ILE DE CUBA
La politique à laquelle les États-Unis ont adhéré à l'égard de E.
l'ile de Cuba, depuis une période qui remonte au message du pré sident Monroë de 1823, nous fournit une preuve de plus du droit qu’a toute nation de s’opposer au transfert d’un territoire rap proché, des mains d’un État faible à celles d’une puissance forte. Ce changement peut en cffct convertir le territoire transféré en
l Mémorial diplomatique, 1864, p. 330. Voir aussi pour Île con. grès de Panama, Martens, Nouveau recueil, tom. VI, p. 148—1786: — British Foreign State Papers, 1825— 96, p. 370. — Lesur, 4x nuaire, 1826, p. 594. Jbid., 1827, p. 10 app.
? Annuaire des Deux Mondes, 1864—65, p. 846.
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Chap. I.] ILE DE CUBA. 317
ase d'opérations hostiles contre l'indépendance de cette nation ou contre ses institutions intérieures.
«La Grande-Bretagne», disait M. Canning, « désavoue de ha manière la plus solennelle toute idée d'occuper Cuba, ou Mais celle ne pourrait envisager non plus avec indifférence tout cffort qui serait fait pour en obtenir possession par quelque autre puissance, qui, comme dle, serait en termes d'amitié avec l'Espagne, alors qu’elle mème se défend de tout désir de la posséder. » !
Des expéditions dirigées contre l’île de Cuba, en 1851, ayant été organisées aux États-Unis, quoique contrairement aux lois du pays, l'Angleterre et la France y virent un prétexte pour intervenir, et elles allèrent jusqu’à envoyer aux commandants de leurs stations navales l’ordre d'empêcher par la force, si cela devenait nécessaire, le débarquement des aventuriers de toutes nations qui se rendraient à Cuba avec des intentions hosiles. Les deux puissances crurent de leur devoir de faire part de ces instructions au gouvernement des États-Unis.
En réponse à une communication orale faite, le 27 Septembre 1851, par le chargé d’affaires anglais au secrétaire d’État par intérim, ce dernier dit «que le Président était d'opinion que, en ce qui concernait la république des États-Unis et ses citoyens, l'intervention résultant de l'exécution de ces ordres, en admettant qu’ils fussent légitimes, devait amener des conséquences fâcheuses et produire plus de mal que de bien. L'exécution de ces ordres équivaudrait à l'exercice d’une espèce de police sur les mers qui sont dans notre voisinage immédiat, et que nos navires et nos citoyens parcourent en tous sens. Il faudrait aussi, jusqu’à un certain point, pouvoir établir une juridiction pour déterminer quelles expéditions rentraient dans la catégorie dénoncée, et quels étaient ceux que l’on pouvait considérer comme des aventuriers coupables, engagés dans ces entreprises. »
Dans une note du 22 Octobre 1851, adressée à M. de Sartiges, M. Crittenden dit: «Cette intervention, sous un autre point de vue encore, ne saurait tre envisagée avec indifférence par le Président des États-Unis. La position géogra-
1 SrapLeroN, Political life of M. Canning, vol. I, p. 143.
M, Canniuy désavoue toute idée d'occuper
Cuba.
Expéditions organisées , dux États-Unis contre Cuba,
Le secrétaire d'Etat américain au chargé d’affaires anglais, le 27 Septembre 1851,
M. Crittenden à M. de Sartiges, le 22 Octobre 1551,
Réponse de M. de Sartiges, le 27 Ortobre1851,
M. Webster à l'envoyé de France, le 18 Noveinbre 1851,
Notes adressées au secrétaire d'État américain par les ministres de France et d’Angleterre,
Convention tripartite proposée quant à la possession de Cuba,
318 L'ESPAGNE ET SES COLONIES DE L'AMÉRIQUE, [Part, I]
phique de l’île de Cuba, située non loin de l'embouchure qu Mississipi, et pouvant contrôler la voie fluviale la plus importante pour le commerce des États-Unis, ne manquerait pas, si cette île passait entre les mains de quelque puissante nation européenne, de produire de la défiance et de l’appréhension chez le peuple de ce pays-ci. La possession de cette île par une nation, plutôt que par une autre, est donc une question qui touche à la sécurité et aux intérêts des citoyens américains. Ce gouvernement a déjà fait savoir officiellement à celui de France, de même qu'aux autres gouvernements curopéens, qu'il ne verrait pas avec indifférence la cession de l'ile de Cuba, par l'Espagne, à une autre puissance européenne. Le Président (Fillmore) partage les mêmes vues, et il apprthende qu'en cas d'événements dont on peut admettre la pro: babilité, l’espèce de protectorat que l’on voudrait introduire mentraîne à des résultats auxquels il y aurait tout autant à blâmer. »
M. de Sartiges, répondant le 27 Octobre 1851 à cette note, reconnaissait les principes mis en avant par le gouvernement américain, et déclarait que les instructions étaient dirigées exclusivement contre les pirates et les aventuriers, qui tenteraient de débarquer à main armée sur le territoire d’une puissance amie, sans égard à leur nationalité.
Le 18 Novembre 1851, M. Webster écrivit à l’envoyé de France: «Attendu que M. de Sartiges fait savoir que le gouvernement français n’a en vue que de faire exécuter les articles de son code maritime contre les pirates, il paraît superflu de renouveler pour le moment les discussions sur ce sujet. » !
Le 23 Avril 1852, des notes séparées, rédigées toutefois dans le même sens, furent adressées au secrétaire d'État américain, par les ministres de France ct d'Angleterre, A ces notes étaient jointes des copies des dépèches des ministres des affaires étrangères des deux pays (M. de Turgot et le comte de Malmesbury) et aussi, une copie de la rédaction d’une convention tripartite. Le seul article substantiel de cette convention était ainsi conçu: «Les hautes parties contractantes déclinent séparément et collectivement, maintenant et pour tou-
l'Cong. Doc, 32€ Cong., 1" sess., Senate. Ex. Doc. 1, p. 74 — 82.
Chap. I
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