INTERVENTION DE 1861 AU MEXIQUE
La convention du 31 Octobre 1861, entre l'Angleterre, l'Espagne et la France, nous offre un exemple saillant de l’intrvention de l’Europe dans les affaires de l'Amérique.
L'Espagne, paraîtrait-il, avait déjà voulu intervenir au Mexique, faisant remonter ses réclamations contre ce pays à l'année 1853. En 1858, le bruit avait couru qu’elle préparait ine expédition navale et militaire cohtre le Mexique, dans le but d'y acquérir une influence politique prépondérante, mettant à profit l’état de détresse dans lequel se trouvait le pays.
C'est à ce propos que M. Cass, secrétaire d'État, écrivait k 2 Octobre 1858, à M. Dodge, ministre américain à Madrid. Yous êtes au fait», disait-il, «de l'attitude prise par les États-
Unis dans cette question, et vous n’ignorez pas qu'ils ne per-
mettront pas la soumission par les puissances européennes, d'aucun des États indépendants de ce continent, et qu’ils ne suffriront pas non plus que l’Europe exerce un protectorat sur ces États, ni même qu’elle emploie aucune influence politique directe pour contrôler leur politique ou leurs institutions. Des circonstances récentes ont donné plus de poids
| Lesur, Annuaire, 1848, p. 199.
?* Voir part. Il, chap. 1v.
Nouvelle délimitation de frontières.
Convention du 31 Octobre 1861 entre l'Angleterre, l'Espagne et la France.
Réclamations de l’'Espagne eu
M. Cass au ministre américain æ Madrid, le 2 Octobre 1858,
340 CONVENTION ENTRE LA FRANCE, L'ANGLETERRE [Part Il,
à cette détermination, et elle sera observée inflexiblement. quelles qu’en puissent être les conséquences.» 1
Lord Russell Dans une dépêche adressée trois ans plus tard, le 27 Sep- !
Cow- ; NET “tx embre 1861, à Lord Cowley, le comte Russell s'exprimait ainsi:
Sepentre «Le gouvernement des États-:nis n'ignorait pas que là Grande. Bretagne, la France et l'Espagne, de même que les États-Unis. avaient plusieurs griefs à faire valoir contre le Mexique, mais d'un autre côté, une intervention directe, pour organiser un nouveau gouvernement au Mexique, et surtout une participation active de la part de l'Espagne, ne pourraient que causer de l’émoi aux États-Unis. Ce serait là une espèce d’intervention directe dans les affaires intérieures de l'Amérique à laquelle ils s'étaient toujours opposés. Il y avait à vrai dire une sorte d'entente d’après laquelle, tant que les puissances euro péennes ne se méêleraient pas des affaires de l'Amérique, les États-Unis se tiendraient à l'écart des alliances européennes. Mais si une combinaison des puissances organisait un gouvernement au Mexique, les États-Unis se verraient obligés de choisir des alliés en Europe et de prendre part aux guerres et aux traités de ce continent.»
Le ministre Le 11 Octobre 1861, le ministre des affaires étrangères de
des affaire. AIRE ñ FE étrangères France, écrivit au comte de Flahaut, ambassadeur français à
le France + .
au comte de Londres: «Le gouvernement de la reine, m’a dit Lord Cowley,
ones. est prêt à signer avec la France et avec l'Espagne une convention à l'effet d'obtenir la réparation des torts commis ervers les sujets des trois pays, et d'assurer l’exécution des engagements contractés par le Mexique vis-à-vis des gouvernements respectifs, pourvu qu'il soit déclaré dans cette convention que les forces des trois puissances ne seront employées à aucun objet ultérieur quelconque, et surtout qu’elles n'interviendront pas dans le gouvernement intérieur du Mexique.
Invitation Le cabinet de Londres propose d'inviter les États-Unis à ad- |
adressñe aux : , États-Unis hérer à cette convention, sans toutefois attendre leur réponse rte, pour commencer les opérations actives.
«J'ai répondu à l’ambassadeur d'Angleterre que j'étais complétement d'accord avec son gouvernement sur ce point : que
je reconnaissais, comme Lord Russell, que la légitimité de notre
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Chap. L] AT L'ESPAGNE RELATIVE AU MFXIQUF.
action coërcitive à l'égard dn Mexique ne résultait évidemment que de nos griefs contre le gouvernement de ce pays, et que ces giefs, ainsi que les moyens de les redresser et d’en prévenir lk retour, pourraieit seuls en effet faire l’objet d’une convention ostensible. J’admettais également, sans aucune difficulté, que les parties contractantes pourraient s'engager à ne retirer de leur démonstration aucun avantage politique ou commercial, à l’exclusion les unes des autres, et même de toute aitre pnissance; mais qu'il me semblait inutile d'aller au-delà et de ‘‘*terdire à l'avance l’exercice éventuel d’une particination ‘itime dans des événements dont nos opérations pouraient être l’origine. Pas plus que le gouvernement de la reine, celui de l’empereur ne veut assumer la responsabilité d'une intervention directe dans les affaires intérieures du Mexique, mais il pense qu'il est de la prudence des deux cahinets de ne pas décourager les efforts qui pourraient être tentés par le pays Ini-même, pour sortir de l’état d'anarchie où il est plongé, en lui faisant connaître qu'il n’a à attendre en aucune circonstance aucun appui et aucun secours. ['intérêt commun de la France et de l'Angleterre est évidemment de voir s'établir au Mexique un état de choses qui assure la éeurité des intérêts déjà existants et qui favorise le développement de nos échanges avec l’un des pays du monde les vus richement doués. Les événements dont les États-Unis sont en ce moment le théâtre, donnent ? ces considérations me importance nouvelle et plus urgente. Il est permis de
A cupposer en effet que, si l’issue de la crise américaine con-
acrait la séparation définitive du Nord et dn sud, les deux nouvelles Confédérations chercheraient l’une et l’autre des ompensations que le territoire du Mexique, livré à une dissohtion sociale, offrirait à leurs compétitions. Un semblable ivénement ne saurait être indifférent à l’Angleterre, et le principal obstacle qui pourrait, selon nous, en prévenir l’accomplissement serait la constitution au Mexique d’un gouverment réparateur assez fort pour arrêter sa dissolution intérieure, Que les éléments d’un semblabie gouvernement existent au Mexique, c'est ce que nons ne saurions certainement assurer, Mais l'intérêt qui s'attache pour nous à la régénération de ce pays ne permet pas, ce nous semble, de négliger au-
Effets attendus de la separation du Nord et du Sud des Etats-Unis.
Ras
ARCS Tes di
Un prince d'Autriche proposé pour souverain,
M. de Thou-
venel à l'am-
bassadeur de France à Madrid,
342 CONVENTION ENTRE LA FRANCE, L’ANGLETERRE [Part II
cun des symptômes qui pourraient faire espérer le succès d'une pareille tentative. A l'égard de la forme de ce gouvernement, pourvu qu’il donnât au pays et à nous-mêmes des garanties suffisantes, nous n'avions, et je ne supposais à l'Angleterre, aucune préférence ni aucun parti pris. Mais si les Mexicains eux-mêmes, las de leurs épreuves, décidés à réagir contre un passé désastreux, puisaient dans le sentiment des dangers qui ies menacent une vitalité nouvelle; si, revenant par exemple aux instincts de leur race, ils trouvaient bon de chercher dans un établissement monarchique le repos et la prospérité qu'ils n'ont pas rencontré dans les institutions républicaines, je ne pensais pas que nous dussions nous interdire absolument de les aider, s’il y avait lieu, dans l'œuvre de leur régéneration, tout en reconnaissant que nous devions les laisser entièrement libres de choisir la voie qui leur paraitrait la meilleure pour les y conduire.
«J'ai ajouté que, dans le cas où la prévision que j'indiquais viendrait à se réaliser, le gouvernement de l’empereur, dégagé de toute préoccupation intéressée, écartait d'avance toute candidature d'un prince quelconque de la famille impériale, et que, désireux de ménager toutes les susceptibilités, il verrait avec plaisir le choix des Mexicains se porter sur un prince de la maison d'Autriche.» !
Quelques mois plus tard, le comte Russell écrivait (17 Janvier 1862) à Sir Charles Wyke: «On dit que l’archidue Maximilien sera invité par un nombre considérable d2 Mexicains à monter sur le trône du Mexique et que la nation applaudira à ce changement. Si le peuple mexicain, par un mouvement spontané, place sur le trône l’archiduc d'Autriche, il n'y à rien dans la convention qui s’y oppose.»
Dans la dépêche du 15 Octobre adressée par M. de Thouvenel à l'ambassadeur français à Madrid, il est également question du choix d’un archidue d'Autriche. «Un tel choix,
en effet,» dit M. de Thouvenel, «indépendamment des autres
motifs qui pourraient être invoqués pour y adhérer, aurait
l'avantage d’écarter de l’action collective des trois puissances |
toute cause de froissement ou de rivalité nationale, en même temps qu’il laisserait toute son autorité à l'appui moral qu'elles
1 Documents diplomatiques, 1862, p. 153.
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Chap. [L.] ET L'ESPAGNE RELATIVE AU MEXIQUE.
seraient appelées à donner à la nation mexicaine. En un mot, les trois puissances tiendraient ici une conduite analogue à celle que la France, l'Angleterre et la Russie observèrent à l'égard de la Grèce, lorsqu'elles s'engagèrent à n’accepter pour aucun de leur sprinces le nouveau trône élevé par leurs communs efforts.
«Quant à la participation des États-Unis, il ne saurait y avoir aucune difficulté entre l'Espagne, l'Angleterre et nous. Lord Cowley m'a dit que son gouvernement était d'avis que l’on pourrait commencer les opérations sans attendre la réponse du cabinet américain, et je vois par votre correspondance que c'est également l’opinion de M. Calderon Collantes. » !
Le préambule de la convention du 31 Octobre 1861 déclare que les souverains de la France, de l'Espagne et de l’Angleterre, se trouvent placés par la conduite arbitraire et vexatoire des autorités de la république du Mexique, dans la nécessité d'exiger une protection plus efficace pour les personnes et les propriétés de leurs sujets, ainsi que l'exécution des obligations contractées envers elles par la république du Mexique, Elles se sont done entendues pour conclure une convention pour combiner leur action commune.
L'article 1° porte qu'il sera envoyé sur les côtes du Mexique des forces de terre et de mer combinées, «dont l’ensemble devra être suffisant pour pouvoir saisir et occuper les différentes forteresses et positions du littoral mexicain.»
«Les commandants des forces alliées seront, en outre, autorisés à accomplir les autres opérations qui seraient jugées,
sur les lieux, les plus propres à réaliser le but spécifié dans le
préambule, et notamment à assurer /a sécurité des résidents étrangers. Toutes les mesures dont il s’agit seront prises au nom et pour le compte des hautes parties contractantes sans acception de la nationalité particulière des forces employées à les exécuter.»
Les hautes parties contractantes s'engagent par l'article II «à ne rechercher pour elles-mêmes, dans l'emploi des mesures coëreitives prévues par la convention, aucune acquisition de territoire ni aucun avantage particulier, et à n’exercer dans les affaires intérieures du Mexique aucune influence de nature à porter atteinte au droit de la nation mexicaine de choisir et de constituer librement la forme de son gouvernement. »
1 Documents diplomatiques, 1862, p. 155.
Convention du 31 Octobre 1861,
Saisie des forteresses du littoral,
Aucun avantage particulier pour les parties contractantes,