AFFAIRES DE ROME
Rome ayant été proposée comme capitale du nouveau Romecomme royaume d'Italie, l'Autriche répondit en 1861 à cette sug- Paie, gestion en disant: «Il est vrai que, tant que l’armée française couvrira de sa protection le Souverain Pontife, une telle iniquité ne pourra se consommer. Mais est-il juste que le gou- riponse de vernement de l'Empereur supporte seul les embarras et risques lan ene.* de cette protection, qui intéresse également la catholicité tout #°*ton: entière, disposée à en revendiquer sa part ?
«Déjà en 1848, lorsque des événements semblables avaient paru mettre en péril les droits et la vie du Souverain Pontife, l'Autriche, l'Espagne et la France se sont empressées de prendre la défense d’intérûts si chers, et d’unir leurs drapeaux pour venir au secours du Pape et de ses droits. Mais, par suite de considérations militaires, il fut jugé plus convenable que l’armée française entrât seule dans la capitale de la chrétienté et y maintint seule l’ordre public et les droits du Pape, mission dont la France s’est acquittée depuis ce temps avec tant de gloire.
«Si le gouvernement de l'Empereur, dans sa constante sol- Eforts en licitude pour les intérêts catholiques, trouve que le moment ne est venu de réunir les efforts des puissances cataoliques en P°"feae faveur de la souveraineté pontificale, l'Autriche et l'Espagne sont prêtes à contribuer de toutes leurs forces à assurer le salut d’une institution qui a reçu la consécration des siècles.
La capitale du monde catholique n’appartient qu’aux nations catholiques. Résidence du Souverain Pontife renfermant les établissements et les archives de la catholicité, personne n’a
l Annual Register, 1860, p. 294.
* Almanach de Gotha, 1862, p.41. Voir part. ILE, chap. 1, $ 23 infra.
Réponse de
M, de Thou-
venel du 6 Juin 1861.
Note du ministre des affaires étrangères d'Espagne du 25 Juin 1861.
268 L'AUTRICHE ET L'ESPAGNE. [Part II, le droit de l'en spolier, et les puissances catholiques ont le droit de l'y maintenir.» !
Dans une note du 6 Juin 1861, qui répondait également, mulatis mutandis, à une note du ministre espagnol, conçue dans le même sens que celle de l'Autriche, M. de Thouvenel disait: «Je ne dissimulerai pas que le principe de non-intervention qui a sauvé la paix de l’Europe, excluant, aujourd'hui comme il y a un an, l'usage de la force, il existe à nos yeux une étroite connexité entre la régularisation des faits qui ont si considérablement modifié la situation de la péninsule et la solution à donner à la question romaine. Le gouvernement de l'Empereur serait donc très-heureux d'apprendre que l’Autriche et l'Espagne jugeassent possible d'entrer aussi dans la seule voie qui lui semble devoir conduire, sans secousse nouvelle, à un résultat pratique; mais il n'hésite pas, en toute hypothèse, à donner assurance qu’il n'adhèrera pour sa part à aucune combinaison incompatible avec le respect qu’il professe pour l'indépendance et la dignité du Saïint-Siége, et qui serait en désaccord avec l’objet de la présence de ses troupes à Rome. » ?
Dans une note du ministre des affaires étrangères d'Espagne, en date du 25 Juin 1861, il est dit: «Des considérations toutes spéciales, qui puisent leur origine dans l'histoire, doivent être invoquées dans l’examen de la question de Rome. Ces considérations résultent de la nature même de ce pouvoir mixte, à la fois spirituel et temporel, dont la conservation importe au catholicisme. Les peuples catholiques considèrent Rome comme une propriété commune dont la conservation doit être l’objet de leur entière sollicitude; et en dehors des principes immuables du droit qui la défendent, ces mêmes peuples se laissent diriger par des considérations toutes particulières. Nous désirons appeler les puissances catholiques à l’examen de la situation faite au Saint-Siége, à la recherche des moyens les plus efficaces à l'améliorer. L'Europe demeure toujours livrée aux préoccupations profondes et sérieuses qu’éveille
1 Le prince de Metternich à M. de Thouvenel, Paris 28 Mai 1861 Documents diplomatiques de l'empire français, 1861, p. 26.
? Le Nord, 24 Juin 1861. — Affaires étrangères, Documents di-
plomatiques, 1861, p. 30.
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Chap. I.] ALLOCUTIONS DU PAPE. 269
dans tous les esprits le seul bruit des projets ultérieurs tendant à faire de Rome la capitale d'un nouveau royaume d’Italie. En présence de cette situation, on sera convaincu de la nécessité évidente d'appeler les puissances catholiques à se concerter sur le meilleur moyen d'améliorer la situation du Saint-Père.» 1
L'empereur Napoléon IIT déclara dans son discours aux Discours de chambres françaises à la session de 1862, qu'en reconnaissant Njompereur
Napoléon en
le nouveau royaume d'Italie, «il s'était proposé de contribuer ion im par des conseils sympathiques et désintéressés, à la concilia- lienne. tion des deux causes dont l'antagonisme agite partout les esprits et les consciences. Par cette déclaration, la question du pouvoir temporel du pape devient indissolublement liée à celle de l’unité italienne. Il est bon d'ajouter cependant, que l'idée d'un arrangement basé sur une convention entre les États catholiques, continue à être répudiée en France.» «Nous avons fait observer», dit au sénat l’avocat du gouvernement, «qu'il nous était impossible de consacrer la création d’une sorte de droit catholique international, que dans les traités il ne peut être question que du pouvoir temporel, et que si un congrès devait être réuni pour examiner la question, toutes les puissances, même celles qui n'étaient pas catholiques,avaient droit de siéger dans ce congrès. » ?
Dans son allocution prononcée à l’occasion du décret du 25 attocutions Mars 1862 pour la canonisation des jésuites martyrisés au qe Me
du 25 Mars et
42 . . 9 Jui 862 Japon en 1597, le pape déclara que «si le pouvoir temporel ppeant ta
ne peut être proclamé article de foi, il est absolument né- RÉ npR cessaire dans l’ordre actuel de la Providence à l’indépendance LEA et à la liberté de l'Église. » 3
Le pape dit également, s'adressant le 9 Juin 1862 au grand consistoire : «Il nous est doux de vous rappeler le merveilleux concours avec lequel vous et nos autres vénérables frères, les évêques du monde catholique tout entier, vous n'avez pas cessé
par vos lettres à nous écrites, et par des lettres pastorales
1 Le Nord, 17 Juillet 1861.
? M. Brizaurr, Sénat. Séance du 3 Mars, Le Nord, 6 Mars 1862.
% Le Nord, 29 Mars 1862, — Annuaire des Deux Mondes, 1862 —
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270 LA FRANCE DANS LA QUESTION ROMAINE. [Part. II,
adressées aux fidèles, d'enseigner tout ensemble que le pouvoir temporel du siége apostolique a été accordé au pontife romain par un conseil particulier de la divine Providence; que ce pouvoir est nécessaire, afin que ce même pontife, indépendant de tout prince et de toute puissance civile, puisse exercer le pouvoir souverain qu’il a d'enseigner et de gouverner le troupeau du Seigneur, exercer l’autorité qu’il a reçue par l'institution divine du Christ lui-même avec une entière liberté dans toute l'Église et procurer le plus grand bien et l'utilité de cette même Église et des fidèles qui la composent. » 1
Le Non-possumus du pape a fait avorter tous les efforts qui ont été faits pour concilier des intérêts diamétralement opposés. La politique de la France, telle qu’elle était développée dans la lettre du 20 Mai 1862 de l’empereur Napoléon à son ministre des affaires étrangères, publiée dans le « Moniteur Universel» du 25 Septembre, fut confirmée de nouveau par la circulaire que M. Drouyn de Lhuys adressa le 18 Octobre aux représentants diplomatiques de la France. Dans sa lettre, Napoléon énumère les obstacles qui se sont jusqu'alors opposés à la réalisation de ses efforts, mais il déclare qu'il est du devoir des hommes d'État de chercher à réconcilier deux causes que les passions seules représentent comme irréconciliables, et il discute la question au point de vue des deux parties y intéressées.
«L'Italie, comme État nouveau », dit l'empereur, «a contre eile tous ceux qui tiennent aux traditions du passé; comme État qui a appelé la révolution à son aide, elle inspire la défiance à tous les hommes d'ordre. Elle a, à ses portes, un ennemi redoutable dont les armées et le mauvais vouloir facile à comprendre, seront longtemps encore un danger imminent. Ces antagonismes déjà si sérieux le deviennent davantage en s'appuyant sur les intérêts de la foi catholique. Il y a peu de temps, le parti absolutiste était le seul qui lui fût contraire. Aujourd’hui la plupart des populations catholiques en Europe lui sont hostiles, et cette hostilité entrave non-seulement les intentions bienveillantes des gouvernements rattachés par leur foi au Saint-Siége, mais elle arrête les dispositions favorables
1 Annuaire des Deux Mondes, 1862 —63, p. 966.
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Chap. I.] PROPOSITIONS FRANÇAISES. 271
des gouvernements protestants et schismatiques qui ont à compter avec une fraction considérable de leurs sujets. Ainsi, partout, c’est l’idée religieuse qui refroidit le sentiment public pour l'Italie. Sa réconciliation avec le pape aplanirait bien des difficultés, et lui rallierait des millions d'adversaires.
«D'autre part, le Saint-Siége a un intérêt égal, sinon plus fort, à cette réconciliation, car si le Saint-Siége a des soutiens zélés parmi tous les catholiques fervents, il a contre lui tout ce qui est libéral en Europe.
«L'intérêt du Saint-Siége, celui de la religion, exigent donc que le pape se réconcilie avec l'Italie, car ce sera se réconcilier avec les idées modernes, retenir dans le giron de l'Église deux cent millions de catholiques et donner à la religion un lustre nouveau en montrant la foi secondant les progrès de l'humanité.
«Le pape ramené à une saine appréciation des choses, comprendrait la nécessité d'accepter tout ce qui peut le rattacher i l'Italie, et l’Italie, cédant aux conseils d’une sage politique, ne refuserait pas d'accepter les garanties nécessaires à l’indépendance du Souverain-Pontife et au libre exercice de son pouvoir. On atteindrait ce double but par une com'inaison qui, en maintenant le pape maître chez lui, abaisserait les barrières qui séparent aujourd'hui ses États du reste de l'Italie.
«Pour qu'il soit maître chez lui, l’inäépendance doit lui être assurée, et son pouvoir accepté librement par ses sujets. Il faut espérer qu'il en serait ainsi, d’un côté, lorsque le gouvernement italien s’engagerait vis-à-vis de la France à reconnaître les États de l'Église et la délimitation convenue, de l'autre, lorsque le gouvernement du Saint-Siége revenant à d'anciennes traditions, conserverait les priviléges des municipalités et des provinces de manière à ce qu’elles s’administrent pour ainsi dire elles-mêmes: car, alors, le pouvoir du pape, planant dans une sphère élevée au-dessus des intérêts mondains de la société, se dégagerait de cette responsabilité toujours
DB pesante et qu’un gouvernement fort peut seul supporter.
«Les indications générales qui précèdent ne sont pas un ultimatum que j'aie la prétention d'imposer aux deux partis en désaccord, mais les bases d’une politique que je dois
Propositions
françaises du
80 Mai 1862 transmises
à l'ambassa-
deur français à Rome,
Refus du gouvernementromain,
272 REFUS DU GOUVERNEMENT ROMAIN. [Part II,
m'efforcer de faire prévaloir par notre influence légitime et nos conseils désintéressés, »
Les propositions de détail contenues dans les instructions de M. de Thouvenel du 30 Mai 1862, adressées à l’ambassadeur français à Rome sont rappelées dans la dépêche de ce dernier, du 24 Juin:
1° Le maintien du statu quo territorial, le Saint-Père se résignant sous toutes réserves, à n’exercer son pouvoir que sur les provinces qui lui restent, tandis que l'Italie s’engagerait vis-à-vis de la France à respecter celles que l'Église possède encore.
29 Le transfert, à la charge de l'Italie, de la plus grande partie, sinon de la totalité de la dette romaine.
30 La constitution au profit du Saint-Père d’une liste civile destinée à compenser les ressources qu’il ne trouverait plus dans le nombre réduit de ses sujets. En prenant l'initiative de cette proposition aupr': ü»s puissances européennes, et plus particulièrement auprès se celles qui appartiennent au culte catholique, la France devrait s'engager pour sa part, à contribuer dans la proportion d’une rente de trois millions à l'indemnité offerte au chef de la catholicité.
49 La concession, par le Saint-Père, de réformes qui, en lui ralliant ses sujets, consolideraient à l’intérieur un pouvoir déja protégé au dehors par la garantie de la France et des puissances européennes. »
M. de Lavalette rend ainsi compte du refus du gouverne ment romain: «Le Saint-Père, m'a dit Son Eminence (le cardinal Antonelli), ne peut consentir à rien qui, directement ou indirectement, consacre d’une manière quelconque Ja spoliation dont il a été victime. Il ne peut aliéner ni directement ni indirectement aucune parcelle d’un territoire qui constitue la propriété de l’Église et de la catholicité tout entière. Sa conscience s’y refuse, et il tient à la garder pure devant Dieu et devant les hommes. Le Saint-Père ne peut donc consentir à ce qu'on lui garantisse une partie de cette propriété: ce serait en fait, sinon en droit, faire l'abandon du reste. » !
1 Le Nord, 27 et 28 Septembre 1862. — Affaires étrangères, Documents diplomatiques, 1862, p. 1, 3, 5, 6, 9, 10.
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Chap. 1] GARIBALDI EN CALABRE.
Le 2% Août 1862, Garibaldi débarquait en Calabre, avec le projet hautement avoué de marcher sur Rome, d'en chasser les Français ct de renverser le pape. Le gouvernement italien, après avoir fait avorter cette expédition, adopta pour ainsi dire le mot d'ordre de l'insurrection et réclama Rome pour capitale. «L'occupation de Rome », dit le ministre des affaires étrangères d'Italie, le 8 Octobre 1862, au Chevalier Nigra à Paris, «quels qu'aient été les motifs qui l'ont déterminée, ne constitue pas moins une atteinte au principe de non-intervention, reconnu généralement par les puissances et spécialement appliqué à l'Italie. Nous ne discuterons pas ces motifs. Ce qui importe maintenant, c'est de savoir si la continuation de l’occupation peut être justifiée pour l'avenir.
«Demander en effet qu'on rende préliminairement au Saint- Siége les provinces qui depuis deux ans forment partie intégante du royaume d'Italie que la France et presque toutes les puissances ont reconnu, et dans lesquelles, avant l'annexion, acun ordre n'était possible qu'à l’aide de l'intimidation provenant de forces étrangères: se refuser à admettre un arrangment quelconque sans cette restitution, c'est fermer toutes ks voies à des négociations futures. Il est done désormais démontré à l’évidener que l'occupation n’a obtenu et n'obtiendra jamais ni la réconciliation de l'ftalie avec le Saint-Siège, un celle de la population romaine avec son gouvernement. Voilà quatorze ans que la garnison française est à Rome, et aucune des réformes demandées n'est venue améliorer le gouvernement pontifical; les consciences catholiques sont plus tronblées que jamais. »
M. Drouyn de Lhuys, qui avait remplacé M. de Thouvenel, initait l'Italie, dans sa note du 26 Octobre 1862 au chargé d'aftres à Turin, à se mettre au préalable d'accord avec le Saint- Siége, si elle voulait obtenir l'évacuation de Rome. — «Le cabinet de Turin», dit-il, «n’a pas oublié que le roi Charles-Albert gagé déjà pour l’affranchissement de l'Italie dans son hétique entreprise, et secondé par un ministère que présidait dors M. Gioberti, prenait vis-à-vis de la France l'initiative lune proposition d'entente pour assurer le domaine de l'Église, ttgarantir au besoin par les armes piémontaises les uroits
LAWRENCE-WHEATON, IL 18
Garibaldi de barque en Calabre dans l'intention de marcher sur Rome en Août 1862.
L'Italie se plaint de l'occupation de Rome par les Français,
M. Drouyn de Lhuys au charge d'ut faires n Fu rin, le 26 Octobre 1862
Gant ann
274 PROGRAMME DE GARIBALDI. [Part. I
du Saint-Siége contre toute atteinte. — Accourue ia première, la France eut l'honneur de restaurer l’antorité dy Saint-Père. Elle était à la veille de rappelér ses troupes, lorsque la guerre éclatant entre l'Autriche et le Piémont vint lui créer de nouveaux devoirs.
« L'empereur n'hésita pas à accepter une guerre d’où devait sortir l'indépendance de la Péninsule. Dans la pensée de l'empereur, l'indépendance de la Péninsule était assurée pa les stipulations de Zurich. Aussi lorsque, cédant à des entrai-
nements qui pouvaient remettre en question les résultats ac. À
quis par la guerre de 1859, le cabinet de Turin se déco à prendre la direction du mouvement qui agitait les populations italiennes, et à procéder à l'annexion des duchés, le gouverne. ment de l’empereur dut dégager sa solidarité d’une politique qui cessait d’être la sienne et en décliner pour lui-même la responsabilité.
«Bientôt après, le reprise de Garibaldi sur la Sicile et sur le royaume de Naples, en entraînant le cabinet de Turin à intervenir dans l'Italie méridionale, allait l’engager dans un conflit armé avec le gouvernement du Saint-Père, et nous obliger nous-mêmes à désavouer solennellement des actes attentatoires à la souveraineté que nous couvrions de nôtre protection. »
M. Drouyn de Lhuys rappelait les réserves dont l'acte de reconnaissance du roi d'Italie avait été accompagné. Il ajoutait: « Après avoir rappelé la répression de la tentative de Garibaldi, le général Durando s'approprie son programme et affirmant le droit de l'Italie sur Rome, réclame au nom de son gouvernement la remise de cette capitale et la dépossession du Saint-Père, — En présence de cette affirmation solennelle et de cette revendication péremptoire, toute discussion me paraît inutile, et toute tentative de transaction illusoire. Dans notre pensée, cette négociation ne peut avoir pour objet que de réconcilier deux intérêts qui se recommaident à notre sollicitude à des titres différents, mais pour nous également respectables, et nous ne saurions consentir à sacrifier l’un à l’autre.
«Le gouvernement italien sait, d’ailleurs, qu’il nous trouvera]
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Chap. L.] CONVENTION DE 15 SEPTEMBRE 1864. 270 toutes les combinaisons qu'il pourrait lui convenir de nous
suggérer, et qui lui paraîtraient de nature à nous rapprocher du but que sa sagesüe, nous voulons l’espérer, nous aidera à atteindre. » 1 *
Le cabinet anglais déclara à celui de Paris, le 31 Octobre 1862, que, «tout en rendant hommage aux vues élevées qui ont inspiré à l'empereur le dessein de réconcilier le pape avec l'Italie, il ne partage pas l'espérance que Sa Majesté y rattache et il considère comme une solution à la fois équitable et pratique de laisser dès à présent Rome aux Romains.»
M. Drouyn de Lhuys, sans vouloir entrer dans une discussion régulière et suivie, répondit à Lord Cowley : « En contuant d'occuper Rome aussi bien qu’en y envoyant nos troupes, nous avons obéi à des nécessités que nous n'étions pas maîtres de prévenir et auxquelles nous ne sommes pas libres de nous soustraire. » ?
Une dépêche du 17 Juin 1864 du Chevalier Visconti Venosta, ministre des affaires étrangères à Turin, au ministre d'Italie à Paris, trace les garanties que le zouvernement italien était disposé à donner au Saint-Siège pour faire cesser l'occupation de Rome par des troupes françaises. Ce projet fut formulé dans la convention du 15 Septembre 1864 entre la France et l'Italie. En voici les articles:
«Article I. L'Italie s'engage à ne pas attaquer le territoire actuel de Saint-Pierre et à empêcher, même par la force, toute attaque venant de l'extérieur contre ledit territoire.
«Art. I. La France retirera ses troupes des États pontifiaux graduellement et à mesure que l’armée du Saint-Père sera organisée, L’évacuation devra néanmoins être accomplie dans le délai de deux ans.
«Art. IT. Le gouvernement italien s’interdit toute réclamation contre l’organisation d’une armée papale composée même de volontaires catholiques étrangers, suffisante pour maintenir
l'Affaires étrangères, Documents diplomatiques, 1862, p. 51.
° M. de Thouvenel au Marquis de Cadore à Londres, le 25 Novembre 1862. 1862, p.19,
Affaires étrangères, Documents diplomatiques,
Déclaration du cabinet anglais à celui de Paris, le 41 Octobre 1562,
Convention du 15 Septembre 1864 pour faire cesser l'oceupation française a Rome.
Pourquoi on wa pas deimnandé au pape son assentiment,
276 FLORENCE, CAPITALE DE L'ITALIE. [Part. If, l'autorité du Saint-Père et la tranquillité tant à l'intérieur que sur les frontières de ses États, pourvu que cette force ne puisse dégénérer en moyen d'attaque contre le gouvernement italien.
«Art. IV. L'Italie se déclare prête à entrer en arrangement pour prendre à sa charge une part proportionnelle de la dette des anciens États de l’Église. »
’ar un protocole de la même date, qui aura, est-il déclaré, la même force et valeur que la convention, il est stipulé que «la convention n'aura de valeur exécutoire que lorsque Sa Majesté le roi d'Italie aura décrété la translation de la capitale du royaume dans l'endroit qui sera ultérieurement déterminé par Sa dite Majesté.» Le protocole portait aussi que cette translation devait être opérée dans le terme de six mois à dater de la dite convention, mais, par une déclaration faite en double le 3 Octobre, il fut convenu, pour obtenir le con-
sentement des chambres italiennes et la présentation d'une loi, #
que le délai de six mois pour la translation de la capitale conmencerait, ainsi que le délai de deux ans pour l'évacuation du territoire pontifical, à la date du décret royal sanctionnant h loi qui allait être présentée au parlement italien. !
Dans la dépêche du chevalier Nigra, au ministre des affaires étrangères d'Italie, datée, ainsi que la convention, du 15 Sep tembre 1864, il est dit: «Quant à la clause de la translation comme elle ne pouvait, d'après le gouvernement du roi, faire partie intégrante de la convention, on aurait dû la formuler dans un protocole séparé. En employant cette forme, ona voulu montrer qu’une telle mesure était pour nous un fait de politique essentiellement intérieure, lequel ne pouvait avoir de connexion avec la convention qu'en ce qu'il créait une situation nouvelle où la France voyait une garantie qui lui permettait de retirer ses troupes, et un gage que l'Italie renoncait à la force pour occuper Rome. » ?
La dépèche de M. Drouyn de Lhuys, du 1% Octobre 1864, au comte de Sartiges à Rome, nous apprend que, si le gouvernement français n'avait pas demandé son assentiment au pape
l Mémorial diplomatique, 1864, p. 652.
2? Ibid., p. 700.
Chap.
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Chap. 1.] RÉPONSE DU PAPE À LA CONVENT, DE SEPTEMBRE. 277 sur les dispositions de l'acte du 15 Septembre 1864, c'est que l'attitude gardée jusqu'alors par le Saint-Siége ne permettait pas d'espérer qu'on en obtiendrait cet assentiment. !
La convention conclue entre la France et l'Italie le 15 Septembre 1864 traçait aux deux puissances signataires des devoirs réciproques. Elle stipulait d'autre part en faveur du Saint- Siége, qui n'était pas intervenu dans les négociations. Le parlement italien s'ouvrit le 25 Octobre 1864. Malgré le vote du 18 Juin 1862, qui avait réclamé Rome comme capitale, le projet du gouvernement fut adopté. Il y eut dans la chambre tlective une majorité de 3417 voix contre 70. Le décret royal qui transférait la capitale à Florence est daté du 12 Décembre.
Pie IX ayant convoqué les cardinaux au Vatican pour avoir leur avis, l’ajournement de tonte réponse et de toute résolution fut recommandé. Le gouvernement français vit néanmoins dans l’encyclique du 8 Décembre 1864, une réponse à la convention du 15 Septembre. M. Drouyn de Lhuys répondit à cette communication dans une dépêche à M. de Sartiges.
«Vous avez déjà eu connaissance», dit-il, écrivant le 7 Jan-
vier 1865, «de la lettre circulaire que M. le ministre de la justice et des cultes a cru devoir adresser aux membres de l'épiscopat français, afin de les informer loyalement des vues du gouvernement de Sa Majesté par rapport à l’encyclique, et de les avertir des inconvénients qu'offrirait la promulgation de ce document, »
«Cependant », dit l’Æxposé francais, «le cardinal Antonelli, vers le commencement d'Octobre, allait méme jusqu'à se préoccuper de la façon dont Particle relatif au transfert de la dette pontificale afférente aux provinces annexées pourrait être mis à exécution, sans qu'il en résultät de la part du Saint- Siége la reconnaissance du royaume d'Italie, et M. de Sartiges a été autorisé à l’assurer que la France, en effet, ne demande au Saint-Père aucun engagement ou aucune mesure impliquant «a renonciation à des droits qui, à ses yeux, n'ont cessé de lui appartenir, »
On espérait beaucoup, dans la voie de conciliation, d’une démarche faite par le pape, au printemps de 1865. Par une
l Mémorial diplomatique, 1865, p. 130.
Stipalations en faveur du Saint-Sicye,
Vote pour transferer la capitale à Florence,
Encyclique du 3 Decembre 1864, en réponse a la convens tion,
M. Drouyn de Lhuys à M. de Sartiges, le 7 Janvier ts,
Le cardinal Antonelli sur la dette pontiticale,
Lettre autographe du
pape au roi Victor-Eun manuel,
citiniéiétenenge
Négociation
relative à des
u“ffaires religieuses,
Le pape et le pouvoir civil,
Discours de l'empereur Napoléon à l'ouverture de la session de 1865,
vacants, cette proposition.