf , qui revient à dire : • par la pureté excellente. » Que cette phrase puisse très-bien s’expliquer en donnant à hatcha le sens de la préposition par, cela est

INVOCATION. 6t

évident. Mais n’est-il pas remarquable que si l'on rétablissait en sanscrit hatcha d’après les lois euphoniques qui nous sont connues, on obtiendrait satcha, c’est-à-dire isque; en d’autres termes, un pronom indicatif vraisemblablement en rapport avec le relatif yal qui le suit? On ne peut en effet s’empêcher de reconnaître dans hatcha, outre la conjonction tcha, le ha monosyllabe pronominal, répondant au sanscrit sa dont il est l’altération. Cette analyse donne pour sens à ce môt et lai, et cela, en admettant que ha ne porte aucune terminaison de cas, ou même qu'il soit au nominatif sans désinence, comme cela a lieu en sanscrit le plus souvent. Cette dernière explication, qui confirme l’opinion de M. Bopp sur le plus ancien état du pronom sa sanscrit “, pourrait paraître susceptible de quelque objection , si l’on ne savait d’ailleurs qu’en zend les mots en composition portent fréquemment la désinence du nominatif masculin, sans que l’esprit doive , en aucune façon , tenir compte de cette désinence. De même encore le relatif yô, yâ, yal est employé fréquemment dans l’unique but de joindre des propositions entre elles, et sans que le lecteur doive faire attention au genre ou au nombre qu’il porte. Si, dans ce cas, on ne considère dans le relatif que sa valeur conjonctive , ne peut-on pas dire de même que dans ha-tchu on n’a en vue que sa valeur indicative, et qu’ainsi hatcha doit répondre à et cela 5* ? Ainsi l’exemple que nous venons de citer s'expliquerait de la manière suivante en latin barbare : « puritate et is (id) « quod excellente, » et sans considération du genre du pronom tant indicatif que relatif. Ajoutons qu’on pourrait encore regarder hatcha

11 Vergleich. Zerglied. dcrsanscr. Sprack. Abhand. III , pag. 5 et sqq. Abband. IV^ pag. i.

,4 Si l'on admet qu'en latin la particule at soit dérivée d'une lettre pronominale a avec la formative du neutre t, la conjonction at-que reviendrait au zend hatcha, dans lempioi que noua signalons. Au reste ,

il est certain que le atqae latin existe eu zend sous la forme altcha ( idque), qui n'est que la réunion du pronom at et de la conjonctive tcha. Le monosyllabe at est le neutre régulier de la lettre pronominale a , qui n’est pure en sanscrit que dans les cas indirects, et dans atlas, forme évidemment composée de deux pronoms , a et dos.

6a COMMENTAIRE SUR LE ÏAÇNA.

comme la réunion des deux particules sanscrites ha et tcha. La première n’est le plus souvent qu'explétive dans le sanscrit classique, mais il est déjà permis de conjecturer qu’elle était d’un plus fréquent usage dans le style des Védas. Je ne puis guère trouver à la réunion des deux monosyllabes ha et tcha , d’autre sens que celui d’une conjonction affirmative comme nempe ou certe. Mais je dois faire remarquer qu’il serait plus régulier que le ha sanscrit fût écrit en zend za.

Si l’on compare notre fragment du Yathd à la formule achàt hatcha yat vahistâf expliquée tout à l’heure, on voit qu’il n’en diffère que parce que hatcha n’est pas suivi d’un adjectif au même cas que achat, ce qui ferait supposer que les mots -upuo1 -y sont l’abrégé de cette formule. Mais dans la prière que je regarde comme l’original du Yathd ahù vairyâ, il en est exactement de même; de sorte qu’à moins de supposer que cette prière elle-même n’est pas encore complète dans le volume des Ieschts-sadés , il faut admettre nécessairement que les mots achât tchit hatcha forment à eux seuls un sens achevé. Dans cette hypothèse , hatcha considéré comme la réunion du pronom ha et de tcha , doit peut-être se rattacher à tchtt dont il est sans doute destiné à généraliser encore le sens : • puritate • qualihet iliaque. • Mais nous ne devons pas oublier que cette traduction ne peut être proposée qu’au défaut de celle que nous avons adoptée plus haut. Le sens de par, donné à la particule hatcha, rend suffisamment compte de notre phrase. Ce que nous avons voulu faire voir par l’analyse précédente, c’est qu’en s’en tenant à la signification propre des éléments dont se compose hatcha, on arrive à une interprétation, moins facile sans doute et moins satisfaisante, mais qui cependant peut être encore justifiée. 11 resterait à montrer, pour concilier ces deux explications, comment il se peut faire qu'un mot qui signifie ille que , ait été employé par la langue comme préposition avec le sens de ex. ab. Mais j’avoue que je n’ai pu jusqu’à présent trouver la raison de ce fait singulier.

Nous voici parvenus à la seconde phrase du dernier fragment de la

prière, celle que je considère comme ne faisant pas partie intégrante du Yalhâ altû vairyô original , mais comme répondant à la portion dialoguée du commencement. Ici Nériosengh et Anquetil me paaaissent avoir complètement abandonné le texte, et avoir à tort méconnu la distinction nécessaire de cette nouvelle proposition. Quand je ne serais pas autorisé par l’analyse grammaticale & élever des doutes sur l'exactitude de l’interprétation donnée par les Dcstours parses, j'y serais déjà conduit par la différence notable de la traduction d’Anquetil et de celle de Nériosengh. On voit par celle d’Anquetil, qu’il s’est fait une idée peu exacte des rapports grammaticaux de ces mots ei\tre eux; et par celle de Nériosengh, que son point de vue, quoique différent, n’en est pas plus exact. Selon l’usage déjà remarqué, la particule Jrâ est séparée du verbe sur lequel elle porte dans l’ordre logique; elle encadre en quelque sorte la proposition, et sert à la détacher de ce qui précède. La voyelle finale en est allongée, sans doute à cause de l’isolement même de la particule, et comme pour lui donner une consistance quelle n'a pas par elle-même.

Le mot suivant, ai)>au^ai asava, que nous trouverons écrit plus souvent achava, est un des cas de l’adjectif dont nous

avons déjà vu le datif acltaoné. Anquetil n'en précise pas exactement la forme; sa version est trop libre. Mais Nériosengh se décide, je croîs, à tort pour le vocatif, comme si celui qui parle s’adressait à l’autre interlocuteur en l’appelant « homme vertueux ! » Nous savons que le vocatif de ce mot est achdum, que l'on rencontre si

fréquemment dans les questions adressées par Zoroastre à Ormuzd. Nous savons de plus avec une égale certitude, et par de nombreux exemples51, que notre forme actuelle est un nominatif du thème achavan , par le retranchement de la nasale finale du suffixe , sans allongement de l'a, et contrairement à ce qui a lieu en sanscrit, où dans

VirptTtii, il» cardé ini». Vemtidad-tadé , p*g. 79. 137 et pat).

les mots de cette espèce l’allongement de la voyelle compense la suppression de la nasale. Ici la forme zcnde me parait plus moderne, en «ce qu’elle tire la conséquence du principe qui se remarque déjà en sanscrit, et qu’après avoir fait disparaître la nasale du suffixe, elle abrégo le seul élément qui pourrait encore la représenter.

Il n’en est pas de même de vidhvâo, où l'on reconnaît'

dès l’abord le sanscrit vidvdn, malgré l'allongement irrégulier de l’t du radical et le changement de ân en do. Cette dernière modification do conserve plus entière la désinence primitive. Mais ce qu’il est important de remarquer, c’est qu’elle est à l’égard du sanscrit vdn (rail, ras), dans le même rapport que le va zend d&achava à l’égard du sanscrit vd (rad. van). Ainsi, quand le sanscrit fait disparaître la nasale pour ne conserver qu’un d long, le zend abrège l’a; et quand , au nominatif du suffixe vat , le sanscrit adopte une nasale précédée d’une voyelle longue , le zend qui , dans cette circonstance encore, modifie la finale, fait disparaître cette nasale, mais la remplace par la voyelle o qui se joint à l’a subsistant long. Ainsi, de vdn on a vdo, par un procédé presque analogue à celui que l’on remarque dans quelques langues du midi de l'Europe, où la nasale est remplacée fréquemment par une voyelle dans la prononciation de laquelle persiste encore une nasale sourde. Une particularité qu’il est également important de constater, c’est l’aspiration du dh pour le d non aspiré du sanscrit. Il est bien vrai que les manuscrits ne paraissent pas suivre un système très-rigoureux dans l'emploi des deux dentales d et dh. mais ici la présence du e^ne me

semble pas arbitraire, et je crois pouvoir l’expliquer par l'aspiration inhérente au a en zend, qu’il soit figuré par » ou par y/t

Enlin, nous remarquerons pour dernière particularité, que le zend allonge l’i du sanscrit vidvdn; ce qui peut venir de ce que cette voyelle étant longue par position, on s’est trouvé naturellement conduit à exprimer par l’écriture sa valeur prosodique. Peut-être

aussi l’allongement de la voyelle du radical vid est-il destiné à compenser, d’une manière irrégulière il est vrai, l'absence du redoublement qui doit se trouver dans ce participe ( vidhvâo pour vividhvâo).

Il ne nous reste plus à expliquer que JU« , que Nèriosengh traduit par je dis, et Anquetil par avertissez. On ne peut cependant méconnaître ici une troisième personne de l’impératif en fû, la voyelle finale allongée, ainsi que cela est d’usage en zend pour cette voyelle et pour i, avec mrao, guna de mm. selon la règle des verbes sanscrits de la a' classe. Il y a seulement cette différence, que la formation de l’impératif zend est plus régulière que celle du temps correspondant en sanscrit, puisque le radical affecté de guna se joint immédiatement à la désinence, au lieu qu’en sanscrit la réunion ne se fait que par l’intermédiaire d’un i, voyelle de liaison placée entre le radical modifié et la désinence. L’analyse précédente nous autorise donc à traduire la fin de la seconde partie de notre prière : « purus scicns dicat. » En résumé, si nous réunissons les divers fragments du texte, nous les traduirons ainsi littéralement en latin, et en mettant en italique ce qui, dans notre opinion, appartient aux interlocuteurs et ne fait pas partie de la prière originale : « Qua-

• liter Dominus eolendus sacrificator mihi dicit, — taliter lex : puri-

• tate qualibet , purus sciens dicat. •

Maintenant, dans la bouclie de qui mettrons-nous ces diverses propositions qui, ainsi présentées, nous offrent l’apparence d’un dialogue? Anquetil place toute la prière dans la bouche du flaspi, et ici seulement par exception dans celle du Djouti qui sollicite le prêtre assistant à réciter le Yathâ ahù vairyù, et qui en même temps lui dicte ce qu’il doit dire. Or, les observations que nous avons faites ci-dessus sur la division de notre texte en quatre parties distinctes réfutent suffisamment cette assertion. Nèriosengh approche plus de la vérité en n’attribuant au Raspi que le commencement de la prière jusqu’à taliter; mais il méconnaît la valeur grammaticale de la fin de la seconde partie, en supposant que le Djouti qui la prononce I- 9

s’adresse au Raspi à la seconde personne; car sa traduction revient à ce dialogue :

Le Raspi.

Quel est le désir du maître, l’intention d'Ahuramaxda? Quelle action pure faut-il faire pour lui plaire?

• Le Djouti.

Telle est la loi: on plaît à Ahuramazda par toute action pure; ô toi dont l’âme est pure, c’est là le précepte que je donne.

Cette manière de traduire la fin du texte vient de ce que les Destours parses se sont mépris sur mraotù, car c’est en partie du sujet qu’on donne à ce verbe que dépend l’intelligence complète de la seconde portion du passage. 11 faut en effet admettre avec les interprètes parses que le Raspi, ou le ministre du prêtre officiant, prononce le commencement de la prière et s’adresse au Djouti : • Que « le Djouti me dise comment doit être vénéré le Seigneur. » Il faut admettre également avec Nériosengh que la fin de la prière contient la réponse du Djouti. Conformément à cette division du texte justifiée par nos analyses, il faut traduire, en plaçant en dehors du dialogue les noms des interlocuteurs, qui n’y sont pas positivement exprimés, mais seulement sous-entendus:

Le Raspi.

« Comment doit être vénéré le Seigneur, que le Djouti me le « dise. >

Le Djouti.

• Telle est la loi : par tout acte de pureté; qu’ainsi dise l’homme • pur qui sait. >

Maintenant, que veulent dire les mots: «que l'homme pur qui «sait dise?» Est-ce un ordre adressé par le Djouti au Raspi, et cet homme pur est-il le Raspi? Mais dans ce dialogue, si toutefois j’en comprends bien la suite, le Raspi est représenté comme interrogeant le Djouti sur les moyens de vénérer Ormuzd; c'est là ce qui résulte de la première phrase. Avec la seconde commence le rôle du Djouti; car c’est cette phrase qui doit renfermer la réponse à l'interrogation du Raspi. Cette réponse est dans les mots: « telle est « la loi : par tout acte de pureté. » Ce qui suit, « purus sapiens dicat, » ne me parait pas avoir de sens, si l'on n’y voit une invitation qu’adresse le Djouti aux hommes purs et savants comme lui, de répondre à la demande du prêtre assistant. Mais cette invitation est en quelque sorte en dehors de la réponse à la question de savoir « comment Ormuzd doit être vénéré. • C’est comme si le Djouti disait: «à cette demande, que l'homme pur qui sait dise: telle est la • loi ; par la pureté. » Ces mots : « que l’homme pur qui sait dise, » servent donc de cadre à la partie de la prière Yalhâ, etc. qui est , à proprement parler, la réponse à la demande du Raspi. Ils complètent le dialogue commencé par l’interrogation de ce dernier.

On pourrait encore supposer que cette phrase n’est dans la bouche d'aucun des deux interlocuteurs. Il faudrait dans cette hypothèse donner au texte frd achava, etc. un nouveau sujet, qui ne fût ni le Raspi, ni le Djouti, mais le fondateur de la loi, comme Zoroastre, ou le Dieu qui l’a révélée, comme Ormuzd. Selon cette nouvelle interprétation, après que le ministre du prêtre officiant a interrogé le Djouti, et qu’il l’a sollicité de lui indiquer comment il faut vénérer le Seigneur, l’auteur de la loi intervient, mais d’une manière générale, et sans être spécialement nommé, pour dicter au Djouti la réponse qu’il doit faire. Conséquemment nous traduirions , en mettant le commencement de notre prière dans la bouche du Raspi, et en faisant de la dernière phrase dont elle se compose un précepte qui est imposé au Djouti en dehors du dialogue : • Que

> le sacrificateur (Djouti) me dise comment doit être vénéré le Sei- « gneur, — telle est la loi : par tout acte de pureté. Qu'ainsi réponde * l'homme pur qui sait. » Mais j’avoue que cette manière de diviser le texte me semble moins naturelle que l'interprétation que je viens de proposer. Le parallélisme du dialogue appelle nécessairement dans la réponse du Djouti une phrase qui soit en rapport avec ces paroles du Raspi : « que le Djouti m'e dise. ■

Je dois enfin exposer une troisième interprétation qui consisterait à mettre la prière tout entière dans la bouche d'un seul interlocuteur, et à renverser les rôles, de cette manière :

Le Raspi.

« Comment doit être vénéré le Seigneur, me dit le Djouti , — telle « est la loi, par tout acte de pureté, qu’ainsi dise l'homme pur qui « sait. » Cette traduction qui nous montre le Raspi faisant la réponse à la demande dont il rappelle lui-même les termes, est, grammaticalement parlant, aussi correcte que celle que nous avons proposée plus haut. Il y a plus, elle a peut-être sur cette dernière, l’avantage de laisser au verbe mrùtè son sens d'indicatif. Mais la glose de Nériosengh qui exprime ici de la manière la plus formelle l’existence ' d’un dialogue dont le Raspi et le Djouti sont les interlocuteurs, m’engage à préférer ma première interprétation.

( Lignes 5 b, 6 a.)

Les deux premiers mots sont l’abrégé de la prière Achem vôhâ, que nous avons déjà vue et que nous verrons encore très-fréquem-

ment indiquée de cette manière. Le signe 0, dan» le manuscrit original , indique que la phrase est en abrégé ; d’autres fois et notamment après les mots qui suivent, il marque la lin d’une phrase ou simplement la fin d’un mot. Anquetil traduit les mots 0 pgp«yu par « on dit trois fois; » c’est la transcription en caractères zends des mots persans ajS" Km. Nous savons que yi est le signe numérique du nombre trois. Le mot pgp devrait être écrit pgp (jp<); mais le p et le Qj ne différant l’un de l’autre que par l’allongement du trait de gauche, se confondent d’ordinaire très-aisément.

■City}* -Çfty* ‘Mijauilp .ftMjjfy

» 0^5 \dxuLf .MihsÇ^z 0

(Lignes 6 b — 10 a.) TRADUCTION d’aNQDETIL.

• Que ma (prière) plaise à Ormuzd! Qu’il brise Ahriman et ac- « complisse publiquement mes souhaits jusqu’à la résurrection 1 « — L’abondance et le Béhescht, etc., dix fois. C’est le désir d’Or-

• muzd, etc., dix fois. •

Le premier mot de ce passage, khsnaothra, est le même substantif que nous avons vu ci-dessus au paragraphe V de cette Invocation. Comme dans le passage auquel nous nous référons, khsnaothra, que nous lirons khehnaothra, est au nominatif pluriel neutre : ■ les moyens

• de rendre favorable , ou les prières qui rendent content. • La phrase

7o COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

ne nous donne pas de verbe qui réponde à ce sujet, que je crois au pluriel; je proposerai donc de suppléer le verbe abstrait à l’impératif : « sint preces quæ, etc. »

Le mot ahurahé est le génitif du mot ahura que nous avons déjà vu en composition ( ahurajkaéchâ ) et dont nous connaissons un adjectif dérivé. Avec mazdâo ce mot forme le nom du premier des sept Amschaspands , d'Ormuzd , qu’on trouve écrit dans les auteurs grecs ’iiçytuLÇiic, ni9ua*<hc,'cii9iM.-nK, 'n.pp4tJhi(,'QffMfJk*iiK, etc. M. Je n’énumérerai pas ici les diverses explications qu’on a proposées de ce nom propre , avant que l’on en connût la véritable orthographe en zend. Quelque vraisemblables qu’aient pu paraître ces explications , elles doivent faire place à celles qui ont été exposées depuis qu’on a reconnu la forme sous laquelle ce mot se présente. dans les textes originaux. M. Rask, dans son mémoire déjà cité, regarde le mot ahara comme une épithète qui, ainsi qu’il le fait justement remarquer, paraît non-seulement dans le nom d'Ormuzd , mais encore dans celui de quelques autres êtres divins invoqués par les Parses (comme le Ilordj , Mithra, etc.), et il suppose que ce mot peut signifier saint w. Le mot mazdâo ne lui paraît pas un adjectif comme le conjecture Anquetil, mais bien le nom de Dieu luimême; car il traduit le composé mazdadâta par « donné de Dieu, • explication qui ne peut être complètement admise, comme le prouvera notre analyse du mot mazdâo.

M. de Boblen s’attache au contraire à réfuter cette opinion , et il pense que ahura signifie soleil, et que mazdâo (qu’il lit mazddé) n’est qu’une autre forme du sanscrit mahat, grec/u>*f (grand); d’où il résulterait que le nom d’Ormuzd reviendrait à sol magnas M. Je dois ajouter que cette opinion était également celle d’un savant célèbre, M. Saint-Martin, qui, rapprochant ahara du zend hvarë, et hûrô (gén.), le traduisait par lumière, et expliquait l’a ajouté du mot

“ Burton . At nef. ting. peniae, tub *’ ÜAtr <iai Aller, etc psg. 34. voc. Ororoasde», p. Ci, ed. von Scclc». “ Deorij. /inj. zend. pag. 3a.

ahura par une de ces prothèses qui sont fréquentes dans la langue persane, et de même en zend, où l’on trouve jAwpjiM actdra, pour çtâra (astre). M. Bopp, dans la savante critique qu'il a faite des dissertations de MM. Rask et de Bohlen, admet, avec ce dernier, que mazddo est de la même famille que mahat, et qu'il doit signifier grand A. M. Bopp trouve même dans la désinence âo çm du zend une confirmation de cette explication, parce que mazddo lui

parait représenter exactement le sanscrit mahat (en composition mahà), l'o final étant la permutation du s signe du nominatif mazdâ-s. De plus, dans ce mot à l’accusatif mazdàm, que le savant

critique regarde comme une autre forme de mazdd-m, on retrouve encore le thème mazdâ , qui , en composition et au vocatif, s’abrége en Cette origine adjective du mot n'empêche pas cependant, suivant M. Bopp, que l’on ne doive y reconnaître un substantif; et sous ce rapport, il pense avec M. Rask que ce mot a pu former un nom propre. v

Quant à , M. Bopp n'admet pas l’opinion de M. Rask. Il

regarde, avec M. de Bohlen, ce mot comme un substantif; seulement il n’adopte pas l’explication de ce dernier, et se demande d’où peut venir l’a* a, qui, dans l’opinion de M. de Bohlen, aurait été ajouté au mot zend qui signifie soleil. Le zend ahura lui jurait être une transformation régulière du sanscrit asara, nom qui désigne une classe entière de mauvais génies , les frères des Souras et des Dêvas (ou dieux), et cette opinion ingénieuse est soutenue j»r cette considération que les Dêvas ou dieux des Indiens étant devenus, dans la mythologie persane, les démons ou génies des ténèbres, il semble naturel que le nom des mauvais génies désigne à son tour la divinité dans le système des Parses. M. Bopp s’appuyant en outre sur des passages où Anquetil traduit ahura par divin, en conclut que ce mot doit se rendre plus régulièrement par Die a.

“ Jakrb.f wissensch. Kritik , décembre 1 83 1 .

7a COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

Avant de discuter ces diverses opinions et de nous fixer sur le sens d'une dénomination aussi importante, il nous reste à exposer le sentiment des Parses, que nous pouvons connaître par une double voie: premièrement par le témoignage d’Anquetil , secondement par celui de'Nériosengh. Anquctil traduit les deux mots ahura mazddo par grand roi, prenant’ mazddo pour un adjectif et ahura pour le substantif roi. Nériosengh , quand il n’en transcrit pas simplement l’altération persane hormidjda (Hormizda), les rend par svdmin mahâdjndnin, • le Seigneur ou le maître grandement savant. » Nous aurons plus tard occasion de constater la répétition fréquente de cette manière de traduire les deux mots qui forment le nom du premier des êtres divins appelés Amschaspands. Pour Nériosengh , ahura et muzdào sont deux mots qui gardent, quand ils sont séparés, le sens qu'ils ont quand ils sont réunis. La traduction de ahura par svdmin se reproduit en effet chaque fois que ce mot zend se représente ; d’où il résulte que le sens de seigneur ou maître donné à ahura n’est pas, pour Nériosengh , l’indication vague d’un des attributs de l’être qu'il désigne, mais bien une interprétation qui repose sur la signification virtuelle qu’il croyait devoir attacher à ce mot.

L'explication du mot mazddo par grandement savant est même justifiée par un témoignage plus irrécusable encore, celui des textes. Suivant Nériosengh, ce mot est composé; et en effet l’analyse nous permet d’y recônnaître mai et dào. Mais pour que cette analyse ne soit pas inexacte et qu’il y ait réellement deux radicaux dans le mot , il faut que ces deux radicaux se trouvent séparément en zend avec le sens l’un de grand, l'autre de science. Or, nous pouvons affirmer qu’il en est ainsi de maz , par exemple dans un passage du xlv' chapitre du Yaçna, où mazôi magâi est traduit dans Nériosengh par mahatâ mahattvéna , littéralement magna magnitudine °°. Les mots mardi magâi sont au datif, comme on pourra s'en convaincre parla suite

" Ms. Anq. n° a F, pag 3i5.

de nos analyses : or, après le retranchement de la désinence 6i, on a le radical maz qui signifie à lui seul grand; car si la racine qui exprime cette idée était mazdào ou mazdà, ou mazda, on retrouverait sans doute au datif mazôi quelque trace du d. On devrait aussi peut-être rencontrer cette consonne dans les doux superlatifs que nous présentent les textes zends, et qui répondent à des formes sanscrites vieillies. Le premier est mazisla, composé de la désinence sanscrite et grecque ichlha, im (, et du radical maz (en sanscrit malt) , dont le grec a fait /ùyH au positif, et au superlatif pdymt- Le second se trouve au féminin à l’accusatif maçyêhim, qui est bien, comme l’a fait voir M. Bopp dans l'article que nous avons déjà cité plus d'une fois, le sanscrit mahiyasim. Ce superlatif qui n’est pas, au moins que je sache, usité dans le sanscrit classique , l’a été certainement dans le style ancien des Védas. Je le trouve au masculin dans un passage remarquable de l’Oupanichad, appelé Malidnârdyana , du Yadjour-véda, mais dont le mètre (Indravadjra?-) paraît altéré **.

«Dans l’onde sans rivage, au milieu de l’univers, par delà le ciel,

■ Pradjàpati plus grand que ce qui est grand repose dans la ma-

■ trice (d’or). • Le rapprochement du zend maçyêhi suffit pour prouver que le d de mazdào n’appartient pas au radical qui signifie grand. La transformation que la racine zende maz a subie pour former maçyêhi (orthographe que je crois préférable à celle de masyêhi ), est suffisamment expliquée par les remarques que nous avons précédemment faites sur le rapport de z et de ç eî. Le z se change en ç

41 Yaéj.ved., Ms. tel. n° 2,c, fol. 163. lions du suffixe féminin iyati soûl toutes Ne faut-il pas lire djyôùmchyaniuam...? (‘gaiement faciles à expliquer. Le suffixe

" Vovex ci-dessus Observations sur l'ai- sanscrit perd son ( en zend; ou plutôt f, phabet zend , pag. xciv sqq. Les modiüca- voyelle de liaison , n'est pas inséré entre le

devant le suffixe, comme cela se voit encore dans le substantif maçù (grandeur), qui répond au sanscrit mahas. Nous ne trouvons -donc, dans ces deux superlatifs zends, que le radical maç et maz, dont l’un n’est qu’une variante très-peu différente de l’autre. Le d de mazdào n’appartient en aucune manière à maz , qui n’est en réalité autre chose que le radical sanscrit pur mah.

On pourrait sans doute avancer, quoiqu’il fût difficile de le prouver, que le d de mazilâo a disparu dans quelques cas indirects et dans les superlatifs que nous venons d’analyser, parce que le suffixe al , dont on pourrait le regarder comme un débris, doit être supprimé en sanscrit dans cette forme du superlatif de mahat. Mais cette objection, qui aurait de la valeur si la syllabe ddo n'avait aucun sens en zend, tombe devant le fait bien prouvé de l’existence de ce mot avec la signification de loi, doctrine, science, exactement comme l’interprète Ncriosengli dans le mot mazdào. Ainsi nous verrons plus tard le mot dàm, acc. sing. fém., avec le sens de loi. Nous trouverons encore hudâo, • qui suit la bonne loi, • de ha (sanscrit sa, bien) et de ddo que nous analyserons plus bas, de même que dujdâo, un des titres d’Ahriman qu’Anquetil traduit « qui suit la mauvaise loi, • et dans lequel nous reconnaissons , avec le mot ddo, le préfixe daj pour dach , identique au sanscrit et au grec dur et «for L’existence du mot ddo en composition , et celle d’un substantif dâ employé isolément, sont donc démontrées par les textes; et, sans nous occuper en ce moment de rapproclicr ce mot de son homophone ddo (acc. ddoghëm)a, qui se

suffixe yas et le ihème absolu du mot qu'il doit modifier. L'a midi. il se change en i par suite de l'influence île 1a semi-voyelle y, et le $ devient h. La nasale ÿ ne s'insère pas devant h , quoique cette lettre soit précédée de la voyelle i, parce que l n’est pas primitif dans le suffixe nmd , et qu’il n’est que la transformation d'un a. Ce mot est un de ceux auxquels nous avons fait allu-

sion dans nos Observations préliminaires , pag. cxv.

“ H y a telle circonstance dans laquelle il est difficile de déterminer quel sens le texte attache ou mot iio Par exemple le mot hudâo (qui donne bien), suivant le thème de 1a déclinaison imparisyllabique , fait au nominatif pluriel hudâoijhi, qui nous donne la forme absolue hudâoÿk (sanscrit

présente dans quelques composés avec le sens de donateur, nous constaterons que la diphthongae pu, répondant le plus souvent au sanscrit âs, nous donne pour correspondant du zend dâo le sanscrit dâs.

Traité d’après les lois de la grammaire sanscrite, qui se sont conservées dans certains cas en zend avec une si remarquable fidélité, dâs, seconde partie d’an composé que nous supposons pour un instant être en sanscrit mahârdâs, sera le nom. sing. masc. d’un de ces noms rares terminés par A qui suivent le thème de la première déclinaison en a bref. Ces noms dérivent immédiatement de radicaux verbaux en â; de sorte qu’en supprimant le s, signe du nominatif, nous sommes conduits au radical dû, qui existe également en zend et en sanscrit avec le sens de donner. Le composé mahâ-dâs, et par suite l'adjectif zend maz-dâo qui n’eii est que la transformation, pourra donc signifier « qui magna dat. * Cette traduction répond déjà trèsbien à un des attributs d’Ormuasd, celui de créateur, et nous savons que dans le langage religieux des Paries, le mot donner est synonyme de créer. Mais elle ne paraît plus s’accorder avec celle de Nériosengb, qui trouve dans le zend mazdâo le sens de mnltiscius. Elle ne rend pas mieux compte des mots hudâo et dujddo, que le témoignage uniforme des Parses traduit par ■ celui dont la loi est • bonne , celui dont la loi est mauvaise. • Nous devons donc chercher encore s’il ne serait pas possible de justifier ta traduction de Nériosengb, et de trouver dans le radical dû le sens de foi ou science.

Je remarquerai d’abord que, toute loi et toute science émanant de F intelligence suprême chez les Parses, comme chez les autres nations anciennes de FAsie, la loi peut être appelée nn don de

sudàs) et S désinence pour as. Mais comme en zend , ainsi que dans le dialecte des tlas , les noms substantifs dont le thème est en a prennent très-fréquemment, au nominatif pluriel masculin, la désinence âojhà pour le sanscrit d&ah , huddo (qui sait

bien) , qui , comme tnazdâo, pourrait, shnf quelques exceptions, suivre la déclinaison des noms en a, fait cependant aussi h*r dâojjhâ, de même que nous voyons yazata (un Ixed) devenir yazatAojkô, et ahnra (seigneur), ahurâotjhô.

Dieu, et le mot qui, signiGant dans l’origine donner, prend déjà par extension le sens de créer, peut Lien recevoir celui de donner la loi et la science, la promulguer. C’est ainsi que le radical sanscrit dhd (poser) produit, au moyen du préGxe vi, un substantif vidhi signifiant réj/ç. Ce dernier rapprochement suggère même la conjecture que le radical zend dâ, auquel l’analyse nous a conduits tout à l’heure, pourrait bien n’êtrc que le sanscrit dhâ avec la seule différence du dh au d. On a donc le choix entre ces deux radicaux dâ (donner) et dhâ (poser). Enfin, si ces explications paraissaient trop détournées, et que l’on voulût trouver directement dans la syllabe dâ le sens de connaître, qui est resté dans le persan moderne dânâ (savant), et dans le verbe nous rapprocherions le dâ zend

de la racine grecque Jk (apprendre). Cette racine se trouve dans l'inusité à l’aoriste et surtout dans le verbe ft-Jd-nu où

la suppression de la syllabe de redoublement et de la formative laisse à nu le monosyllabe A auquel je ne crains pas de rattacher le zend dâ dans le sens de savoir. J’explique donc les mots hadâo, dajdâo et mazdâo comme des adjectifs formés du radical dâ avec le signe du nominatif changé en o, et je les traduis par«bene, * male, multum scions. • On remarquera que dans maz-ddo en particulier, l'adjectif maz n'a plus de suffixe, et qu'il est réduit au radical même d’ou il dérive.

Nous venons de rendre compte de chacune des parties qui composent le mot mazdâo (mahâdjnânin). Il nous reste, pour terminer ce que nous avons à en dire, à remarquer .qu’il ne diffère pas au génitif du nominatif, de telle sorte que pour expliquer cette particularité on a le choix entre ces deux hypothèses, ou que mazdâo est un génitif d'une formation particulière, ou que ce qualificatif s’est attaché au génitif aharahé, sans que l’on songeât à le faire accorder en cas avec son substantif. J’avoue que cette dernière explication est contredite par tous les exemples où l’on voit ce même mot mazdâo prendre les désinences diverses de l'accusatif et du datif. C’est ainsi

qu’on trouve l’accusatif mazdàm et le datif mazdâi , que nous analyserons plus tard. Si mazdào a tous ces cas , d’où vient qu’il manquerait du génitif, et pourquoi se serait-on adressé au nominatif pour le remplacer? J’aime mieux croire que la forme mazdâo est un génitif véritable. J’y trouve la désinence as, laquelle se fondant avec l’a du thème, que je suppose abrégé comme il arrive dans les noms masculins sanscrits en â, fait mazda-as, et en zcnd mazdâo. Si le génitif ressemble au nominatif, ce rapport est purement accidentel. Car les éléments dont se composent ces deux cas sont différents, s se joignant seul dans l’un au thème en â long, et as dans l’autre à la forme en a bref. Il y a, en quelque façon, deux thèmes pour ce mot, l’un en â (nominatif et accusatif), l'autre en a (génitif, datif, vocatif). C'est ce dernier qui figure dans les composés comme mazdayaçna que nous avons analysé plus haut.

Nous pouvons avancer maintenant que l'opinion de Nérioscngh est confirmée de la manière la plus satisfaisante, par l’analyse grammaticale et par l’interprétation qu’il nous a été permis de donner de chacun des éléments zends dont se compose mazdâo. Il faut admettre avec Anquetil, et MM. de Bohlen et Bopp, que mazdâo est un adjectif; mais il faut aussi corriger l'interprétation de ces savants et regarder mazdâo comme un adjectif composé. Il est du reste facile de reconnaître, avec M. Rask, que le long emploi de ce mot pour désigner le premier des sept Amschaspands a dû le faire passer à l’état de substantif, notamment dans les composés comme mazdadâta , mazdayaçna (donné par Mazda,

adorateur de Mazda).

Nous sera-t-il possible d’arriver à la même certitude à l’égard du mot ahura , et la comparaison des diverses opinions des savants que nous avons cités, avec la traduction de Nérioscngh et l'analyse du mot telle que nous allons essayer de la faire, nous mettra-t-elle en état d’adopter en connaissance de cause une des trois interprétations proposées? Nous remarquerons d’abord qu’en donnant, avec Nériosengh,

le sens de madré, seigneur, ou avec Anquetii celui de roi au mol «Aura, nous admettons une interprétation traditionnelle d’un mot dont nous ne nous rendons pas plus compte que ne le font les Parses eux-mêmes. Or, il se peut faire que le sens de maître ou roi ne soit ici qu'un sens d’extension, et qu’il ne soit pas fondé complètement, ou meme qu’il ne soit fondé en aucune façon, sur la valeur étymologique des éléments qui composent ahura. Parce que l’être qui portait le nom d'akura occupait le rang le plus élevé parmi les Amschaspands , on aura pu s'accoutumer à rattacher à son nom l’idée de la suprême puissance ou de la suprême science, sans avoir aucunement égard à la signification propre de ce nom même.

Nous ne pouvons donc définitivement admettre l'une des trois interprétations proposées pour ahura, que quand nous l’aurons vérifiée , autant que cela nous est possible, par t’analyse étymologique. Or, de ces trois interprétations, nous devons convenir que celle de M. Bopp est, au premier abord, la plus satisfaisante. Elle lait directement venir le rend akura du sanscrit asara, qui, lui-même, est le négatif de sara , sans autre modification que le changement très-ordinaire du s sanscrit en h zend. L'objection la plus forte dont cette opinion me paraisse susceptible, c'est que le choix du nom des Asooras , pour désigner le premier des êtres divins vénérés par les Parses, quand déjà celui des Dcvaa est devenu l’appeUaition des mauvais génies, parait trop systématique, et semble annoncer d'une manière trop matérielle pour être fondée en réalité l'opposition de ces deux cultes, celui des Brahmanes et celui des Passes.

Je sais bien que cette opposition est déjà démontrée par le sens que les Parses ont donné au mot daéva, dont la signification première est incontestablement celle de Dieu. Ce changement dan» l'acception du mot iLèva , dont il serait si important et dont il sera peufcêtre à jamais impossible de fixer la date, a dû arriver à une époque où les deux religions se séparèrent pour se développer chacune isolément, mai» toutefois dans des localités assez rapprochées pour qu’elles

pussent se rencontrer et entrer en lutte l'une contre l'autre Il serait difficile d’admettre que les Perses, ou le peuple chez lequel a pris naissance la religion dont Zoroastre passe pour le révélateur ou le réformateur, n’eurent connaissance du mot daêva que quand ils eurent intérêt à se distinguer des Brahmanes, et qu'ils empruntèrent à leurs adversaires, pour désigner les mauvais génies, un mot qu'ils ne possédaient pas eux-mêmes. L'orthographe même du mot daéva, conforme de tout point au génie de la langue zende, prouve que ce mot appartient à cet idiome, aussi bien qu’à celui des Brahmanes. Or, une fois que l’existence ancienne de daéva en zend est admise, il en résulte nécessairement que le mot a pu avoir même pour les Perses, et avant que leur religion se fût constituée d’une manière indépendante, le sens de Dieu. C’est le fait même de la distinction des idées religieuses des Perses d’avec celles des Brahmanes qui a fait descendre les Dcvas des Indiens du rang qu'ils occupaient dans le Panthéon de ces derniers. Ce serait une explication trop factice que de dire que ce changement a été introduit à dessein et de propos délibéré; que c’est l’œuvre libre d’un réformateur qui , pour assurer son culte nouveau contre les réminiscences de celui qui l’avait précédé, a flétri les dieux d’une religion rivale en les rejetant parmi les ennemis de la lumière et de la pureté. Ce n’est pas que les enseignements de Zoroastre, si c’est à lui qu’est due la dernière forme donnée au magisme, aient été étrangers à

“ J’espère pouvoir démontrer plus tard que le fonds des anciennes croyances modiques est le même que celui du culte primitif des Brahmanes, tel qu’on peut l'entrevoir dans les fragments si courts que nous possédons des Védas. On verra, dans la suite de ce Commentaire, combien ces deux cultes ont conservé de dénominations et de symboles communs , dont le sens s’est plus ou moins effacé dans l’un

ou dans l'autre. L’opposition du magisme contre le brahmanisme n’est donc pas relativement très-ancienne. Elle u’a pas beu du magisme à la rehgion des Védas: mais elle me paraît dirigée en partie contre les développements mythologiques ultérieurs des croyances primitives conservées dans ces anciens livres , développements qui ont donné naissance à la religion polythéistiqui* que résument les Pourânas.

8o COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

ce déplacement. Nous voulons dire seulement qu’il a dû avoir lieu d’une manière plus spontanée et moins artificielle; car, pour devenir définitif et prendre place au nombre des croyances populaires, il fallait qu’il partît du peuple lui-même, et que son introduction fût favorisée par une rivalité nationale , vraisemblablement déjà ancienne.

Tels sont les motifs qui m’empêchent d’admettre que le mot zend ahura soit le sanscrit asura; et, aux diverses considérations qui me font regarder ce changement comme trop systématique, s’ajoute une remarque d’un ordre inférieur, mais qui est fondée sur une loi à laquelle nous voyons peu d'exceptions : c'est que l’aspirée h, remplaçant le s devanâgari , est ici dans des conditions telles qu’elle doit nécessairement être précédée de la nasale i g; d'où il suit que si le sanscrit asura était passé en zend, il y serait écrit m aghura. Nous avons, il est vrai, déjà reconnu une exception à ce principe dans le mot ahù, que nous comparons au sanscrit asa. Mais nous avons fait remarquer que dans ce mot la voyelle û était longue, et que chaque fois qu’elle redevenait brève, notamment dans les cas indirects de aghu signifiant demeure, monde, la loi du changement de s en gh reprenait en général son empire. Or, dans ahura non plus que dans asura, il n’y a pas de longue, et l’on ne comprend pas pour quelle raison la langue zende, si régulière dans l'application des lois euphoniques qui la caractérisent, s’en serait écartée en ce point.

Nous nous trouvons de cette manière ramenés à la traduction des Parscs, telle qu’elle nous est transmise par Nériosengh et Anquctil; mais nous devons avouer qu’il n’est pas aisé de la justifier étymologiquement, et qu’il reste, au moins pour nous, beaucoup d’obscurité sur les éléments dont ce mot est formé. La difficulté n’est pas dans le rôle grammatical qu'il joue, et il importe peu que ce soit un adjectif ou un substantif. Outre que, philosophiquement parlant, le nom propre se confond avèc l’adjectif, nous verrons par plus d'un exemple que les noms des divinités sont chez les

Parses fréquemment composés de deux adjectifs dont la réunion forme un qualificatif, qui est rapporté intellectuellement à un sujet vague, comme IVfre par exemple. Le problème est donc purement étymologique, et les questions de cette espèce sont, dans l'absence de tout dictionnaire, d'une solution difficile.

Déjà nous avons reconnu que le témoignage d’Anquetil, confirmé par celui de Nériosengli , donnait le sens de roi, ou seulement de maitre, à un mot dont nous avons trouvé que le nominatif et l’accusatif étaient a lui et ahûm. Ce mot peut être l’élément

fondamental de ahura, qui en serait un dérivé au moyen du suffixe ra. comme en sanscrit madhura (doux) vient de madhu (miel). Dans cette hypothèse ahura signifierait « relatif au maître, au prince, au • roi, * en d'autres termes, royal; et ce qualificatif aurait été, suivant l’esprit de la religion des Parses, détourné de son emploi d’adjectif pour devenir un nom propre qui, joint à l’adjectif mazddo, signifierait : « l’être royal très-savant, ou le roi très-savant. « Si , sans s’arrêter au sens que nous avons reconnu à ahû, celui de roi ou maitre, on veut remonter à celle de ses acceptions qui semble devoir être primitive, et presser davantage le sens de la racine, en donnant à ahû la signification que la comparaison avec le sanscrit nous a autorisés à lui reconnaître, celle de rie, on pourra traduire ahura par vivant (l’être doué de vie), et cette traduction reproduira un des caractères les plus élevés de l’être que les Parses placent, sous le nom d’Ormuzd, à la tète des Amschaspands , et qu’ils reconnaissent comme le créateur. Quoi qu’il en soit de cette nuance dans la signification du mot d’où nous dérivons ahura, notre interprétation a certainement l’avantage de rendre raison de celle que nous donne la tradition uniforme des Parses. Mais nous devons en même temps convenir quelle ne paraît pas à l’abri de l’objection que nous avons adressée plus haut à celle de M. Bopp. J’y vois cependant la . différence suivante. Pour moi, le zend ahura ne vient pas du sanscrit asu (vie) et du suffixe ra, mais du zend ahu (maître), quelle I. ii

8a COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

que soit d'ailleurs l’origine de ce dornier mot. C’est peut-être par exception que l’d final, devant lequel h persiste en zend, a été abrégé pour former ahura. Cette conjecture m’est suggérée par l’orthographe de l'adjectif dérivé de ahura, que nous voyons très-fréquemment et, selon toute apparence, plus régulièrement écrit avec un û long, dhùirya. Il semble que le radical soit resté plus pur dans le dérivé que daus le primitif.

Il est temps de reprendre la suite de notre passage , dont nous a détournés l’analyse, à laquelle nous devions nous livrer, du nom propre ahuri mazdào. Les mots du texte qui répondent à cette phrase de

la traduction d’Anquetil : « qu'il brise Aliriman, «sont:

. ■juoii'V tariidhilé aÿrahé mainyèas. Nous y trouvons le

nom d’Ahriman, dont nous devrons faire un examen aussi approfondi que celui dont le nom d’Ormuzd vient d’être l’objet. Le premier mot de cette phrase, jy f* tariidhîtê, est bien difficile i expliquer, en ce qu’il ne se rencontre qu’une fois, à ma connaissance, dans le Ycndidad-sadô. Outre que nous manquons ainsi du secours que peuvent fournir des variantes d’écriture, nous sommes privés des moyens de constater, par la comparaison de ses diverses formes, à quelle catégorie grammaticale il appartient, puisque nous ne pouvons l’envisager que sous un seul aspect, celui qu’il a dans notre texte. Le n° 6 S, qui donne ce passage comme introduction au Yaçna, écrit ce mot en deux parties: laraô diti; c’est là l’unique moyen de comparaison que nous trouvions dans les textes, et il ne semble pas, au premier abord, fait pour répandre sur ce mot un grand jour.

La première question à résoudre, c’est celle de savoir si ce terme est un mot unique, ou s’il est composé de deux parties, qu’elles soient réunies en un seul tout ou séparées par un point, ainsi que le donne le Yaçna du n° 6 S. Il nous faut voir ce que l’on peut faire de ce mot dans l’une et l’autre de ces hypothèses. A cet effet, nous

commencerons par celle qui regarde ce terme comme un mot unique avec une désinence développée.

Le sens général de notre passage doit rentrer d’une manière plus ou moins complète dans celui d'Anquctil , et nous devons être presque certains que si le texte renfermé un vœu pour Ormuzd , il doit aussi exprimer une malédiction contre Ahriman. Si nous restons dans les limites du sens adopté par Anquetil , nous ne trouvons dans la langue zende que le radical tur et fur qui , de même qu’en sanscrit, signifie blesser, tuer. Mais il ne paraît pas que ce radical ait rien à faire pour l’explication de notre mot; car nous avons tard ou taraô, et en admettant le radical tur affecté de gana, il faudrait laora et non pas taraô. Que faire ensuite de ^»^QiJdhité ou de diti, suivant la lecture du n“ 6 S? Faut-il, comme notre manuscrit lithographié, écrire avec un dh aspiré et un f long, ou comme le n' 6 avec un ^ et un i bref? Dans l’hypothèse où tarôidhi té est un seul mot, il me semble que le («^s’explique par l’habitude où sont les Parses de préférer le dh médial au d. Nous pouvons donc conserver le dh, par respect pour le système orthographique des manuscrits, sauf à rechercher s’il est bien réellement étymologique. La voyelle i qui suit i'o s’explique encore, parce que l'épenthèse d’un i n’a lieu que dans le corps d’un mot. D’où il suit que tarôidhité parait présenter tous les caractères d'un mot organiquement un.

Cela posé, on ne peut disconvenir qu'à la première vue tarôidhité n'ait l'aspect d’une deuxième personne de l’impératif tarôidhi , auquel serait joint enciitiqucment le génitif ou le datif té (à toi ou de toi). Mari si la phrase tout entière exprime une suite de vœux favorables pour Ormuzd, et défavorables pour Ahriman, n'est-ce pas plutôt une première personne à laquelle on devrait s'attendre, par exemple : « que je puisse te briser, Ahriman ! • L’emploi de la seconde personne est au contraire difficile à comprendre. D’une autre part, si té n’est pas un cas du pronom, il lait corps avec tarôidhi.

et alors s’élève la question de savoir si ce mot est un verbe ou un substantif. Il est vrai que tè est bien une troisième personne singulière de l’indicatif présent moyen; mais si nous nous reportons au sujet khehnaothra , il nous faut nécessairement un pluriel.

Le verbe ainsi exclu, reste le substantif, qui serait ici d'autant mieux à sa place, que le nom d’Ahriman est, comme nous le verrons plus bas, au génitif. Dans cette hypothèse, ê peut être admis comme une désinence de datif d'un nom suivant la déclinaison imparisyllabique. Le retranchement de la désinence nous donnera larôidhit, dans lequel it (dont l’i est allongé sans doute 4 tort) peut être regardé comme un suffixe. Or, comme un i précédé d’une dentale attire un autre i que nous nommons épentbétique , de tarüidhit, après le retranchement du suffixe et de la voyelle appelée par l’épcnthèse, nous avons pour thème tarudh, ou, suivant une autre leçon, taraôd, que nous pouvons poser comme radical du mot taraôdhit ou taraôidit. Si cette analyse est exacte, la forme taraôdli (ou taraodh) devra être regardée comme le guna, appelé par le suffixe it, d’une racine tarudh ou tarad, dont le rapport avec le latin trud-erc (chasser violemment) peut ne pas paraître dénué de vraisemblance. Le zend tarudh, ainsi obtenu par conjecture, ne présente pas, il est vrai, le caractère indispensable pour qu’un mot de la famille des langues à laquelle appartient le zend puisse être déclaré véritablement radical, c’està-dire qu’il n’est pas monosyllabique. Mais , outre que rien n’est plus commun que de voir les mots où entre la liquide r précédée d’une consonne , séparer cette liquide de la consonne par l’intercalation d’une voyelle, nous avons en sanscrit plusieurs exemples de radicaux ainsi développés, soit par des additions de ce genre, soit par des redoublements dont la cause grammaticale est oubliée, de sorte que ces radicaux passent, sous cette forme amplifiée, dans les listes des grammairiens, et prennent rang à côté de racines réellement monosyllabiques.

En réunissant ces diverses notions, nous obtiendrons un subs-

tantif au datif dont le sens reviendra au latin expalsio, à l'allemand vertreibumj , en français expulsion, et par analogie destruction; de sorte que la première partie de notre texte se liera d’une manière assez satisfaisante à celle dont nous expliquons maintenant le premier mot, de cette façon : « preces Ahuram-mazdam propitiantes in ■ Ahrimanis dcstructionem, • phrase dans laquelle il faut, comme on l’a dit précédemment, suppléer le verbe abstrait, et qui doit présenter en français le sens suivant : « que l’on prononce les prières « qui rendent Ormuzd favorable pour la destruction d'Ahriman. » On voit que cette traduction revient au fond à celle d'Anquetil, et cet accord même semble donner à notre explication un certain degré de vraisemblance. Elle est obtenue par une voie analytique , et on serait tenté de la croire à l’abri de toute objection, si l’on avait la certitude qu’il fût permis de former avec le suffixe it des noms abstraits du genre de celui dont nous sommes obligés, dans le cas actuel, de supposer l'existence.

Nous venons d’expliquer le mot larôidhhitè dans la première de nos deux hypothèses; et les efforts mêmes que nous avons dû faire pour donner à notre interprétation quelque vraisemblance , suffisent pour montrer de combien de difficultés elle est encore embarrassée. Peut-être arriverons-nous plus près des véritables éléments du mot dans la seconde supposition. En admettant que ce mot se compose de deux parties distinctes, tard diti. soit que ces parties restent séparées par un point, ou que, réunies en un seul mot, elles se joignent par le lien d’un i épenthétique, nous trouvons d’abord tard , qui existe fréquemment dans les textes à l’état isolé. C’est un adverbe qui répond exactement au trans latin. 11 est dérivé du radical tri (traverser), avec un suffixe d’ablatif as, et il est très-curieux en ce qu'il complète une série de prépositions et d’adverbes en as, comme pard, apô, avô, etc., qui se développe beaucoup plus régulièrement en zend qu’en sanscrit, et s’oppose aux autres prépositions à forme locative, comme pari, api, avi, etc. Sans nous occuper en

ce moment de cette théorie qui trouvera sa place ailleurs, nous ne nous attacherons qu’au sens de tard, celui de au delà, par delà. Ce n’est pas tout; non-seulement tard, que le n° 6 S sépare du mot suivant, existe dans les textes, mais ce dernier mot lui-mème se trouve aussi à part trois fois dans le Vendidad-sadé, écrit diti, à peu près comme dans le n” 6 S, ou daiti, ou daéiti, et réuni à la préposition paiti Dans ces trois passages Anquetil interprète ce mot comme s’il signifiait « regarder, jeter les yeux sur, » et il a été vraisemblablement guidé dans cette explication par le rapport apparent du mot aend avec le persan (voir).

Je ne trouve rien dans le texte où se voit diti et ses diverses orthographes qui contredise formellement l’interprétation d' Anquetil, quoique, à vrai dire, je ne sois pas encore fixé sur le sens complet du passage. Mais ce que je dois dire, c’est que notre Vendidad-sadé lithographié est le seul qui lise ce mot avec un i final. Le n° i F et le n“ 2 S le donnent uniformément avec im a, et quatre fois sur six avec un i bref **. Cette observation ne peut toutefois être employée qu’avec réserve pour l’explication de tard diti, parce qu’avec tard, et dans notre texte, diti peut jouer un autre rôle grammatical que dila avec paiti. J'en devais néanmoins faire le rapprochement, parce que c’est la comparaison de toutes ces formes qui m’a conduit à une explication que je crois beaucoup plus vraisemblable que celle que j’ai proposée tout à l’heure.

Observant que la lettre dh n’est presque jamais initiale en rend, et que, même dans les mots où elle est radicale, elle a été remplacée par d, tout comme elle s’est substituée à d au milieu d'un mot, je ramène dita et diti à dhita et dhiti. Or, le premier de ces deux mots se présente comme la forme rende régulière du sanscrit lu la , participe parfait passif de dhd , le dJi rend ayant persisté dans des cas où le sanscrit n’en a conservé que l’aspiration k. Et ce qui, sans

” VemBdaJ-mti , pag. 467 el 408. p. 434. trois fois. Aucun ms. ne tymele

“ M» Anq. a* » F, p. 775 et 776; n* a S, Jlt, repoussé du commencement d uo mot.

doute, est fait pour donner à cette observation quelque valeur, c’est que le sanscrit hita précédé de tiras, forme le composé tirùhita {caché, dérobé, éloigné de la vue). L’adverbe liras n’est certainement pas autre chose que le zend tard (pour taras), et la particule zende est même plus régulière; d’où il suit que taré dhita revenant pour la forme au sanscrit liràhila, doit en avoir aussi le sens et signifier ■ éloigné de la vue. » Le lecteur remarquera que nous retrouvons ici l’idée de voir, à laquelle arrivait déjà Anquetil dans le composé paiti dita, mais selon nous par une mauvaise voie. Avec la préposition paiti, le mot dita a, selon toute apparence, une signification opposée à tara dita; et si ce dernier mot veut dire « dérobé à la vue, » le premier doit se rendre par « présent aux yeux. » Quant à la leçon diti, on peut la faire rentrer dans mon explication, en la considérant comme un substantif en ti avec le sens de -disparition. Toutefois l'i final devrait être suivi de s, signe du nominatif, la construction paraissant exiger ce cas. Si l’on veut garder la leçon du Vendidad-sadé , dite (pour dhité), on aura un neutre pluriel, formé du thème dita et de la désinence (.jointe sans intercalation d’un n, comme dans le pâli tchitlé. Le pluriel répondra même bien au commencement de la prière (khehnaothra) , et tard dité (ou tarôidhité) sera en grec cù «WiVor Il est cependant encore difficile de faire de cet adjectif un substantif abstrait. Il reste donc, comme on voit, quelque obscurité sur la forme grammaticale du mot; mais notre analyse étymologique n’en est pas pour cela ébranlée.

Quant à l’interprétation du passage entier, cette nouvelle explication ne la change pas d’une manière notable. 11 faut seulement y voir une double invocation , et le séparer ainsi : * preces Ahuram- • mazdam propitiantes ! expulsio Ahrimanisl * J’avoue que je regrette de ne pas trouver ici un datif, ■ pour l’expulsion d’Abriman ; • ou, ce qui jetterait beaucoup plus de clarté encore, une troisième personne plurielle d’un verbe à l’actif ou au moyen, répondant au sanscrit dadhaii et dadhaté, ou sans redoublement dhati, dhaté (avec

tard, ils font disparaître). Les deux finales de nos deux manuscrits suggéreraient sans doute cette conjecture, mais il faudrait faire subir une forte correction au texte, expédient que l'on doit s’interdire quand il s’agit d’un mot aussi court et aussi rare.

Nous venons de dire tout à l’heure que le nom d’Ahriman , ou ce qui, dans notre texte, représente cette dénomination altérée par l’orthographe et la prononciation persane , était au génitif. En effet , le premier mot, uyouj' jxi aijrahé , nous offre la même désinence que ahurahé que nous avons précédemment reconnu pour un génitif. Il n’est pas bien facile de voir quel sens Anquctil attachait à ce mot, et surtout s’il se faisait une idée bien nette de sa forme grammaticale. Les deux mots qui composent le nom d’Ahriman signifient, selon lui, absorbé ou caché dans le crime; et comme il traduit d’une manière analogue çpènlû mainyas, nom sous lequel est souvent désigné Orrnuzd, par absorbé dans F excellence, on doit conclure de ce rapprochement, que pour lui m)}* agra signifiait crime. M. Rask , dans son mémoire déjà cité, regarde agra comme un adjectif, qui a le sens de méchant; et M. Bopp, dans l’article auquel nous avons renvoyé plus d’une fois, adoptant cette explication, se livre sur ce mot à une discussion approfondie d’où il résulte que agra est, ou le mot sanscrit asra (sang ou larme) par la permutation fréquente de s en I g, ou bien l’adjectif ârya (respectable). Enfin, Nériosengh au xxv* chapitre du Yaçna, traduit m)}* agra par dargati, « celui dont la voie « est mauvaise; • dans son opinion, agra est un adjectif dont le sens fondamental revient à méchant.

Si nous cherchons maintenant à vérifier par l’étymologie ces diverses interprétations, nous remarquerons d’abord que les textes ne nous fournissent pas beaucoup de secours, puisque ce mot, substantif ou adjectif, ne se rencontre guère qu’avec le suivant mainyus, pour former le nom d’Aliriman. On peut admettre que agra est un adjectif, parce que nous savons déjà que les Parses aiment à composer les

noms des êtres supérieurs de qualificatifs. Le rapprochement établi par M. Bopp entre le zend aÿra et le sanscrit asra est certainement très-digne de remarque, et en faisant de aÿra un adjectif avec le sens de sanguinaire, cruel, on satisferait aux conditions de l’étymologie et du sens. Il faut toutefois remarquer que, dans cette hypothèse, on devrait écrire non pas comme notre texte, mais aghra, comme fait le n° 6 S, ainsi que d’autres manuscrits. Ce n’est pas que l’orthographe aÿra ne puisse être appuyée par d'anciens manuscrits, et par une autorité imposante, celle de M. Olshausen, qui rejette le h. Mais c’est que, si la forme première du mol a un s, on peut bien reconnaître que ce s devient h, auquel se joint la nasale, tandis que je ne pense pas que la nasale puisse être directement substituée à î sans l’aspirée. En outre, il semble nécessaire d’admettre une aspiration dans le nom que les textes originaux donnent à Ahriman, puisque cette aspiration existe dans l’altération persane qui en dérive et qu’il semble que le h

soit inexplicable dans le dérivé, s’il n’est déjà dans le primitif.

Je dois avertir cependant que la liquide r portant en zend une aspiration qui lui est virtuellement inhérente, comme cela est prouvé par l’action de cette liquide sur la consonne qui la précède, ce peut être cette aspiration qui s’est résolue dans l’alteration du persan u-y-*'- L’orthographe de ^ j-u aÿra, ou ailiyjai aÿhra, est donc encore douteuse; du moins je ne vois pas de preuve bien décisive pour que l’on garde ou que l’on rejette la lettre ty. Mais, si l’on admet une aspiration virtuellement attachée à r, ces deux orthographes reviendront à peu près au même, et le choix de l’une ou de l’autre devra peu influer sur le sens primitif du mot.

Quant à la seconde explication proposée par M. Bopp , celle qui dérive aÿra du sanscrit ârya (vénérable), outre que je ne vois pas par quel changement de lettres il serait possible de l’expliquer, elle paraît un peu systématique, et il est permis de lui opposer le* I. iî

me

cjo COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

objections que nous adressions tout à l’heure à celle d’aéara, comme dérive d’asura. Il ne faut pas, je crois, chercher dans le zend agra ou aghra, un autre sens que celui de méchant, crael, parce que les notions que toute l’antiquité classique s’accorde à nous transmettre sur les deux principes supérieurs dans la religion des Parscs, nous les montrent comme l'opposition du bien et du mal, de l’être bon et du mauvais, et que cette opposition se retrouve dans celle des titres memes donnés par les textes zends aux deux principes, çpcntâ mainyus (Ormuzd), et aghrô mainyus , ou Ahriman 67 . Si aghra signifie méchant, on peut, avec quelque vraisemblance, le rattacher au même radical que le mot anglais anger (colère); les mots latins angere et angor n’ont sans doute qu’une ressemblance extérieure avec ce mot zend.

Nous devons examiner maintenant le second mot qui sert à la formation du nom d' Ahriman, dans notre texte mainyèus,

que le n° 6 S, pag. 1, écrit, je crois, à tort Si aghrahâ

est un génitif, mainyèus est également à ce cas, et en effet nous reconnaissons la désinence s qui caractérise le génitif des noms de plusieurs déclinaisons en zend comme en sanscrit. La comparaison de ce mot avec les diverses formes sous lesquelles il se présente dans les textes, nous apprend en outre que le thème absolu est mainya, d’où il suit que la désinence reste èus. Cette dési-

” Ainsi, pour ne citer qu’un Icraüi gnage d'une date ancienne, Aristote, au rapport de Diogène deLaërte [Je Vit. philo i. proam. Il ) , nommait , dans le premier livre de son Traité sar la philosophie, les deux principes opposés admis par les Parscs , a'jaÇàf ttùfum et lau'i ifkijutr. Or, puisque dans le nom donné très-fréquemment à Ormuzd (f péiitô mainyus ), se retrouve le mot qui forme la seconde partie de celui d'Ahrimsn. et que. comme nous le verrons tout h

l'heure , mainrtu doit signifier IVfrc doue d'intelligence, ou Yêtre invisible, ce titre répond bien à l'idée que voulait exprimer Aristote par le mot Csnjfsm, et alors les deux mots j ■pèntô et aghri dont le premier signifie bon, d’après le témoignage d'Anquetil. appuyé de celui de Nériosengh. représentent les deux adjectifs grecs aya°o; et juuaV, et de ce rapprochement ressort une confirmation du sens que nous donnons , avec M. Rask, au mot zend aghra.

nence est remarquable en ce quelle parait formée des mêmes éléments que celle des mots correspondants en sanscrit, mais que ces éléments sont diversement disposés. Dans le génitif sanscrit bhdnAs ( bhdnôk ) du sanscrit bhdnu, il semble que la voyelle qui termine le thème en soit séparée par l'insertion de l’a bref de aj, qui abandonne sa place, se fond avec u et en entraîne le changement en 'ÎTT <5. En zend le meme déplacement de la voyelle finale du thème a lieu, avec cette seule différence que la voyelle qui s’intercale entre le thème et I’b n’est plus la même, et, ce qui est bien digne de remarque, qu’elle ne se fond j»s avec cet u pour former une autre voyelle. C’est ^ è, qui n’est vraisemblablement dans ce rôle qu’une modification de IV (, dégradation de l’a bref. L’ë ne précédant jamais, au moins régulièrement, d’autre voyelle que l’i appelé par l’épenthèse, on se sert d’une autre forme de l’e, forme dont la destination la plus générale est, à quelques exceptions près, de précéder une voyelle. Les éléments constitutifs de la désinence ds, savoir a (devenant è) et a, plus s, restent donc désunis, d’où il me paraît résulter que cette formation est antérieure à celle où ils sont déjà fondus sous l’influence d’une loi d’euphonie plus rigoureuse. Nous devons, au reste, ajouter en passant que nous ferons la même remarque sur les noms en 1, où nous verrons se répéter ce même déplacement de la voyelle du thème “. Etant posé mainyu comme forme absolue du mol, il ne nous reste plus qu’à en déterminer le-sens.

M. Ilask, dans son mémoire déjà cité, l’interprète par esprit, et compare justement à ce mot l’adjectif duchmainyus (méchant), que nous verrons plus tard , et qui est bien, comme le pense ce savant , le grec <IW/u»«Vw. M. Bopp, dans l’article auquel nous avons renvoyé déjà plus haut, adopte cette opinion, en y ajoutant que le zend mainyu, dérivé du radical m'an (penser) avec le suffixe yu, est exactement le sanscrit manya (chagrin, colère), et qu’on en tire même

** La comparaison de la désinence ètu serqueèse rapproche plus de è que de t. avec dit nous permettra plus tard de suppo- tt Ueber das Alter, etc. pag. 34.

9q COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

en zcnd un autre adjectif mainyava . qu'Anquetil traduit par céleste, et qu’il faudrait rendre par intelligent. La comparaison des diverses formes de ce mot tel qu'il nous est donné par les textes, et l’analyse approfondie que nous en ferons successivement à mesure que nous le rencontrerons, m’autorisent à penser que mainyu n’est pas un substantif, mais un adjectif, et à poser comme à peu près démontrées les observations suivantes: 1 * mainyu est, dans le plus grand nombre des passages du Zcnd Avesta, un adjectif; 2' il s’applique à Ormuzd et aux Izeds, aussi bien qu’à Abriman et aux Darvands; 3° il est souvent opposé à l’adjectif signifiant terrestre; 4° Nériosengh le traduisait, il y a plus de trois cents ans, par céleste, ou par invisible. Le sens de céleste n’est pas rigoureusement celui auquel nous sommes conduits en dérivant mainyu de manô (intelligence); mais en réalité la différence entre ces trois acceptions, intelligent, céleste, invisible, est moins grande qu’on ne pourrait le croire. D’après les idées religieuses de tous les anciens peuples, l’intelligence réside dans le ciel ou dans le monde invisible, et il y a un rapport si prochain entre ces deux idées, que le terme qui désigne l’étre intelligent, peut en même temps signifier céleste. Aussi, en proposant de traduire mainyu par doué d’ intelligence , je crois donner le sens fondamental du mot, mais je n’exclus en aucune façon celui de céleste, qui peut, dans certains cas, s’accorder mieux avec l’ensemble du discoure.

Nous sommes maintenant parvenus aux motsatuo^Mioi haithyâ, etc. dont nous faisons jusqu’à une proposition, à l’examen

de laquelle nous allons nous livrer. La première question qui se présente est celle de savoir comment cette proposition se joint à la précédente : « que l'on prononce (ou prononçons) les prières « qui rendent Ormuzd favorable , qu’ Abriman disparaisse ! • Anquctil juxta-pose simplement la phrase haithyâ, etc. à la précédente, de cette manière : « qu’il accomplisse publiquement mes « souhaits jusqu'à la résurrection; * ou, sans introduire l’idée de

résurrection : * que les souhaits que je fais publiquement soient « accomplis!» Il me semble que le mot qui forme la liaison des deux phrases est hyat, pronom qui répond, selon moi, au sanscrit syat (cela). Je crois pouvoir regarder hyal , ou plutôt la forme primitive dont il n’est qu'une altération, comme la réunion en un seul mot de deux pronoms, d’abord la lettre pronominale s sans a qui la vocalise, puis yat neutre du pronom relatif. Dans cette supposition, qui se prête très-bien au- rôle que joue hyal dans les textes, où il pai?it avec un sens relatif et indicatif tout à la fois, il doit être traduit par ce qui, et se rapporter à ce qui précède; savoir, les prières qui rendent favorable Ormuzd, et qui servent à chasser Ahriman. Nous allons trouver en outre, dans la phrase. que nous analysons, un adjectif au neutre en rapport avec hyal.

Cela posé, nous remarquerons d’abôrd que cette phrase sc trouve répétée à la fin du xlviii* chapitre du Yaçna, où nous pouvons comparer le texte zend et l’interprétation d’Anquelil avec la glose de Nériosengh : la voici telle que la donne le n" 3 F, pag. 3/|o, et le n” 3 S, pag. 3 1 5.

ïfrsfn^m: ïDJcT: t^T

ftpf mh li i U

Ce texte signifie littéralement: « sicut apertc agent ium quæ cupido < prsecipua, (id est) quæ cupido in hominibusnon peccantibus eximia, ■ Domine, favorem (id est ) favoris exsequutionem da; agendi ratione » Zoroaster fio. • Il y a, comme on voit, dans cette traduction bien plus que dans le texte zend : le premier membre de phrase, depuis sicut jusqu’à prtectpua . est la reproduction littérale du texte; le reste est un commentaire explicatif de cette traduction. Yathd, qui n’est pas dans le zend, est introduit dans le sanscrit, pour joindre cette proposition à la précédente. Le mot suivant est un adjectif répondant aux deux mots zends haithyâ varcçtâm que Nériosengh interprète « ceux dont les actions sont publiques, c’est-à-dire qui agissent

» au grand jour. » Il nous reste à voir comment il est possible de retrouver en zend le sens de la traduction sanscrite.

Le premier de ces deux mots, haithyd, que les manuscrits nous montrent toujours écrit de la même manière, est invariablement traduit dans Nèriosengh comme dans Anquctil, par publiquement. Analysé d’aprè3 les lois de permutation qui nous sont connues, hailliyâ se ramène au sanscrit satyâ, h zend remplaçant le s dévanàgari, i étant intercalé par l’action épenthétique dü y, et th étant aspiré par suite de sa rencontre avec la semi-voyelle y, laquelle possède comme r et r une aspiration qui remonte, quoique moins fréquemment, sur la consonne précédente. Le sanscrit satyd est ou le nominatif singulier féminin de l’adjectif satya (vrai), ou l’instrumental singulier féminin de sati (existante). On peut dire en thèse générale que cette analyse s’applique au zend haithyd. En effet, dans un trèsgrand nombre de passages, le thème dn zend haithyd, quelles que soient ses formes grammaticales ( haitliim , verum, haithyâis, veris), répond exactement au sanscrit satya (vrai). Dans d’autres textes (et il n’y en a que trois 70 où le fait soit complètement démontré ) , notre mot zend répond au sanscrit sati (existante). L’emploi relativement ' rare de ce terme dans ce dernier sens vient de ce que c’est, comme nous le verrons plus tard, le mot hditi (ou hditi ), féminin de hàt (existant), qui représente le sanscrit sati. Le sens que nous avons proposé en second lieu me paraît inadmissible; on verra par l’analyse des mots suivants qu’il serait impossible de s’en servir pour l’explication du passage qui nous occupe. Reste la signification de vrai, et tout me persuade que c’est l’interprétation la plus satisfaisante 71 .

,é Ces texte» se trouvent dans le Vendidud-sade, pag. 83,471 et 53a.

11 L'explication que nous proposons du mot kaithyâ n'empêche pas que M. Bopp , dans l'article qu'il a bien voulu consacrer à la publication du Vendidad-sadé ( Jahrb . f. xcisstwch. Kritik, mars i83i), n'ait pu

comparer le xend Juiiti (ou haitf) au féminin du participe sat, c'csl-à-dire au sanscrit sati (existante). Nous citons nous-mêmes trois passages du Vendidad où haiti répond au sanscrit sati. Mais il était peut-être nécessaire de faire observer que cette orthographe est beaucoup plus rare que celle de

Mais quelle est la forme grammaticale de ce mot? I.’d long zend répond à un grand nombre de désinences sanscrites, entre autres à celle des nominatifs pluriels neutres et à l’instrumental singulier. C'est à cette dernière forme que je crois pouvoir m’arrêter, et , sans expliquer ici l'organisme de cette désinence, que j'analyserai tout à l’heure sur le mot vaçnd , j’admets que haithyd est l’instrumental singulier masculin de haithya (vrai), qui, employé comme substantif, signifie avec vérité', ou, comme adverbe , véritablement. Ce sens n’est pas très-éloigné de celui que les Parscs ont adopté pour ce mot, publiquement. c’est-à-dire , comme agissent les hommes vertueux qui ne déguisent pas leurs actions par le mensonge. Il est tout à fait digne de remarque que, pour expliquer ces mots: « ceux qui agissent au grand « jour, 3 la glose sanscrite ajoute : • les gens de bien, ceux qui ne « pèchent pas; • expression qui confirme de la manière la plus satisfaisante l’explication que nous proposons pour haithyâ, et qui, d’ailleurs, en précisant davantage le sens de public, est tout à fait conforme à la doctrine de Zoroastrc, pour laquelle les ténèbres sont dans un rapport intime avec le niai, comme la lumière avec le bien.

Le mot suivant, varëçtâm, fréquemment et mieux écrit avec un dental, notamment dans le n° 6 S, a la désinence qui paraît au premier coup d’œil être celle d’un accusatif singulier féminin, mais qui, en réalité, ne peut être autre que la terminaison du génitif pluriel CjÇ., jointe au thème varésta immédiatement et sans l'addition ordinaire du n intercalé entre l’a du thème et la désinence. Je me crois autorisé par quelques autres mots que nous examinerons plus tard à donner cette analyse de varèstâm. Mais je dois reconnaître que cette forme est beaucoup moins fréquente que celle que nous savons appartenir au zend aussi bien qu’au sanscrit, avec

hâiti (ou fuiitî ) , véritable féminin du participe présent de as, en zend hdt. Lorsque ce mot est écrit avec un a bref, il est d’ordinaire le représentant du sanscrit satya. D

n’est peut-être pas inutile de remarquer que l’adjectif grec *Wf (véritable), dérive de verbe ùfts (je suis) «comme satya , en zend haithya , de as (être ).

cette différence toutefois que le zend n'allonge pas l’a du thème devant n. Ainsi on rencontre fréquemment varistanâm

du thème varësta, qui a dans les textes le sens d 'action, chose faite. L’existence de la désinence dm, jointe immédiatement au thème des noms en a, nous fournit le moyen de constater une époque, dans la formation delà langue zende, où la déclinaison des substantifs, qu’ils fussent terminés par une voyelle ou par une consonne, se dévclopl»it régulièrement et d'après un principe uniforme. Nous avons déjà vu une preuve de ce fait dans le zend rathw-àm , comparé au sanscrit rilù-n-dm; nous en verrons encore d’autres par la suite. Mais aucune ne me paraît aussi intéressante que celle que nous venons de constater. En effet, il était difficile de retrouver la trace d’un génitif pluriel dans un mot qui se présente avec la désinence d'un accusatif féminin. Il est encore nécessaire de remarquer que cette formation , vraisemblablement antique, se rapproche plus de celle des noms grecs avec leur désinence <•» que de celle des noms latins dont la terminaison rum (quelle que soit l'origine de la liquide r) présente cela de commun avec les génitifs sanscrits en n-dm, qu’une lettre est intercalée entre le thème et la désinence.

Le thème varësta, que nous rétablissons après la suppression de la désinence, est le participe parfait passif d’un radical vérëz, dont on rencontre un très-grand nombre de formes dans les textes zends. Ce radical uëréz répond ou au sanscrit vridj (abandonner), le dj sanscrit devenant d’ordinaire z zend, ou, ce que j’aimerais mieux croire, au radical vrih, dans le sens qu'on lui donne quand il est conjugué à la 6* classe, to make any effort or exertion. Outre que ce sens convient parfaitement à celui de notre mot zend, et à ses formes variées, nous savons que le ha dévanàgari a pour correspondant z, de sorte que l’identité de vérëz et de vrih peut passer pour incontestable ,J. Il n’est peut-être pas hors de propos de rap-

11 Ce n’est pas arbitrairement que je zend ; je le trouve dans plusieurs formes rie donne vérëz comme le radical de notre mot la conjugaison que nous verrons plus tard.

procher de ce radical le mot germanique wcrk et work. dans lequel la gutturale k représente, comme cela se voit souvent, l'aspiration h.

La formation du participe varista , dans lequel le ^ z du radical devient^} s (ou fautivement a» f), comme dans le substantif masli (grandeur), de ma; (grand), paraît au premier coup d’œil anomale. Car la syllabe var semble être le guna de viré , et cependant le suffixe du participe ta n’exige pas de guna du radical, au moins en sanscrit. On est tenté de soupçonner que, loin d’ètre insérée pour faciliter la prononciation du groupe rst , la voyelle brève £ i est un reste de et que c’est par suite de la confusion de «a, qui se prononce comme £ ë, qu’on a écrit varista au lieu de virista, qui pourrait être la forme primitive, quoiqu'à ma connaissance elle ne se présente pas dans les textes. Dans cette hypothèse, l’anomalie d’un guna au participe parfait passif disparaîtrait, et varcsta ne serait qu'une autre orthographe de vërésta. Toutefois, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de faire subir ce changement au texte, et j'aime mieux admettre que la formation du participe parfait passif des verbes en ërë s'éloigne des règles de la grammaire sanscrite. Je trouve, en efTct, deux autres radicaux en ërë (sanscrit ri), qui changent en or cette syllabe. Ce sont pire ç (interroger) et kcrëch ( labourer), qui font au participe parfait pass. parista ou parsta, karista ou karsta, formations qui justifient celle de varista, et qui, en nous montrant ce participe infléchi d’après un autre principe qu’en sanscrit, nous dispensent de recourir à la correction proposée tout à l’heure li.

Nous venons d’expliquer la forme grammaticale et l'étymologie de varëst-âm, il nous reste à voir quel peut être le rôle logique de ce mot dans notre proposition. Si varista est un participe employé substantivement, et signifiant action, comme cela sera démontré suffisamment pour d’autres textes dans la suite de notre travail , on est porté à réunir les deux mots haithyd varista, pour en former un

" Cela Tient, je crois, de l'attraction de de cri en ar dan» hérita pour bhrîta (porté), rpouri. Caron ne voit pas ce changement m dans gerrpta, Hun prinïil. gnbti 'prendre;,

adjectif possessif, • ceux dont les actions sont dans la vérité. • Cette explication paraît même confirmée par la glose de Nérioscngh , qui donne en un composé prakatakarmindm * qui agissent ouvertement. • Je ne craindrais pas de la proposer, si je ne voyais la possibilité d’expliquer ce passage sans rien changer à la disposition des textes , c'est-à-dire en laissant les deux mots désunis. Au lieu de regarder varésta comme un adjectif neutre pris substantivement, on doit le considérer comme le participe masc. du pariait du verbe vérvz (faire effort, agir); or, l’on sait que les participes passés des verbes intransitifs n'ont pas nécessairement le sens d'un parfait passif. Nous traduirons donc varësla par « celui qui a agi, > et en le rattachant au mot précédent haithyâ, * ceux qui ont agi, » et par extension, • qui « se conduisent conformément à la vérité. »

Les mots que nous venons d'expliquer me paraissent subordonnés au suivant, vaçnd, qu’Anquetil traduit par souhait, et Nériosengh par abhildcha (désir). Ce doit être le sens véritable de ce mot, dans lequel on reconnaît facilement le radical sanscrit et tend vaç (vouloir, désirer). Mais il ne peut être dans le texte zend, comme dans la glose sanscrite, au nominatif, ainsi que semble le prétendre Anquetil. On doit voir dans ce mot un substantif à l'instrumental marqué par l'allongement de l’d, vaçnd , dont le thème sera vaçna, formé du radical vaç avec le suffixe na, comme yaçna (sacrifice), et fraçna (question). Le mot vaçna se retrouve à un autre cas dans le Vendidad , et c’est l’existence de cette dernière forme qui me décide à regarder vaçna comme le thème absolu, plutôt que vaça, qui, d’ailleurs, existe avec le sens de volonté. Pour dériver vaçnd de vaça , et le considérer comme un instrumental, il faudrait supposer que n s’est interposé entre la désinence d caractéristique de l’instrumental, et le radical vaça privé de son a (formatif du substantif). Mais ced est contraire à l'analogie des autres substantifs dans lesquels le zend a conservé n intercalé, comme maëçmana (cum urina) et çrayana (cum perfectione ) , formes qui seront expliquées plus tard. On re-

marquera d'ailleurs que, quand le zend intercale la lettre n entre la désinence et le radical, la désinence d long s’abrége toujours, tandis qu’elle persiste d’ordinaire avec sa quantitc primitive, lorsqu’elle se joint immédiatement au radical, surtout dans la déclinaison imparisyllabique.

Je regarde donc vaçnd comme formé du thème vaçna et de la terminaison de l’instrumental d long. Je vois dans ce mot une nouvelle preuve d’un fait que nous avons déjà pu remarquer ; savoir, que les désinences de la déclinaison imparisyllabique se sont, à une certaine époque, appliquées à celle des noms en a, fait qui a son analogue dans celui de l’insertion d’un n entre l’d (abrégé en a) et le thème de noms imparisyllabiques tels que ç ray as, que nous citions tout à l’heure. Ajoutons que l’on pourrait encore rendre compte de vaçnd à l’instrumental, en le considérant comme formé de vaçna, plus de la désinence a (abrégée de d). Mais quand nous analyserons des mots comme kana (a quo) et maêçmana, comparés avec zaolhm (cum zaolhra) et managliâ (cum mente), nous reconnaîtrons trois formes pour l’instrumental zend, d, na et a, et nous verrons que cette dernière paraît dériver plutôt par apocope de la seconde , que par abrégement de la première 74. Si donc vaçnd est bien un instrumental, j’aime mieux attribuer l’existence de son d long final & la

n M. Bopp a déjà, dans la seconde édition de sa grammaire sanscrite, attiré l’attention des philologues sur l'instrumental send en a bref, et il en a déduit une explication ingénieuse du gérondif sanscrit en a. (Vojex Gram/n. sanjcr. pag. a5o. ) Nous croyons cependant que ce savant est allé un peu loin, quand il a dit que la langue zendc réadmettait pas à l'instrumental singulier le n euphonique qu'insèrent en sanscrit les substantifs masculins et neutres terminés par 1a voyelle a. Comment en effet

rendre compte de formes telles que maéçmaiia et quelques autres, si l'on n’y reconnaît pas le na de la première déclinaison sanscrite P Ce qu'il faut dire, selon nous, c'est que le cas de l’insertion du n entre le thème et la désinence est beaucoup plus rare que celui de la suppression de cette lettre. 11 est surtout nécessaire de distinguer soigneusement les noms terminés par une coosonne de ceux qui le sont par une voyelle; les seconds prennent beaucoup plus fréquemment a bref, tandis que le»

ioo COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

présence de la désinence d qui persiste dans plusieurs autres circonstances.

Nous avons dit que hyat était en rapport avec un adjectif au neutre; cet adjectif est fërasôtëmëm . écrit dans le n° i F et le n“ 3 S et dans le n° 6 S et dont la véritable or-

thographe doit être frachôtémëm. Ce mot n’est qu’approximativement traduit par prakrichtatara (principal, éminent), mot que l’interprète indien emploie le plus souvent pour exprimer l’idée de supériorité contenue dans la seule préposition zendc J'ra. Le mot prabhûta du commentaire n'ajoute pas non plus beaucoup au sens; il montre que le scoliaste n’a vu dans ce terme zend que l’idée d’excellence, de supériorité qui, pour nous, est dans la désinence tëmëm. Il n’est pas aussi facile de retrouver dans ce mot l'incise ajoutée par Anquetil, « jusqu’à la résurrection; • le commentaire sanscrit n'en dit absolument rien, et je ne crains pas d’affirmor qu'il n’en est pas question dans le texte. Il est vrai que toutes les fois qu’Anquetil rencontre le mot fraclid avec ses diverses orthographes, soit seul, soit comme ici joint à l'a (lise du superlatif, il le traduit par résurrection, quoique, comme j'essayerai de le prouver à mesure que se présenteront les textes, le sens général se refuse, si ce n’est dans un petit nombre de cas, à cette interprétation. Il en est de même du mot fraçna, qui, selon Anquetil, exprime aussi l’idée de résurrection, tandis que, dans le fait, le vrai sens de ce niot est question. Ces diverses assertions seront prouvées dans la suite de notre Commentaire ,s. Il nous suffira de faire remarquer ici que dans le passage qui nous

premiers conservent intacte la désinence sanscrite. Mais ce qu'il faut aussi remarquer, c'est que même les mots de la déclinaison imparisyllabique prennent quelquefois na, comme si leur thème était en a bref. Ainsi maço (grandeur) fait maça-na; çroyô (perfection), çraya-na ; vaÿhô (excellence ), c aÿha-na. ü en est de même en p&li

où attâ ( àtman ) fait attanâ , et atténa suivant le thème de la première déclinaison. Ces faits prouvent d'une manière définitive l'existence du n à l’instrumental zend.

Tl J'ai discuté tous les textes tends relatifs à la notion de la résurrection , dans un mémoire que je colhpte soumettre prochainement à l'Académie des inscriptions.

occupe, Anquetil lui-même ne tenait pas beaucoup à l’idée de résurrection, puisqu’il laisse au lecteur à choisir entre sa première version où cette idée se trouve, et cette seconde : • que les souhaits • que je fais publiquement soient accomplis! »

Maintenant que nous avons la liberté de chercher autre part que dans l’idée de résurrection le sens de ce mot, nous ferons remarquer que tëmëm est la désinence du superlatif au neutre (sanscr. tumam ), qui laisse à nu le mot frasé, dans d’autres passages frac hé,

et plus rarement fraçô : on voit que nous omettons le ( ë

inséré entre t) et ), qui, dût-il subsister, ne change rien au sens du mot. La désinence 6 annonce un nominatif singulier masculin d’un thème en a; et, en effet, nous verrons par la. suite que le suffixe du superlatif se joint très-fréquemment au thème décliné au nominatif, et non à la forme absolue comme en sanscrit: les copistes vont même quelquefois jusqu’à séparer la désinence témëm du mot ainsi infléchi qu’elle affecte. Le thème frasa, fracha ou fraça, comparé dans les divers textes où paraissent ces diverses formes, a, selon moi, le sens de question, prière , et je n’hésite pas à le dériver du radical sanscrit et zend pratchh et përëç, mot dont le p est toujours f en zend, quand il tombe sur r.

La seule circonstance qui puisse rester en question est celle de l’orthographe véritable du mot. On ne peut, il est vrai, balancer qu’entre fracha et fraça; car -qj s et Qj ch se con-

fondent perpétuellement dans les copies que nous possédons, et la prononciation des Parses nous apprend que ay s est uniformément employé pour ^2. c h- Au premier coup d’œil fraça paraît préférable, car le 5. sanscrit de pratchh se change déjà en a» f zend dans l'imparfait përëçat (il demanda), et il en est de même dans

fraç-na (question), pour le sanscrit praçna. Dans cette hypothèse, le zend fraça offrirait une analogie bien remarquable avec le latin prec-s, prec-is, puisque dans les langues de l'Europe ancienne le c

îoa COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

ou le * répond fréquemment au H et au J» dévanàgari et zend. Mais la leçon fracha est egalement soutenable; et si l'on a pu admettre le rapprochement que nous avons fait du zend acha (pur)

avec le sanscrit atchtchha (transparent); si, de plus; l'on reconnaît l'identité de kacha et du sanscrit katchtchha (bord d'un

fleuve ) , on n’aura pas de peine à croire que fracha représente exactement le sanscrit pralchh , qui n’est pour moi qu’un radical déjà modifié. Car je n’hésite pas à regarder le zend fracha comme un substantif formé avec le suffixe a d’un radical périç (en sanscrit prilchh), radical modifié par le gana,. mais avec déplacement de r, fracha pour farcha , comme on sait que cela se passe en sanscrit quand le r tombe sur plusieurs consonnes groupées.

Au reste , quelque orthographe qu’on adopte , il me paraît hors de doute que le sens de ce mot est demande, prière, et que la réunion de frachâ avec le suffixe du superlatif signifie • ce qui est • le plus un objet de prière. » L'addition de la formative du superlatif à un nom substantif n’a rien qui doive étonner, puisqu'on la voit jointe même à un nom propre, par exemple à celui de Zoroastre; dans les formations de ce genre, le suffixe a une force plus grande peut-être que quand il s’unit à un simple adjectif. Mais la juxta-position du suffixe au mot conservant la marque du nominatif, et le fait de sa séparation fréquente d’avec ce mot, sont des particularités intéressantes qui nous font assister à la formation première du superlatif. Évidemment il y eut une époque où le suffixe tama était envisagé comme un mot à part , exprimant par lui-même la supériorité, l’excès, et ajoutant cette notion au terme que le langage le chargeait de modifier. On le joignait à l'adjectif ou au substantif selon les lois de la composition, système dont la persistance du signe du nominatif est une trace curieuse. Car, comme la composition n’était pas encore réglée en zend par le principe de la fusion intime des parties composantes, l’adhérence du suffixe au substantif ne devait pas être plus grande que celle de deux substantifs se réu-

INVOCATION. io3

nissant pour former un tout d’après les lois imparfaites de la langue.

De ces diverses analyses il résulte que nous pourrons traduire, avec quelque apparence de certitude, la proposition qui nous occupe : « cum veritate agentium quod voto optatissimum ; » ou : « ce qui est < le désir le plus ardent de ceux qui agissent suivant la vérité ( ou,

• d'après les Parses, publiquement}. • On voit que nous réunissons cette proposition à la précédente en manière d’apposition; nous y sommes autorisés par le pronom neutre hqyit. Cependant, comme le mot frachôtémèm est suivi du substantif neutre achëm (la pureté), on pourrait croire que ce mot achëm fait partie de notre proposition en qualité d’attribut, et que c’est à lui que se rapporte l’adjectif frachôtëmem. Cette disposition changerait assez peu le sens du texte, qui deviendrait : • ce qui est la pureté la plus désirée de ceux qui « agissent conformément à la vérité. » Toutefois cette proposition se lierait alors moins bien i la précédente ; et comme il arrive quelquefois que le mot achëm , qui est le premier de la prière achëm vâhû , est répété lorsqu’on cite en abrégé cette prière , j’aime mieux laisser achëm en dehors de notre proposition, et traduire d’après la première hypothèse, en réunissant les deux parties du texte :• pro-

* nonçons les prières qui rendent Ormuzd favorable, qu’Ahriman ■ disparaisse, ce qui est le vœu le plus ardent des hommes qui « agissent conformément à la vérité w ! »

’* Ce*t un* doute à de» prière» du genre de celle-ci que faisait allusion Plutarque, dans le passage classique sur la religion persane, où il dit, d’après Théopompe, que Zoroastre apprit aux hommes h sacrifier à Onnuzd , pour lui demander tous les biens et pour l’en remercier, comme à A h rira an pour détourner et repousser son influence : t JiJkfy /MÂt t« t vKTttîet Qirtif ij ».

7 St Jï àm'lçpmua «t, mujfyùrwa. ( De Is. et Osir. cap. 46.) Anquetil, qui a donné un bon commentaire sur le morceau de Plu*

tarque, dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions (tom. XXXIV, pag. 376 sqq.) , fait remarquer avec raison (pag. 383) que les Mages n’ont jamais honoré les mauvais génies ; et sous ce rapport il y a peut-être quelque inexactitude dans l’expression de Plutarque. Mais elle nous paraît convenir à de nombreux passages duZend Avesta, et notamment à des prières comme celle de notre texte , où Ormuxd est invoqué et Ahriman proscrit; fts’xieua répond à khehnaothra , et aiml^pinua k tard diié.

io4 COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

Nous considérons donc le premier achèm comme une répétition emphatique du premier mot de la prière achèm vôhü, que le mot dah.ea lettres rouges (persan ), nous annonce devoir être prononcée dix fois. Il en est de même de yathd ahâ vairyô, dont, suivant l’usage des Parscs, les premiers mots seulement sont donnés dans les textes qui en recommandent la récitation.

SUR LE YACNA.

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