Vous savez ces choses, mes Frères bien-aiiués
En outre, que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, et lent a se mettre en colère.
20. Car la colère de l'homme n'opère point la justice de Dieu.
21. C'est pourquoi, rejetant toute impureté et toute abondance mauvaise, recevez avec mansuétude la parole qui est entée en vous et qui peut sauver vos âmes.
22. Mais soyez des observateurs de la parole, et non pas seulement des auditeurs, vous trompant vousmêmes.
23. Car celui qui écoute la parole et ne l'observe pas ressemble a un homme qui regarde son visage naturel dans un miroir.
24. Il regarde, il s'en va, et il oublie à l'heure même quel il était.
25. Mais celui qui considère attentivement la loi parfaite de la liberté, et qui s'y attache, celui-là n'étant pas un auditeur oublieux, mais faisant l'œuvre commandée, trouvera le bonheur dans son action.
26. Si quelqu'un se croit religieux et ne retient pas sa langue comme avec un frein, mais séduit lui-même son cœur, sa religion est vaine.
27. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père, la voici : Visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, et se conserver pur de la souillure du siècle présent.
1. Jacobns Dei et Domini nostri Jesu Cliristi servus. Jacques serviteur de Jésus-Christ, notre Dieu et notre Seigneur. Tel est, croyons-nous, le sens du latin aussi
bien que du grec : làxtoêoç @eoîJ xa\ Kupiou TjrjaoïJ Xpiarou BouXoç. Les deux mots Dieu et Seigneur paraissent se rapporter à- Jésus- Christ. Ainsi l'entend saint Cyrille d'Alexandrie : Ici, dit-il, l'Apôtre nomme Jésus-Christ Dieu et Seigneur (1).
On a donc raison de voir la divinité de Jésus-Christ marquée dans ce texte. Néanmoins plusieurs traduisent : Jacques serviteur de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Même avec ce sens, la divinité de Jésus-Christ est insinuée, puisque l'Apôtre, en se disant pareillement le serviteur de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de Dieu le Père, laisse entendre qu'ils sont égaux.
Domini nostri Je su Cliristi servus. Jésus-Christ est notre Seigneur : il a sur tout notre être le droit absolu de propriété que possède un maître sur une chose qui lui appartient. Car il est notre Créateur, il nous a tirés du néant ; nous sommes donc à lui par le fond de notre substance ; et en outre, comme Homme-Dieu, il nous a rachetés au prix de son sang précieux, lorsque nous étions les esclaves du démon. Gemina necessitudine tecum agit Dominus tuus, dit saint Augustin. Et creavit te, et comparavit te. Antequam esses, inquit tibi, feci te; qaum ex te sub peccato venumdatus esses, redemi te. (Serm. xxi in Ps. lxiii, 6.)
Toutefois saint Jacques ne se déclare pas simplement serviteur de Jésus-Christ comme le sont tous les autres hommes. Le plus grand nombre peut légitimement s'appliquer aux affaires du monde. Un prince doit gouverner son peuple ; un père doit pourvoir aux besoins de sa famille. Pour saint Jacques, il est uniquement voué au service de Jésus-Christ, à la prédication de sa doctrine, à l'extension de son règne et de sa gloire. Tel est aussi le prêtre.
(1) 0»ôv hQy.'h /.y\ \\i>f.io\> ù-o/.vJû rbv 'Iy^ovj X/itrriv. On remarque d'ailleurs que ce texte a un grand rapport avec celui de saint Paul aux Thessaloniciens, où l'article lait unir à Jésus-Christ les deux mêmes substantifs : Rarà tiqv J£«/ï*v toj (-z'/j i^uwv x«\ Kuplov 'la^û Xpiv-ol), secundion gratiam Bel et Doyninl nostri Jesu Christi. (II Thessal., i, 12.)
— 5 — Jac, i.
Jacobus Jesu Chinsti servus. Pourquoi saint Jacques, qui était le frère, c'est-à-dire le cousin du Seigneur, ne mentionne- t-il pas ce titre glorieux, mais se nomme-t-il seulement son serviteur ? Jésus-Christ lui-même donne la réponse dans l'Evangile, lorsqu'étendant la main sur ses disciples il dit : « Voici mes frères. Quiconque fait la volonté de mon Père céleste est mon frère, ma sœur, ma mère. » Par là il fait entendre que le titre le plus grand à ses yeux est celui de serviteur fidèle. Aussi les Apôtres du Seigneur estiment au-dessus de toutes les dignités le titre de serviteur du Christ, et c'est ce qu'ils déclarent dans leurs discours, leurs lettres et leur enseignement. (Œcumen.)
Duodecim tribubus quœ suntin dispersione, « aux douze tribus qui sont dans la dispersion », lv tt\ Siounropa. Cette expression désigne la portion du peuple israélite qui était répandue hors de la Palestine, dans les diverses contrées du monde. Il y en avait au delà de l'Empire romain, chez toutes les nations qui sont sous le soleil. C'est ce qu'on voit dans saint Luc par l'énumération qu'il fait des pays d'où les Juifs s'étaient rassemblés pour la fête de la Pentecôte. Ex omni natione qnœ sub cœlo est, Parthi, et Medi, et Elamitœ, etc. (Act. Ap., n.) Ce n'est pas sans un dessein de la Providence qu'un grand nombre de Juifs étaient disséminés dans l'univers. L'intérêt les guidait sans doute; mais en cherchant leur fortune, ils portaient partout leurs livres sacrés, avec la connaissance du vrai Dieu et l'attente d'un Messie qui devait renouveler la face de La terre. C'était comme une préparation à l'Evangile.
Duodecim tribubus, « aux douze tribus. » Saint Jacques étant établi évèque de Jérusalem et apôtre des circoncis {( rai., il), écrit à ses compatriotes qui sont dispersés dans le monde pour les consoler et les instruire, comme il encourageait et instruisait de vive voix ceux qui résidaient à Jérusalem. C'est donc aux chrétiens d'origine israélite que la Lettre est directement adressée; niais nul doute qu elle n'ait aussi dû être communiquée aux fidèles venus de la gentilité.
S'iliifcni, « salut. » En grec ///t'ps-.v, çjaudetc, réjouisse/ vous. Le cardinal Cajetan trouvait cette salutation trop profane pour un Apôtre, et il partait de là pour élever des doutes sur l'authenticité de cette Epître. Le savant homme oubliait que l'expression qui lui semblait profane avait été insérée par les Apôtres dans le àéeret du Concile de Jérusalem (1), employée par l'Ange Gabriel (2), et prononcée par Notre-Seigneur lui-même après sa Résurrection (3). Au reste, cette formule de politesse avait un sens plus élevé dans la bouche des chrétiens que dans celle des païens : ils se souhaitaient la joie véritable, qui consiste dans la possession de la grâce divine.
C'est d'ailleurs cette expression même qui inspire à saint Jacques le début de son Epître. Car lorsqu'il dit aux fidèles : « Réjouissez -vous », ils pouvaient lui demander : Comment nous réjouir au milieu de nos tribulations ? Il leur répond aussitôt qu'il faut regarder ces tribulations comme un grand sujet de joie (4).
2. Omne çjaudium existimate, fratres, c/uwn in tentationes varias incideritis. Dès le commencement- de sa lettre, saint Jacques frappe l'esprit de ses lecteurs par un pieux paradoxe. Les poètes et les philosophes anciens avaient conseillé la résignation aux peines de la vie comme un moyen de les rendre moins douloureuses. Ditrum, sed lëvins fit patient ia quidquid corrigere est nefas, avait dit Horace. La nature n'allait pas plus loin. Mais combien le christianisme est élevé au-dessus de la sagesse païenne ! Mes frères, dit saint Jacques, considérez comme le sujet d'une grande joie les diverses afflictions qui vous arrivent. Il répète aux fidèles la leçon de l'Evangile : « Vous serez heureux lorsque les hommes vous persécuteront à cause de moi, disait Notre- Seigneur. Réjouissez -vous alors et tressaillez d'allégresse. » Et il en donnait le motif : « Car votre récompense est grande dans les deux. » (S. Matth., v, 12.)
(1) Act. Ap., xv, 23. — (2) S. Luc, i, 28. — (3) S. Matth., xxvm, 9. (4) TLuûpetv ïr«»av yy-yy^ irtfoxods. Gaudete : Omne gaudium existimate .
— 7 — Jac.y i.
Saint Paul, commentant cette parole de Jésus-Christ, disait à son tour : La tribulation légère et momentanée que nous souffrons en cette vie opère en nous le poids d'une gloire éternelle, et les souffrances du temps présent n'ont point de proportion avec la gloire qui sera un jour révélée en nous aux yeux de l'univers. (II Cor., iv, 7; Rom., vin, 18.)
Saint Pierre exhortait de même les fidèles à se réjouir, lorsqu'ils participaient aux souffrances de Jésus-Christ. Et pourquoi ? parce qu'après avoir partagé ses souffrances, ils tressailliront d'allégresse au jour où apparaîtra sa gloire. Communicantes Christi passionibns qaudete, ut in revelatione rjloriœ ejus gandeatis exsultantes. (I Petr., iy, 1&)
Omne gaudiwn. Aussi saint Jacques veut-il que l'on regarde les tribulations comme le sujet d'une joie parfaite. Si les hommes, disait une sainte, connaissaient le prix des souffrances endurées pour Dieu, ils se les disputeraient comme ils se disputent les richesses.
E.i ist/mtite. Certes, la joie que je vous conseille, dit l'Apôtre, n'est pas dans les sens : votre chair ressentira les aiguillons de la douleur. La sainte joie que Dieu vous offre au milieu de vos tribulations réside dans le jugement de votre esprit et dans votre intelligence éclairée par la foi. Car vous savez que souffrir pour Dieu, c'est lui rendre gloire et c'est mériter son amour. Or, cette pens<'e 'pie l'on est aimé de Dieu, remplit le cœur d'un contentement qui surpasse toutes les délices du monde.
(Juum in tentationes incideritis. Ce qu'il appelle tentations, ce sont les épreuves qui nous viennent du dehors, les adversités, les persécutions, les injuresetles calomnies des nommes, l'exil, la perte de nos biens, enfin les maladies. Ces afflictions sont des tentations qui nous sollicitenl à L'impatience et montrent si notre vertu est solide. Notre-Seigneur emploie lui-même ce mot de tentation dans le sens de tribulation. en parlant à ses Apôtres.
\ '-;i- demeurés fidèlement avec moi dans mes
tentations ». c'est-à-dire dans les persécutions que j'ai
endurées. Vos est/s gui permansistis mecitm in tentationibus meis. (S. Luc, xxn, 28.)
In tenlationes varias. Comme les flots succèdent aux flots qui battent le rivage, de même les tentations succèdent aux tentations en venant assaillir les chrétiens. Riche ou pauvre, ne vous promettez point une longue paix sur la terre : c'est un lieu de tentation, d'affliction et de combat.
3 et 4. Scientes guod probatio fidei vestrœ patientiam operatur : (patientia autem opus perfection habet) ut sitis perfecti et integri in nullo déficientes (1). Réjouissezvous donc dans la tribulation, sachant que la tribulation, qui n'est que l'épreuve de votre foi, produit en vous la patience (or c'est la patience qui donne à l'œuvre sa perfection) ; réjouissez-vous, dis-je, afin que vous soyez parfaits et accomplis en toute manière, au point qu'il ne manque rien à votre vertu.
Probatio fidei patientiam operatur. « L'épreuve de la foi produit la patience. » C'est comme s'il y avait : Fides tentationibus probata patientiam f/ignit. La foi éprouvée par les persécutions que l'on subit pour la religion, et par les souffrances de toute sorte, engendre la vertu de patience, l'augmente et la porte jusqu'à l'héroïsme. 0' l'épreuve, il n'y a plus de patience. Or la patience est ce qu'il y a de plus grand dans l'Eglise. Admirerait-on saint Athanase, s'il n'avait pas été persécuté par les ariens ? La phalange des saints la plus glorieuse est celle des martyrs. Le lis même de la virginité est plus beau lorsqu'il est rougi du sang versé pour la foi (2).
(1) En grec, au lieu de habet, on lit ê^erw, liabeat. Avec cette leçon, patientia commence une phrase absolue dont dépend tit sitis ; et l'on traduit : « Or il faut que la patience donne la perfection à votre œuvre, alin que vous soyez parfaits et accomplis, >ans qu'il vous manque rien. »> Ce sens est bon et simple. Toutefois la version syriaque, qui est fort ancienne, parait conforme à la Vulgate : Ipsi autem patientiœ erit opus perfectum.
(2) Saint Jacques dit que l'épreuve opère la patience; et saint Paul dit que la patience opère l'épreuve. Tribulatio patientiam operatur, patientia autem probationem. (Rom., v, 4.) Y aurait-il contradiction entre les deux Apôtres ? Nullement. Selon saint Jacques, les adversités
— 9 — Jac, i.
Ut sitis perfecti. Réjouissez-vous donc dans les tribulations, afin que vous soyez parfaits. C'est déjà une grande vertu de supporter les épreuves avec résignation ; mais la perfection consiste à s'en réjouir. Songez que ces peines dont on vous charge sont des gerbes de mérites que vous portez au ciel : plus elles sont pesantes, plus elles sont riches. Avec quelle joie vous les présenterez à Dieu! Ibant et flebant mitlentes sembla sua; veuientes au tem vcnient cum cxsultatione portantes manipulos suos. (Ps. cxxv.)
Et integriy oAdxXTjpot. Ce mot se dit d'une chose « entière, complète, qui a toutes ses parties. » La phrase suivante explique ce terme : in nullo déficientes, sv p-nSevl az<-6<j.z.vo<., nu/la in parte deminuti. Réjouissez-vous dans la tribulation : car vous serez alors parfaits, ne manquant d'aucune des vertus chrétiennes ; vous les aurez toutes, elles seront affermies dans votre àme par la patience, et vous les posséderez dans le degré que Dieu vous demande,
Patientia autem opus perfection habet. C'est là une maxime générale. Dans les œuvres des hommes rien n'arrive à la perfection que par la patience. Il faut une longue patience pour faire un bel édifice, un beau poëine, une belle peinture. Une longue patience est nécessaire pour devenir un bon orateur, un savant jurisconsulte, un grand théologien. De môme la patience donne la perfection à toutes les vertus. Jésus-Christ lui-même, railleur de notre salut, a dû, selon la volonté de son Père, être consommé par la patience avec laquelle il a enduré les souffrances de sa Passion. Decebat enim... auctorcm salutis eorum per passionem consummare. (Hebr., ir, 10.)