CHAPITRE I. ia
clusivcment connu aujourd’hui des Parscs les plus habiles. Avec le substantif ahâ (monde), il désigne la demeure d’Ormuzd et des bienheureux, le paradis, que les Persans nomment Béhescht, ce qui revient, à proprement parler, à la demeure excellente. On voit déjà ici un exemple intéressant de la manière dont les titres, formés primitivement de simples adjectifs, finissent par donner naissance à des noms propres, que la tradition recueille et consacre, et dont l’ignorance oublie bientôt la valeur première.
Le sens d 'excellent, qu’Anquctil donne à ce mot, ne peut être douteux, car j’y vois, après le retranchement du suffixe du superlatif ista, le radical v ah (vas), que nous savons être le persan (bon). Avec la désinence du superlatif, le mot vahista renforçant en b la .semivoyelle v. est à peu près identique au mot germanique best (le meilleur.) Déjà nous avons indiqué l’existence de ce radical vah, qui a une famille si étendue en zend, et auquel nous devons reconnaître le sens de bon. Nous avons vu vah-ya (excellent), vagh-6 (excellence), vaijh-a (bon), mots dans lesquels la suppression du t g, justifiée par des lois euphoniques connues , donne le monosyllabe vah, que nous rapprochons, non pas du sanscrit vah (porter) qui est en zend vaz, mais de vas (habiter). On ne trouve pas, il est vrai, parmi les sens de vas, celui d 'être bon ; et, de tous les mots sanscrits qui en dérivent , il n’y a 1“ que vasa (dans le sens de richesse) qui ait une analogie bien marquée avec le zend vôhù (les biens), lequel se tire de vah, et a” que la forme causale du radical vas, qui prend, selon Wilson et les textes , la signification d’éfre affectionné. Ce n’est donc pas uniquement sur ces analogies que je me fonde pour avancer que le vah zend doit se ramener à un vas, primitif à son égard. Il serait sans doute satisfaisant de retrouver en sanscrit ce vas avec le sens que le zend a donné à vah. Mais si l'on ne peut y parvenir, les lois euphoniques qui appuient ce rapprochement n’en sont pas pour cela ébranlées. Ce mot doit seulement être rangé au nombre de ceux qui sont identiques dans les deux langues pour le son, mais qui ne I. 17
i3o COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
s'y trouvent pas, au moins dans leur état actuel , avec le même sens.
Je crois cependant reconnaître une trace curieuse du radical t'as en sanscrit, dans un mot qui reproduit lettre pour lettre la forme qu'aurait chez tes Brahmanes le rend valusla, s’il y existait. C'est le nom du très-ancien sage Vasichtha, l'un des Ërahmâdicas, et aussi l'un des sept Ricliis dont la réunion forme , dans l’astronomie mythologique des Brahmanes, la constellation de la grande Ourse. Si l'on cherche en sanscrit l’origine de ce nom propre, on ne trouve que des explications insuffisantes; de sorte qu'il reste démontré qu'il est à peu près inintelligible dans l'état actuel de la langue sanscrite, et qu'on ne peut, avec le seul secours de cet idiome, rendre compte du titre sous lequel est connu un des personnages les plus célèbres qui figurent dans les livres religieux des Brahmanes. Tout devient facile, au contraire, si l’on s’adresse à la langue zende. Nous y trouvons vahista, qui nous donne le sanscrit vasichtha, sans aucune autre altération que les changements de lettres justifiés par le génie particulier de chacun de ces deux idiomes. Le nom de cet ancien sage est ainsi expliqué; on doit le traduire par i celui qui est excellent, » et sa valeur est retrouvée dans la forme modifiée qu'en a gardée une langue voisine. C’est, pour le dire en passant, un reste précieux d’une haute antiquité ; car le mot sanscrit vasichtha nous reporte & une époque anterieure à la séparation des deux idiomes, dont le premier l’a conservé intact sans le comprendre, et dont l’autre a continué de l’entendre en l’altérant. L'importance du rôle que joue le sage Vasichtha dans la mythologie, la place élevée qu’il occupe dans les cieux , ce sont là autant de notions qui doivent remonter au berceau des croyances indiennes; et il est intéressant de voir le personnage qui les exprime donner plus tard son nom au paradis des sectateurs de Zoroastre.
Ajoutons que, sous un point de vue plus secondaire, notre rapprochement du sanscrit vasichtha et du zend vahista se recommande encore aux yeux dos philologues, en ce qu’il fournit à la critique une