‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 37 sur 119 · Puis il ajoute, comme nous l'avons déjà dit : Vous · texte numérisé non relu

Puis il ajoute, comme nous l'avons déjà dit : Vous

tes aussi des pierres vivantes et libres. Venez donc vous

placer sur la pierre fondamentale; laissez-vous poser et

cimenter par la main du divin architecte, afin d'entrer

dans la structure de cet édiiice spirituel : et ipsi tanquam

lapides vivi superœdificamini, du))ius spiritualis (1).

1 lificamini, Inatxoiifitïrit. En grec et en latin, on peut tra-

RBfl CATHOl KJ1 11

Mais une pierre n'est pas jetée brute dans la masse de la muraille : elle est préparée, taillée, polie par les coups du marteau, fabri polita maileo, puis adaptée à la place que lui assigne l'architecte. Et toutes ces pierres choisies, ciselées avec amour par la main de Dieu, ne font qu'un seul temple mystique, qui est l'Eglise.

Nous observerons qu'en hébreu, en grec et en latin, comme en français, le mot qui signifie « maison » ne désigne pas seulement l'édifice, mais encore ceux qui l'habitent. C'est pourquoi saint Paul disait aux chrétiens d'Ephèse : « Vous êtes les concitoyens des saints, les familiers de la maison de Dieu; vous êtes édifiés sur les fondements des Apôtres et des prophètes, placés sur la pierre même de l'angle qui est Jésus-Christ, sur lequel tout l'édifice est posé, s'élève et s'accroît pour être un saint temple consacré au Seigneur. Et vous-mêmes vous entrez aussi dans la structure de cet édifice pour devenir la maison de Dieu qui est construite et soutenue par le Saint-Esprit. » (Eph., n, 19.)

Or saint Pierre, réunissant comme saint Paul le sens physique et le sens moral, ajoute cette parole magnifique : sacerdotium sanction. Que dis-je? vous n'êtes pas seulement le peuple pieux, qui se tient dans le temple autour de l'autel, pendant que le prêtre immole la victime : vous formez vous-mêmes un sacerdoce saint; vous êtes prêtres, vous êtes sacrés pour offrir des hosties spirituelles, qu; sont agréables à Dieu, parce qu'elles lui sont présentées par Jésus-Christ, notre Médiateur.

Sacerdotium, fepàtTetrçxa, cœtus et chorus sacerdotum ; c'est une assemblée, un ordre de prêtres. Saint Pierre n'entend pas que les laïques soient prêtres dans le sens propre du mot, ni qu'ils aient la puissance d'offrir sur l'autel la grande Victime qui fut immolée sur la croix. Ils offriront seulement ce sacrifice auguste par les mains du prêtre. Mais ils présenteront eux-mêmes à Dieu des « hosties

<!uire par l'indicatif ou par l'impératif : « Vous êtes posés » ou « soyez posés » sur la pierre fondamentale, pour entrer dans la structure du palais divin.

— 163 — IPetr.,u.

spirituelles », l'encens de la prière et le sacrifice de la louange : Sacrificium laudis honorificabit me. (Ps. xlix.) Ils offriront des sacrifices de justice et de bonnes œuvres : Sacrificate sacrificium justitiœ. (Ps. iv.) Leurs propres corps seront des hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu, lorsque, dans leurs actions, ils travailleront pour sa gloire : Obsecro vos. ut cxhibeatis corpora vestra hostiam viventem, sunctam, Deo placentem. (Rom., xii, 1.) Enfin des milliers de simples fidèles offriront à Dieu un sacrifice réel, quand ils livreront leurs membres aux tyrans pour confesser la divinité de Jésus- Christ. C'est pourquoi tout chrétien, dit saint Ambroise, reçoit l'onction de l'huile sacrée pour devenir prêtre et roi dans un sens spirituel. Unusquisque ungitur in sacerdotium, ungitur et in rennum; sed spiritale regnum est, et sacerdotium spiritale, (S. Ambr. de Sacram.,1. IV, c. i.)

Offerte spirituelles hostias. Mais que sommes-nous, dirat-on peut-être, pour que Dieu regarde nos offrandes? Nous ne devons pas craindre que le Tout-Puissant dédaigne nos hommages. Les louanges, les actions de grâces et les hosties spirituelles que nous offrirons au Seigneur lui seront agréables ; car elles seront présentées à sa majesté par Jésus- Christ notre Médiateur : acceptabiles Deo per Jesum Christ mu.

(i. Propter r/uod continet Scriplura : Ecce pono in Si Oîi lapident summum angularem, electum, pretiosum, et qui crediderit in eum non confundetur (1).

Comment ces paroles se lient-elles à ce qui précède? Voici la suite des idées. 1° Saint Pierre avait dit : Approchez-vous de la pierre fondamentale, pour être édifiés bu • elle, $dificamini.2° II explique ce verbe sedificamini, en disant qu'ils sont une maison spirituelle, domus spiritualis. 3° Puis il interprète ce mot domus spiritualis par

(1) ' I Scriptura. Une variante donne --.^liyzi rt ypaph, leçon

Mais Les trois meilleurs manuscrits portent

■ il cette dernière leçon, !<■ verbe nsptéxet est pris

d neutre et l'on traduit littéralement : » il .se trouve contenu

sacerdothim sanctum, une assemblée de prêtres. 4° Enfin après cette explication, il revient à la pierre vivante que les hommes ont réprouvée, et il montre que cette pierre est annoncée dans les écrits des prophètes, notamment dans Isaïe qui s'exprime ainsi : « Voilà, dit le Seigneur, que je vais mettre en Sion une pierre qui formera le sommet de l'angle, une pierre choisie, précieuse. Et celui qui croira en elle ne sera point confondu. » Hœc dicil Dominus : Ecce ego mittam in fnndamentis Sion lapident ^ lapidemprob aluni, angularem, pretiosum, in fundamento fundatum. Qui crediderit in eum non confundetur. (Is., xxviii, 16.)

Lapidem summum angularem, àxpoywvicaov, in summo ponendum angnlo ; une pierre qui formera l'extrémité de l'angle pour joindre deux murs. C'est le Christ. Il est la pierre principale du fondement, placée à l'angle du temple de la nouvelle Sion, où elle réunit les deux murs du Judaïsme et de la Gentilité ; afin que ces deux murs, autrefois opposés, ne forment plus désormais qu'un seul édifice, qui sera l'Eglise du Christ. Saint Paul exprimait fort bien la même idée, lorsqu'il disait que le Christ avait réuni les deux peuples en un seul, fecit iitraqne iinum. (Eph., ii, 14.)

Elcctum. C'est une pierre choisie entre toutes, parce qu'aucune ne lui est comparable. L'épouse disait de même : « Mon bien-aimé est choisi entre mille. » Dilectus meus electus ex millibus. (Cant., v, 10.)

Pretiosum. Le prix de cette pierre est inestimable : l'humanité seule du Christ, même considérée sans la divinité, surpasse toute créature en grandeur et en perfection.

Et qui crediderit in eum non confundetur. Tous ceux qui croiront aux paroles du Christ et qui espéreront un royaume dans les cieux selon ses promesses, ne seront point confondus, mais ils obtiendront la gloire qu'ils attendent, s'ils font ce qu'il ordonne.

7. Des paroles d'Isaïe, l'Apôtre va tirer une conclusion glorieuse pour les fidèles. « Honneur à vous qui croyez. » Vobis igitur honor credentibus. Mais à ceux qui ne croient

— 165 — /Petr.,u.

pas, il applique cette parole de David : « La pierre rejetée par ceux qui bâtissaient, est devenue la tête de l'angle ! » Non credenlibns antem : Lapis quem reprobaveriint œdificantes, hic factus est in caput anquli (1).

8. Et lapis offcnsionis, et petra scandali his qui offendunt verbo, nec credunt, in quo et positi sunt. « Et elle est une pierre contre laquelle ils se heurtent; une pierre de scandale qui les fait tomber. Car ils viennent se heurter contre la parole divine qu'ils ont entendue, et ils ne croient pas; ce à quoi ils ont été réservés. »

Qui offendunt. En grec, oï irpoaxdTrroufft xw Xoyto aTrstOouvTsç iU o y.y). ÎTÉOTjffav, qui offendunt verbo non credentes in quod et positi sunt. Il y a deux interprétations grammaticales, selon que l'on joint in quod à non credentes, ou qu'on l'en sépare (2).

Premier sens, irpoGX&rroutfi t<o Xoyco, àrietGouvTeç Etç touto etc. o xal ÈTcOr^av, offendunt verbo, non credentes in illud in quo etiam positi sunt. Ils se heurtent contre la parole divine, en ne croyant pas à ce sur quoi ils étaient cependant posés ; c'est-à-dire qu'ils tombent en ne croyant pas à leurs prophètes et à leur religion même, qui les conduisaient au Christ; car toutes les prophéties étaient pleines du Christ, et toute la religion judaïque reposait sur le Christ.

Second sens, icpooxo'irFOUfft t<o Àoyco a7r£'.QouvTEç, eiç o xal stsQt^xv, offendunt verbo non credentes, in quod (vei in quo) etiam positi sunt. « Ils se heurtent contre la parole évangélique en n'y croyant pas : chose à laquelle ils ont été précisément réservés. » De cette manière on ne supplée rien; l'antécédent du pronom relatif in quo est le participe non credentes (àraiOoBvreç). Ne pas croire est le malheur même et le châtiment auquel ils ont été réservés par un juste jugement de Dieu.

(1) Saint Pierre joint la citation du psaume immédiatement à son discours, sans l'annoncer. On sous-entend dicimus ou un mot semblable, après fi'oi crêdentibus.

(2) In quod ne peut Be rapporter à verbo qui précède; car le neutre îli b ne peut pas s'accorder avec le masculin liyii.

Saint Pierre ne veut pas dire qu'ils ont été prédestinés à l'incrédulité par un décret antécédent à leur malice. Ce serait le blasphème de Calvin, qui fait de Dieu un tyran et l'auteur du péché. Mais ils ont été destinés, à cause de leur méchanceté prévue, à faire éclater la justice de Dieu envers eux, et les merveilles de sa providence envers les saints.

Les impies ont été destinés à l'incrédulité, parce qu'ils l'ont librement choisie : comme Pharaon fut destiné à faire éclater la puissance de Dieu ; comme Judas fut destiné à préparer la rédemption du monde en trahissant le Christ; comme Néron fut destiné à persécuter l'Eglise, afin d'en prouver la divinité. Ces hommes ont fait le mal dans leur pleine liberté ; et de ce mal que Dieu leur permettait d'accomplir, sa sagesse tirait sa gloire et le salut du monde. (Voyez Exod., ix, 16 ; Rom., n, 5; et ix, 18.)

Les deux sens sont bons, justifiés par la grammaire et conformes à la saine doctrine. Cependant, le second nous paraît le meilleur ; il s'applique non seulement aux Juifs, mais encore aux incrédules de la Gentilité (1).

9. Vos aulein genus élection, regale sacerdotium, gens sancta, populus acquisitionis. Saint Pierre avait dit tout à l'heure que les chrétiens étaient « une maison spirituelle et un sacerdoce saint. » Il revient à cette idée et la développe en termes sublimes (2).

Moïse disait à Israël : Le Seigneur vous a choisi aujourd'hui pour que vous soyez son peuple spécial et chéri entre toutes les nations de la terre. Dominus elegit te hodie ut sis ei populus peculiaris. (Deuter., xxvi, 18.) De

(1) Corneille Lapierre explique in quo par ad credendum. Ils ne croient pas, ilit-il, quoiqu'ils aient été destinés à croire. C'est un contre-sens complet. Car en grec il n'y a pas où neiêovreç en deux mots, mais AneiBoûvre*, increduli, en un seul mot. D'où il suit que in quo représente nécessairement non-credunt ou increduli sunt, et non pas simplement credunt.

(2) Il ne faut pas chercher en ce pêcheur de Galilée l'ordre et la méthode qu'enseignaient les rhéteurs de la Grèce. Il écrit avec abandon les grandes choses qu'il pense : il quitte une idée et la reprend pour l'éclairer, la prouver, la compléter, comme on fait dans la conversation.

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même saint Pierre dit aux nouveaux chrétiens: Vous êtes une race choisie, élue de Dieu pour former une grande famille qui couvrira toute la terre et dont l'origine est la fontaine baptismale, genus electum,

lier/ aie sacerdotium. Vous êtes des prêtres rois, comme Melchisédech. Prêtres, nous l'avons dit, vous offrez à Dieu des oblations saintes et des sacrifices d'agréable odeur. Rois, vous possédez un trône comme Jésus-Christ ; il vous le déclare. Je vous prépare un royaume, dit-il, comme mon Père me l'a préparé à moi-même. Ego dispono vobis, sicut disposait mihi Pâte)' meus, regnum. (S. Luc, xxn, 29.) Votre royauté, il est vrai, n'est pas sur la terre ; mais est-ce qu'un roi qui voyage dans un pays étranger a perdu son sceptre et sa couronne? Voyageurs sur la terre, vous êtes princes dans les cieux, fils du Roi des cieux, et rois vous-mêmes (1). D'ailleurs, vous régnez dès maintenant sur vos passions et sur vos volontés soumises cà la raison et à la loi divine. C'est là le comble de la grandeur, aux yeux mêmes des sages du monde.

Regale sacerdotium. Cette parole est tirée de l'Exode, où le Seigneur dit aux Hébreux : Et vos eritis mihi regnum sacerdotale, et gens sancta. (Exod., xix, 6.) On remarque que Moïse appelle sa nation « un royaume sacerdotal », au lieu que saint Pierre retournant la phrase, nomme les chrétiens « un sacerdoce royal. » C'est au fond la même pensée, juste sous les deux aspects. Néanmoins, l'expression de saint Pierre nous fait entendre qu'avant tout nous sommes prêtres, et que c'est de notre sacerdoce que ■sort notre dignité royale. Saint Jean dit aussi dansl'Apocalypse : Fecit nos regnum et sacerdotes Deo. (Apoc, I, (i.)

Gens sa art a, ïOvo; fcytov. L'Eglise est une nation sainte, même sur la terre. (V titre lui est donné dans le symbole: Sancta m Ecclesiam.

Les Hébreux étaient une nation sainte d'une sainteté extérieure, parce qu'ils adoraient le vrai Dieu, obser-

• en ligne de cette royaut • qu'autrefois, dans la cérémonie dta baptême, on imposait un-- couronne sur la tête <lu nouveau chrétien.

vaient sa loi, et ne rendaient pas, comme les Gentils, un culte impur aux idoles. C'était une pureté légale. — Mais l'Eglise catholique est sainte d'une sainteté intérieure : Eleqit nos in ipso (Christo), ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus. (Eph., i, 4.) Elle est sainte, aux yeux de Dieu, dans sa doctrine et dans sa morale. Elle possède les sacrements, sources de la sainteté. En outre, elle renferme toujours un très grand nombre de saints. Que si des pécheurs se trouvent chez elle mêlés aux justes, elle les conserve patiemment dans l'espoir qu'ils se convertiront ; et, en réalité, un très grand nombre de pécheurs finissent par céder à la grâce, se repentent et ne quittent point la vie sans avoir reçu le pardon suprême, qui les rétablit et les fixe pour toujours dans la sainteté.

Populus acquisitionis, Xabç eîç wepwtoftrjfftv. C'est la même chose que populus acquisiius, Xabç wepwceîrorrçj/ivoç. Vous êtes un peuple conquis par la croix de Jésus- Christ. Vous êtes l'Eglise qu'il a conquise par son sang, Ecclesiam quant acquisivil sanguine suo. (Act. Ap., xx, 28.)

Ut virtutes annuntietis ejus qui de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum. Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il fait cette conquête ? Pourquoi vous a-t-il réunis à son empire, ô peuples de l'Asie? C'est afin que vous annonciez partout les vertus de Celui qui vous a appelés des ténèbres à l'admirable lumière de son Evangile. Le but que Jésus-Christ s'est proposé en fondant son Eglise, c'est sa gloire. Il veut créer un peuple qui publie ses louanges, qui annonce sa sagesse, sa justice, sa puissance, sa miséricorde envers les hommes (1).

Vocavit, il vous a appelés par la parole des prédicateurs et par la douce influence de sa grâce.

De tenebris. Les Gentils étaient plongés dans les pro-

(1) Virtutes, r<z$ ùpe-cài, ne désigne pas seulement la puissance, comme iîtvce/ui, mais toutes les perfections divines. Le mot virtus a quatre fois cette signification dans le Nouveau Testament : ici, et II Petr., i, 3 et 5 ; et Philipp., iv, 8. Dans ces quatre endroits virtu* est la traduction (VàpsTî.

— 169 — IPetr.yn.

fondes ténèbres de l'idolâtrie. Ils ne connaissaient pas le vrai Dieu, Créateur de l'univers. Ils ignoraient pourquoi ils étaient au monde, et ce que l'homme devenait au sortir de la vie.

Les Juifs eux-mêmes étaient en grand nombre assis à l'ombre de la mort. C'est d'eux que saint Jean disait : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise. La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. » Ils voyaient de leurs yeux les miracles de Jésus- Christ, et ils ne croyaient pas à sa mission divine.

In admirabile lumen suuni. Mais le Christ a paru comme un soleil dont l'admirable lumière a éclairé le monde, et dissipé les ténèbres où étaient plongés tous les peuples. Aujourd'hui si Socrate, si Platon, si Aristote revenaient sur la terre, et entendaient un enfant réciter notre symbole, ils seraient ravis d'admiration.

In admirabile lumen snum. Saint Pierre fait allusion à cette parole d'Isaïe : Populus qui ambulabal in tenebris vidit lucem magnam : habitanlibus in reqione umbrœ mortis, lux orta est eis. (Is., ix, 2.) Vous êtes, leur dit-il, ce peuple qui marchait autrefois dans les ténèbres, peuple qui habitait dans les ombres de la mort, et qui maintenant voit une grande lumière. Ce peuple, c'est vous, chrétiens éclairés de la lumière évangélique.

10. Qui aliquando non populus, nunc autem populus Dei ; qui non consecuti misericordiam, nunc autem misericordiam consecuti. Il vous a appelés à son admirable lumière, vous qui autrefois n'étiez pas son peuple, mais qui êtes maintenant le peuple de Dieu ; vous qui n'asiex point obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde.

Suint Pierre fait allusion à ce passage d'Osée où le prophète reçoit du Seigneur l'ordre d'appeler sa fille Lô-Ruchama (Non-misericordia), et de nommer son fils Lô-Hammî y<)n-populus-meus),\>'àxç,Q que Dieu ne fera plus miséricorde à Israël et qu'Israël, ayant rejeté le Christ, ne sera plus son peuple. C'est un nouveau peuple

qui obtiendra miséricorde et qui sera son peuple, connue il le déclare ensuite: Miserebor ejus quae fuit Absque miser icordia; et dicam Non populo meo : Populus meus es tu. (Os., i, 6 ; n, 23.)

Saint Paul, dans son Epître aux Romains (ix, 24), cite les mêmes paroles du prophète Osée, pour montrer que non seulement les Juifs, mais encore les Gentils seront appelés à l'or mer le nouveau peuple de Dieu ; et qu'ils y seront appelés par grâce, par miséricorde, sans aucun mérite de leur part : misericordîam consccuti.

11. Cliarissimi, obsecro vos tanquam advenus et père- (jrinos, abstinere vos a carnalibus desideriis, quœ militant advenus animant. « Je vous exhorte, mes bien-aimés, à vous abstenir, comme étant étrangers et voyageurs en ce monde, des désirs de la chair qui combattent contre l'âme. » Il revient à l'exhortation qu'il avait interrompue.

Tanquam advenus et pereqrinos^ &>ç wocpofaouç wà nopeTci- 8-^fxouç. Ces deux termes, à peu près synonymes, signifient des hommes qui habitent dans un pays qui n'est pas le leur. Les Juifs auxquels écrit saint Pierre étaient des étrangers dispersés en différentes provinces, loin de Jérusalem leur patrie. Voilà ce que sont tous les chrétiens en ce monde. Nous n'avons point ici-bas de cité permanente. Notre patrie est le ciel. Nous demeurons peu de temps sur la terre, vallée de larmes, où nous passons comme des voyageurs.

Nul n'a commenté ces paroles avec plus d'éloquence que le glorieux martyr saint Cyprien. « Nous chrétiens, dit-il, nous regardons le ciel comme notre patrie. Là nous attendent une foule de personnes qui nous sont chères, des parents, des frères, des enfants, troupe nombreuse maintenant sûre de son bonheur, mais encore pleine de sollicitude pour notre salut. Allons dans notre patrie saluer nos parents. Courons où ils sont. Désirons d'être bientôt avec eux et bientôt avec le Christ (1). »

(1) Patriam nostram paradisum computamus : magnus nos illic charorum numerus exspectat, parentum, fratrum, ftliorum copiosa tarba desiderat, jam de sua incolumitate secura, et adhuc de nostra

— 171 — IPelr.,u.

« Etrangers et voyageurs. » C'est le signe qui distingue ici-bas les élus des réprouvés, dit à son tour le vénérable Bède. Les élus regardent cette terre comme un lieu d'exil, la vie comme un voyage, et le ciel comme la patrie. Pour les réprouvés au contraire, leurs pensées, leurs désirs, leurs espérances se bornent à la vie présente et aux biens dont ils pourront jouir en ce monde.

Obsecro vos... abstinere vos a carnalibus desïderiis, (juœ militant advevsus animan. Je vous conjure de vous abstenir des désirs de la chair, qui combattent contre l'âme. Ces désirs dépravés, qui naissent de notre chair corrompue, et qu'irritent les biens du monde, forment en nous comme une cohorte armée qui fait la guerre à notre âme pour la précipiter dans la mort. Militant, (rrpovreuovTûw. L'homme sur la terre est un soldat toujours en face de l'ennemi. Militiaest vita hotninis super terram. (Job, vu.)

12. Conversationem vestram inter génies habentes bonam : ut in eo quod detrectant de vobis ianquam de malefactoribus, ex bonis operibus vos considérantes, glorificent Deum in die visitationis. « Conduisez-vous parmi les Gentils d'une manière honorable et sainte, afin qu'au lieu de médire de vous comme si vous paraissiez des hommes méchants, ils soient engagés par les bonnes œuvres qu'iK vous verront faire, à rendre gloire à Dieu au jour de su visite. »

Saint Pierre exhorte les iidèles à mener une vie irréprochable au milieu des païens. Les bonnes œuvres que vous accomplirez sous leurs yeux, dit-il, produiront un double effet. D'abord elles feront cesser les calomnies dont on charge les chrétiens. Ensuite elles prépareront les infidèles à embrasser eux-mêmes une religion qui inspire de si beaux sentiments. Ils glorifieront Dieu au jour où il les visitera par sa grâce et les appellera, comme vous, à la lumière de l'Evangile.

'"{<■ sollicita. Quid igitur non properamus ut pairiam nottram videre, et parentes talutare poeeimue t Ad hos properetnus } ut cumhiseito esse, ut cito ad Çhristum centre contingat optemtcs. (S. Cypr de Mortel. — Voyei plus haut, c. i, v. 1 et 17.)

« Que votre lumière brille devant les hommes, avait dit Notre-Seigneur, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. » (S. Matth., v, 16.)

Ut in eo quod detrectant de vobis, tanquam de malefactoribus. Les plus graves imputations étaient portées contre les chrétiens et acceptées parmi les Gentils. Les chrétiens, dit Suétone, sont des sectateurs d'une superstition nouvelle et malfaisante. Christianigenus hominum snperstitionis novse et maleflcœ. (In Néron. 16. Voyez II Petr., ii, 2.) On les accusait de révolte contre les autorités romaines, car les Apôtres étaient Galiléens d'origine, et on les rangeait, sous ce nom, avec les partisans de Judas de Galilée, qui avait excité des troubles en enseignant que le peuple de Dieu ne devait pas payer l'impôt à des infidèles, ni leur obéir. On racontait aussi que, dans leurs repas communs, les chrétiens immolaient un enfant et en mangeaient la chair. Le mystère de la sainte Eucharistie, qui transpirait parmi le peuple, donnait occasion à cette fable. On prétendait enfin que, dans leurs réunions nocturnes, les hommes et les femmes se livraient aux impuretés les plus abominables. Cela était vrai des Simoniens, des Nicolaïtes et des autres hérétiques qui furent plus tard connus sous le nom de Gnostiques. Ils désolaient déjà l'Eglise, et on les confondait avec les véritables chrétiens, comme on le voit dans Tacite. (Ann., xv, 44.)

C'est pour réfuter ces calomnies que saint Justin, Tertullien, Arnobe et d'autres écrivains publièrent d'éloquentes apologies. Mais la probité des fidèles, leur charité connue, l'innocence de leurs mœurs et leur constance héroïque au milieu des supplices devaient réfuter ces mensonges, mieux que tous les discours.

Ut ex bonis operibusvos considérantes, glorificent Dewn. La première gloire que les infidèles rendront à Dieu sera de croire à sa parole.

In die visitationis. Il n'y a pas d'homme que Dieu ne visite par sa grâce. Heureux celui qui ouvre les yeux au premier rayon de la lumière et qui suit l'im-

— 173 — / Petr., il.

pulsion que Dieu imprime à son cœur ! Mais il est dangereux de résister à la grâce : celui qui la méprise ne reverra peut-être pas le jour d'une nouvelle visite. « Si donc vous entendez aujourd'hui la voix del'Esprit-Saint, n'endurcissez pas vos cœurs. » (Ps. xciv.)

13. Subjecti igitur estote omni humanœ creaturœ, profiter Deam. « Soyez donc soumis à toute créature humaine, à cause de Qieu. »

Pour que votre conduite soit irrépréhensible aux yeux des Gentils, il faut d'abord que vous montriez une soumission parfaite aux magistrats.

Mais pourquoi le chrétien, qui possède un trône dans les cieux, obéira-t-il à toute créature humaine, même à des idolâtres, à des hommes pleins de vices? L'Apôtre en donne aussitôt la raison : obéissez à cause de Dieu, pr opter Dewn.

Ici se présente une observation d'une haute importance. Tous les hommes étant égaux par leur nature, aucun homme n'a de lui-même le droit de commander à un autre homme. Ni la naissance, ni la science, ni la force, ni le nombre ne peuvent donner ce droit. Je puis mépriser tout ordre qu'on prétend m'imposer au nom de César ou d'une loi simplement humaine. Qui donc est César, ou que me fait votre loi ? Pourquoi une loi rédigée à Paris m'obligerait-elle plutôt qu'une ordonnance faite au bout du monde ? Vous pouvez m'enchaîner, me frapper, je céderai à la force, en niant votre droit sur ma personne. Mais si vous me dites : Obéissez au nom de Dieu, si vous me montrez un précepte divin, j'obéis aussitôt, parce que Dieu, et Dieu seul a le droit de me commander : Non est potestas nisi a Deo, disait saint Paul aux Romains.

Combien donc sont insensés les législateurs qui prétendent imposer, sans Dieu, des lois aux peuples! Sans Dieu, leurs lois sont nulles; et les anarchistes qui inscrivent sur leur drapeau : « Ni Dieu, ni maître! » sont conséquents avec eux-mêmes ; car s'il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de maitre.

Subjecti... sive régi, quasi prœcellenti ; U)sive ducibus,

tanquam ab eo missïs advindictam malefactorum, laudcm vero bonorum. Obéissez soit au roi comme au souverain qui possède l'autorité suprême, soit aux gouverneurs et aux magistrats comme à des chefs envoyés de la part du roi pour châtier ceux qui font le mal, et pour louer ceux qui font le bien (1).

Saint Pierre explique ces mots : « Soyez soumis à toute créature. » Il entend le prince et les chefs quj dépendent de lui : sive régi, sive ducibus (en grec, vpfouuévoi;) : deux mots qui comprennent tous ceux qui participent à l'autorité sociale. Dieu l'a constituée pour la répression des méchants, pour la protection des bons, et pour faire régner l'ordre dans la nation. Sans doute les hommes qui commandent peuvent user mal de leur autorité; mais en elle-même cette autorité doit être respectée, parce qu'elle prend sa source en Dieu. Voilà ce qu'enseigne la religion catholique ; et cette doctrine est la colonne de la société.

Ad vindictam malefactorum. Le prince et les ministres du prince doivent punir ceux qui font le mal, et c'est en frappant les méchants qu'ils protègent les bons. Il n'y a point de sécurité dans un pays où les scélérats comptent sur l'indulgence ou l'impuissance des juges. Un des premiers devoirs de ceux qui tiennent le glaive de l'autorité publique est la répression des crimes.

Laudem vero bonorum. Ils doivent aussi louer les bons. Ce mot renferme l'obligation de conférer les dignités de l'Etat aux citoyens les plus probes et les plus capables.

15. Ce n'est point en vertu de son autorité apostolique que saint Pierre ordonne d'obéir aux puissances temporelles : il ne fait que proclamer une loi divine : Quia sic est voluntas Dei. Telle est, dit-il, la volonté de Dieu. Cette phrase explique les mots qui précèdent, propter Deum, et rend raison de ce qui suit :

Ut bene facientes obmutescere faciatis imprudentium hominum iqnorantiam. Dieu veut que par votre bonne

(1) Sainl l'aul avait dit de même : « Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures. » Omnis anima iiotestatibus sablimioribus subdite sit, (Rom., xiu.)

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conduite et en faisant le bien, vous fermiez la bouche aux hommes ignorants et insensés. On rencontre dans les bas fonds de la société des misérables qui insultent ceux qui font le bien. Mais il y a dans la nature humaine une force de raison et d'honnêteté qui proteste contre de tels outrages. Si donc on aperçoit en vous, dit saint Pierre, une conduite pleine de droiture et de loyauté, les pervers seront réduits au silence; ou, s'ils osent répandre sur vous leur venin, ils seront confondus et méprisés (1).

Lmprudentium hominum ignorantiam, tyjv tôv àcppdvcov àvOpoj-cov i-p/Wav. Voilà tous les ennemis de l'Eglise caractérisés en deux mots. D'abord ce sont des ignorants. La doctrine qu'ils repoussent et qu'ils censurent, ils ne la connaissent pas, ou du moins ils n'en ont pas examiné les preuves. En second lieu, ce sont des hommes déraisonnables, insensés, imprudentes, stulti. C'est bien le sens du grec fcppoveç. N'exceptons pas ceux d'entre eux qu'on regarde comme les plus spirituels. Voltaire connaissait la religion : dans la corruption de son esprit et de son cœur, il travailla pendant quatre-vingts ans à l'abolir. Mais à l'approche de la mort, il reconnut avec stupeur sa folie, poussa des hurlements, épouvanta tous ceux qui l'entouraient et expira dans la rage du désespoir. Tous les ennemis de l'Eglise s'écrieront un jour : « Nous avons été des insensés! » Nos iiisensafi! N'est-ce pas en effet une vraie démence que de mépriser un bonheur infini et de se précipiter dans un malheur éternel, quand l'un et l'autre sont attestés par des preuves certaines dont la solidité n'a jamais été ébranlée?

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