AUX ÉPÎTRE8 CATHOLIQUES
Il y a parmi les livres du Nouveau Testament sept Epîtres qui portent le nom de catholiques : une de saint Jacques, deux de saint Pierre, trois de saint Jean, et une de saint Jude.
Cette dénomination est très ancienne. Eusèbe, saint Jérôme et saint Epiphane la donnent comme universellement reçue de leur temps. On la retrouve aussi dans Clément d'Alexandrie et dans Origène (1). De là on peut conclure que ces Epîtres ont porté le nom de catholiques dès le second siècle.
On est partagé sur le sens de cette expression. Quelques-uns supposent que le titre de catholique signifiait canonique. Mais Eusèbe affirme que, de son temps, toutes les Epîtres nommées catholiques n'étaient pas reçues comme canoniques ; et Origène au contraire appelle catholique l'Epître de saint Barnabe, qui est toujours restée hors du canon des livres saints.
D'autres pensent qu'on appelait ces Epîtres catholiques ou universelles, parce qu'elles n'étaient point
(1) Eus., Hist. E., 1. II, c. xxiii, et 1. VII, c. xxv. — S. Hier., de Vir. ÎU., c n. — S. Epiph., H»r., c. li, n° 3. — Clem. Al., Strom., iv, 15. — Urig. in Matth., t. III, p. 7l>7, éd. Delarue.
adressées à des églises particulières, comme celles de saint Paul aux Corinthiens ou aux Galates, mais à tous les chrétiens, ou du moins à tous les Juifs convertis et répandus en diverses provinces. Si l'on objecte que les lettres à Electe et à Caïus ne rentrent point dans cette classe, ils répondent que les cinq premières étant appelées de ce nom, on y avait compris aussi les deux dernières.
Quoi qu'il en soit, ce nom de catholiques, donné primitivement à ces Epîtres, leur est resté même après qu elles ont été partout reconnues comme sacrées et canoniques, parce que c'était un terme qui les distinguait des quatorze de saint Paul.
Un caractère de polémique se remarque dans ces Epîtres ; les Apôtres y sont attentifs à combattre les hérésies naissantes. Ils réfutent sans les nommer Simon le magicien, Nicolas, Cérinthe, Ebion, et ces sectes pernicieuses qui commençaient dès lors à paraître et se fondirent dans l'impur gnosticisme.
Quant à l'authenticité de ces Lettres apostoliques et à leur canonicité, elles sont depuis longtemps hors de discussion. Le Concile de Trente a frappé d'anathème celui qui ne les recevrait pas comme sacrées et canoniques (1).
Au reste, en portant ce décret, le saint Concile n'a fait que rédiger en loi l'enseignement constant de la tradition. Nous le montrerons pour chacune des Epîtres en particulier. Dès maintenant nous prouve-
(1) Epistolœ... Pétri apostoli dnœ, Joannis apostoli très, Jacobi apostoli una, Judœ apostoli una... Si qicis autem... pro sacris et canonicis non susceperit... anathema sit. Concil. Trid. Decretum de Canon. Script.
rons, par des textes précis, que dans l'antiquité' ces sept Epîtres étaient admises comme inspirées de Dieu.
Nous citerons d'abord le troisième Concile de Carthage qui fut tenu l'an 397. 11 dressa un canon des livres qui seuls devaient être lus en public comme Ecritures sacrées. Il y nomme « deux Epîtres de l'Apôtre saint Pierre, trois de saint Jean, une de saint Jude et une de saint Jacques (1). »
Avant le Concile de Carthage, saint Grégoire de Nazianze avait mis en vers le canon des divines Ecritures. La listé des livres du Nouveau Testament se termine ainsi : « Il y a sept Epîtres catholiques, savoir une de Jacques, deux de Pierre, trois de Jean, celle de Jude est la septième (2). »
Saint Cyrille de Jérusalem (né l'an 315), après avoir énuméré les livres de l'Ancien Testament et les quatre Evangiles avec les Actes des Apôtres, ajoute : « Recevez encore les sept Epîtres catholiques de Jacques, de Pierre, de Jean et de Jude. » Puis il y joint les quatorze de saint Paul (3).
(1) Voici ce canon célèbre : Sunt autem canonicœ Scripturœ, Genesis, Exodus, Eeviticus, Numeri,Deuteronomium,JesuNave,Judicum, Ruth. Regnm libri quatuor, Paralipomenon libri duo. Job unus, Psalterium Davidicum, Salomonis libri quinque, libri duodeeim Prophetarum, Isaias, Jeremias, Ezechiel, Daniel, Tobias, Judith, Esther,
I b libri duo, Machabœorum libri duo. Novi autem Testameuti
viginti sept fin : Evangeliorum libri quatuor, Actuum Apostolorum
liber unust Pauli Epistolœ tredecim, ejusdem ad Jlebrœos una. Pétri
toit dt'(r, Joannis Apostoli très, Judœ Apostoli una, et Jacobi
Apucalypsis Joartnis liber unus, qui sunt viginti septem. (Caa. 47.)
(2) AAt* oi U&ukz* r-zizuc-ç f' èm-j-olui- 'Ettk âk xudoïux\, wv 'Ix/miu /xtx, Cj'ji ik Uzrpîj, rpfiç o" 'Igkcwou rriÀiv, Imtêm o'èffrcv ioiàw nûaxs ey.ttç.
S. (îreg. N. Carmen xn.
(3) Sî/ju Si kxV ràs ënzx "ixxo^ou, x«\ Uérpou, 'Iwkwôu *9\ 'liiiàz xxtfsyU/a-»
*EiU9:ol£i. Catech., iv, 22.
Nous terminerons par ces paroles remarquables de saint Jérôme : « Les Apôtres Jacques, Pierre, Jean et Jude ont publié sept lettres, succinctes et cependant pleines d'une sainte doctrine, tout à la fois brèves et longues, brèves en paroles, mais longues si on considère les pensées : de sorte qu'il est rare de trouver un lecteur qui en pénètre toujours le sens (1). »
En effet les Epîtres catholiques renferment une grande richesse de doctrine. Les Apôtres saint Pierre, saint Jacques et saint Jude s'élèvent souvent à la plus haute éloquence. Saint Jean fait pressentir la sublimité de son Evangile. On peut ajouter que toutes ces Epîtres offrent de précieux détails sur les progrès et sur les luttes du Christianisme aux premiers temps de l'Eglise. Avant de quitter la terre, ces quatre Apôtres ont, comme saint Paul, élevé la voix par l'ordre de Dieu pour donner des leçons au monde et laisser par écrit des avertissements qui doivent être médités dans tous les siècles.
Nous avons cru qu'il serait bon de rédiger en langue française un commentaire qui permît, non seulement au clergé, mais encore aux fidèles de se nourrir des beaux enseignements que renferment ces écrits apostoliques. C'est pourquoi nous nous sommes efforcé d'exposer clairement et sobrement la pensée des auteurs sacrés, en ne donnant que les développements nécessaires pour la bien faire comprendre.
Que s'il a fallu parfois rappeler des principes de
(1) Jacobus, Petrus, Joannes, Judas, Apostoli, septem Epistolas edideruyxt, tam mysticas quant succinctas, et brèves par iter et longas, brèves in verbis, longas in sentent Us : ut rarus sit qui non in earum lectione cœcutiat. S. Hieron., Ep. ad Paul, lui, n. 8.
grammaire pour fixer le sens de quelques passages difficiles ou dénaturés par les hérétiques, nous avons relégué ces discussions dans des notes mises au bas des pages, afin que le commentaire n'en fût pas encombré.
Puissent les saints Apôtres, dont nous avons essayé d'être les interprètes, obtenir de Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il daigne bénir le livre et l'auteur !
Nous citons souvent dans nos notes quelques manuscrits du Nouveau Testament. Les plus estimés sont:
A. Codex Alexandrinus, du vc siècle. — B. Codex Vaticanus, écrit vers le commencement ou le milieu du ive siècle. — N. Codex Sinaiticus, découvert par Tischendorf, en 1859, au Mont-Cassin. Il date du ive siècle, comme le Codex Vaticanus, et peut-être lui serait-il même un peu antérieur.