‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 32 sur 119 · II, 34. i · texte numérisé non relu

II, 34. i

aveugle, ni boiteux, ni estropié, mais posséder l'intégrité parfaite de ses membres.

Et incontaminati . Le mot incontamina tus, aouiXoç, désigne l'absence de toute tache ; ce qui n'était pas exigé de l'agneau pascal. Mais pour le Christ qui devait effacer les péchés du monde, il fallait qu'il fût une victime sans défaut et sans tache : a^wjAoç xaï àa7uXoç. Le Christ a fait beaucoup d'immaculés, en effaçant les péchés des hommes ; lui seul possède, par sa nature, une pureté sans tache. Fecit multos immaculatos donando peccata; ipse immaculatus non habendo peccata, dit saint Augustin.

20. Prœcoqniti quidem ante mundi constitutionem, manifestati autem novissimis temporibits propter vos. « Agneau connu par la prescience de Dieu avant la création du monde, et manifesté à la fin des temps pour l'amour de vous. »

Prœcoqniti. Dieu, qui voit de son immuable éternité ce qu'il fait dans la suite des siècles, a toujours eu présent par sa prescience, cet Agneau qu'il destinait, dans sa miséricorde, à l'expiation du péché des hommes. — Prœcogniti. La prescience de Dieu est ici, comme en d'autres endroits de l'Ecriture, une connaissance efficace, qui veut et prépare ce qu'elle voit. C'est ainsi que l'apôtre saint Paul a pu dire, dans l'Epître aux Romains : Dieu n'a point rejeté son peuple qu'il a connu dans sa prescience. Non repulit Deus plebem suam, quam prœscivit. (Rom., xi. 2. — Voyez plus haut, v. 2.)

Ante mundi constitutionem, itph xaTaêoXvjç xocixou, ante jacta mundi fundamenta. L'éternité seule précède la création ; tout ce que Dieu voit, tout ce que Dieu décide, il le voit, il le veut de toute éternité ; il a prévu que l'homme créé pécherait, et en prévoyant son péché, il en a préparé l'expiation dans l'incarnation du Verbe et dans l'immolation du Christ. Saint Jean dit de même, dans l'Apocalypse, que le Christ est l'Agneau égorgé dès le commencement du monde, dans le décret divin. Qui occisus est ab origine mundi. (Apoc, xm, 8.)

Manifestati autem novissimis temporibus propter vos,

— 149 — / Petr., i.

Cet Agneau très saint, dont nos pères n'avaient vu que la figure, a été manifesté à la fin des temps, pour vous, pour votre salut, ô peuples de l'Asie, afin que, participant à son sacrifice, vous soyez purifiés dans son sang. L'Agneau divin a été sans doute immolé sur l'autel de la croix pour tous les hommes et pour tous les siècles ; mais les fruits de son sacrifice ont été répandus sur le genre humain avec plus d'abondance après qu'il a été prêché dans le monde par les Apôtres. Car pour être sauvé par le Christ, il faut croire en lui ; pour croire en lui, il faut le connaître, et on le connaît par la prédication de l'Evangile.

Novissimis temporibns, stt' ir/ixtov twv /povwv. Par cette expression, l'Ecriture entend le dernier âge du monde, qui est compris entre le premier et le second avènement du Christ. C'est comme s'il leur disait : Vous êtes heureux d'être nés à cette époque et dans ces pays, où la trompette évangélique a retenti avec tant d'éclat, où l'ombre est remplacée par la lumière, et la loi par la grâce.

Proptcr vos, pour vous! Ce mot, placé a la fin de la phrase, doit exciter l'amour et la reconnaissance des chrétiens auxquels il s'adresse. Ils ont eu, préférablement à tant de millions d'hommes, le bonheur d'entendre la voix des Apôtres et de recevoir la grâce de l'Evangile.

21. Propter vos, qui fidèles esiis in Deo. La victime cxpiatrice du péché a donc été manifestée au monde à cause de vous qui croyez en Dieu, qui obéissez à Dieu et qui portez le nom glorieux de ses fidèles. C'est pour vous et pour votre salut que l'Evangile a retenti dans le monde (1).

Per ipsum fidèles esiis. Vous êtes par lui fidèles. Ce mot est retenu par les théologiens. Il nous fait entendre que la foi, par laquelle nous croyons en Dieu comme

(1) l)es éditions grecques donnent : roôj sY v.'jzoj -tïrrJîvra,- di 8ffév.

qui per ipnttn creditis in Deum. Mais d'autres éditions, appuyées sur

lanuscrits A B, maintiennent la leçon conforme à la Vulgate, toù?

•V ij-o'j nmwi il; <->;-.., qui per ipsum fidèles estis in Deo. Vous ne

creyei | ;<^ Reniement en lui, vous <'-ies sea fidèles.

auteur de notre salut, surpasse la puissance de notre nature. Pour faire un acte de foi salutaire et pour persévérer dans la foi, il nous faut la grâce méritée par le Christ, per ipsum fidèles estis.

Qui suscilavit eum a mortais. Le principal motif qui nous fait admettre l'Evangile avec une certitude entière, c'est que Dieu a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts. Car il avait prédit lui-même sa résurrection et il l'avait donnée comme preuve de sa doctrine.

Et dédit illi ç/loriam. Notre foi, appuyée sur la résurrection comme sur un fondement solide, est confirmée par les autres gloires que Dieu a données au Christ, gloires qui surpassent infiniment toutes celles qui ont été accordées aux créatures. C'est la gloire de l'ascension, lorsqu'il est monté au ciel en présence de ses disciples et de ceux qui croyaient en lui. C'est la gloire de la descente manifeste du Saint-Esprit, dont il a rempli ses Apôtres et qu'il continue de communiquer à ceux qui croient à sa parole. C'est la gloire de la prédication de son Evangile annoncé et accepté dans tout l'univers. C'est la gloire enfin qui lui est rendue par tous les peuples de la terre, où il a des fidèles qui l'adorent, qui l'aiment, qui observent ses commandements, qui vivent selon sa loi et qui meurent pour lui. Jésus parle lui-même de cette gloire dans saint Jean, lorsqu'il dit que « tous honoreront le Fils comme ils honorent le Père. » Et dans un autre endroit : « L'heure est venue, dit-il, où le Fils de l'homme sera glorifié. » (S. Joann., v et xn.)

Ut fides vestra et spes esset in Deo. « Dieu a donc ressuscité le Christ et il lui a donné la gloire, afin que votre foi et votre espérance fussent en Dieu. » Car en voyant le Christ ressuscité et glorifié au ciel et sur la terre, vous avez un motif certain de croire à ses paroles et d'espérer en ses promesses.

22. Animas vestras castificantes in obedientia charitatisil). Mais pour croire en Jésus-Christ d'une foi qui

(1) Dans le grec, on lit in obedientia veritatis, h vTzx*y7j 7*js- ùlrfisia.ç

— 151 — / Petr.3 1.

justifie, et pour espérer avec confiance les biens qu'il promet, il faut purifier vos consciences dans l'obéissance de la charité, in obedientia charitat is. Cela veut dire, en obéissant à la parole divine par l'adhésion de votra esprit, et en aimant de tout votre cœur Celui en qui vous croyez.

Ce membre de phrase, qui sert de transition, peut se joindre à ce qui précède, et commencer aussi la phrase suivante, dont le verbe est diligite, aimez.

Animas vestras castificantes in obedientia charitatis, in fraternitatis amure simplici, ex corde, invicem diligite attentius. « Ayant purifié vos âmes par la foi dans une obéissance de charité, aimez-vous constamment les uns les antres, en sorte que votre charité fraternelle soit sincère et au fond du cœur. »

/// fraternitatis nmore simplici (1). Votre amour pour vos frères doit être simple et non double, véritable et non simulé. Mais cet amour sincère qui part du cœur, ex corde, n'est pas une aifection seulement naturelle,

si une charité spirituelle dont la grâce est le principe.

Invicem diligite attentius ou inteniius, sxtevûç, aimezvous les uns les autres d'un amour diligent, courageux, intense. Aimez les frères, malgré leurs défauts et malgré les torts qu'ils auraient envers vous.

. RenaH non ex semine corruptibili, sed incorruptibili. Il montre comment nous sommes frères. Sans doute, les lmmines sont tous frères selon la nature, en Adam, par leur première naissance. Mais les chrétiens ont une fraternité plus heureuse : ils sont frères en Jésus-Christ selon l;i grâce, par une seconde naissance. Aimez-vous connu»' des frères, leur dit-il, parce qu'une nouvelle naiss;i: 18 a tous rendus enfants d'un même Père qui

ilai,- l,i vérité. C*es( une leçon très estimable, appuyée

•nr les meilleurs manuscrits. — Castificantes. En grec, il j a le passé,

aiti/icavistis. Voua avez déjà purifié vos âmes dans

1<- kij't' me : cooservei cette pureté.

(1) /" simplici, tU ptlacd&pferJ AvvitàtpiTêv. On

par le grec que le iii'>i simplici doit se construire avec et

DOQ

est Dieu, frères de Jésus-Christ et héritiers de la vie éternelle. Cette nouvelle naissance ne vient pas d'un germe corruptible, mais d'une semence spirituelle et incorruptible.

Saint Pierre explique comment s'est faite leur régénération : Per Verbum Dei vivi et permanentis in œternum. Vous avez été régénérés, dit-il, par la parole du Dieu vivant, qui demeure éternellement. L'Apôtre nous enseigne donc que le germe d'où s'est formée notre seconde génération est la parole de Dieu. C'est en effet cette parole qui, donnant la fécondité aux eaux du baptême, nous a fait renaître enfants de Dieu. Car ni le sang, ni la chair, ni la volonté de l'homme ne sont pour rien dans cette nouvelle naissance, dit saint Jean ; c'est Dieu qui l'opère tout entière, en donnant la justice à nos âmes : Qui non ex sanquinibus, neque ex voluntate camis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sant. (S. Joann., i.) L'Esprit- Saint a formé le chrétien dans le baptême, comme il a formé le Christ dans le sein de la Vierge, dit saint Chrysostome. (Hom. ad Col., vi.)

Saint Léon le Grand développe la même pensée. Le Seigneur Jésus, dit-il, s'est fait homme en prenant notre nature, afin que nous puissions nous-mêmes participer à la nature divine. La génération qu'il a prise dans le sein de la Vierge, il l'a mise dans la fontaine baptismale. Il a donné à l'eau ce qu'il avait donné à sa Mère. Car la vertu du Très-Haut et l'ombre du Saint-Esprit, qui a rendu Marie capable d'engendrer le Sauveur, donne aussi aux eaux la puissance de régénérer ceux qui croient (1). Per Verbum Dei vivi et permanentis in œternum (2).

(1) Factus est homo nostri generis, ut nos cîivinœ naturœ possemus esse consortes. Originem quant sumpsit in utero Virginis, posuit in fonte baptismatis. Dédit aquœ quod dédit Malri : virtus enim Altiss'uni et obumbratio Spiritus Sancti, quœ fecit ut Maria pareret Salvatorem, eadera facit ut regeneret unda credentem. (S. Léo, Serm. v, de Nativ.)

(2) Per Verbum Dei vivi, &v. ïôyov Çwvtoj &-otj. Quelques-uns traduisent : par le Christ, qui est le Verbe du Dieu vivant. Mais tout de suite, au verset 25, l'auteur sacré explique lui-même làyoe par prjjtx, qui ne désigne pas la personne du Verbe, mais la parole de Dieu.

— 153 — lPetr.,1.

Le chrétien étant engendré par la parole d'un Dieu vivant qui demeure éternellement, cette parole lui communique une vie immortelle comme Dieu son auteur, au lieu que la chair soumise à la corruption ne donne qu'une vie corruptible. C'est ce que l'Apôtre explique aussitôt, en citant le prophète Isaïe.

24 et 25. Quia omnis caro fœnum, et om?iis qloria ejus tanquam flos fœni : cxaruit fœnum, et flos ejus dccidit. Verbum autem Domini manet in aeternum. « Car toute chair est comme l'herbe, dit Isaïe, et toute la gloire de la chair est comme la fleur de l'herbe. L'herbe sèche et la fleur tombe. Mais la parole de Dieu demeure éternellement. » Que veut dire le prophète par ce brillant langage ? Le voici : L'homme qui est engendré de la chair fleurit dans son enfance, dans son adolescence, dans sa jeunesse ; mais il est corruptible comme la chair dont il tire son origine. La gloire de sa jeunesse s'efface bientôt. Il se flétrit, tombe et se dissout en poussière. Or, si l'homme est corruptible, tout ce qui nait de l'homme est aussi corruptible et destiné à la mort. C'est la conséquence qui sort des paroles sacrées.

Verbum autem Domini manet in œternum. Mais, ajoute le prophète, « la parole de Dieu demeure éternellement. » Ainsi, le principe d'où le chrétien tire sa seconde vie est éternel. Ce principe doit donc, conformément à sa nature, faire germer une vie incorruptible ; et puisque Dieu demeure éternellement, il doit donner une force éternelle

a parole.

Mais quelle est cette parole ? C'est celle qui vous a été trtée par la prédication de l'Evangile. Hoc est autem verbum quod evangelizatum est in vos.

Oui, si nous acceptons l'Evangile, la fin de la vie présente ne sera que la lin de notre mortalité, à laquelle succédera une vie éternelle.

Page 1