OCCUPATION DE ROME PAR LES FRANÇAIS
me La révolution qui se produisit en France, en Février 1848, française de n’amena en définitive qu'un changement de dynastie, de même qu'il était arrivé lors de celle de 1830. La déclaration de l’assemblée nauonale, du 24 Mai 1848, qui recommandhit «un pacte fraternel avec l'Allemagne, la reconstruction de Pologne, indépendante et libre, et l’affranchissement de l'Italie, n’eut d'autre résultat que celui d'encourager des mouvements qui avortèrent, et qui eurent des conséquences fatales pour ceux qui s'étaient confiés aux déclarations de la France. D'un autre côté, comme les grandes puissances s’abstinrent d'agir
1 ULLoa, Guerre de l'indépendance italienne, tom. II, p. 233, 28i. 2 Voir part, IT, chap, 11, $ 9, tom. I, p. 200 supra. 8 Annuaire des Deux Mondes, 1850, p. 63, 64.
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Part. II, Chap. IL] OCCUPATION DE ROME PAR LES FRANÇAIS, 255
d'alliance comme elles l'avaient fait lors de la révolution de 1789, et dent-gou- comme elles ne sanctionnèrent comme fruit de la récente réjé: conti- volution aucun changement dans le nombre ni dans la position , des deux des États de l'Europe, comme cela avait eu lieu en 1830 lors s'être en- de la séparation de la Belgique d'avec la Hollande, le détrônee 16 Août, ment de Louis-Philippe et de la branche cadette des Bourbons ne fournit guère en lui-même sujet à commentaire dans un solennelle- article sur le droit d'intervention. 1 ion étran- L'occupation de Rome par l’armée française rentre cepend’interve- dant dans les cas d'intervention qui touchent aux questions politiques internationales.
rouvé tout La France, d'après ce qui était déclaré, intervenait par des -seulement raisons d’une nature exceptionnelle résultant de la position egardé par DB particulière du pape comme chef de l'Église. «Pour ce qui ur des pré- est de Rome», avait dit Lamartine, «la France se propose de aliens, en- s'entendre avec les autres puissances catholiques au sujet du + les souve- pape.» 2 ar les États «L'Autriche, de concert avec l'Espagne et Naples», disait ui s'étaient D ke Président (Louis-Napoléon Bonaparte) dans son Exposé sur ome. Nous MB l'état général des affaires de la République, présenté à l’assem-
qu'elle avait JS ble nationale législative le 5 Juin 1849, «répondant à re une ré M l'appel du Saint-Père, notifia au gouvernement français qu'il eût à prendre un parti, car ces puissances étaient décidées à marcher sur Rome pour y rétablir purement et simplement l'autorité du pape. Mis en demeure de nous expliquer, nous n'avions que trois moyens à adopter; ou nous opposer par les armes à toute espèce d'intervention, et, en ce cas, nous rompions avec toute l’Europe catholique, pour le seul intérêt de h République romaine que nous n'avions pas reconnue; ou hisser les trois puissances coalisées rétablir à leur gré et sans nénagement l’autorité papale; ou bien enfin, exercer de notre propre mouvement une action directe et indépendante. Le guvernement de la République adopta le dernier moyen.
«L'expédition fut donc résolue de concert avec l'assemblée
évrier 1848, ie, de même claration de commandait uction de là de l'Italie», mouvements fatales pour rance. D'ut nrent d'agir
1 Voir Martens, Nouveau recueil général, par CHares MurnaRDT p. 233, og8. tt Pinnas, tom. XII, p. 20. Actes et Documents relatifs à l’état H et aux relations politiques et internationales de la France en l’an 1848.
? Annual Register, 1849, p. 231.
Occupation de Rome par l'armée française en 1849,
Motifs de la France.
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L'Angleterre et la question romaine,
256 L'ANGLETERRE DANS LA QUESTION ROMAINE. [Part, I]
nationale qui vota les crédits nécessaires. Elle avait toutes les chances, Les renseignemeuts reçus s’accordaient à dire qu’à Rome, excepté un petit nombre d'hommes qui s'étaient emparés du pouvoir, la majorité de la population attendait notre arrivée avec impatience, La simple raison devait faire croire qu'il en était ainsi, car, entre notre intervention et celle des autres puissances, le choix ne pouvait pas être douteux. Un concours de circonstances malheureuses en décida autrement, Nous devons tous gémir du sang répandu dans la triste journée du 30 Avril. Cette lutte inattendue, sans rien changer au but final de notre entreprise, à paralysé nos intentions bienfaisantes et rendu vains les efforts de nos négociateurs.» 1
De son côté, l'Angleterre ne voulait pas se tenir entière. ment en dehors de la question romaine. Dans une note, du 6 Mars 1849, du nonce apostolique au marquis de Normanby, ambassadeur à Paris, il est dit: «Le Saint-Père, qui a été très-touché de l'intérêt et des sympathies que Sa Majesté la reine d'Angleterre, votre auguste souveraine, a bien vou lui témoigner par la lettre qu’elle lui a adressée, au mois de Janvier dernier, est conforté de la pensée que le gouvernement de Sa Majesté qui s'intéresse vivement à l’ordre et à la paix de l’Europe, voudra dans les circonstances actuelles prêter le meilleur concours pour faire cesser un état de choses si nuisible à la paix générale et au bonheur des peuples, et ap puyer de sa puissante influence le concours réclamé pour le rétablissement du pouvoir légitime du Saint-Père, dont l'indipendance est plus que jamais nécessaire pour l'exercice de son autorité dans le monde catholique. »
Lord Palmerston écrivit au marquis de Normanby, le 9 Mars 1849: «Quoique la Grande-Bretagne n'ait pas un in. térêt si direct que la France dans les questions ecclésiastiques
et politiques qui s'élèvent des rapports actuels entre le Pape et le peuple des États romains, le gouvernement britannique ne peut néanmoins regarder ces matières avec indifférence, Il est vrai que ka Grande-Bretagne est un pays protestant, maï Sa Majesté a plusieurs millions de sujets catholiques, et le
1 Lesur, Annuaire, 1849, app, p. 29.
Chap.
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[Part. II,
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Chap. L.] OCCUPATIONS AUTRICHIENNE ET FRANÇAISE. 257 gouvernement anglais doit par conséquent désirer, en vue des intérêts britanniques, que le pape soit placé dans une position temporelle qui lui permette d'agir avec une indépendance entière dans l'exercice de ses fonctions spirituelles.» Le gouvernement anglais déclara qu'il désirait que la France prit part aux discussions alors proposées à l'égard de Rome. !
Le 3 Juillet 1849, les Français occupèrent Rome et y rétablirent l'autorité du pape. Le Saint-Père ne rentra toutefois dans sa capitale que le 24 Avril 1850. L'entente cordiale entre Rome et le Piémont n'existait plus, et le retour de Pie IX devenait le signal d'une lutte entre l'Église et l'unité italienne, entre la question religieuse et la question nationale, lutte qui n’a cessé depuis d’agiter le monde catholique.
Dans son allocution du 20 Mai 1850, le pape, après avoir remercié les quatre puissances (les Deux-Siciles, la France, l'Espagne et l'Autriche) de l’appui qu’elles lui avaient prêté, s'étendait en récriminations amères sur la conduite du gouvernement sarde, préoccupé de mettre la situation de l’église piémontaise en rapport avec les nouvelles institutions du pays.
Au congrès de Paris de 1856 qui suivit la guerre de Russie, le comte Cavour discutant la situation anormale des États- Pontificaux, dont avaient déjà parlé les plénipotentiaires anglais, et qui était due à l'occupation autrichienne qui durait depuis sept ans, fit allusion à l’état de siége à Bologne. Il remarqua que la présence des troupes autrichiennes dans les Ligations et dans le duché de Parme détruisait l'équilibre politique en Italie, et constituait pour la Sardaigne un véritable danger. Les plénipotentiaires de l’Autriche, tout en disant que le premier plénipotentiaire de la Sardaigne avait parlé seulement de l'occupation autrichienne et gardé le silence sur celle de la France, les deux occupations ayant eu lieu à la mème époque et dans le même but. s'associèrent au vœu exprimé par les plénipotentiaires de la France de voir les États- Pontificaux évacués par les troupes françaises et autrichiennes aussitôt que faire se pourrait sans inconvénient pour la tranquillité du pays, et pour la consolidation de l'autorité du Saint- Siége. ?
! Parliamentary Papers, 15 June 1849.
? Marrexs, Nouveau recueil général, tom. XV, p. 763—64;
LAWRENCE-WHEATON, II. 17
Retour du pape à Rome.
Récriminations contre le Piémont,
Le comte
Cavour au
congrès de Paris.
Occupations autrichienne et française.
258 GUERRE DE 1859. (Part. it,
Rapports de Depuis 1849, les rapports de l'Autriche et de la Sardaigne l'Autriche et à en 102 , . , . x de la Sar- soit entre elles soit à l'égard de l'Italie n'avaient pas repris “aigne tour cours normal et régulier, — En Février 1859, le gouver. Médiation nement anglais avait voulu jouer le rôle de médiateur officieux we entre la France et l'Autriche, en présentant les quatre propoprune et ditions suivantes, 1° l'évacuation simultanée des États romains par les troupes françcises et par les troupes autrichiennes (c’est ce qui avait été proposé à cette époque par le pape lnimême), 2° l'amélioration de la législation du pays, 3° la go. rantie de la part de l'Autriche que le territoire du Piémont ne serait pas attaqué, 4° l’abrogation ou la modification des traités de 1847 entre l'Autriche et les duchés de Parme et de Modène qui obligeaient l'Autriche à venir en aide aux souverains des duchés contre leurs propres sujets. La France accepta les ouvertures de l'Angleterre en proposant en plus l’abrogation des traités séparés de l'Autriche avec Naples, la Toscane et les duchés, — l'adoption d’un système de gouvernement pour tous les États d'Italie, basé sur le vote des impôts par des assemblées, — l'institution dans les légations d’une administration séparée sous un prince romain nommé par le Saint-Père, et le concours pécuniaire de tous les États catholiques pour les besoins reli-
gieux du Saint-Siége. 1