Fluctus feri maris despwnantes suas confusiones
Ce sont des vagues furieuses, comme celles d'une mer soulevée ; ils jettent partout l'écume de leurs propres infamies. En grec xàpAta âtypia ÔctXotff<njç, undx efferœ maris. Ils sont violents dans leurs discours, et ils vomissent de leur cœur des flots de corruption, comme une écume immonde.
Cette nouvelle comparaison note trois caractères des hérétiques. Ils sont inconstants dans leur doctrine comme les vagues de la mer ; ils soulèvent de grands troubles dans l'Eglise et parmi les peuples; ils se déshonorent eux-mêmes par des paroles et des actions infâmes.
Ne dirait-on pas que l'Apôtre juge la vie et les écrits de Luther, de Voltaire et de nos modernes impies? Quand on a lu leurs ouvrages, on est forcé de les mépriser : despumant confasiones suas. La parole de saint Jude rappelle celle d'Isaïe : « Les impies sont comme une mer agitée qui ne peut se calmer, et dont les flots vont inonder le rivage d'une écume fangeuse. » (Is., lvii, 20.)
Sidéra errantia. Plusieurs de ces hommes avaient des talents brillants, l'on espérait qu'ils allaient répandre sur l'Eglise la lumière de la vérité ; mais ils ont paru comme des astres errants qui secouent sur le monde des feux sinistres.
Saint Jude compare les hérétiques à ces comètes que nous voyons passer dans notre monde, puis aller s'enfoncer dans les solitudes infinies de l'espace.
Quibus procella tenebrarum servata est in œternum, La tempête des ténèbres est réservée pour l'éternité à ces impies (1). -
Ces hommes funestes qui ont répandu dans l'Eglise les ténèbres de l'erreur sous le nom de lumière, méritent bien d'être envoyés eux-mêmes dans les éternelles ténè
(1) En grec, oU b Çipog roï gxôtouç ds sawva t£t»5/î-/?t5u, quibus caligo tenebrarum in œtermcm servata est. La Vulgate peut s'expliquer dans le même sens ; car le mot procella ne signifie pas seulement une tempête, mais encore un sombre amoncellement de nuages, comme lorsque Lactance dit en racontant l'ascension de Notre-Seigneur : circumvolvit eum procella nubis, et subtractum oculis hominum rapuit in cœlum. (De Morte persecut., c. n.) Voyez II Petr., n, 17.
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bres des supplices. Recte in tenebras tormentorum mittentur œtemas, qui in Eccîesia Dei sab nomine lucis tenebras inducebant errorum. (Beda.)
14 et 15. Prophetaviê autemetde his septimus ab Adam Enoch, dicens : Ecce venit Dominas in sanctis millions sais, — facere jadicium contra omnes, et arguere omnes impios de omnibus opcribus impietatis eorum, çuibus impie egerunt, et de omnibus dttris quœ locuti sunt contra Deumpeccatorcs impii. C'est encore des mêmes hommes qu'Enoch, qui fut le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes : « Voilà que le Seigneur va venir avec ses milliers de saints, pour exercer son jugement sur tous les hommes, et pour convaincre tous les impies de toutes les œuvres d'impiété qu'ils ont criminellement accomplies, et de toutes les paroles injurieuses que les pécheurs impies ont proférées contre lui. »
Saint Jude cite les paroles d'Enoch pour confirmer ce qu'il avait dit plus haut des hérétiques : « Il y a longtemps que leur jugement est consigné dans les Ecri tures. » Olirn prxscripti sunt in hoc judicium.
Septimus ab Adam. Voici, en effet, l'ordre généalogique des sept premiers patriarches : Adam, Seth, Enos, Caïnan, Malaléel, Jared, Enoch, né l'an du monde 622 et enlevé au ciel l'an 987.
Prophctavit Enoch. Plusieurs ont voulu rejeter cette Epître comme ne pouvant pas être inspirée de Dieu, parce que saint Jude citerait, disent-ils. le livre d'Enoch, qui est apocryphe. Mais citer un passage d'un livre, ce n'est pas approuver le livre lui-même ni tout ce qu'il contient. Saint Paul cite des poètes païens : Aratus, Ménandre, Epiménide ; est-ce qu'il garantit l'orthodoxie de leurs poèmes? (Act. A., xvn, 28; I Cor., xv. 33 ; Tit., i, 12.)
D'ailleurs il n'est point prouvé que saint Jude cite le livre apocryphe d'Enoch. La prophétie de ce patriarche avait pu se conserver par la tradition orale, ou même être insérée dans des ouvrages que possédaient les Juifs et que nous n'avons plus.
Enfin, plusieurs ont pensé qu'Enoch avait écrit un livre
prophétique qui aurait été conservé par Noé, mais interpolé dans la suite des temps. (Tertull.. de Habitu mul., 3; S. Aug., Civ. D., 1. XV, c. xxin ; et 1. XVIII, c. xxxvm.)
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'Enoch a prophétisé; les paroles que saint Jude lui attribue sont divines, et elles étaient reconnues comme authentiques avant que saint Jude les eût rapportées (1).
Dicens : Ecce venit Domhius in sanctls millibus suis. Le Seigneur descendra du ciel accompagné des milliers de ses saints anges.
Dominas. Le Seigneur dont il parle, c'est le Christ. Car le Père a donné au Fils la puissance de juger toute créature : Pateromne judicium dédit F ilio. (S. Joan.,v, 22.) Par là est confirmée cette parole de saint Pierre, que tous les prophètes rendent témoignage au Christ, puisque le Christ est annoncé comme Juge du monde dans le fragment qui nous reste d'Enoch, le plus ancien des prophètes. Huic omnes prophetœ testimonium perhibent. (Act., x, 43.)
Il a donc été annoncé dès les premiers temps que le Seigneur viendra à la fin des siècles juger tous les hommes : facere judicium contra omnes. Cela ne veut pas dire que tous seront accusés et condamnés, mais que tous comparaîtront devant le tribunal du souverain Juge, qui récompensera les justes et punira les coupables.
In sanctis. Ce mot désigne les anges. Lorsque Jésus- Christ descendra du ciel avec ses milliers d'anges, en ce moment les hommes saints ressusciteront et s'élèveront dans l'air à sa rencontre. (I ïhess., iv, 16.) Jésus-Christ nous apprend lui-même que le Fils de l'homme viendra dans la gloire de son Père, avec une grande puissance et une grande majesté, et que tous les anges l'accompagneront : et omnes angelicum eo. Alors il s'asseyera sur son trône et jugera tous les hommes. (S. Matth., xvi, 27 ; et xxiv, 30 ; et xxv, 31 ; S. Marc, xm, 26 ; S. Luc, xxi, 25.)
(1) Scripsisse nonnulla divina Enoch, illum septimum ab Adam, negare non possumus, quum hoc in epistola canonica Judas apostolus dicat. (S. Aug., Civ. D., 1. XV, c. xxm.)
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hi sanclis millions suis% èv àyi'atç [/.upiàaiv aùrou, il viendra avec ses saintes myriades. Le prophète Daniel voulant nous faire entendre que le nombre des anges est incalculable, dit que des milliers de mille servaient le Seigneur, et dix mille fois des centaines de mille se tenaient en sa présence : Millia millium ministrabant ei, etdecies millies cenicna millia assistebant ei. (Dan., vu, 10.) (1)
Etarrjuere om?ies impios de omnibus operibus impietatis eorum, quibus impie egerunt. Le Seigneur viendra convaincre tous les impies devant les anges et devant les hommes, à la face de l'univers assemblé, et il manifestera toutes les actions de ces impies (2). Que de hontes seront alors révélées au grand jour !
Mais les actions ne seront pas seules condamnées : les paroles d'incrédulité et de blasphème seront aussi frappées de châtiments terribles. Et de omnibus duiis quœ locuti sunt contra Deum.
Toute violation de la loi divine sera punie. Cependant Enoch semble oublier tous les autres coupables, pour ne s'occuper que des pécheurs impies, peccatores impii. C'est par eux qu'il termine sa terrible prophétie, à^.apT(oXoi àaeêeïç, car ils sont proprement, comme Satan, les ennemis de Dieu et de son Christ. Tel est le sort réservé aux hérétiques qui infestent l'Eglise.
Saint Jude va continuer de les dépeindre.