Reprenez et confondez ceux qui sont déjà jugés
23. Sauvez les uns en les arrachant du feu ; ayez compassion des autres, craignant pour vous-mêmes; et haïs- -«■/ la tunique souillée par la corruption de la chair.
24. Enfin, à celui qui est assez puissant pour vous conserver sans péché, et pour vous faire paraître devant le trône de sa gloire port
ans tache, dans un ravissement de joie, quand viendra notr.' Seigneur Jésus-Christ,
25. A Dieu seul qui nous a sauvés, 25. Soli Deo salvatori nostro,
par Jésus-Christ notre Seigneur, soit per Jesum Christian Dominum
la gloire et la magnificence, l'empire nostrum, gloria et magnificen-
et la puissance, avant tous les siècles, tia, imper ium et putestas ante
et maintenant, et dans tous les siècles omne sœcuhcm, et nunc, et in
des siècles! Amen. omnia s œ eu la sœ culorum.
Amen.
1. Judas, Jesu Christi servus, f rater autem Jacobi. « Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques. »
Judas. Saint Jude avait trois noms : Judas, Thaddœus, et Lebbœus. En hébreu, Judas signifie laudatio ; et Tliad deeus voudrait dire laudans^ selon quelques interprètes qui dérivent ce nom de thôdaii, laus. Quant à Lebbœus, on l'interprète corculum, en le faisant venir de lêb, cor ; ou bien leonculus, si on lui donne pour racine lebi, leo. Le nom de Judas se lit en saint Matthieu, xm, 55 ; en saint Marc, vi, 3; en saint Jean, xiv, 22; et dans les Actes des Apôtres, i, 13. Saint Jude est appelé Thaddœus en saint Matthieu, x, 3 ; et dans saint Marc, ni, 18. Poulie nom de Lebbœus, il se trouve dans saint Matthieu, x, 3, selon le grec ; car de bonnes éditions portent en cet endroit xal Aeêëoïoç 6 imxlrfiûç ©aSSoïoç, et Lebbœus qui vocatur Thaddœus.
Frater autem Jacobi. Il était frère de l'Apôtre saint Jacques le mineur, qui fut évêque de Jérusalem et l'auteur de la première Epître catholique. Il est appelé Judas Jacobi (1), c'est à-dire frater Jacobi, dans les Actes des Apôtres, (i, 13.)
(1) Judas Jacobi. Ce génitif ne suppose pas toujours l'ellipse de filins, mais souvent celle de pater ou de frater. Ainsi AaicaUj tou 'Ixxpou, scilicet ny.Top (Steph. Byz.); T1p.1xpy.7r,; b M^vpoiâpeu, se. v.îùfô; (Alciphr.). De même \y\up.niy.; rj 'kleÇûvipov, se. {ufynnp (yËlian.); Mapix vj 'laxejêsu, se. P^Tr,p (S. Luc.) ; /j Toit oùptou, se. yuv»j (S. Matth.). C'est le contexte ou d'autres documents qui désignent le mot sous -entendu. (Winer, Grain m. N. T. Genit. p. 179.)
— 498 — Jud.
Saint Jude et saint Jacques étaient frères de Notre- Seigneur, c'est-à-dire ses cousins. Car les habitants de Nazareth disaient en parlant de Notre- Seigneur Jésus- Christ : « Est-ce que cet homme n'est pas le charpentier fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joseph, de Jude et de Simon? » (S. Marc, vi, 3.)
Voici comment on établit cette parenté.
La mère de saint Jacques le mineur est appelée Marie : Maria Jacobi ??ii?ioris et Joseph mater. (S. Marc, xv, 40; et S. Matth., xxvn, 56.)
Or, la même Marie est, selon saint Jean, sœur de la sainte Vierge et femme de Cléophas : soror matins ejus [Je su) Maria Cleophœ (iixo7%). (S. Joann., xix, 25.) (1).
D'un autre côté Cléophas et Alphée sont le même personnage, d'après un fragment de Papias, que voici : Maria Cleophœ sive Alphsei uxor, quas fuit mater Jacobi episcopi et Apostoli (2).
Or Alphée eut quatre fils, qui sont appelés les frères de Notre-Seigneur, c'est-à-dire ses cousins, savoir : les deux Apôtres saint Jacques le mineur et saint Jude ou ïhaddée. Le troisième est saint Simon qui fut évêque de Jérusalem, après son frère, et crucifié à l'âge de cent vingt ans sous Trajan (l'an 108). Le quatrième se nommait Joseph. Tout cela paraît ressortir de l'examen des textes suivants : S. Matth., x, 3; S. Marc, ni, 18, et vi, 3; S. Luc, vi, 15 ; Act. Ap., i, 13.
Enfin plusieurs pensent que Cléophas ou Alphée était lui-même frère de saint Joseph. Selon ce sentiment, les quatre fils de Cléophas auraient été réputés les cousins germains du Sauveur par ceux qui croyaient que saint Joseph était son père.
Frater autem Jacobi, frère de Jacques. Ce titre distin-
(1) On doit observer que le mot soror peut signifier sœur ou cousine germaine. Les Grecs donnaient au cousin germain le nom de frère. u Achille était mon frère », dit Ajax : Frater crat, c'est-à-dire, il était 1»' tils de mon oncle Pelée. (Ovide, Metam.)
(2) En effet, Cléophas et Alphée paraissent être le même mot hébreu prononcé différemment, comme nous l'avons dit dans la préface de l'Epure de saint Jacques.
guait saint Jude de tous ceux qui portaient le même nom que lui. Car l'Apôtre saint Jacques, évêque de Jérusalem, était renommé parmi tout le peuple à cause de son éminente sainteté. Beaucoup même de Juifs répandus dans les provinces lointaines le connaissaient, parce qu'ils se rendaient en grand nombre à Jérusalem aux tètes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles. Plusieurs alors voulaient voir ce Juste célèbre et ils l'entendaient raconter la vie et les miracles de son divin Maitre. Aussi, quoique saint Jacques fût mort depuis plusieurs années quand saint Jude écrivit cette lettre, le souvenir de son nom et de sa justice subsistait toujours dans la nation, comme on le voit par l'historien Josèphe. (Antiq. Jud., 1. XX, c. ix.)
Jesu Christi servus. Peu d'hommes ont eu l'honneur d'être les Apôtres de Jésus-Christ ; mais tous peuvent être ses serviteurs. Un Apôtre même n'est glorifié que parce qu'il a été un serviteur fidèle ; et l'auguste Marie n'est devenue la Mère de Dieu que parce qu'elle se confessait humblement sa servante.
Servus. Le mot servus, ôouXoç, esclave, se prend dans un sens noble même chez les écrivains profanes. Nous disons d'un homme honorable qu'il est esclave du devoir : et dans Platon, les lois disent aux citoyens : Vous êtes nos esclaves, BouXoi. (Criton, 12.) Pourquoi les chrétiens ne se glorifieraient-ils pas d'être les esclaves d'un Dieu, dont tous les serviteurs sont des rois, cui servire regnare est?
Bis quisunt in Deo Pâtre dilectis. « A tous ceux qui sont aimés en Dieu le Père. » C'est-à-dire à tous ceux qui sont aimés du Père à cause de leur foi, et qui lui sont unis comme ses enfants adoptifs.
Et Jesu Christo conservatis, « et qui sont conservés dans l'amour du Père par la grâce de Jésus-Christ. » Car le juste ne saurait, sans la grâce, persévérer dans la justice qui le rend agréable à Dieu.
Et vocatis. Mais en outre, la première justice ne vient point de l'homme. Nul ne peut aller à Dieu, ni croire en Jésus-Christ, si le Père ne « l'appelle » et ne l'attire.
— 495 — Jud.
Nerno potest ventre ad me, nisi Pater qui misit me traxerit eum. (S. Joan., vi, 44.) — Vocatis veut dire : ceux qui sont appelés à entendre l'Evangile, à recevoir le baptême, à devenir membres de l'Eglise, et à régner dans les cieux (1).
La phrase est ici finie : Ton sous-entend scribil.
2. Misericordia vobis, et pax, et eharitas adimpleatur. Que Dieu répande sur vous sa miséricorde avec abondance, afin que la paix s'affermisse dans vos cœurs, et que la charité augmente en vous, jusqu'à ce qu'elle atteigne sa pleine perfection. Nous voyons ici apparaître la sainte Trinité dans ses opérations. Car la miséricorde est attribuée au Père, qui est appelé le Père des miséricordes, Pater misericordiarum (II Cor., i, 3) ; la paix au Fils, que saint Paul appelle notre paix, ipse enim est pax nostra (Eph., ii, 14) ; et la charité au Saint-Esprit, qui répand cette vertu dans nos cœurs : quia eharitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum sanctum qui datus est no bis. (Rom., v, 5.)
3. Charissimi, omnem sollicitudinem faciens scribendi vobis de communi vestra salute, necesse habui scribere vobis, deprecans supercertari semel traditœ sanctis fidei. Cette période qui nous semble embarrassée peut se rendre ainsi librement : Mes très chers frères, j'éprouvais en moi un grand désir de vous écrire au sujet de votre salut, et je pensais à exécuter ce dessein, lorsque je me suis vu dans l'obligation de le faire ; car je dois vous exhorter à lutter pour la foi que vous avez reçue et à la défendre contre les hérétiques.
De communi vestra salute. Je me sens pressé de vous engager à combattre pour le salut qui nous est commun;
(1) Voici le grec : rcî,- h Brâ X\%-f<. tyounjfijvoit «e\ 'I/;osO XpicrC) rer»j-
pqiâwcf v.'/r-olï. Le mot z/rjîï,- est un nom qui est qualifié par les deux participes iiya-nyyiévoti et Tmj^Tj/trfvotj j eu sorte qu'il faut traduire : His vocatif qui tunt in Deo Pâtre dilecti et Jesn Christo conservai. < -'està-dire, u aux appelés qui sont aimés en Dieu le Père et coaservés en Jésus-Christ.»» Le mot Vocati (•! y.)rt7o\), les appelés au snlut par la foi. était dans L'origine un de ces noms qui distinguaient les chrétiens des païens et des .Iuif>. comme aujourd'hui le mot « fidèle. »
puisqu'il s'agit pour vous et pour nous d'éviter les mêmes maux et d'obtenir les mêmes biens, en croyant les mêmes dogmes et en observant les mêmes lois (1).
Deprecans supercertari fidei. Je vous écris donc pour vous exhorter à combattre pour la foi. Il exhorte les chrétiens de tout l'univers non seulement à garder la foi dans leur cœur, non seulement à la professer par leurs paroles et par leurs actions, mais encore à lutter pour elle. C'est à-dire qu'il encourage les évêques, les prêtres, les diacres, les fidèles instruits, à la défendre contre les impies, les railleurs, les hérétiques. Il faut qu'ils les confondent par de solides raisons. Il faut qu'ils démontrent clairement aux Juifs et aux infidèles, aux ignorants et aux philosophes, la vérité de notre sainte religion, par des preuves lucides et convaincantes. Ils démêleront la vérité d'avec l'erreur, ils établiront la pure doctrine, ils réfuteront l'hérésie (2).
Deprecans supercertari semel traditœ fidei (3). La doctrine qui a été une fois prêchée est la doctrine qu'il faut garder inviolablement toujours. Car ce qui a été une fois enseigné par les Apôtres et par l'Eglise ne sera jamais corrigé ni changé. C'est la parole même de Jésus-Christ fidèlement transmise par une bouche infaillible. Les cieux et la terre passeront; mais cette parole divine ne passera pas. Elle pourra être expliquée, mais non réformée. C'est un dépôt que l'Eglise garde, sans en retrancher rien, sans y rien ajouter. (I Tim., vi, 20.)
Supercertari. Mais au lieu de combattre, ne vaudrait-il
(1) Vestra» Les meilleurs manuscrits grecs donnent Ttep\ t-^î xaiwfc vj//wv GWTrj/îtas, de communi nostra sainte. Peu importe au sens, puisque le mot communi suppose nostra et vestra. — Supercertari est une forme déponente. On retrouve certor au lieu de certo dans l'Ecclésiastique : De e.a re quœ te non molestât, ne certeris. (Eccli., xi, 9.)
(2) Nous avons vu saint Pierre faire une semblable recommandation h tous les fidèles. (I Petr., m, 15.)
(3) Semel traditœ fidei. Ici semel signifie « une fois pour toutes, une fois pour jamais » ; comme dans Virgile : Procubuit moriens et humum semel ore momordit (sEn., xi, 418) ; et dans Horace, Quod semel dietum est, veut dire : Ce que le destin a proclamé une fois pour l'éternité. (Car m. sœc, 26.)
— 497 — Jud.
pas mieux garder le silence, et laisser Terreur périr d'ellemême? Car la lutte ne convertit pas, elle irrite. Les disputes causent de fâcheux troubles dans l'Eglise et elles sont contraires à l'esprit de paix tant recommandé par Notre-Seigneur. Voilà ce qu'on entend répéter chaque fois qu'une erreur s'élève. Mais le pape Innocent III (il régnait au commencement du xine siècle) répond à ces partisans de la paix, « que ne pas résister à l'erreur, c'est l'approuver ; que la vérité est opprimée lorsqu'on ne la défend pas ; et que ne pas abattre l'audace des pervers lorsqu'on le peut, c'est les favoriser. » Error cui non resistitur approbatur ; et veritas qunm minime defensatur opprimitur; negligere quippe, quum possis, deturbare perversos, nihil aliud est quam fovere. (Innoc. III, Distinct. 83.) Lors donc que l'erreur s'insinue dans l'Eglise, parlons, réfutons, soutenons la guerre comme de bons soldats de Jésus-Christ. Ainsi faisaient les Hilaire et les Athanase.
Traditœ sanctis fidei. La foi transmise aux saints. Alors on appelait « saints » tous les chrétiens membres de l'Eglise. Car ils avaient été sanctifiés dans le baptême, ils faisaient profession d'être saints, et, sauf un petit nombre, ils vivaient dans une telle pureté, que tous ceux qui assistaient à la messe y communiaient.
Traditx fidei. Ce que l'Eglise nous propose à croire, ce ne sont pas les hautes conceptions de ses docteurs. Quels génies cependant que les Basile, les Augustin, les Thomas, les Bossuetl Mais l'Eglise ne nous dit point de croire ce qu'un homme a découvert par la pénétration de son esprit; elle nous dit : Croyez ce qu'un Dieu nous enseigne.
1. Subintroierunt enim quidam liomines, qui olim preescripti sunt in Jiocjudicium. Car il s'est glissé parmi vous certains hommes, prédits d'avance comme devant s'attirer ce jugement.
Subinti^oienint, -■j.zv.ni'sjwi , clam irrepserant. C'est toujours par la fraude et sous l'apparence de la vertu que l'hérésie s'introduit dans l'Eglise. Ils viennent sous la peau de brebis, dit Notre-Seigneur, mais cette peau inno-
LI ITRES CATHOLIQUES 32
cente cache des loups ravissants. Veniunt ad vos in ves~ timentis ovium ; intrinsecus antem sunt lupi rapaces. (S. Matth., vu, 15.)
Quidam hommes. Les nouveautés hérétiques commencent par « certains hommes » qui se séparent du commun et ne veulent pas penser comme le reste de l'Eglise. C'est un certain prêtre Arius, un certain évoque Nestorius, un certain moine Luther, qui font du bruit en prêchant une nouvelle doctrine. Quant aux Augustin, aux Basile, aux Chrysostome, ces grands génies mettent leur gloire à penser et à défendre ce que tout le monde croyait avant eux.
Olim prœscripti, Trpoyeypaatjivot. Ces hommes funestes, qui se succèdent dans le cours des âges, ont été prédits il y a longtemps, et les prophéties qui les dépeignent nous ont été transmises par écrit. Saint Paul les annonçait à son disciple en les nommant des hommes d'un esprit corcompu et réprouvés selon la foi, hommes corrupti mente, reprobi circa fidem. (II Tim., m, 8.) Saint Pierre, dans sa seconde Epître, a fait d'avance leur portrait ; et Notre- Seigneur lui-même avait soin d'avertir ses Apôtres qu'il s'élèverait de faux prophètes : S urgent pseudoprophetœ, ecce preedixi vobis. (S. Matth., xxiv, 24.)
In hoc judichim. Premier sens : ils ont été prédits, afin que, lorsqu'ils paraîtront, ils soient reconnus et réprouvés par les pasteurs de l'Eglise et par tous les vrais fidèles, comme ils sont, en effet, maintenant jugés et condamnés. Deuxième sens : il a été prédit que ces impies seraient, par un juste jugement de Dieu, abandonnés à l'esprit d'erreur et à la perdition. Ce dernier sens nous paraît le meilleur. En vain essaierez-vous d'éclairer ces insensés : ils n'ouvriront pas les yeux, ils ne verront pas les vérités les plus manifestes, parce que Dieu leur refuse sa lumière en punition de leur orgueil. Saint Paul disait de même que, dans les derniers temps, Dieu enverrait des imposteurs, afin que ceux qui n'ont pas voulu croire à la vérité croient aux mensonges et soient, par leur propre folie, jugés et condamnés. Mittet Mis Deus operationem erroris
— 499 — Jud.
at crcdant meiidacio, ut judicentur omnes qui non crediderunt veritali. (II Thess., n, 10.)
Impii, Dei nostri çjratiam transferentes in luxuriam. Ce sont des hommes impies, qui outragent notre sainte religion. Car « ils changent la grâce de notre Dieu en luxure. » Jésus-Christ nous a apporté l'Evangile, c'est-àdire la bonne nouvelle de notre délivrance du péché, de la mort et de l'enfer. Et voilà que ces hommes mauvais dénaturent cette grâce admirable ; ils cachent leur corruption, dit saint Pierre, sous le voile de la liberté chrétienne : Velamen malitiœ habentes libertatem. (I Petr., ii, 16.) Ils vous disent que la liberté qui nous a été donnée par le Christ est une licence impure ; ils enseignent que, la loi nouvelle étant une loi de liberté, ceux qui la professent peuvent satisfaire sans crime tous les désirs de leur chair. Telle était l'infâme doctrine des Simoniens et des Nicolaïtes, précurseurs des Gnostiques.
Solum Dominatorem et Dominum nostrum Jesum Christian negantes. En outre, ils renient Jésus-Christ, qui est notre seul Maître et notre seul Seigneur, xov <j.6vov t&Ficforp y.-À Kopio* yjjxôv. Ce texte prouve la divinité de Jésus-Christ ; car il n'y a que le Dieu souverain, dont on puisse dire sans blasphème, qu'il est le seul Maître et le seul Seigneur, de telle sorte que tous les autres maîtres et tous les autres seigneurs lui sont soumis.
Dominatorem, en grec, Se^ôt^v, herum. C'est de ce nom qu'un esclave appelait son maître. Dominum, xupiov, est le titre que les sujets donnent au prince qui les gouverne. Nous sommes les sujets de Jésus-Christ, qui est notre Seigneur et notre Roi ; nous sommes môme en réalité ses esclaves, servi. BoDXoi, car nous lui appartenons par le fond de notre substance, attendu qu'il nous a créés et rachetés. Mais, dans sa bonté, il veut bien nous considérer comme ses amis. Jam non dicam vos servos... vos autem dixi amicos. (S. Joan., xv, 15.)
Dominum Jesum Christum negantes. Ils renient Jésus- Christ comme souverain Seigneur, non seulement par leur conduite, mais par leurs discours impies. Quand on
leur rappelle les préceptes de Jésus-Christ qui condamnent leurs dissolutions, ils refusent de le reconnaître poulie Maître suprême, et ils lui opposent des Génies fabuleux qu'ils inventent.
Saint Jude va maintenant choisir dans l'Ancien Testament trois exemples de la colère divine contre les incrédules, les orgueilleux et les impudiques, pour montrer que ceux qui les imitent n'éviteront pas le jugement de Dieu.
5. Commonere axitem vos volo, scientes semel omnia, quoniam Jésus (1) populum de terra JErjypti salvans, secundo eos qui non crediderunt perdidit. Or, je veux vous faire souvenir, vous qui êtes parfaitement instruits de toute la religion, que Jésus, après avoir sauvé le peuple hébreu en le tirant de l'Egypte, fit périr ensuite dans le désert ceux qui ne crurent pas. C'est la figure du châtiment réservé aux nouveaux incrédules.
Scientes omnia. Vous qui connaissez nos Livres saints et l'histoire de nos pères dont je veux vous parler. Semel: vous savez toutes ces choses ; car ce que vous avez une fois appris, vous ne l'avez pas oublié (2).
Jésus. Celui qui sauva nos pères de l'Egypte et qui punit ensuite les incrédules, c'est le même Seigneur que nous avons vu de nos jours dans la Judée et la Galilée. Ce Jésus qui nous a parlé, qui nous a appelés, dont nous sommes les disciples et les Apôtres, ce Jésus de Nazareth, est le Fils de Dieu fait homme. C'est lui qui, bien des
(1) Jésus, o 'i*;52Ûs-, est la leçon des manuscrits d'Alexandrie et du Vatican. D'autres portent b Kvpios. De sages critiques font remarquer que la leçon 'Iïjjoûs, reproduite par la Vulgate et appuyée sur d'excellents manuscrits, doit être préférée, parce qu'étant plus difficile h comprendre, des lecteurs auront voulu l'expliquer par le mot Kvptog, au lieu que le mot Kvptoç ne saurait l'être par 'lïjaoûs. D'ailleurs saint Paul a dit de même, dans sa première Epître aux Corinthiens, que les Hébreux tentèrent le Christ dans le désert : Neque tentemus Christian, sicut quidam eorum tentavenint et a serpentibus perierunt. (ICor., x,9.) — Populum de terra JEgypti salvans, en grec acisas, quum salvasset. Le participe latin salvans sert pour le présent et pour le passé. — Salvans, secundo perdidit. C'est comme s'il y avait : Quum primo salvasset, deinde perdidit.
(2) Voyez sur semel la note du v. 3.
— 501 — Jud.
siècles avant de revêtir notre humanité, régnait sur nos pères et les guidait dans le désert. Il était hier, il est aujourd'hui et il sera dans tous les siècles. Jcsïis Chris tus heriet hodie, ipse et in sœcula. (Hebr., xm, 8.)
Eos qui non crediderunt perdidit. Moïse, après avoir tiré les Hébreux de l'Egj'pte, les conduisait vers la terre de Chanaan, que leur promettait le Seigneur. Mais les Hébreux ayant appris que cette terre était habitée par une race de géants, perdirent courage et murmurèrent contre Moïse. Alors Dieu irrité condamna tous ceux qui étaient âgés de plus de vingt ans à mourir dans le désert, excepté Josué et Caleb, qui avaient cru à sa parole. Les cadavres de tous les autres jonchèrent la terre; et ils périrent à cause de leur incrédulité. (Num., xiv, 29, et xxvi, 65; et Hebr., ni, 19.)
A ce premier exemple de la justice divine, l'Apôtre en joint un second.
6. Angelos vero qui non servaver tint simmprincipatum, sed dereliquerunt suum domicilium, in judicium magni diei vinculis œternis sud caligine reservavit. « Et les anges qui n'ont point conservé leur première dignité, mais ont quitté leur demeure, le Christ les a réservés pour le jugement du grand jour, en les tenant liés de chaînes éternelles dans les profondes ténèbres. » Saint Pierre avait cité le même exemple.
Principatum, if//v>. La dignité d'anges élevait ces esprits au-dessus de toute la création visible, et les constituait princes dans les cieux. Le terme domicilium, (o'xrjT^p'.ov) leur demeure, veut dire le rang glorieux et la fonction propre que chacun de ces esprits tenait dans la hiérarchie des neuf chœurs des anges.
Dereliquerunt, Dieu ne les précipita dans les ténèbres que lorsqu'ils se révoltèrent, quand ils quittèrent euxmêmes l'ordre et le rang où il les avait placés, et suivirent Lucifer qui disait avec orgueil : J'élèverai mon trône au-dessus des astres et je serai semblable au Très- Haut, similis ero altissimo. » (Is., xiv, 14.)
Maintenant ils sont enchaînés dans les ténèbres de
l'enfer, et ils y demeureront jusqu'au jour du jugement général, où une dernière sentence prononcée en présence de toutes les créatures confirmera leur condamnation et iixera leur supplice. Car plusieurs pensent que, pour les démons comme pour les hommes réprouvés, la mesure de leur châtiment ne sera définitivement sanctionnée qu'à la fin des siècles., parce qu'ils sont responsables des péchés qu'ils font commettre. (Catech. Rom., Symb., art. vin, 4.)
Vinculis œternis. La damnation éternelle des démons est ici clairement exprimée.
Vinculis sub caligine. Ils sont emprisonnés dans les ténèbres ; cependant, avec la permission de Dieu, ils sortent des lieux infernaux pour tenter les hommes ; mais ils portent avec eux leurs chaînes et leur supplice.
7. Sicut Sodoma etGomorrha, eifinitimœ civitates simili modo exfornicatœ, et abeuntespost carnem alteram, factœ sunt exemplum, ignis œ terni pœnam susti?ie?ites. C'est le troisième exemple du châtiment réservé aux impies et aux abominables. « De même encore, ajoute-t-il, Sodome et Gomorrhe, avec les villes voisines qui avaient commis de semblables fornications et couru après une chair étrangère, sont devenues un exemple pour toutes les générations, en subissant la peine d'un feu éternel. »
Finitimœ civitates. Ce sont les villes de Séboïm et d'Adama ; elles commettaient les mêmes impuretés que Sodome et Gomorrhe. La petite ville de Ségor, la cinquième de la Pentapole, fut épargnée en faveur de Lotlu (Gen., xix, 20.)
Exfomicatœ, Ixxopveocvffat. Ce mot désigne non le péché de la fornication simple, mais toute espèce d'union charnelle prohibée par la nature, comme l'infâme péché qui a tiré son nom de Sodome.
Abeantes post carnem alteram. L'Apôtre explique ce qu'il entend par exfornicatœ. Le mot caro altéra ne désigne pas la chair d'un autre sexe, mais une chair autre que celle qui est propre à la génération.
Factœ sunt exemplum. Ces villes sont devenues un
— 503 — Jud.
exemple pour les hommes de tous les siècles. Une mer de bitume en recouvre les ruines. Toute végétation expire aux environs de cette mer étrange, dont les bords désolés ressemblent à des amas de cendres. Tel est l'aspect que cette vallée, jadis si riante et si fertile, présente depuis quatre mille ans. Le souvenir de ces villes foudroyées à cause de leur impiété s'est conservé chez les peuples de l'Orient et de l'Occident (1).
Igrus ccterni pœnmn sifsti?ie?ites. Elles portent la peine d'un feu éternel. Saint Jude nous fait entendre d'abord que les suites de l'incendie qui a détruit ces villes persisteront de siècle en siècle jusqu'à la lin du monde ; en second lieu que le feu qui les a dévorées est l'image du feu éternel de l'enfer, où leurs impurs habitants sont plongés; et troisièmement il nous avertit que les hérétiques qui pèchent comme ces villes abominables seront punis comme elles d'un supplice qui ne finira point (2).
8. Similiter et ht carnem quidem maculant, dominationem auiem spemunt, majestatem autem blasphémant. « Comme ces impies d'autrefois, les hommes dont nous parlons souillent leur chair, méprisent la domination et blasphèment la majesté. » Ils doivent donc s'attendre à des châtiments semblables (3).
(1) Haud proeul inde campi, qv.os ferunt, olim libères rnagnisqv e m'bibi's habitat os, fubninum jactu arsisse. (Tacit. Hist., v, 7. — Pline, xii, 54.)
(2) Avant saint Jude, l'auteur du livre de la Sagesse avait cité le même exemple : « La Sagesse, disait-il , a délivré le juste, lorsqu'il fuyait du milieu des impies qui périrent par le feu tombé du ciel sur les villes de la Pentapole. La corruption de leurs habitants est attestée par cette terre qui fume encore après tant de siècles, qui demeure toujours déserte, où les arbres portent des fruits qui ne mûrissent point, et où l'on voit une statue de sel qui subsiste comme le monument d'une âme incrédule. • (Sap., x,6.) — Cette statue, celle de la femme de Loth, existait encore au temps de l'historien Josèphe, qui atteste l'avoir vue. (Ant. Jud., 1. I, c. XI.)
(3) Le grec porte : bftoioéç pAroi xaY ovtoi ivuffviaÇl/Mvof wxpx* u\-, fued~ v©u«, similiter et hi somniantes carnem quidem maculant. « De même ces hommes souillent la chair dans leurs songes. >> D'après cette leçon, l'Apôtre appellerait des songes leurs vains ijtstènes, qui ne sont en effet que des rêveries incohérentes. Telles étaient lee fables que débitait Simon le magicien et celles qu'inventèrent les Gnostiqu.
Carnem quidem maculant. Or, dans leurs rêveries hérétiques, ils souillent leur chair par des impuretés honteuses, et ils autorisent par leur doctrine les actions infâmes qui attirèrent le feu du ciel sur les villes de Sodome et Gomorrhe.
Dominationem antem spermint. En outre, ils méprisent toute domination, ils rejettent l'autorité humaine et divine, ils se déclarent indépendants de César, de l'Eglise et de Dieu ; ils se proclament libres de faire tout ce qu'ils veulent.
Majestatem autem blasphémant, ils vont enfin jusqu'à blasphémer la Majesté souveraine en prononçant des paroles injurieuses contre Dieu qui, disent-ils, vit oisif dans les cieux et ne s'occupe pas des hommes. Ils imitent dans leur orgueil Satan et les anges rebelles (1).
9. Qiinm Michael archangelus cum diabolo dispulans altercarelur de Moysi corpore, non est ausus judicium in ferre blasphemiœ, sed dixit : Imper et tibi Dominas. Cependant lorsque l'archange saint Michel disputait avec le diable, dans la contestation qu'il eut avec lui au sujet du corps de Moïse, il n'osa proférer une sentence de malédiction, mais il se contenta de dire : Que le Seigneur te commande !
C'est donc une chose indigne que d'entendre de'chétives créatures, comme ces hérétiques, proférer des blasphèmes contre les majestés du ciel ou de la terre, quand le plus puissant des anges évite de maudire Satan lui-même.
Archangelus, o àf/xyysÀoç. De graves commentateurs pensent que ce mot ne signifie pas que saint Michel soit seulement un archange, mais qu'il est le chef de tous les anges, le prince de tous les bienheureux esprits.
Quum altercaretur. Lorsque Moïse fut mort dans la terre de Moab, son corps fut enseveli par les anges dans
(1) Selon le grec, il faudrait lire au pluriel majestates, à^Çx;, comme dans saint Pierre (II Ep., h, 10) ; par les majestés on entendrait les esprits supérieurs à l'homme, les anges : leçon qui s'accorde bien avec la pensée suivante.
— 505 — Jud.
une vallée près du mont Phogor, et nul homme ne connut le lieu de sa sépulture. (Deutér., xxxiv, 6.)
Quant à l'altercation de saint Michel avec le diable, où saint Jude avait-il lu ce fait, dont les livres de l'Ancien Testament ne parlent pas ? on l'ignore. C'était sans doute une de ces traditions vénérables qui se conservaient dans le peuple d'Israël et dont on retrouve plusieurs traces dans le Nouveau Testament (1). Ce fait était bien connu des Juifs, puisque saint Pierre le leur cite lui-même. (IIEp., ii, 11.) J
Non est ausns judicium inferre blasphemise. Le diable méritait sans doute la malédiction, dit saint Jérôme, mais la malédiction ne devait pas sortir de la bouche d'un ange. Merebatur diabolus malédiction, sed per archançjeli os blasphemia exire non debuit. (S. Hieron., in Tit., ni, 2.)
10. Hi autem quœcumque quidem ignorant blasphémant; quœcnmque autem natur aliter, tanquam muta animalia, norttnt, in his corrumpuntur. « Mais, pour ces hérétiques, ils blasphèment ce qu'ils ignorent; et dans les choses qu'ils connaissent naturellement, comme les animaux sans raison, ils se corrompent. »
Quœcumque ignorant blasphémant. Ils raillent et ils blasphèment les sublimes vérités de la religion chrétienne, comme le mystère de la très sainte Trinité, celui de l'Incarnation, celui de l'Eucharistie, tandis que les grands génies qui pénètrent dans ces profondeurs de la sagesse et de la bonté divines les admirent et les adorent. L'impiété de ces orgueilleux n'est égalée que par leur ignorance (2).
(1) Act. Ap , vu, in oratione S. Stephani; I Cor., x, 4 ; Gai., m, 19; II Tim., m, 8; Hebr., xi, 37 J S. Jac, v, 17; S. Luc, iv, 25. — Ces traditions se transmettaient des pères aux enfants, et se perpétuaient dans les écoles des docteurs. Plusieurs étaient aussi consignées dans des livres dignes de foi, quoiqu'ils ne fussent pas canoniques.
(2) Quœcumque ne veut pas dire ici « toutes les choses que » ; c'e^t un pronom indéfini l>ien expliqué par Estius : Têti homunciones, passim ta quœ non noverunt, maledictis insectantur. Souvent on entend ces impies railler des choses qu'ils ne comprennent pas.
Quœcumque autem naturaliter tanquam muta animalia norimt, in his corrumpuntur . Et les choses qu'ils connaissent naturellement par leurs sens, comme les animaux sans raison qui savent manger, boire et se reproduire, ils en abusent pour se corrompre. De la sorte, ils descendent au-dessous même des brutes ; car ces animaux se contentent de satisfaire les besoins de la nature.
11. Vœ illis. Ce mot vœ, malheur I est une sentence de malédiction éternelle.
Vœ illis, quia in via Caïn abierunt. Malheur à eux, parce qu'ils ont marché dans la voie de Caïn. Ils ont oublié Dieu comme lui; ils ont rempli leur cœur d'envie, de haine et d'homicide. Ils tuent les âmes de leurs frères par leurs doctrines empoisonnées, et ils répandent sur la terre le sang des serviteurs de Dieu. Toute hérésie est meurtrière; car elle est fille de Satan, qui fut homicide dès le commencement.
Et errore Balaam effusi sunt, ils ont imité l'indigne prophète Balaam qui, séduit par les présents de Balac, roi de Moab, se rendit auprès de lui pour maudire le peuple de Dieu ; et, s'il en fut empêché par le Seigneur, il donna cependant à ce prince le conseil impie d'envoyer au camp d'Israël des femmes qui firent pécher le peuple et l'entraînèrent dans l'idolâtrie. (Num., xxn, xxm, xxiv, et xxxi, 10 ; et Apocal., n, 14.)
Mercede effusi sunt, ils se sont donnés à l'erreur, non par conviction, mais par intérêt; ils ont embrassé et propagé l'hérésie par un motif de basse cupidité.
Mercede. Pourquoi tant d'hommes se montrent-ils hostiles à la religion, quand les impies sont au pouvoir? Cherchez-en la cause : vous trouverez que la plupart d'entre eux sont payés ou qu'ils espèrent l'être. L'avarice et l'ambition multiplient les apostats (1).
(1) Errore Balaam mercede effusi sunt, en grec, rr} 7T*/avvj toû B«>ai,u fxcsdoj kXiyjjBrpv:*. La phrase, très concise, peut se développer ainsi : Spe mercedis et lucri effusi sunt in hœresim et in omne vithcm, ut olim Balaam promissionibus et donis illectus erravit a via pietatis et jvstitiœ.
. 507 — Jud.
Et in contradictions Core perierunt. Et ils ont péri dans l'insurrection de Coré. Son châtiment est destiné à tous ceux qui suivent son exemple. Ayant imité sa rébellion par leur révolte contre Dieu et contre son Eglise, plusieurs ont déjà péri comme lui d'une mort funeste, et les autres seront ensevelis dans les enfers comme le furent ses complices.
Dieu avait choisi Moïse pour conduire le peuple d'Israël et il avait revêtu Aaron du sacerdoce pour lui offrir des sacrifices. Coré, jaloux de leur pouvoir, excita contre eux une sédition. Il était soutenu par Dathan et Abiron avec deux cent cinquante principaux du conseil.
La terre s'ouvrit et engloutit Dathan et Abiron tout vivants, avec leurs femmes, leurs enfants et leurs tentes. En même temps une grande flamme, sortant du tabernacle, dévora Coré et les deux cent cinquante rebelles. (Nu m., xvi.)
Perierunt. C'est peut-être une allusion à la mort de Simon le Magicien. Saint Cyrille de Jérusalem et d'autres anciens auteurs racontent que cet hérétique étant venu à Rome au temps de Néron, promit de voler au ciel. Il se rendit au forum, et à la vue d'une foule de spectateurs il s'éleva dans les airs par le secours des démons. Alors saint Pierre et saint Paul, qui étaient présents, se mirent en prière ; le magicien tomba; on l'emporta, les jambes brisées. Mais peu après, ne pouvant supporter sa honte, il se précipita d'un comble et se tua. Ainsi finit le premier des hérétiques. (S. Cyr., Catech. vi, 9; S. Aug., Haer.. 1 ; Arnob. in Gent.. v ; Fleury., H. E., 1. II, xxm.}
Perierunt. Ce parfait, en style prophétique, a le sens du futur et signifie certo peribunt; leur perte est certaine»
Caïn,Balaam et Coré nous représentent trois des principaux vices qui font agir et dogmatiser les hérétiques, savoir l'envie, l'avarice et l'ambition.
12. Ui sunt in epulis suis maculœ, convivantes sine timoré, semet ipsos pascentes ; nubes sine aqua, quœ a vends circumferuntur ; arbores autumnalcs, infructuosœ, bis* mortuœ, eradicatœ. Ils sont la honte des repas fraternels
qu'ils prennent avec vous, ils mangent sans retenue ; ils se paissent eux-mêmes. Ce. sont des nuées sans eau, que le vent emporte ça et là ; ce sont des arbres qui ne fleurissent qu'en automne, arbres stériles, deux fois morts, déracinés.
In epulis suis, iv toïç àya7coïç ocutwv (1). Un mot de saint Paul nous explique cette expression. Il y avait des chrétiens intempérants qui ne se contentaient pas des mets communs servis dans les repas fraternels : ils apportaient •de chez eux des viandes et des vins meilleurs, dont ils ne faisaient point part aux autres. Ils mangeaient ainsi seuls « leurs propres agapes », et ils buvaient avec excès, tandis qu'à la même table, des chrétiens pauvres manquaient du nécessaire. (I Cor., xi, 21.) L'Apôtre saint Pierre, dans sa seconde Epître, flétrit de même cette honteuse intempérance. (II Petr., ii, 13.)
Convivantes sine timoré, ils mangent au milieu de vous sans retenue et sans pudeur, n'ayant aucune honte de se livrer à une grossière intempérance.
Se ipsos pascentes, eauroùç 7rotu.aivovTsç, ils ne sont occupés qu'à se paître eux-mêmes et à se repaître, sans faire attention au prochain. Pascentes. Comme un pâtre conduit ses taureaux dans un herbage pour qu'ils s'y rassasient, de même ils portent leur gourmandise aux repas chrétiens pour l'assouvir.
Se ipsos pascentes. D'autres entendent que, loin de paître les fidèles avec les paroles d'une saine doctrine, ils n'ont en vue que leur profit ; ils rançonnent ceux qui les écoutent. Tels étaient ces docteurs de Corinthe dont parle saint Paul lorsqu'il dit : « Vous souffrez ceux qui vous
(1) Des éditions grecques donnent : h àyameûs ty*wv, in epulis vestris, lorsqu'ils prennent part a vos agapes. — Quant au mot oitàxiïes, macules, il y a des hellénistes qui prétendent corriger la Vulgate en traduisant ce mot par scopuli, « ils sont des écueils dans leurs repas. » Sens bizarre. Ces prétendus savants ignorent que, si cnà?.; avec c bref cignifie en effet scopulus, cnàxç avec t long est synonyme de on~ùoç, macula, employé par saint Pierre lorsqu'il exprimait la même pensée : Coinquinationes et maculœ (znÏÏQi zsù ftâpoi), deliciis a/fluentes, in eonviviis suis luxuriantes vobiscum. (II Petr., n, 13.)
— 509 — Jud.
dévorent, ceux qui prennent votre bien. » Susiinctis enim si cjuis dévorât, si qais accipit. (II Cor., xi, 20.)
Nubes sine aqua. Ce sont des nuées qui promettent une pluie féconde, et qui ne donnent point d'eau. Ainsi les hérétiques s'annoncent comme devant verser sur le inonde les flots d'une doctrine salutaire, et ils ne répandent que les ténèbres et la désolation. Quel bien Luther et Calvin ont-ils apporté au monde? Des erreurs avec des ravages, des incendies, des haines sanglantes et des guerres civiles.
Quas a ventis circiunferuntur, nuées inconstantes qui, poussées par le souffle des vents, changent de forme sans cesse.
Arbores autumnales, o£vBpa cpOivoTuopivà, arbres qui ne fleurissent qu'à la fin de l'automne, qui n'offrent qu'un vain feuillage pendant toute la saison des fruits. S'ils finissent par montrer quelques fleurs, elles sont bientôt flétries par le souffle de l'hiver. Il en est ainsi des docteurs de mensonge. Sur la fin de leur vie, ils paraissent quelquefois devenir sérieux, ils prononcent des paroles qui semblent annoncer un retour vers la religion. Vaines espérances : ils ne confessent point qu'ils se sont trompés ; ils ne s'humilient point devant Dieu, et l'impie va rejoindre ceux qu'il a précipités dans l'abîme.
Aussi l'Apôtre ajoute-t-il arbores infructuosœ. Non, ces arbres ne donneront pas de fruits. Lors même qu'ils en promettent, n'en attendez pas.
Et pourquoi ? parce qu'ils sont morts et deux fois morts, bis mortuœ : morts dans leur tige et dans leur racine. Ils sont morts premièrement par le péché mortel, qui est la mort simple de l'âme ; et secondement par l'hérésie, qui est une double mort ; car ce crime tue la foi qui restait encore comme une racine de vie. Mais cette racine est elle-même morte, arrachée, eradicatœ .
Non, ces arbres desséchés et arrachés du sol de l'Eglise ne reverdiront jamais : ils ne sont bons qu'à jeter au feu. Excidetur et in ignem mittetur. (S. Matth., m, 10.)