L'ÉPITRE DE SAINT JACQUES
PRÉFACE
1. Il y a, comme on sait, deux Apôtres qui portent le nom de Jacques. Le premier, saint Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de saint Jean l'Evangéliste, après avoir prêché l'Evangile en Espagne, revint à Jérusalem où Hérode Agrippa lui fit trancher la tête, l'an 42 de Notre-Seigneur Jésus-Christ. (Act. Ap., xii.)
Le second est saint Jacques le Mineur, ainsi désigné par saint Marc (1). Il est appelé fils d'Alphée (2) et frère du Seigneur (3). Sa mère se nommait Marie (4). La même Marie est nommée par saint Jean femme de Gléophas, Maria Cleophœ, soit qu'Alphée ait été son premier mari et qu'après sa mort elle ait épousé Gléophas; soit plutôt qu'Alphée et Gléophas ne soient que deux manières différentes de prononcer le même nom hébreu ''NsSn (Ghalphaï), qui donne àXooûo; en supprimant l'aspiration initiale, et XXw^a; ou K}.ci7raî en la conservant.
Or saint Jean nous apprend que Marie femme de Gléophas était sœur de la sainte Vierge, mère de Jésus, soror matris ejuê Maria CleopJur. (S. Joann., xix, 25.) Il en résulterait que saint Jacques, son fils, serait le cousin germain de Notre- Sci^neur Jésus-Christ. Toutefois, comme beaucoup pensent que la sainte Vierge était fille unique de saint Joachim et de Bain te Anne, il est probable que le mot sœur, employé par saint Jean, signifie seulement cousine germaine. Par consé-
(î) S. Marc, xv, 40. — (2) S. Matth., x, 3; S. Marc, m, 18; S. Luc, vi, 15. — (.3) 8. Matth., xm, 55; S. Marc, vi, 3; Gai., i, 19. — (4) 8. Matth., xxvii, 5(5; S. Marc, xv, 40; et xvi, 1; S. Luc, xxiv, 10.
quent saint Jacques serait cousin du Seigneur au second degré.
Il en est de même de l'Apôtre saint Jude ou Thadée, frère de saint Jacques, et de ses deux autres frères Joseph et Simon. (S. Matth., xin, $5.)
Avant la dispersion des Apôtres, saint Jacques le Mineur fut établi évêque de Jérusalem. Après avoir gouverné cette église pendant environ trente ans, Il fut précipité du haut du Temple par l'ordre d'An anus, fils du grand prêtre Anne, vers l'an 63 de Jésus-Christ.
ft Il est l'auteur de l'Epître qui porte son nom : TJnam scripsit Epislolam, quœ de septem catholicis est, dit saint Jérôme.
Dans les trois premiers siècles, elle n'a pas été unanimement reconnue comme authentique et inspirée de Dieu. Mais au ivc siècle elle figure dans les divers catalogues des Livres saints, en particulier dans ceux de saint Athanase, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Augustin et du pape saint Innocent I, ainsi que dans les canons du Concile de Laodicée (364), et dans ceux du Ille de Carthage (397).
Saint Clément Pape, disciple de saint Pierre et de saint Paul, semble faire allusion à deux passages de saint Jacques, dans son Epître aux Corinthiens (c. 10, 17 et 38).
Mais si l'on élève des doutes à ce sujet, il est impossible de contester les autorités suivantes. Saint Athanase, dans la Vie de saint Antoine, cite en entier les versets 15 et 20 du premier chapitre de l'Epître de saint Jacques. « Il est écrit, dit saint Antoine à ses religieux, que « la colère de l'homme n'opère « |>as la justice de Dieu », et que, « lorsque la concupiscence « a conçu, elle enfante le péché, et que le péché, lorsqu'il est « consommé, engendre la mort. » (S. Athan., Vit. S. Ant. 21.)
Saint Cyrille de Jérusalem cite le 2« verset de notre Epître : « Mes frères, lorsqu'il vous survient différentes afflictions, regardez cela comme un grand sujet de joie. » (Catech. mystag., v, 14.)
Saint Grégoire de Nazianze cite plusieurs passages de cette Epître, notamment : « La foi est morte sans les œuvres. » (i,17). Et encore : t Le Seigneur résiste aux superbes, mais il
donne sa grâce aux humbles. » (iv, 0.) Voyez S. Grég. de Naz. Orat. xxvi, 5; et iv, 32.
Saint Jean Chrysostome cite l'Epître de saint Jacques une quinzaine de fois. Dans son livre du Sacerdoce (1. III, c. vi), il transcrit en entier les versets 14 et 15 du chapitre v, relatifs à l'Extrême-Onction : « Quelqu'un parmi vous est-il malade? qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, et qu'ils prient sur lui, en l'oignant avec l'huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera; et s'il a des péchés, ils lui seront remis. »
Enfin saint Ambroise {de Voc. Gentium, 1. I, c. ix) écrit : Jacobus Apostolus ita loquitur : Nolite errare, fratres... et il transcrit les versets 16, 17 et 18 du premier chapitre.
Ces témoignages suffisent pour montrer que l'Epître de saint Jacques était, au ive siècle, universellement reconnue comme écriture divine.
Mais nous avons des autorités beaucoup plus anciennes. Elle est citée dans le Pasteur d'Hermas; Origène la mentionne (in Joann. Tract, xix, 6), et on la trouve, traduite et inscrite sous le nom de saint Jacques, dans la version syriaque Peschito qui remonte aux premiers temps du christianisme.
C'est donc sans raison que Luther l'a retranchée du canon des livres saints.
3. Elle a dû être écrite après celle de saint Paul aux Romains, comme nous le verrons plus loin. (Gh. i et il.) Or, l'Epître aux Romains est de l'an 58. C'est donc entre cette époque et la mort de saint Jacques, arrivée Tan 63, qu'il faut placer la composition de cette Lettre.
4. Saint Jacques s'adresse spécialement aux chrétiens des douze tribus d'Israël qui étaient dispersés parmi les nations. Son but est premièrement de les consoler et de les encourager à supporter avec constance les vexations qu'ils subissaient de la part des Juifs et des infidèles. Les conseils qu'il donne et les vices qu'il reprend font penser qu'il a surtout en vue les églises de l'Asie Mineure, infestées par les hérétiques.
Secondement, il veut combattre une erreur opposée à celle que saint Paul avait réprouvée dans ses Epîtres aux Galates et aux Romains. Des docteurs juifs, devenus chrétiens, vou»
laient forcer les Gentils baptisés à pratiquer la loi de Moïse : saint Paul déclarait, au contraire, que c'est la foi en Jésus- Christ qui justifie, et non les œuvres de la loi mosaïque. Mais d'autres docteurs, adoptant ce principe incontestable, en tiraient une fausse conséquence ; ils prétendaient que la foi suffisait au salut sans les bonnes œuvres. C'était spécialement ce qu'enseignait Simon le magicien. Il déclarait que ceux qui espéreraient en lui et en Hélène sa femme (une impure courtisane qu'il avait épousée), étaient libres de faire ce qu'ils voudraient. Car ils seraient sauvés par sa grâce et non par leurs œuvres de justice. (S. Irén. Hérés., 1. I, c. xx.) Saint Jacques à son tour réfute cette erreur pernicieuse, qui fut adoptée par les Gnostiques, et qui a été renouvelée au xvie siècle par Luther.
Troisièmement, le saint Apôtre donne aux fidèles des avis très utiles pour leur conduite. Il n'en faut pas toujours chercher la liaison. Car il écrit comme font les auteurs de proverbes, de pensées, ou de préceptes moraux. Ce sont des maximes d'un tour varié, brillant, encadrées quelquefois dans de petits tableaux pleins de vie. Le style est énergique, lucide, élégant. Même au point de vue littéraire, l'Epître de saint Jacques est un ouvrage fort remarquable.
Vers la fin. on y trouve un point de dogme très important : l'institution du sacrement de FExtrême-Onction.