‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 51 sur 119 · Et hanc vocan nos audiius (!>■ coslo allatam, quum · texte numérisé non relu

Et hanc vocan nos audiius (!>■ coslo allatam, quum

essetnns cum ipso in monte sancto.

li>. Et habetnus firmiorem propheticum sermonem ; cui benefacitis attendentes, quasi lucerna' lucenti in caliginoso loco, donec (lies elncescat, et lucifer oriatur in cordions vestris :

20. Hoc priraum intelligentes qv.od o>nnis prophetia Scripturœ propria interprétât ione non fit.

21. Non enim voluntate huna allât a est aliquando prophetia ; sed Spirittt, sancto inspirât i, locuti sunt sancti Dei hotnines.

17. Car il a reçu de Dieu le Père l'honneur et la gloire, lorsque du sein de la nuée glorieuse et magnifique a retenti cette voix : « Celui-ei est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances ; écoutez-le. »

18. Or nous avons entendu nousmêmes cette voix qui venait du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne.

19. Mais nous avons aussi les paroles des prophètes, dont la certitude est plus ferme encore ; et vous faites bien de fixer sur elles votre attention, comme sur une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour commence à paraître et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs.

20. Mais comprenez avant toutes choses que nulle prophétie de l'Ecriture ne s'explique par une interprétation particulière.

21. Car ce n'est point par la volonté des hommes que les prophéties nous ont été anciennement apportées ; mais c'est par l'inspiration du Saint- Esprit que les saints hommes de Dieu ont parlé.

1. Simon Petrus (1), servus et apostolus Jesu Christi. •■ Simon Pierre, serviteur et Apôtre de Jésus-Christ, d Ce titre nous assure que cette lettre est de saint Pierre. Elle Mirait être l'œuvre d'un faussaire; car, en l'étudiant, on y reconnaît une autorité si élevée et une sainteté si vraie et si noble, qu'il n'est pas possible de l'attribuer à un imposteur.

lis gui coaequaLem nobiscum sorti ti s mit fidem. « A ceux

I exemplaires grecs varient entre It/iùv etSv/ueùv, qui esl la forme la plus rapprochée de L'hébreu sobimbhon, 'indiens ou lufititv, Act. A., xv, 1 1.

i rn m v cm lU'Uyr-RS

qui ont reçu la même foi que nous. » D'après ces termes, saini Pierre adresse sa lettre à tous ceux qui possèdent le don précieux de la foi. Cependant, on voit plus loin (en. ni) qu'il écrit spécialement à ceux qui ont déjà reçu de lui une première lettre, c'est-à-dire aux Eglises d'Asie, de Bithynie, de Galatie, du Pont, de Cappadoce, et plus particulièrement encore aux Juifs de ces provinces qui ont embrassé l'Evangile.

Cocequalcm /Idem. Ils ont tous été instruits des mêmes dogmes et des mômes mystères; ils ont connu les grandes vérités de la foi, qui est la même en tous quant à son objet, una //des. (Eph., îv. 5.) Mais saint Pierre ne veut pas dire que tous possèdent la vertu de la foi dans le même degré.

Cocequalcm fidem, lcréw{*w 7cfcmv, œque pretiosam fidem. La foi est d'un prix inestimable, premièrement parce que ce don est le prix du sang de Jésus-Christ; secondement parce que cette foi nous ouvre le royaume des deux.

Sortili sunt, Va/yj. ils n'ont point mérité la foi par leurs œuvres, mais ils l'ont reçue comme une grâce de la bonté divine.

InjustitiaDcinostrictSalvatorisJesu Christi. « A tous ceux qui, avec la foi, ont participé à la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ. » C'est-à-dire, nous écrivons à tous ceux qui, en croyant à l'Evangile, sont devenus justes non de la justice légale et judaïque, mais justes devant Dieu, justes de la justice que Jésus-Christ nous a enseignée, méritée et conférée. Car le baptême a lavé nos âmes de la souillure du péché, et nous a communiqué la grâce sanctifiante à cause des mérites de Jésus-Christ (1).

2. Gratin uoùis et pax adimpleatur ; c'est-à-dire assidue crescens ad pleniludinem pertingat. Que la grâce et la paix augmentent en vous jusqu'à ce qu'elles atteignent leur

(1) En <;Tir, |v $t.»v.v>QÙvA ~r/j (ôztj q/uSm v.y\ ï.otr%po$ 'l/,3^û Xpiaroû. L'on traduit ainsi : » A tous ceux qui, avec la foi, ont reçu la justice de Jésus-Clfcifisi, qui est notre Dieu et notre Sauveur. « En e.Tet, l'article roli n'éiaut mis qu'une fois avec &-oj et £s*r%s«s, unit ces deux mots et en fait deux épithètes de \rpoù fy&wrwiv.

— 259 — U Petr.,u

perfection. Selon la belle doctrine de saint Thomas, notre vie spirituelle suit des lois conformes à celles de la vie naturelle. Nous sortons du sein de nos mères avec la vie du corps ; ensuite les aliments, le temps, l'exercice nous perfectionnent et affermissent nos membres. De même, après que nous sommes engendrés à la Tk spirituelle par le baptême, nous avons besoin des mitres sacrcments.de la prière et des bonnes œuvres, pour croître et nous fortifier dans la grâce. C'est alors seulement que nous sommes établis dans cette bienheureuse paix qui règne suites affections de l'àme, et qui maintient avec joie toutes ses puissances sous l'empire de Dieu. (Voyez I Petr..

ii. a.)

Les Apôtres commencent et Unissent ordinairement leurs Epitres en souhaitant la grâce, parce que c'est de la grâce que dépend la sainteté de la vie présente et le bonheur de la vie future.

In CDfj/tifione Dei et Chrisli Jesn Doinini //os/ri. Que la grâce et la paix croissent donc en vos âmes avec la connaissance de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous avons dans cette parole le secret de la perfection chrétienne. La racine du salut est dans la connaissance de Dieu, comme nous le dit Notre-Seigneur : Uœc est vita astema, ut cognoscant te sohnn lïeuni wentm,êt r/t/em misis/i Jes/u/f Ckrntium. (S. Joann., xvn. •">. ' ("est par finl^lligence que commence et croit en nous la vie éternelle. L'Esprit-Saint fait d'abord luire à notre esprit sa lumière, puis il échauffe notre cœur. Il faut donc nous appliquer à connaître Dieu, sa bonté, sa justice. Si nous connaissons aa Justin-, nous le craindrons, et le craignant, nous ne ['©Penserons pas. Si nous connaissons sa bonté, nous l'aimerons: l'aimant, nous serons aimés de lui. et il nous donnera la vie éternelle.

Mais comment connaître Dieu?Sai»l Pierre nous le dit : in cognitione Jesu Christi. Persoanc n'a vu Dieu; mais le l-'ils. qui §«j dans le sein du Père, nous l'a luiîii' • bviim iiemo vidit unquam : uniqenitus

Filins, ifiii rst m simi Patris, ipse enarravit. Ecoutons les

paroles de Jésus-Christ, méditons ce qu'il a dit et ce qu'il a fait, et nous connaîtrons Dieu comme on peut le connaître en cette vie.

In cognitione Dei, en grec, èv iw.^n^v. tou h£ou, in agnitione Dei. Ce terme, in agnitione, fait entendre que plus on pense à Dieu, mieux on le connaît. Car, en méditant ses perfections et ses bienfaits, nous recevons de nouvelles lumières qui éclairent notre esprit ; et nous « reconnaissons » en Dieu des merveilles de sa bonté, que nous n'avions entrevues que d'une manière confuse.

Et Christi Jesn Dornini nostri. Jésus-Christ est notre Roi, notre Seigneur et notre Maître : voilà le titre qui lui est aujourd'hui disputé par la philosophie du siècle et par l'hérésie libérale. Ces sectes veulent abolir le règne de Jésus-Christ sur la société. Mais nous chrétiens, nous protestons contre cette impiété, nous reconnaissons Jésus- Christ comme notre Dieu, comme notre Seigneur, et comme le Roi de toutes les nations : à lui l'empire sur tous les hommes et sur tous les peuples, qu'il a rachetés de son sang.

3. Quomodo omnia nobis divinœ virtutis suœ, quœ ad vitam et pietatem, donata sunt. « Vous savez comment la puissance de Dieu nous a donné toutes les grâces qui concernent la vie et la piété. »

Quomodo. Cette conjonction se lie au mot cognitione, et l'on peut ainsi exposer la phrase : Gratia vobis et pax adimpleatur in cognitione Dei et Christi. Nostis enim quomodo omnia bénéficia potentiœ Dei, quœ ad vitam œternam et ad pietatem 'pertinent, nobis donata sunt. Scilicet collata sunt nobis per cognitionem Jesu Christi, qui vocavit nos gloriosa sua bonitate ; quoniam per hune Jesum Chris tum Deus maxima et pretiosa bona quœ pollicitus erat olim patribus nostris, nobis donavit : ita ut vos ipsi per hœc do?ia efficiamini divine consortes naturœ.

Chacune de ces pensées mérite notre attention.

Omnia divinœ virtutis suœ. La puissance de Dieu a multiplié les prodiges pour nous donner la vie spirituelle :

— 261 — Il Petr.,i.

prodiges de l'incarnation, prodiges de la rédemption, prodiges de la prédication évangélique, prodiges des sacrements, prodiges de l'institution et de la conservation de l'Eglise.

Omnia quœ ad vitam et pietatem. Aucun secours ne nous manque pour acquérir la vie de la grâce, et pour l'entretenir en nous par la piété, c'est-à-dire par le culte que l'on rend à Dieu. Car lorsque nous l'adorons en esprit et en vérité, sa puissance nous donne la force de soumettre nos passions, d'extirper nos vices, de pratiquer toutes les vertus et de triompher des persécutions. Chaque chrétien fidèle peut dire de lui-même : Le Tout- Puissant a fait en moi de grandes choses. Fecit mihi magna qui potens est.

Donata sunt. Ce texte prouve, contre les Pélagiens, que l'homme ne peut par ses forces naturelles faire aucune œuvre utile au salut, mais que tout ce qui produit, conserve et augmente en nous la vie spirituelle, est un don de la grâce : Omnia nobis, quœ ad vitam et pietatem, donata sunt,

Per cognitionem ejus qui vocavit ?ios propria gloria et virtute. Or, tous ces biens admirables nous sont venus par la connaissance de Jésus-Christ : c'est elle qui en est le principe. Jésus-Christ par sa glorieuse bonté nous a appelés à la foi, et en nous donnant la foi, il nous a rendus capables de participer à toutes les autres grâces avec lesquelles nous mériterons la vie éternelle.

Vocavit nos propria gloria. La plus grande gloire de Dieu, ce n'est pas de créer des mondes, c'est de faire des saints et de justifier des pécheurs; c'est de prendre un persécuteur de son Eglise, comme Saul, et d'en faire un Apôtre ; c'est de rendre chaste un libertin, humble un orgueilleux, généreux un avare, et fervente une âme tiède (1).

(1) Propria gloria et virtute, làiq £é£» xai àptrfy. Les commentateurs

remarquent ce mot àc*rr;, qui est assez rare dans le Nouveau Testament.

Nous l'avons déjà vu dans la première Epitre de saint Pierre : Ut vir-

tài àptràç) annuntietiê ejus (I Petr., n, 9), afin que vous annon-

1. Per quem (1) maxinia et pretiosa nobis promissa donavit : ut per liœc efficiamini divinee consorles naturœ, fugientes ejus qxix in mundo est concapiscentiœ corruptionem. « C'est par Jésus-Christ que Dieu nous a donné les grandes et précieuses grâces qu'il avait promises ; afin que par ces mêmes grâces vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la concupiscence et la corruption qui régnent dans le monde. »

Max? ma et pretiosa promissa. Le Père nous a donné par Jésus-Christ les grandes et précieuses promesses qui avaient été faites dès le commencement du monde h Adam, à Abraham, à nos pères : savoir, la promesse d'un Sauveur qui effacerait les péchés des hommes et leur ouvrirait les cieux. Jésus-Christ nous a apporté ces dons magnifiques, et il vous les offre à vous, mes frères, qui êtes répandus parmi les nations. Si vous les acceptez, vous deviendrez participants de la nature divine, mais à condition que vous fuirez la corruption de la concupiscence qui règne dans le monde. Vous serez immortels comme Dieu, heureux comme Dieu ; vous le verrez face à face : vous l'aimerez et il vous aimera sans fin pendant l'éternité. Car, ne faisant qu'un avec Dieu, vous participerez à la nature de Dieu, qui vous a déjà adoptés pour «es enfants.

Ut per hsec efficiamini divinœ consortes naturœ, Ozh.; xoivcovo- cpuaauç. Expliquons cette parole.

D'abord, la nature humaine ne sera pas changée en la nature divine, que possèdent seuls le Père, le Fils et le Saint-Esprit. En second lieu, la nature humaine ne sera pas unie personnellement à la nature divine, comme elle l'est dans Jésus-Christ seul.

ciez les miséricordes du Seigneur. C'est encore ici le même sens. Jésus- Christ vous a appelés à la foi par sa bonté et sa miséricorde, virtute. (1) Per quem, oV ôv. Presque tous les exemplaires grecs portent cV wv, per quœ, pluriel neutre qui se rapporte à gloria et virtute. Cette leçon est moins satisfaisante que celle de la Vulgate. En effet, c'est par Jésus-Christ et à cause de Jé-ni—Hinst (ot' ôv) que Dieu nous a donné les promesses. Estius préfère per quem et déclare ce sens tout à fait digne de l'P>angile.

— 208 — // Petr., i.

Mais l'homme juste participe dès maintenant à la nature divine par l'infusion de la grâce sanctifiante. Car cette grâce est un don admirable, qui élève l'homme audessus même de la nature angélique : en sorte que, d'après les théologiens, il n'y a pas de créature dont on puisse dire que la grâce lui soit naturelle. C'est un don sublime, ineffable, qui approche de Dieu la créature. Selon saint Thomas, la grâce n'est rien moins qu'une participation réelle, quoique créée, de la nature divine. La grâce nous élève à l'être même de Dieu, et, par les vertus qui lui sont inhérentes, elle dispose l'âme aux opérations de la vie surnaturelle et divine. Aussi est-elle la semence de la gloire : comme le fruit naît de l'arbre, la gloire naît de la grâce.

En outre, lorsque le juste est orné de la grâce sanctifiante, le Saint-Esprit descend en lui ; non seulement il lui communique ses dons les plus précieux, mais il réside en lui personnellement comme dans son temple. C'est l'enseignement de plusieurs théologiens, appuyés sur les saints Pères.

Et nous l'avons dit, cette participation à la nature divine, qui atteindra sa plénitude dans le ciel, commence dans le baptême. Faut-il s'étonner d'entendre saint Léon s'écrier : Reconnais ta dignité, ô chrétien, et devenu participant de la nature divine, prends garde qu'une conduite indigne de ta grandeur ne te fasse retomber dans ton ancienne bassesse (1) ?

Saint Denys est plus expressif encore. On ne peut être sauvé, dit-il, qu'en devenant des dieux. Or, l'on devient des dieux, autant que cela est possible, pat l'imitation de ; et par f union avec Dieu (2).

o chrUtiane, dignitatem luam, et divinas consors factus >io(i in oeterem Hlitatem (L-çjenevi conversatione /••dire.

(S, 1 in \'<ttr. 1),,

-■/:(',- l-7i t r, npài h:ov, '.,,- iporrfrv, àfep&lttiU i* «mA Iv*Ws. (S. Dion. Ar#op. H Mr., «-. i, c. >. S+ltu <>.,,< aliter taister* pote*tt *»#• ii gui talutt tquuntwr dit fkmt, ùêi/icatiû autmn est ipsius l)>-i. q\

ejv.s firri potest, imitatio et unio.

Fugientes concupisceyitiœ corruptionem. Mais vous ne deviendrez semblables à Dieu, qu'en fuyant la corruption de la concupiscence qui règne dans le monde. Car cette concupiscence impure, qui satisfait les désirs de la chair, souille l'âme et lui ôte toute sa beauté.

5, 6, 7. Vos autem curam omnem subinf er entes > ministrate in fide vestra virtiitem, in virtute autem scientiam, in scientia autem abstinentiam, in abstinentia autem patientiam, in p atientia autem pietatem, in pietate autem amorem fraternitatis, in amore autem fraternitatis charitatem (1).

Jésus-Christ vous offre les grâces abondantes qu'il vous a méritées par son sang, mais il faut y correspondre. Apportez donc de votre part tout votre soin pour orner votre foi de la vertu active qui fait le bien. A la vertu qui opère, joignez la science qui dirigera vos actions selon la prudence et la sagesse. A la science, ajoutez la tempérance. A la tempérance, unissez la patience : elle vous fera supporter avec courage toutes les peines qui nous viennent soit de la nature soit des hommes. Avec la patience, cultivez la piété qui soutient et console. A la piété, ajoutez l'amour des frères ; car ce n'est point une vraie religion que celle qui néglige le prochain. Enfin, à l'amour des frères, unissez la charité qui remplit nos cœurs de l'amour de Dieu ; sans la charité, vous le savez, toutes les autres vertus ne serviraient de rien pour le ciel : Si charitatem autem non habuero, nihil mihi prodest. (I Cor., xin, 3.)

Vos autem curam omnem subinfer entes. En grec, -acc.;evéyxavTsç, simul cum gratia Dei et vos omnem curam afférentes. Il n'y a point de vertu chrétienne sans la grâce de Dieu et sans la coopération de l'homme. Donc en demandant à Dieu son secours pour éviter le mal et pour accomplir le bien, il faut de notre côté employer cons-

(1) Vos autem. La pensée contenue dans cette nouvelle phrase est la conséquence de celle qui précède. On pourrait les ordonner ainsi : Quomodo Deits in vos maxima contulit bénéficia, ita et vos studete vt hœc dnna in* vobis permaneant et crescant. Puisque Dieu vous a comblés de bienfaits, conservez ces dons admirables et croissez en vertus.

— 265 — // Petr., i.

tamment tous nos soins et tous nos efforts, "irasav «tou&qV, omnem curam, oinne studium.

Snbinferentes. Saint Augustin explique ce mot et cette doctrine avec beaucoup de précision. Nous devons prier, dit-il, afin que Dieu nous aide à ne pas pécher. Mais la prière ne suffît pas : il faut y joindre de notre part une volonté efficace. « Dieu est notre aide » ; mais on n'aide que celui qui fait lui-môme des efforts (1).

Reprenons cette belle gradation, qui est comme une échelle des vertus chrétiennes. Cette échelle a huit degrés, dont le premier est la foi, et le plus éminent la charité.

Ministrate in fide. L'Apôtre nomme d'abord la foi, parce qu'elle est le fondement de toutes les vertus chrétiennes.

Ministrate in fide vestra virlutem. Vous avez une foi pure et intègre, vous croyez sincèrement toutes les vérités qui vous ont été enseignées. Mais ce n'est pas assez d'avoir une croyance orthodoxe : il faut manifester sa foi par des actions. C'est ce que signifie le mot grec âp£T7j, qui exprime l'énergie d'une bonne volonté.

In virtute scientiam. Or, l'activité et le zèle sans la science et la prudence, n'édifient point l'Eglise, mais la troublent. La science que recommande saint Pierre est celle qui fait le bien avec discernement, selon les principes de la sagesse. Faire le bien est une science qu'il faut apprendre, nous dit Isaïe : Discite bene facere. (Isaï., i, 17.) Sans cette science, sans cette prudence, sans cette intelligence, saint Bernard nous déclare que la vertu même devient un vice. Toile hanc, et virtus vitiwn erit. (In Cant. Serai, xlix.) Ce fut le malheur des Juifs : ils avaient le zèle ; mais parce qu'ils n'avaient pas

(1) Repellamus ab attribut et mentibus nostvis eos qui dicunt, accepta semel libéra roluntatis arbitrio, nec orare nos debeve ut Deus nos adjuvet ne peccemus... Nec ideo tamen solis hac de re votis agendion est, ut non subinferatur adnitendo etiam nostrœ vohintatis efficacia. » Adjutor enim noeter Dette ■ dicitur, nec adjuvari potest, nisi qui etiam aliquid sponte conaixir : qvia non sicut in lapidibi's insensatis, ni>t sirvt in ris i)i quorum n<it>>rn rationem vohintate»iqne non condidit, salutem nostram Dens operatur in nohis. (S. Aug., 1. II de Peccat. merit., c. vi.)

la science, ils crucifièrent Celui qu'ils devaient adorer. /Emulationem Dei habent, se cl non secundum scicnliam. (Rom., x, 2.)

6. In scientia autem abstiiwntiam, in abstincntia autem patientiam. L'abstinence ou la tempérance (en grec, lyxpTEia) est une force d'âme qui réprime tout désir de ce qui est contraire à l'honnêteté, à la raison, à la religion ; et lorsque cette force s'élève à son plus haut degré, elle renonce même aux plaisirs permis pour mieux condamner ceux qui ne le sont pas : elle se prive des choses qui ne sont pas nécessaires pour s'affranchir de la tyrannie des sens.

Patientiam. La patience, bi^cN^, est aussi une force d'âme qui nous fait supporter avec courage, pour notre salut et pour la gloire de Dieu, toutes les peines qui nous viennent de la nature ou des hommes. La patience des saints était si admirable qu'ils acceptaient avec joie la tribulation et même la mort. Superabundo gandio in omni tribulatione nostra, disait saint Paul (II Cor., vu, 4) ; et saint Jacques exhortait les chrétiens à se réjouir dans les tribulations : Omne gaudium existi- ?7iate, fratres, quum in tentationcs varias incideritis. (S. Jac, i, 2.) Si la joie dans les peines exige une vertu trop sublime pour notre faiblesse, au moins souffrons avec résignation.

Un philosophe ancien, Epictète, résumait les préceptes de la sagesse en deux mots : supporter et s'abstenir, àvspu, oLTtiyou, sustine, abstine. Celui, disait-il, qui gravera ces deux mots clans son cœur, et y conformera sa conduite, commettra peu de fautes : is erit pleraque im peccabilis. (Aulu-Gell., xvn, 19.) Mais cette belle maxime de la sagesse païenne demeurait stérile ; car ceux mêmes qui la proclamaient, trouvaient plus commode de suivre la nature que de la vaincre.

Aussi, saint Pierre ajoute-t-il : in patientia autem pietatem. C'est dans la piété, dans le culte de Dieu, c'est dans la prière, dans la religion, que se trouve le motif et la force de pratiquer la tempérance et la patience.

— 267 — HPetr.,1.

7. In pietate autem amorem fraternitatis. Par ce terme amor fraternitatis, en grec iptfcoBeXf&i, l'on entend l'amour qui unit entre eux tous les chrétiens, non seulement d'une même ville, mais de tout l'univers. L'Eglise ne fait qu'une famille de frères : quand les catholiques d'un pays lointain sont persécutés, nous leur envoyons des secours et des consolations. C'est ainsi qu'au temps des Apôtres, les chrétiens d'Antioche, de Macédoine et d'Achaïe recueillaient d'abondantes aumônes qu'ils portaient aux fidèles de Jérusalem.

In amore autem fraternitatis charitatem. Mais il n'y a point de véritable amour des hommes, sans l'amour de Dieu. On le voit bien dans les épidémies. Les philanthropes prennent la fuite, tandis que les prêtres, les religieux, les religieuses, qui portent le crucifix sur leur cœur, affrontent tous les périls pour secourir ceux qu'atteint le fléau de la contagion.

8. Hœc enimsi voois adsint et sapèrent, non vacuos nec sine fructu vos constituent in Domini nostri Jesu Christi cognitione (1). Si vous possédez ces vertus, si elles abondent dans vos cœurs et se manifestent par vos actions, la connaissance de Jésus-Christ Notre-Seigneur ne vous laissera pas stériles et sans fruits, mais elle vous fera paraître devant Dieu les mains pleines de bonnes œuvres.

La connaissance de Jésus-Christ est le commencement du salut, mais elle ne suffit pas : il y faut joindre les œuvres.

9. Oui enini non prirsto simt haec, cœcus est et manu tentans, oblivionem accipiens purgatio?iis veteriun suorum (h'iictorum. i Mais celui qui n'a point ces vertus est un aveugle, qui marche à tâtons et qui oublie comment il a été purifié de ses anciennes fautes. »

Cœcus est, il est aveugle, il ne voit pas le ciel qui de-

(1) VAX grec, :z>:z yàp J/IÏV jzycy/,,zy. KCt\ -'/ lOvâÇovra o'j/. àpy9\iÇ oùSl

t îL r^vTàC Ktipfev^pOv \tpov Iptavov iietymst*. Le présent mUttmprw oblige b rendre ainsi : « Lorsque vous possédez ces vertus, et qu'elles sont es rena lui un degré éminent, elles ne raw laipoinf stériles et san fruit- &*ec te connmtssxBee de Wena-Chrisl Notrt- Seigneur. «

vrait être le but de ses pensées et de ses actions ; il ne voit pas l'enfer où le conduisent son relâchement et ses péchés.

Et manu tentans. Quoique privé de lumière, il marche cependant, mais comme un homme qui erre dans les ténèbres et ne sait pas où il va.

Cette parole rappelle la malédiction prononcée dans le Deutéronome contre celui qui viole la loi. « Le Seigneur te frappera d'aveuglement, et tu marcheras à tâtons en plein midi, comme fait l'aveugle dans les ténèbres. » Percutiat te Dominns cœcitate, et palpes in meridie sicut palpare solet cœcus in tenebris. (Deuter., xxviii, 28.)

Manu tentans, en grec fxutDTràÇcov (de auw cty, fermer ou cligner les yeux). Ce verbe signifie proprement avoir la vue courte, de manière à ne distinguer que les objets qui sont très proches. Tels sont les mondains : ils ne voient que les choses de la terre. Par extension, ce verbe signifie aussi avoir la vue tellement faible qu'on s'aide de la main pour discerner les objets en les palpaut. C'est bien l'état des pécheurs dominés par leurs passions. Chez eux la foi est couverte comme d'un nuage, et ils ne voient les grandes vérités de la religion que dans une obscurité confuse. Ambulabunt ut cœci, quia Domino peccaverunt. (Sophon., i, 17.)

Oblivionem accipiens purgationis suorum delictorum* Celui qui ne cherche pas à acquérir ces vertus oublie avec quelle bonté Jésus-Christ lui a pardonné ses anciens péchés; il a perdu la mémoire des promesses solennelles qu'il avait faites avant d'être admis au baptême : en sorte qu'il devient parjure et ingrat.

10. Quapropter, fratres, magis satagite ut per bona opéra cerlam veslram vocationem et electionem faciatis. « C'est pourquoi, mes frères, efforcez-vous de plus en plus à rendre certaine votre vocation et votre élection, en faisant de bonnes œuvres (1). »

(1) Per bona ojiera, m' «yaflwv {p/wv, Ces mots importants manquent dans beaucoup d'exemplaires grecs ; mais ils se lisent dans le sinaïtique et dans l'alexandrin. D'ailleurs ils ressortent de tout le contexte ; le raisonnement de l'Apôtre les suppose ; Calvin n'ose pas le nier, et le Concile de Trente les cite : il faut les conserver.

— 269 — // Petr., i.

Quapropter. C'est la conclusion de ce qui 'précède. L'homme qui ne possède pas les vertus qu'on vient d'énumérer, est un aveugle qui marche vers l'abîme. Il faut donc qu'il tâche de les acquérir. Saint Pierre ne dit pas qu'elles manquent aux chrétiens d'Asie ; il reconnaît même leur ferveur ; mais ils doivent faire de nouveaux efforts pour croître en ces vertus, et pour les mettre encore mieux en pratique : magis satagite. Car c'est par leurs bonnes œuvres qu'ils rendront ferme et certaine leur vocation et leur élection.

Ce texte prouve clairement contre lesl protestants que la foi ne suffit pas au salut. Vous avez été appelés à la foi, dit saint Pierre, et vous avez été élus pour la gloire du ciel. Mais cette vocation et cette élection ne seront rendues fermes, efficaces, certaines, que par vos bonnes œuvres, puisqu'il est écrit que Dieu rendra à chacun, non selon sa croyance, mais selon ses œuvres : Quia tu reddes unicuiqite juxta opcra sua. (Ps. lxi.)

Satagite utper bona opéra certam vestram vocationem et electionem faciatis. Les théologiens qui pensent que l'élection à la gloire n'est pas antécédente aux mérites, produisent ce texte en leur faveur. L'élection à la gloire et au salut est du moins conditionnelle, disent-ils, puisqu'elle a besoin d'être confirmée et rendue certaine par les bonnes œuvres, qui dépendent du libre arbitre.

Ainsi l'exprime clairement ïhéophylacte. « Les appelés sont nombreux, dit-il, puisque Dieu appelle tous les hommes. Mais il y a peu d'élus ; car c'est le petit nombre qui travaille à se sauver et qui se rend digne d'être élu de Dieu : en sorte que l'appel vient de Dieu, et que l'élection ou la non élection dépend de nous. » Dei est vocare, electos autem fieri aut non fieri, nostrum. (Theophyl. in Matth., xxn, 14.) Saint Ambroise enseigne la même doctrine, lorsqu'après avoir cité cette parole : Quos prœ- Suivit, et prœdestinavit, il ajoute : Dieu n'a pas Iprédestiné avant de prévoir; mais il a prédestiné à la récomi'« use ceux dont il a prévu les mérites. Non enim anle destinavit quam prœsciret; sed quorum mérita prœ-

scivit. eomnn prœmia praedestinavit. (S. Ambr. de Fide, 1. V. r. vi.)

Suint François de Sales, dans une lettre à Lessius, félicite ce religieux d'avoir embrassé l'opinion de la prédestination à la gloire en prévision des mérites, post prœvisa mérita. Le saint docteur déclare cette opinion très illustre par son ancienneté, sa suavité, et l'autorité des Ecritures prises dans leur sens naturel ; pour lui il l'a toujours regardée comme la plus conforme à la miséricorde et à la grâce de Dieu, comme la plus vraie et comme la plus aimable. Sententiam illani antù/uitulc, suavitate, ac Scriplurarum nativa auctoritate nobilissimain... Eam semper rit Dei miser i cor diœ ac çjraticV mar/is consentaneam, veriorem ac amabiliorem existimavi. (Voyez Feller, art. Lessius.)

Néanmoins l'autre opinion est libre, et l'on cite même en sa faveur les grandes autorités de saint Augustin et de saint Thomas.

Saint Augustin, en admettant la prédestination antécédente aux mérites, corrigeait par les paroles suivantes ce qu'elle semble avoir d'effrayant : Vous devez espérer, disait-il, que Dieu vous donnera la persévérance dans l'observation de sa loi, et il faut demander tous les jours cette grâce dans vos prières. Si vous le faites, ayez confiance, croyez que vous n'êtes pas exclu du peuple des prédestinés. Car c'est Dieu même qui vous donne la grâce d'espérer et de prier. Que si vous êtes obligés de mettre en Dieu votre espérance, ce n'est pas certes une raison de désespérer de votre salut : c'est tout le contraire, puisque le prophète déclare maudit quiconque metfson espérance dans un homme. Maledictus homo qui confiait in homine, et ponit carnem brachium suu?n.

Mais sans entrer dans ces profondeurs, une vérité incontestable suffit : Tout homme qui veut être sauvé, se sauve, et nul n'est perdu que par sa faute (1 .

(I) Jerem., xvn, 5. — S. Auy. de Dono perse ver., xxn. — Vovez notre Commentaire >ur S. Paul. II ïim., n, VJ.

— 271 — /lPelr.,1.

IJœc enim facientcs non peccabitis aliquando. « Car si vous êtes zélés pour les œuvres saintes, vous ne pécherez jamais. » Voici le raisonnement de saint Pierre : Celui qui se conserve exempt de péché rend sa vocation et son élection certaines et efficaces. Or celui qui s'applique aux œuvres pieuses évite le péché. Donc il rend certaines sa vocation à la grâce et son élection à la gloire.

Non peccabitis aliquando, « vous ne pécherez jamais », ou du moins il ne vous échappera que des fautes légères. C'est le sens du grec : ou ^ ~-y.<rr-z -o-i. vous ne broncherez jamais de manière à faire une chute grave. S'efforcer de faire le bien est le moyen sûr d'éviter le péché et la perdition.

11. Car, ajoute saint Pierre, ces bonnes œuvres vous mériteront le salut. Sic enim abundanter ministrabitur vobis introitus in & ter nom regnum Domini ?wstri et Salvataris Jesu ( hristi. A chaque effort que vous ferez pour accomplir une bonne action, des grâces abondantes et riches vous seront données, avec un titre de plus pour entrer dans l'éternel royaume de Jésus- Christ notre Seigneur et notre Sauveur (1).

1"2. Propter quod incipiani vos semper monere de lus. 1 pourquoi je ne cesserai de vous faire ressouvenir de ces importantes vérités dont je vous parle aujourd'hui (2).

Et qxddem scientes et conftrmatos vos in preesenti veritatê. (Quoique vous connaissiez les vérités dont je parle, que vous n'en doutiez pas et que vous y soyez affermis,

(1) ( irre répète ici à dessein 1<- même verbe Istrceri, qu'il a employé plus haut (v. 5}; il marque ainsi ia relation entre le mérite »-t la récompense. (Test comme ^'il disait : S

tes œuvres, et vous recevrez u: aéieuse :

'strate, ministrabitur vobis.

(2) Tncipiai . Le grec, peïlijaai bpâç î/^saty.v^szîjv veut dire sim] mmonebo. Car le verbe //e'Mw avec un infinitif marque Le futur : pillai ffjjtirccv, je vais envoyer, mùsurus

rend ordinairement ce verbe par încipere, ( un futur prochain. "H/nUcv &nod*iexsiv, ineipiebal mort ., iv, 41 ■ iliûat, in r>. ,'. (Act. A.,

je ne cesserai de vous les rappeler. Car il ne suffit pas de connaître la loi, il faut en faire l'objet de ses pensées, et la mettre en pratique.

Semper monebo, je vous avertirai toujours : grande leçon donnée aux pasteurs des âmes, que l'Apôtre va développer encore dans les versets suivants.

13. Justum aulem arbitror, quamdiu sum i?i hoc tabernaculo, suscitare vos in commonitione . « Car je pense que c'est un devoir pour moi, pendant que je suis dans cette tente, de vous réveiller par des avertissements. » En effet, il y a toujours, dans un troupeau, des brebis égarées qu'il faut ramener au bercail, ou blessées qu'il faut panser, ou malades qu'il faut guérir, ou saines qu'il faut soigneusement nourrir, défendre et garder. (Ezech., xxxiv, 16.)

Suscitare vos in commonitione. Mais pour que le pasteur réveille les fidèles en leur prêchant les grandes vérités du salut, il doit se réveiller lui-même en les méditant chaque jour. Vigila super le ipsum, excita te ipsum ; admone te ipsum ; et quidquid de aliis sit, non negligas te ipsum. (Imit. Christ., 1. I, c. xxv.)

Suscitare, o'.syacE'.v. Saint Pierre se rappelle ce funeste sommeil auquel il se laissa aller sur la montagne des Oliviers et qui fut cause de sa chute. Nous de même croyons que nous avons besoin d'être réveillés par nos supérieurs et par nos amis, pour ne pas nous laisser endormir au milieu des périls.

Quamdiu sum in hoc tabernaculo. Notre corps, séjour passager de notre âme, n'est point une maison solide ; c'est une tente, que le voyageur dresse le soir pour y passer la nuit, et qu'il plie le matin avant son départ (1).

14. Certus quod velox est depositio tabernaculi mei. Or je sais que bientôt je déposerai ma tente, et c'est un motif pour moi de redoubler de vigilance (2).

(1) Saint Paul avait dit de même : « Nous qui sommes ici dans cette tente, nous gémissons d'être appesantis par le poids de notre corps. » Qui sumus in hoc tabernaculo, ingemiscimus gravati. (II Cor., v, A.)

(2) Depositio tabernaculi mei, vj dniOî-jiç toû <7x-/)vw//aTiï pou. La tente où j'habite est maintenant encore dressée, mais bientôt elle sera, non

— 278 — I/Petr.,1,

Secundum quod et Dominus no s ter Jésus Christus significavit mihi. Je dois bientôt quitter cette terre, mon âge m'en avertit ; la persécution qui ravage l'Eglise de Rome doit Unir par m'atteindre ; j'en suis d'ailleurs certain parce que Jésus-Christ Notre-Seigneur me l'a révélé. D'après ce texte, il semblerait que saint Pierre n'était pas encore en prison, lorsqu'il écrivit cette lettre: car il est probable qu'il n'eût pas manqué de le dire, comme avait fait saint Paul en écrivant de sa première prison aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à Philémon.

Dominus significavit mihi. Saint Ambroise rapporte, comme une tradition certaine, que saint Pierre étant recherché par les païens qui voulaient le mettre à mort, parce qu'il enseignait la loi chrétienne et spécialement la chasteté, fut supplié par les fidèles de céder pour un temps à l'orage. Quoiqu'il désirât le martyre, il se décida, suivant leur conseil, à sortir de Rome pendant une nuit. A peine était-il hors des murs, qu'il rencontra Jésus. Seigneur, où allez-vous? demanda saint Pierre. — Je vais à Rome, pour y être crucilié de nouveau, répondit Jésus. Saint Pierre comprit que le Christ, désormais immortel, ne pouvait être crucilié qu'en son serviteur. Il rentra dans Rome, fut aussitôt pris, et mourut sur la croix. (S. Ambr. Serm. contr. Auxent., n. 13.) Hégésippe, historien du iv,! siècle, fait le même récit. (Excid. Jeros., 1. [II, c. n.) On voit à Rome, sur la voie Appienne, une petite chapelle, érigée en mémoire de ce fait : elle s'appelle Domine quo vadis?

15. Dabo autem operam et fréquenter haùerc vos post obitum meum, ut horion memoriam faciatis. Mais j'aurai soin que, même après mon départ de ce inonde, vous ayez le moyen de vous remettre fréquemment ces choses en mémoire (1;.

pas pliée pour être portée ailleurs, mais déposée et kiissée sur la terre, pendant que mon àme partira seule pour le ciel.

^1) Vos habo;j ut faciatis, :.yiu 'jpSLi noiftiOzt, ("est an hellénisme c|ui veut dire vos habere potestatem facienâi ou vos posse facere. Car

Kl'l rRB8 ' \ 1 HO] [QVB9 18

Quelle était la mesure que voulait prendre saint Pierre pour que les fidèles pussent se rappeler souvent les gran des vérités de la religion ? On l'ignore.

(,)uelques-uns disent qu'il songeait à choisir pour coadjutour saint Clément ou saint Lin, qui continueraient après sa mort de veiller sur toutes les églises et d'y faire entendre la parole du salut. Mais il ne dit pas qu'il prendra des moyens pour qu'on annonce aux fidèles cette bonne parole, il dit qu'il veut que les fidèles puissent se la rappeler eux-mêmes.

D'autres pensent qu'il désigne ses propres Epîtres : il suffira aux chrétiens de les relire pour se ranimer dans la pratique de toutes les vertus. Mais il semble qu'il entend parler d'autre chose, puisque cette lettre est la dernière et qu'il dit au futur : Je prendrai soin, dabo operam.

Peut-être saint Pierre s'occupait-il de faire copier les livres du Nouveau Testament qui existaient alors. C'étaient les trois Evangiles de saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, avec treize Epîtres de saint Paul, celle de saint Jacques et les deux de saint Pierre lui-même. Ne serait-ce point dans ce but que saint Paul écrivait de Rome à Timothée, vers la même époque, de lui apporter d'Asie « surtout des parchemins », maxime autem membranas? (II Tim., iv, 13.) Un exemplaire de ces livres divins, copié avec soin, sous les yeux des deux Apôtres et de leurs disciples, serait lu dans les assemblées des fidèles et leur rappellerait chaque fois (lyAizoTz) les grandes vérités du salut.

16. Non enim doctas fabulas secuti notam fecimus uobis Domini nostri Jesu Christi virtutem et prœsentiam, sed speculatorcs facti illias magnitudinis. « Au reste ce n'est point en suivant des fables habilement inventées, que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais nous vous

e^co suivi d'un infinitif signifie avoir le moyen de ou « pouvoir », e'xo) TtouVuQai, possum facere. La phrase serait donc plus clairement rendue en latin de cette manière : Dabo opérant ft vos, post eocitum mettni, fréquenter horum memoriam facere possitis.

— 275 — IIPctr.,i.

l'annonçons après avoir été nous-mêmes les spectateurs de sa majesté. »

Saint Pierre vient d'exhorter les fidèles à mériter, par de saintes œuvres, l'entrée dans le royaume éternel, promis aux hommes par Jésus-Christ. Maintenant il appuie son exhortation sur la certitude de la divinité de Jésus-Christ, et il la prouve en leur déclarant qu'il a été lui-même le témoin oculaire de sa gloire sur la montagne, et qu'il a entendu le Père éternel lui rendre témoignage du haut des cieux.

Doctris fabulas, GE5«pioj*ivouç [xuôouç, fabulas arte composiias. Je ne vous raconte pas d'ingénieuses fictions, comme sont les récits mythologiques de la Grèce, ou les fables de certains hérétiques, mais j'ai vu de mes yeux, j'ai entendu de mes oreilles ce que je vous atteste.

Notam fecimus vobis Domini nostri Jesu Christi virtutem. La puissance de Jésus-Christ a éclaté dans les grands miracles dont tous les Apôtres ont été les témoins.

Notam fecimus, iyva>pfox{i£v, nous vous avons fait con-^ naître d'une manière certaine la puissance absolue avec laquelle il commandait à la nature.

Et praesentiam, en grec -apo-Wav, adventum. Ce mot se lie surtout à Christi, Saint Pierre veut dire : Nous vous avons prouvé que le Christ est venu, et qu'il a été présent au milieu de nous. Le Christ promis à nos Pères, c'est Jésus de Nazareth, dont nous avons été les disciples.

Speculatores facti illius magnitudinis, i-xô-xxv. yeufiévreç r?\z beefrou \u,y*Xti4rr[Toç, « nous avons contemplé sa grandeur. » Il parle d'un fait, dont il a été le témoin oculaire. Ce grand événement où s'est manifestée la gloire de Jésus- Christ, lorsque sa face devint plus brillante que le soleil, si la transfiguration, dont furent témoins saint Pierre, saint Jacques et saint Jean.

L7. Accipiens enim a Deo Pâtre honorem et gloriam,

• ' c delapsa ad eum hujusccmodi a magnifica qloria : Hic est Fitius meus dilectus, in quo mihi complacui ; ipsum audite. Car il a reçu de Dieu le Père un témoignage d'honneur et de gloire, lorsque du sein de la majesté et

de la gloire cette voix s'est fait entendre et est descendue vers lui : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances ; écoutez-le (1). »

Voce delapsa ad eum liujuscemodi a maqnifica gloria. 11 reçut l'honneur de la part du Père, quand une voix, retentissant du sein de la gloire magnifique, lui adressa cette parole : « Celui-ci est mon Fils. » La gloire magnifique , c'est la nuée lumineuse que mentionne l'Evan géliste, nubes lucida. (S. Mat th., xvn, 1.)

Delapsa a gloria, en grec bttyUi<rr^ oin oo;y,;, prolata a gloria} cette voix était proférée par la gloire. On no voyait personne : c'était la nuée lumineuse qui semblait faire retentir les paroles que prononçait le Père.

Voce hujuscemodi. cpwvvjç roiasSe. La voix disait les paroles que voici :

Hic est Filius meus dilectus, ô uléç [/.ou ô ày-y-r^ôc. L'article ainsi répété fait entendre que Jésus n'est point seulement fils de Dieu comme les prophètes et les saints, mais qu'il est le Fils unique par excellence, par nature égal à son Père. Hic est Filius meus dilectus, quem a me non séparât deitas, non dividit potestas, non discernit œternitas. Hic est Filius meus non adoptio?iis, sed proprius ; non aliunde creatus, sed ex me g en i tus ; nec de alia natura mihi factus comparabilis, sed de mea essentia mihi natus œqualis. (S. Léon. Serm. de Transfig.;

Jn quo mihi complacui. C'est l'explication du mot dilectus, mon Fils bien-aimé. en qui j'ai mis toutes mes complaisances. De là il suit que le Fils absorbant l'amour infini du Père, c'est en son Fils et à cause de son Fils

(1) Aoclplens honorera. La phrase semble inachevée : c'est un hébraïsme. Accipiens est mis pour accipiens fuit ou accepit, « il reçut. » Les Hébreux emploient le participe pour le verbe. — Au lieu de recourir à un hébraïsme, on peut encore expliquer la phrase par l'anacoluthe. Saint Pierre en la commençant se proposait peut-être de l'ordonner ainsi : Accipiens a Deo honorem declaratns est esse Filius Del. Mais \x citation des paroles du Père a rendu cette terminaison superflue. ( "est pourquoi après avoir rapporté cette grande parole, il ajoute qu'il ;i lui-même entendu la voix qui descendait du ciel. — La transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ est racontée par saint Matthieu (xvn, 1), par saint Marc (ix, 1), et par saint Luc (ix, 28).

— 377 — Il Peti\rh

que le Père nous aime. Il aime les saints, parce qu'ils sont semblables à son Fils, et parce qu'ils ne font qu'un avec son Fils, dont ils sont les membres.

Ipsum audite. Ces mots ne se lisent pas ici dans le grec ; mais ils sont dans les trois évangélistes saint Matthieu, saint Marc et saint Luc. Par cette parole, le Père qui a donné son Fils au monde comme Rédempteur, commande de l'écouter comme Docteur, et de lui obéir comme au Législateur suprême. Cette parole répond à la prédiction de Moïse, inscrite au Deutéronome : « Dieu, disaitil, vous suscitera un Prophète comme moi, il sera de votre nation et d'entre vos frères. C'est lui que vous écouterez. » (Deuter., xvnr, lo.)Prophetam de g ente tua et de fratribustuis, sicut me, suscitabit tibi Dominus Deus tnus. Ipsum audies, Jésus est le grand Prophète qu'annonçait Moïse.

18. Et ha ne vocem nos audivimus de cœlo allatam, quum essejnus cum ipso in monte sancto. Saint Pierre ne décrit point la splendeur qui brilla sur la face et toute la personne de Jésus-Christ, l'éclat éblouissant de ses vêtements, et la présence de Moïse et d'Elie ; car son but est de prouver que Jésus est le Fils de Dieu, et c'est la voix céleste qui le prouve. « Or, cette voix qui venait du ciel, nous l'avons entendue nous-mêmes, dit-il, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne. »

Nos. Je n'étais pas seul : nous étions trois, Jacques, Jean et moi. Jean, qui est près de vous en Asie, vous l'attestera comme je le fais ici dans Rome.

In monte sancto. La tradition nous apprend que la sainte montagne de la Transfiguration est le Thabor. Saint Cyrille de Jérusalem l'atteste : Moïses et Elias illi transfigurato présentes facti in monte Thabor dicebant discipulis excessum cjus. (Catech., xn, 6.) Saint Jérôme (Epitaph. Marcell.), saint Jean Damascène (Serm. de Transf.), Euthymius (in Ps. lxxxviii), et le vénérable Bède (De locis sanct., vu) le déclarent de même.

Quum essemus cum ipso in monte. D'après cette parole. L'Epître que nous examinons a pour auteur l'un des trois

témoins de la Transfiguration. Or, elle n'est pas de saint Jacques le Majeur, qui était mort depuis longtemps ; elle n'est pas non plus de saint Jean, dont le style est tout différent ; elle est donc de saint Pierre.

19. Ft kabemus firmiorem propheticum sermonem. Notre témoignage est véridique et certain. Nous vous annonçons ce que nous avons vu, et nous vous rapportons ce que nous avons entendu. Mais si l'on hésitait à nous croire, il y a une autorité plus ferme encore, et un témoignage qu'il est impossible de récuser : c'est la parole des prophètes. Leurs oracles sont dans les mains de tout le monde. Consultez-les et vous reconnaîtrez que tout ce que les prophètes ont prédit touchant le Messie qui devait venir, s'est accompli exactement dans Jésus de Nazareth (1).

Firmiorem propheticum sermonem. La parole de saint Pierre est en elle-même aussi ferme que celle des prophètes, puisque l'une et l'autre viennent du Saint-Esprit. Mais pour des Juifs ou pour des Gentils, le témoignage de saint Pierre pouvait sembler n'être pas une preuve assez convaincante : tandis que l'accomplissement des prophéties anciennes dans la personne de Jésus démontrait par un argument irrésistible qu'il était le Messie. Car, ils tenaient entre leurs mains ces vénérables parchemins qu'ils avaient reçus en héritage de leurs aïeux : et sur ces volumes séculaires, authentiques, qu'on lisait dans toutes les synagogues au temps de leurs ancêtres, ils voyaient racontés d'avance et décrits avec exactitude, les faits qui venaient de s'accomplir dans Jésus de Nazareth. Tout y était marqué d'avance, depuis sa conception dans le sein d'une Vierge et sa naissance à Bethléhem, jusqu'à sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension dans les cieux.

(1) C'est ce que firent les plus illustres habitants de Thessalonique et de Bérée, quand saint Paul leur annonça l'Evangile. Ils passaient les jours à lire et à scruter les anciennes prophéties, les comparant avec ce que l'Apôtre leur racontait de Jésus. Quotidie scrutantes Scripturas, si hœc ita se haberent. (Act. A., xvn, 11.)

— 279 — f/Petr.,i.

Gui bene facitis attendentes, quasi luceriuu lucenti in caliginoso loco, clonec dies elucescat, et hœifer oriatur in cordibus vestris. « Et vous faites bien de fixer votre attention sur les écrits des saints prophètes, comme sur une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour commence à paraître, et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs. »

Saint Pierre montre combien est importante l'étude de l'Ecriture sainte. La vie présente est une nuit obscure. Les livres de l'Ancien Testament, comme ceux du Nouveau, sont une lampe qui luit dans les ténèbres de ce monde ; elle répand la lumière sur toutes les choses de la terre et des cieux ; elle éclaire les pas du voyageur et l'empêche de s'égarer, comme l'exprime le prophète royal : « Votre parole est une lampe qui guide mes pas, et une lumière qui éclaire mes sentiers. » Lucernapedibus meisverbum tu uni, et lumen semitis meis. (Ps. cxviii.) Cette lampe nous est nécessaire pendant la marche pénible de cette vie, jusqu'à [ce que le jour de l'éternité ap proche : alors la nuit étant passée, les rayons de la majesté divine, figurés par l'étoile du matin, commenceront à briller dans nos intelligences et rempliront nos cœurs de joie. In his velut nocturnis laboribus et doloribus, prophetia nobis accensa est, sicut lucerna in obscuro loco, donec dies lucescat et lucifer oriatur in cordibus nostris. (S. Aug. in Ps. lxxxix, n. 15.)

20. Mais cette lampe elle-même pourrait nous égarer, comme elle en a perdu plusieurs. C'est pourquoi saint Pierre, inspiré de Dieu, pose un grand principe qui nous préserve de l'erreur et nous sauve de l'hérésie. Vous <l. ve/. dit-il, savoir et comprendre avant toutes choses, que nulle prophétie de la sainte Ecriture ne s'explique par une interprétation privée. Hoc primum intelligentes (iw></ mnnis propheiia Scripturœ propria interpretatione non fit. Eu grec, îâfa; èxtàûesuc ou ffasou, non est pmvaiae solu/iouis. C'est-à-dire que les difficultés qui naissent du texte de L'Ecriture sainte ne doivent pas être résolues par l'interprétation particulière. Ne guis ad libitum suum

Scriphiras exponere audeat, dit le vénérable Bède. Non. c'est à l'Eglise qu'appartient ce droit. Chaque fidèle n'est point le juge du sens des Ecritures, spécialement dans les passages qui concernent le dogme et la morale. Les Ecritures sont un flambeau placé sur le chandelier public de l'Eglise infaillible, et non sous le boisseau ténébreux de l'intelligence individuelle. Le saint Concile de Trente l'a expressément déclaré. Nemo suœ prudentiœ innixus, in rébus fidei et morum... sanctam Scripturam adsuos sensus contorquens, contra eum sensum quem tenxrit et tenet sancta mater Ëcclesia {eu jus est jndicare de vero sensu et interpretatione Scripturarum sanctarum)... interpretari audeat. (Conc. Trid. Sess. IV. — Voyez plus bas, ch. m, v. 16.)

Tout habile que soit un helléniste, un hébraïsant, un érudit quelconque, il doit incliner son savoir devant l'autorité de l'Eglise et de la tradition.

Prophetia Scripturœ. Par ce mot il faut entendre non seulement les prédictions de l'avenir, mais tout l'enseignement dogmatique et moral donné sous l'inspiration divine et déposé dans les saintes Ecritures. (Voyez Rom., xii, 6 : I Cor., xm, 2, et xiv, 3; Apoc, xi, 3.)

Si l'on avait 3uivi le principe formulé par saint Pierre à l'origine du christianisme et consigné par l'ordre de Dieu dans sa dernière lettre, il n'y aurait jamais eu d'Arianisme, de Luthéranisme, ni de Jansénisme. Pétri sententia flagellât hœreticos, dit Estius. L'Eglise écoute volontiers les savants, mais elle les juge, et aucun de ses jugements n'a été réformé par la science.

21. L'Apôtre ne se contente pas de poser le principe, il en donne la raison : Non enim voluntate humana allata estaliquando prophetia; sed Spiritu Sancto inspirati locuti sunt sancti Dei hommes . « Car ce n'est point par une volonté humaine que la prophétie nous a été autrefois apportée. Les prophètes ne parlaient point de leur propre mouvement ni selon leur science privée ; mais c'est par l'inspiration même du Saint-Esprit que tous les saints hommes de Dieu ont parlé. »

— 281 — // t'elr., i.

A on voluntate humana. Les faux prophètes disaient ce qu'ils conjecturaient, ce qu'ils inventaient, ce qu'ils voulaient. Mais les vrais prophètes ont annoncé les choses que Dieu leur a révélées, ils ont écrit ce que Dieu leur a ordonné d'écrire, et Dieu les a assistés pour l'écrire.

De là on tire deux conclusions d'une grande importance. Voici la première : Puisque la parole des livres saints est une parole inspirée de Dieu, elle ne peut rien contenir de faux, non seulement en ce qui concerne le dogme et la morale, mais encore en ce qui touche à l'histoire, à la philosophie, aux sciences humaines. Tout ce que dit l'Ecriture divine, bien comprise, est vrai. Les historiens mêmes qui racontent, par l'ordre de Dieu, les faits qu'ils ont vus, n'écrivent que sous l'impulsion et sous la direction du Saint-Esprit : en sorte que leur récit est une œuvre divine. Par là sont condamnés les hommes téméraires qui osent supposer des erreurs historiques ou scientifiques dans la Bible.

Seconde conclusion. Puisque c'est le Saint-Esprit qui parle dans l'Ecriture, c'est à lui qu'il appartient d'expliquer sa parole ; et il a institué dans l'Eglise une autorité infaillible, que nous devons écouter. Car il l'assiste selon la promesse de Jésus-Christ; il l'éclairé et la dirige, lorsqu'elle interprète la sainte parole. Cette autorité vivante, c'est le Pape et le Concile uni au Pape.

C'est aussi la Tradition ; car l'assistance du Saint-Esprit est perpétuelle. L'Eglise redira jusqu'à la fin du monde ce que les Apôtres lui ont enseigné. Elle pourra éclaicir et développer sa doctrine, elle ne la réformera jamais.

Ainsi se trouve renversé par le fondement le libre examen du protestantisme.

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