‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 57 sur 119 · PS. LIV · texte numérisé non relu

PS. LIV

Voluptatem existimantes diei delicias. Ils mettent leur bonheur à passer le jour dans les festins et les délices, interdiu comissanles. C'était contraire à l'usage des anciens, dont le principal repas était le souper, cœna ; l'on réservait le jour aux affaires (1).

Mais pour les hérétiques, moins sobres que les honnêtes païens, ils aimaient à passer le jour à table, et ils déshonoraient leurs festins par des débauches ; c'est pourquoi saint Pierre les flétrit, en les appelant « des souillures et des opprobres, », <nriXot xae jjlûjjwi, coinquinationes et ma cuLv. Ces substantifs sont beaucoup plus forts que les adjectifs coinquinati et maculât?. Ils font entendre que, dans ces hommes méprisables, tout est souillure et impureté: en sorte qu'étant immondes eux-mêmes, ils souillent encore tout ce qui les approche.

Delici/'s affluentes in conviviis sais, èVrpoîpcovTsç sv taîç v/'v-aT,- iuTûv, ils se livrent à l'intempérance et à toutes les délices dans leurs agapes. Les premiers fidèles nommaient « agapes » ou charités les modestes repas qu'ils prenaient ensemble après avoir célébré les saints mystères. Mais des chrétiens indignes corrompaient cette admirable institution. Ils apportaient des mets délicats < [if ils mangeaient à part, et ils buvaient avec excès, comme saint Paul le leur reproche dans sa première Epître aux Corinthiens : Unusquisque enim suam cœ?iam prœsumit ad manducandum ; et alius quidem esurit, al?'??s autem ebrius est. (Y Cor., xi, 21. »

Saint Paul fait allusion à cel usage universel dans l'antiquité,

lorsqu'il 'lit : « Ceux qui B'enivrent, -'enivrent pendant la nuit. » Qui

ebrii rua?, nocte ebrii sunt. 1 Thess , v, 7.) Les voluptueux seuls se

i table .'ivant le coucher du soleil, comme on le voit dans

\ p tri ■>■ tolido derrière de die spernit. (I Od. 1.)

— -irn —

In convivns suis. Ces mots peuvent se rapporter aussi bien à ce qui suit qu'à ce qui précède : in conviviis suis

luxuriantes vobiscum. Ils ne craignent pas de déshonorer par leurs dissolutions les repas même qu'ils prennent avec vous dans vos saintes assemblées (1).

14. Oculos habentes plenos adultéra (2), et incessa bi lis delicti. Leurs yeux sont pleins d'adultères, et d'un péché qui ne cesse point. Tel est le caractère de la luxure : elle pousse sans cesse à des actions honteuses. La bouche de l'impudique est un sépulcre d'où sortent des paroles empestées ; une flamme impure jaillit de ses yeux ; un feu immonde brûle dans son cœur; sa pensée se complaît dans des images déshonnetes ; le mal qu'il ne fait pas, il désire le faire ; en sorte qu'il ne vit que pour pécher, et pèche toujours : incessabile delictum. Voilà où conduit eette passion fatale, lorsqu'elle n'est pas combattue.

Pellicientes animas ùistabiles, oeXexÇovteç '}j/^ç àsT^pt'xxo'jç. Ils attirent à eux et prennent comme par des amorces les âmes qui sont mal affermies dans la religion. De là viennent des défections parmi les chrétiens encore peu instruits des vérités de la foi, et dont la vertu est chancelante. Ils quittent l'Eglise, et vont grossir le parti des novateurs.

Cor exercitatum avaritia habentes. Ils ont le cœur exercé à l'avarice. Ils inéditent les moyens de s'enrichir; ils connaissent et mettent en œuvre toutes les ruses qui procurent de l'argent: puis ils dissipent en luxe, en bonne chère et en plaisirs ce qu'ils amassent par la fraude.

Maledictionis filii. La malédiction leur est préparée. Le souverain Juge leur dira : « Allez, maudits, au feu éternel. » Car ils ont perdu, pour un gain misérable, des âmes rachetées au prix de son sang.

(1) Saint Jude dit de même : lit suut in epidis suis maculœ, <:onvivantes .sine timoré.

(2) Plenos adulterii,/j.-77'si>; uir/'Atôo;. Des manuscrits portent iioiyx\l%t. C'est indifférent ; car pwtjfaîiiç, qui signifie habituellement adultéra, se prend aussi comme synonyme de fatj^Aèx, adulterium. — Plenos incessabilis delicti, à:/.s.-:u.-yJj--coj Aftétprioti. De bonnes éditions grecques donnent AœrairxÛTrov; àaa^Ttx;, oculos incessoubiles delicti. Cette leçon est très élégante.

— 299 - Il Pétrin.

15. Derelinquentes rectam viam crraverunt, secuti viam Balaam ex Boso?\ qui mercedem miquitatis amavit. Ils ont quitté le droit chemin et se sont égarés en suivant la voie de Balaam de Bosor, qui aima le salaire de l'iniquité (1). Au livre des Nombres, Moïse rap porte comment le prophète Balaam, séduit par les présents de Balac, roi de Moab. se montra disposé à maudire le peuple d'Israël, qu'il savait béni de Dieu ; et il aima le salaire de l'iniquité, c'est-à-dire la récompense que lui offrait Balac pour son injuste malédiction.

16. Correptionem vero habuit sage vesanise (2) : suôjuqale mutton animal, hominis voce loquens, prohibait prophrtx insipietitiam. Mais il fut repris de son pervers dessein : un animal muet, soumis au joug, réprima la folie du prophète, en parlant d'une voix humaine. Quelle leçon pour les superbes : un prophète confondu par une ànesse ! Dieu emploie les instruments les plus vils pour perdre la sagesse des sages, et réprouver la prudence des prudents : perdani sapientiam sapientiam^ et prudentiam prudenlium reprobabo. (I Cor., i, 19.) Nous voyons souvent dans l'Eglise des savants confondus par des ignorants. Sicat asina redargait Balaam, dit le vénérable Bède, sic ssepe parjani redarguunt et confutanl hxreticos, laici clericos, subditi praslatos, iadocti doctos, mulieres viros, plèbe ii sapientes.

(1) Balaam ex Bosor. Le grec, n-Ax-sy. -o~j w-jz-jï, permet de traduire? « Balaam, fils de Bosor. « Mais, au livre des Nombres (xx.ii, 5), Balaam est appelé fil- de Béor. C'est pourquoi plusieurs pensent qu'il faut traduire, comme la Vulgate : » Balaam de Bosor. » Bosor, qui BÎgnîfie

nue ville du paya des Ammonites. Saial Jude «.lit de même : Y. - comme Balaam, étant emportés par le désir

Tcede cfft'ti sunt (v. 11). — Balaam était

'•ien et consultai) le démon ; cependaol Dieu l'inspira, et lui fit

prononcer la célènre prophétie (pu eommence ainsi : Orietur Stella ex

Jacob. (Xum., wiv, 17.,) Dieu, dit saint Thomas, se sert des mauvais

pour L'utilité dea bons. (2« 2«, q. 172, a. 6.)

(2) Suas vesaniœ, -m grec Wltej nxp$t»ofiixst propriœ iniquitatis. Le

«lot - -mlie la transgression libre et volontaire d'une loi

lit d'un violateur et d'un contempteur Plusieurs exemplaires donnent, conformément à la VnL

^2C3rj.c5>:'^ç. m'on lit aussi dans Ortgeae «*t ailleurs.

17. Ht sunt fontes sine ar/ua. Ce sont des fontaines sans eau. Fontaines, parce qu'ils promettent de faire jaillir les flots d'une science merveilleuse : omnes scientiam pollicentur (Tertull.) : mais fontaines sans eau, parce qu'aucune vérité salutaire n'en découle.

On trouve rarement de saines idées religieuses dans les livres des hérétiques. Ce sont des philologues et non des philosophes, disait fort justement Corneille Lapierre ; ils donnent des feuilles et non des fruits; des mots et non la science ; des sophismes et non de solides raisons : ils ont sans cesse à la bouche la sainte Ecriture, mais ils ne l'entendent pas; ils en ôtent les miracles et en affaiblissent les dogmes ; au lieu de l'expliquer, ils la pervertissent.

Et nebulœ turbinibus agitatœ. Ce sont des nuées qui voilent le soleil et sont agitées par des tourbillons. Nebulœ : comme cette expression est juste! Ecoutez leurs discours, lisez leurs écrits : tout est confus, incohérent, insaisissable ; tout est nébuleux. Et ces nuées vaporeuses sont poussées en tous sens par des tourbillons qui leur donnent les formes les plus bizarres. N'est-ce pas la peinture du protestantisme changeant perpétuellement sa doctrine, et divisé en mille sectes, au point que dès le temps de Bossuet, l'histoire de cette hérésie s'appelait déjà l'histoire des variations?

Quibus (hominibus) caligo tenebrarum reservata est. L'épaisse nuit des ténèbres leur est réservée dans les prisons éternelles, en punition des ténèbres qu'ils ont répandues sur la terre.

1S. Superbaenimvanitatis loquentesy pelliciunt in desideriis ca?mis Inxuriœ eos qui paiilulam effugiunt qui i?i rrrore conversantur. Car en tenant l'orgueilleux langage de la vanité, ils amorcent, par les passions de la chair et par la volupté impure, des hommes qui déjà s'éloignaient de ceux qui vivent dans l'erreur.

Superba enim vanitatis loquentes. Ils se vantent de posséder seuls la science des choses sublimes, touchant la plénitude de l'Etre, la formation du monde et la gêné-

— 301 — UPetr., iï.

ration des esprits. Ils prononcent là-dessus des discours brillants, dont la pompe cache le vide, mais qui séduisent les simples (1).

Pelliciunt in desideriis carnis luxuriœ. L'expression caro luxurix est la même chose que caro luxuriosa. Traduisons donc : à ces discours fastueux ils joignent l'amorce des plaisirs convoités par une chair luxurieuse, et ils autorisent la satisfaction de la concupiscence. C'est un puissant moyen de persuasion. Car, on écoute volontiers un docteur qui vous dit : Prenons du plaisir, mangeons, buvons, et nous posséderons le royaume des cieux. Quis enim non libenter audiat : manducemus et bibamus, et in seternum regnabimus? (Hieron. adv. Jovin., 1. II. 3.)

Si de telles maximes n'ébranlent pas les chrétiens fermes, elles séduisent des hommes qui se disposaient à accepter l'Evangile. Car, on voyait des Gentils, touchés de la grâce, commencer à quitter l'erreur. Déjà ils abandonnaient les idoles pour s'instruire de la religion chrétienne, quand d'impurs sectaires les ont entraînés avec eux dans la perdition. Pelliciunt eos qui paululum effugiunt (eos) qui in errore conversantur (2).

Liber la tem illis promittentes. « Ils les attirent à eux en leur promettant la liberté. » Il n'y a point de charme plus puissant que ce mot : liberté ! les novateurs s'en emparent et il fait leur succès. Ils cachent sous ce voile leur perversité, comme saint Pierre le disait déjà dans sa première Epître. Yelamen habentes malitiœ liber ta tem. (I Petr., iï, 16.) Saint Paul avertissait de même les Galates que la liberté chrétienne ne devait pas être pour eux une occasion de vivre selon la chair : Tantum îw libertatem in occasionem detis carnis. (Gai., v, 18.)

La liberté que Jésus-Christ nous a apportée, c'est la

(1) Superba oanitatis, jnipoytut pax*lmftoi% est la même chose que / ba ' i vana.

(2) Voici le grec, <jui parait un peu plus clair que le latin de la Vuljrate : ^ùv^jz^ h Imdufiutii tapnbç àaû.ytistf tout s/i'yw,- dtoopcûyovTffs

>x.rt à^zvrptfoftivouf. Inescani i,i desideriis carnis luxuriosœ eos qui paululum effugiunl ab his qui in errore conversantur.

délivrance du joug du démon, c'est l'affranchissement de la servitude du péché. Mais la liberté que les hérétiques promettent à leurs adeptes est une licence impie qui foule aux pieds les commandements de Dieu, déchire les saintes lois de l'Eglise et déclare permises toutes les voluptés charnelles. C'est la liberté de la concupiscence. Telle est celle qu'ont prèchée les auteurs de la Réforme : ils promettaient le ciel à tous ceux qui acceptaient leur doctrine, quels que fussent les péchés qu'ils commissent.

Quum i))si sint servi corritptionis. Mais comment pourraient-ils donner la liberté aux autres, quand ils sont euxmêmes les esclaves de la corruption, quand ils obéissent à la tyrannie de la concupiscence, quand ils sont liés comme des captifs par les chaînes des plus tristes passions ?

A quo enim. quis superatus est, hujus et servus est. Qu'ils soient esclaves, saint Pierre le prouve par l'usage de la guerre. À cette époque, lorsqu'une ville était prise d'assaut, le vainqueur avait le droit de réduire en esclavage tous ses habitants. Saint Pierre dit donc : Ils sont esclaves de la corruption ; car on est esclave de celui par qui l'on a été vaincu. « Tout homme qui commet le péché est esclave du péché » , dit aussi l'Apôtre saint Jean; car il se soumet au péché comme à son maitre, et il laisse en chaîner sa liberté par sa passion. Omnis qui facit peccatum servus est peccati. (S. Joann., vin, 34.)

20. Si enim refuqientes coinquinationes mundi in cognitione Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi, his rursus implicati super antur, facta sunt eis posteriora détériora prioribus.

En effet, si après s'être retirés des souillures du monde., lorsqu'ils ont connu Jésus-Christ notre Seigneur et Sauveur, ces hommes se laissent vaincre de nouveau par les désirs de la chair, et s'engagent dans les mêmes iniquités qu'auparavant, leur dernier état devient pire que le premier, selon la parole de Notre-Seigneur : Fiunt novissima hominis illius pejora prioribus. (S. Matth., xir, 45.) Cela est facile à comprendre ; car leur faute est plus grave.

— 303 — // Petr.t h.

étant commise avec une connaissance plus grande et une volonté plus forte ; ils s'enfoncent plus avant clans l'affection du péché, et leur ingratitude les rend indignes de la miséricorde.

21. « En sorte qu'il eût mieux valu pour eux de n'avoir point connu la voie de la justice, que de retourner en arrière après l'avoir connue., et que de renoncer à la loi sainte qui leur avait été donnée. » Melius cnim erateis non cognoscere viamjustitix,quarn post agnitionem retrorsum converti aà en, <juod Mis tradition est,sancto mandato.

La voie de la justice, viamjnstitiœ, est la vraie religion.

~t un grand malheur de l'ignorer, mais c'est un plus

grand malheur encore de la connaître et de l'abandonner

en-uite, comme font les hérétiques et les infortunés qu'ils

séduisent (1).

L'infidèle qui n'a pas entendu annoncer l'Evangile sera traité moins sévèrement que celui qui a repoussé la parole de Dieu, ou qui, après l'avoir acceptée, l'a rejetée de nouveau. C'est ce que Notre-Seigneur nous enseigne, lorsqu'il déclare que Tyr et Sidon, Sodome et Gomorrhe seront punies avec moins de rigueur au jour du jugement que Bethsaïde et Corozaïn qui, ayant entendu sa parole et vu ses miracles, sont demeurées impénitentes. (S. Matth., xi. -21.)

32. Contigit cnim eis Mud veri proverbii : Ca reversus ad suum vomiium; et Sus Iota in volutabro lut). Il est arrivé, en effet, à ces hommes qui se sont replongés dans leurs anciennes impuretés ce que dit un proverbe qu'ils ont vérifié : < Le chien est retourné à son vomissement, i Cette image fait horreur. Qu'est-ce donc que le pécheur qui retourne à son péché infâme, après l'avoir vomi .'

Et cette autre parole s'accomplit ;m>si en eux: « Le pourceau lavé s'est vautré de nouveau dans La fange. »

tiat. La voie de I (pression hébraïque, dési-

ce iju'il faut faire pour être juste opter

lut, qui commande la foi et les bonnes œuvres. — '></,/. Le saint commandement est celui qui nous orrloi ttiquités du monde.

Le premier proverbe est tiré de l'Ecriture (Prov., xxvi, 11 », et le second est un adage vulgaire. Le poète Horace les a réunis en un seul vers : Vixisset canis immimdus, vel arnica luto sas. (Hor., II Ep., ;i. 26.)

Ces deux proverbes peuvent s'appliquer à tous ceux qui retombent dans le péché mortel que Dieu leur avait pardonné; mais ils conviennent d'une manière spéciale aux chrétiens qui, après avoir été lavés des souillures de l'impureté, se vautrent de nouveau dans cette fange immonde. C'est ce que faisaient les Unostiques. Une de leurs sectes mérita même le nom de Borborites, mot tiré du grec fiôpCjo^oç, qui signifie camion, boue (1).

(1) Nonnulli eos etiam Borboritas vocant, quasi cœnusos, yropler nimiam turpitudinem quant in suis mysteriis '.rercere dicuntur. (S. Aug. Hser. G.)

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