‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 80 sur 119 · Joan., i · texte numérisé non relu

Joan., i

Et peccatum in eo non est. Et le Christ était propre à effacer nos iniquités, parce qu'il n'y avait point de péché en lui. (n, 1.) Son humanité, personnellement unie à la nature divine, était substantiellement sainte, elle possédait une pureté parfaite, supérieure à celle de toute créature, et l'ombre même d'une tache était impossible dans un Homme-Dieu.

6. Omnis qui in eo manet non peccat. « Quiconque demeure en lui ne pèche pas. » Demeurer en Jésus-Christ, veut dire lui rester attaché par les liens d'une foi vive, d'une «sj.érance ferme et d'une charité efficace. Celui qui

111 Toll -. Le verbe grec ai'cw, comme le latin tollerc, a tantôt

is de foyer un porter, et tantôt celui d'enlever, ôter, faire disparaitre. Ici lea deui -eus se trouvent réunis.

demeure ainsi uni à Jésus-Christ ne pèche pas. Car la foi lui fait redouter les châtiments terribles du péché, l'espérance élève son âme au ciel, et la charité l'empêche d'offenser le Dieu qu'il aime.

Non peccat, il ne veut pécher en aucune manière, il évite avec soin les fautes même vénielles. S'il en échappe au juste par surprise ou fragilité, du moins sa volonté constante hait tout ce qui ,est mauvais.

Et omnis qui peccat, non vidit eum nec cognovit eum. « Et quiconque pèche ne l'a point vu et ne l'a point connu. » Cette parole semble difficile à comprendre. Judas n'a-t-il pas vu et connu Jésus? Cependant il a péché. On dira peut-être qu'il l'a vu sans le voir et connu sans le connaître, parce qu'il n'avait pas une foi vive. Mais la foi vive de saint Pierre est louée par Notre-Seigneur lui-même, et cependant il a péché.

Quelle est donc la pensée de l'Apôtre ? La voici : L'homme qui commet, avec une pleine volonté, une faute réprouvée par sa conscience, n'a point vu Jésus-Christ et ne Ta point connu par une foi lumineuse et vive ; ou, s'il l'a ainsi vu et connu, il n'a pas gardé cette vue claire ; elle s'est effacée de son esprit. Car s'il avait conservé cette lumière dans sa splendeur, il n'eût pas voulu pécher et offenser un Dieu si grand et si puissant, si juste et si bon. Si gustasset et vidisset qiiam suavis est Dominas, nequaquam se peccando a videnda ejus gloria segregaret. (Bède.) Il n'a péché que parce qu'il a laissé s'obscurcir cette divine lumière et que les ténèbres ont offusqué son âme(l).

Omnis qui peccat, non vidit eum nec cognovit eum. Calvin alléguait ce passage pour prouver que la justifica tion une fois reçue est inamissible. Le concile de Trente a condamné en termes formels cette absurde interprétation. Si quis hominem semel justificatam dixcrit amplius peccare non posse, ne que gratiam ami t ter e, atque ideo

(1) Ce sens est indiqué par les deux parfaits grecs êûpxxsv et eyvwy.sv, qui expriment, non simplement une vue fugitive, mais un effet qui dure, une connaissance qui persévère. C'est le sens habituel de eyvwxs, novit ou notvm habet.

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eum qui labitur et peccat, nunquam vere fuisse justification..., anathema sit. (Conc. Trid. Sess. VI, can. xxiii.)

7 et 8. Filioli, nemo vos seducat. « Mes chers enfants, que personne ne vous séduise. » N'écoutez pas ceux qui prétendent que la justice peut se concilier avec l'iniquité, ou que la foi tient lieu des bonnes œuvres et sauve malgré les péchés.

Qui facit juslitiam justus est, sicut ille justus est. Qui facit peccatum ex diabolo est, quoniam ab initio diabolus peccat. Celui qui accomplit la justice et en fait les œuvres, n'est pas seulement juste, parce que la justice du Christ lui serait imputée ; il est vraiment juste, comme Dieu lui-même est juste. Pour celui qui commet le péché, il vient du diable, parce que le diable pèche dès le commencement.

Dans ces deux phrases, saint Jean met en opposition le juste et le pécheur. Le juste est enfant de Dieu et semblable à Dieu, comme un fils est semblable à son père. Le pécheur est fils du démon et semblable au démon. L'un fait les œuvres de justice à l'exemple de Dieu, et l'autre1 lait les œuvres d'iniquité à l'exemple du démon. Dans le langage des Hébreux, il y a une paternité et une filiation morale. Ainsi, Jubal est appelé le père de ceux qui touchent de la guitare, parce qu'il inventa cet instrument ; et les disciples des prophètes sont nommés leurs fils, parce qu'ils suivent leurs leçons. C'est ainsi que Jésus-Christ disait aux Juifs : Vous êtes les fils du diable, votre père ; car vous voulez faire ce qu'il désire et ce qu'il vous inspire. Vos ce pâtre diabolo estis, et desideria patris nstri riillis fai ère . (S. Joan.. VIII, 44.

Le diable n'a engendré personne, dit saint Augustin ; mais celui qui imite son exemple devient son fils, non par une naissance proprement dite, mais par l'imitation. Quû umquefuerit imita tus diaôolum, quasi de illo nalus, fit filins d iaboli, imitando, non proprie nascendo. (S. Aug. in h. l.i ( "est eue. ire ainsi que, selon saint Paul, nous QOUS-mêmi s les vrais enfants d'Abraham, en iin: i fui : t. que les Juifs, nés d'Abraham selon

la chair, ne sont point réputés ses fils, parce qu'ils sont •devenus incrédules en rejetant la foi du saint Patriarche. (Gai., iv, 28; Rom., xi, 20.)

C'est en ce sens que l'homme qui pèche est le fils du diable, parce que le diable est l'auteur et l'inventeur du péché. C'est lui qui a péché le premier en se révoltant contre Dieu. Il a ensuite entraîné une partie des anges dans sa rébellion; puis il a fait pécher le premier homme, et il est ainsi devenu la cause de tous les péchés qui ont été commis et se commettront dans le monde jusqu'à la fin des siècles. Ab initio diabolus peccal. Il pèche toujours, il hait toujours Dieu, il veut toujours le mal, et sa volonté fixée dans le péché est, pour ainsi dire, un péché éternel. Ex quo peccare cœpit, niinquam peccare desinit, dit le vénérable Bède.

Mais le Fils de Dieu est venu du ciel sur la terre et il a apparu dans le monde pour détruire les œuvres du diable, c'est-à-dire pour abolir le péché des hommes, réconcilier le genre humain avec son Père, justifier les pécheurs et en faire des saints qui loueront Dieu éternellement dans les cieux. In hoc appariât Films Dei, ut dissolvat opéra diaboli.

Le Verbe s'est incarné pour réparer la faute du premier homme. Si donc Adam n'avait pas péché, le Verbe se serait-il incarné ? Plusieurs saints docteurs ne le pensent pas. Nulla causa fuitveniendi Christo Domino, nisi peccatores salvos facere. Toile morbos, toile vulnera, et nulla erit causa medicinse, dit saint Augustin. (Serm. clxxv.) Saint Léon est encore plus explicite : Si homo non deviasset, Creator creatura non fieret. (S. Léo M. in Pent. Serm. ni.)

9. Omnis qui natus est ex Deo peccaliun non facit; quoniam semen ipsius in eo manet ; et non potest peccare, quoniam ex Deo natus est. « Tout homme qui est né de Dieu ne commet point de péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu. »

Saint Jean avait dit plus haut (n, 29), que tout homme

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qui fait des œuvres de justice est né de Dieu, ex ipso natus est ; il revient maintenant sur cette pensée pour la compléter. 11 ajoute que celui qui est né de Dieu ne pèche pas. Il ne veut pas dire qu'il soit absolument rendu impeccable ; mais qu'il ne pèche pas en tant qu'il est né de Dieu. Dans le chrétien, il y a deux hommes, l'un engendré d'Adam, et l'autre né de Dieu. L'homme fils d'Adam hérite d'Adam la concupiscence et la corruption, il pèche. L'homme né de Dieu ne pèche point, tant qu'il agit selon sa nouvelle génération. La grâce sanctifiante, qui est une divine semence de vie et d'incorruption, lui donne la vertu de ne pas pécher : Quoniam semen ipsius in eo manet.

L'Apôtre va même jusqu'à dire que le juste ne peut pas pécher, parce qu'il est né de Dieu. Non potest peccare, quoniam ex Deo ?iatus est. Nous le répétons, ce mot veut dire que le chrétien ne peut pas pécher en restant fidèle à sa naissance divine : quoniam ex Deo natus est. Vivre en enfant de Dieu et pécher, sont deux choses incompatibles. En tant qu'il agit comme enfant de Dieu, le chrétien ne viole aucune loi, il ne pèche pas ; il ne peut même pécher; car le péché est une œuvre du diable, et lès enfants de Dieu ne font point les œuvres du diable.

Un langage semblable se trouve dans saint Paul. « La sagesse de la chair est ennemie de Dieu, dit-il ; car elle n'est pas soumise à la loi de Dieu, et même elle ne peut pas l'être : nec enim potest. » Car, si elle était soumise à Dieu, elle ne serait plus la sagesse de la chair. (Rom., vin, 7.)

Saint Augustin explique cette parole d'une manière fort ingénieuse lorsqu'il dit : Ce que le juste ne peut faire justement, il ne peut pas le faire ; car, en se déterminant à. faire ce qui est injuste, il commence par perdre la justice, afin de pouvoir faire, étant injuste, ce qu'il ne peut faire comme juste. Quod non potest juste, non potest justas ; ; quoniam hœc decernendo prias amittit justitiam, ut quod non potest justus possit injuslus.

lue comparaison rend la chose encore plus sensible.

ÉriTKKS CATHOLIQIKS 25

La glace est froide de sa nature et elle ne peut pas être chaude. Pourtant elle peut se fondre, et fondue elle peut devenir chaude ; mais alors elle n'est plus de la glace.

Enfin, l'on peut dire que, par sa naissance divine, le chrétien possède une grâce qui le préserve du péché, tellement qu'il serait impeccable, s'il usait toujours bien de cette grâce. C'est ainsi qu'Adam créé dans la justice était immortel tant qu'il était innocent, et il ne pouvait mourir qu'en perdant son innocence par un acte libre de sa volonté.

10. In hoc manifesli sunt filii Dei et filii diaboli. « C'est en cela que l'on reconnaît les enfants de Dieu et les enfants du diable. « Les premiers font des œuvres de justice, et les autres font des œuvres d'iniquité.

Omnis qui non est justus non est ex Deo. « Ainsi, tout homme qui n'est pas juste, n'est point de Dieu. « C'est la conclusion de ce qui précède.

Et qui non diligit fratrem suum. En outre, parmi ceux qui ne sont point enfants de Dieu, il faut compter celui qui n'aime point son frère. C'est la charité qui distingue les enfants de Dieu des enfants du diable. Que, dans une grande ville, tous fassent le signe de la croix ; que tous soient baptisés; que tous entrent dans les églises et les remplissent : que tous répondent Amen et chantent Alléluia : les enfants de Dieu ne seront discernés des enfants du diable que par la charité. Ainsi parle saint Augustin en commentant ce texte. (Tract, yi, n. 7.)

L'Apôtre va développer cette idée dans tout le reste du chapitre, afin de faire bien comprendre que le vrai caractère de la justice se trouve dans la charité.

11. Quoniam hœc est annuntiatio quam audistis ab initio, ut diligatis alterutrum. « Car ce qui vous a été annoncé, et ce que vous avez entendu répéter dès le commencement, c'est que vous devez vous aimer les uns les autres. » Voilà, mes chers enfants, le grand précepte que nous avons appris du Seigneur : Hoc est prœceptum ?neu??i, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos. (S. Joann., xv, 12.) Nous prêchons ce commandement

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partout où nous annonçons l'Evangile ; et l'on a eu soin de vous en instruire lorsqu'on vous a préparés au baptême .

12. Non sicut Coin, qui ex maligno erat, et occidit fra~ trcm sinon. Et pr opter qui cl occidit etim ? quoniani opéra ejus maliqna erant, fralris autem ejus justa. Aimez-vous donc les uns les autres. « N'imitez point Gain, qui était fils de l'esprit mauvais, et qui tua son frère. Et pourquoi le tua-t-il? parce que ses œuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient justes. »

Ex maliqno erat. Caïn était fils de Satan, parce qu'il l'imita. Satan fut jaloux des grâces dont Dieu comblait le premier homme; il le tenta, le fit mourir et avec lui perdit tout le genre humain ; car, dit saint Paul, la mort est entrée dans le monde par l'envie du diable. De même, Caïn fut jaloux de ce que les offrandes d'Abel étaient agréables à Dieu, tandis que les siennes ne l'étaient pas. Au lieu d'imiter son frère, il le tua. Quia imitari notait, necare voluit. (S. Aug., ib., 8.) — Respexit Dominas ad Abel et ad mimer a ejus, dit l'Ecriture, ad Caïn autem et ad mimera ejus non respexit. Selon la version de Théodotion, conforme à une tradition hébraïque, le Seigneur envoya du ciel une flamme qui consuma le sacrifice d'Abel et ne toucha point à celui de Caïn. La jalousie et la haine entrèrent alors dans le cœur de Caïn, et il tua son frère.

Opéra ejus maliqna erant. Caïn n'aimait pas Dieu

dans son cœur, et il n'offrait que ce qu'il avait de plus

chétif parmi les fruits qu'il récoltait. Abel, au contraire,

plein d'amour pour Dieu, choisissait dans ses troupeaux

ce qu'il y avait de plus beau, et l'offrait au Seigneur.

(Test pourquoi le Seigneur regardait les présents d'Abel

et ne regardait pas ceux de Caïn. f Voyez Hébreux, xi, 4.)

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