Si quis autem vestrum indiget sapientia (1), postulet
sont des épreuves qui nous fournissent l'occasion d'exercer la vertu de patien Le l'augmenter en nous. Car sans la Iribulation, il n> a
plus '1'- pal ence. Saint Paul a son tour nous (iit. que la patience avec laquelle nous supportons Les afflictions rend noir." vertu éprouvée el •ntrée aux yeui de Dieu et des hommes : eu sorte qu'elle nous remplit de confiance. Ce sont deux pensées différentes <'t toutes deux
vra:
(Il /// ttUllO il f ; .y/ ,y /,/.„• {nâlljct S< I pi r ,lt h I . Kl) LîTt'C, le l'Up-
a Deo. qui (hit omnibus affluenter et non impr opérât, et daliitur ei. L'Apôtre sent qu'on lui fait une objection : Puisque la nature humaine a horreur des souffrances, peut-elle les regarder comme le sujet d'une grande joie? Il répond : Si quelqu'un manque de cette haute sagesse, qui est nécessaire pour estimer le prix des souffrances, qu'il la demande à Dieu, et la sagesse lui sera donnée; car Dieu donne à tous libéralement et sans reprocher ses dons.
Si r/uis indiget sapientia. La sagesse dont il parle n'est pas celle qui contemple seulement la vérité, mais celle qui, discernant le bien, excite à le faire. C'est la sagesse pratique, qui supporte l'épreuve et conduit au salut.
Postulet. Tous doivent la demander puisque tous en ont besoin. Postulet a Deo. Il faut la demander à Dieu, et non pas aux livres des philosophes; car c'est de Dieu que vient toute véritable sagesse. Omnis sapientia a Domino Deo est. (Eccli., i, 1.)
Dat omnibus. Tous sont invités à demander, tous recevront, môme les pécheurs. Ne dites pas : Comment puis-je adresser une demande au Seigneur, après l'avoir tant offensé? Dieu n'est pas vindicatif comme les hommes: il a toujours pitié de sa créature qui l'implore.
Affluenter, abondamment (fack&ç, simpliciter). La libéralité de l'homme est souvent intéressée : il donne pour recevoir, ou il veut paraître généreux tout en faisant des réserves. Dieu n'agit pas ainsi ; il donne simplement et par pure bienveillance, il donne abondamment et plus qu'on ne demande (1).
Et non improperat. Dieu ne se plaint jamais qu'on lui
prochement des deux idées est rendu sensible par l'emploi du même verbe : iv fuqisvi "keiitô/xsvov d àé rt$ "keiTtercu oopia;. On conserverait le rapport des mots en traduisant : in nullo déficientes; si cui déficit sapienti" .
(1) Le mot â-lirr,;, simplicitas, esl aussi employé par saint Paul dans le sens de liber alitas : Ut in omnibus locupletati abundetis in omnem simpl ici Latent. (II Cor., ix, 11.) De même : qui tributt, in simplicitate, h y.-.'ià-nTi, ce que saint Chrysostome explique par <j.i-y. oy.yilhi, largiter. (Rom., xn, 8.) Voyez encore II Cor., vin, 2.
— 11 — Jac.} i.
demande trop, il ne reproche point les dons qu'il a déjà faits, il n'accuse point l'indignité de ceux qui l'implorent. Pourquoi donc hésiter à lui demander la sagesse?
Et dabitur ri. Et la sagesse sera donnée à quiconque demandera la sagesse. Quelle confiance et quel courage cette parole doit inspirer à un pauvre pécheur qui gémit sous la tyrannie de ses passions ! Qu'il demande, et la victoire, la liberté, la chasteté, la sagesse enfin lui sera certainement donnée : Et dabitur et.
Ei. Quoique Dieu écoute favorablement les prières que nous lui adressons pour les autres, cependant l'effet de ces demandes n'est pas certain. Mais il exauce toujours celles que nous faisons pour nous-mêmes, quand nous lui demandons ce qui est utile à notre salut, et que nous le demandons avec piété et persévérance.
D'où vient donc que souvent nous ne recevons pas ce que nous demandons ? Saint Jacques va nous l'apprendre.
6. Postulet autem ni fuir. « Mais qu'il demande avec foi », c'est-à-dire avec confiance en la puissance de Dieu, en sa bonté, en sa miséricorde, en sa parole. Pour expliquer ce qu'il entend par ce mot in fide, l'Apôtre ajoute : nihil hœsitans, sans hésitation ni doute. Qu'il croie fermement que Dieu veut exaucer sa prière, parce qu'il a dit : « Demandez et vous recevrez. » Petite et dabitur vobis; omms en/m qui petit accipit. (S. Matth., vu. 7.) Si la foi manque, la prière est vaine, dit saint Augustin. Si fides déficit, onsUio périt. (Serm. cxv, 1.) Aussi Xotreneur exigeait-il de ceux qu'il guérissait la foi en sa puissance, si vous pouvez croire, tout est possible à celui qui croit, disait-il au pèrequi lui demandait la délivrance de sou (ils possédé du démon. Si potes credere, omnia possîbilia suni credejdi. (S. Marc, ix, 22. Voyez re s. Matth., ix. 28 et 29.)
Eœsitans. Il y a une double hésitation : Tune doute
delà puissance de Dieu ou de sa bonté. Cette hésitation
blesse La foi. L'autre est opposée à l'espérance , par
l'on crainl de ne pas obtenir une grâce spiri-
le, sous prétexte qu'on n'en est pas digne. Cette
hésitation se nomme pusillanimité. On doit avoir une entière confiance dans la miséricorde de Dieu, quand on demande humblement et qu'on désire sincèrement une grâce nécessaire au salut. Demandez la contrition de vos péchés, demandez la victoire sur vos passions, vous serez certainement exaucé.
Qui enim Itœsitat similis est fluctui maris qui a vento movetur et circumfertur (1). Car l'homme qui hésite à demander et qui doute s'il recevra, ressemble aux flots de la mer qui sont agités et portés çà et là par la tempête. Les vagues poussées par le vent s'élancent sur le rivage, mais à peine l'ont-elles touché qu'elles se replient sur elles-mêmes et se retirent, pour revenir et se retirer encore. Telle est la prière de plusieurs: ils -demandent ; mais à peine leur demande est-elle sortie de leurs lèvres, qu'ils cessent de prier et se découragent. Ils prient sans désir, sans espérance, sans persévérance.
7. A on erç/o œstimet homo ille quod accipiat aliquid a Domino. Qu'un tel homme ne s'imagine donc pas qu'il obtiendra quelque chose du Seigneur (2). Car une des conditions de la prière est la confiance en la bonté de Dieu, que nous appelons notre Père : Pater noster. Jésus- Christ veut que ce soit le premier mot, exprimé ou sousentendu, dans toutes nos prières (3).
8. Vir duplex anima inconstans est in omnibus viis suis. « L'homme qui a l'esprit double est inconstant dans toutes ses voies. » Saint Jacques nous montre la cause de cette hésitation qui déplaît à Dieu. C'est que l'homme qui manque de confiance en la prière, manque aussi d'unité dans ses pensées. Il veut plaire à Dieu et plaire
(1) Qui enim hœsitat. Cet enim embarrasse les interprètes. La phrase -est tout simplement coupée h la façon hébraïque. C'est comme s'il y avait, : Postulet autan in fide nihil hœsituns, nec similis sit fluctui maris qui a vento movetur.
(2) Non ergo œstimet. En grec, fui yùp oléadca h faQpwroi èxéivoç. La conjonction yxp, composée de ye y.yy., est prise ici dans son sens originel : Non sane igitur œstimet homo ille.
(3) Les promesses de Dieu et sa bonté excitent notre confiance; or, la confiance exclut le doute et l'inquiétude. Si nous étions sûrs d'avoir prié comme il faut, nous aurions la pleine certitude d'être exaucés.
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au monde, concilier les maximes du siècle avec celles del'Evangile, les dogmes de l'Eglise avec ceux des novateurs, sa religion avec sa passion. Vir duplex animo, dit le Vénérable Bède, hic vult r/audere cuin sœculo, et illic regnare cum Deo. Il est double d'esprit. Il invoque Dieu des lèvres, tandis qu'au fond du cœur il reste attaché au vice dont il demande la délivrance. De là ces fluctuations de conduite. Ce n'est point l'homme ferme et vrai, qui marche avec résolution dans le chemin de la vertu. Il prie, il agit, et Dieu le remplit de sa force (1).
In viis suis. Les voies de l'homme sont ses démarches, ses desseins, ses entreprises, sa conduite. On lit au psaume i : La voie de l'impie, le chemin dans lequel il marche, le conduit à sa perte, lier impiorum peribit.
Après cette digression sur la prière, saint Jacques revient aux épreuves et aux tentations. Une des plus communes est la pauvreté.
9. Giorietur uutem fratèr humilis in exaltatione sua. Que celui d'entre nos frères qui est d'une condition basse se glorifie dans son élévation. Le frère humble, humilis, est le chrétien pauvre que l'on méprise sur la terre. Mais qu'il se glorifie dans sa grandeur. Car il est enfant de Dieu et frère de Jésus-Christ ; et depuis le jour de son baptême il possède une couronne dans les cieux. Voilà une dignité qui l'élève au-dessus de toutes les gloires de la terre.
10. Dives autem in humilitate sua. On ne voit pas comment le riche peut se glorifier dans son abaissement. Aussi, plusieurs interprètes sous-entendent : coufundatui -, i qu'il s'humilie. » C'est l'opposé de giorietur, comme h h m il date est le contraire à* exaltatione. Ce mot suppléé rend la pensée juste. On peut même dire qu'il paraît appel.'1 naturellement par l'antithèse et par la symétrie de la phrase (2). La conjecture est bonne, et la grammaire
(1) : ision duplex ansmo, dtt'/'uxo;, est expliquée dans les Consti-
tution- iques, avec le sens «le dubitans ou hoesitans, Bfij yivou
h -t-sï .-y?,, it -.z-y.'. /, où. Noli este duplex in oratione,
• quoà f litur. (( îonst A.p., vu, 11.) (i1) ( "<\-t ce que reconnaît (Ecuméniua : 'AxàXouOov ,,j tiiraiv h dl nXovaiw
la justifie. Car on peut voir ici la figure appelée aeugma.
Par cette figure, la pensée décompose un verbe potir le joindre à deux termes différents, lorsque dans son entier il ne convient qu'à un seul. Ainsi, le poëte a pu dire : A fer ltalas per tir des equitavit, ceu flamma per tœiias (Hor., iv, Od. â), parce que l'esprit décompose e(/ ni tarit de cette manière : A fer ltalas per urbes er/uo cucurrit, cru nirrit flamma per tœdàs. On peut analyser de même la phrase de saint Jacques : Frater himiilis glorians agnostat exalta tiotum, sua?//, dires autem agnoscat humilitatem sitam. On traduira donc : Que le frère qui est d'une condition basse reconnaisse sa grandeur avec un sentiment de modeste fierté, et que le riche au contraire reconnaisse devant Dieu sa bassesse (1).
In humilitate sua. La bassesse du riche et du puissant consiste dans sa misère naturelle, dans la mortalité qui l'égale au dernier des hommes; parce qu'il passera comme la fleur de l'herbe : Qnoniam situ/ flos fœni transibit.
11. « Or le soleil s'est levé avec une ardeur brûlante, il a desséché l'herbe : la fleur de l'herbe est tombée, et la beauté de sa figure a péri. Ainsi le riche se flétrira dans ses voies. » Exortus est enim sol cum ardore, et arefecit fcenum, et flos ejus decidit, et décor vultus ejns deperiit : ita et dives in itineribus suis marcesset. C'est en vain qu'il marche avec pompe, étalant aux yeux du inonde l'or, la soie, la pourpre et tout le faste de la richesse et de la puissance. Il se flétrira dans cette marche triomphale : in itineribus suis marcescet (2).
ethxuvéaâiu èv rfj Tocneivûesi oùtov, consequens eral ut diceret : Dives autem pv.de fiât in humilitate sua.
(1) Un zeugma semblable se montre dans saint. Paul, lorsqu'il écrit : Prohihentium nubere, abstinere a cibis (I Tim., iv, 3); phrase qui B-' analyse ainsi : Jubentium non nubere, abstinere a cibis. Mfme chose encore dans Horace : Qui fit. Mœcenas,ut nemo Çuami sibi sortent seu ratio dederit, seu fors objecerit, illa contentas vivat, laudet diversa sequentes ? (Satir., i.) Avant laudet, il faut suppléer quisque, c'est-à-dire le coi. • nemo ; ou plutôt L'esprit décompose nemo en non homo, et l'on pense ainsi : homo non vivat contentus, laudet autem.
(2) C'est d'isaïe que saint Jacques tire cette noble comparaison. « Toute chair est de l'herbe, dit-il, et toute sa gloire est comme la
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Après ce brillant tableau, l'Apôtre achève son exhortation à supporter courageusement les épreuves.
12. Beatus vir qui suffcrt tentatwnern : quoniam quum proàatus fuerit accipiet coronum vite quum repvommt Deus diligentibus se. « Heureux l'homme qui supporte la tentation! » Il ne s'agit pas seulement des tribulations et des persécutions, comme au second verset, mais encore des tentations intérieures et proprement dites, comme celles de l'orgueil, de l'avarice, de l'impure volupté. Aussi l'Apôtre ne dit plus : Réjouissez-vous dans les adversités ; mais il dit : Heureux l'homme qui supporte avec constance la tentation ! Heureux l'homme qui en triomphe ! Parce qu'après avoir été éprouvé, reconnu vaillant et fidèle, il recevra la couronne de vie que Dieu destine aux vainqueurs et qu'il a promise à ceux qui l'aiment.
Quutn probatus fuerit, oôx-.y.o; yevo^evoç. Ce juste recevra la couronne, parce qu'il a été reconnu bon après l'épreuve, comme un métal qui, fondu dans le creuset, est trouvé pur et sans alliage frauduleux.
Accipiet coronum. Il fait allusion à la couronne que les athlètes recevaient dans les jeux solennels de la Grèce. Or cette couronne suppose le combat et la victoire qui l'a gagnée.
Vitae. Dans la sainte Ecriture, ce nom employé seul et sans épithète signifie la vie éternelle et bienheureuse, qui «-si la seule véritable vie, en comparaison de laquelle la vie présente mérite plutôt le nom de mort (1).
Quam repromisii Deus. Nous méritons la couronne de vie. parée qu'elle est due à nos œuvres surnaturelles ani-
hamps. L*herbe &*e8\ desséchée el ta fleur est tombée. » Omnis
car<> fœnwm, i gloria ejtu <j><<ixi /!<>s agrù Exsiccatum est
•lit fins. (la., m.. G.) — Laaïe empruntait lui-même cette
li rid. «N'enviez point ceux qui commettent l'iniquité; car ils
• ut aussi promptemenl que l'herbe. •>• Neque zelaveris facientes
vniquitau iam tanqttam fœnwm oelociter areseent,et quen
ident. (V>. \\ \vi.) (H '■'. nisi <j""' ■ ' (S. A.ug. in Joann.
vu. 3.) — Temporali >itœ camparata, mort est
quam cita. (S. Greg. in Hom. ixx.)
mées par la charité, ci parce que Dieu nous l'a promise. Aussi saint Paul l'appelle-t-il une couronne de justice, qui est rendue par le juste Juge à celui qui Ta méritée. (Il Tim.,iv, 8.) Cette doctrine est définie par le Concile de Trente. Bene operantibus usque in finem et in Deosperantibus proponenda est vita œtema, et tanquam gratta filiis Dei per Christum Jesum miser icorditer pj*omissa, et tanquam merces ex ipsius Dei promissione bonis ipsorum operibus et meritis fideliter reddenda. (Concil. Trid., Sess. VI, c. xvi.)
Diligentibus se. La couronne est la récompense de l'amour : Dieu couronnera ceux dont il est aimé. Or ceux que ni les tentations de la concupiscence ni les persécutions des hommes ne peuvent séparer de Dieus aiment Dieu. On l'aime quand on renonce pour lui aux plaisirs et qu'on supporte les tribulations pour sa gloire. Souffrir pour Dieu est la marque la plus sûre qu'on l'aime et qu'on sera sauvé. Certa atqne seciira est exspectatio promissœ beatitudinis, ubi est participatio Dominicœ passionis, dit S. Léon. (Serm . ix de Quadr.) V. I Petr . , iv, 13.
13. Nemo quum tentatur, dicat quoniam a Deo tentatur ; Deus enim intsntator malorum est ; ipse antem neminem tentât. 14.) Unusquisque vero tentatur a concupiscentia sua aèstracius et illectus. 15.) Deinde concupiscentia quum conceperit,parit percatum ; peccatum vero quum consummatum fuerit, générât mortem.
L'Apôtre nous montre ici l'origine de la tentation, ses progrès, ses effets. D'abord son origine. Elle ne vient point de Dieu ; car Dieu étant la sainteté même ne saurait nous induire au péché. Saint Jacques repousse une fausse interprétation de cette parole de l'Oraison dominicale : Et ne nos inducas in tentationem. Elle veut dire, ne nous laissez pas entrer en tentation ou succomber à la tentation. « Que nul ne dise donc, lorsqu'il est tenté, que c'est Dieu qui le tente; car Dieu ne tente pas pour le mal. Non, il ne tente personne (1). Il permet seulement
(1) Deus enim intentator malorum est, ipse autem neminem tentât. Voici le grec : b yàp &ibç ù-sipxsrGç è^rt xuy.o>\>, TizipoÇn oz cotos ojCi-jv..
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que nous soyons tentés. Mais alors il nous secourt, si nous l'invoquons, et il fait tourner la tentation même à notre gloire. Absit ut Dominus tenture videatur, quasi aut iqnoret /idem eu jusque, aut dejicerc sit consentiens, dit Tertullien. (De Orat., c. vin.)
D'où vient donc la tentation? L'Apôtre va nous le dire. Unusquisque vero tentatur a concupiscentia sua, abstractus et illectus. « Chacun est tenté par sa propre concupiscence, qui l'entraîne et l'attire. » Elle l'éloigné du bien, elle le sollicite au mal, elle l'amorce par l'appât de la volupté et des intérêts. Abstractus a reclo itinere, et illectus in malum, dit le vénérable Bède (1). Telle est
Beaucoup d'hellénistes traduisent ainsi : Dens enim tentari nequit malts, tentai vero Me neminem. Ce qu'ils expliquent de cette manière : De même que Dieu ne peut pas être sollicité au mal ni éprouver aucun mal, de même il n'y sollicite personne. 1° Ils citent à l'appui de ce sens les versions syriaque et arabe, avec Œcumenius : et ils se fondent sur la signification de l'adjectif c/.-.-ipxzTo^. qui est passive, disent-ils, intentatus ou qui tentari non potest . Mais ce mot est rare, un peu moderne: et sa signification n'est pas bien déterminée par les exemples qu'on en trouve : on dit plus souvent efoei/saro», qui répond au latin n<n> tentatus. — Nous savons d'ailleurs que les adjectifs eu 579; peuvent avoir le sens actif. Ainsi v.-txi-jtoï signifie qui ne heurte pas, ne bronche pas. S. Jude, 24.) De même y-y-j-roi zzzwv, qui ne goûte pas les maux.
ph. Ant. 583.) "Ai-£^7T5,- a la double signification active et passive de verax, qui dit la vérité, et de certv.s, qui est certain. De même encore àyilwTo;, qui ne rit pas ou dont on ne rit pas. — 2° Les comment iteurs qui s'éloignent ici de la Vulgate ajoutent qu'avec y--:pu.GTOi pris dans le sens actif, il y aurait tautologie: car non tentana et neminem tentât sont la même chose. Mais la tautologie n'est point vicieuse quand l;i seconde expression éclaircit ou fortifie la première, comme en cet en Iroit. Est-ce que la sainte Ecriture et les auteurs classiques ne répètent pas souvent la même pensée? Est-ce que le parallélisme, qui fait le fond de la poésie hébraïque, n'amène pas souvent une brillante tautologie ; Lisez donc le psaume Tn exitu, el dites s'il n'\ a pas tautologie dans plusieurs versets, comme dans celui-ci : Qui convertit petram in ■ aquarum, et rupem in fontes aquarum. — 3° Enfin ils déclarent que la coujoDCtioo ik, autem, qui unil les deux phrases, indique que la -■•il'.' une idée différente de la première. Cette raison a sa vale .i- : cependant l'on répond encore que souvent la particule ik est •11 près synonyme de xx\ et peut marquer deux différents points de • d-- li même idée. — Au fond nous ne rejetons pas l'interprétation d'y-: ',77--,,- pris dans le sens passif, qui non tentatur ou qui tentari si ancienne, conforme à L'usage de la langue, et pré-
!>'<j une id . Mais celle de la Vulgate u'est pas démontrée fausse :
18 la respectons, et même nous la préférons.
(1) C'est le i deux mots fëfejcà/uvof, abstractus, et foXreÇô/av?*,
1 1 : 1 1.1 . ji Ra 2
la source et l'origine de nos tentations. Il est vrai que le monde et le démon nous tentent aussi; mais ils n'agissent sur nous qu'en présentant un appât à la concupiscence que nous portons en notre cœur.
Saint Jacques décrit ensuite la marche et le progrès de la tentation. La concupiscence conçoit d'abord une pensée qui lui est suggérée par les sens, par l'imagination ou par le démon: puis, cette pensée, lorsqu'elle persiste, fait naître une délectation. Or, cette délectation mauvaise, engendrée dans le cœur, et non réprimée aussitôt par la volonté, produit une faute. De in de concupiscenlia quum conceperit. parti peccatwn. La faute i que vénielle, tant que l'advertance et le consentement sont imparfaits. Mais si le consentement est enfin pleinement donné, et si l'on viole une défense grave, un péché grave est commis. Alors ce péché consommé dans le cœur, sans même que l'action extérieure soit accomplie, engendre la mort de l'àme, en la séparant d'avec Dieu. Peccotum vero quum consummatam fuerit, générât mortem. (Corn. Lap.)
Mais si l'on rejette la pensée mauvaise dès qu'elle se présente à l'esprit, non seulement on ne pèche pas, mais on remporte une victoire qui est glorifiée dans les cieux (1 ).
Il faut donc distinguer, avec saint Jacques et les théologiens, trois degrés dans la tentation. 11 y a d'abord la suggestion, puis la délectation, et enfin le consentement (2). C'est le consentement seul, imparfait ou plein, qui fait le péché. Mais prenons garde : il est facile de passer du premier degré au troisième, de la pensée mauvaise à l'entier consentement.
16. Nolite itaque errare, fralres met dilectissimi. Ne vous y trompez donc pas, mes frères bien-aimés. Soyez
inescatus, illectus, attiré par un appât trompeur, comme celui qu'on offre au poisson pour le prendre.
(1) Quod si, hoste suggerente, delectari oui consentira peccato uolumus, tentatio ipso nobis ad victoriam provenit, qntt coronam vitœ mereami'i- accipere, (V. Bed.)
(2) Sciendum nobis est quia tribus modiê tentatio agitur : suggestionne, delectatione tt consensu. (S. Greg. Hom. xvi in Evang.)
— 19 — Jac.} i.
attentifs à ce qui se passe en votre esprit. Ne croyez pus ([lie toute pensée soit innocente devant Dieu, et que le péché réside seulement dans les actions extérieures. Ji- us-Christ, nous a dit : « Tout homme qui regarde une femme avec un sentiment de concupiscence, a déjà commis l'adultère dans son cœur. » Omnis qui viderit milite ru m ad concupiscendwn eam, jam mœchatiis est eam in corde suo. (S. Matth., v, 28.) Mais n'imputez pas au Dieu très saint, votre Créateur, les tentations de votre concupiscence. Il ne saurait vous porter au mal, puisqu'il est l'auteur et la source de tout bien, comme l'Apôtre ajoute aussitôt.
17. Omne dation optimum et omne doni/m perfectum desursum est, descendais a Pâtre huninum, apud quem non est (ransmutatzo, nec vicissititdinis obumbratio. Dieu est si loin de nous porter au mal que « tout don excellent et toute grâce parfaite nous viennent d'en haut » ; toute impulsion vers le bien « descend du Père des lumières », en qui il n'y a point de ténèbres (1).
.1 Pâtre luminum. Dieu est l'auteur de cette lumière créée qui luit à nos yeux: mais surtout, il est le Père de la lumière spirituelle qui éclaire, réjouit et fortifie notre âme. ("est lui qui donne la lumière de la foi, la lumière de la grâce sanctifiante et la lumière de la gloire (2). Apud quem non est transmutatio. Or, dans ce flamm! des intelligences, il n'y a point de changements, coiniiH' dans le soleil, qui s'éloigne et se rapproche de nous tour à tour; il n'y a point d'ombres de vicissite ■•mine lorsque cet astre, après avoir éclairé notre
monde, nous dérobe sa lumière et descend sous l'horizon. Dieu dit lui-même par son Prophète : « Je suis le .leur et je ne1 change point. » Ego Dominas et non
um et donum,ài9ii r< >>>'.r,y.u, sont la même chose répétée pour inculquer fortement la pei moins qu'on n'entende par d ttutn les
- de I:» nature, »-t par donum ceux de la Lrràoe. I Banctifi une lumière 'loin brille l'Ame du ju
::•■>!.• de saint Paul : Eratis enim aliq\ iicnc
,' l)(>min<<. (Eph., V. 8.)
mutor. (Malach., ni, 6.) Dieu est un soleil qui brille toujours (1).
18. Genuil ?ios. Dieu, nous l'avons dit, est l'auteur de tout don excellent. Ainsi, il nous a donné un titre admirable : celui de ses fils adoptifs. Il nous a engendrés pour que nous soyons appelés ses enfants, et que nous le soyons en réalité. Ut filii Dei nominemitr et sit?nis> dit saint Jean. (I Ep., ni.)
Vohintarie enim genirit nos verbo veritatis. C'est par nécessité que le soleil jette sa lumière sur le monde ; il n'en est pas ainsi de Dieu; ses dons sont libres. Il nous a engendrés par sa volonté, par son amour, par sa pure miséricorde et sans aucun mérite de notre part, comme l'avait dit Osée : Diligam eos spontanée. Il nous a engendrés par la parole de vérité, par la doctrine évangélique qu'il a fait entendre à nos oreilles et luire à nos intelligences. Car celui qui croit la parole de Dieu commence à vivre de cette même vérité qui est en Dieu et qui est Dieu. Il exerce dans son entendement des actes semblables à ceux de la vie divine. Enfin, il nous a engendrés par le sacrement du baptême qui nous a donné une vie nouvelle, spirituelle, immortelle, en nous faisant enfants de Dieu (2).
Genirit nos verbo veritatis. La foi en la parole du Christ étant le commencement de la justification, est aussi le principe de la régénération divine, comme nous le fait entendre saint Jean : « Le Verbe a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom. »
(1) Le mot transmutât io, TTctpoùïy.yï, semble désigner le mouvement annuel du soleil qui, pendant six mois, va d'un tropique à l'autre, et marche ensuite pendant six autres mois pour revenir au point d'où il était parti. — Vicissitudinis obumbratio, zpir.?tç &noaxfasp.x1 c'est l'ombre, c'est l'obscurité dans laquelle le soleil nous laisse en accomplissant ses révolutions.
(2) Saint Pierre exprime très bien la même pensée. Nous avons reçu une nouvelle naissance, dit-il, lorsque nous avons été engendrés de nouveau, non d'une semence corruptible, mais d'un germe incorruptible, par la parole du Dieu vivant : Iienati non ex semine comiptibili, sed incorrujptibili per verbum Dei vivi. (I Petr., i, 23.)
— 21 — Jac, i.
Dédit eis potestatcm filios Dei fieri, lus qui crcdimt in nomine ejus.
Ut simus initium aliquod créatures ejus, en grec iicap^* •nvx Ttov aÙTou xT'.saàTwv, Il nous a engendrés « afin que nous fussions en quelque sorte les prémices de ses créatures. » Deux sens se présentent. D'abord, les hommes justifiés par la foi et le baptême sont ce qu'il y a de principal, de plus précieux et de plus agréable à Dieu dans toute la création visible. Le monde même ne subsiste que pour les saints, pour ceux qui le sont déjà ou pour ceux qui doivent le devenir.
Second sens. Les chrétiens venus d'Israël, auxquels écrit saint Jacques, sont eux-mêmes les prémices de la nouvelle création que le Saint-Esprit fait dans le monde, lorsqu'il fonde l'Eglise et forme un peuple saint qui adore le Seigneur en esprit et en vérité. Cette création est prédite par David, qui chante au psaume cm : « Vous enverrez votre Esprit, et ils seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre. » Emittes Spiritum tuum et creabimtur, et renovabis faciem terras. Le peuple chrétien est appelé dans les saintes Ecritures une création nouvelle (II Cor., v, 17; Gai., vr, 15); et l'Apôtre saint Jacques dit aux Juifs convertis : C'est de cette admirable création que vous êtes les prémices. Il nous semble que ce second sens est appuyé sur la signification propre du mot àncopx4> primitiœ.
Des théologiens donnent un troisième sens. Dieu , disent-ils, nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons déjà un commencement ou un germe de cette créature divine que nous serons au ciel. La grâce, en effet, que nous recevons au baptême, est la semonce de la gloire. Nous, chrétiens, disait un éloquent évèque, nous sommes ici-bas des dieux en fleurs.
19. Scitis, fratres mei dilectissimi. Vous savez ces choses, mes frères bien-aimés. Ce que je viens de vous dire sur la grandeur où vous élève la religion du Christ, est une vérité que vous connaissez parfaitement.
Ce mot « vous savez » est une espèce de précaution aimable pour faire accepter de nouveaux préceptes.
— oo
>'// autem ornnis liomo velox ad andiendum, tordus autem ad loquendum, et tordus adirarn. « Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colore. » Trois pensées que l'Apôtre va développer.
1 ) abord l'homme prudent écoute avec calme, afin de s'instruire; il se souvient de cette maxime de Salomon : « Le sage en écoutant devient plus sage. » Aadiens sapiens sapientior erit. (Prov., i, 5.) Un poète païen disait avec esprit qu'un homme qui ne sait pas se taire ne sait pas parler.
Tacerc quisquis nescit, hic neseit loquî.
(PUBLÏUS SYR.)
L'homme prudent ne parle qu'après avoir réfléchi, pour ne blesser ni la vérité ni la charité. Il songe que nous rendrons compte non seulement des discours mauvais, mais môme des paroles inutiles. (S. Matth., xn, 30.)
Tardas ad loquendum. Saint Jacques, en formulant cette maxime, avait spécialement en vue certains docteurs venus du judaïsme. Comme ils se croyaient fort habiles dans les Ecritures, ils voulaient enseigner dans les assemblées chrétiennes, et ils y soutenaient des opinions qui troublaient l'Eglise (1).
Le ministère de la parole, lors même qu'il est imposé par l'autorité légitime, n'est pas sans danger. La chaire sacrée fut un écueil pour plusieurs prédicateurs. — Il est moins périlleux d'écouter la vérité que de la prêcher. En l'écoutant, on demeure humble ; en la prêchant aux autres, il est facile de concevoir quelque sentiment de vanité, dit le vénérable Bède, et une pensée d'orgueil peut devenir le commencement de la perdition. C'est pourquoi saint Augustin disait qu'il aimait mieux apprendre qu'enseigner. Ego plus amo discere quant docere. (Ad Dulcitium, Q. 3.) Belle leçon de modestie que nous donne ce grand docteur, l'un des plus beaux génies qui aient paru dans le monde.
(1) Voyez plus bas, ch. ni, 1.
— 23 — Jac.,i.
Ce mot tordus ad Joquendinn appelle un autre conseil : tardas ad iram. « Soyez lents à vous mettre en colère. » Ce qui nous fait prononcer des paroles répréhensibles, c'est souvent l'impatience et un faux zèle qui nuit au lieu d'édifier.
Or l'homme patient vaut mieux que le courageux, dit Salomon ; et celui qui est maître des mouvements de son cœur l'emporte sur le guerrier qui force les villes. Melior est patiens viro forti, et qui dominatur animo suo expagnatore urbhlm. (Prov., xvi, 32.)
20. Ira enim viri juslitiam Dei non operatur. « Car la colore de l'homme n'opère point la justice de Dieu. » Si donc vous voulez faire une œuvre sainte devant Dieu et procurer sa gloire, si vous désirez bien servir l'Eglise et sauver les âmes, contenez votre humeur impatiente et apprenez de Jésus-Christ la douceur et l'humilité. C'est par la mansuétude que vous ferez le bien, en plaisant à Dieu et aux hommes.
Par la colère, saint Jacques paraît ici entendre ce qu'il nommera plus loin un zèle amer et un esprit de contention. (Ch. in, 14.)
Justitia Dei signifie toute œuvre juste que Dieu commande ou approuve.
21. P V opter cjuod abjicientes omnem immunditiam et abundantiam malitise, in mansuetudine suscipite insitum
um, r/uod potest salvare animas vestras. C'est pourquoi, rejetant toute souillure et toute abondance mauvaise, recevez avec mansuétude la parole qui est entée en vous et qui peut sauver vos âmes.
Pr opter quod. Après avoir prohibé la colère, il revient à la première pensée qu'il avait ('mise : « Que tout homme soit prompt à «'coûter », surtout à écouter la parole de Dieu. Il exhorte à la recevoir avec douceur et mansuétude, -ans discussion, sans contestation. Mais pour qu'elle m. <lans un cour, il faut en bannir toute souillure, Rapfav, non seulement la luxure et l'intempérance, mais l'orgueil, l'en vie, l'avarice, qui impriment dans l'a nie des taches aussi funestes que le vice honteux de la
chair. Omnem quippe immunditiam et carnis et animé nuncupat, dit le vénérable Bède (1).
Et abundantiam malitiœ, 7ceptOTetav xaxfoç. Ce nom au génitif équivaut à un adjectif. C'est comme s'il y avait abundantiam malam, ou qilidquid maie abundat. Saint Jacques avertit de retrancher aussi toute abondance ou toute superfluité mauvaise qui, comme une végétation stérile et comme une herbe nuisible, envahit le champ de nos âmes et empêche la bonne semence de s'y développer. Il désigne les soins superflus ou trop empressés, que Notre-Seigneur condamne par cette parole célèbre : t Marthe, Marthe, vous vous inquiétez et vous vous embarrassez de beaucoup de choses . Or , une seule est nécessaire. » (S. Luc, x, 41.) La superfluité mauvaise, c'est la sollicitude des choses du siècle, solliciludo sœcitli istius. (S. Matth., xm, 22.) C'est encore ce que saint Paul nommait une foule de désirs inutiles et nuisibles qui submergent les hommes dans la perdition. Desideria milita inutilia et nociva, quœ merqunt homines in interitum et perditionem. (I Tim., vi, 9.) Tout cela est une abondance mauvaise (2).
Susc/pite, recevez et conservez la parole sainte avec calme et douceur, cum mansuetudine ; car Dieu n'habite point dans le trouble : non in commotione Dominus. (III Reg., xix, 11.) L'on remarque que le Saint-Esprit descendit s,ur les Apôtres lorsqu'ils étaient paisibles et
(1) Saint Paul exhortait de même les Corinthiens à se purifier de tout ce qui souille la chair et l'esprit. Mundemvs nos ab omni inquinamento carnis et spirittcs. (II Cor., vu, 1.)
(2) Abundantiam malitiœ. « Cette superfluité mauvaise « pourrait bien désigner aussi les vains discours des docteurs qui voulaient montrer leur science dans les assemblées chrétiennes. Au lieu d'étaler une érudition superflue, leur dirait-il, et d'agiter des questions inutiles pour la piété, attachez-vous à recueillir et h faire fructifier dans vos cœurs la sainte parole qui vous a été confiée quand vous avez reçu le baptême. C'est celle-là qui sauvera vos âmes. Saint Paul recommandait de même à Timothée et à Tite de réprimer certains docteurs qui troublaient et fatiguaient les églises par des fables puériles, par des généalogies sans fin, et par de subtiles questions sur la loi : toutes choses vaines et dangereuses, qui soulevaient des disputes et n'édifiaient point les fidèles. (I Tim., i, 4 ; et iv, 7 ; et II Tim., u, 23 ; et Tite, m, 9.)
— 25 — Jac.,1.
assis dans le Cénacle : erant sedentes. C'est aux hommes doux et pacifiques que le Christ a été envoyé du ciel pour leur annoncer l'Evangile : ad annuntiandum mansnetis misitme. (Is., lxi, 1.)
Insitum verbum, xov Ijaçutov Xcfyov. Il compare la parole de Dieu à un rameau fertile, enté sur le chrétien. Ce rameau s'enracine dans l'àme par une méditation paisible et produit des fruits célestes.
Quod potest salvare animas vesfras. La parole divine est comme l'arbre de vie qui était planté au milieu du paradis terrestre : il devait entretenir dans une jeunesse éternelle ceux qui mangeraient de ses fruits. De même la parole de Dieu fortifie et sauve l'âme qui croit en elle et s'en nourrit.
Potest. Cette parole a donc la puissance de vous donner L'immortalité, mais elle exige votre concours. Ce rameau produit le fruit du salut, mais il faut que l'arbre où il est greffé soit vivant et lui fournisse une sève naturelle., que la grâce transformera en fruits divins.
22. Estote autem factures verbi, et non auditores tantum. « Mais soyez des observateurs de la parole, et non pas seulement des auditeurs. » Car pour que la sainte parole vous sauve, il ne suffit pas de l'écouter et de la croire ; ce n'est même pas assez de la prêcher : il faut faire ce qu'elle dit. Notre-Seigneur nous donnait cet avertissement : « Heureux, disait-il, ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent ! » (S. Luc, xi, 28.) Et saint Paul répétait aux fidèles que ce ne sont pas les auditeurs de la loi qui sont justes devant Dieu ; ce sont les observateurs de la loi qui seront justifiés. (Rom., n, 13.) Non enim and/tores lerjis jitsti snnt apud Deum, sed facioi^cs legis justificaèuntur (1).
En effet, si l'on croit être pieux, sans faire les œuvres de la piété, on se trompe soi-même, et c'est une dangereuse erreur. Fallentes vosmetipsos.
(1) Saint Jacques, voulant réfuter une erreur qu'on imputait a saint Paul, t'appâta mit saint Paul lui-même, et il lui emprunte, comme on le voit, le même principe exprimé dans les mêmes termes.
Cette expression f allaites vosmetipsos , wopôtXoyiÇ<Jji.6v«« Ioutoùç, signifie se tromper soi-même par des raisonnements spécieux, par des subtilités de sophistes. Ainsi les faux docteurs qui voulaient se persuader que la foi justifie sans les œuvres, alléguaient ce texte de l'Evangile : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » Qui credideritetbaptizatus fuerit ^salmis erit. (S. Marc, xvi, 16.) Cet homme possède en lui le salut et s'il meurt aussitôt après son baptême, étant justifié par la foi et le sacrement, il est sauvé. Mais s'il vit, il doit faire les œuvres commandées par la loi divine qu'il a promis d'accomplir.
Un autre argument qu'ils produisaient était cette parole de la Genèse : « Abraham crut au Seigneur, et sa foi lui futimputéeàjustice. » (Gen., xv,6;Rom.,iv,3;Gal.,in,6.) Saint Jacques discutera cette raison dans le chapitre suivant.
23 et 24. Quia si quis est auditor verbi et non factor \ hic comparabitur vivo consideranti vultum nativitatis suœ in speculo (1). Consideravit enim se, et abiit, et statim oblitus est qualis fuerit. « Celui qui écoute la parole et ne la pratique pas ressemble à un homme qui regarde son visage dans un miroir, puis s'en va et oublie quel il était. » Ce miroir lui a montré des taches qui déshonoraient sa figure : à quoi lui sert de les avoir vues, s'il ne les ôte pas ? De même un pécheur entendant la parole de Dieu voit les souillures qu'elle lui découvre en son âme. Mais si, après les avoir aperçues, il s'en va et les laisse, que lui sert de les avoir reconnues ? Il n'en est que plus coupable.
L'Ecriture sainte, dit le pape saint Grégoire le Grand, est un miroir où nous voyons la face intérieure de notre âme. Scriptura mentis ocnlis quasi quoddam spéculum opponilur, ut interna nostra faciès in ea videatur. (S. Greg. M. Morv n, 1.) Lisons, considérons, réformons.
L'Apôtre va poursuivre son idée.