Fratres met, nolite in personarum acceptione (1) ha
(!' tonarum acceptione. En grec, iv npoovnolrrpbzn. Ce mot
veut dire ac eptio vulttu ou respectus ad vultum. On entend par accep-
1 I -1 1 II 14 I>K S. JACQIKS 3
bere fidem Doniini nostriJesu Christi fjloriœ. « Mes frères, n'ayez pas en acception de personnes la foi de notre glorieux Seigneur Jésus-Christ ! » C'est-à-dire, ne croyez pas qu'on puisse allier la foi du Christ avec l'acception des personnes. Si donc vous croyez en Notre-Seigneur Jésus-Christ, vous devez estimer les personnes selon leur mérite et non selon leur fortune. Ne traitez pas injurieusement la foi du Christ en mettant cette foi glorieuse au-dessous du rang que certaines personnes occupent dans le monde. Or c'est ce qu'on fait, lorsqu'on élève un riche au-dessus d'un chrétien pauvre ; car alors on préfère la fortune du riche à la foi du chrétien.
L'Apôtre dit aux fidèles : Respectez tous ceux qui ont embrassé l'Evangile et soyez persuadés que, pour les chrétiens, il n'y a point de titre qui soit préférable à leur foi. La noblesse du chrétien est son baptême. Les dignités du siècle et les richesses du monde sont, parmi nous, comptées pour rien. Il faut donc honorer le pauvre autant que le riche dans vos assemblées ; la foi les égale ; la gloire de la foi éclipse tout le reste.
Fidem Domini nostri Jesu Christi çjloriœ. Ce génitif gloriae tient lieu de l'adjectif çjloriosus. On traduira donc : Prenez garde de traiter indignement « la foi glorieuse de Notre-Seigneur », ou « la foi de notre glorieux Seigneur. » Ce dernier sens se voit dans saint Paul lorsqu'il dit aux Corinthiens- que « les princes de ce siècle n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire, s'ils l'avaient connu. (I Cor., ii, 8.) Nous disons de même : « Le Roi de gloire est descendu des cieux. » Saint Jacques, en plaçant gloriœ à la fin de la phrase, entend rapporter ce mot tout à la fois à fidem et à Domini, en sorte qu'il ne veut pas que Ton fasse injure à la glorieuse foi de notre glorieux Seigneur Jésus-Christ, en préférant les chrétiens riches à ceux qui sont pauvres.
tion de personnes les égards et la préférence que l'on témoigne, à tort, à une personne plutôt qu'il une autre, pour des motifs pris en dehors de son mérite : comme lorsqu'un juge donne gain de cause, non à la partie qui a raison, mais h la personne qui lui est agréable.
— 85 — Jac, ii.
Après avoir posé ce principe il va nous en montrer l'application dans un tableau saisissant.
2, 3, 4. Etenim si introierit in convenlum vestrum vir aureum annulumhabens in veste candida, introierit autem pauper in sordido habitu, et intendatis in cum qui indutus est veste prœclara, et dixeritis ei: Tu sedehic bene;pauperi autem dicatis : Ta sta illic, aut sede sub scabello pedum meorum : nonne judicatis apad vosmet ipsos, et facti estis judices cogitationum iniquarum?
En effet, si un homme portant un anneau d'or et vêtu d'un habit magnifique entre dans votre assemblée, si un pauvre entre aussi avec un méchant habit, et si, arrêtant vos regards sur celui qui est brillamment vêtu, vous lui dites, en lui montrant une place honorable : « Asseyezvous ici », tandis que vous direz au pauvre : « Toi, reste là debout, ou bien, assieds-toi près l'escabeau de mes pieds » ; n'est-ce pas là juger l'un et l'autre? et ne prononcez-vous pas, dans vos pensées, un jugement injuste?
Si introierit in conventum vestrum vir (1). « Si un homme entre dans votre assemblée. » Il nJest point ici question des honneurs civils que l'on rend aux personnages constitués en dignité. Saint Jacques parle seulement de l'estime que les chrétiens doivent se témoigner les uns aux autres dans leurs assemblées religieuses, lorsqu'ils prient ensemble, lorsqu'ils écoutent la parole de Dieu, lorsqu'ils participent aux saints mystères.
Aureum annulum liabens, un riche ayant au doigt un anneau d'or. En grec, c'est un mot composé très élégant, XpuooSctxTuXtoç, aureum annulum digito gestans. On voit, dans la plus haute antiquité, les hommes distingués porter un anneau au doigt. Juda, fils de Jacob, donne à
( 0) ' >ttu,n restrum, d; mvwflr/if* jftb-j. Le mot grec nnayuri
signifie une réunion en général. Les Juifs l'employaient pour désigner leur assemblée et le lieu même où ils se réunissaient : tandis que les cj' employaient dans ce sens le mot i/.Ktnsix. Saint Jacques, qui
ialement aux Juifs devenus chrétiens, I du terme
nH -/■•• M*i» •" traducteur a dû éviter le mot latin sy
gogo, parce qu'il était réservé aux Juifs, comme chei no is le mot ■ synagogue. » II a choisi convint™, terme commun, qui désigne toute réunion.
Thamar son anneau et son bracelet (Gen., xxxviii, 18) ; et dans saint Luc, le père de l'enfant prodigue, recevant son fils repentant, ordonne qu'on lui mette un anneau au doigt : Date annulum in manu ejus. (S. Luc, xv, 22.)
In veste candida, h gaÔTJTt Xapcpa, cinn veste splendida et nitente, avec un vêtement brillant. Le mot Xay-cô; désigne toute couleur éclatante.
Introierit autem et pauper, si un pauvre entre aussi. Pauper, r.xor/U, indique un homme indigent à qui manquent les choses nécessaires à la vie, un mendiant. C'est pourquoi ce pauvre n'a qu'un habit misérable pour recouvrir sa nudité, èv l'j-v.p. boôtjti. Sans doute, porter un vêtement déchiré ou peu propre n'est pas une vertu, mais c'est souvent une nécessité chez les malheureux.
Tu sede hic bene; si vous dites au riche : asseyez-vous à cette place honorable. Ce mot bene (xaàâç, honeste) est une parenthèse ajoutée par le narrateur. C'est comme s'il y avait : « Asseyez-vous ici », et la place qu'on montre au riche est honorable.
Tu sede hic; tu sta illic. L'opposition est sensible entre sede et sta, entre hic et illic. Vous, riche, asseyez-vous ici tout près; toi, va plus loin là-bas, te placer debout.
Aut sede sub scabello pedum meorum, ou bien assiedstoi par terre près de l'escabeau où je pose mes pieds. L'auteur fait sentir, par le contraste, combien est révoltant ce mépris du pauvre.
Nonne judicatis apud vosmet ipsos? En agissant de la sorte, est-ce que vous ne portez pas dans votre esprit un jugement sur le riche et sur le pauvre? Et dans ce jugement, ne suivez-vous pas les sentiments de la chair et l'opinion mondaine? Est-ce que vous ne prononcez pas une sentence inique en décidant que la richesse mérite plus d'être honorée que la vertu? Et facti estis judices cogitationum iniquaram? N'êtes-vous pas des juges dont les pensées sont fausses et les jugements injustes (1)?
(1) Nonne judicatis ? où itexpiOviTt ; Quelques-uns traduisent : Nonne dijudicati estis ? Ce qu'ils expliquent ainsi : Nonne propria conscientia redarguti estis ? N'êtes-vous pas condamnés par votre propre con-
— 37 — Jac, ii.
On blesserait donc la foi et la charité, si l'on honorait plus les riches que les pauvres dans les assemblées chrétiennes. Ce serait un péché encore bien plus grave d'avoir égard aux personnes dans la dispensation des biens célestes, ou de confier les dignités ecclésiastiques aux riches, en écartant des sujets pauvres, mais plus instruits et plus vertueux. Non sane levé putandum est esse peccatum, dit saint Augustin, in personarum acceptione habere fidem Domini nostri Jesn Christi, si illam distantiam sedendi ac standi ad honores ecclesiasticos referamus. Quis enim ferat eligi divitem ad sedem lionoris ecclesiœ , contempto paupere instructiore atque sanctiore ? (S. Aug. Epist. 167, n. 18.) Si les princes avaient toujours eu cette maxime sous les yeux, ils auraient épargné bien des maux à l'Eglise et à l'Etat.
Mais saint Jacques ne se contente pas du tableau frappant qu'il vient de mettre sous nos yeux. Il va maintenant relever le pauvre et abaisser le riche.
5. Audite, fratres mei dilectissimi. Ecoutez, mes frères bien-aimés. L'Apôtre excite d'abord leur attention, pour qu'ils comprennent bien l'estime qu'ils doivent faire de la pauvreté; puis, il leur expose cette doctrine dans une interrogation pressante.
Audi te. fratres mei dilectissimi, nonne Deus elegit pauperes in hoc mundo, divites in fide, et hœredes regni qnod repromisit Deus diligentibus se ? « Ecoutez, mes frères bien-aimés : Dieu n'a-t-il pas choisi ceux qui étaient pauvres en ce monde pour les rendre riches selon la foi et pour en faire les héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment? »
Elegit. I )ieu voulant faire des princes et des rois, qu'il élèvera dans les cieux, considère tous les hommes de l'univers. Parmi eux, qui choisit-il? Ce ne sont pas les
science .' Il n'esl pas douteux que 9it*pi9r,-j n'ait le sens passif chez les auteurs classiques, liais le Bavant auteur de la Vulgate ne lui a pas é sana raison la signification active, qui convient beaucoup mieux endroit, el qui, d'ailleurs, esl acceptée par CEcuménius. Tout le monde sait que plusieurs aoristes ont la forme passive et la signification active, coma hpt volui, àr,6Yp, existimavi, Ipifydw, timui.
riches, mais les pauvres : Elegit pauperes. Il choisit des pêcheurs pour en faire des apôtres, la femme d'un charpentier pour être sa mère. Il sera pauvre lui-même et il ne voudra pas avoir en ce monde où reposer sa tête. Voilà comme le Christ honore la pauvreté.
Elegit pauperes. Cependant Jésus-Christ, qui donne son sang pour le salut de tous les hommes, n'abandonnera pas les riches du siècle; mais ils ne viendront qu'après les pauvres. Il bénira d'abord les bergers, ensuite les rois. Car il ne veut pas qu'on puisse dire qu'il a eu besoin des puissants pour établir sa religion. Infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia : ut non glorietur omnis caro in conspectu ejus. (I Cor., i, 27.)
Divites in fide. Mais ces pauvres qui ne possèdent rien en ce monde sont riches des biens de la foi, riches en vertus, riches en bonnes œuvres. Au fond, ce sont les sages de la terre ; car, au lieu de biens périssables, ils amassent des trésors éternels.
Et hœredes regni. On les méprise comme des gens de rien ; mais aux yeux de Dieu et des anges, ce sont des princes, héritiers du royaume des cieux. Beati pauperes spiritu, qnoniam ipsorum est regnuni cœlorum. (Saint Mat th., v, 3.)
Quod repromisit Deus diligentibus se. Voici un mot très important. A qui Dieu donnera-t-il le royaume ? A ceux dont il est aimé, diligentibus se. Un trône éternel est conquis par un acte d'amour. C'est une récompense certaine : elle est due, parce que Dieu l'a promise, quod repromisit Deus diligentibus se.
Elegit. Mais rappelons-nous bien que Dieu a choisi ces pauvres dans sa bonté. Une élection gratuite les a rendus riches dans la foi, et c'est par miséricorde qu'ils sont héritiers du royaume. Eligendo facit divites in fide, sicut hœredes regni, dit saint Augustin. (De Prsedest. Sanct.)
6. Vos autem exhonorastis pauperem. Le pauvre est grand devant Dieu; il est respecté de toute la cour céleste; et vous, vous l'avez déshonoré ! C'est un grand mal que de mépriser les pauvres, qui sont les amis de Dieu.
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Nonne divites per potentiam opprimant vos , et ipsi trahunt vos ad judicia? Vous honorez les riches à cause de leur fortune; mais ne voyez-vous pas que ce sont les riches qui vous oppriment par leur puissance ? D'où viennent toutes ces vexations que vous souffrez dans vos provinces, comme nous-mêmes à Jérusalem, sinon des riches? Ne sont-ce pas eux qui vous traînent devant les tribunaux pour vous faire condamner comme adorateurs du Christ ?
7. Nonne ipsi blasphémant bonum nomen quod invocatum est saper vos ? Et ces riches du monde ne blasphèment-ils pas le nom auguste qui a été invoqué sur vous dans votre baptême, le nom du Christ dont vous êtes vous-mêmes appelés comme étant ses disciples ? Saint Jacques désigne spécialement les principaux des Juifs incrédules, qui partout se montraient acharnés contre les chrétiens, et dépassaient les Gentils en violence. C'est ce que nous voyons dans les Actes des Apôtres, et ce que témoigne aussi toute l'histoire de l'Eglise. Le christianisme n'a point eu de pires ennemis que les Juifs.
Saint Jacques fut lui-même, peu de temps après cette lettre, précipité du haut du temple par l'ordre du Grand Prêtre An anus, fils de cet Anne, le déicide, qui était le beau-père de Caïphe (1).
Bonum nomen quod invocatum est super vos, ils blasphèment le nom excellent qui a été appelé sur vous. C'est une phrase hébraïque, qui signifie : le nom glorieux que l'on vous donne, le nom même du Christ dont vous êtes
(1) Ipsi blasphémant. « Ils blasphèment. » Beaucoup traduisent : Ils font blasphémer. Ce qu'ils expliquent de cette manière : Il y a des chréii. aa riches auxquels vous rendez des honneurs qu'ils ne méritent pas ;
chrétien* inta qui vous oppriment et vous traînent devant les
tribunaux, BOBt cause que les Gentils blasphèment le nom du Christ et maudissenl la religion chrétienne, comme si elle autorisait leurs injustices t-t leurs violences. — Mais ce sens est absolument contraire au texte. Ipsi blasphémant, ocjto\ /ftseopiptetiaev, signifie qu'ils blasphèment eux-mêmes, et non pas qu'ils font blasphémer les autres. — Saint Jacques
par.' ici deux classes de la société humaine prise en général : hes et celle des pauvres ; et il blâme les chrétiens d'estimer la première plus que la seconde, parce que ce sont les riches, soit Juifs soit Gentils, qui les oppriment et les persécutent.
appelés chrétiens. On lit dans Jérémie (xiv, 9) : Nomen tuum invocation est super nos: ne derelinquas nos. « Nous sommes appelés de votre nom, le peuple du Seigneur : ne nous abandonnez pas. »
Toutefois, si l'on a tort de préférer les riches aux pauvres, on ne doit pas les mépriser ou les haïr, mais les aimer comme son prochain. C'est pourquoi l'Apôtre a soin d'ajouter :
8. Si tamen legem perficitis regalem secundum Scripturas : « Diliges proximum Inum sicut te ipsum », bene facitis. Si cependant vous ne méprisez pas les pauvres, et si vous traitez honorablement les riches pour accomplir la loi royale et le commandement de Dieu qui nous ordonne d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, vous faites bien.
Legem. Cette loi est inscrite dans le Lévitique : Tu aimeras ton ami comme toi-même : c'est moi le Seigneur qui l'ordonne. Diliges amicum tuum sicut te ipsum : ego Dominas. (Lev., xix, 18.) Notre-Seigneur Jésus-Christ a renouvelé cette loi en l'étendant à tous les hommes. Car au lieu qu'il avait été dit aux Israélites : Vous aimerez votre ami comme vous-mêmes, Jésus-Christ dit : Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes. Et par ce mot « prochain », il déclare qu'il entend tous les hommes, même nos ennemis.
Legem regalem. L'Apôtre appelle cette loi une loi royale, premièrement par ce qu'elle a été proclamée par le Roi des cieux et de la terre, parlant à Moïse et aux Hébreux : secondement parce qu'elle a été de nouveau promulguée par Jésus-Christ notre Roi, parlant aux foules en présence des Apôtres. On peut dire enfin que la loi de la charité est une loi royale, parce que la charité est la reine des vertus.
9. Si autem personas accipitis, peccalum operamini, redarguti a lege quasi transgressores. « Mais si vous avez égard à la condition des personnes, vous commettez un péché, et vous êtes condamnés par la loi comme l'ayant violée. » On lit en effet au livre du Lévitique : « Tu ne feras
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rien contre l'équité et tu ne jugeras pas injustement. Ne considère pas la personne du pauvre et n'honore pas la face du puissant. Juge ton prochain justement. » (Lev., xix, 15.) Le même commandement est répété au Deutéronome : « Il n'y aura point de différence entre les personnes, tu écouteras le petit comme le grand; et tu ne feras point acception de personnes; car c'est le jugement de Dieu que tu exerces. » (Deuter., i, 17.) Bien que cet ordre s'adresse aux magistrats et aux juges du peuple, saint Jacques a raison de l'appliquer à tous les fidèles; car ils ne peuvent faire eux-mêmes justement ce qui est défendu aux juges comme une chose coupable.
10. Quicumque aatem totamlegem servaverit, offendat autem in itno, factus est omnium rens. « Or, quiconque observe toute la loi, mais la viole en un seul point, se rend coupable envers tous les autres préceptes. » En effet, lorsqu'il viole un commandement, il méprise la même autorité qui a porté les autres. Celui donc qui viole un précepte les ébranle tous. C'est la raison que saint Jacques donne aussitôt.
11. Qui enim dixit : Non mœchaberis, dixit et : Non occides. Quod si non mœchaberis, occides autem, factus es transgressor legis. « Car celui qui a dit : Tu ne commettras point d'adultère, a dit aussi : Tu ne tueras point. Si donc vous tuez, vous êtes violateur de la loi », et quoique vous ne commettiez point d'adultère, vous outragez celui qui l'a portée. Saint Thomas explique bien cette doctrine : Tous les commandements de la loi, dit-il, viennent d'un seul et môme Seigneur. C'est donc le même Dieu qui est méprisé dans tout péché; et sous ce rapport saint Jacques a raison dédire que celui qui viole un précepte fait injure à tous les autres préceptes (1).
En outre la loi forme un tout; si vous la violez en un point, vous la déshonorez tout entière. La loi est un manteau : vous l'endommagez tout entier, si vous en
Omnia legis mandata s,>nt ni, uno et eodem : et ideo idem Detts mnitur in omni peccato ; ci ex hoc parte dicit (Apostolus) quod qui offendit in uno, factus est omnium reus. (1« 2», q. lxxiii, a. 1.)
déchirez une partie. La loi est une chaîne d'or; vous la brisez tout entière, si vous en rompez un anneau.
C'est pourquoi, selon saint Paul et selon Moïse, celui qui n'accomplit pas tout ce qui est écrit dans la loi, est maudit. (Deuter., xxvn, 26; et Gai., ni, 10.) Le mépris d'un seul précepte emporte la condamnation, comme si l'on avait transgressé tous les autres, quoique la peine ne soit pas la môme. Tous les damnés sont maudits, et ils le sont pour toujours, en souffrant toutefois des supplices différents, selon le nombre et la gravité de leurs crimes.
Au reste, par cette expression offendat in itno, saint Jacques n'entend pas une faute légère, mais la violation formelle d'un commandement grave. Il parle d'un péché mortel, comme le prouvent les deux exemples qu'il cite.
12. Sic loquimini et sic facile sicut per lecjem libertatis incipientes judicari (1). « Parlez et agissez comme devant être jugés par la loi de liberté. » C'est la conclusion de ce qui précède. Puisqu'il est défendu par la loi de faire acception de personnes, respectez le pauvre autant que le riche; et dans tout ce que vous dites, comme dans tout ce que vous faites, ayez tonjours la loi sous les yeux, sachant qu'elle vous jugera et que le temps de votre jugement approche. Oh ! si, pénétrés de cette pensée, nous nous disions : la parole que je vais prononcer, l'action que je vais faire, sera jugée, et le Souverain Juge se prépare à porter la sentence, oserions-nous pécher ?
Per lecjem libertatis. Ce n'est plus par la loi de Moïse que vous serez jugés, mais par celle de l'Evangile, qui est une loi de liberté. Elle est ainsi nommée, parce qu'elle nous délivre de la servitude du péché et qu'elle nous affranchit des prescriptions de la loi ancienne (2). Mais
(1) Incipientes judicari, p&Xovrsj xpiveoQat, est la même chose que judicandi, devant être jugés. ^Iî>>m avec l'infinitif marque un futur peu éloigné. Ex. q/teXàsv àito9vTfaxetv, incipiebat mori, il était sur le point de mourir. (S. Toann.. iv. 47.)
(2) Il l'avait déjà dit plus haut (i, 25) : il le répète ici, afin d'inculquer doucement aux Juifs que les rites de la loi mosaïque ne sont plus obligatoires.
— 43 — Jac, h.
en même temps c'est une loi parfaite ; car elle exige la pureté du cœur avec l'amour de Dieu et du prochain.
13. Judicium enim sine misericordia Mi qui non fecit misericordiam. Supercxaltat aatem misericordia judicium (1). « Car celui qui n'aura pas fait miséricorde sera jugé sans miséricorde : mais la miséricorde l'emporte sur la rigueur du jugement. » Saint Jacques personnifie la Miséricorde et la Justice. Il dit que la première, luttant contre la seconde, remporte la victoire. Autrement, la Miséricorde (par exemple, l'aumône que l'homme pécheur a faite au pauvre) plaide devant le tribunal de Dieu contre la Justice, qui veut punir le coupable; mais c'est la Miséricorde qui gagne sa cause et elle se glorifie contre la Justice. y.y~v./.y.<j/y-y.>. eXeoç xploEuç, gloriatur misericordia adversns judicium.
Au reste, en donnant la victoire à la miséricorde, Dieu même observe la justice, remarque saint Augustin. « Voyez si Dieu n'est pas juste quand il dit : Pardonnez et je pardonne, donnez et je donne ? Est-ce qu'il n'est pas juste quand il dit : Vous serez mesurés avec la même mesure avec laquelle vous aurez mesuré les autres? » {In Ps. cxliii, n. 8.)
Cette belle pensée de l'Apôtre sur la justice et la miséricorde est une heureuse transition qui amène la doctrine touchant la nécessité des bonnes œuvres. C'est le sujet principal de cette Epître,
1 1 . Qiu'd proderit, fratres ?nei, si fidem quis dicat se habere, opéra au te m non habeat? Numquid poterit fides salvare etan? « Mes frères, que servira-t-il à un homme de dire qu'il possède la foi, s'il n'a point les œuvres? Estce que La foi seule pourra le sauver? » Non, car il pêche contre sa foi même, qui ne lui commande pas seulement de croire la vérité, mais encore de faire le bien. Il n'a été
il misericordia judicium ; c'est-à-dire exaltât se "fliri},,,). Quelques-uns proposent de lire : superêecultoU nliu judidum ; c'est-à-dire exultai misericordia
■ judicium.
justilié par le baptême qu'après avoir promis d'accomplir les œuvres que prescrit l'Evangile (1).
Tout ce passage (14-2C) réfute clairement l'hérésie de Luther, qui prétendait que la foi sauve sans les œuvres. Comme il se voyait condamné par cette lettre apostolique, il prit le parti de la rejeter, malgré la tradition. Il donnait pour raison que c'était une épître de paille, indigne d'un Apôtre. Le goût même abandonnait l'hérétique : il ne voyait pas que cette Epître est d'un bon style, qu'elle réunit la solidité des pensées à la brièveté, à la lucidité, à la vivacité de l'expression. Un esprit judicieux reconnaîtra que le choix des mots, l'art de les placer et la variété des tours, jointe à une simplicité élégante, font de cette pièce une œuvre littéraire qui n'est pas à dédaigner.
Mais c'est en vain que Luther la rejette : il y a bien d'autres passages dans l'Ecriture où son hérésie est condamnée. Un seul mot de l'Evangile suffit pour le confondre. Lorsque Jésus-Christ jugera les hommes, contre qui prononcera-t-il ces foudroyantes paroles : Allez, maudits, au feu éternel ? Est-ce contre les incrédules ? Sans doute ceux qui ne croiront pas seront condamnés ; mais ce n'est pas leur nom que le Juge a inscrit dans la sentence. Il y nomme ceux qui n'ont pas fait des œuvres de miséricorde. « J'ai eu faim, leur dira-t-il, et vous ne m'avez pas donné à manger. Allez au feu éternel. »
Le figuier qui n'avait que des feuilles fut maudit du Seigneur : de même la foi qui ne produit pas les œuvres ne sauvera pas de la condamnation. Vous avez lu dans l'Evangile : « Celui qui croira sera sauvé. » Cependant, ne dites pas : Je crois, donc je serai sauvé. Car la vraie foi est celle qui confirme sa parole par ses œuvres. Ainsi parle saint Grégoire le Grand (2).
Au reste, Luther n'avait point inventé sa fameuse doctrine. Le salut obtenu par la foi seule sans les bonnes
(1) Voyez plus haut, en. i, v. 22.
(2) Fortasse unnsquisque apnd semet ipsum dicat : Eyo credidi, salvus ero. Verum dicit, si fidern operibus tenet. Vera etenim fides est quw in hocquod verbis dicit, moribits non contradicit. (Brev. Rom.)
— 4") — Jac, il.
œuvres, et même malgré les œuvres mauvaises, était une erreur professée par les rabbins juifs, au temps de saint Justin. Ils disaient que, lors même qu'ils seraient pécheurs, leur péché ne leur serait pas imputé, s'ils reconnaissaient le vrai Dieu (1).
Simon le magicien enseignait la même hérésie. Aussi la voyons-nous combattue par les Apôtres saint Pierre, saint Jacques, saint Jean, saint Paul (2).
15, 16. Si autan f rater et soror nudi sint, et indigeant victu quolidiano, dicat autem aliquis ex vobis Mis : Ite in pace (3), calefacimini et saturamini ; non dederitis autem eis qiœ necessaria sunt corpori, quid proderit ? Si un frère ou une sœur n'ont point de quoi se vêtir, et manquent de ce qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre ; et si quelqu'un d'entre vous leur dit : « Allez en paix, réchaulfez-vous, rassasiez-vous, je vous souhaite de quoi vous vêtir et de quoi manger », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi leur serviront ces paroles ?
Il y avait dans les anciennes Ecritures de fort belles maximes sur l'aumône. Tobie disait à son fils : L'aumône délivre de tout péché et de la mort (iv, 11). Et Daniel disait au roi Xabuchodonosor : « Rachetez vos péchés par des aumônes, et vos iniquités par la miséricorde envers les pauvres. » (Dan., iv, 24.) Mais saint Jacques^ au lieu de formuler un conseil ou de citer un précepte, nous montre dans une vive peinture la nécessité de faire L'aumône. Il met en présence d'un homme riche un chrétien et une chrétienne qui implorent sa charité. Ils ont froid, ils ont faim, ils n'ont ni vêtements ni nourriture ; et l'homme riche ferme son cœur à la pitié ; il congédie
(1) Ai'/îLcîfv iz\ /y y ZflXpTOÙoi o>-t, Qsb'J cTî yjv^î/.îLiîiv, Oj ;j./, \oylTffta.l
roU ifiotprixv. (Dial. cum Tryph,, n. 111.)
rnntli'm opéra ejus. (Rom., ii, 6.) — Magie opéra certain vestram vocationem et electionem itiê. (II Petr., i, 1').) — Non diligamus verbo, sed opère et veritate. (I Joann., m, v
. allez en paix, cola ?eul dire en style oriental : Je vous souhaite tout ce que vous pouvez désirer.
les deux infortunés sans leur rien donner que ces paroles : Allez en paix; réchauffez-vous, rassasiez-vous. Peut-on rien concevoir qui soit plus inhumain qu'une telle avarice? Que Luther dispute tant qu'il voudra sur cette Epitre. Lors même qu'elle ne serait pas canonique, elle réfute victorieusement son hérésie par le tableau qu'elle nous présente. Celui qui refuse l'aumône à son frère dans l'indigence n'est pas un chrétien ; à peine est-il un homme. Le royaume des cieux n'est point pour cet avare sans entrailles. Le salut est donc impossible avec la foi stérile et sans les bonnes œuvres. Aussi l'Apôtre ajoute-t-il :
17. Sic et fides, si non habeat opéra, mortua est in semet ipsa. « Ainsi en est-il de la foi : celle qui n'a point les œuvres est morte en elle-même. » Comme vos souhaits ne servent de rien aux malheureux que vous n'assistez pas, de même votre foi vous est inutile, si vous ne faites pas ce qu'elle ordonne.
Mortua est. Un cadavre présente l'apparence d'un homme ; il en a tous les membres et tous les traits extérieurs, c'est un corps, mais inanimé : ce n'est pas un homme vivant. De même une foi qui n'agit pas, étant privée de la charité qui est son âme, n'est pas une foi \i vante.
Mortua est in semet ipsa, xa.6 ' bowt^v, secundum se ipsam. Cette expression a le sens restrictif : elle veut dire que la foi est morte, considérée en elle-même et lorsqu'elle est seule. C'est comme s'il y avait : xce6 ' ïolox^v pévtp, secundum se ipsam solam.
18. Sed dicet quis : Tu âdem habes, et ego opéra habeo : ostende mihi fidem tuarn sine operibus; et ego ostendam tibi ex operibus fidem meam. Mais en outre, un vrai chrétien pourra dire à cet homme : Vous prétendez avoir la foi; et moi j'ai les œuvres. Montrez-moi donc votre foi qui est sans œuvres et prouvez-moi que vous l'avez. Il vous sera difficile de me convaincre : tandis que moi je vous montrerai ma foi par mes œuvres, et vous n'en pourrez pas douter. Car les actions sont des preuves, et les paroles ne sont que des paroles.
— 47 — Jac, ii.
19. Tu credis quoniam wius est Deus ; bene facis. El dœmones credunt et coiitremiscunt. Enfin vous croyez qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et vous ne partagez pas l'erreur des nations qui en adorent une multitude. Vous faites bien. L'existence de Dieu et l'unité de Dieu sont deux vérités que la foi et la raison vous enseignent. Mais ce n'est pas assez de croire ; les dénions croient aussi bien que vous, et ils tremblent.
Pouvait-on montrer d'une manière plus frappante l'inutilité de la foi sans les œuvres ? La foi qui n'agit point ne vous sauvera pas plus que celle des démons ne les délivre du supplice. Le Luthérien dit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu ; cela suffit à mon salut. Saint Augustin lui déclare qu'il se trompe. Les démons, lui dit-il, ont prononcé comme toi cette parole, et ils ont entendu le Christ leur répondre : Taisez-vous, obmulescite. (S. Aug. Serm. lui, n. 11 ; 158, n. 6.)
Au reste la foi des démons n'est pas une foi surnaturelle : c'est une croyance produite en eux par la force de l'évidence. Ils croient à Dieu qui les frappe. Ils croient aux feux de l'enfer, où ils brûlent. Ils croient à la résurrection de Jésus-Christ, parce qu'ils le voient ressuscité. (redimusnos Christian resurrexisse a mortuis. Numquid hoc dœmones nescierunt, aut ista non crediderwit, quœ et viderunt? (S. Aug. Serm. ccxxxiv, n. 3.) Les démons sont forcés de croire, et nous croyons par une volonté libre.
Restait une objection à résoudre. Il est dit dans la Genèse (et saint Paul l'a répété après Moïse) qu'Abraham fut justifié par sa foi. Saint Jacques s'empare de ce texte même et le retourne contre ses adversaires.
20. 21. Vis autem si ire, o homo inanis, quoniam fides si/ te operibus mortua est ? A braltam pater noster nonne ex operibus justificatus est, offerens Isaac filium suum super altare? << Voulez-vous savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte? Abraham notre père et celui de tous les croyants, ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu'il oifrit son fils Isaac sur l'autel ? »
Saint Jacques ne pouvait pas réfuter ses adversaires
par un exemple plus concluant que celui qu'ils invoquaient eux-mêmes. Car s'il y eut jamais une action héroïque, inspirée et produite par la foi, c'est bien celle d'Abraham immolant son fils pour obéir à Dieu.
Homo inanis, avOpwire >cevi. Homme dont la foi est vaine, homme vide de bonnes œuvres, comme de bon sens !
Abraham pater noster. Abraham notre père. Saint Jacques, constitué évêque de Jérusalem, est attentif à montrer qu'il s'adresse spécialement aux Juifs qui, bien que répandus dans les provinces, font pour ainsi dire partie de son diocèse.
Ex operibas justificatus est. Abraham fut alors justifié, non en passant du péché à la grâce, qu'il possédait déjà, mais en croissant dans la justice, selon cette parole de saint Jean : « Que celui qui est juste, devienne plus juste encore. » Quijustiisest justificetur adhuc. (Apoc, xxn,ll.)
Offerens Isaac filiiim suum super altare. Abraham offrit à Dieu son fils sur l'autel ; il le lia lui-même, et le plaça sur le bois qui devait le consumer. Si donc la victime ne fut pas immolée, l'oblation, qui est la première partie du sacrifice, fut non seulement préparée, mais accomplie et parfaite (1).
22. Vides quoniam fides cooperabatar operibus illius, et ex operibus fides consummata est. Vous voyez que la foi d'Abraham n'était pas oisive, mais qu'elle coopérait à ses œuvres. Elle les inspirait, les dirigeait et les accomplissait. En retour, la foi du saint Patriarche fut affermie elle-même par les œuvres, et elle reçut des œuvres son intégrité et sa perfection : Consummata est.
23. Et suppleta est Scriptura dicens : Credidit Abraham Deo ; et reputatum est illi ad justitiam ; et amicus Dei appellatus est. « Ainsi fut accomplie cette parole de l'Ecriture : Abraham crut à ce que Dieu lui avait dit ; et sa foi lui fut imputée à justice ; et il fut appelé ami de Dieu. »
(1) Offerens, en grec «vevsyxas, quum obtulisset, ou oblato filio. Le participe offerens n'est pas une faute chez le traducteur. Car, en latin, le participe présent actif sert aussi pour le passé, en sorte que offerens peut signifier qui offert, ou offerebat, ou obtulit.
— 49 — Jac, n.
Credidit Abraham Deo. Cette parole se lit dans la Genèse, au chapitre xv, lorsque Dieu promit à Abraham une postérité aussi nombreuse que les étoiles du firmament (1). L'histoire sacrée ajoute : Abraham crut à la parole de Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. Saint Paul argumentait d'après ce texte pour établir que c'est la foi qui justifie, et non les œuvres destituées de la foi ; car, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. (Rom., m, 28; Hebr., xi, 5.) Saint Jacques à son tour prend le même texte et montre que la foi qui plaît à Dieu doit être agissante. Car celle d'Abraham lui fit immoler son fils Isaac pour obéir à Dieu ; et s'il n'eût pas fait l'œuvre que Dieu lui commandait, il n'eût pas été juste. L'opposition entre les deux écrivains sacrés n'est donc qu'apparente ; ils s'expliquent l'un par l'autre, comme le remarque saint Augustin qui a discuté leurs textes. Le premier, dit-il, parle des œuvres qui précèdent la foi : elles ne justifient pas. Le second parle des œuvres qui suivent la foi : elles lui donnent son complément nécessaire (2).
D'ailleurs, selon la remarque du vénérable Bède, les deux Apôtres savaient fort bien qu'Abraham était parfait dans la foi et dans les œuvres. Mais chacun d'eux loue dans le saint Patriarche la vertu qu'il veut enseigner à ses auditeurs. Saint Jacques loue les œuvres d'Abraham, parce qu'il s'adresse à des chrétiens qui se contentaient de croire et négligeaient les œuvres de justice. Saint Paul, au contraire, exalte la foi d'Abraham devant des Juifs qui s'enorgueillissaient des œuvres qu'ils avaient faites sans la foi en Jésus-Christ.
Saint Jacques fait lui-même clairement entendre cette doctrine lorsqu'il dit : Supplcta est Scriptura dice?is :
(1) Abraham avait cent ans, et Sara, jusque-là stérile, en avait quatre-vingt-dix, lorsqu'elle enfanta Isaac. (Gea., xvn, 17.)
Non gunt contrariœ duorutn Apostolorum sentent iœ, Pauli et ./,/ obi, quum dicit untu just ificari liuminem per /idem sine operibits, et alius dicit inanem esse fidem sine operibus : quia ille dicit de operibus quœ fidem prœcedunt, iste de Us quœ fidem sequuntur. (S. Au g., de Divers. Qusest. 83.)
ÉPITRB DE s. JACQUM 1
Credidit Abraham Deo, et reputatam estilli ad justitiam. Le sacrifice d'Abraham a complété et justifié cette parole de l'Ecriture : Abraham crut à la promesse de Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. Car la foi que possédait dans son cœur le saint Patriarche n'était pas inerte, mais vivante et agissante, comme il le montra bien dans la suite. C'était dès lors une foi capable de lui faire accomplir généreusement tout ce que Dieu lui commanderait (1).
Et amims Dei appellatus est. Et il mérita d'être appelé l'ami de Dieu. C'est un glorieux titre qui lui est donné dans plusieurs endroits de l'Ecriture. Ainsi on lit dans Judith : Pater noster Abraham... per militas tribulationes probatus, Dei amicus effectus est. (Judith, vin, 22.) Et dans Isaïe : Et tu Israël, serve meus Jacob, quem elegi, semen Abraham amici mei. (Is., xli, 8. Voyez encore II Parai., xx, 7 ; et Daniel, ni, 35.)
24. Videtis quoniam ex opérions justificatur homo, et non ex fide tantum. C'est la conclusion doctrinale qui ressort de l'exemple d'Abraham. « Vous voyez donc que l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seule. »
Tantum. Ce mot essentiel montre l'accord entre les deux Apôtres. Ajouté ou retranché, ils se concilient ou se contredisent (2).
Ex operibus justificatur homo. La justice que l'homme a reçue par la foi et le baptême, se conserve et s'accroît par les œuvres, comme l'enseigne le Concile de Trente en citant ce texte même. (Conc. ïrid. Sess. VI, c. x.)
Ex operibus justificatur homo . Nous le répétons , l'homme est justifié par les œuvres ou accomplies ou
(1) Suppleta est Scriptura, èit^ptâdri -h ■/[-*?*). Cela veut dire que cette parole de l'Ecriture, Credidit Abraham, a été montrée véritable quand la foi du saint Patriarche a été manifestée par son admirable sacrifice.
(2) Saint Paul avait dit : Arbitramur enim justificari homïnem per fidem, sine operibus legis. (Rom., m, 28.) Luther mit dans sa version : Nous croyons que l'homme est justifié par la foi seule, sans les œuvres de la loi. Comme cette addition sacrilège soulevait les réclamations des docteurs catholiques, le moine insolent répondit : « Les papistes sont des Anes ; ce que j'ai ajouté restera. » Ainsi discutent les hérétiques.
— 51 — Jac, il.
du moins voulues dans son cœur. Car la foi qui ne renferme pas la volonté de faire ce que Dieu commande, ne justifie pas. Sine opérions vel reipsa, velin animi prœparatione factis, homo non justiftcatur. (Estius.)
Comme l'exemple héroïque d'Abraham paraît trop élevé au-dessus de la vertu ordinaire, saint Jacques en propose un autre. Est-ce que des chrétiens ne pourraient pas imiter la générosité d'une femme infidèle et pécheresse ?
2r>. Similiter et Rahab meretrix, nonne ex operibus justificata est, snscipiens nuntios, et alia via ejiciens? « Et Rahab, cette femme publique, ne fut-elle pas de même justifiée par les œuvres, en recevant chez elle les messagers du peuple de Dieu, et les renvoyant par un autre chemin ? »
On peut lire cette histoire intéressante dans le livre de Josué. (C. ii.) Rahab, une prostituée qui habitait Jéricho, reçut chez elle les émissaires envoyés pour reconnaître la place ; elle les cacha dans sa maison lorsqu'on les cherchait pour les faire mourir, et les sauva en les descendant par sa fenêtre hors des murailles de la ville.
Meretrix. Quelques-uns ont voulu supposer que Rahab était seulement une cabaretière. Mais le latin meretrix, comme le grec wdpv7| et l'hébreu zânah, ne laisse aucun doute sur le sens de ce mot. Josèphe dit que sa maison était une petite hôtellerie ; mais Corneille La Pierre ajoute qu'elle y vendait tain se quant sua. Rahab, qui était une femme pécheresse, embrassa la religion du vrai Dieu ; elle devint l'épouse de Saluion. la mère de Booz. l'aïeule <l'< >bed, de Jessé et du roi David, d'où naquit le Messie. Saint Paul a fait aussi l'éloge de Rahab, la courtisane, qui mérita par sa foi de ne point périr avec les incrédules, parce qu'elle reçut avec bonté et dévouement les envoyés d'Israël. Fide liahab meretrix non periit citm incredulis, excipiens exploralores cum pace. (Hebr., xi, 31.) Qu'elle ait cru au vrai Dieu, cela n'est pas douteux puisqu'elle dit aux messagers : « Le Seigneur votre Dieu est le Dieu qui règne en haut dans le ciel, et ici-bas sur la terre. »
Mais la foi de cette femme ne fut pas timide : elle exposa sa vie pour sauver celle des deux israélites.
Justificata est. Elle fut d'abord justifiée par la foi, croyant au vrai Dieu et détestant ses péchés. Ensuite cette première justice fut confirmée et augmentée par ses œuvres.
26. Sicut enim corpus sine spiritn mortuum est, ita et fides sine operibns mortua est. La foi sans les œuvres est morte. Saint Jacques a prouvé cette proposition par des raisonnements solides, et l'a confirmée en ajoutant les deux exemples d'Abraham et de Rahab. Maintenant il la reproduit comme conclusion de son discours, en l'éclaircissant par une comparaison. « Comme le corps de l'homme est mort, sans l'âme qui est son principe de vie et d'action, de même la foi est morte, lorsqu'elle est sans les œuvres. »
En effet, l'âme est la forme substantielle du corps, disent les philosophes. De même la charité est la forme de la foi, disent les théologiens. Si donc la foi est séparée de la charité qui produit les œuvres saintes, elle ressemble à un corps sans âme, elle est morte.
Qu'il n'en soit pas ainsi de la nôtre !