Salutat vos Ecclesia quœ
in Babylone coelecta, et
"b£avcus filius meus.
1 1. Salutate invicem in oscxdo
a ri n'a rubis omnibus
ij">' estis in ChrUto Jesu. Amen.
5. Vous aussi, jeunes gens, soyez soumis aux vieillards. Revêtez-vous tous de l'humilité les uns à l'égard des autres: parce que Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles.
G. Humiliez-vous donc sous la main puissante de Dieu, afin qu'il vous élève dans le temps de sa visite.
7. Jetez dans son sein toutes vos inquiétudes, parce qu'il a lui-même soin de vous.
8. Soyez sobres et veillez : cru- le démon votre ennemi tourne autour de vous comme un lion rugissant, et cherche qui il pourra dévorer.
9. Résistez-lui en demeurant fermes dans la foi, sachant que vos frères qui sont répandus dans le monde souffrent les mêmes afflictions que vous.
10. Mais le Dieu de toute grâce, qui nous a appelés en Jésus-Christ à son éternelle gloire, nous perfectionnera lui-même quand nous aurons souffert un peu de temps, il nous affermira et nous fortifiera.
11. A lui soit la gloire et l'empire dans les siècles des siècles ! Amen.
12. Je vous ai écrit une lettre assez courte, ce me semble, et je vous l'envoie par Silvain, notre frère fidèle, en vous conjurant de croire et vous attestant que la vraie grâce de Dieu est celle dans laquelle vous demeurez.
13. L'Eglise qui est dans Babylone et qui est élue comme vous, ainsi que mon fils Marc, vous salue.
14. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. Que la grâce soit en vous tous qui êtes en Jésus-Christ ! Amen.
1 Ergo, « donc. » Ce dernier chapitre est la conclusion ■t s enseignements qui précèdent. Puisque le jugement
approche, où les justes eux-mêmes ne seront pas sans frayeur, il faut que tous s'y préparent.
Senior es obsecro, « je conjure les prêtres », -pscÊuTepouç. Le mot TtpssoÛTepoç a la double signification de prêtre et de vieillard (1). Ici le sens de prêtre est certain, puisque saint Pierre exhorte ceux qu'il nomme ainsi, à paître le troupeau de Dieu : Pascite gregem Dei.
Or 7rps<j6uT£poç, dans le sens de prêtre, désigne tous ceux qui ont reçu le sacerdoce, soit complet, comme Févêque, soit incomplet, comme le simple prêtre. En cet endroit l'Apôtre s'adresse spécialement aux évoques ; car eux seuls ont la pleine puissance de paître un troupeau ou de gouverner une église.
Néanmoins l'exhortation de saint Pierre regarde aussi les prêtres, qui sont les coopérateurs des évêques dans l'administration des églises de l'Asie. Senior es qui in vobis snnt.
Obsecro, TiapaxotXû, je les exhorte tous et je les supplie.
Consenior, moi prêtre, évêque et vieillard comme eux, moi qui dois bientôt rendre compte de mon ministère apostolique et de ma vie entière au souverain Pasteur et au Juge suprême, qu'ils écoutent l'exhortation que je leur adresse avant de quitter ce monde.
Consenior, Saint Pierre avait le droit de se nommer Prince des Apôtres, Evêque des évêques, Chef de l'Eglise universelle, Vicaire de Jésus-Christ. Il possédait ces titres qui rélevaient au-dessus de tous les hommes de l'univers. Mais par humilité, il se nomme simplement consenior, au^irpscêuTepoç. Il se confond avec tous les prêtres de Jésus-Christ.
Et testis Chinsti passionum. Je suis témoin des souffrances par lesquelles le Christ a racheté le monde. Je les ai vues de mes yeux, je les raconte, je les atteste à mes frères d'Israël et aux peuples de la gentilité, afin que tous sachent que leurs péchés sont effacés par le sang du Christ. Je vous rappelle sa passion, spéciale-
(1) Voyez Act. Ap., xx, 17 et 28 ; et I Tim., v, 19.
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ment à vous évoques et piètres, afin de vous animer à souffrir comme lui pour le salut des hommes.
Et ejus qux in futuro revelcuida est cjlorix Communicator. Faites attention à mes paroles, car j'ai reçu la puissance et la charge de communiquer aux hommes la gloire qui doit être un jour révélée et manifestée aux yeux de tout l'univers. La gloire réservée aux justes est aujourd'hui cachée et couverte comme d'un voile. On les méprise comme les derniers des hommes; mais au jour de la résurrection et du jugement, le voile sera ôté et ils brilleront comme le soleil dans le royaume de Dieu, leur père.
Glorix Communicator, Le terme grec xotvwvbç signifie particeps. C'est pourquoi la plupart des interprètes supposent que saint Pierre dit ici qu'il est appelé à participer un jour à la gloire céleste. Mais l'auteur de la Vulgate, en rendant xocvuv&c par Communicator, donne un sens qui nous paraît plus beau. La gloire immense et éternelle du royaume des cieux, saint Pierre affirme qu'il a le pouvoir de la communiquer, et il l'offre à tous les hommes. Glorix Communicator ! Cette admirable puissance, saint Pierre et ses successeurs la possèdent : ils la tiennent de Jésus- Christ. De là elle passe à tous les évêques, et les évoques la transmettent aux prêtres. Tout prêtre qui baptise, qui sacrifie, qui prêche ou absout, offre et donne réellement aux hommes un trône de gloire dans les cieux.
En effet, le mot xoivuv&ç ne signifie pas seulement celui qui reçoit une part de quelque chose, comme plus bas, Os-.'a; mot* :;<.>;, divinx participes naturx{\\ Petr., i, 4) ;
mais xotwûv&c se prend aussi dans le sens actif et désigne un agent qui participe à une action. Ainsi Sophocle a dit MKwmAc xflucoO, auctor mali Trach. 730), celui qui participe à une chose mauvaise en y coopérant, « der die Uebel mit veruraacht liât», comme traduit Passow. L'auteur de la Vulgate a donc pu rendre ici xora>v&< par Communicator. Ce sens d'ailleurs complète l'idée de consenior, ;, votre collègue dans le sacerdoce. Pourquoi saint Pierre est-il prêtre? Est-ce seulement pour jouir
lui-même de la gloire ? Non, c'est afin de la communiquer aux autres hommes (1).
2. Pascite qui in vobis est gregem Dei. Quel est l'objet de l'exhortation pressante qu'adresse saint Pierre aux évêques et aux prêtres ? Il leur recommande de paître le troupeau de Dieu qui leur est confié. Ce mot pascite retentit sans cesse aux oreilles des pasteurs qui ont charge d'àmes. Leur office est de les nourrir de la parole sainte, de les fortifier par les sacrements, de les défendre contre les mauvaises doctrines et les scandales, de les édifier par une vie sainte et de prier pour eux. Pascas vcrbo, pascas exemplo, pascas sanctarum fructu orationumy leur crie saint Bernard.
Si la foi diminue, si l'indifférence et la corruption s'étendent, il faut que le pasteur puisse se rendre devant Dieu le témoignage que sa négligence n'en est point la cause. Oh ! si l'on eût prêché assidûment, simplement, solidement, est-il bien sûr que l'ignorance des vérités de la religion serait si commune et si déplorable ? Il y a des diocèses où le peuple fréquente l'église en foule : pourquoi la chaire est-elle souvent muette ? ou pourquoi des improvisations vagues s'y font-elles entendre, au lieu d'une explication nette et brève des dogmes et des pré ceptes de la religion ? C'est la parole sainte qui a converti le monde : c'est elle qui peut le sauver encore.
Gregem Dei. Paissez le troupeau de Dieu, vous souvenant qu'il n'est pas le vôtre, mais qu'il appartient au Seigneur. Ceux qui veulent paître les brebis du Christ, comme si elles leur appartenaient, n'aiment pas le Christ.
(1) Ceux qui veulent ici corriger la Vulgate et donner le sens de particeps à xotv&ivàj, expliquent ce ternie en disant que saint Pierre participa à la gloire de Jésus transfiguré sur le Thabor, gloire qui était semblable à celle dont les élus jouiront dans les cieux. Mais cette interprétation manque de justesse. L'Apôtre fut témoin de la gloire du Thabor, comme il fut témoin de la Passion du Christ ; mais il n'eut part ni à Tune ni à l'autre. Aussi le mot « témoin « qu'il vient d'employer pour la Passion, ne lui suffit plus pour la gloire future, parce qu'il veut dire qu'il ne l'a pas seulement vue, mais qu'il la donne. C'est pourquoi il ajoute à test in le mot Communicator, sens qu'attribue à xoivfijvàs l'habile helléniste qui est l'auteur de la Vulgate.
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mais s'aiment eux-mêmes. Qui hoc animo pascunt oves Christi, ut suas velint esse, non Christi, se convincuntur amare, non Christian. (S. Aug. Tract. 123 in Joann.)
Gregem qui in vobis est, c'est-à-dire, qui in potestate et sub auctoritate vestra est. Le troupeau qui vous est confié sera l'objet spécial de vos soins.
Saint Pierre va maintenant dire comment les pasteurs doivent s'acquitter de leur charge.
Provident es. Ce mot condamne le pasteur sans zèle, qui attend chez lui qu'on vienne recourir à son ministère. Il doit veiller sur tous les chrétiens soumis à sa juridiction et pourvoir à leurs besoins spirituels. Hommes, femmes, enfants, vieillards, justes et pécheurs, il se doit à tous. Que pas un ne se perde par sa faute : il en rendra compte au souverain Juge. — Providentes, en grec, èicwxoTrouvTeç, invigilantes. Ce mot signifie proprement, dans le style apostolique, « remplir la charge d'évêque. » L'évêque (!m'(rxo7TO; , inspector) était alors le chef d'une église, formée de la chrétienté d'une ville et de son territoire. Un diacre et quelques prêtres l'aidaient à l'administrer. (Act. Ap., xx, 28.) Aujourd'hui les diocèses, souvent très étendus, sont divisés en paroisses que l'évoque pourvoit de pasteurs; et sur ces pasteurs de second ordre retombe la charge de veiller au salut des âmes.
Non coacte, sed spontanée. Que les pasteurs ne s'acquittent point de leurs fonctions par contrainte (àvarpiaMoç, ex necessitate); qu'ils ne se considèrent point comme des esclaves à qui l'on impose une tâche; mais qu'ils remplissent leur devoir de bon cœur, beouefoç, libenter. Le prêtre doit se montrer toujours prêt à confesser, à prêcher la parole de Dieu, à visiter les malades. Quelque pénibles que soient ses fonctions, la charité lui en fait surmonter les fatigues.
Secundum Deum. Les pasteurs paîtront leurs brebis selon Dieu, en faisant ce qu'il veut et en cherchant uniquement sa gloire, ("est la règle du zèle, c'en est le soutien et la force. Une ardeur naturelle, qui n'a pas la loi de Dieu pour guide et sa gloire pour principe, s'agite
inutilement. Le bien qui n'est pas fait en vue de Dieu et selon Dieu ne sera pas récompensé de Dieu (1).
Neque turpis lucri gratia, sed vohintarie. Il est juste que le prêtre qui sert à l'autel vive de l'autel; mais il ne remplit point ses fonctions sacrées en vue du gain, comme un ouvrier mercenaire. L'honoraire fixé par l'Eglise lui est dû et ne peut lui être refusé sans injustice; mais lorsqu'il répand la grâce dans les âmes, il ne travaille point pour un salaire : c'est la gloire de Dieu et le salut des hommes qu'il se propose. Rien ne lui acquiert plus d'autorité que son désintéressement. Les Apôtres, dit un pieux auteur, ont moins frappé les hommes d'admiration par leurs prodiges, que par leur mépris des biens de la terre.
Sed vohintarie. Que les pasteurs remplissent donc leurs devoirs en s'y portant avec affection et zèle (2).
3. Neque ut dominantes in cleris. Vous ne gouvernerez point le peuple chrétien avec fierté, comme font des maîtres impérieux. En grec, <I>ç xaxaxupisuovreç, ut superbe dominantes.
Saint Pierre répète la leçon qu'il a apprise de son divin Maître. Les rois des nations, disait Notre-Seigneur, exercent leur empire sur leurs sujets : parmi vous, il n'en sera pas ainsi. Que celui d'entre vous qui veut être le premier, soit le serviteur des autres. Qui voluerit inter vos primus esse, erit vester servus. (S. Matth., xx, 27.) C'est l'exemple que nous donne le Souverain-Pontife, le Vicaire même de Jésus-Christ, lorsqu'il se nomme « le serviteur des serviteurs de Dieu. »
In cleris. Ne serait-il pas odieux de vouloir dominer avec arrogance sur le peuple chrétien, comme s'il était votre domaine, au lieu qu'il est l'héritage du Seigneur? Non dominentur clero, id est populo, qui sors Domini est, dit saint Cyrille. (lu Isaiam, 1. I, Or. 3.)
(1) Les mots secundum Deum manquent dans plusieurs éditions grecques; mais on doit les maintenir; car ils se lisent dans le manuscrit d'Alexandrie, dans le sinaïtique, dans Théophylacte , dans la version syriaque, et ailleurs encore.
(2) C'est le sens du grec npoO-j/j-Ui, terme qui dit plus que h-^-i^i, libenter : il marque l'empressement et l'ardeur, prompto et alacri animo.
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In devis. Le mot xXf,po'., sortes, signifie les portions d'un héritage qui sont échues aux héritiers. Ici xA^poe, en style apostolique, désigne les églises particulières, les portions de l'Eglise universelle qui sont confiées à chaque évoque. Ce sens est déterminé par le mot gregis, troupeau, qui suit immédiatement.
In devis. Néanmoins par le mot clerus on entend aussi très bien « le clergé », parce qu'il est l'héritage spécial et sacré du Seigneur. Les évêques n'exerceront donc pas une domination hautaine sur le clergé qui leur est soumis. On met le pluriel devis, les clergés, parce qu'il y en a plusieurs gouvernés chacun par son évêque.
Sed forma facti gregis, « soyez les modèles de votre troupeau. » Que vos actions s'accordent avec vos paroles. Faites avant d'enseigner. C'est une parole vivante et efficace que l'exemple donné par les oeuvres, dit saint Bernard. Opeva verdis conciliant, ut cuves pvius facere quam docere. Sermo vivus et efficax exemplum est operis. (S. Bern. Ep. cci.) Il faut que le prêtre puisse répéter au peuple ce que Notre-Seigneur disait à ses Apôtres : « Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme j'ai fait. » (S. Joan., xm, 15.) Les fidèles en voyant l'humilité, la piété, la charité de leur pasteur, se diront à eux-mêmes : Nous n'avons qu'à l'imiter pour ressembler à Jésus- Christ. Faisons ce qu'il fait et nous serons sauvés. Saint Paul donnait le même précepte à ses deux disciples saint Tite et saint Tnnothée. Montrez-vous vous-même en toute chose un modèle de bonnes œuvres, disait- il au premier. In omnibus te ipsum prœbe exemplum bonorum operum. (Tit., n, 7.) Et au second : « Soyez l'exemple des fidèles dans vos paroles, dans votre conduite, dans la charité, dans la foi, dans la chasteté. Exemplum esto fide- Uum in verbo, in conversatione, in charitate, in fuie, in castitate. * (ITim., îv, 12.)
Ex animo(l). L'imitation de Jésus-Christ ne sera pas seulement extérieure chez le prêtre et l'évèque, maissin-
(1) Si ces m mima qui ne se trouvent pas aujourd'hui dan- 1<>
grec, sont un.' glose, <-\>>t sse glose excellente.
cère, dans le cœur. Le pasteur, sentant le devoir de donner le bon exemple, purifiera toutes ses affections; il se sanctifiera pour se sauver lui-môme, et avec lui son troupeau. Il dira comme Notre-Seigneur Jésus-Christ : Pro eis ego sanctifico me ipsum, ut sint et ipsi sanctifîcati in veritate. (S. Joann.. xvn, 19.)
4. Et quum appartient princeps pastorum, percipietis immarcessibilem gloriœ coronam. Le ministère pastoral entraîne bien des sollicitudes. La prédication seule est un fardeau très pesant, dit saint Chrysostome, le plus éloquent des saints Pères ; mais si le travail est pénible, la récompense est magnifique. Si tabor terret, merces invitet. Lorsque le Prince des pasteurs apparaîtra pour rendre à chacun selon ses œuvres, vous qui aurez veillé constamment sur le troupeau, et soutenu les fatigues du ministère pastoral, vous recevrez une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais.
Un bon pasteur mérite d'être comparé aux martyrs, selon le même saint Chrysostome. En effet, dit-il, le martyr donne une fois sa vie pour le Christ, et le bon pasteur offre chaque jour la sienne pour son troupeau. (S. Chrys., Hom. xxx in Rom. sub fin.)
Ne soyons pas surpris que saint Pierre insiste avec tant de force sur un sujet si important; il sait que de la sainteté de l'évêque et du zèle du prêtre dépend le salut du monde.
Gloria? coronam. La couronne de gloire est commune à tous les bienheureux ; mais les théologiens assignent, en outre, une magnifique auréole à trois ordres de saints : aux martyrs, aux vierges et aux docteurs. Il est dit en particulier des docteurs qu'ils brilleront comme la splendeur du firmament. Qui autem docti fuerint, fulgebunt guasi splendor firmament i ; et qui ad justitiam erudiunt multos, quasi stell& in perpétuas œternitates. (Dan., xn, 8.)
5. Simili ter adolescentes, subditi estote senioribus. Après avoir donné des conseils aux pasteurs, saint Pierre s'adresse aux jeunes gens : « Soyez soumis aux vieillards »,
eur dit-il. En grec, veorrepot b-zoxi^r^t icpearêoTÉpoiç. Ici, -kç,s<j&6-
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Tspo; indique la dignité de l'âge ; car nulle part vswTepoç, qui est le mot corrélatif, ne signifie un laïque. Saint Pierre veut donc que, dans les assemblées chrétiennes, les plus jeunes soient pleins de respect et de déférence, non seulement pour les prêtres, mais encore pour les hommes âgés : ils leur obéiront même, les considérant comme leurs chefs.
C'est un précepte fort utile de nos jours ; car, dans la société moderne, souvent le jeune homme méprise le vieillard, comme le vieillard avait méprisé dans sa jeunesse ceux qui étaient plus âgés que lui. Nous sommes infatués de ce que nous appelons nos progrès; nous croyons avoir plus d'esprit que nos pères. Il y a longtemps que cette vanité règne en France. Au xvne siècle, les hommes lettrés considéraient le moyen âge comme une époque de barbarie. A leurs yeux, les grands génies de la scolastique, comme saint Thomas, pâlissaient devant les simples lecteurs de Descartes. Le siècle suivant se proclama lui-même le siècle des lumières, et prétendit que le genre humain avait été jusque-là dans les ténèbres. Et maintenant la jeunesse, rendue par nous insolente, nous traite comme nous avons traité nos aïeux. L'Eglise seule conserve le culte de l'antiquité et le respect du vieillard. Adolescentes, subditi estote senioribus, dit-elle par la bouche de saint Pierre ; et elle rappelle à tous ce précepte de Moïse : Honora personam senis. (Lev., xix, 22.)
Maintenant, l'Apùtre va parler à tous les chrétiens.
Omnes autrui invicem humilitatem insinuate, ou induite. En grec : icavrec os kXX^Xoiç t^v Ta-s'.vo^po-rjvYjV ÈYxoy.GotTa'jOs : ce qu'on pourrait rendre ainsi littéralement : Dans vos rapports mutuels, revêtez-vous tous du manteau de l'humilité les uns à l'égard des autres (1).
(1) Le verbe tyMfi&Ofuu est un terme assez rare. 11 vient <le x4/t6o;, nœud : d'où se forme fyxé/urêu/ia, étoile grossière qu'on jetait sur ses épaules et qu'on retenait par un nœud, «ervi/ûamtctu*. De là, iyxop€4ofuat 'l'un manteau de peu de valeur. Saint Pierre veut donc dire : Tenez-vous les lins devant les autres dans l'attitude humble et modeste d'un serviteur devant son maître.
Quia Deus supe?*bis resistit, humilibus autem dat gratiam. C'est une citation littérale des Proverbes, selon les Septante : Ktîptoç &7rep7)<pavoïç avTtTOHraeTai, TCttteivoïç os Sfôoxn yâptv. (Prov., m, 34.) Le principe de tout péché est l'orgueil, dit ailleurs le Sage, initium omnis peccati superbia. L'orgueil, dit-il encore, est une rébellion contre Dieu, c'est une apostasie. Initium superbiœ hominis apostatare a Deo. (Eccli., x, 14 et 15.) Aussi, « Dieu résiste à l'orgueilleux, tandis qu'il donne sa grâce aux humbles » et pardonne aux pécheurs qui s'humilient.
6. Eumiliamini iqitur sub potenti manu Dei. S'il vous en coûte de vous abaisser devant les hommes, qui sont de faibles créatures comme vous, au moins humiliezvous sous la main puissante de Dieu. Est-ce qu'il doit vous être pénible de reconnaître que le Créateur des cieux et de la terre est votre maître? Courbez votre front devant ce Dieu éternel et infini, qui vous a tirés du néant.
D'ailleurs si, rentrant en vous-mêmes, vous considérez votre conscience, combien n'y découvrez- vous pas de misères, de souillures, de hontes! La vérité nous oblige à nous humilier, selon la très juste définition que saint Bernard nous donne de l'humilité : L'humilité, c'est une vertu, dit-il, qui fait que l'homme, en se connaissant véritablement lui-même, devient vil à ses propres yeux. Eumilitas est virtus qua quis ex verissima sui coqnitione sibi ipsi vilescit.
Ut vos exaltet in tempore visitationis. S'humilier est le moyen d'arriver à la gloire. Si vous vous humiliez devant Dieu, « il vous élèvera au jour de sa visite (1). » C'est ce que chantait la plus humble des vierges. Le Seigneur, disait-elle, a confondu les pensées des orgueilleux, il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a exalté les
(1) In tempore visitationis, en grec h xaupû, in tempore opportune. Le mot visitationis, àntoxoTtfj;, qui manque dans le grec, et qui semble a plusieurs une glose empruntée au chap. n, 12, n'est pas à rejeter. On trouve ce mot dans le manuscrit d'Alexandrie, dans le syriaque et dans saint Ephrem. Au reste, le temps opportun et le temps de la visite sont la même chose; car l'une et l'autre expression indique le jour que Dieu choisira pour consoler et glorifier ses serviteurs.
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humbles, exaltavit Inimités. Elle avait lu chez son aïeul, le prophète David, que le Seigneur sauvera le peuple des humbles et humiliera les yeux des superbes. (Ps. xvn, 28.) Enfin, Notre-Seigneur a prononcé que tout homme qui s'élève sera humilié, et que celui qui s'humilie sera exalté. (S. Luc, xiv? 11.)
7. Omnem sollkitiidinem vestram projicientes in eum, quoniam ipsi ciwa est de vobis. Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, « et jetez dans son sein toutes vos inquiétudes. » Par là, vous confesserez humblement que vous êtes incapables de pourvoir à vos nécessités, et vous reconnaîtrez en même temps que Dieu, dans sa bonté, « prend soin de vous » comme un père. C'est Dieu qui revêt la nudité du roi et du berger; c'est Dieu qui donne à l'un et à l'autre le pain de chaque jour, panem nostrum guotidianwn.
Projicicntcsin eum. Saint Pierre fait allusion au Psaume de David : « Abandonnez au Seigneur le soin de tout ce qui vous regarde, dit le Prophète, et lui-même vous nourrira. » (Ps. liv, 23.) Jacta super Dominum caram tuam, et ipse te enutriet (1). Saint Paul recommandait de même aux Philippiens de bannir de leur esprit toute inquiétude. Nihil solliciti sitis. (Philipp., iv, 6.)
Mais c'est Notre-Seigneur surtout qui a développé cette belle leçon dans l'Evangile avec une éloquence divine. « Ne vous inquiétez point de ce que vous mangerez ni des vêtements qui vous sont nécessaires. Est-ce que l'âme n'est pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement .' Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ne moissonnent point, n'amassent point de provisions dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. -ce que vous n'êtes pas devant lui plus que des passereaux ? Et quant au vêtement, voyez les lis : ils ne travaillent, point, ils ne filent point, et cependant Salomon dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux.
(1) Saint Piene : itSixv ~(. ■■■> ùytfiv imèptyzvrti ï-^xlrh-, -.-.-
emblânce est manifeste.
Si Dieu prend soin de vêtir ainsi une herbe des champs, combien plus aura-t-il soin de vous, hommes de peu de foi ? Bannissez donc l'inquiétude, et ne dites pas : Que mangerons-nous? Que boirons nous ? De quoi nous vêtirons-nous? Car votre Père sait bien que vous avez besoin de ces choses. » (S. Matth., vi.)
Omnem sollicitudinem. Le mot sollicitudo, uépiuva, désigne un trouble et une anxiété de l'esprit. Ni David, ni les Apôtres, ni Jésus-Christ ne nous défendent de prendre un soin prudent et modéré des choses de la vie. Ce qu'ils condamnent, c'est une inquiétude qui nous distrait de la pensée du salut. Ce que la religion blâme, c'est de nous tourmenter comme si nous n'avions pas un Père dans les cieux. Nous prierons et nous travaillerons en paix: Dieu exaucera nos prières en subvenant à nos besoins par les moyens naturels, au nombre desquels il faut d'abord compter notre diligence.
8. Sobrii estote. Saint Pierre nous recommande la tempérance ; car celui qui nourrit délicatement sa chair la sentira bientôt rebelle à l'esprit. L'excès du vin allume la concupiscence.
Sobrii estote et vigilate. « Soyez sobres et veillez. » L'Apôtre unit ces deux préceptes ; car la sobriété est la mère de la vigilance et de la sagesse.
Vigilate. Il avait déjà dit au chapitre précédent : Veillez dans les prières, vigilate in orationibus. Maintenant, il revient sur ce précepte, afin de le développer et d'en persuader la nécessité.
Sobrii estote et vigilate ; quia adversarius vester diabolus, tanquam leo rngiens circuit, quœrens quem devoret. « Soyez donc sobres et veillez; car le démon votre ennemi, semblable à un lion rugissant, tourne autour de vous, et cherche qui il pourra dévorer. » Ces paroles sont si importantes, que l'Eglise, dans sa liturgie, les fait entendre chaque soir aux prêtres, aux religieux et aux fidèles qui assistent à l'office divin. C'est le cri de la sentinelle avancée qui, de son poste, jette l'alarme en annonçant l'approche de l'ennemi.
— 241 — l Petr.ty.
Et vigilate. Ayez toujours l'esprit éveillé, soyez attentifs à remplir exactement tous vos devoirs, et tenez-vous bien sur vos gardes, de peur que l'ennemi ne vous surprenne à l'improviste. C'est ce que Notre-Seigneur recommandait à ses Apôtres au jardin des Oliviers. Mais parce qu'ils dormirent, au lieu de veiller et de prier, selon son ordre, ils manquèrent de courage et de force quand vint la tentation.
Quia adversarins veste?' diabolus. « Car le diable, votre adversaire. » Le mot grec àvxtèixoç est un terme de justice ; il désigne l'adversaire qui plaide contre nous dans un procès, et qui s'efforce de nous faire condamner par le juge. Le démon, condamné à l'enfer, travaille sans relâche à faire prononcer contre nous la même sentence. Au reste, le mot Kvrôucoç se prend aussi dans le sens général d'adversaire et d'ennemi. C'est pourquoi saint Pierre compare ici le démon à un lion terrible, furieux, rugissant, qui menace de nous dévorer.
Léo rugiens. Quand une pensée d'orgueil, de jalousie, d'impureté s'élève dans votre esprit et sollicite votre cœur, c'est le lion qui rugit. Priez, armez-vous de la croix, et ne tremblez pas. Le lion peut rugir, mais il ne saurait vous blesser malgré vous. Rugirepotest, ferire nonpotest, dit saint Bernard.
Circuit. Pourquoi donc tourne-t-il, et ne s'élance-t-il pas d'un bond sur vous? Parce qu'il vous voit protégés par la grâce de Dieu ; vous repousseriez sa violence, et il serait vaincu. Cette bête, aussi rusée que cruelle, tourne donc autour de vous : comme un général ennemi, faisant le tour d'une place qu'il assiège, cherche l'endroit le plus facile par où il pourra livrer l'assaut. Prenez garde, il y a dans votre âme un côté faible ; Satan l'explore depuis votre enfance, et peut-être a-t-il déjà plus d'une fois pénétré par là dans la place. Fortifiez donc ce point mal sur, et ne vous endormez pas. Lorsque le démon semble vous laisser en paix, croyez bien qu'il tourne et prépare une attaque. Circuit ille nos shigulos, et tanquam hostis clausos obsidenSy muros e.rplorat, et tentât an sit pars ali-
ÉPITIUH CATBOl \Q\ M 10
qua minus stabilis et minus fula, eu jus aditu ad interiora penetretur. (S. Cyprian. De zelo et livore, c. i.)
Circuit quœrens quefn deeoret. Le démon tourne autour d'un monastère de religieux, autour du clergé d'un diocèse, autour d'une famille chrétienne, cherchant qui il pourra saisir et dévorer. A Sébaste en Arménie, quarante soldats chrétiens confessaient généreusement la foi ; ils étaient exposés nus sur un étang glacé, près de cueillir la palme du martyre. Mais le démon tournait autour d'eux : il en saisit un, l'effraya par la crainte de la mort, et en fit un apostat. Le démon tournait autour du collège des Apôtres : il en saisit un, et en fit un avare et un traitre. Le démon rôdait autour des sept premiers diacres ; il saisit un des compagnons de saint Etienne, et il en fit un impudique et un hérétique. Que de tristes exemples n'avonsnous pas vus nous-mêmes! Qu'ils nous corrigent de notre imprudence, de notre négligence et de notre présomption.
9. Cui resistite fortes inp.de. « Résistez au démon, étant forts dans la foi. » L'Apôtre saint Paul donnait le même précepte aux Ephésiens : « Prenez dans toutes vos tentations, disait-il, le bouclier de la foi, sur lequel viendront s'éteindre tous les traits enflammés de l'ennemi. » (Ephes., vi, 15.)
Fortes in fide, <rrepeol ttj icfora, solides dans la foi et rendus fermes par la foi. Or la foi, qui est une vertu surnaturelle produite en nous par la grâce, s'enracine profondément, croit, se fortifie par la méditation des grandes vérités de la religion. Pensez souvent au jugement de Dieu, aux récompenses des justes, aux châtiments que subiront les pécheurs. Votre foi, nourrie de ces grandes vérités, s'affermira et vous rendra inébranlables ; vous prierez, vous combattrez, vous vaincrez.
Scientes eamdem passionem eiqaœ in mundo est vestrx fraternitati fieri. Que si le démon vous suscite des tentations et des persécutions, n'en soyez pas surpris : sachez que, partout, vos frères qui sont répandus dans le monde sont obligés de lutter comme vous, et qu'ils éprouvent des afflictions semblables aux vôtres.
— 243 — lPetr.,v.
Vestra: fratcmitati <juœ in mundo est. Saint Pierre désigne l'Eglise, qui forme une société de frères. A cette époque, elle était déjà répandue dans le monde entier, et partout elle avait des ennemis, quoique la sanglante persécution de Néron n'eût pas encore éclaté. L'Apôtre exhorte les chrétiens d'Asie à soutenir la lutte avec courage, à l'exemple des fidèles de Rome, de Jérusalem, et de tout l'univers. Est-ce que les chrétiens du Pont, de l'Asie et de la Bithynie auraient moins de constance?
Eamdem passionem. Il en est encore ainsi de nos jours. Où irions-nous pour trouver la paix? La guerre est partout. Le démon soulève en tous lieux la haine contre les disciples du Christ Résistons vaillamment, chacun au poste où la Providence nous a placés.
10. Deus aulem omnis qratiœ, qui vocavit nos in œternam suant qloriam in Christo Jesu, modicum passos ipse perficiet, confirmabit, solidabilque. Ne vous découragez point, comme si ces combats étaient au-dessus de vos forces. Sans doute vous êtes faibles devant un tel ennemi, et vous ne pourriez pas résister seuls à sa fureur. Mais le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à posséder son éternelle gloire, vous rendra lui-même parfaits quand vous aurez souffert un peu de temps, il us affermira, il vous fortifiera, et vous fera remporter la victoire.
Deus omnis qratiœ. Le Dieu de toute grâce donne abondamment la grâce à quiconque la demande; en sorte que chaque chrétien peut dire avec saint Paul : Je puis tout en celui qui me fortifie; et comme David : Le Seigneur est avec moi, je ne craindrai aucun mal.
Qm pocavii nos in œtmiam suam qloriam. Puisqu'il nous a lui-même appelés à M gloire, il est donc certain qu'il veut nous donner le moyen d'\ parvenir.
In Christo Jesu. Il nous a appelés par Jésus-Christ, qui nous a fait entendre ses promesses et nous ;i enrichis de ses mérites: il nous a appelés en Jésus-Christ dont notlf devons partager la gloire, puisque nous somn devenus ses frères et ses membres.
Modicum passos. Dieu permet, il veut même que nous souffrions un peu, afin d'expier nos fautes, afin de prouver notre constance, afin d'imiter notre modèle et afin de gagner des mérites. Mais ces souffrances sont légères et de peu de durée, en comparaison de la récompense qui nous est promise.
Modicum. Cette expression nous rappelle celle de saint Paul, qui écrivait aux Corinthiens : La tribulation légère et momentanée que nous souffrons en cette vie opère en nous un poids immense de gloire éternelle. (II Cor., îv, 17.)
Jpse perficiet, aù-ro; xaTaprfeet. Si bien des vertus nous manquent, il nous perfectionnera lui-même. Nous nous sentons faibles et près de perdre la patience, la douceur, la pureté : il nous soutiendra et nous aidera à corriger nos vices, afin que nous soyons des chrétiens complets, achevés et parfaits comme notre divin modèle.
Confirmabit, trouée, il nous affermira dans la foi, dans l'espérance et dans la charité, comme sur un fondement solide, en sorte que nulle tempête ne nous renversera, et que rien ne pourra nous arracher à son amour. Quis nos separabit a charitate Christi?
Solidabitque, v-ctvûiv.. Dieu nous donnera de telles forces que nous ne tremblerons point devant ce lion rugissant. Semblables à Samson et à David qui, fortifiés par l'esprit du Seigneur, saisissaient et étouffaient des lions, nous terrasserons nous-mêmes le lion infernal.
11. Jpsi gloria et imperium in sœcula sœculorum. Amen. C'est un souhait d'amour, comme dans l'Oraison dominicale. Que le nom du Seigneur soit glorifié, béni, sanctifié par toute la terre ! que toute créature soit soumise à son empire ! et que sa volonté soit faite dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !
12. Per Silvanwn fidelem fratrem vobis, ut arhitror, br éviter scripsi. « Je vous ai écrit une lettre que vous trouverez courte, je pense, et je vous l'envoie par Silvain, notre frère fidèle (1). »
(1) C'est le sens que donne le syriaque : Hœc pauca, vl arhitror,
— 245 — lPetr.,v.
Fidelem. Ce mot a son importance. Ceux que les Apôtres chargeaient de leurs lettres non seulement les portaient, mais souvent ils en donnaient l'explication.
Brevitcr scripsi. La lettre de saint Pierre est courte en effet, si l'on considère l'abondance des instructions que l'on y voit renfermées. Saint Paul disait de même à la fin de son Epître aux Hébreux, qui est beaucoup plus longue : Perpancis scripsi vobis. (Hebr., xm, 22.)
Per Silvanum. Silvain est le même que Silas, le compagnon de saint Paul, dont il est souvent parlé dans les Actes des Apôtres. (Ch. xv, xvi, xvn et xvin.) Il est aussi appelé Silvanus par saint Paul. (II Cor., i, 19; I Thess., i, 1 ; II Thess., i, 1.) Silas était considéré par les Apôtres mêmes non seulement comme un des chrétiens les plus illustres, mais comme leur auxiliaire dans la prédication de l'Evangile. (Act. A.., xv, 22.) Son nom est inscrit dans le Martyrologe au 13 juillet.
Scripsi obsecrans et contestans hanc esse veram gratiam Dei, in qua statis. La phrase régulière et complète serait : obsecrans ut credatis liane esse veram gratiam Dei, in qua statis, et illud vobis contestans. C'est-à-dire : en vous écrivant cette lettre, je vous conjure (itapaxaXS) de croire fermement que la grâce dans laquelle vous êtes établis, est la vraie grâce de Dieu; et je vous atteste qu'il en est
ainsi (È7rtaapTupôo).
Par la vraie grâce de Dieu,, il entend la vraie religion qu'ils ont embrassée. Il la nomme ainsi, car la religion chrétienne, avec ses dogmes, ses sacrements et ses lois, est la grâce la plus admirable que Dieu ait faite aux hommes, puisqu'elle est la source de toutes les autres grâces et du salut éternel. Qu'ils observent donc fidèlement cette religion, étant assurés que Jésus de Nazareth est vraiment le Sauveur promis dès le commencement du monde et le Messie annoncé par les prophètes.
scripsi vobii per 8ilvanum fratrem fidelem. D'autres font rapporter Ml arbitrai- a fidelem, et le sens serait : Je vous ai écrit par Silvain qui je pense, un frère Adèle. Ce serait une litote ironique, figure qui n'est point dans le ton de la lettre, et que rien n'appelle en ce lieu.
Ces deux mots obsecrans et conlestans résument toute la lettre de saint Pierre et montrent le but qu'il s'est proposé. Je vous ai écrit, leur dit-il, pour vous exhorter à demeurer fermes dans la foi que vous avez embrassée, et pour vous attester que la religion de Jésus est la vraie religion qui sauvera vos âmes.
Salutat vos ecclesia quœ est in Babylone, « l'Eglise qui est dans Babylone vous salue. » C'est Rome qu'il désigne sous le nom de Babylone, comme fait saint Jean dans l'Apocalypse, où il nous montre cette Babylone assise sur sept collines. (Apoc, xvn et xvin.) Papias, disciple de saint Jean, Clément d'Alexandrie et saint Jérôme nous déclarent que par Babylone il faut entendre Rome. Théophylacte, Œcumenius et tous les interprètes anciens en conviennent. Au xvie siècle, Erasme éleva des doutes contre cette persuasion traditionnelle. Théodore de Bèze et d'autres protestants la combattirent à leur tour. Leur but était de se débarrasser d'un texte qui prouve que saint Pierre a résidé à Rome, tandis qu'ils voudraient établir qu'il n'y est jamais venu et que le Pape n'est pas son successeur. Mais cette opinion a été si bien réfutée qu'aucun homme sérieux n'ose plus la reproduire.
Or saint Pierre nomme ainsi la ville de Rome, parce qu'elle était pleine de corruption, comme l'ancienne Babylone, et parce qu'elle méritait ce nom à cause de toutes les erreurs qui s'y trouvaient rassemblées. Omnium nentium serviebat erroribus, dit saint Léon.
Cette appellation était en usage parmi les premiers chrétiens. Ils évitaient par là de faire connaître aux Juifs et aux païens le lieu où résidait le Chef de l'Eglise. C'est pour cette raison peut-être que saint Luc, après avoir raconté comment saint Pierre fut sauvé de la prison et de la mort à Jérusalem, ajoute que, « sortant de cette ville, il s'en alla dans un autre lieu », ne voulant pas dire qu'il se rendit à Rome.
Ecclesia coelecta. Peuple d'Israël, enfants d'Abraham, vous fûtes les premiers élus du Seigneur. Vous avez reçu la vérité de sa bouche divine et des lèvres de ses pre-
— 247 — IPetr.,y,
miers disciples. Aujourd'hui, au sein de la nouvelle Babylone, il y a une Eglise composée de chrétiens qui sont élus comme vous et avec vous, pour recevoir la foi, la grâce du Christ et la gloire éternelle. Or cette Eglise, qui est élue aussi bien que les enfants d'Abraham, vous salue comme des frères.
El Marcus filins meus. « Et Marc, mon fils. » C'est saint Marc, l'évangéliste : nous n'avons aucune raison d'en douter, et saint Jérôme l'atteste formellement : Meminit hujus Marci et Peints in Epistola prima. (De Vir. ill., c. vm, 8.)
Filins meus. Il l'appelle son fils parce que, dans la prédication évangélique et dans la fondation de l'Eglise de Rome, saint Marc avait rendu à saint Pierre les mêmes services qu'un fils rend à son père. Saint Paul donne le même titre pour la même raison à Timothée.
Saint Marc, après avoir été à Rome le secrétaire de saint Pierre et avoir composé sous ses yeux l'Evangile qui porte son nom, alla fonder l'Eglise d'Alexandrie, vers l'an 45 ; et il y souffrit le martyre, la huitième année du règne de Néron, l'an 62 ou 63 de Jésus-Christ.
Salutat vos Marcus. Puisque saint Marc était encore auprès de saint Pierre, quand cette lettre fut écrite, on en conclut avec raison qu'elle n'est pas postérieure à l'an 45. Unde patet, dit le vénérable Bède, quod priusquam Marcum Alexandriam de Roma Petrus ad evanqelizandum mitteret, Epistolam hanc scripsit. Il suit de là que cette Epître est la plus ancienne de toutes les Epitres apostoliques.
14. Salutate invicem in osculo sancto. « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. » Cette même phrase se trouve quatre fois répétée dans les Epitres de saint Paul. Rom., xvi ; ICor., xvi; II Cor., xm; IThessaL, v.) On voit que l'usage était dès lors établi de se donner mutuellement le baiser de paix dans les saintes assemblées, rite qui s'est conservé dans la liturgie. Nous le trouvons mentionné dans saint Augustin : « Post orationem dominicam dicitur: Pax vobiscum, et osculantur sese invicem christiani in osculo sancto. (Serm. lxxxiii.)
Gratia vobis omnibus qui estis in Christo Jesu. Amen, « Que la grâce de Dieu soit à vous tous qui êtes en Jésus- Christ. Amen. » Etre en Jésus-Christ, c'est lui être uni par la foi et le baptême, c'est être membre de son Eglise, qui est son corps mystique. Saint Pierre veut donc que tous les fidèles conservent en eux la grâce sanctifiante ou qu'ils la recouvrent, s'ils l'avaient perdue ; et il leur souhaite en même temps toutes les grâces actuelles dont ils ont besoin pour mener une vie sainte.
Gratia vobis. Saint Pierre a commencé sa lettre par la grâce, il la termine par la grâce, après en avoir pour ainsi dire parfumé toutes les pages, afin de nous apprendre que l'Eglise de Dieu ne peut être sauvée que par la grâce. A gratia cœpit Epistolam, in gratia consummavit, mediam gratia respersit (i, 13, et iv, 10), ut Ecclesiam Christi non nisiper gratiam ejus salvari posse doceret. (Bède.)
Gratia vobis omnibus qui estis in Christo Jesu. Cette Epître n'est adressée directement, selon son inscription, qu'à un petit nombre d'Eglises : à celles du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie et de la Bithynie. Mais cette dernière formule, « à tous ceux qui sont en Jésus- Christ », nous fait entendre que saint Pierre, en l'écrivant, se propose d'avertir les fidèles répandus dans tout l'univers, et d'instruire en même temps ceux des siècles futurs.
Gratia vobis omnibus. Nous souhaitons de même la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ à tous ceux qui liront ces pages ; et nous les prions d'implorer sa miséri corde pour celui qui les a écrites.
SUR LA