GUERRE DE
Congrès pro- Avant qu’eut commencé la guerre de 1859, entre l'Autriche pose par la $ « Rusgie en d’une part, et la Sardaigne et la France de l’autre, la Russie avait proposé de réunir un congrès des cinq grandes puis-
sances pour aplanir les complications survenues en Italie. L’Autriche, qui dans son programme du 29 Mars 1859 adressé
à l'Angleterre, avait interprété à sa façon les points proposés
et y avait ajouté un cinquième, demanda comme condition
Désarme. préalable à la réunion de ce congrès, qu'il «y eût entente sur
ment géné-
ral accepté Un désarmement simultané. »
par la Sar-
daigne, Une proposition formulée par l'Angleterre relativement à
1 Annuaire des Deux Mondes, 1858-—59, p. XXI.
Chap. I.
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Chap. I.] INTERVENTION FRANÇAISE. 259
un désarmement général et à laquelle la France, la Prusse et la Russie adhérèrent, fut acceptée par la Sardaigne, le 19 Avril 1859. L’Autriche n’en demanda pas moins le 19 Avril 1859, catégoriquement et comme ultimatum, à la Sardaigne, de mettre son armée sur pied de paix et de licencier les corps francs ou volontaires italiens, déclarant, que si à l'expiration de trois jours il ne recevait pas de réponse satisfaisante, l’empereur recourrait à la force des armes pour obtenir la garanuw de la paix sur laquelle il était en droit d’insister.
Le comte Cavour dit en réponse le 26 Avril 1859: «La question du désarmement de la Sardaigne a été l’objet de nombreuses négociations entre les grandes puissances et le gounement de Sa Majesté. Ces négociations ont abouti à une proposition formulée par l'Angleterre, à laquelle ont adhéré la France, la Prusse et la Russie. La Sardaigne, dans un «prit de conciliation, l’a acceptée sans réserves ni arrièreusée. Comme Votre Excellence ne peut ignorer la réponse de la Sardaigne, je ne saurais rien ajouter pour lui faire connaître les intentions du gouvernement du roi à l'égard des diffcultés qui s’opposaient à la réunion du congrès. »
Dans le manifeste du 28 Avril 1859 par lequel l’empereur
l'Autriche annonçait la guerre, il faisait un appel à la Con-
idération germanique et donnaic à entendre que ses pos-
sssions italiennes étaient les remparts de l'Allemagne. ! «Sur ks instances des puissances amies», dlisait-il, «je donnai mon adhésion à la proposition d’un désarmement général. La mé-
lation vint échouer contre les conditions inacceptables que
mettait la Sardaigne à son consentement.
«L’ennemi se tient en armes sur nos frontières, il est allié a parti du houleversement général avec le projet hautement avoué de s'emparer des possessions de l’Autriche en Italie. llest soutenu par le souverain de la France, lequel, sous des prétextes qui n'existent pas, s’immisce dans des affaires de la péninsule qui sont réglées par les traités, et fait marcher son irmée au secours du Piémont. »
L'empereur François Joseph s’adressait ainsi à la Confédé-
l Manifeste de l’empereur d'Autriche, 28 Avril 1859. Annuaire
des Deux Mondes, 1858—59, p. 976.
Ultimatum de l’Autriche,
Manifeste de l'empereur d'Autriche
du 28 Avril
Principe de l'intervention de la France,
Préliminaires de Villafranca en Juillet.
260 PRÉLIMINAIRES DE VILLAFRANCA. [Part. IT
ration germanique: «Le terrain sur lequel nous combattons est aussi arrosé du sang des peuples d'Allemagne, nos frères: il a été conquis et conservé jusqu’à ce jour comme un de leurs remparts; c’ost par la que presque toujours les ennemis asty. cieux de l'Allemagne ont commencé l'attaque, lorsqu'ils vonlaient briser sa puissance à l’intérieur. Le sentiment de ce danger est répandu aujourd'hui dans l’Allemagne entière, de la cabane au trône, d'une frontière à l’autre.
«C’est comme prince de la Confédération germanique que je vous signale le danger commun. »
Les autres grandes puissances ne prirent aucune part actir dans la lutte, mais la France soutint la Sardaigne, l’em) Napoléon basant son intervention sur ce que l'Autriche «a amené les choses à cette extrémité, qu’il faut qu’elle domine jusqu'aux Alpes ou que l'Italie soit libre jusqu’à l’Adriatique car dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendaut est un danger pour son pouvoir.» «Le but de cette guerre, continuait-il, «est de rendre l'Italie à elle-même, et non del faire changer de maître.
«Nous n’allons pas en Italie fomenter le désordre, ni ébranler le pouvoir du Saint-Père, que nous avons replacé sur son trône, mais le soustraire à cette pression étrangère qui s'appesantit sur toute la péninsule, » 1
Les préliminaires de Villafranca furent arrêtés en Juillet 1859, entre les deux empereurs en personne, pour l'Autriche et la France seules. Ils stipulaient que les deux souverain favoriseraient la création d’une confédération italienne, sou la présidence honoraire du Saint-Père; que l’empereur d’Attriche cédait à l’empereur des Francais ses droits sur la Lonbardie, à l'exception des forteresses de M:ntore et de Peschie: ra; que l'empereur des Français transmettrait les territoires cédés, au roi de Sardaigne; que la Vénétie ferait partie dela confédération italienne, tout en restant sous la couronne de l'empereur d'Autriche; que le grand-duc de Toscane et le duc de Modène resteraient dans leurs États en donnant une an: nistie générale, et que les deux empereurs demanderaient ai
! Proclamation de l'empereur des Français, 3 Mai 1859. Annuaïr des Deux Mondes, p. 978.
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Annuairé
Chap. I] TRAITÉ DE ZURICH. 261
Saint-Père d'introduire dans ses États des réformes indispensables.
Ces préliminaires, en comprenant la proposition pour la création d’une confédération italienne, furent incorporés dans k traité de paix définitif de Zurich, conclu le 10 Novembre 1859 entre les mêmes parties; le traité stipulait en détail les conditions de transfert de la Lombardie, répartissait proportionnellement la dette, et adoytait les mesures nécessitées par le changement du gouvernement.
Les droits des princes italiens déposés étaient ainsi men-
nés: «Les circonscriptions territoriales des États indépenats de l'Tialie, qui n'étaient pas parties dans la dernière guerre, ne pouvant être changées qu'avec le concours des juissances qui ont présidé à leur formation et reconnu leur axistence: les droits du grand-duc de Toscane, du duc de Modène et du duc de Parme sont expressément réservés entre les hautes parties contractantes. »
Les deux puissances déclarent aussi qu’elles «uniront leurs
‘ur obtenir de Sa Sainteté que la nécessité d’introdise, dans l'administration de ses États, les réformes reconnes indispensables, soit prise par son gouvernement en sérieuse considération. »
Par l’article additionnel à ce traité, la France prit sur elle ls obligations qui avaient rapport à la cession de la Lomoardie à la France. Le même jour fut signé un traité entre la France et la Sardaigne relatif à cette ces:ion.
Un troisième traité auquel la Sardaigne prit part, en mème temps que la France ct l'Autriche, exprime le désir des parties de compléter les conditions de la paix, dont les préliminaires arrêtés à Villafranca, ont été convertis en un traité conclu, date de ce jour, entre $. M. l’empereur des Français, et $ M. l’empereur d'Autriche, et de ceonsigner dans un acte commun les cessions territoriales telles qu’elles sont stipulées dans le traité précité, ainsi que dans le traité conclu ce même ur, entre l’empereur des Français et le roi de Sardaigne. » Ce dernier traité ne fait aucune mention de la confédération proposée, et ne parle pas non plus de la restauration des princes italiens déposés. 1
! Marrens, Nouveau recueil général, tom. XVI, part. IE, p. 505—538.
Traité de Zurich du 10 Novembre 1859 entre la France et l'Autriche,
Réserve des droits des princes dépossédés,
Cession de la Lombardie.
Traité entre la France, l'Autriche et la Sar-
daigne.
262 ANNEXIONS AU PIÉMONT. [Part, II, Chap.
Laconfédé- Aucune intervention par la force pour atteindre ces objets triche rt d'est ne suivit ce traité, ni de la part de l'Autriche ni de celle de aucun pas AGP. Ja France. Comme le prince Napoléon l’a dit au sénat en M que © 1861, «la confédération était une simple hypothèse posé À alem
par la France. et cette hypothèse était repoussée par tous les | mande intéressés. » est en
minan
garant
ANNEXIONS AU PIÉMONT. des b:
cessiol
Rappel des Victor-Emmanuel rappela les représentants qu’il avait en- mise e nts de voyés dans les divers États de l'Italie centrale à l’époque où La Ven on le proclama dictateur, mais la Toscane, Parme et Modène appuy QËtats de et les Légations déclaraient par le vote de leurs assemblées pas qu tal. nationales, et avant même que le traité eût été conclu, leur était di Annexions annexion au Piémont, et leur détermination de faire partie politiqn ro d’un puissant royaume d'Italie. Le roi référa la question à NN : Rom un congrès européen qui ne fut cependant jamais réuni, et en Cavour
Suffrage uni- ayant appelé a4 suffrage universel, l'annexion de ces États fit À dla FR proclamée en Mars 1860. la France fut la seule parmi les de Gar puissances étrangères qui éleva des objections sérieuses contre BA mais ql
ces arrangements, se basant sur le danger que l'agrandissement à térôts «
trop considérable d’un voisin immédiat pouvait offrir pour elle, pour le
Cesslon de Ia La cession de la Savoie et de Nice par la Sardaigne, et l'an D ir co Nice à la nexion de ces territoires à l'empire français: fit disparaître les considé objections du gouvernement impérial. L'ent
Mémoran- Cependant dans un mémorandum français du 25 Septembre forces
dum français F . , A :
du 25 Sep- 1860 remis au cabinet de St. Pétersbourg pour être soumis celui-ci.
tembre 1860 : : . 1 envoyé à St, AUX souverains de Russie, d'Autriche et de Prusse, réunis À Ombri
Pétersb , 0 , , ,
soumis aux Varsovie dans le but de préparer une entente générale entr nome
“Varsovie, Jes grandes puissances, il est dit que l'Italie serait constituée RD perd: en système fédératif et national sous la sauvegarde du droit et ibre ropéen, et que toutes les questions relatives aux circonscriptions Le pr
territoriales des divers États d'Italie et à l'établissément des addition pouvoirs destinés à les gouverner seraient envisagées dans 1 sn allia congrès sous le double aspect des droits des souverains actuel
lement dépossédes et des concessions nécessaires pour assurer | 1 Affai la stabilité du nouvel ordre de choses. C’est par le même mt- Sn morandum que la France a déclaré que, dans le cas où l'A Gouverne
[Part. IT,
> ces objets de celle de au sénat en thèse posée par tous les
x'il avait en- , l'époque où e et Modène s assemblées conclu, leur faire partie la question à !
réuni, eten ces États fut de parmi les
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srandissement } Hrir pour elle.
igne , et l'andisparaître les
25 Septembre être soumis sse, réunis À énérale entre ait constituée e du droit eu- *conscriptions lissément des igées dans ün crains actuelpour assurer | le même mécas où l’Au-
Chap. I.] RÉVOLUTION DES DEUX-SICILES. 263
triche serait attaquée en Vénétie, elle était résolue à ne donner aucun appui au Piémont. Mais il est ajouté que, «pour que cet engagement catégorique conserve jusqu'à la fin une valeur obligatoire, il est présupposé que les puissances allemandes se renfermeront dans une attitude d'abstention. — Il est entendu aussi que l’état de choses qui a été le motif déterminant de la dernière guerre ne saurait être rétabli et que la garantie contre le retour de cette situation serait le maintien des bases convenues à Villafranca et stipulées à Zurich. La cession de la Lombardie ne pourrait par conséquent être remise en question. » 1
La révolution dans les Deux-Siciles commença sans être appuyée ouvertement par la Sardaigne, quoique l’on ne cachât pas qu'elle était opérée au profit de Victor-Emmanuel. Elle était dirigée en outre par un général de partisans, adversaire politique de Charles-Albert en 1848 —49, ennemi des Français à Rome et qui venait de quitter le service du roi. Le comte Cavour répondit le 15 Mai 1860 à une protestation énergique de la France, en disant: «La Sardaigne condamne l’expédition de Garibaldi tout aussi sévèrement que la France peut le faire, mais quoique son audacieuse expédition soit contraire aux intérêts du Piémont, elle s'adresse aux sympathies du peuple pour lequel Garibaldi est un héros. Le gouvernement ne peut agir contre un homme qui dispose d’une force populaire si considérable, »
L'entreprise ne se termina pas cependant sans l’aide des forces régulières du roi, et sans la présence personnelle de celui-ci. (Cette intervention, de même que l'occupation de l'Ombrie et des Marches, fut justifiée par les devoirs du gouvernement piémontais de ne pas laisser le mouvement italien se perdre dans l'anarchie et le désordre. II fallait aussi laisserlibre champ aux populations de manifester leurs sentiments.?
Le prince Napoléon dont les paroïes empruntent une force additionnelle à sa position auprès du trône français, ainsi qu’à son alliance avec la famille royale d'Italie, reconnut, en s’adres-
l Affaires étrangères, Documents diplomatiques, 1860, p. 175. ? Annuaire des Deux Mondes, 1860, p. 764. — Mémorandum du Gouvernement sarde, 12 Septembre 1860.
Révolution dans les Deux-Siciles en 1860,
Rôle de la Sardaigne dans cette révolution,
Le prince Napoléon dans le sénat,
264 ROYAUME D'ITALIE. [Part. II,
sant au sénat, que, « dans la conduite du Nord de l'Italie vis. à-vis du Sud, le droit strict n’avait pas été respecté, maisil fallait voir si les circonstances ne suffisaient pas à expliquer | cette conduite. On l’a dit souvent: la voix du peuple est la HUE : suprême loi, et certaines situations autorisent quelquefois des } [: choses en dehors du droit étroit, et que n’aprouveraient pas les | di pl jurisconsultes. Est-ce donc la faute du Piémont si le gouver-
nement napolitain est tombé? Il est tombé devant une poignée
h | 4 de volontaires, parce qu’il était faible, et un gouvernement
faible doit tomber. Il devait tomber, ce gouvernement, jour obéir à cette grande idée de l'unité italienne. »
L'interven- L'orateur soutient qu’en intervenant à Naples, le Piémont à
EN agi très-politiquement et dans l'intérêt véritable de l’Italie ct
| Naples. Qe l'Europe elle-même. Le roi Victor-Emmanuel n’a pas voulu
que Garibaldi fût son ministre des affaires étrangères. Gari-
À baldi pouvait le compromettre à Naples, il aurait pu faire | quelque héroïque folie qui l'aurait porté vers Rome ou vers je | Venise. Le roi de Piémont l’a arrêté sans effusion de sang, il a pris en main son drapeau et sa cause ct les a fait triompher.!
Appel de Au premier danger de l'invasion, le gouvernement de Fran-
François II.
çois IT s'était efforcé d'obtenir l'intervention des puissances étrangères, et de faire proclamer l'intégrité de ses États. Cet appel ne pouvait avoir de suite, puisque l'Angleterre et la France, en s’engageant à respecter le principe de non-intervention, s'étaient implicitement engagées à le faire respecter par les autres puissances.