ÉTATS DE L'AMÉRIQUE DU SUD
La réincorporation de la République Dominicaine à l'Espagne avait apparu aux États de l'Amérique du Sud comme une menace, et le gouvernement du Pérou en faisait l'objet d'une circulaire, que le ministre des affaires étrangères à Lima adressait, le 26 Août 1861, à tous les gouvernements américains, en leur proposant une alliance contre toute tentative de l'Europe de s’immiscer dans les affaires du Nouveau-Monde.
L'expédition du Mexique, survenant peu après, provoquait dans ces mêmes États l'explosion de sentiments hostiles contre
1 Annuaire des Deux Mondes, 1860, p. 715.
? Almanach de Gotha, 1867, 624.
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Chap. I.] L'ESPAGNE ET LE PÉROU,.
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En 1864, il se produisit à Lima un incident dans lequel on voulut voir une intention, de la part de l'Espagne, de soumettre de nouveau les États de l'Amérique du Sud à sa souveraineté, Le Pérou se trouvait dans uxe situation particulière vis-à-vis de l'Espagne, par laquelle il n’était pas encore régulièrement reconnu. Au mois de Mars 1864, l'Espagne, ayant eu des réclamations à adresser au gouvernement de Lima, avait envoyé dans cette ville un agent avec le titre de « commissaire spécial et extraordinaire de la reine.» Cette qualification qui rappelait la dénomination sous laquelle les souverains d'Espagne désignaient autrefois les inspecteurs chargés de la surveillance des colonies, éveilla les susceptibilités au gouvernement péruvien, qui ne consentit à recevoir le commissaire espagnol que comme agent confidentiel. Le commissaire quitta brusquement Lima en laissant au ministre des affaires étrangères une note menaçante, Il avait prévenu le commandant de l’escadre espagnole, qui était en ce moment dans les eaux du Chili, et tous les deux se trouvaient le 14 Avril devant les îles Chincha. Une fois là, ils sommaient le gouverneur de rendre les îles et de se constituer prisonnier avec sa garnison. Toute défense était impossible, puisque la garnison péruvienne ne se composait que de 150 hommes chargés de garder 2006 forçats, et le pavillon de Castille était planté sur les îles. La situation respective de l'Espagne et du Pérou était représentée par les agents espagnols comme un état de trève existant depuis la guerre de l'indépendance. Le prise de possession des îles Chincha devenait une revendication, et les prisonniers qu'on avait faits étaient des otages garantissant la sécurité des Espagnols sur le territoire péruvien. ?
Après plusieurs tentatives infructueuses pour entrer en négociations, l’escadre espagnole parut le 25 Janvier 1865 devant Callao, et envoya un ultimatum à accepter dans les vingtquatre heures, sous peine d’un bombardement immédiat. Le
1 Annuaire des Deux Mondes, 1861, p. 740 — 749, 2 Jbid., 1862—63, p. 879, 880.
Le Pérou en 1864 n'avait pus été réconnu par l'Espagne,
Réclamutions de l'Espagne,
Envoi d'un
comraissaire
de la reine à Lima,
Protestation du Pérou,
Menaces du commissaire espagnol.
Prise de pos+ session des îles Chincha par l'escadre espagnole,
État de trève,
Revendication.
Tentatives infructueuses de négociations,
Traité du 28 Janvier 1865,
Chute du président Pezet.
Dictature du généra Prado.
Le Chili propose une alliance avec
le Pérou.
Le Président du Chili sur l’intervention au Mexique.
Décret du 27 Septembre 1864, du gouvernement chilien.
Diftérend entre le Chili et l'Espagne.
390 L'ESPAGNE , LE PÉROU [Part. II,
28 Janvier 1865, un traité était enfin signé et mettait fin aux hostilités. Ce traité portait en substance: — Reconnaissance de la dette espagnole: réception au Pérou d’un agent espagnol, avec le titre de commissaire: envoi d’un plénipotentiaire péruvien à Madrid, avec mission d'y négocier un traité analogue ;. celui du Chili; paiement à l'Espagne d’une somme de trois millions de piastres, pour frais de guerre. ! — Le Corps législatif ayant clos sa session pour ne pas prendre la responsabilité de la ratification, vis-à-vis du pays, le président Pezet signa le traité provisoirement, le 2 Février 1865, et, le 5 Août suivant, il reçut un représentant d'Espagne en qualité de ministre plénipotentiaire.
La politique observée par M. Pezet vis-à-vis de l'Espagne, devait amener sa chute. Le 6 Novembre, la révolution triomphait contre lui, et le général Canseco arrivait au pouvoir, qu'il quittait à son tour vingt jours après, pour faire place au dictateur Prado. L'’envoyé extraordinaire du Chili présenta alors à M. Prado ses lettres de créance. I! réclamait l'alliance et le concours du Pérou contre l'Espagne. Le congrès péruvien refusa de ratifier le traité du 28 Janvier 1865; le 14 Janvier 1866, le Pérou déclarait la guerre à l'Espagne.
L'intervertion au Mexique avait été accueillie tout aussi peu favorablement au Chili que dans les autres républiques hispano-américaines. A l'ouverture de la session législative, le ir Juin 1864, le président Perez s'était exprimé ainsi: «Le gouvernement chilien ne reconnaîtra aucun changement au Mexique, s’il n’acquiert la certitude qu’il est l'œuvre de la volonté libre du peuple mexicain. »
Le 27 Septembre, le gouvernement du Chili publia un décret par lequel, considérant les Espagnols et les Peruviens comme belligérants, et décidant que la houille était objet de contrebande de guerre, il défendait aux autorités du littoral de fournir du combustible aussi bien aux navires espagnols qu’à ceux du Pérou. Ce décret ne pouvait que mécontenter l'Espagne, dont la flotte restait privée des ressources qu’elle comptait trouver au Chili.
Le différend avec l'Espagne remplit, en effet, pour le Chili l'histoire de l’année 1865. De nombreuses notes avaient été
1 Annuaire des Deux Mondes, 1864 — 65, p. 844.
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Chap. I.] ET LE CHILI. 391
tchangées depuis le mois de Mai 1864 entre le ministre d'Espagne et le cabinet chilien. Les rapports des deux gouvernements n'eurent pourtant rien d’alarmant jusqu'au mois de Janvier 1865; mais à partir du moment où le traité avec le Pérou eut rendu plus de liberté à l'Espagne, M. de Tavira reçut des instructions plus sévères, Voici les faits dont le cabinet de Madrid faisait l'objet de ses réclamations : Insulte au drapeau espagnol dans la journée du 1° Mai 1864, par la foule rassemblée devant la légation à Santiago: — La circulaire adressée le 4 Mai 1864 aux cabinets américains, et dans laquelle le gouvernement chilien déplorait l'occupation des îles Chinchas par les Espagnols: — La permission accordée à un navire de guerre péruvien de se ravitailler dans les ports chiliens; — Le refus de vivres et de charbon à un vaisseau espagnol ; —- La violation des principes du droit international, en déclarant le charbon contrebande de guerre; — L'impunité de l'auteur de plusieurs articles diffamatoires contre l'Espagne. !
Connne le cabinet de Madrid insistait pour avoir une solution, on s aboucha de nouveau, et il fut décidé que deux notes, dont la rédaction était arrêtée à l'avance, seraient échangées entre le ministre d'Espagne et le ministre des affaires étrangères du Pérou. M. de Tavira se déclara, le 20 Mai, satisfait de la note chilienne.
Dans son message du 1° Juin 1865 au congrès, le Président Perez considérait la querelle avec l'Espagne comme toutà-fait terminée. Cependant un vapeur, envoyé en toute hâte de Callao par le inistre du Chili à Lima, vint annoncer, le 12 Septembre 1865), que l'Espagne refusait d'approuver l'arrangement conclu le 20 Mai 1865 ; que M. de Tavira était destitué et rappelé: et que l’escadre espagnole avait quitté Callao le 5 Septembre, se dirigeant vers Valparaiso. ;
L’amiral espagnol adressa au gouvernement chilien une note sous forme d'ultimatum, par laquelle il annonçait que, l’arrangement accepté par M. de Tavira n'ayant pas obtenu l’approbation du cabinet de Madrid, il exigeait dans le délai de quatre jours des satisfactions pour les griefs précédemment articulés, et un salut de vingt et un coups de canon, sans quoi il se verrait contraint de recourir à la force. Le 21 Septembre, le gouvernement chilien répondit par un refus péremptoire de céder.
l'Annuaire des Derx Mondes, 1864—65, p. 860 — 862,
Griefs de l'Espagne,
Echange de notes entre la légation d'Espagne et le cabinet chilien.
L'Espagne désapprouve l'arrangement conclu,
L'escadre espagnoie devant Callao, Ultimatum de l'amirai espagnol.
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Le gouvernement du Chili accepte la gnerre contre l'Espagne.
Evénements fâcheux qui empêchent l'exécution de l’arrangement concerté à Londres et à Paris.
Questions soulevées par les blocus,
L'Exposé de 1867 sur les affaires des républiques de l'Amérique du Sud,
Dépêche circulaire de M. Seward, Décembre 1866,
392 L'ESPAGNE ET LES RÉPUBLIQUES DE L'AMÉRIQUE. [Part. II,
L'amiral espagnol, après avoir décliné l'intervention du corps diplomatique, signifia, le 24 Septembre, le blocus an gouvernement chilien. Le même jour, le congrès de Santiago adoptait un projet de loi qui autorisait le gouvernement à déclarer la guerre à l'Espagne, et une proclamation, affichée le 26 Septembre, annonçait que la république du Chili acceptait la guerre qui lui était déclarée.
Un projet d’arrangement concerté à Londres et à Paris avait été adopté à Madrid, le 4 Décembre 1865, mais des événements fâcheux survenus dans le Pacifique en empèchèrent la mise à exécution. Le blocus de Valparaiso et les événements qui s’ensuivirent ont donné lieu à plusieurs questions, entre autres à celle de savoir jusqu'à quel point des puissances neutres pouvaient apporter leur intervention par des considérations d'humanité, et aussi, dans quelles limites le droit des gens autorisait le bombardement d’un port strictement de commerce, et entièrement dépourvu de fortitications, 1
L'Exposé français de 1867 annonçait que la France, de concert avec l'Angleterre, avait consenti, dans l'intérêt du commerce des neutres, à interposer ses bons offices pour faciliter un raprochement entre l'Espagne et les républiques de l'Océan Pacifique. «Ces démarches», était-il dit plus loin, «ne nous ont pas paru, dans l’état des choses, présenter des chances suffisantes de succès, et nous n'avons pas cru devoir pousser plus avant notre intervention amicale,» Le même document parlait aussi de la guerre qui se livrait sur les rives de ia Plata et du Paraguay. «Cependant», disait-il, «comme ces hostilités, poursuivies loin du littoral, n'affectent qu'indirectement les intérêts de notre commerce, et comme il s’agit surtout entre les belligérants de contestations de frontières que nous ne serions pas en mesure d'apprécier, le gouvernement de l'Empereur se borne à faire des vœux pour que les bienfaits de la paix soient rendus, le plus tôt possible, à des pays dont il désire sincèrement la prospérité. » 1
Dans une dépêche circulaire adressée, en Décembre 1866, aux gouvernements d'Espagne et des républiques de l'Amérique du Sud, M. Seward se réfère à une résolution de la chambre des représentants des États-Unis, du 17 Décembre,
1 Annuaire des Deux Mondes, 1864 — 65, p. 862—870. Voir Bombardement de Valparaiso, Documents officiels. Paris 1866.
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Chap. I.] BONS OFFICES DES ÉTATS-UNIS. 393
d'après laquelle il était déclaré «que des guerres destructives du commerce et préjudiciables aux institutions républicaines, existant depuis quelque temps entre l'Espagne et plusieurs États de l'Amérique du Sud, sur la côte du Pacifique, et aussi entre le Paraguay et le Brésil, l’'Uruguay et la République Argentine, sur la côte de l'Atlantique, il est recommandé au département exécutif du gouvernement que les bons offices de ce gouvernement soient, s’il est possible, offerts pour le rétablissement de la paix et de l'harmonie dans l'Amérique du Sud.» Le secrétaire d'État américain soumettait, en conséquence, une proposition à l'effet de tenir, le 1° Avril suivant, une conférence dans la cité de Washington, composée des plénipotentiaires de l'Espagne, du Pérou, du Chili, de i Equateur et de la Bolivie. Le Président des États-Unis désignerait une personne pour prendre part à cette conférence, la présider, et employer ses bons offices à en faciliter l'objet, mais sans avoir pouvoir de voter, ou de contracter aucune obligation de la part des États-Unis. En cas de dissentiment entre les plénipotentiaires, le Président désignerait quelque État souverain, autre que les États-Unis ou l’un des belligérants, pour décider en qualité d’arbitre toutes les questions qui lui seraient déférées par la conférence. Un armistice serait déclaré aussitôt que tous les États belligérants auraient communiqué au gouvernement des États-Unis leur acceptation de ces propositions.
Dans son message annuel en date du 2 Décembre 1867,lePrésident Johnson dit: «L'offre faite conformément aux résolutions du congrès d’interposer nos bons offices en vue d’un arrangement amiable et pacifique entre le Brésil et ses alliés, d’une part, et le Paraguay, d’autre part, puis entre le Chili avec ses alliés et l'Espagne, bien qu'ayant été accueillie avec bienveillance, n’a pourtant pas été pleinement acceptée par les belligérants dans l'un ni dans l’autre cas, ?
Dans son message de Décembre 1868, M. Johnson, se référant de nouveau aux bons offices offerts aux républiques Argentine et Orientale demême qu'au Brésil, et au Paraguay,ajoute: «Cette importante négociation n’a été jusqu'ici suivie d'aucun résultat.» %
L Exposé de la situation de l'Empire, 1867. — Le Nord, 19 Fév. 1867.
? Archives diplomatiques, 1868, tom. 1, p. 192.
$ Documents publics.
Résolution
du congrès
des Etats- Unis.
Conference proposée des plénipotentiaires des Etats belligérants à Washington.
ET nes an Mit amiese
394 L'ANGLETERRE [Part. I,