‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 79 sur 119 · Et hoc est mandatum ejus · texte numérisé non relu

Et hoc est mandatum ejus

Ut credamus in nomine Filii ejus Jesu Christi : et diligamus alterutrum, sicut dédit mandatum nobis.

24. Et qui servat mandata ejus, in Mo manet, et ipse in eo ; et in hoc scimus quoniam manet in nobis, de Spiritu quem dédit nobis.

1. Videte qualem charitatem dédit nobis Pate?\ ut filii Dei nominemur, et simus. Saint Jean venait de dire que Celui qui accomplit la justice est né de Dieu. Maintenant il explique la gloire et les effets de cette bienheureuse naissance, pour nous exciter à nous en montrer dignes. « Considérez en effet, dit-il, quel amour le Père nous a témoigné, en voulant que nous fussions appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons en vérité. » Instituer quelqu'un son héritier, c'est lui montrer une grande affection ; mais le choisir et l'adopter pour son fils, c'est un témoignage incomparable d'estime et d'amour. Et le Père, qui possède un Fils éternel comme lui, veut bien nous appeler ses enfants : il nous en donne et le titre et la réalité, en nous faisant participants de la nature divine, par la grâce qu'il répand dans nos âmes : Ut filii Dei nominemnr. C'est une allusion à la parole d'Osée, qui s'accomplit dans les chrétiens : « Ils seront appelés fils du Dieu vivant, dit le prophète. Dicetur eis, Filii Dei viventis. (Os., i, 10.)

Et sirnus. Nous sommes vraiment les enfants de Dieu. Car Jésus-Christ a donné à tous ceux qui croient en son

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nom le pouvoir de le devenir. Dédit eis poiestatem filios Dei fieri, his qui credunt in nomine ejus (1).

Propter hoc mundus non novit nos, quia non novit eum. Ne soyez pas surpris si le monde ne connaît pas notre dignité d'enfants de Dieu, et si, ne voyant en nous que des hommes simples et pauvres, il nous méprise : c'est qu'il ne connaît pas Dieu, notre Père. Car s'il connaissait sa grandeur, il estimerait aussi la nôtre.

Mundus. Par le monde, saint Jean entend la multitude des hommes qui suivent leur concupiscence. Un jour ces mondains verront dans la gloire les justes qu'ils dédaignent, et ils s'écrieront avec étonnement : Insensés que nous étions, nous regardions leur conduite comme une folie, et voilà qu'ils sont au nombre des enfants de Dieu ! (Sap., v, 4.)

2. Charissimi, nnnc filii Dei snmus; et nondum appariât quid erimus. Mes bien-aimés, quoique méprisés du monde et chargés de sa haine, nous sommes dès maintenant les enfants de Dieu, aimés de notre Père ; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. Nous sommes mortels et infirmes comme tous les autres hommes; et rien dans notre état présent n'annonce la gloire qui nous est réservée. Mais quand Jésus-Christ apparaîtra, nous serons transformés. Nous serons alors semblables à lui selon notre corps et selon notre à me. Scimus quoniam, quum apparuerit, similes ei erimus. Saint Paul parlait de même aux Colossiens : « Lorsque le Christ apparaîtra, leur disait-il, alors vous apparaîtrez vous-mêmes avec lui dans la gloire. » (Coloss., m, 4.)

Similes ei. Nous ne serons pas seulement semblables, dans nos corps, à l'humanité glorifiée de Jésus -Christ ressuscité; nous ressemblerons à Dieu même, dans notre Ame.

(1) Et simus, en grec xs! fo/uv, et sumus. Quelques éditions omettent ces deux mots: mais les quatre meilleurs manuscrits les donnent (A B C et le sinaïtique). Ils se lisent dans saint Augustin, Théophylacter CEcumeniut, le syriaque. Aussi la saine critique les adopte. 11 ne faut pas attribuer à. une faute de copiste la belle théologie contenue dans ce mot.

EL Nous participerons à la nature divine, comme l'affirme saint Pierre. Nous serons spirituels, incorruptibles, immortels et heureux comme Dieu.

Quoniam videbimas eum sicuti est. Nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est. Nous ne voyons maintenant que son image ; nous le voyons dans un miroir, en énigme : per spéculum in œnigmate. Nous le voyons dans ses œuvres qui nous donnent une idée de sa nature et de ses perfections, comme on connaît l'ouvrier par son ouvrage. Enfin nous le voyons par la foi, dans sa parole. Mais un jour nous le verrons immédiatement lui-même et face à face.

Videbimuseum sicuti est. Alors nous verrons une grande vision. Nous contemplerons ce que l'œil de l'homme n'a point vu, ce que l'oreille de l'homme n'a point entendu, ce que le cœur de l'homme n'a point conçu. Nous verrons une beauté qui surpasse toutes les beautés de la terre et des cieux ; car toutes les beautés créées ne sont que de faibles rayons qui tirent leur lumière de cette beauté infinie.

Similes ei erimus, quoniam videbimus eum sicuti est. Nous serons semblables à Dieu, parce que nous le verrons comme il est. Comment cette ressemblance se ferat-elle en nous? La splendeur de la Gloire viendra se peindre en notre âme, comme lorsque la lumière du soleil tombe sur un pur cristal, et notre âme sera ainsi transformée en une admirable image de la divinité.

Voyant Dieu comme il se voit, nous l'aimerons comme il s'aime. L'aimant comme il s'aime, nous serons saints comme il est saint. L'homme en entrant dans la gloire, dit saint Bernard, devient un même esprit avec Dieu, non seulement parce qu'il veut la même chose, mais parce qu'il ne peut pas vouloir autre chose. Cette vue, cet amour, cette sainteté nous rendent, non pas égaux, mais semblables à Dieu, participants de sa nature et heureux de son bonheur. Nous serons alors pleinement rassasiés de félicité. Satiabor quum apparuerit (jloria tua. (Ps. xvi.)

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Sci?nus. Nous le savons avec certitude, parce que nous l'avons appris de sa bouche. Mais nous ne faisons que balbutier, quand nous parlons de ces grandes choses.

3. Et omnis qui habet hanc spem in eo sanctificat se, sicut et ille sanctus est. « Et quiconque a cette espérance en Dieu se sanctifie dès maintenant, comme Dieu est saint lui-même. » Car l'enfant d'un Dieu saint doit être saint. N'est-il pas écrit : Vous serez saints, parce que je suis saint? Sancti estote, quia ego sanctus sum. (Lev., xi, 44, et I Petr., i, 16.) Et nous savons que nul ne verra Dieu s'il n'a le cœur pur. Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt. (S. Matth., v, 8.) Enfin l'on nous avertit que rien de souillé n'entrera dans la cité que Dieu habite. Non intrabit in eam aliquid coinquinatunu (Apoc., xxi, 27.)

Sanctificat se, xyWÇet éototov, castificat se, comme traduit saint Augustin. Nous ne pouvons nous conserver purs et nous sanctifier qu'avec l'aide de la grâce, et non par nos propres forces. Dieu non plus ne nous sanctifie pas sans nos efforts. Quis nos castificat, nisi Deus? Sed Deus te nolentem non castificat. (S. Aug., in I Ep. Joan.ïr. iv, n. 7.) La sainteté de l'homme est l'eflet de la grâce de Dieu, qui aide la libre volonté de l'homme.

Saint Jean presse le sens de ce mot, sanctificat se, et il insiste sur la sainteté pour protester contre les hérétiques qui regardaient l'impureté comme chose légère.

4. Omnis qui facil peccatum, et iniquitatem facit; et peccatum est iniquité». « Tout homme qui commet un péché commet aussi une violation de la loi ; car le péché n'est qu'une violation de la loi. » Ces hérétiques établissaient une différence entre peccatum et iniquitas. Par iniquitas, wjJ.x, ils entendaient la violation d'une loi positive; et peccatum. Kpoprfa, était seulement une déviation de la parlait e rectitude; c'était, disaient-ils, une simple imperfection qui ne tombait pas sous uue défense promulguée.

Or. ils prétendaient que seule la violation d'une loi

itive privait de La sainteté et de la justice exigées de

Dieu. Ainsi il est dit dans la loi : Non mœchaberis, ou

[xoi/i^i'.;, « tu ne commettras pas d'adultère » ; mais il n'est pas dit : Non fornicaberis, ou Tzopvzôïv.; », tu ne commettras pas de fornication. » Ils en concluaient que la fornication n'étant interdite ni par la loi divine écrite, ni par la loi civile, n'était pas la violation d'une loi. La chasteté absolue pouvait être meilleure, mais la fornication n'était pas un crime. Ce serait peut-être iaaprta, peccatitm ou defectus, un manque de perfection ; mais ce n'était pas avorta, iniqidtas, une faute grave, digne de châtiment (1).

Mais saint Jean dit aux fidèles : Ne vous y trompez pas, tout ce qui est fait contre la lumière de la raison ou contre la conscience offense Dieu. Car la conscience est l'interprète de la loi divine qui est gravée dans le cœur de l'homme, et tout péché n'est pas autre chose que la violation de cette loi. Le péché, selon la définition de saint Augustin, est une parole, une action ou un désir contraire à la loi éternelle. Peccatum est factnm, vel diction, vel concupitum aliquid contra œternam legem. (Aug. contra Faust., 1. XXII, c. xxvii.) L'Apôtre ajoute : Peccatum est iniquitas , \ mapria £<7t!v 7j àvouta. Le péché est la violation de la loi ; péché et violation d'une loi, c'est la même chose.

Cet avertissement était fort important. Car toutes sortes d'impuretés se commettaient sans honte parmi les Gentils. Des hérétiques, comme les Simoniens, les Nicolaïtes et les Gnostiques, autorisaient d'infâmes débauches. Une licence affreuse régnait chez tous les peuples (2). C'est

(1) Ces hérétiques pressaient avec subtilité le sens étymologique des mots «//a/erra et &voy.ta. La distinction de ces deux noms, comme des verbes Skvo/iéu et eqtutfrày», doit être retenue pour bien comprendre les versets suivants, où saint Jean continue de réfuter les vains hellénistes qui se prétendaient justes et irréprochables, tant qu'ils ne violaient pas le texte formel d'une loi positive.

(2) Les Gnostiques, nous l'avons dit, prétendaient qu'étant devenus spirituels par la connaissance de la Majesté ineffable, ils étaient inaccessibles à la corruption, quelque chose qu'ils tissent. Quod spiritale est (quod semetipsos esse volunt) impossibile esse corruptelam percipere, licet in qvÂbuscumque fuerint factis. (S. Iren., 1. I, c. vi. — Voyez plus haut, i, 6.)

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pourquoi le concile de Jérusalem s'était vu obligé de porter un décret contre la fornication, et saint Paul, en divers endroits de ses Epîtres, déclare que l'adultère n'est pas la seule impureté qui exclut du royaume de Dieu. (I Cor., vi, 10 ; Rom., i, 27 : 1 Tim., i, 10; Gai., v, 19.) Saint Jean à son tour, exhortant les chrétiens à la sainteté, les avertit de ne pas se faire illusion. Si l'adultère seul est puni par les lois, toute impudicité, même secrète, souille l'âme et la rend abominable aux yeux de Dieu.

5. Et scilis quia Me apparuit, ulpeccata nostra tôlier et. C'est une seconde raison qui doit nous faire éviter toute espèce de fautes. « Vous savez aussi que le Fils de Dieu a apparu dans le monde, afin de se charger de nos péchés (1). » Nous étions accablés sous le poids de nos iniquités ; le Christ est venu, il a pris cet immense fardeau sur ses épaules avec sa croix, et il nous en a délivrés, comme l'avait annoncé le prophète Isaïe : Vere langaores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit. (Is., lui, 4.)

Saint Jean-Baptiste, en montrant Jésus à ses disciples

et aux multitudes, le leur avait désigné comme le divin

Agneau dont l'immolation devait effacer les péchés du

monde. Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum miindi.

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