‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 38 sur 119 · Le verset 15e est une parenthèse. Il faut lier ainsi · texte numérisé non relu

Le verset 15e est une parenthèse. Il faut lier ainsi

le discours : Subjectt igitur estote omui ' hamame creaturœ,

isi liber i, et non quasi velamen habentes malitiœ tiber-

(1) (j'uinitrscere faciatis, eu <n*ec jm/juuv, verbe qui signifie os capïsti *o

. mettre un frein à la bouche, brider, bâillonner, museler;

d'où réduire au s.ltmce. — Saint Paul disait «le même : « Que vos pa-

•ii irrépréhensibles, afin que qos adversaires nous respectent,

:it point de mal à dire de nous. » Ut is <j"/ ex adverso est verea-

tuv, nihil habens maîutn dicere de m>l>i<. (Ta., n, 8.J

tatera, sed sicat servi Dei. Obéissez volontairement et de bon cœur aux autorités sociales, comme obéissent des hommes libres, mais d'une vraie et noble liberté; et n'alléguez pas cette liberté sainte pour couvrir comme d'un voile la méchanceté de vos actions. N'allez pas excuser des révoltes coupables sous prétexte que votre baptême vous a rendus libres. Songez au contraire qu'affranchie de l'esclavage du démon, vous demeurez les serviteurs de Dieu, soumis à toutes les lois qu'il a faites. Or une de ces lois vous commande d'obéir aux ministres qu'il a établis pour gouverner soit son Eglise, soit la société civile (1). 17. Omnes honorate. « Rendez à tous l'honneur qui leur est dû. » Saint Paul avait dit de même : Cui honorera honorem. (Rom., xm.) Or non seulement les magistrats et nos supérieurs, mais les esclaves même, ont droit à nos respects. Souvenons-nous que Jésus-Christ a donné son sang pour tous les hommes. C'est pourquoi saint Pierre dit sans restriction : Omnes honorate, « honorez tous les hommes. » Nous garderons cette pensée au fond de notre cœur, lors même que nous combattrons les ennemis de la religion ; nous souhaiterons qu'ils se convertissent, afin que nous puissions les respecter comme les amis de Dieu.

Fraternitatem diligite. « Aimez les frères. » Fraternitas. àSeXcpdTTfjç, est la même chose que cœtus fratrum ; c'est l'assemblée des frères; les chrétiens ne forment tous qu'une seule famille.

Dettm timete. « Craignez Dieu. » Grande leçon que le pasteur répétera souvent aux fidèles. Car la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ; la crainte de Dieu est le seul frein qui puisse dompter les passions de l'homme ; les crimes se multiplient là où la crainte de Dieu s'efface. « Servez Dieu dans la crainte, dit le prophète David, et que vos plus saintes allégresses soient

(1) Plus tard, saint Pierre flétrira de nouveau en ces termes les hérétiques de son temps : « Ils promettent la liberté à ceux qu'ils séduisent, tandis qu'ils sont eux-mêmes les esclaves de la corruption. » Libertatem illis promittentes , quum ipsi servi sint corruptionis. (Il Petr.. n, 19.)

— 177 — / Petr.,ii.

accompagnées de tremblement. » Servite Domino in timoré et exsultate ei cwn tremore. (Ps. n.)

Deum timete, craignez Dieu. Toute société repose sur ces deux mots.

Regem honorate. Honorez le roi. Par regem on entend celui qui possède l'autorité publique, le chef de l'Etat. Quand saint Pierre écrivait cette parole, le prince qu'il commandait d'honorer, c'était Claude, qui n'a point laissé un nom glorieux dans l'histoire.

18. Servi, subditi estote in omni timoré dominis, non tantum bonis et modestis, sed etiam dyscolis. « Et vous serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte de respect, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont rudes et fâcheux (1). »

Servi, oi otxÉTat, famuli. Saint Pierre ne conseille pas. il ordonne à l'esclave d'obéir à son maître. Quoique la fraternité évangélique dût amener avec le temps la liberté de tous les hommes, les Apôtres se gardèrent bien de prêcher l'abolition de l'esclavage ; c'eût été bouleverser tout l'Empire. La transformation devait s'opérer graduellement et librement, avec la conversion du monde.

Sed etiam dyscolis, en grec sxoXio?ç, tortuosis, pravis, asperis. Les maîtres dyscoles sont des hommes d'un esprit faux, d'un caractère âpre et morose, d'une humeur difficile à contenter. Que le sort d'un pauvre esclave était triste avec de tels maîtres ! Cependant le christianisme avait des consolations pour leurs infortunes. Ecoutons saint Pierre :

19. Hœc enim est gratia, si propter Dei conscientiam sustinet gais tristitias,patiens injuste. Car c'est une grâce du ciel, si quelqu'un, pensant que Dieu le sait, supporte avec patience les peines qu'on lui fait souffrir injustement.

Il est facile de dire à un infortuné : Soyez patient ! Malgré ce conseil, l'esclave maltraité fuira son maître ou

jsaiera de se venger. Mais saint Pierre donne à l'esclave

(1) La mémo leçon est inculquée par saint Paul aux esclaves chrétiens, • lui- plu8ieuri de ses Epitres. (Eph., vi ; Col., m; I Tim., vi;Tite, II.)

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chrétien une parole admirable, qui lui rend précieuse la souilïance même : fJœc est enim gratia! C'est une grâce que Dieu nous fait, de souffrir de grandes peines, de les souffrir sans les avoir méritées, de les souffrir en pensant que Dieu voit et connaît ce que nous endurons pour son amour, et soumis à sa volonté (1).

20. Quœ enim est cjloria, si peccantes et coiaphizati suffertis ? Sed si ùc/te facientes patiente)* snstinetis, hœc est gratia apad Deum. « En effet, quel sujet de gloire aurez-vous, si c'est pour vos fautes que vous recevez des soufflets et de mauvais traitements ? Mais si vous souffrez l'injure avec patience, en faisant le bien, c'est là ce qui est agréable à Dieu (2). »

Ce raisonnement sufiirait déjà pour consoler de toutes les peines, mais saint Pierre ajoute l'exemple de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

21. In hoc enim vocati estis. « Car, c'est à la patience que vous avez été appelés ! » Quoi ! vous ne voudriez pas souffrir? Mais souffrir est la vocation même du chrétien. On ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu sans passer par les tribulations . Per multas tribulationes oportet nos intrare in regnum Dei. (Act. Ap., xiv, 21.) Pourquoi d'ailleurs êtes- vous devenus disciples de Jésus- Christ, sinon pour l'imiter?

Quia et Christns passas est pro nobis, vobis relinquens exemplum itt sequamini vestigia ejus. Est-ce que vous pourriez vous plaindre de souffrir injustement, quand Jésus-Christ lui-même a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous marchiez sur ses pas (3) ?

Le changement de personne dans cette phrase n'est

(1) Saint Paul écrivait de même aux Philippiens : Il vous a été donné, par une faveur céleste, non seulement de croire en Jésus-Christ, mais encore de souffrir pour lui. (Philipp., i, 29.) — Propter Dei conscientiam est la même chose que Deo conscio, Deo sciente, ou propterea, quod ipsi scimus Deum nasse quidquid propter eum patimur.

(2) En greC, TXO'lOJ -fV.p /J.ëoç, zl à//2/STC<VOV7£Ç XxJ XO/3Cp(Ç<3/*£VS£ U7TO//£V££r£ ;

à/À' £t y.-/xQor.oiol-j-£i xod —y.oyOsTn J^o//^v£'tTs• tçjto Yj P X^p1» Itstpà 0-ô>. Quœ enim gloria, si peccantes et colaphizati suffertis ? Sed si bene facientes et patientes suffertis. Hœc est enim gratia apud Deum.

(3) Les manuscrits varient entre nobis vobis, nobis nobis, et vobis vobis.

— 179 — IPetr.,u.

peut-être pas sans dessein. Jésus-Christ, dit saint Pierre, a souffert pour nous tous, cela est vrai ; mais chacun de vous doit se dire : il a souffert pour moi qui ne suis qu'un pauvre esclave, et il m'a laissé un exemple que je dois suivre.

Vobis relinquens exemplum. Le Christ est venu sur la terre pour trois raisons principales. Premièrement, pour nous racheter par sa mort ; secondement, pour nous ins truire par sa prédication ; et troisièmement, pour nous donner dans ses actions l'exemple parfait d'une vie sainte que nous devons imiter.

Ut sequamini vestigia ejus. N'a-t-il pas dit lui-même expressément : Ego sum via ? Je suis la voie par laquelle doit marcher quiconque veut parvenir à la vie. Or, c'est la voie des souffrances et non des plaisirs qu'il a choisie ; il faut donc y marcher à sa suite, si l'on veut partager sa gloire. Si tanien compalimur, ut et congloriftcemur. (Rom., vin, 17.)

22. Il a souffert, lui qui n'avait commis aucun péché, et dans la bouche duquel ne s'est jamais trouvée une parole trompeuse. Qui peccatum non fecit, nec inventus est dolus in orc ejus. Saint Pierre cite le prophète Isaïe. (mi, 9.) Vous vous plaignez de souffrir des traitements injustes : êtes-vous donc plus innocents que le Christ, lui qui était irrépréhensible dans toutes ses actions et toutes ses paroles? lui qui défiait les Juifs, ses ennemis, de le convaincre de péché ? Quis ex vobis arguet me de peccato ? (S. Joann., vin, 46.) Le Christ était impeccable, puisqu'en lui la nature humaine était personnellement unie à la divinité. Et cependant il a voulu souffrir !

Qui q u um malediceretur, non maledicebat ; quant pateretur, non comminabatur : tradebat autem judicnnti se injuste. « Quand on le chargeait d'injures, il ne répondait point par des injures; quand on le maltraitait, il ne taisait point de menaces ; mais il se livrait entre les mains de celui qui Le jugeait injustement (1). »

( 1 | Tradebat amtêm jvdicanti »e injuste, On lit dans le grec : ttxps&iàov

Voilà l'exemple que vous a laissé un Dieu tout-puissant. On l'insulte, et il garde le silence f On le frappe, et au lieu de précipiter ses ennemis dans l'enfer, il ne prononce pas môme une menace ! Pilate, qui reconnaît son inno cence, le condamne à mort, et le Dieu suprême, le Créa teur de l'univers, subit la sentence d'un tel juge I Vos maîtres sont-ils plus violents que les bourreaux de Jésus, et plus injustes que Pilate ?

Quum malediceretur . On l'a appelé un buveur de vin. un Samaritain, un possédé du démon, un séditieux qui bouleversait et pervertissait la nation.

Non maledicebat, en grec oùx àvxsXoiSdpei, non vicissim maledicebat, il ne rendait point injure pour injure. Il a prononcé quelquefois des blâmes véhéments et des menaces terribles, il a dit vœ ! malheur ! sur ceux qui rejetaient sa parole ; mais c'était une prédiction adressée à des coupables qu'il voulait convertir ; ce n'était pas une récrimination contre des injures !

24. Qui peccata nostra pertulil in corpore suo super lig?ium. « Jésus a porté nos péchés dans son corps sur le bois de la croix. » Lui, le Saint des saints, il s'est chargé du poids des péchés du inonde; il a voulu que les crimes de tous les hommes lui fussent imputés par son Père7 comme s'il était le seul coupable, le seul impur de tout le genre humain ; et il a supporté dans son corps, sur la croix, la peine due à ces innombrables iniquités.

Cette parole de saint Pierre reproduit celle d'Isaïe ;

Vere languores nostros ipse tidit, et dolores nostros ipse

portavit. (Is., lut, 4.) « Il a vraiment pris nos péchés, et il

oï tm xpiyovri oi/.u.îo)ç, tradebat autem judicanti juste, « il remettait sa cause a celui qui juge avec justice » ; il se confiait h son Père, selon cette parole du Psaume xlii : Judica me, Deics, et discerne causant raeam. Ce sens est très bon. Saint Augustin et saint Fulgence lisaient ainsi dans leurs exemplaires. (S. Aug. Tract, in Joann. xxi ; Fulg. ad Trasim., c. xi.) Notre-Seigneur dit lui-même dans saint Jean : Ego autem non quœro gloriam meam : est qui quœrat et judicet. (Joan., vm, 50.) On peut supposer qu'un copisie qui pensait au jugement de Pilate et ne comprenait pas le sens de juste, aura écrit injuste. La leçon de la Yulgate est cependant fort ancienne, puisqu'elle se lit deux fois dans saint Cyprien (de Bono patientise, c. iv ; Testim., 1. III, xxxix).

— 181 — / Pelr., n.

s'est chargé lui-même de nos douleurs (1). » Elle rappelle aussi l'expression énergique de saint Paul : « Dieu, pour nous justifier, a traité son Fils comme s'il eût été le péché même. » Eum qui non noverat peccatum, pro nobis peccatum fecit. (II Cor., v, 21.)

Enfin, Jésus est mort pour nos péchés, afin que mourant nous-mêmes au péché, nous vivions désormais pour la justice : utpeccatismortuijustitiœvivamus. Car le Christ, qui est notre Chef, est mort pour nous, dit saint Ambroise, afin qu'après être morts avec lui, nous vivions aussi avec lui, comme étant membres de son corps ressuscité. Pro nobis enim mortnus est Chris tus, ut nos in illius corpore redicivo viveremus. (Apud Corn. Lap.)

Cujus livore sanati estis. « C'est par ses meurtrissures que vous avez été guéris. » Ou tw uwAto7rt HO-^ts, cujus mbicibus sanati estis. Saint Pierre fait allusion aux coups et aux meurtrissures que des maîtres barbares infligeaient aux esclaves. Si donc, leur dit-il, vous êtes souffletés ou battus de verges, pensez que votre âme a été guérie des blessures du péché par les coups et les plaies qui ont déchiré le corps de votre Rédempteur.

25, Eratis enim sicut oves errantes, sed conversi estis nunc ad pastorcm et episcopum animarum vestrarum, « Car vous étiez autrefois errants comme des brebis égarées ; mais vous êtes maintenant retournés au Pasteur et à l'Evèque de vos âmes (2). »

Errantes. Vous étiez autrefois égarés loin de la voie du salut et vous marchiez dans les sentiers de la perdition, vous Gentils, et vous aussi fils d'Israël. Mais, éclairés par l'Evangile et touchés de la grâce, vous êtes venus au bon

(1) Saint Pierre cite Isaïe d'après les Septante, où on lit : tkj ù-jup-ziaç

fert peccatu nostra, au lieu de languores nostros. — On remarque que saint Pierre ne corrige point les Septante sur l'hébreu : il les cite comme exprimant la pensée du prophète.

(2) Saint Pierre fait allusion h ce texte d'Isaïe : Omnes nos quasi oves erravùnuë ; untuquisque in viam suam declinavit (Is., lui, 6) ; et au verset final du Psaume cxvm : Erravi sicut ovis quœ periit : quœre servi/,/' tuum, Domine. Enfin, il rappelle la parabole de la brebis perdue, cherchée, retrouvée, et rapportée au bercail par le bon Pasteur. (S. Luc, xv.)

Pasteur qui conduit ses brebis dans des pâturages salutaires, qui veille sur elles, les défend contre les loups, et les rapporte au bercail lorsqu'elles se sont égarées.

Pastorem. Jésus-Christ prend lui-même ce titre : Je suis le bon Pasteur, dit-il, Ego sum Pastor ôo?ias. (S. Joann., x, 11.) Isaïe avait prédit que le Christ paîtrait ses brebis comme un pasteur gouverne son troupeau. Sicut pastor gregem smim pascet. (xl.) Ezéchiel avait aussi annoncé que Dieu susciterait un Pasteur, plus grand que tous les autres pasteurs, lequel paîtrait les brebis d'Israël. Et suscitabo super eas Pastorem imum, qui pascat eas; ipse pascet eas. (c. xxxiv.)

C'est le Christ qui paît ses brebis par sa doctrine, les nourrit de sa chair, et les abreuve de son sang dans l'Eucharistie.

Et episcopum, lm'<îxo7rov, spéculai or em, inspectorem. Ce terme est ajouté au mot pastor, pour en préciser la signification. Le pasteur est le guide, le gardien et le défenseur du troupeau ; mais dans une maison opulente, au-dessus des simples bergers qui conduisent les troupeaux, il y a un intendant, un inspecteur en chef, brfoxoiroç", qui veille sur tous les troupeaux et sur les pasteurs eux-mêmes. Tel est ^Notre-Seigneur Jésus-Christ, le divin Chef des pasteurs.

Le mot episcopus est encore emprunté par saint Pierre au prophète Ezéchiel, qui dit au même endroit : Je rechercherai moi-même mes brebis et je les visiterai, et visitabo > eas. (xxxiv, 11.) Or, on lit ainsi dans les Septante : cSoù iyù> ixC)r^riaou.y.i tx irpôêarà aou, xai imoxétyotJM aura. Du verbe imsxéfcrepa, saint Pierre a formé le nom s7u'<7xo7îoç, qui a passé dans la langue de l'Eglise.

Sans doute, lorsque saint Pierre, simple pêcheur, conduisait sa barque et maniait ses filets, il lisait peu les prophètes ; mais, devenu chef de l'Eglise universelle, on voit qu'il étudiait les Ecritures ; et il était parvenu à les posséder si bien, qu'il les citait continuellement dans ses discours, donnant ainsi l'exemple aux pasteurs de tous les siècles.

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