L'ÉPITRE DE SAINT JUDE
PREFACE
1. Saint Pierre et saint Paul avaient consommé leur martyre, pendant la persécution de Néron, l'an 07 de Jésus-Christ. Tous deux avant de mourir avaient annoncé que de faux docteurs s'élèveraient dans l'Eglise et enseigneraient des erreurs pernicieuses. (II Petr., n; Act. A.,xx, 30; I Tim.,iv.) Cette prédiction s'accomplissait. Des hérétiques se montraient et séduisaient les peuples, surtout en Orient. L'Apôtre saint Tude, témoin du ravage qu'ils faisaient dans l'Eglise naissante, écrivit une Lettre dans laquelle il démasquait l'hypocrisie de ces novateurs, flétrissait leurs vices, et annonçait les châtiments qui leur étaient réservés, ainsi qu'à leurs disciples.
L'Epître de saint Jude a de nombreuses ressemblances avec la seconde de saint Pierre; elle en est comme un résumé plein de vigueur, l'une explique l'autre,
2. Longtemps avant les conciles de Florence, de Trente et du Vatican, l'on voit l'Epître de saint Jude comprise dans le canon des Ecritures inspirées. Elle ligure au catalogue promulgué vers 494 par le Pape saint Gélase, et cent ans plus tôt on la trouve déjà dans les canons dressés par les conciles d'Hippone et de Carthage. Elle avait été anciennement con
• par plusieurs, à cause qu'ils croyaient y lire une citation du livre d'Enoch, qui est apocryphe. Mais saint Augustin, saint Jérôme, saint Epiphane, saint Ephrem, Origène, Clément d'Alexandrie, Tertullien la citent comme Ecriture divine. Enoch, dit ce dernier, ripii'l Judam Aposlolam testimonium possidet, (Tert, de Habita muliebri, 3.)
Au témoignage de Tertullien nous nous contenterons d'ajouter les trois suivants.
Origène. 'ioûSa; e"fpa<]>ev èrciaTGÀYiv o?afû'<m/Gv jaÈv, VfirXtipofiivv)v Si twy
rHi oùpaviou ^api-roc èppw^îvwv Xo-^wv. Judas scripsit epislolam versiculis quidem brevem, at sententiis cœlesti gratia roboratis refertam. (Gomment, in Matth. t. X, tom. III, p. 463.)
Saint Augustin. Judas, non Me tradilor,sed cujus Episiola in ter scripturas canonicas legitur. (In Joann. tract. 76.)
Saint Jérôme. Judas f rater Jacobiparvam, quœ de septem catholicis est, Epislolam reliquit. Et quia de iibro Enoch qui apocryphus est, in ca assumit testimonium, a plerisque rejicitur : tamen aucloritalem vetustate jam et usu mentit, et inter sanctas scripturas computatur. (De Viris ill., c. iv.)
3. Saint Jude n'adresse point cette Epître à une Eglise particulière, mais à tous les chrétiens. Il a cependant en vue d'une manière spéciale les églises de l'Asie mineure, qui étaient ravagées par les hérétiques.
Il écrit en grec, langue qui était alors comprise et parlée dans tout l'Empire romain.
On ignore le lieu où elle fut écrite.
Quant à la^date, comme il n'est fait dans cette Epître aucune allusion à la ruine de Jérusalem, on pense qu'elle fut composée un peu auparavant, l'an 69 ou 70.