‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 25 sur 119 · In/îrmatur qui» in vobis · texte numérisé non relu

In/îrmatur qui» in vobis

inducat presbyteros Ecclcsiir, et orent super eum, ungentes euu) oleo in nomine Domini.

15. Et oratio fidei salvabit infirtnum, et alleviabit non Dominus ; et si in peccatis sit, rémittent >'f '-i.

16. Confitemini crgo alterutrum peccata vestra, et oraie pro invicem ut salvemini : multum enim ralet deprecatio justi assidaa.

17. Elias homo erat similis nobis passibilis : et oratione oravitut non plueret super terrant, et non pluit annos très et menses sex.

18. Et rursum oravit : et cœlum dédit pluviam, et terra dédit friictum suum,

19. Fratres mei, si quis ex vobis erraverit a veritate, et converterit quis eum,

20. Scire débet quoniam qui converti fecerit peccatorem ab errore vice suce salvabit animam ejus a morte, et operiet multitudinem peccatorum.

l(i. Confessez donc vos fautes l'un fii L'autre, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés.

Car la prière du juste, quand elle est assidue, peut beaucoup.

17. Elie était un homme sujet comme nous à toutes les misères de la vie ; cependant il pria avec in-tance pour qu'il ne plût point sur la terre, et la pluie ne tomba point pendant trois ans et sis mois.

18. Et de nouveau le prophète ayant prié, le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit.

19. Mes frères, si l'un d'entre vous s'égare du chemin de la vérité, et que quelqu'un l'y fasse rentrer,

20. il doit savoir que celui qui convertira un pécheur, et le retirera de son égarement, sauvera son âme de la mort, et couvrira une multitude de péchés.

1. Agite nwtc, divites, plorate ululantes in ?7iiseriis vest?fis quœ advenient vobis. Mais c'est à vous, riches, que je m'adresse maintenant. « Poussez des cris et des hurlements à la vue des maux qui fondront sur vous. » Saint Jacques reprend et condamne les riches avares qui sont sans miséricorde pour les pauvres; les riches qui dépensent leur fortune dans le luxe et les délices, au lieu de secourir les malheureux ; les riches enfin qui abusent de leur puissance pour opprimer les faibles. Il leur dénonce les châtiments terribles qui les attendent et qu'ils n'éviteront point. Ce passage est un des plus véhéments de toute la sainte Ecriture.

Divites. Les avertissements sévères de l'Apôtre ne regardent pas seulement les riches qui se trouvent parmi les chrétiens : il apostrophe tous ceux qui ne font pas un

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bon usage de leur fortune. Un très grand nombre de Juifs répandus parmi les nations, méritaient ce reproche.

Plorate in miseinis vestris, èv xatXatTWDp&Kç 6(jtwv. Pleurez sur les afflictions et les douleurs qui vous attendent. Il ne leur annonce pas seulement les chagrins qui sont inhérents à la possession des biens de la terre : il leur prédit surtout les châtiments éternels que la justice de Dieu leur réserve.

Quse advenient vobis. Ces maux vous sont destinés : vous ne les éviterez pas, si vous ne faites pénitence.

2. Divitiœ vestrœ putrefactœ sunt : et vestimenla vcstra a tineis comesta sunt. « Vos richesses tombent en putréfaction, et vos vêtements sont rongés par les vers. » Ces biens, ces fruits de la terre, ces grains amassés, que vous laissez pourrir au lieu de les distribuer aux pauvres ; ces vêtements superflus que vous aimez mieux voir rongés par les vers que d'en couvrir la nudité des malheureux, sont des preuves de votre honteuse avarice. Saint Jacques récite aux mauvais riches cette parole d'Isaïe : « Le ver les rongera comme il ronge un vêtement, la teigne les dévorera comme elle dévore un manteau de laine. » Sicut enim vestimentwn, sic comedet eos vermis ; et siçut lanam, sic devorabit eos tinea. (Is., li, 8.)

3. Aurum et argentum vestrum xruginavit : et œrugo eorum in testimonium vobis erit, et manducabit carnes vestras sicut igtiis. « Votre or, votre argent se sont couverts de rouille ; et cette rouille portera témoignage contre vous, et dévorera vos chairs comme le feu. » Pourquoi ? parce qu'au lieu de soulager les infortunés dans leur misère, vous avez laissé dans vos coffres, pendant de longues années, des amas d'or et d'argent qui vous étaient inutiles. La rouille même dont ces métaux sont couverts attestera devant Dieu votre avarice et votre cruauté ; elle irritera la flamme qui brûlera vos chairs. C'est pourquoi, en entassant l'or que Dieu vous donnait pour l'employer en bonnes œuvres, vous vous êtes amassé un trésor de colère et de malédiction pour les derniers jours : Thesaurizastis vobis iram in novissimis dirôus.

Vous devez donc trembler au lieu de vous enorgueillir, quand vous contemplez vos monceaux d'or et d'argent (1).

4. Ecce merces operariorum, qui messuenmt regiones vestras, quœ fraudata est a vobis, clamât; et clamor eorum m aures Domini Sabaoth introivit. Non seulement vous n'avez pas fait l'aumône aux indigents, comme vous le deviez, mais vous avez poussé votre cupidité jusqu'à l'injustice. « Car voilà que le salaire des ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs, légitime récompense dont vous les avez privés, crie contre vous ; et les plaintes de ces moissonneurs, qui demandent vengeance, sont montées jusqu'aux oreilles du Seigneur des armées. »

Clamât. Il y a quatre péchés très graves contre lesquels cette expression énergique est employée dans la sainte Ecriture : 1° le fratricide (Gen., x, 4) ; 2° les infamies de Sodome et de Gomorrhe (Gen., xvm, 20) ; 3° l'oppression des faibles (Exod., n, 23); et 4° le salaire injustement refusé à l'ouvrier.

Saint Jacques en écrivant cette parole se souvenait de Job : « Si ma terre crie contre moi, disait cet homme juste, et si les sillons pleurent avec elle, si j'en ai mangé les fruits sans payer les moissonneurs, et si j'ai affligé le cœur de ceux qui ont cultive mes champs, que la terre produise pour moi des épines au lieu d'orge, et des ronces au lieu de froment. » (Job, xxxi, 38.)

Merces operariorum. Saint Jacques, tout en faisant allusion au discours de Job, s'appuie sur la loi de Moïse violée par le riche. Car on lit dans le Lévitique : La récompense de l'ouvrier qui te donne son travail ne demeurera point chez toi jusqu'au matin : Non morabitur opns mercenarii tut apud te usque mane. (Lev., xix, 13.) Le même précepte est renouvelé dans le Deutéronome : « Tu ne refu-

(1) Thesaurizastis. On lit seulement en grec : IQrpsUphxti iv liyàtatç i)p.ip-Atçt thesaurizastis in novissimis diebus. « Cette rouille brûlante qui dévorera vos chairs, voilà le trésor que vous avez amassé pour les derniers jours ! » Les deux mots vobis iram ne se trouvent pas dans le irrec ; c'est une bonne glose empruntée a saint Paul, qui criait de même au Juif prévaricateur : « Tu t'amasses un trésor de colère pour le jour de la colère. » Thesaurizas tibi iram in die irœ. (Rom., n, 5.),

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seras point à l'indigent et au pauvre le salaire que tu lui dois ; mais tu lui rendras, le même jour, le prix de son travail avant le coucher du soleil, de peur qu'il ne crie contre toi au Seigneur, et que ta négligence ne te soit imputée à péché. » (Deuter., xxiv, 15.)

5. Epulati estis. Il y a des riches d'une avance sordide., qui amassent pour amasser. Mais il y en a d'autres qui amassent pour dépenser dans le luxe et les plaisirs. C'est aux derniers que saint Jacques adresse cette parole : « Vous avez fait bonne chère sur la terre, vous avez vécu dans le luxe, et vous avez engraissé vos cœurs dans les délices. » Epulati estis super terrain, et in luxuriis enutristis corda vestra.

Or, quel est le résultat de toutes ces richesses accumulées et dépensées ? Vous avez engraissé vos cœurs comme des victimes que l'on prépare pour le jour où elles seront égorgées. Enutristis corda vestra in die occisionis. Riches voluptueux, vivez dans la splendeur et la mollesse: le glaive de Dieu vous attend; au jour qu'il a marqué, vous serez immolés à sa justice.

G. Addixistis et occidistis justum (1). Une troisième classe de riches emploient l'influence de leur fortune à opprimer les innocents et à satisfaire leur haine. Ils vont jusqu'à répandre le sang des faibles qui leur déplaisent, parce qu'ils voient dans la vertu des pauvres la censure de leurs propres iniquités. « Vous avez condamné à mort le juste, leur dit-il, et vous l'avez tué. » Encore s'il s'était défendu et que vous l'eussiez frappé dans un combat ! Mais non, « le juste ne vous résistait pas, et vous l'avez tué ! » Occidistis justum, et non restitit vobis. Le Psalmiste avait dit de môme : « Ils tendront des pièges à la vie du juste, et ils condamneront le sang innocent. »

(1) Addixistis, eu grec. xstts&xÀeocrs, condemnastis. Addicere, en tornif de droit, signifie « adjuger la personne du débiteur au créancier pour qu*il en use comme de son esclave. * De là, addicere supplicia, morti, livrer quelqu'un au Bupplice, à la mort. Employé seul, le verbe addicere signifie condamner quelqu'un ou le livrer a ses ennemis, dana cette phrase de Cicéron : Ejus ipsius domum evertisti, sanguinem addixerae. (In Pison., lxxxiii.)

Captabimt in animant justi, et sangitinem innocentent condemnabitnt. (Ps. xci.)

C'est ainsi que les riches et les puissants de Jérusalem ont traité le Juste par excellence, le Fils même de Dieu. C'est ainsi qu'ils continuent de persécuter, de lapider, et d'égorger ses disciples (1).

Ce passage plein d'éloquence est le développement de la terrible parole de Notre-Seigneur : « Malheur à vous, riches ! Vœ vobis divitibus ! (S. Luc, vi, 24.)

Maintenant saint Jacques revient aux fidèles et il les exhorte à persévérer dans la patience au milieu des persécutions.

7. Patientes icjitur estote, fratres, itsque ad adventum Domini. Il ne leur dit point : Prenez les armes, défendezvous, vengez-vous de vos injustes oppresseurs. Mais il leur dit : Soyez patients. C'est par la patience et la douceur que vous triompherez de vos ennemis, et que vous sanctifierez vos âmes. Songez que vous êtes dans ce monde, par la volonté de Dieu, comme des brebis au milieu des loups, sicut oves in medio luporum. (S. Matth., x, 16.)

Toutefois, l'oppression ne durera qu'un temps. « Soyez patients jusqu'à l'arrivée du Seigneur », qui viendra vous délivrer : usque ad adventum Domini. Saint Jacques parle du dernier avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il viendra du ciel rendre à chacun selon ses œuvres. Les Apôtres avaient reçu l'ordre d'avertir les hommes de vivre dans l'attente de ce grand jour. Notre-Seigneur lui-

(1) Jitstum. (Ecumenius et le vénérable Bètle reconnaissent que le mot Justum, en grec tov àî/.uiov avec l'article, se rapporte certainement à Jésus-Christ, qui ne résista point à ceux qui le frappaient, mais se laissa conduire à la mort comme un agneau qu'on mène à la boucherie. (Is., mil) 11 en est de même des martyrs : à l'exemple de leur divin Roi, ils ne résistent pas, lors même qu'ils le pourraient : Cœdanticr more bidentium. C'est une maxime admise en théologie que le martyr ne combat pas : Martyr non pugnat. Il rend témoignage à la foi par une mort, soufferte en haine de la religion et acceptée volontairement. Les soldats qui meurent en combattant pour la foi sont récompensés comme des héros chrétiens et non comme des martyrs. Ce n'est pas à dire que leur gloire soit moindre devant Dieu. Il est des temps où il faut mourir, et d'autres où le devoir est de combattre. — Et non resiitii t in licatil mis pour le participe, non resistentem.

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même annonce son avènement à ses juges, lorsqu'il leur dit : « Vous verrez bientôt le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu et venant sur les nuées du ciel. » (S. Matth., xxvi, G4.) Par cette expression, « vous verrez bientôt », amodo videbitis, il fait entendre que nous devons toujours regarder comme prochaine la fin du monde et le jugement universel.

Sachez donc attendre la venue du Seigneur, et prenez exemple sur le laboureur. Ne voyez-vous pas comme il attend avec patience les fruits précieux de la terre qu'il a engraissée, cultivée, ensemencée ? Ecce aqricola exspectat pretiosum fructum terrée, patienter ferens. Est-ce qu'il se décourage pendant l'apparente stérilité de l'hiver et des frimas? Non, il attend avec patience et il espère avec confiance, jusqu'à ce qu'il recueille les fruits de la première et de l'arrière-saison : patienter ferens, donec accipiat temporaneum et serotinum.

Temporaneum, rptoiy.ov, malurum, les fruits précoces, qui mûrissent de bonne heure. Semblable au laboureur, le chrétien, qui va semant ses bonnes œuvres dans la patience, recueille dès cette vie les fruits de la grâce, comme ceux de la première saison ; et il moissonnera dans l'autre vie ceux de la gloire, fruits abondants et assurés de la saison dernière : temporaneum et serotinum. Tel est le premier sens.

Mais il y en a un second, qui paraît meilleur encore. Avec temporaneum et serotinum, plusieurs sous-entendent non pas fructum, mais imbrem, la pluie. De bonnes éditions grecques donnent même : ë<oç Xàê>) uexcw -;<.Y<;;.ov y.-j.\ Svptfxov, donec accipiat imbrem temporaneum et serotinum. On entend par la première pluie celle d'automne qui l'ail germer les semailles; et par la seconde pluie celle du printemps qui nourrit et fait croître les moissons. Toutes deux fécondent la terre, et elles sont abondantes en Palestine. On les voit souvent mentionnées dans l'Ecriture. Ainsi au Deutéronome : Dabit pluviam terrœ vestrœ temporaneam et serotinam 1 .

leuter., \i, 1 1. De même dans Jérémie, v, 24 : Joël, u, 23; i >sée, vi, •'>.

Pretiosum fructum. Rien clans le monde n'est plus précieux que les fruits de la terre : ce sont les vraies richesses. Ils sont absolument nécessaires à notre subsistance, et nulle industrie ne saurait les produire ou les remplacer. Toute la science humaine ne peut pas créer un épi de froment ; et si cet épi manque au riche, il mourra sur ses monceaux d'or. Combien donc avonsnous besoin de dire à Dieu chaque jour : « Donnez-nous notre pain î »

8. Patientes igitur estote et vos, et confirmate corda vestra, quoniam adventns Domini appropinquavit . Soyez donc patients vous-mêmes dans les tribulations, et affermissez vos cœurs dans les persécutions que vous éprouvez de la part des hommes. Ayez confiance : vous serez bientôt consolés, délivrés, glorifiés, car l'avènement du Seigneur est proche.

Saint Pierre déclarait aussi : que « la fin de toutes choses approchait», omnium finis appropinquavit. (lPetr.,iv, 7.) EtNotre-Seigneur dit lui-même dans l'Apocalypse: « Voilà que je viens promptement ; oui, je viens promptement. » Ecce venio cito ; etiam venio cito. (Apoc, xxii.)

Ne croyons pas que les Apôtres se soient mépris sur l'époque de la fin du monde. Ils l'annoncent comme prochaine, à l'exemple de Jésus-Christ et par son ordre ; mais ils répètent en même temps que l'heure de ce grand événement est inconnue : les anges même du ciel ne la connaissent pas (S. Marc, xm, 82); et si les générations passent sans que le inonde finisse, songeons que mille ans devant Dieu sont comme un jour. (II Petr., m, 8.)

Adventus Domini appropinquavit. En effet, ce grand jour approche incessamment; et lorsqu'il sera venu, nous comprendrons combien a été court tout le temps qui l'a précédé. (I Petr., iv, 7.)

Mais soit que le soleil doive encore tourner plusieurs siècles autour de la terre, ou que les petits enfants qui reçoivent maintenant le baptême soient destinés à voir Jésus-Christ descendre du ciel, la fin du monde pour chacun de nous est le moment où Jésus-Christ vient nous

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appeler à comparaître devant son tribunal. Le jour du Seigneur est le jour où chacun sort de ce monde. Diem Domini, diem intellige judicii , dit saint Jérôme, sive diem exitas aniuscu jusque de corpore. (In Joël, n, 23.) Au jour du jugement universel, l'homme sera jugé sur ce qu'il était au jour de sa mort, dit à son tour saint An- Justin. In quo quemque invenerit suus novissimus dies, in hoc eum mundi comprehendet novissimus dies ; quoniam qualis in die isto quisque moritnr, ta lis in die isto judicabitur. (Epist. lxxx ad Hesych.) Moi qui écris, vous qui lisez, disons tous deux : Pour moi, la fin du inonde est proche.

Patientes estote, confirmate corda vestra. Dans les pays chrétiens, où tous les hommes sont instruits des vérités du salut, il s'en trouve peu qui n'aient quelque heureux moment où ils se proposent de sauver leur àme; mais un grand nombre se relâchent, leurs bons sentiments s'évanouissent, et ils se perdent. Temporales sunty dit Notre-Seigneur. (S. Marc.,iv, 17.) La vertu qui sauve est celle qui persévère malgré les scandales et les tentations. Donc soyez patients et constants, patientes estote ; donc affermissez vos cœurs, confirmate corda vestra. C'est ce que nous répète saint Jacques après le prophète David : Exspecta Dominnm, viriliter âge, et confortetur cor tuum. (^Ps. xxvi.)

9. Nolite ingemiscere fratres in alterutrum, ut nonjudicemini. « Mes frères, ne portez point de plaintes les uns contre les autres, afin que vous ne soyez point jugés. » Les chrétiens n'ont pas seulement à endurer les injures des ennemis de la religion, ils ont encore à souffrir de la part des chrétiens mêmes. Des frères molestent leurs propres frères, et ils les persécutent. Au lieu de murmurer contre ces violences imméritées, gardons le silence, et abstenons-nous de publier les torts de notre prochain, afin de n'être pas jugés nous-mêmes avec sévérité.

I ta nVxige pas que nous fermions les yeux sur les scandales qui éclatent parfois dans l'Eglise. Ne les imitons pas, ne les excusons pas ; prions Dieu pour ceux qui tom-

ÉPITRB DE s. JACQUES 7

bent, et que la chute des autres nous avertisse de notre propre fragilité.

Et pourquoi nous hâter de porter des plaintes contre notre prochain? Voilà le Juge qui est à la porte; il va tout à l'heure prononcer à chacun sa sentence. Hélas! au lieu de condamner les autres, pensons que nous allons être jugés nous-mêmes. Ecce jadex ante januam assistit.

Un second motif qui doit encourager les chrétiens à la patience, ce sont les exemples des saints de l'Ancien Testament.

10. Exemphtm accipite, fratres, exitus ?nali laboris et palienliœ, prophetas qui locuti sunt in nomine Dornini. « Prenez pour exemple, mes frères, la patience des prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur, et considérez quelle a été l'issue des afflictions qu'ils ont endurées (1). »

Qui locuti sioit in nomine Domini. Les prophètes anciens parlaient au nom du Seigneur; ils avertissaient que leur parole n'était pas leur parole, mais celle que Dieu mettait dans leur bouche. Aussi répétaient-ils sans cesse : Hœc dicit Dominus, « Voici ce que dit le Seigneur. » Et néanmoins tous ces saints prophètes, qui étaient les messagers de Dieu, ont été persécutés. C'est ce que l'histoire nous raconte d'Elie, Amos, Isaïe, Jérémie, et de plusieurs autres. « Quel est celui des prophètes que vos pères n'ont pas persécuté? » disait saint Etienne aux princes des Juifs. Quem prophetarum non persecuti sunt patres vestri? (Act., vu, 52.)

(1) En grec, 'wnààetjftx MS*Tefé3s'kfOi1 rfjç /.«./.o-a.0ti'xç xat\ r?,ç /Hox/poluplftf toxjç Tîpo'fr-ctï, exemplum accipite, fratres, affiietionis et patientiœ prophetas. Le mot xzKo-ùQziy. (de xoxov -is^w, tnalum patior) signifie màLorum perpessio, souffrance de mauvais traitements. Le traducteur rend /soro-i.tfîta par les deux mots malus labor, qui sont le synonyme à'œrumna. Comme cette phrase est obscure, on aura voulu l'expliquer en ajoutant exitus. C'est donc comme s'il y avait : Videte, fratres, qualis fuerit exitus nxalorum quœ perpessi sunt, et patieritiœ quant exhibuerunt prophetœ. Le mot finem du verset suivant confirme cette interprétation ; car finis a le même sens qyCexitus. L'édition Sixtine porte simplement : Exemplum accipite, fratres, laboris et patientia> prophetas.

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11. Ecce beatipcamus eos qui susthmeriint. « Vous voyez que nous appelons bienheureux ces grands hommes qui ont souffert des tribulations. » Ainsi vous avez appris, dans les saintes Ecritures, la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur a donnée à ses maux. Il lui a rendu la santé, il l'a comblé de richesses, il lui a donné une longue vie et une nombreuse postérité. « Car le Seigneur est plein de compassion et de miséricorde » pour ceux qui le servent dans la patience. Sufferentiam Job et finem Domini vidistis, quoniam misericors Dominus est et miserator.

Notons en passant que Job n'est point ici un personnage inventé, mais un saint qui fut un admirable modèle de patience. Le sentiment des anabaptistes et de quelques anciens rabbins, qui ont regardé Job comme le héros fabuleux d'un poème, n'est pas soutenable. Nous voyons le prophète Ezéchiel nommer jusques à quatre fois Noé, Daniel et Job comme trois hommes justes. (Ezech., xiv, 14.) L'histoire de Job n'est donc pas moins réelle que celle de Daniel et de Noé.

L'Apôtre achève sa lettre par plusieurs préceptes détachés. Le premier concerne le jurement.

12. Ànte omnia autem, fralres met, nolite jurare neque per cçelum, neque per terrain, neque aliud quodcumque jUramentum. SU autem sermo vester Est, est; Non, non; ut non sud judicio decidatis. « Mais avant toutes choses, mes frères, ne jurez ni par le ciel ni par la terre, ni par quel qu'autre chose que ce soit. Contentez-vous de dire :

ou cela n'est pas », afin de n'être point condamnés. i

On voit ici résumée la belle instruction de Notre-Seigneur sur le serment, qu'on lit dans saint Matthieu (v, 34). Jurer pour on motif grave n'est pas un péché; c'est même un acte religieux par lequel on rend hommage à la ■ cil.'- divine. Aussi les divines Ecritures nous oflïentelles plusieurs exemples de serments qui ont été dictés par le Saint-Esprit (Rom.. i. 9; Il Cor., i. 23 et n, 17.) Saim Jacques, aussi bien que Notre-Seigneur, défend de

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jurer pour un léger motif, car c'est alors une grande irrévérence envers Dieu (1).

Sit antem sermo vester Est, est; Non, non. En grec, vjtm os ujaôv xh val val, xal xh ou ou. Littéralement : « que votre oui soit oui, et que votre non soit non. » C'est-à-dire, lorsque vous voulez affirmer quelque chose, contentez-vous de dire : oui ; et lorsque vous niez, dites simplement : non (2).

Ut non sub judicio decidatis. Erasme en 1543 et Robert Estienne en 1569 impriment dans leurs éditions, d'après certains manuscrits : iva u.-^ eîg &7roxptffiv ttst^te, ut ?io?i in liypocrisin ou in simulationem decidatis. Nous voyons là un curieux exemple de mauvaise lecture. Le texte portait : INAMHYnÔKPISINHESHTE. Un copiste ignorant lit : 67rdxp'.civ en un seul mot, au lieu de ÛTtoxpfoiv en deux mots, et il ajoute de lui-même si; qu'il croit nécessaire. Voilà comment s'introduit une leçon absurde f Elle est suivie par Œcuménius, par Théophylacte; et malgré la Vulgate, malgré le Syriaque, malgré les plus anciens manuscrits (nAB), elle a persisté jusqu'en ces derniers temps. De même, nous verrons dans la seconde Epître de saint Pierre un copiste sans intelligence lire et écrire èvxaTotxôv, au lieu de ïjv, xa-roixâW. (II Petr., n, 8.)

13. Tristatur aliqitis vestrum ? oret. « Quelqu'un parmi vous est-il dans la tristesse ? qu'il prie. »

Tristatur? xaxoTraGsï; an aliquid mali patitnr? Si quelqu'un souffre des douleurs, ou des chagrins, ou des vexations de la part des hommes, au lieu de gémir ou de murmurer, qu'il prie, et il recevra de Dieu force et consolation. C'est ainsi que Notre-Seigneur, dans la tristesse de son agonie, prolongea sa prière, et un ange vint du ciel le fortifier.

(1) Noèl-Alexandre commente fort bien la pensée de l'Apôtre : Summa vigilant ia attendite ne temere, per impatientiam , ex prara consuetudine, nulla necessitate compidsi, juretis.

(2) On doit ordonner ainsi les mots latins : Sermo vester Est sit Estet sermo rester Non sit Non. On explique de la même manière le texte de saint Matthieu, (v, 37.) Car, bien que le grec soit moins précis dans l'Evangéliste , on ne peut douter que les Apôtres n'aient voulu rapporter fidèlement la pensée de Notre-Seigneur.

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De même le saint roi David disait à Dieu : Sauvez votre serviteur qui espère en vous, ô mon Dieu. Rendez l'allégresse à l'âme de votre serviteur. Saluam fac se?*vum tuum, Deus meus, sperantem in te; tsetifica animant servi lui. Et bientôt après il remerciait Dieu en disant : Seigneur; vous m'avez secouru et vous m'avez consolé. Tu Domine, adjuvistime et consolalus es me. (Ps. lxxxv.)

JEquo animo est? psallat. Quelqu'un est-il dans la joie? qu'il chante de saints cantiques. TaXÀs™, qu'il chante des psaumes en louant Dieu et le remerciant de ses bienfaits. Qu'il chante, par exemple, ce beau psaume de David : « Mon âme, bénissez le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. » Benedic anima mea Domino, et omnia quœ intra me sunt nomini sancto ejus. (Ps. en.) Ces chants divins fortifieront sa joie et son amour.

14. Infirmatur quisin vobis? inducat presby ter os Eccles'uv, et orent super eum. ungentes eum oleo in nomine Domini. « Quelqu'un parmi vous est -il malade? qu'i appelle les prêtres de l'Eglise, et qu'ils prient sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur. * Ce texte est fort important : on y voit l'institution, les efifets , la matière, le sujet et le ministre du Sacrement de l'Extrême- Onction.

Il est de foi : 1° que l'Extrême-Onction est un Sacrement institué par Notre-Seigneur; 2° que ce Sacrement est désigné et promulgué par saint Jacques. Ainsi l'a défini le Concile de Trente contre Luther, Calvin et quelques théologiens imprudents qui ne voyaient dans l'Onction des malades qu'un rite pieux reçu de l'antiquité. Si qui s dixerit Extremam Unctionem non esse vere et proprie Sacramenium a Christo Domino nostro instilutum, et a H<'<ito Jacobo apostolo promulgation, sed ritum tantum acceptum a Patribus, aut figmentum humanum, anathema sit (1).

(1) Lorsque Jésus envoya Les Apôtres annoncer le royaume dos cieux et prêcher la pénitence dans les bourgs de la Judée, on voit qu'ils oignaient Lee malades avec de L'huile et qu'ils Lee guérissaient : Ungebant

In/innatur. Il s'agit d'une maladie grave qui met la vie en péril. Hoc sacramentum nisi in/irmo de cujus morte timetur, dari non débet, dit le Concile de Florence.

Inducat, RpracoXesKaâ*», accersat, adcocet. Que le malade appelle le prêtre; qu'il n'attende pas que ses amis et ses parents, ayant perdu toute espérance, lui proposent de recevoir le sacrement des infirmes : qu'il le demande lui-même.

Inducat, qu'il appelle les prêtres. Ce mot fait aussi entendre que le sacrement de l'Extrême-Onction est institué pour les adultes qui ont atteint l'usage de la raison et pu commettre des péchés.

Presbyteros Ecclesiœ. Pour administrer ce sacrement, il faut être ordonné prêtre : oui episcopi ant sacerdotes, dit le Concile de Trente, et le saint Concile frappe d'anathème ceux qui soutiendraient le contraire.

Presbyteros, « les prêtres. » Ce pluriel veut dire quelqu'un des prêtres; car un seul suffit. Mais d'après la doctrine de l'école., confirmée par l'ancienne coutume de plusieurs églises, ce sacrement admet la pluralité des ministres, chacun faisant, par exemple, une des onctions prescrites. (Theol. Yirceburg.)

Et orent super eum. Que les prêtres non seulement prient pour lui, mais qu'ils prononcent sur lui les prières réglées par l'Eglise. Voilà la forme du sacrement indiquée : ce sont les prières que récite le ministre en faisant les onctions.

Ungentes. L'action d'oindre le malade est la matière prochaine du sacrement. — Oleo, sXai'io, l'huile d'olive bénite en est la matière éloignée.

Enfin in nomme Domini, t au nom du Seigneur », cela veut dire que l'onction doit être faite en invoquant le nom du Seigneur, en vertu de l'institution du Seigneur, selon son ordre et par un ministre qui le représente.

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