RECONNAISSANCE PAR LA FRANCE
par le Parlement à Turin, le 17 Mars. Dans la dépêche de M. de Thouvenel au chargé d’affaires à Turin, il était dit: «Notre manière de voir n’a pas changé depuis l’entrevue de Varsovie, où nous avons eu l’occasion de la faire connaître à l'Europe, comme au cabinet de Turin. En déclarant alors que nous regardions le principe de non-intervention comme une règle de conduite pour toutes les puissances, nous ajoutions qu'une agression de la part des Italiens n’obtiendrait pas, quelles que pussent en être les suites, l'approbation de l'Empereur. Nous sommes restés dans les mêmes sentiments, et nous déclinons d'avance toute solidarité dans ces projets dont le gouvernement italien aurait seul à assumer les périls et à subir les conséquences. Le cabinet de Turin, d’autre part, se rendra compte des devoirs que notre positir 1 nous crée envers le Saint-Siége, et je croirais superflu d'ajouter qu’en nouant des rapports officiels avec le gouvernement italien, nous n’entendons nullement affaiblir la valeur des protestations formulées par la cour de Rome contre l'invasion de plusieurs provinces des États pontificaux. Pas plus que nous, le gouvernement du roi Victor-Emmanuel ne saurait contester la puissance des considérations de toute nature qui se rattachent à la question romaine et dominent nécessairement nos déterminations, et il comprendra qu’en reconnaissant le roi d'Italie, nous devons continuer d'occuper Rome tant que des garanties suffisantes ne couvriront pas les intérêts qui nous y ont amenés.» 1
La dépêche circulaire aux agents diplomatiques français, du 4 Juillet 1861, en se rapportant à la reconnaissance de l'Italie par l’empereur, contient ce passage: «Nous croyons pouvoir nous féliciter des appréciations dont elle a été l’objet en Europe. Les cabinets, aussi bien que l’opinion publique, l'ont généralement regardée comme favorable à la conservation de la paix, et c’est ainsi notamment qu’elle a été considérée à Berlin. Nous n'avons qu'à nous louer des sentiments de modération avec lesquels le gouvernement russe s’est exprimé. Le langage du cabinet de Vienne a été de même satisfaisant. Nous ne pouvions nous flatter de lui faire partager notre opi-
1 M. de Thouvenel au comte de Rayneval, 15 Juin 1861.
Royaume d'Italie établi en Mars
Sa reconnaissance par la France.
Réserves de la France.
Circulaire française du 4 Juillet 1861, relative à la reconnaissance de l'Italie,
Le gouvernement anglais et la révolution a Naples.
Vattel sur le détrônement de Jacques II.
266 ROYAUME D'ITALIE. [Part. IT,
nion sur l'état des choses en Italie; mais il a rendu pleine justice, et le gouvernement pontifical avec lui, aux déclarations dont nous avons accompagné à Turin la reconnaissance du roi Victor-Emmanuel, comme au maintien de nos troupes à Rome»!
Les vues du gouvernement anglais à l'égard de la révolution des Deux-Siciles, sont exprimées dans une dépêche adressée le 27 Octobre 1860 par Lord John Russell à Sir James Hudson, et dans laquelle le secrétaire anglais dit: «le gouvernement de S. M. n’a nullement l'intention de soulever une discussion au sujet des motifs qui, au nom du roi de Sardaigne, ont été donnés pour justifier l'invasion des États romains et napolitains. Les populations d'Italie avaient-elles le droit de demander l'assistance du roi de Sardaigne pour être délivrées de gouvernements dont elles étaient mécontentes? Et le roi de Sardaigne avait-il raison de prêter le concours de ses armes aux populations des États romains et napolitains ?
«Deux motifs, à ce qu’il semble, ont engagé les populations des États romains et napolitains à faire cause commune pour renverser leurs gouvernements. Le premier a été que le Pape et le roi des Deux-Siciles pourvoyaient si mal à l’administration de la justice, à la protection de la liberté individuelle ct au bonheur général du peuple, que la chute de leurs gouvernants a paru à leurs sujets être un préliminaire indispensable de toutes les améliorations.
«Le second motif a été que, depuis 1849, on est venu géntralement à se convaincre que la seule manière dont les Italiens puissent assurer leur indépendance en dehors de toute influence étrangère, c'est de constituer pour toute l'Italie un gouverncment fort et puissant.» Le secrétaire d’État anglais s’appuyant sur l'autorité de Vattel, qui discute la légitimité de l'assistance donnée par les Provinces-Unies au prince d'Orange, lorsqu'il envahit l'Angleterre et renversa le trône de Jacques IT, conclut en disant que le gouvernement de Sa Majesté ne se croit point autorisé à déclarer que les populations de l'Italie méridionale n'avaient point de bons motifs pour cesser d'être soumises à leurs anciens gouvernements, et
1 Affaires ctrangères, Documents diplomatiques, 1861, p. 1 —9.
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Chap. I.] AFFAIRES DE ROME. 267
qu'il ne peut en conséquence prétendre blâmer le roi de Sardaigne de les assister. 1 Lord John Russell annonça le 30 Mars 1861 à l’envoyé de L'envoyé : ,: : ñ 4 , , d'Italie reçn Sardaigne qu’il le recevrait dorénavant en qualité d’«envoyé
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