Verbum autem Domini 25. Mais la parole du Seigneur
manet in œternum : hoc est demeure éternellement, et c'est cette
autem verbum quod evangell- parole qui vous a été annoncée par
zatum est in vos. l'Evangile.
Petrus. Ce mot est la traduction du syriaque Képlia, qui signifie Pierre ou Rocher. Saint Pierre s'appelait d'abord Simon. Lorsque André, son frère, l'amena à Jésus, Notre-Seigneur le regarda et lui dit : Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras Céphas, c'est-à-dire, Pierre. (S. Joann., i, 42.) Plus tard, lorsqu'il choisit ses douze Apôtres, il donna de nouveau à Simon le nom de Pierre. {S. Marc, in, 16.) Enfin lorsque Simon confessa hautement la divinité de Jésus auprès de Césarée, Notre-Seigneur lui confirma ce nom glorieux, et il en donna la raison, en prononçant cette grande parole sur laquelle rouleront les destinées du monde jusqu'à la fin des siècles : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portas de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » (S. Matth., xvi, 18.) Pierre garda cependant son premier nom, et il commence lui-même sa seconde Epître par ces mots : Simon Petrus (1).
Apostolas Jesn Christi. Le titre d'Apôtre appartient aux collègues de Pierre qui ont été choisis par Jésus- Christ ; mais Pierre est leur chef, et seul il transmet la puissance apostolique à ses successeurs.
Electis. Les chrétiens seront encore, un peu plus loin, appelés une race élue, vos genus electum. (n, 9.) Ils ont été élus de Dieu pour entendre l'Evangile, pour y croire,
(1) Jésus nomma Pierre ce disciple et il bâtit sur lui son Eglise, dit saint Léon, afin que, par une grâce admirable de Dieu, l'édifice du temple éternel reposât sur la solidité de Pierre. (Epist. 89.) — En outre, comme l'Eglise doit durer jusqu'à la fin des temps, Pierre vit dans ses successeurs et chacun d'eux hérite de la fermeté de sa foi et de son infaillibilité doctrinale.
— 123 — IPetr.,1.
pour recevoir le baptême, et pour obtenir la vie éternelle en persévérant dans la justice.
Advenis. Le mot advena, -aç—'.or^.o;, désigne un étranger qui habite un pays dont il n'est pas citoyen. Tels étaient les Juifs qui avaient quitté la Palestine, leur patrie. Dès cette époque ils étaient, en grand nombre, disséminés dans toutes les contrées de l'univers.
Advenœ dispersionis, les étrangers de la dispersion. C'est un hébraïsme qui veut dire « les étrangers dispersés. » Saint Jacques emploie une expression semblable : Duodecim tribubas quœ sunt in dispersione. Ce mot dispersion ne comprend pas seulement les fidèles que la persécution avait chassés de Jérusalem après la mort de saint Etienne, mais tous ceux qui étaient répandus dans les pays étrangers.
Dispersionis Ponti. Saint Pierre adresse sa lettre aux Juifs qui sont dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie : provinces qu'il avait évangélisées, comme nous l'affirment saint Jérôme et saint Léon (1).
Asise. Par l'Asie proprement dite, on entend le pays dont Ephèse était la capitale. Sous les Romains, la province d'Asie comprenait en outre la Phrygie, la Mysie, la Carie et la Lydie. (Cic. pro Flacco, 27.) — Bilhyniœ. Les principales villes de Bithynie étaient Chalcédoine, Nicomédie, Pruse et Nicée, toutes célèbres dans l'histoire.
2. Electis... secundam prœscientiam Dei Paftis, in sanctificationem Spiritus, in obedientiam et aspersionem sanguinis Jesn Cltristi. On voit ici les trois personnes divines concourir au salut des hommes. Le Père les choisit, selon sa bout»'4, parmi la masse corrompue du genre humain. Ceux qu'il a choisisse Saint-Esprit les sanctifie,
(1) Simon Petrta... post episcopatum antiockenwis ecclesiœ et prœ-
dicationem dùp&rtionù eonon qui de circnmcisiune crediderant in
. Cappadocia, Aria et Bithynia, secundo Claudii anno,
ad expugnandum Simonem magum Romam pergit. (S. Ilieron. Catal.
pt. Ecoles.) — Jam Pontum, GtUatiam, Cappadociam, Asiam atque
\yniam legibus evangehcœ pra>dicationie impleveras. (S. Léo M.
in Natal. Apott. Sermo i.) Saint Epiphaoe rapporte aussi que saint
Pierre ayai! plusieurs foia visité le Pont et la Bithynie. (Haar., ixyii,6.)
en les pressant intérieurement d'obéir à la parole de l'Evangile, et en répandant la grâce dans leurs âmes. Enfin, ils sont purifiés de leurs péchés par l'aspersion du sang de Jésus-Christ.
Secwidum prœscie?itiam. On distingue la prescience de la prédestination. Par sa prescience, Dieu sait l'usage que l'homme fera de la grâce, s'il la lui donne. Par la prédestination, Dieu, dans sa miséricorde, prépare à l'homme les grâces que sa prescience lui montre efficaces.
Or, le Père ayant résolu d'appeler à la foi les peuples auxquels écrit saint Pierre, leur a envoyé des prédicateurs pour leur annoncer l'Evangile. Plusieurs parmi ces peuples ont répondu à l'appel de sa grâce. Ceux-là forment les Eglises auxquelles écrit saint Pierre, et l'Apôtre leur dit qu'ils ont été élus selon la prescience de Dieu et choisis dans sa bonté. Electis secwidum prœscientiam Dei.
C'est là une prédestination pleine de suavité; car, sans forcer le libre arbitre de l'homme, elle attire doucement sa volonté. C'est aussi une prédestination certaine; car Dieu, connaissant le motif qui doit incliner la volonté de l'homme, le lui suggère, et par là, détermine sa libre volonté. Attinnit a fine usque adfinem fortiter, et disponit omnia suaviter. (Sap., vm, 1.) L'on peut comparer cette parole de saint Pierre à celle de saint Paul : « Ceux que Dieu a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l'image de son fils. » Quos prœscivit, et prœdestinavit conformes fieri imaginis filii sui. (Rom., vin, 29. — Voyez II Petr., i, 10.)
In sanctificationem Spiritus. Il nous a élus pour être sanctifiés par l'Esprit. Le Saint-Esprit répand dans nos âmes la charité avec la grâce sanctifiante. Or cette grâce est une beauté spirituelle qui nous rend agréables à Dieu, nous fait ses enfants adoptifs et nous mérite l'héritage du ciel. In sanctificationem, cette parole exprime le dessein que Dieu se propose en nous appelant au christianisme : il veut que nous soyons saints. Hœc est enim votuntas Dei, sanctificatio vestra. (I Thessal., îv, 3.) Il nous a
— 125 — lPetr.,1.
choisis dans le Christ et par le Christ avant la création du monde, afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence. Elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus.
(Eph., I, 4.)
Et comment deviendrons-nous saints? on nous l'apprend
aussitôt : in obedientiam, « élus pour obéir. » Ce mot
désigne la foi ou l'obéissance à la parole de Jésus-Christ.
Il a pour complément Jesu Chrisli, qui dépend aussi de
aspersionem sanguinis. C'est donc comme s'il y avait :
Electis in obedientiam Jesu Christi{o\x Jesu Christo) et in
aspersionem sanguinis Jesu Christi, « à ceux qui ont
été élus pour obéir à Jésus-Christ », c'est-à-dire à sa
parole, « et pour être arrosés de son sang. »
In aspersionem sanguinis Jesu Christi. « Vous avez été élus pour être arrosés du sang de Jésus-Christ. » L'Apôtre fait allusion au passage de l'Exode où il est dit que Moïse arrosa le peuple avec le sang des victimes, après la lecture de la loi. (Exod., xxiv, 8 ; et Hebr., ix, 20.) De même que, par cette aspersion sanglante, l'ancienne alliance fut contractée entre Dieu et le peuple israélite, de même la nouvelle alliance est sanctionnée par l'aspersion du sang de Jésus-Christ. Quiconque est arrosé de ce sangdivin fait partie du nouveau peuple de Dieu.
In aspersionem. Cette aspersion rappelle aussi la purification du lépreux, qui était sept fois arrosé du sang de la victime, parce que la lèpre était la figure du péché, qui ne se lave que dans le sang. (Lev., xiv, 7 ; Hebr., ix, 22.)
Le prophète David savait bien que cette lustration sanglante, prescrite par Moïse, n'était qu'un symbole; car il voyait dans l'avenir le sang du Christ couler sur la croix pour expier les péchés des hommes, et il disait à Dieu : Vous m'arroserez avec l'hysope trempée dans ce sang innocent, et je serai purifié. Asperges me hyssopo et mundabor. (Ps. L.)Mais il ne suffit pas que le sang du Christ ait coulé sur la croix pour tous les hommes ; il faut que chaque pécheur en reçoive l'aspersion dans le baptême : car c'est du sang de Jésus-Christ que l'eau du baptême
tire sa vertu. C'est pourquoi saint Paul dit aux Hébreux : « Approchons-nous, de Dieu avec confiance, maintenant que l'aspersion a purifié nos cœurs des souillures de la mauvaise conscience, et qu'une eau pure a lavé nos corps. Aspersi corda a conscientia mala, et abluli corpus aqua munda. (Hebr., x, 22.) C'est encore le sang de Jésus- Christ qui est répandu sur nous par les paroles de l'absolution. Mais surtout, nous en sommes réellement arrosés dans la sainte Eucharistie.
Gratia vobis et pax mulliplicetur. « Que la grâce et la paix vous soient données avec abondance. » Les fidèles, à qui s'adresse saint Pierre, possèdent déjà la grâce et la paix : il leur en souhaite l'augmentation. Il demande que Dieu multiplie en eux les grâces actuelles afin que, par ce secours, ils fassent beaucoup de bonnes œuvres et croissent dans la grâce sanctifiante, en devenant de plus en plus parfaits.
Pax. C'est la paix avec Dieu, avec les hommes, avec soi-même qu'il demande pour eux : c'est spécialement la paix et l'union entre tous les fidèles : enfin, dans le langage des Hébreux auxquels parle saint Pierre, la paix est la possession assurée de tous les biens qui peuvent contenter le cœur de l'homme. (II Joann., 3.)
3. Benedictus Deus et Pater Domhii nostri Jesu Christ). * Béni soit le Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ ! » Dieu est le Dieu de Jésus-Christ considéré comme homme ; il est le Père de Jésus-Christ considéré comme le Verbe et la seconde Personne de la sainte Trinité. Qu'il soit béni à cause de tous les bienfaits dont il nous a comblés!
Une bénédiction semblable commence la seconde Epître aux Corinthiens et celle aux Ephésiens. C'est un chant de reconnaissance, un hymne céleste; car les anges et les saints dans le ciel ne font que louer, remercier et glorifier Dieu.
Saint Pierre indique aussitôt le principal bienfait pour lequel nous devons bénir Dieu.
Qui secundum misericordiam suant macjnam régénéra-
— 127 — lPetr.,i.
vit nos in spem vivam. Lorsque nous étions enfants de colère comme héritiers d'un père coupable, le Seigneur a eu pitié de nous : et, dans sa grande miséricorde, sans aucun mérite de notre part, il nous a donné une nouvelle naissance dans le baptême, et il nous a adoptés pour ses enfants.
Regcneravit nos in spem vivam, eîç u-(Zv. Çôcav, « Il nous a régénérés pour une espérance vivante. » Une espérance vivante doit s'entendre de l'objet même de l'espérance, qui est vivant. Car c'est la vie éternelle que nous espérons : et c'est le Dieu vivant, l'auteur même de la vie, que nous posséderons.
Et comment Dieu nous a-t-il donné cette magnifique espérance ? En ressuscitant Jésus-Christ d'entre les morts. In spem vivam, per resurrectionem J esu Christiex mortuis. Saint Pierre dira, en effet, tout à l'heure que le baptême nous sauve par la résurrection de Jésus-Christ : Vos salvos facit baptisma per resurrectionem Jesu Christi. (ni, 21.) Car, de même que Jésus-Christ est sorti vivant du tombeau pour ne plus mourir, de même nous sortons des eaux du baptême en portant dans nos âmes le principe d'une vie céleste et immortelle ; et c'est le fruit de sa résurrection.
D'ailleurs, quoique Jésus- Christ fût mort pour expier nos péchés et qu'il eût payé pour nous une rédemption abondante, sa mort ne suffisait pas à notre salut; car, pour être sauvés, il fallait croire en lui. Or, c'est la résurrection du Christ qui est le fondement de notre croyance et, par conséquent, de notre espérance.
E :lin, la résurrection de Jésus-Christ est le gage de la notre, car Les membres ne sauraient être séparés de leur chef. Donc, Le chef étant ressuscité, les membres doivent 3citer comme lui. Saint Paul a développé cet argument avec éloquence dans su première Epître aux rinthiens, pour leur prouver la résurrection des morts.
/// hsereditatem incorruptibilem,et incontaminatam, et imrnarcessibilem.C'esi L'explication de cesmots : Ilnous
a régénérés pour une espérance vivante, in spem vivant. Dieu nous a donné une nouvelle naissance pour que, devenant ses fils adoptifs, nous possédions un héritage incorruptible, sans souillure, et qui ne se flétrira jamais. Enfants d'Adam, nous héritions de sa disgrâce; par notre seconde naissance, nous sommes enfants de Dieu et ses héritiers. Car la renaissance, comme la naissance, donne le titre de fils, et au fils est dû l'héritage paternel.
Jncorruptiôilem. Or, l'héritage que nous attendons est incorruptible, exempt de décomposition et de ruine ; il ne se consumera pas comme tous les fragiles biens de la terre que les parents laissent à leurs enfants. Et incontaminatam. Cet héritage est honorable et aucune tache ne le dépare ; c'est une couronne composée de diamants d'un prix infini, dont rien ne saurait ternir la pureté ni l'éclat. Et immarcessibilem. Enfin cet héritage est une palme de victoire, palme immortelle et toujours verdoyante, puisque rien ne se flétrit dans les cieux.
Conservatam in cœlis. Un tel héritage ne se trouve point sur la terre, où toutes choses vieillissent, se flétrissent, périssent. Il est conservé dans les cieux à l'abri des ravisseurs et des révolutions. C'est ce trésor que Jésus-Christ nous exhorte à amasser dans le ciel : Thesaurizate vobis thesanros in cœlo, nbi neque œrugo ne que tinea deniolitur, et ubi fnres non effodiunt et furantur. (S. Matth., vi, 20.)
In vobis, etç ôjxaç, ad vos. Ce précieux trésor, cet héritage immortel, Dieu le conserve dans les cieux, non seulement pour les saints prophètes de l'ancienne loi, pour les martyrs de la nouvelle, pour nous qui sommes les Apôtres et les amis du Christ, mais aussi pour vous. Il est préparé pour vous-mêmes, ô fidèles du Pont et de la Galatie. Il est gardé pour vous, chrétiens de la Cappadoce, de l'Asie et de la Bithynie. Il est conservé dans les cieux, pour vous tous, hommes de foi qui lisez cette parole.
In vobis. Mais ce n'est pas sans dessein que la Vulgate traduit in vobis, en vous. L'héritage que Dieu nous a
— 129 — / Petr., i.
promis est conservé dans nous-mêmes. En effet, quiconque obéit au Christ possède un héritage dans les deux ; mais son titre authentique et incontestable est le caractère de son baptême; il le porte en lui-même, gravé dans son âme pour l'éternité : conservatam in vobis.
Que dis-je? non seulement le titre, mais l'héritage même est dans nous. Car, dit Notre - Seigneur, le royaume de Dieu est au dedans de vous, Regnnm Dei inlravos est, ivzoç G;j.ô5v. Nous le portons dans le sein de notre àme, dans notre intelligence, dans notre volonté ! Car on peut vraiment regarder la grâce qui est en nous comme une semence divine. (I Joann., m, 9.) Nous voyons Dieu à travers les voiles de la foi, nous aimons Dieu, nous sommes aimés de Dieu. C'est déjà la vie céleste et l'héritage éternel. Dès à présent le juste commence à posséder cette vie et cet héritage, qu'il possédera parfaitement dans le ciel, sans craindre de le perdre jamais ; conservatam in cœlis in vobis.
5. Qui in virtnte Dei custodimini per fidem. Nous savons bien, direz-vous peut-être, que cet immortel héritage nous est assuré selon la volonté divine ; mais nous sommes si fragiles! Combien il est à craindre que les tentations de la chair, du monde et de l'esprit mauvais ne nous fassent déchoir de nos droits, comme Adam, notre père ! — Cela est vrai, mais vous n'êtes pas abandonnés à votre faiblesse. La puissance de Dieu vous protège et vous garde, custodimini.
Le mot grec (ppoupoujxévouç fait entendre que les chrétiens sont gardés comme dans une citadelle par des défenseurs armés. Car ce terme signifie prœsidio custodiri. Notre garde vigilante et invincible, ce sont les Anges. Bien plus, le Seigneur lui-même environne son peuple de sa puissance: Dominus in circuituejus. (Ps. cxxiv.) Je serai, dit le Seigneur, un mur de flamme autour de Jérusalem, et ses ennemis ne pourront en approcher : Ego ero ei minus ignis in circuitu ejus. (Zach., it, 5.) Ayez donc confiance : ave- la grâce de Dieu, vous persévérerez dans la justice, et vous ne tomberez pas au pouvoir de vos
I PITRES CATHOLIQ1 BS <J
ennemis. Mais cette promesse n'est faite qu'à ceux qui sont fixés dans la foi.
Custodiminiper fidem. Comme vous avez été régénérés par la foi, c'est elle aussi qui vous garde, et c'est en elle que vous puise/ la force de la persévérance; elle est le canal par où coulent la grâce et la vie. Car les justes tirent continuellement de la foi la vie spirituelle de leur àme. Jus tus ex fide vivit. C'est donc par la foi qu'ils résistent au démon, dit saint Pierre : Cui resistite fortes in fide. C'est sur le bouclier de la foi qu'ils éteignent les traits enflammés de l'esprit immonde, ajoute saint Paul : Scutum fidei, in quo possitis omnia tela nequissimi iqnea extinguere. (Eph., vi, 16.)
In salut em par a tant revelari in tempore novissimo. « Vous êtes gardés pour le salut qui vous est préparé et qui sera révélé au dernier temps. » — Salutem, le salut n'est pas seulement l'exemption des supplices de l'enfer : le salut, c'est la gloire des bienheureux. Ainsi vous êtes gardés pour entrer en possession de cette gloire, qui vous est dès maintenant préparée et qui vous attend dans les cieux, paratam.
Revelari. Nous avons entendu parler de cet héritage, et l'on nous en a raconté des choses admirables. Toutefois on ne l'aperçoit maintenant que dans une espèce d'ombre obscure ; en sorte qu'une grande partie des hommes n'y croient pas. Mais il sera un jour manifesté à l'univers. A la fin des temps, au jugement dernier, cette félicité immortelle sera donnée en spectacle à tous les hommes assemblés, quand ils verront les saints ressuscites dans la gloire : paratam revelari in tempore novissimo.
6. In quo (tempore) exsultabitis. En ce temps-là, au jour où apparaîtra votre salut, vous tressaillirez d'allégresse.
Modicum nunc si oportet contristari in variis tentationibus. Sans doute, il vous faut être maintenant affligés par diverses tentations, par les infirmités, par la pauvreté, par les persécutions des hommes ; mais sachez
— 131 — IPetr.,i.
qu'au jour suprême vous entrerez dans une joie qui ne finira plus (1).
Modicum. Cet adverbe présente deux sens qui sont vrais l'un et l'autre. D'abord, notre affliction est légère. Que sont toutes les peines de la vie, et même les souffrances des martyrs, en comparaison des biens futurs ? — En second lieu, notre affliction dure peu de temps. Qu'est-ce en eifet que la vie humaine, si on la compare à l'éternité ? Donc ici-bas toute peine est, au fond, légère et de courte durée: modicum.
Si oportet. Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ souffriront persécution. (II Tim., ni, 12.) Car, c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. (Act. A., xiv, 21.) Jésus- Christ l'a déclaré à ses disciples : Vous gémirez et vous pleurerez. Tandis que le monde se réjouira, vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse sera changée en joie. (S. Joann., xvi, 19.)
Ces peines, en général, ne sont pas continuelles : Dieu, pour ménager notre faiblesse, les tempère souvent par de douces consolations. S'il permet que les adversités nous éprouvent, c'est pour que nous tournions nos désirs vers les choses célestes. Rendons grâce à la bonté divine, (jiii mêle lcibsinthe et le fiel dans la coupe des biens de ce monde, afin qu'elle ne nous enivre pas ; et supportons l'épreuve avec courage, en pensant qu'une légère tribulation, bientôt passée, nous prépare pour l'éternité une gloire immense dans les deux. (II Cor., iv, 17.)
î . Ut probctfio vestraa fidei, multo pretiosior auro quod per ignem proèatur, inveniatur i// laudem et gloriam et honorent in revelatione Jesu Chrisii. Vous êtes maintenant exposés à diverses tentations, afin que l'épreuve
Lruction du grec est un peu différente, h & àytùùtfads, èïfyov
n\) )>-r/;îvT-,-, in <{>'<' exsultabitis, modicum nunc (si
istati. Cette leçon parait trèa bonne, et il est probable
qu< la Vu I gâte a\;nt ainsi traduit. Mais des copistes qui ne
mprenaienl pas la parenthèse si oportet, auront changé contristati
en . confusion d'autant plua facile que, dans les anciens
manuscrit*, le l el IV ont une tri iblanc.
de votre foi, qui est beaucoup plus précieuse que l'or éprouvé par le feu, soit trouvée digne de louange et de gloire et d'honneur, au jour de la manifestation de Jésus- Christ.
Les mots probatio fidei sont la même chose que fides probata. La foi éprouvée par la tentation, comme fut celle d'Abraham et celle des martyrs, est infiniment plus précieuse que l'or le plus fin, dont la pureté est reconnue lorsqu'il est fondu par le feu dans le creuset, où l'or en fusion se sépare de toute scorie et de tout alliage (1). Tous les trésors de la terre ne valent pas un simple acte de foi, par lequel on croit une vérité révélée de Dieu. A plus forte raison, toutes les richesses du monde ne sont pas comparables à la foi héroïque dont les plus terribles tentations n'ont pu ébranler la fermeté ni altérer la pureté. Omne aurum in comparât* 'one illins arena est exigua, et tanquam latnm œstimabitur argenlam. (Sap., vu, 9.)
Saint Pierre nomme trois récompenses de notre foi : la louange, la gloire et l'honneur. Ut inveniatur in landem. Dieu louera publiquement ses saints : Tune lans erit tinicuique a Deo. (I Cor., iv, 5.) Chaque saint entendra Jésus- Christ lui décerner, à la face de tout l'univers, l'éloge d'avoir été un serviteur bon et fidèle. Enge, serve bone et fidelis.
Et gloriam. Le Seigneur a dit : Je glorifierai ceux qui me glorifient. Quicamque glorificaverit me, glorificabo eum. (I Reg.; n, 30.) La gloire des élus, autant que nous pouvons le comprendre en parlant des choses célestes, consiste principalement à contempler l'essence divine, à pénétrer dans cette lumière où l'âme transfigurée
(1) Auro quod per ignem probatur. En grec, on lit : ypuùoj -:sj àrr^'//v//-'v5j, âtà. "upo; £-: eToxi/iaÇs/^svou, auro quod périt, per ignem aulem probatur. Le mot xpusiov désigne une pièce d'or, un bijou d'or, un objet d'art fait en or. *Ax6ÏÀvftévov veut dire que cet objet perd sa forme, et foxi/wiÇo/révou que la pureté du métal est reconnue. — Cette comparaison des tribulations qui éprouvent le juste, avec le creuset où se purifie l'or, se trouve dans plusieurs livres de l'Ancien Testament. (Job, xxiii, 10 ; Prov., xvn, 3 : Zach., xm, 9 ; Malaeh., m, 3 ; Eccli., n, 5: et Sap., ni, 6 : Tanquam aurum in fornace probavit illos.)
— 133 — IPetr.9ié
voit Dieu face à face. In lumine tno videbimus lumen. (Ps. xxxv, 10.) Plus un juste a été saint, plus il entrera par son intelligence dans les profondeurs de Dieu. — Et gloriam. On peut entendre aussi, par la gloire, celle dont Dieu comblera les saints aux yeux de l'univers, quand ils brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Tune justi fulgebunt sicut sol in regno Patris eorum. (S. Matth., xvm, 43.)
Et honorera. Enfin, l'honneur est le rang qui est assigné à chaque saint dans la hiérarchie céleste. Car tout est ordonné dans rassemblée des saints, comme dans les chœurs des anges. L'Eglise du ciel est un grand édifice dont chaque pierre est choisie et placée avec honneur par l'architecte. L'honneur, c'est le trône où Jésus-Christ fait asseoir chacun des saints : Qui vicerit, dabo ei sedere meciira i?i trono meo. (Apoc, ni, 21.)
In revelatione Jesu Christi. Jésus-Christ, depuis dixhuit siècles, est adoré du couchant à l'aurore, et cependant il est encore un Dieu caché. Quoiqu'il gouverne son Eglise avec une sagesse admirable et qu'il la soutienne par d'éclatants miracles, beaucoup ne reconnaissent pas son action voilée sous les événements humains. Mais au dernier jour, tous le verront lui-même, quand il apparaîtra dans les nues ; tous le contempleront sans voile, et tous entendront la sentence éternelle qu'il prononcera du haut de son tribunal.
8. Quem quum non videritis, diligilis ; in quem nunc quoque non videntes creditis ; credentes aidera exsultabitis lœtitia inenarrabili et glorifîcata. « Vous aimez Jésus- ( hrist, quoique vous ne l'ayez pas vu de vos yeux ; maintenant encore vous croyez en lui sans le voir ; mais cette croyance vous fera tressaillir d'une joie ineffable et glorifiée. » C'est comme s'il leur disait : Israélites habitants de ces provinces éloignées de la Palestine, vous n'aviez pas vu de vos yeux Jésus de Nazareth, et vous ne le connaissiez pas. Mais dès qu'on vous l'a annoncé, vous l'avez aimé ; aujourd'hui même encore vous croyez en lui sans le voir. Cette foi au Messie que vous ne voyez pas, mais
qui vous a été prêché par ses disciples, est très agréable S Dieu, et c'est elle qui vous méritera de tressaillir d'une joie ineffable en le contemplant, lorsqu'il vous admettra dans sa gloire (1).
Cette parole de saint Pierre se rapporte à celle que Notre-Seigueur dit à saint Thomas dans le Cénacle après sa résurrection : « Vous avez cru, Thomas, parce que vous avez vu : heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ! » (S. Joann.. xx, 19.)
Exsultabitis lœtitia inenarrabili. Il est impossible au langage humain d'exprimer la joie que les élus goûteront dans le ciel. « Car, dit saint Paul après Isaïe, l'œil de l'homme n'a point vu, l'oreille de l'homme n'a point entendu, et le cœur de l'homme n'a point conçu ni imaginé ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. » CI Cor., ir, 9.) Dès ce monde, il y a des âmes pures que Dieu remplit de joies ineffables, comme lorsque saint François Xavier s'écriait : « C'est assez, mon Dieu, c'est assez ! car mon cœur est un vase trop étroit pour contenir une joie si grande. » Mais si la joie qu'éprouvent quelques saints sur la terre est inexprimable, peut-on dire qu'ils tressaillent maintenant d'une joie « glorifiée ? » C'est ce que nous allons examiner.
6 et 1. In quo exsultabitis... Exsultabitis lœtitia inenarrabili et (jlorificata. Les hellénistes modernes reprochent ici à la Vulgateun double contre-sens. Il prononcent qu'il faut deux fois le présent exsultatis, au lieu du futur exsultabitis. Car, disent-ils, on lit en grec le présent àyaXXtaoOe, et non pas le futur KfaXXtàoEvde. Saint Pierre déclarerait donc, selon ces hellénistes, que les chrétiens auxquels il écrit, non seulement seront transportés de joie à l'avène-
(1) Dans les éditions grecques, le verbe -i-j-vj-t-, creditis, est supprimé. On lit : 'Ov ni hSàvTtf y.yxr.ÙTz, tU &* XfiTl (ai icwvtcç, Ttioxevôvrti ol, àyoùXt&zQe. Qicem qunm non videritis, diligitis ; in que m nunc non ridentes, credentes autern, exsultabitis. — Plusieurs éditions grecques donnent : ôv oj/ stâjrcc àyu-v^z, quenx quum non noveritis, diligitis. Mais d'excellents manuscrits portent liévret (videritis), comme lisait l'auteur delaVulgate. Cette leçon est meilleure : c«r jour aimer quelqu'un, •s'il n'est pas nécessaire de l'avoir vu, il faut du moins le connaître.
— 185 — IPetr.,1.
ment de Notre-Seigneur. mais que déjà, dès cette vie, au milieu de leurs afflictions, ils tressaillent d'une joie glorifiée : exsuitatis Lvtitia inenarrabili et (jloriftcata.
Nous savons bien que saint Paul était rempli de consolation et qu'il surabondait de joie dans ses tribulations : Repletus sum consolatione, superabundo c/audio in omni tribulatione nostra. (II Cor., vu, 4.) Mais d'abord c'est là une faveur extraordinaire, qui n'est point accordée au commun des chrétiens, et il n'est pas vraisemblable que saint Pierre écrive indistinctement à ceux d'Asie : Vous tressaillez de joie maintenant dans vos tribulations. L'auteur de la Vulgate nous paraît saisir mieux la pensée de l'Apôtre en disant : Si vous êtes maintenant dans la tristesse, vous serez plus tard dans la joie, exsultabitis, et non exsuitatis. Saint Pierre met en regard niinc et tempns novissimum ; il oppose le bonheur futur aux afflictions présentes, comme faisait Notre-Seigneur. quand il disait sur la montagne : lieati qui mine fletis, quia ridebitis. S. Luc, vi.)
Mais en outre, quand même tous les chrétiens de l'Asie goûteraient une joie ineffable au milieu des afflictions et des persécutions, comment nos hellénistes expliquerontils le mot qui suit : « Vous tressaillez maintenant d'une joie glorifiée? » Exsuitatis Lvtitia qlorificata. Soutiendront-ils que saint Pierre dit aux Galates, aux Bithyniens, aux Cappadociens, qu'ils jouissent dès maintenant, sur la terre, pendant leur vie mortelle, d'une joie glorifiée, et qu'ils sont déjà en possession de la félicité que les s;iints goûtent dans le ciel ?
L'auteur de la Vulgate a compris que ce sens n'était pas possible, et il a traduit iya^i*^ par le futur exsultabitis. 11 a eu raison ; car certainement ces Judéo-chrétiens, m fervents qu'ils pussent être, n'étaient pas encore admis à la vision béatilique et ils ne tressaillaient point de l'a Urgresse des saints dans la gloire.
Origène entend ce passage comme la Vulgate. « Vous savez, dit-il, que selon saint Pierre vous devez un jour tressaillir de joie (àyaWUowwôs)* après avoir été affligés, s'il
le faut, de diverses tentations passagères. » (Orig., t. I, col. 614. Migne.)
Saint Irénée cite les mêmes paroles de saint Pierre pour prouver que ceux qui croient en Jésus-Christ tressailliront d'une joie ineffable au jour de la résurrection : credentes autem exsultabitis gaudio inenarrabili. (S. Iren., col. 1141. Migne.)
Deux commentateurs grecs, Œcumenius et Théophylacte, qui lisaient comme nous iyaXXiaaOe, expliquent aussi ce mot par àyaXXtàaeaOe, et ils attribuent à la forme àfaX- Xtaoôe la double signification du présent et du futur (1). La version syriaque donne aussi la même interprétation.
Il ne faut donc pas réformer ici la Vulgate. Mettre exsultatis au lieu d' exsultabitis, comme veulent des grammairiens modernes, serait faire, non pas une correction, mais un contre-sens.
9. Reportantes finem fidei vestrœ salutem animarum. En ce grand jour, vous atteindrez la fin proposée à votre foi, et vous remporterez le prix qu'elle mérite, à savoir le salut de vos âmes. Car le Messie n'est pas venu sur la terre pour sauver Israël du joug des nations, comme le croient vos docteurs, ni même pour sauver des misères de la vie présente ceux qui croiront en son nom : il est venu pour sauver les âmes, pour les purifier du péché, pour les introduire dans la vie éternelle.
10 et 11. De qua salute exquisierunt atque scrutati simê prophetœ qici de futura in vobis gratia prophetaverunt : scrutantes in quod vel quale tempus significaret in eis Spiritus Chris ti, prœnuntians eas quœ in Christo sunt passiones, et posteriores glorias.
(1) Ta yàp « er/x^cstade » &m\ ftÙàovTOç ît')v}7rTaf, vj x«tk to évsuros. lllud enim à-/oà\&'jOz pro futuro vel ut prœsens sumitur. (Œcum.) — Ou observe dans le Nouveau Testament d'autres exemples de ce double sens de la forme contracte. Ainsi, Gradum bonum sibi acquirent , itepiiroiov-JTxi (I Tim., m, 13); et novissima autem inïmica destruetur morsr xy.TupyzÏTut. (I Cor., xv, 26.) On lit aussi dans saint Justin : Hœc probare aggrediar, xaura c/.ttooûÇxi TZ£tpûfj.at, au lieu de 7ist/-Aso/j.at. — De li» on peut conclure que, du moins dans certaines provinces, les formes oxjfx.ot.i et &pcti des verbes contractes servaient pour le présent et le futur.
— 137 — 1 Petr.,i.
C'est la connaissance de ce salut qu'ont recherchée et scrutée les anciens prophètes, dont les prédictions avaient pour objet la grâce qui vous était réservée. Ils scrutaient et ils cherchaient avec attention, dans les paroles divines, quels étaient les temps et les circonstances que leur indiquait l'Esprit du Christ, lorsqu'il leur annonçait les souffrances du Christ et les gloires dont seraient suivies ses douleurs. — Saint Pierre cite aux Israélites les prophètes anciens, parce que le Christ et le salut qu'il devait apporter au monde étaient l'objet principal de leurs prophéties, et parce que ces prophéties contenaient les signes auxquels on devait reconnaître le Sauveur.
Ils soupiraient après sa venue. Abraham souhaitait ardemment de voir son jour; il le vit et fut rempli de joie. Jacob, bénissant ses fils, interrompait son discours pour s'écrier: « 0 Seigneur, j'attendrai votre Salut! » Moïse suppliait Dieu d'envoyer Celui qu'il devait envoyer pour sauver le inonde ; enfin nous entendons la voix du prophète Isaïe qui commande aux cieux de répandre leur rosée pour faire descendre le Juste, et il ordonne à la terre d'ouvrir son sein pour faire germer le Sauveur (1).
Qui de futur a in vobis gratia prophetaverunt. Ils soupiraient donc après cette grâce admirable qu'ils voyaient dans le lointain des âges se répandre sur la surface de la terre. Ils la prédisaient à leurs contemporains, et elle vous était réservée.
Exquisierunt atque scrulati simt, tW^ws xa\ È;r,?suvipav. Ils ont fait des recherches concernant ce grand événement qui domine toute l'histoire du genre humain. Ils ont comparé entre elles toutes les paroles révélées par l'Esprit de Dieu soit à eux-mêmes soit aux autres prophètes, et ils en ont pesé tous les termes. Ils ont supputé le nombre des années qui devaient s'écouler avant
(1) Salut are tuutn extpectabo, Domine. (Gen., xi.ix, 18.) — Obsecro, 'it. Domine, ,„itte quem mùêurus es. (Exod., iv, 13.) — Rorate r, et nxtbes pluant Justum } aperiatur terra, et germinet \torem, (la., xi.v, 8.)
la naissance du Messie, in quod iempns. Ils ont marqué les circonstances qui précéderaient, accompagneraient, suivraient sa venue, in quate tempus.
In quod tempus. Saint Pierre désigne surtout le prophète Daniel qui désirait ardemment la venue du Messie, et qui pour cette raison fut appelé par l'Ange Gabriel un homme de désir, vir deskleriorum. Il se prépara par la prière et le jeûne, dans le sac et la cendre, h la célèbre vision où l'Ange lui révéla que le Saint des saints viendrait abolir le péché et apporter au monde la justice éternelle, quand soixante-dix semaines se seraient écoulées après le décret qui ordonnerait de rebâtir Jérusalem. (Dan., ix.) D'autres prophètes avaient connu et marqué d'autres circonstances de temps. Isaïe avait annoncé que la paix régnerait dans tout l'univers à la naissance du Messie ; et Jacob avait déclaré que le sceptre alors sortirait de Juda.
Saint Pierre insiste principalement sur deux points : l'époque précise et les circonstances du temps, parce qu'elles prouvaient aux Juifs que le Christ était certainement venu. Il était manifeste que les soixante-dix semaines d'années étaient accomplies, et l'on voyait le sceptre d'Israël passé de Juda aux mains des étrangers.
In quod tempus signifîcaret in eis Spiritus Christi, en grec il sv aùrctfç Uve\ju.7. Xpisrou, ille qui in eis erat Spiritus Christi, « l'Esprit du Christ qui était en eux. » Donc le Christ a précédé sa conception dans le sein de Marie, puisque c'était l'Esprit du Christ qui inspirait les anciens prophètes (1). Cette parole de saint Pierre se rapporte à celle de Notre-Seigneur : « Avant qu'Abraham fût fait, je suis. » Toutes deux font entendre que le Christ est Dieu. Car « Je suis » désigne l'Eternel; et l'Esprit du Christ qui parlait dans les saints prophètes n'est pas différent de l'Esprit-Saint, comme le dira saint Pierre lui-
(1) Saint Barnabe dit de même du Christ : oî -npopôrcu, un' <*-jtoÎ> è'/ojzs; tir» T&pw, eh K&Thv iTzpi'ffczvexv, prophetœ, ab ipso Christo habentes donum, in illum prophetaverunt . (Epist. Barn., c. v.)
— 189 — J Petr., i.
même dans sa seconde Epître : Spiritu Sancto inspirati locuti swit sancti Dei homines. (II Petr., i, 21.)
Prœnuntians, jcpofAOfTupdfAevov. L'Esprit-Saint annonçait d'avance les faits qui devaient composer l'histoire du Christ. Or la vie de Jésus racontée plusieurs siècles avant sa naissance et avec les détails les plus circonstanciés, fournissait une preuve irrécusable qu'il était le Messie et le Sauveur du monde.
Passiones et posteriores glorias. Les prophètes ont spécialement prédit deux choses : premièrement, les souffrances et les humiliations du Christ, sa passion et sa mort ; secondement, ses gloires, c'est-à-dire sa résurrection, son ascension, et la conversion de tous les peuples qui l'adoreront.
Remarquons cet ordre : les souffrances d'abord, puis les gloires. Le Sauveur a eu soin de nous apprendre qu'il avait été lui-même soumis à cette loi. « Est-ce qu'il n'a pas été nécessaire que le Christ souffrit ces choses, et entrât ainsi dans sa gloire? » disait-il aux disciples d'Emmaiis. ( S. Luc, xxiv, 26.)
Il en est ainsi de tout chrétien : il faut souffrir et être humilié pour entrer dans la gloire.
(13. Quibus revelatum est quia non sibimetipsis, vobis autan ministrabant (1) ta quœ nunc nuntiata sunt vobis per eos qui evangelizaverunt vobis, Spiritu Sancto misso de cœlo.) Or, il fut révélé aux prophètes que ce n'était pas pour eux, mais pour vous-mêmes que ces admirables connaissances leur étaient données; Dieu les instituait prophètes à cause de vous; Dieu leur faisait les grandes lations pour qu'ils vous les transmissent; ils vous ont attesté d'avance, par son ordre, les mêmes mystères du Christ que vous ont annoncés dans ces derniers temps
(1) VobU autem. Quelque* manuscrits portent fytfv, nobis , mais la
suivie par la Vulgate a pour elle L'autorité du manuscrit du
Vatican, de l'Al-wandrin et du Sinaïlique. Aussi est-elle reconnue par
modernea comme la meilleure. •• Cela montre une foia de
plut combien la Vulga gué en considération aux yeux des vrais
savants. ■ i Drach.)
ceux qui vous ont prêché l'Evangile, après que le Saint- Esprit a été envoyé du ciel.
Les révélations faites aux prophètes leur étaient moins nécessaires qu'à vous, qui deviez lire leurs écrits. Ce n'était pas pour leur utilité propre, mais pour la vôtre qu'ils consignaient, par l'ordre de Dieu, ces grands événements dans leurs livres. Car ils vous indiquaient d'avance les signes évidents auxquels vous deviez reconnaître le Messie. En effet, pour être certains que Jésus de Nazareth est le Christ, il vous suffit de comparer les traits marqués par les anciens prophètes avec le récit des faits que vous ont racontés les prédicateurs de l'Evangile. Et vous ne pouvez récuser le témoignage de ces messagers, d'abord, parce qu'ils sont remplis du Saint-Esprit, qui est manifestement descendu sur eux; et parce qu'euxmêmes le font descendre visiblement sur ceux qui croient à leur parole : Spiritu Sancto misso de cœlo. Ainsi donc le même Esprit qui inspirait autrefois les prophètes, parle aujourd'hui par les Apôtres.
In qaem desiderant angeli prospicere (1). Plusieurs rapportent in quem au Saint-Esprit, et ils produisent ce texte comme une preuve de sa divinité. Mais cette pensée est en dehors du raisonnement de l'Apôtre; elle n'a point de connexion avec le discours. Saint Pierre ne se propose pas de prouver aux Juifs que le Saint-Esprit est Dieu, mais que Jésus est le Christ. En outre, le mot grec iwtpaxityai, inclinato capite prospicere, ne se dit point de la contemplation d'un objet tout spirituel, comme est l'essence divine; ce verbe se dit d'un objet sensible, visible, sur lequel on baisse et on fixe les yeux, pour le regarder attentivement.
Si donc on rapporte le pronom in quem au Christ, qui est nommé deux fois dans le verset précédent, le verbe
(1) In quem desiderant prospicere, c'est-à-dire desircmdo prospiciunt. Car, dit saint Grégoire le Grand, Deum angeli vident et videre desiderant. (Moral ,xvm , 28.) Un hébraïsme semblable se voit au Ps. ex vin : Concupivi desiderare justificationes tuas, c'est-à-dire concupiscendo desideravi, ou vehementer desiderari.
— 141 — lPetr.,i.
latin p?,ospicere et le grec roxpaxu<J/ai sont pris dans leur sens propre. Il est vrai qu'avec cette construction, le relatif paraît éloigné de son antécédent ; mais l'on peut regarder comme une parenthèse tout le commencement du verset jusqu'à ce pronom in quem. Ceux qui sont habitués au style de saint Paul ne s'étonneront pas de trouver aussi dans saint Pierre de longues parenthèses. Or le sens qu'on obtient ainsi est très beau. Saint Pierre nous montre les anges qui, du haut des cieux, abaissent leurs regards sur la terre et considèrent le Verbe incarné dans le sein d'une Vierge, le Verbe posé dans une crèche, le Verbe attaché sur une croix, le Verbe sortant du tombeau, le Verbe montant aux cieux, le Verbe dans l'Eucharistie. Voilà comme les souffrances et les gloires du Messie sont un spectacle qui ravit les anges d'admiration et d'amour. Tel est, croyons-nous, le sens de la Vulgate (1). Ainsi l'entend le vénérable Bède, et aussi saint Bernard. Jésus, dit-il, in quem non solum populi, sed ipsi quoque augeli sancti desiderant prospicere (Serai, i et iv in fest. Omn. Sanct.)
(1) Si les éditions grecques portaient d; o-j, in quem, comme aura lu sans doute l'auteur de la Vulgate, le sens que nous venons d'exposer ne serait pas douteux, parce que le masculin £v se rapporterait nécessairement au Christ, et non au Saint-Esprit, nviûfix, qui est du neutre. Mais le grec aujourd'hui ne porte pas tU êv, in quem ; il donne si; «, in quœ. Avec cette leçon, le pronom relatif ne se rapporte ni au Saint- Esprit, ni ;i la personne du Christ, mais aux grands mystères et aux laits divins que l'Apôtre vient d'indiquer : eu quœ nunc nuntiata sunt rnhis. Les anges contemplent ces choses admirables qui vous ont été racontées par Les Apôtres. Ce sens est correct aux yeux des théologiens. et les grammairiens sont satisfaits de voir le relatif ainsi rapproché de ^oii antécédent. Cependant le mot grec n*puxv<pui, prospicere, se dit beaucoup mieux d'une personne visible qu'on regarde, et c'est la personne du Christ qui fait directement l'admiration et reçoit l'adoration deS ang rvons aussi qu'un principe de critique littéraire conseille de
choisir, entre plusieurs leçons, la moins facile, lorsqu'elle est la plus belle, parce que la tendance des copistes est d'altérer ce qu'ils ne comprennent pas. Nous croyons donc que la Leçon de la Vulgate, in quem, D6 doit pas Btre corrigée comme vicieuse. Il est très possible que eli iv ait été changé d'abord en si; 8 par un copiste qui voulait, joindre ce pronom relatif au ueutre nvtô/ix, qui précède. Ensuite uo critique, sentant le défaut de cette pensée, aura corrigé s?,- I en tU&. Ces conjecti,
ma fondement, puisqu'elles B'appuient sur la traduction . qui est fort ancienne.
Ici se termine l'exorde de l'Epître. Il est digne du prince des Apôtres par la grandeur des pensées.
Saint Pierre entre maintenant en matière, et la proposition par laquelle il débute résume pour ainsi dire toute l'exhortation qui fera l'objet de sa lettre.
13. Propter quod succincti lumbos mentis vestr ■#, sobrii, perfecte sperate in eam quœ offertur vobis grattant, in revelationem Je su Cliristi. « C'est pourquoi, ceignant les reins de votre âme, et vivant dans la tempérance, attendez avec une espérance parfaite la grâce qui vous est oilerte et qui vous sera donnée à l'avènement de Jésus- Christ. »
Propter^ quod. Cette conjonction rattache le verset 13e aux 5e, 6e et 7e. Voici la liaison : Puisque la puissance de Dieu vous garde afin que vous héritiez du salut au dernier jour, où vous recevrez la louange, l'honneur et la gloire, quand Jésus-Christ apparaîtra, attendez ce grand jour avec confiance.
Succincti lumbos. Mais pour que cette confiance ne soit pas trompée, ceignez vos reins. Il fait allusion à l'usage des anciens qui, étant vêtus d'une longue robe, la relevaient en la serrant contre les reins avec une ceinture, afin d'être plus alertes pour marcher ou travailler (1). Lorsque Notre-Seigneur dit à ses disciples : Sint lumbi vestri prœcincti, « que vos reins soient ceints », il leur ordonne d'être toujours prêts, comme des serviteurs, à accomplir la volonté de leur maître. Et quand saint Pierre nous dit de, ceindre nos reins, il nous exhorte à marcher d'un pas libre vers le lieu de nos immortelles espérances.
Succincti lumbos mentis. Ceignez donc les reins de votre âme ; c'est-à-dire, préparez-la, dégagez-la de tout ce qui pourrait embarrasser sa marche vers le ciel. Ceignez les reins de votre âme; c'est-à-dire aussi, fortiliez-la ; car la ceinture serrée donne au corps de la solidité et de la force. Ceignez les reins de votre âme ; c'est-à-dire enfin,
(1) De là ces expressions latines, notées par saint Augustin : succingi ad iter, cinyi ad optes, accingi ad prœliwn, prœcingi ad lainisterium. (In Ps. xcxn.)
— 143 — IPetr.,1.
soyez chastes dans vos pensées ; car la ceinture comprime les reins, qui sont le siège de la luxure. Succingit lumbos mentis, qui liane ab impura cogitatione restringit, dit le vénérable Bède.
Sobrii, vTj^povreç, étant sobres. C'est une explication de la métaphore « ceignez les reins de votre âme. • Il ne recommande pas seulement la chasteté et la sobriété en général, mais il exige la répression de la cupidité, de l'ambition, de tous les désirs désordonnés qui retardent l'àme dans sa marche vers le ciel.
En outre, le mot vT^povrcç signifie aussi la vigilance d'un esprit actif, qui n'est point appesanti par l'excès du vin. Que votre àme, dit-il, soit toujours éveillée, attentive à faire le bien dont l'occasion se présente, et prompte à découvrir les embûches de l'ennemi.
Perfecte sperate in eam qu& offertur vobis gratiam. Attendez avec une espérance parfaite la grâce qui vous est promise. Or, une espérance parfaite est ferme, inébranlable, fondée sur des motifs certains. Pour que la votre soit telle, pour être assurés autant qu'on peut l'être de posséder le salut que les messagers de Dieu vous apportent (çEpojjivTp 6(itv /7-p'-v), réprimez tout désir sensuel, et vous recevrez la grâce et la gloire au jour de la révélation de Jésus-Christ, in revelationemJesu Christi.
ite gloire, saint Pierre l'appelle une grâce, gratiam.
<• bien que la gloire éternelle soit la récompense de nos bonne- œuvres, elle est cependant fondée sur la grâce de Dieu. Gratia Dei vita œ tenta. (Rom., vi, 23.)
1 1. Quasi filii obedientÙBy non conftguratl prioribus ignorantix vestrx desideriis. Espérez donc ce glorieux héritage, « comme étant des enfants d'obéissance et
ii ai ii de vous conformer aux anciens désirs de votre ignorance. »
Filii oèedientise, e'est un hébraïsme qui veut dire des hommes qui obéissent.
Obedientim : l'obéissance à l'Evangile. La première obéissance que l'on rend au Christ est de croire â sa paru:, t la foi. Donc, ayant accepté sa doctrine.
vous la prendrez pour la règle de vos pensées et de votre conduite. Désormais vous ne vous conformerez plus aux maximes du monde, ni aux désirs que vous suiviez au temps de votre ancienne ignorance.
No?i configurait prioribus ignorantiœ vestrœ desideriis. Ces paroles s'adressent principalement aux fidèles venus de la gentilité, qui avaient adoré les faux dieux et vécu dans les désordres du paganisme ; mais cela peut s'entendre aussi des Israélites, qui, malgré la connaissance du vrai Dieu et de la loi de Moïse, s'abandonnaient à des désirs coupables et à des passions mauvaises. — Ignorantiœ. Au fond tout péché vient d'ignorance, en un certain sens; car si l'on savait combien le péché est mauvais en soi et combien il est funeste, on ne le commettrait pas. Donc si l'on veut convertir les pécheurs, la première chose qu'il faut faire, n'est pas d'exhorter, mais d'instruire. Et si l'on veut se corriger soi-même, il faut éclairer son esprit par la méditation sérieuse des grandes vérités de la religion.
15. Sed secundum eum qui vocavit vos Sanctum, et ipsi in omni conversatione sanctisitis. Mais soyez vous-mêmes saints dans toute la conduite de votre vie, comme est saint celui qui vous a appelés à la foi et à la grâce du salut. Cette parole « Soyez saints » exige d'abord la fuite de l'impureté et commande la chasteté des mœurs. Car Dieu ne nous a pas appelés à une vie immonde, dit saint Paul, mais à la sainteté. Non enim vocavit nos Deus in immundiiiam, sed in sanctificationem. (I Thess., iv, 7.)
Et cette sainteté irréprochable doit s'étendre à toutes nos actions, à toute notre vie.
In omni conversatione, ev 7cà<nr) àva^o^yj. Le chrétien se conduit en chrétien en tous lieux, en tous temps et dans toutes ses fonctions. Qu'il traite ses affaires, ou celles du prochain, ou celles de l'Etat, il consulte la loi et la gloire de Dieu son maître. Ni le citoyen ni le prince ne doivent oublier qu'ils sont, avant tout, les serviteurs de Jésus- Christ, et que leur règle est l'Evangile. Respecter l'autorité de l'Eglise dans sa vie privée et l'oublier dans les
— 145 — / Petr., i.
fonctions de sa vie publique, cela n'est pas permis au chrétien. (Léon XIII, Encycl. Admirabile.)
10. Quoniam scriptum est : Sancti eritis, quoniam ego sanctus sum, « Car il est écrit : Vous serez saints parce que je suis saint (1). » Puisque Dieu est saint en lui-même, tout ce qui approche de sa majesté doit être saint. Il faut être sans aucune tache pour entrer dans sa maison du ciel. Non intrabit in cam allquod coinquinatum. (Apoc, xxi.) Il faut être saint pour participer aux divins mystères. Ne portons à la table sainte aucune faute, même légère, sans l'avoir expiée par une vraie contrition. C'est pour cela qu'avant de monter à l'autel, l'Eglise veut que le prêtre se frappe la poitrine et récite le Confiteor. Tous les fidèles font de même avant de communier. Ne convientil pas de purifier son cœur de toute affection au péché, avant de recevoir le Saint des saints?
17. Et. Saint Pierre continue d'exhorter les chrétiens à la sainteté par de nouveaux motifs.
Et si Patrem invocatis eum qui sine acceptione personarum judicat secundum nniuscujusque opus, in timoré, in~ colatus vestri tempore, conversaniini. « Et puisque vous invoquez comme votre Père celui qui, sans faire acception de personne, juge chacun selon ses œuvres, vivez dans la crainte pendant le temps que vous demeurez étrangers sur la terre. »
Adorez saintement votre Dieu. Obéissez saintement à votre Père. Servez saintement votre Maître. Craignez saintement votre Juge ; car, tout en aimant Dieu, il faut le craindre. Semper sanctorum securitas plena timoris Dei exstitit, Imit. Chr., 1. I, c. xx.)
Si Patrem iuvocatis. Il fait allusion à la prière que Xutre-Seigncur a apprise à ses disciples : « Notre Père qui êtes dans les cieux. »
Eum qui judicat. Souvenez-vous que Dieu n'est pas seulement notre Père, il est aussi notre Juge. Or, il juge sans considérer la noblesse, ou la puissance, ou la for-
(1) Scriptum est. Ces paroles sont écrites au Lévitique, xi, 44 ; xix, 1 : et xxi, 8.
1 IITRKS CATHOUQrRS 10
tune de ceux qui comparaissent devant lui. Le riche et le pauvre, le maître et l'esclave sont égaux devant son tribunal. Il examine leur mérite, fondé sur leurs œuvres bonnes ou mauvaises. 11 voit tout, il juge tout, il punit tout ce qui est contre sa loi. Saint Clément rapporte que saint Pierre répétait souvent cette parole : « Quel homme pourrait pécher, s'il pensait au jugement de Dieu ? »
In timoré. Vivons dans la crainte de ce jugement pendant tout le temps que nous marchons sur cette terre, où nous devons nous regarder comme des étrangers.
lncolatus vestri tempore. Le mot incolatus* 7capoixfe, veut dire le séjour que l'on fait dans un pays qui n'est pas le sien. Incola dicitur qui habitat in terra aliéna, non in civita/e sua. (S. Aug. in Ps. exix, n. 6.) La terre n'est point la vraie patrie des chrétiens.
18. Scientes quod non corruptibilibus aura vel argento redempti estis de vana vestra conversatione paternes traditionis. « Vivez dans la crainte d'offenser votre juge, sachant que ce n'est point par des choses corruptibles, comme l'or et l'argent, que vous avez été rachetés de la vanité où. vous viviez selon la tradition de vos pères. » La première raison pour laquelle nous devons craindre notre Juge, c'est qu'il juge chacun selon ses œuvres; la seconde, c'est que nous mériterons sa colère si nous sommes ingrats envers le Dieu qui nous a rachetés. En effet, dit le vénérable Bède , plus est grand le prix de votre rédemption,, plus vous devez craindre d'offenser votre Rédempteur, et de rendre inutile la rançon immense qu'il a payée pour vous. Or, c'est ce que vous feriez en retournant à votre corruption primitive. Car, ce n'était pas une vie sainte, mais vaine, mais coupable que vous meniez autrefois.
Redempti estis de vana conversatione. Tout ce qu'on ne fait pas pour Dieu et pour le salut éternel est vain. Amassez une grande fortune, illustrez votre nom par des ouvrages admirés de l'univers, ceignez votre front d'une couronne royale : vanité des vanités ! tout n'est que vanité, si Ton n'aime pas Dieu, s'écrie Salomon.
— 147 — IPetr.,y.
De vana vestra conversatione palernœ traditionis. Que faut-il entendre par la tradition paternelle? Est-ce la loi de Moïse dans sa partie cérémonielle? Non, saint Pierre ne la blâmerait pas, car elle était encore permise aux Juifs ; il ne songeait pas à les en détourner. Il enseignait seulement, comme saint Paul et les autres Apôtres, qu'il fallait y joindre les préceptes de l'Evangile. La tradition paternelle, autrement la tradition des anciens, désigne les prescriptions ajoutées à la loi par les docteurs juifs ; préceptes purement humains, usages inutiles et quelquefois coupables, comme le déclare Notre-Seigneur. (S. Matth., xv, et S. Marc, vu.)
La tradition paternelle s'entend mieux encore de la fausse religion des Gentils, qui adressaient de vaines prières à des idoles. Ainsi l'expliquent plusieurs saints Pères (1).
Non corruptibilibus auro vcl argento redempti cstis.hes choses les plus précieuses aux yeux des hommes sont l'or et l'argent, métaux sujets à la corruption. On les fond, ils s'altèrent, ils s'usent. Mais le prix qui a été donné pour racheter vos âmes est incorruptible, c'est le sang d'un 1 >ieu.
19. Sedpretîoso sanquine quasi agni immaculati Chris ti. Voilà 1'' prix auquel vous avez été rachetés ! Rien de ce qui est créé n'est comparable au sang de cet Agneau, dont une seule goutte suffît pour effacer les péchés du monde. Car cet Agneau est Dieu, et le sang d'un Dieu est d'un prix infini.
Agni. Le Christ est comparé à un Agneau à cause de la douceur de cet animal innocent, qui garde le silence et ne s.- plaint pas. lors munie qu'on l'immole.
tmmaculati, Kpt&peu. Le mot grec signifie « sans défaut. »
L'agneau pascal ne devait avoir aucun défaut corporel,
afin .1 être digne «le figurer le Christ : Erit autan agnus
macula. (Exod., xn, 5.) Il ne devait donc être ni
()) u-ustin, in Pi, cxlvi, n. 18: et saint Théophile, ad Autol.,