CHAPITRE TROISIÈME
Deux sujets semblent traités dans ce chapitre. Le premier est une description brillante des maux que cause la langue (1-12).
Le second expose les caractères de la vraie sagesse (13-18).
Mais, au fond, il n'y a qu'un sujet. Saint Jacques s'adresse à des Juifs convertis qui, se croyant très habiles dans les Ecritures, ambitionnaient l'honneur de parler dans l'assemblée des fidèles. Il les avertit qu'ils s'exposent à un jugement sévère. Car rien n'e9t si difficile que de ne pas pécher quand on parle. Il leur apprend ensuite quelle est la sagesse que doivent posséder ceux qui veulent instruire les autres.
1 . yoliteplures magistrifîeri, fratres mei, scientes quoniam majuê jadicium sumitis.
'■I. I ii midtis enini offendinnis ornnes. Si qnis in verbo non ofjfetidit, hic perfeetus est rie:
potest etiam freno circionducere totum corpus.
3. Si autem equis frena in ora mittimus ad consentiendum nohis, et omne corpuë illoram circumferimtu :
•l. i Ecce et naveSf quum magnes tint, et a ventis validis minentur, circumferuntur a
modieo (j}ibevnac\tlo ubi impetus dirigentiê voluerit)
.>. //</ et lingua modicum gfttt-
d>-n, nu mbrum ett, < t magna
Utat. Ecce ij".il,t),<; ignis
1. Mes frères, ne soyez pas comme plusieurs qui veulent devenir maîtres de la doctrine, sachant que cet honneur vous expose a un jugement plus sévère.
2. Car nous faisons tous beaucoup de fautes. Si quelqu'un ne pèche point en parlant, c'est un homme parlait, capable de diriger comme par un frein tout son corps.
3. En effet, si nous mettons des mors dans la bouche des chevaux afin qu'ils nous obéissent, et si par là nous faisons tourner tout leur corps où nous voulons :
4. (Et les vaisseaux, tout grands qu'ils sont, poussés même par des vents impétueux, nous voyons qu'ils Boni tournés de tous côtés avec un très l"iit gouvernail, selon la volonté du pilote qui les conduit)
5. De même, la langue n'est qu'un petit membre du corps, et elle se vante de faire de grandes choses.
Voyez comme une étincelle de feu embrase une grande forêt.
G. La langue aussi est un feu qui brûle. C'est un monde d'iniquité.
Elle n'est qu'un de nos membres et elle infecte tout le corps ; elle enflamme tout le cercle de notre vie, et elle est elle-même enflammée du feu de l'enfer.
7. La nature humaine est capable de dompter et elle a dompté en effet toutes sortes d'animaux féroces, d'oiseaux, de serpents et d'autres bêtes ;
8. Mais nul homme ne peut dompter la langue. C'est un mal inquiet, elle est pleine d'un venin mortel.
9. Par elle nous bénissons Dieu notre Père; et par elle nous maudissons les hommes qui sont créés à l'image de Dieu.
10. De la même bouche sort la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu'il en soit ainsi.
11. Une fontaine jette-t-elle par une même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère?
12. Mes frères, est-ce qu'un figuier peut porter des raisins, ou une vigne des figues ? De même une fontaine d'eau salée ne fera pas jaillir de l'eau douce.
13. Y a-t-il un homme sage et instruit parmi vous ? Qu'il fasse paraître ses œuvres dans la suite d'une bonne vie, avec une sagesse pleine de douceur.
14. Mais si vous avez un zèle amer et si un esprit de contention est dans vos cœurs, ne vous glorifiez point d'être sages, et ne mentez point contre la vérité.
15. Cette sagesse-là n'est point celle qui vient d'en haut ; c'est une sagesse terrestre, animale, diabolique.
16. Car où se trouve la jalousie et l'esprit de contention, il y a aussi l'inconstance et toute sorte d'œuvres mauvaises.
quam magnam sylvam incendit !
6. Et lingua ignis est, unirersitas iniquitatis . Lingua constituitur in membris nostris, quœ maculât totum corpus, et inflammat rotam nativifatis nostrœ, inflammat a a gehenna.
7. Omnis enim natura bestiarum et volucrum et serpentium, et cœterorum, domantur et domita sunt a natura humana :
8. Linguam autem nullus hominum domare potest ; inquietum malum, plena veneno mort i fer o.
9. In ipsa benedicinvus Deum et Patrem ; et in ipsa maledicimus homines qui ad similitudinem Dei facti sunt.
10. Ex ipso ore procedit benedictio et maledictio. Non oportet, fratres mei, hœc ita fieri.
11. Xumquid fons de eodem foramine émanât dulcem et amaram aquam ?
12. Numquid potest, fratres mei, ficus uvas facere, aut vitis ficus ? Sic neque salsa dulcem potest facere aquam.
13. Quis sapiens et disciplinatus inter vos ? Ostendat' ex bona conversât ione operationem suam in mansveU'dine sapientiœ.
14. Quod si zelum amarum habetis, et contentiones sint in cordibus vestris, nolite gloriari, et mendaces esse adversus veritatem.
15. Non est enim ista sapientia desursum descendens, sed terrena, animalis, diabolica.
16. Ubi enim zelus et contentio, ibi inconstantia et omne opus pravum.
Jac, in.
17. Quœ autrui desursum est sapientia, primUm quidem puàica est, deinde pacifica, tnodesta, sv.adibilis, bonis consentiens, plena misericordia et fructibus bonis, non judicans, sine simulations.
18. Fructus antein justifia' in pace scminatur facientibus pacem.
17. Pour la sagesse qui vient d'en haut, elle est d'abord chaste, ensuite amie de la paix, modérée, docile, approuvant le bien, pleine de miséricorde et portant de bons fruits ; elle ne juge point, elle n'est point dissimulée.
18. Or les fruits de la justice sont semés dans la paix par ceux qui font des œuvres de paix.
1. Nolite plures magistri fieri, fratres mei (1), scientes quoniam ma jus judicium sumitis. « Mes frères, n'imitez pas l'ambition de plusieurs qui veulent devenir maîtres de la doctrine, car sachez qu'en assumant cette charge on s'expose à un jugement plus sévère. »
Au premier chapitre, saint Jacques avait dit : Que tout homme soit lent à parler. Et un peu plus loin, il ajoutait : Si quelqu'un se croit religieux et ne contient pas sa langue, sa religion est vaine.
Maintenant, il va développer les malheurs qu'entraîne l'intempérance de la langue, et il le fait dans le but de réprimer la présomption de plusieurs qui voulaient parler dans les assemblées chrétiennes sans en avoir reçu la mission.
Car, parmi les Juifs devenus chrétiens, il s'en trouvait qui avaient la prétention d'enseigner dans les assemblées pour y montrer leur science des Ecritures. Mais s'ils
(1) Nolite plures magistri fieri. Littéralement : Prenez garde d'être plusieurs a prétendre enseigner et a se donner comme maîtres de la doctrine. Qu'on ne voie pas dans vos assemblées plusieurs docteurs se disputer à qui prendra la parole, et soutenir leurs opinions les uns eontN les autres. — Rien n'était plus ambitionné parafe! Les Juifs que le titre de docteur de la Loi ou de ElabbL Notre - Seigneur reproche aux Scribes et aux Pharisiens cet orgueil : Amant autem salatationes înforoet vocariab hominibus Rabbi. (S. Mat th., txm, 7.) Voyeï plus haut, i, 19,
avaient beaucoup étudié Moïse et les Prophètes, ils ne connaissaient pas assez l'Evangile. De là naissaient des contestations, des troubles dans les églises et des erreurs dangereuses, comme on le vit à Antioche, en Galatie et ailleurs. Saint Paul avait été souvent obligé de lutter contre ces docteurs juifs, trop zélés pour l'ancienne religion, dont ils voulaient imposer les rites aux Gentils, malgré la décision des Apôtres au Concile de Jérusalem. Saint Jacques, avec une très grande prudence, attaque le mal dans sa racine.
Scientes qaoniam majus judicium sumitis. Sachez qu'en voulant parler dans rassemblée au lieu d'écouter, vous encourez un jugement plus sévère. Il vous sera demandé compte de ce que vous aurez enseigné, du motif qui vous dirigeait, et de la manière dont vous avez parlé. Sumitis. C'est un ministère redoutable que celui de la parole. Au lieu de l'ambitionner et de le prendre vousmêmes, attendez que l'Eglise vous l'impose, et craignez que Dieu ne vous dise : Pourquoi racontes-tu mes justices, et veux-tu annoncer mon testament avec les paroles de ta bouche ? Quare tu enarras justifias meas, et assumis testamentum meum per os tmtm? (Ps. xlix.) Tu n'es pas de ceux à qui j'ai ordonné d'enseigner. Ecoute au rang des disciples, au lieu de prétendre instruire les autres.
C'est donc une charge périlleuse, dit l'Apôtre, que de parler dans l'assemblée des fidèles; et la bénédiction de Dieu manque, si l'on assume soi-même cette fonction, sans en avoir été chargé par les chefs de l'Eglise. Alors on trouble et on renverse, au lieu d'édifier : Turbavernnt vos verbis, evertentes animas vestras, quibas non mandavimus. (Act. Ap., xv.)
2. In mnltis enim offendimus omnes. Car il nous échappe à tous beaucoup de fautes, puisqu'il est dit que le juste tombe sept fois. (Prov., xxiv, 17.) Or, le péché le plus facile à commettre est celui de la langue. Pourquoi donc nous arroger une fonction redoutable qui ne nous a pas été imposée ?
— 57 — Jae., in.
In multis offendhnus omnes, -xollx 7rrafof«v owwivTeç, nous péchons tous en beaucoup de manières. Le verbe offendere (uxaiw) ne suppose pas une faute grave ; ce n'est pas une chute, mais un simple achoppement. Il signifie « broncher » par inadvertance ou imprudence, heurter le pied contre un obstacle. Ce texte est un de ceux que les théologiens invoquent pour prouver que le juste ne peut pas éviter, dans toute sa vie, tous les péchés véniels, sans une grâce spéciale de Dieu. C'est un point défini par le Concile de Trente. Si quis hominem semel justificatum dixeritposse in tota vita peccata omnia, etiam venialia, vitare, ni si ex speciali Dei privilégie*, quemadmodum de Beata Virgine tenet Ecclesia. anathema sit. (Sess. VI, can. xxin.)
Sur celte doctrine, saint Augustin raisonne ainsi : Il y a des fautes légères qu'il nous est impossible d'éviter \ on les appelle légères, mais leur multitude peut nous conduire à la perdition. Les grains de froment sont légers; cependant on en charge des vaisseaux, et si l'on en met trop, les plus grands navires coulent au fond de la mer. Puisque chaque jour nous péchons, faisons chaque jour pénitence (1).
Si quis in verôo non ojfendit, hic perfectus est vir. Si Ton ne parlait que lorsqu'il vaut mieux parler que se taire, on éviterait bien des péchés. Celui qui parle sans commettre aucune faute, peut être considéré comme un homme parfait. Car il est difficile, quand on parle, de n'être pas guidé par la vanité ou l'intérêt, et de ne pas blesser la charité ou la vérité. Pour ne jamais pécher par la langue, il faut être un homme prudent et maître de toutes ses passions.
Potest etiam freno circumducere totum corpus. Si l'on dirige bien sa langue, on peut aussi diriger, comme avec
(1) Sunt autetn peccata levia et mini'f<t, quœ devitari omnino non
possunt. Quœ (ji>i<lem videntur minora, sed midtitudine premunt.
■ acervtu frumenti minutissimis granis colligitxr, et tamen-
turindenaves : et xi amplius onerentnr,demerguntur.(S. Aug.
v ... CCLXXVIII, n. 12.)
un frein, tous les autres organes de son corps, ses mains, ses pieds, ses oreilles, et tout l'ensemble de ses actions. Car l'homme qui est maître de ce qu'il dit est aussi maître de ce qu'il fait (1).
Comme cette maxime pouvait sembler exagérée, il la prouve par une comparaison.
3. Si autem equis (2). Cette phrase est mal ponctuée dans nos éditions latines. La période se résume ainsi : Oomme nous conduisons les chevaux selon notre volonté à l'aide d'un frein, et comme nous dirigeons de grands vaisseaux avec un gouvernail, de même, au moyen de notre langue, nous faisons les plus grandes choses.
Si autem equis frena in or a mittimus ad consenticndum ?ioùis, et omne corpus illorum circumferimus. « Si nous mettons des mors dans la bouche des chevaux pour qu'ils nous obéissent, et si nous faisons ainsi tourner tout leur corps où nous voulons... »
Non seulement l'homme qui contient sa langue peut se conduire lui-même avec sagesse, mais avec sa langue il peut conduire les autres : comme on dirige par où l'on veut, à l'aide d'un frein, les chevaux les plus ardents.
A. Ecce et naves, quum maqnœ sint, et a ventis validis minentur, circumferuntur a modico gubernaculo ubi impetus dirigentis voluerit. « Les vaisseaux même, tout grands qu'ils sont, et quoique poussés par des vents impétueux, se laissent tourner de tous côtés avec un très petit gouvernail, et ils obéissent à la volonté de celui qui les conduit. » C'est comme s'il disait : Non seulement le cheval, ce superbe animal, obéit à la main de l'homme
(1) Au fond, comme la bouche parle de l'abondance du cœur, il est nécessaire de bien veiller sur son cœur pour savoir gouverner sa parole. Le Prophète disait : « Je garderai mes voies, afin de ne point pécher par ma langue. » Dixi : Custodiam vias meas, ut non délinquant in lingua mea. (Ps. lxxxiii.)
(2) Si autem, d oi. C'est la leçon des meilleurs exemplaires (le Sinaïtique, celui d'Alexandrie, celui du Vatican). D'autres portent lok ou t&û, ecce. Cette dernière leçon est venue de ce que l'on croyait la phrase inachevée avec d oi. Les versets 3, 4 et 5 forment une seule période commençant par si autem, et finissant par magna exaltât. Le verset 4 •est une parenthèse.
— 59 — Jac, m.
qui le dirige avec le frein ; mais de grands vaisseaux, d'un poids énorme, poussés par la tempête, sont euxmêmes dirigés en tout sens par la simple barre d'un gouvernail que tient le pilote (1).
5. Ita etlinguamodicumquidemmembrum est, et magna exaltât. « De même la langue n'est qu'un petit membre du corps, et elle se vante de faire de grandes choses (2). »
La langue est puissante pour le bien et pour le mal. Ce sont les maux causés par la langue que va montrer saint Jacques, parce qu'il a pour but de réprimer la présomption de ces vains docteurs qui voulaient faire parade de leur science.
« Voyez, dit-il, comme une légère étincelle de feu est capable d'incendier une grande forêt. » Ecce quantus ignis quam magnam sylvam incendit! en grec, vjàixov Trup ^Âfcqv uày,v KvcucTsi. Le premier f|X6toç signifie quam exiguus ou quantulus, combien petit; et le second, quam magnus, combien grand (3).
6. Et lingua ignis est. Et la langue aussi est un feu ; elle allume des incendies qui consument les cités, qui ravagent les provinces et les royaumes. C'est la langue d'Arius, de Nestorius, de Photius qui embrasa l'Orient et ensevelit l'Empire avec l'Eglise sous des ruines qui fument encore. C'est la langue de Luther qui, à son tour, incendia l'Occident (4).
(1) Quutn minentur, c'est-à-dire agantur. En grec, &aûv0/tevee, quum pellantur.
(2 Magna exaltât, en grec, paysAavxtc, vnultum gloriatur.
Plusieurs alitions donnent ftfyov, au lieu de J)Mxov, et le sens est alors : Ecce modicuê igniê quam magnam sylvam incendil ! Mais les trois meilleur? manuscrits portent rjAfxr;, quantus ou quantulus. Ce dernier sens, quantulus, combien petit, est justifié par un passage de Lucien : *i rttj.v.; iitofxivu;; quantiUai nos esse monstras ? (Hermot. 5.) — Quantité a de même la signification de quantulus dans Plante : Homuneuli quanti tunt eum recogito. (Capt. prol.) — Au lieu de quam ma- '. plusieurs traduisent : Quam magnam materiem ; voyez quel grand monceau de bois peut embraser une étincelle ! En etlét, Caij a la double signification de sylva et de materies, bois de constructi >n ou bois a brûler; mais le bon goût conservera sylvam.
(4) Arius in AUxandria una scintilla fuit, dit saint Jérôme, sed quia non statim oppressa est, totum orbem ejus ftamma pupulata est.
Universitas iniqidtatis, en grec b %6a\to$ ttjç iSwcfeç, « la langue, ce monde d'iniquités. » Tel est le sens de l'article qui accompagne xocixoç. Comme l'univers renferme toutes les choses visibles, de même la langue réunit en elle toutes les espèces d'injustices. Car, dit l'Apôtre, elle est constituée parmi nos membres comme celui qui souille notre corps de tous les péchés; semblable à une flamme impure, elle le noircit de tous les vices. Lingua constituitur in membris nostris qiiœ maculai tolum corpus.
En effet, il n'y a point de péché que n'engendre la langue. Elle commet les uns par elle-même, comme le blasphème, l'hérésie, le parjure, le mensonge, la médisance, la calomnie, l'injure. Elle commande, conseille, provoque, approuve les autres, comme le vol, la trahison, l'adultère et l'homicide.
Et inflammat rotam nativitatis nostrœ, elle enflamme le cercle de notre existence, cpX&ytfJôuffa tov Tpo/ov ttjç ysvsssojç. C'est-à-dire qu'elle enflamme tout le cours de notre vie, qui tourne et roule comme une roue depuis notre naissance jusqu'à la mort (1). Elle brûle en nous tous les germes des vertus, elle allume en notre cœur le feu de toutes les passions.
Inflammata a gehenna, et elle est enflammée elle-même par le feu de l'enfer. L'éloquence de ces hérétiques fougueux, les discours ardents de ces athées, ennemis de Jésus-Christ et de l'Eglise, à quoi saint Jacques les compare-t-il? A des torrents de flammes qui s'échappent des brasiers infernaux. Quand j'entends certains orateurs modernes parler contre la religion chrétienne, je me figure un démon sorti de l'abîme et vomissant des tourbillons de fumée empestée.
(In Epist. ad Gai., v, 8.) Ce que saint Jacques dit de la langue, nous le disons de la presse qui n'est pas moins funeste.
(1) Le mot -/év-aii a le sens de /3t«s, vie, dans Judith : 7:«o«i t«s bpépotS zrii yvsivsûs //.ou, omnes dies vitœ meœ. (xn, 18.) La vie humaine est aussi comparée à une roue dans Anacréon : T ' poyès oipij.XToç yy.p oïx
Currus enim velut rota vitœ dies currunt voluti. (Anacr. Od. iv.)
— 61 — Jac, m,
7 et 8. Omnis enim natura bestiarum et volucrum et serpentium, et cxterorum domantur et domita sunt a natura humana : Linguam autem nullus hominum domare potest, inquietum malum,plena veneno mortifero. « La nature humaine peut dompter, et elle a dompté, en effet, toutes sortes d'animaux sauvages, d'oiseaux, de serpents et d'autres bètes ; mais nul homme ne peut dompter la langue. C'est un mal inquiet, plein d'un venin mortel. »
Bestiarum, (typfow. Ce terme désigne les bêtes féroces, comme les lions, les ours, les panthères.
Câsterorum. Ce mot supposerait aÀÀ(ov dans le texte original. Le grec porte aujourd'hui èvaAc'wv, marùwrwn, c'est-à-dire belluarum marinarum, des monstres marins, comme sont les requins et les baleines (1).
Linguam autem nullus hominum domare potest.M&'is nul homme ne peut dompter la langue des méchants. Nul homme n'empêchera les mensonges et les médisances. Comment arrêter les paroles impies des libertins ? Qui retiendra les murmures de la jalousie? Qui étouffera ces bruits perfides qui circulent dans l'ombre, troublent les villes et sèment les haines dans les familles ?
Mais loin de pouvoir contenir la langue des autres, l'homme ne peut pas même dompter la sienne. Toutefois saint Augustin remarque que l'Apôtre ne dit pas : nullus domare potest, mais il dit : nullus hominum, nous faisant entendre que ce que l'homme ne peut par lui-même, il le peut avec la grâce de Dieu.
C'est principalement quand les adversités fondent sur nous, qu'il est difficile de ne pas laisser échapper des paroles d'impatience et des plaintes injustes. Aussi l'Esprit de Dieu, voulant faire l'éloge de Job, dit qu'au milieu de tous ses maux, il ne pécha point par ses lèvres : In omnibus hisnon peccavit Job labiis suis. (Job, i.) Nous observerons donc nos voies à l'exemple du pro-
(1) Peut-être le traducteur latin avait-il mis cetorum, * des céta- . et un copiste aura-t-il écrit ceterorum. Au témoignage d'Estius et d'Erasme, il y avait, de leur temps, des manuscrits qui portaient en effet cetorum. La vraie leçon demeure incertaine.
phète, « afin de ne point pécher par notre langue » ; et nous prierons le Seigneur « de mettre une garde à notre bouche et une porte à nos lèvres. » (Ps. xxxviii et cxlvi. — Voir plus haut i, 26.)
Inquietum malum, àxaraffrotTew xaxov, la langue est un mal qui ne peut demeurer en repos. Elle est toujours en mouvement et toujours nuisible (1).
Plena veneno mortifero. Ils ont aiguisé leurs langues comme des langues de serpents, dit le prophète David, et le venin de l'aspic est sous leurs lèvres. Acuerunt lincjaas suas sicut serpentis, et venenum aspidam sud labils eorum. (Ps. cxxxix.) La langue de ces hommes est pleine d'un venin qui donne la mort, venin de la corruption, venin de la haine, venin de la révolte, venin de l'hérésie et de l'incrédulité. La langue tue l'âme de celui qui parle et de celui qui écoute. La langue est homicide et féconde en meurtres. C'est par leurs langues que les Juifs ont tué le Christ : exacuerunt ut gladium Unguas suas. (Ps. lxiii.) Comment avez-vous tué le Christ? leur demande saint Augustin. C'est par le glaive de votre langue. Vous l'avez frappé du glaive quand vous avez crié à Pilate : Cruciftge eum! Crucifiez-le ! (S. Aug. in
Ps. LXIII.)
9 et 10. In ipsa benedicimus Beum et Palrem ; et in ipsa maledicimus hommes gui ad simili tudinem Dei facti sunt. Ex ipso ore procedit benedictio et maledictio. « Par la langue, nous bénissons Dieu notre Père ; et par elle nous maudissons les hommes créés à l'image de Dieu. De la même bouche sort la bénédiction et la malédiction. »
La langue est donc, par l'usage qu'on en fait, quelque chose de contradictoire. Rien n'est meilleur, rien n'est plus mauvais. Rien de meilleur, parce qu'elle loue Dieu ; rien de plus mauvais, parce qu'elle blasphème son nom, maudit les hommes faits à l'image de Dieu, les pervertit et les précipite dans les feux éternels.
(1) Au lieu de dbexttéoTaTOv des éditions portent àystrÂff^ero», un mal qu'on ne peut réprimer.
— 63 — Jac, ni.
Non oportet, fratres mei, hœc fieri. « Il ne faut pas qu'il en soit ainsi, mes frères. » Notre langue nous a été donnée pour glorifier notre Créateur. Disons donc avec David : Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sera toujours en ma bouche. Benedicam Dominum in omni temporc, semper laits ejits in ore meo. (Ps. xxxin.)
11 et 12. Numqnid fons de eodem foramine émanât dulcem et amaram aquam? Numqnid potest, fratres mei, ficus uvas facere,ant vitis ficus ?« Une fontaine jette-t-elle par une même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère? Mes frères, un figuier peut-il produire des raisins, et une vigne des figues (1)? »
Cette riche accumulation de comparaisons gracieuses persuade doucement aux fidèles l'importance de veiller sur leur langue, afin qu'après l'avoir consacrée à la louange de Dieu, ils ne la profanent pas en la faisant servir à la médisance ou à l'envie. Qu'ils évitent même toute parole bouffonne ou impertinente : aut stultiloquium, aut scurrilitas, quœ ad rem non pertinet. (Eph., v, 4.)
1 •"». Quis sapiens et disciplinants inter vos? Ostendat ex bona conversalione opérât ionem suam in mansuetitdine sapientiœ ? « Y a-t-il un homme sage et instruit parmi vous ? Qu'il fasse paraître ses œuvres dans l'ensemble d'une bonne vie, en montrant une sagesse pleine de dou- . ceur et de mansuétude. »
C'est la conclusion du discours qui précède ; et ce verset se rattache au premier. Voici à peu près la suite des idées. Plusieurs désirent montrer leur sagesse et leur savoir: ils veulent parler en docteurs dans nos assemblées. Or cette fonction n'est pas sans danger. Celui qui parle sera jugé sur ses paroles, et il est difficile de ne pas pécher par la langue. Mais il y a une manière plus sûre de montrer qu'on sait bien la religion, et qu'on entend Les Ecritures : c'est de mener soi-même une vie sainte, conforme aux principes de la vraie sagesse, en
(1) Au lieu de ficuê uvas y on lit eu grec cj/.ï ftam», ficus olivas. \ importance.
■étant modeste et plein d'une douceur indulgente pour les autres.
Saint Jacques va ensuite tracer les caractères de la vraie et de la fausse sagesse pour qu'on puisse les discerner l'une de l'autre.
Mais d'abord reprenons ce verset.
Quis sapiens ? tc'ç cocpôç ; le mot sapiens, croçfeç, désigne un homme sage ; et discipli?iatus, ImoTjrçfjuav, est un savant. L'homme sage est celui qui non seulement connaît les hauts mystères de la religion, mais en contemple les causes, les conséquences et les rapports, par la sublimité de son génie et surtout par les lumières que Dieu lui communique. Il dit humblement comme le prophète : Seigneur, ôtez le voile qui est sur mes yeux, et je considérerai les merveilles qui sont dans votre loi : Révéla oculos meos, et considerabo mirabilia de lege tua (Ps. cxviii); et le Saint-Esprit l'illumine. Tels étaient saint Paul, saint Jean, saint Augustin, saint Bernard. Ils voyaient la vérité céleste que Dieu faisait briller à leur intelligence, ils l'admiraient, ils l'aimaient.
L'homme savant, instruit, est celui qui, par son travail, son intelligence et les leçons de maîtres habiles, connaît les choses qui concernent la religion : c'est l'homme versé dans la philosophie, la théologie, les saintes Ecritures ; c'est l'homme qui a beaucoup lu, beaucoup retenu et bien compris. L'étude peut faire les savants et les érudits, Dieu seul fait les sages (1).
Ostendat ex bona convier satione operationem suam. Que celui qui veut être estimé sage et regardé comme vraiment instruit fasse connaître ses œuvres par sa bonne conduite. Car la vraie sagesse ne s'arrête pas à la connaissance du bien, elle le met en pratique. Elle loue Dieu,
(1) Sapientia est rerum ad religionem pertinentium per causas superiores notitia ; scientia vero earumdem rerum notitia per ea quœ sunt humanœ scientiœ vel experientiœ. (Estius.) — Saint Paul a aussi distingué les dons de la sagesse et de la science, dans sa première Epître aux Corinthiens : Alii quidem per Spiritum datur *ermo sapientiœ ; alii autem sermo scientiœ secundum eumdem Spiritum. (I Cor., xii, 8.)
— 65 — Jac, ni.
elle l'aime, elle lui obéit, elle s'efforce de propager son règne par ses paroles et par ses exemples.
In mansuetudine sapientiœ. La sagesse mondaine s'irrite lorsqu'on la contredit. Mais celle qui vient de Dieu est pleine de douceur, elle ne s'emporte point en injures contre ses adversaires, et tout en maintenant dans sa pureté la doctrine évangélique, elle n'imite point la violence de ceux qui l'attaquent.
Faire le bien que l'on peut en conservant la douceur dans son âme, c'est donner la preuve d'une grande sagesse, dit le vénérable Bède.
Operationem suam. « Qu'il montre ses œuvres. » L'erreur qui fait consister la justice dans la foi seule est de nouveau réprouvée par ce mot important.
I 1. Quod si zelum amarum habetis, et contentiones suit in cordibus vestiis, nolite gloriari et mendaces esse adversus ver i toi cm.
Voici un premier trait auquel on reconnaît la fausse sagesse : « Si vous avez un zèle amer, dit-il. et si un esprit de contention règne dans vos cœurs, ne vous glorifiez point d'être sages; car vous mentiriez contre la vérité. » Rien n'est meilleur que le zèle; mais le zèle amer est inspiré par l'orgueil* et non par l'amour delà religion. C'est une chose louable, nécessaire même, de lutter avec courage pour défendre la foi contre les novateurs et la piété contre les scandales, comme ont fait tous les saints docteurs. Mais l'esprit de contention combat avec une ardeur insolente et opiniâtre, pour faire triompher ses idées propres et non la vérité enseignée par L'Eglise.
Tel est le premier sens du mot zelus amants. Mais il y eu a un second qui n'est pas moins littéral : c'est « une envie a mère. » Oh! qui bannira ce fléau de l'Eglise? L'envie se cache au fond même des cœurs vertueux, elle y lait germer l'ambition, la médisance, le murmure, et quelquefois la haine. Heureuses les sociétés de fidèles où tous s'aiment comme des frères, et où le bonheur de l'un fait la joie des autres !
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Nolite gloriari et mendaces esse adversas veritatem.
« Ne vous glorifiez point contre la vérité et ne mentez point contre elle. » C'est l'odieux caractère des hérétiques et des sophistes. Ils s'entêtent de leurs fausses doctrines, ils les défendent avec acharnement par tous les moyens. Ils ne craignent pas même d'avoir recours à la fraude et au mensonge pour vaincre leurs adversaires. Ce scandale a souvent affligé l'Eglise. Qui ne connaît les scélératesses des évêques ennemis de saint Athanase et de saint Jean Chrysostome ? Pour nous catholiques, nous ne chercherons point à faire triompher nos propres opinions, mais la croyance de l'Eglise ; et nous défendrons la vérité ellemême comme elle veut l'être, par des armes loyales.
15. Non est enim ista sapientia desursum descendais, sed terrena, animalis, diabolica. La sagesse dont vous vous glorifieriez en outrageant ceux qui vous combattent, n'est point la sagesse qui vient d'en haut; l'Esprit-Saint n'en est point l'auteur. C'est là une sagesse terrestre et mondaine, une sagesse qui suit les fausses lueurs de la raison et non les enseignements de la foi ; enfin c'est une sagesse diabolique.
Terrena, emftioç. Cette sagesse est terrestre : elle se borne aux choses de la vie présente; elle sert la triple concupiscence de l'avarice, du plaisir et de la gloire mondaine. Elle dit : Mangeons et buvons ; car nous mourrons demain. Comedamus et bibamus, cras enim moriemar. (Is., xxii, 13.)
Animalis. Cet adjectif vient de anima, comme tyvy}xi\ vient de $v/;\, âme (1). Ce mot désigne une sagesse purement humaine, empruntée aux seules facultés naturelles de l'âme. Elle ne prend pour guide que les sens et la raison de l'homme. L'épithète animalis, tyuyiyxri, est l'opposé de spi?ilaalis, t^^j^t^. La sagesse spirituelle est celle d'une intelligence éclairée parles lumières du Saint- Esprit. Elle s'appuie sur la révélation divine, et se laisse diriger par l'autorité infaillible de l'Eglise.
(1) Notandam autem qaod animalis homo, s ive animalis sapientia, non ab animali sed ab anima derivatur. (Bède.)
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Il y a dans le monde une sagesse sensuelle, charnelle, qui borne toutes ses connaissances aux choses qu'elle perçoit par les sens. Telle est la philosophie du grossier matérialiste, qui ne comprend et n'admet que ce qu'il sent, ce qu'il touche, ce qu'il voit. Saint Augustin dépeint cette sagesse en un mot : In homme carnali, dit-il, tota régula intelligendi est consuetudo ccrnendî. (Serm. eu de Tempore.)
Cette honteuse philosophie n'est pas la seule que rejette l'Apôtre ; il réprouve encore la sagesse superbe qui s'en ferme dans la raison humaine en laissant de coté la parole de Dieu. Plusieurs vantent ceux de nos philosophes modernes qui, sans être chrétiens, se déclarent spiritualistes. Ces spiritualistes, qui s'élèvent au-dessus de la vile matière, reconnaissent un Etre suprême et croient que lame ne périt point avec le corps ; mais ils ne veulent pas admettre que Dieu soit descendu des cieux et qu'il ait parlé aux hommes ; ils rejettent la révélation. Ces philosophes sont condamnés par saint Jacques, et leur sagesse est réprouvée sous le nom de sopientia anim&lis, sapai 'l/'j/'.xv,.
Elle est aussi condamnée par saint Paul, lorsqu'il dit que « l'homme animal (i/u/'.xoç svQpfpicoç) ne comprend pas les choses de Dieu. » (I Cor., n, 14.) Et l'apôtre saint .lude, le frère de saint Jacques, la proscrit de même. On voit, dit-il. apparaître des hommes qui marchent selon leurs désirs, des hommes qui n'ont point l'esprit de Dieu, 111,1 is suivent une raison obscurcie et dominée par les sens. 11 l.-s u, .m me '^y/y/jy^, animales oupsychites. (S. Jud.,19.) Ainsi la vaine philosophie des rationalistes modernes a été réfutée d'avance et flétrie par les Apôtres.
En lin saint Jacques prononce contre cette orgueilleuse sagesse on mot énergique. C'est, dit-il, une sagesse diabolique : Sopientia diabolica, rapfa fatpovtw&riç. Entendezvous, Rousseau, Cousin? votre philosophie, séparée du christianisme, est une philosophie de démons. Vous croyez la tirer de votre raison pure : elle vous est inspirée par Satan.
On reconnaît bien d'ailleurs l'origine de cette philosophie aux blasphèmes qu'elle prononce et aux ténèbres dont elle s'enveloppe.
Depuis que le Christ est descendu des cieux pour instruire les hommes, tout homme qui ne veut pas écouter sa parole est un révolté comme le diable, et mérite son supplice.
Saint Jacques avait blâmé l'envie amère et l'esprit de contention : il en montre maintenant les funestes effets,
16. Ubi enim zeluset contentio, ibi inconstantia etomne opus pravam. « Car où se trouve la jalousie et la contention, là se rencontre aussi le trouble et toute sorte d'œuvres mauvaises. »
Zelus. Le mot zelus, sans épithète, se prend dans le mauvais sens, et marque cette irritation qu'excite, dans un esprit jaloux, la gloire ou la prospérité d'aulrui.
Contentio, ipteh., désigne bien les querelles et les animosités auxquelles s'abandonnent entre eux les sophistes d'opinions contraires (1).
Ibi inconstantia, àxaTar>Tacia(2). « Là se trouve le désordre et l'inconstance. » Comme ces disputeurs ne sont pas appuyés sur des principes certains et immuables, ils modifient leur doctrine pour le besoin de la lutte. C'est pourquoi le protestantisme a tant varié depuis son origine, et change encore tous les jours. Il en était de même au temps des Ariens : leurs symboles de foi, dit saint Hilaire, changeaient tous les ans et tous les mois \ Animas atque mens-
(1) Ce tenue marque ici principalement les disputes Apres des Judéo- Chrétiens en faveur des observances mosaïques. Leur haine était poussée si loin contre saint Paul que ces docteurs envieux allaient jusqu'à prêcher l'Evangile, non par piété, mais par rivalité; en faisant avec ardeur cette œuvre sainte, ils se proposaient surtout de molester l'Apôtre charge de chaînes dans sa prison. Quidam autem ex contentione, ï\ èpi6sczçr Christum annuntiant, non sincère, existirnantes pressuram se suscitare vinculis meis. (Philipp., i, 7.)
(2) Inconstantia, y/.xzxa-ia^ic/.. La Vulgate rend le mot â.Kurxaroi.tsiu par seditio dans la deuxième Epître aux Corinthiens (vi, 5) : èv à./.c/.7<x':zy.ab.ii, in seditionibus. Ce mot peut réunir ici la double signification de désordre et d'inconstance.
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truas de Deo fides decernimus. (S. Hil. ad Constantium, lib. II, n. 5.)
L'Apôtre finit par un dernier trait : et omne opas pravum. En effet, toutes les iniquités abondent chez les sectaires, la fraude, le vol, la trahison, l'adultère, le meurtre ; et si un certain ordre règne encore parmi les populations qu'ils ont entraînées dans l'erreur, elles le doivent à ce qui leur reste de christianisme.
Après avoir décrit la sagesse terrestre et mondaine, saint Jacques va nous dépeindre celle qui nous vient du ciel ; il lui assigne sept caractères.
17; Quae desursum est sapientia. Par la vraie sagesse qui vient d'en haut, l'auteur sacré entend ici la connaissance pratique et l'amour des choses divines qui conduisent au salut. Elle comprend les mystères de la religion et toute la doctrine évangélique, la théologie dogmatique et morale, avec la science des divines Ecritures et de la tradition. Cette sagesse vient d'en haut : d'abord parce que Jésus-Christ est descendu des cieux pour nous l'enseigner : ensuite, parce qu'on ne peut comprendre cette science et posséder cette sagesse sans une lumière et une grâce surnaturelles. Ceux que l'Esprit de Dieu n'instruit pas ont des yeux et ne voient point, des oreilles et n'entendent point. Cependant cette sagesse demande l'effort et le travail de l'homme. Chez les Apôtres, elle était infuse : mais, dans leurs successeurs, elle s'acquiert et s'accroit par l'étude, la méditation, la prière. Ainsi nos éiiiinents théologiens, unissant le travail à la piété, con-
ûplent les mystères et scrutent les paroles divines, établissent des principes qu'ils prennent dans la révélation et en déduisent des conclusions certaines. En sorte que cette science sublime, tout entière contenue dans l'enseignement des Apôtres, s'éclaircit néanmoins par le génie de l'homme, et se développe d'âge en âge sous la direction de L'Esprit-Saint.
Qux autrm desursum est sapientia, primum quidem pudica est, âyW,. c Mais la sagesse qui vient d'en haut est d'abord chaste. » — I. Voilà un premier trait qui ladistingue
de toutes les autres. Les docteurs qui enseignent leur prétendue sagesse, au lieu de la doctrine de Jésus-Christ, ne conservent pas toujours des mœurs irréprochables. Quand on pénètre dans leur intérieur, on y trouve souvent de fâcheux mystères.
Pudica. La chasteté parfaite est un des caractères auxquels on reconnaît la vraie foi et la vraie religion. L'Eglise catholique seule possède des vierges.
II. Deinde pacifica, ensuite elle aime la paix, non la paix dans le péché, non la paix dans l'erreur, mais la paix dans la vérité et dans la sainteté. Elle se garde de troubler la paix pour des motifs qui n'intéressent ni la foi ni la piété. Elle tâche de prévenir ou d'étouffer les discordes.
Au contraire, la fausse sagesse est disputeuse, querelleuse ; elle pousse à la guerre ; elle raille, persécute, opprime.
III. Modesta, nnsunfc, elle est pleine de modération, de douceur et d'équité ; elle est disposée à céder de ses droits plutôt que d'offenser le prochain : tandis que la fausse sagesse est arrogante, orgueilleuse et dominatrice.
IV. Suadibilis, ewcs^ç. La vraie sagesse écoute volontiers les raisons d' autrui ; elle est toujours prête à les accueillir, si elles sont fondées ; et aussitôt que la vérité lui apparaît, elle l'accepte avec joie.
Mais la fausse sagesse est opiniâtre et entêtée. L'évidence même ne la persuade pas. Témoin les docteurs juifs : ils voyaient de leurs yeux les miracles de Jésus- Christ ; ils les avouaient même : Hic honio multa signa facit, disaient-ils (S. Joann., xi) ; et cependant, loin de croire à sa mission divine, ils le tuèrent.
Bonis consentiens. . C'est une seconde traduction de l'adjectif ejz£'.07(ç. La sagesse qui vient d'en haut approuve sans hésiter le bien qu'on lui montre, étant fort différente de cette sagesse importune qui trouve toujours à censurer dans les meilleures choses.
Y. Plena misericordiœ , ftecr^ Ddo'jç. Une sagesse vraiment céleste est celle qui est pleine de compassion pour les
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souffrances, pour les faiblesses, pour les fautes même des hommes, et pour leurs ignorances. Elle console les infortunes, elle tend la main à ceux qui tombent, et répare autant qu'elle peut les injustices qu'elle ne saurait empêcher. Une telle sagesse se reconnaît à ses fruits : elle est pleine de bonnes œuvres ; plena fructibus bonis.
VI. Non judicans, àSixxpt-roç, non di judicans, non discernent. Elle fait du bien à tous les malheureux, sans rechercher s'ils ne sont point tombés dans la détresse par leur faute. Néanmoins elle ne conseille pas une générosité aveugle.
Non judicans. Plusieurs entendent par ce mot que la vraie sagesse s'abstient de juger le prochain et d'interpréter en mauvaise part ses paroles, ses actions, ses intentions. Elle s'interdit les jugements téméraires, selon le précepte de Notre-Seigneur : Nolite judicare, et non judicabimini. (S. Luc, vi, 37.)
VII. Sine simulatione, àvuTroxo'-roç. Ce dernier mot est amené par le précédent. En effet, àStaxpixoç avait présenté comme naturellement à l'esprit de l'écrivain le composé semblable àvuwàcpiToç. Il ne faut pas croire toutefois que l'Apotre ait ajouté, sans l'inspiration de Dieu, ce terme que la similitude des sons offrait à son esprit. Dans un livre sacré, le génie et la science de l'écrivain ont leur part : mais toutes les idées qu'il exprime lui viennent de Dieu, qui l'inspire et le dirige.
Sine simulatione. La fraude et le mensonge, l'hypocrisie et le parjure abondent chez les inventeurs et les fauteurs d'hérésie. Mais la vraie sagesse est pleine de simplicité, de bonne foi. de sincérité.
18. Fructus autem justitiae in pace seminatur facientibus pacem. « Or, le fruit de la justice se sème'dansla paix par ceux qui font des œuvres de paix.TCette parole de saint Jacques s'adresse spécialement aux brouillons et aux querelleurs, dont il a repris le zèle amer et l'esprit de contention. Quelque talent et quelque zèle qu'ils déploient, ils font peu de bien dans l'Eglise. La vie d'un
tel homme, fût-elle environnée d'éclat, se résume souvent en ce mot de David : Pertransit liomo, sed et frustra conturbatur. (Ps. xxxviii.) C'est un passant qui fait du bruit sur la terre ; mais il est douteux qu'il recueille une abondante moisson dans la vie future.