‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 81 sur 119 · Xolite mirari, fratres, si odit vos mandas. « Ne · texte numérisé non relu

Xolite mirari, fratres, si odit vos mandas. « Ne

vous étonnez donc pas, mes frères, si le monde vous

liait. » Ce n'est pas une chose nouvelle que la haine du

monde pour les justes ; cette haine remonte à l'origine

môme de la race humaine. Le monde, plein de corruption

et de méchanceté, ne peut souffrir votre justice, comme

Caïn m* pouvait supporter l'innocence et la piété d'Abel.

Le méchant persécute l'homme de bien, parce que l'homme de bien ne partage point les pensées du méchant. Omnis malus ideo persequilur bonum, quia non illi consentit bonus ad malum. (S. Aug. in Ps. cxxvm.) C'est pourquoi saint Paul nous avertit que tous les hommes religieux souffriront persécution : Omnes qui volunt pie vivere in Christo Jesu persecutionem patientur. (II Tim., m, 12.) Le disciple n'est pas au-dessus du maître. Consolonsnous, si nous sommes haïs du monde : il a haï notre Dieu. Si mundus vos odit, scitote quia me priorem vobis odio habuit. (S. Joann., xv, 18.) La vérité est la condamnation de l'erreur, et la vertu est la censure du vice. Voilà pourquoi le chrétien, le prêtre, le religieux le plus innocent et le plus charitable, seront, jusqu'à la fin des siècles, en butte à la haine du monde.

14. Nos scimus quoniam translati sumus de morte ad vitam, quoniam diligimus fratres. Mais ce qui nous con sole, c'est que « nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. » Nous étions sans charité avant d'avoir reçu l'Evangile, et nous demeurions dans la mort du péché, n'aimant ni Dieu ni les hommes. Maintenant, notre conscience nous rend témoignage que nous aimons nos frères. — Scimus. Nous sommes donc assurés, autant qu'on peut l'être, que nous sommes passés de la mort du péché à la vie de la grâce.

Translati sumus, en grec usraêeê^xaasv, transivimus. Cet heureux passage ne doit pas être attribué à nos mérites, mais à la grâce de Dieu. C'est Dieu qui, dans sa miséricorde, nous a arrachés à la puissance des ténèbres où nous étions retenus captifs, et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé : Eripuit nos de potestate tenebrarum, et transtulit in regnum Filii dilectionis suœ. (Coloss., i, 13.)

Le signe qui nous apprend que nous sommes passés de la mort à la vie, c'est la charité fraternelle. Exami nons donc notre cœur. Si nous aimons nos frères, si nous désirons leur salut éternel, si nous prions pour

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ceux mômes qui nous haïssent, soyons rassurés : nous sommes passés de la mort à la vie. Redeat anusquisqiie ad cor suum, dit saint Augustin. Si ibi invenerit charitalem fraternam, securus sit, quia transiit a morte ad vitam. (Tract, v, n. 10. — Voyez plus loin, v. 24, et ch. iv, v. 13.)

Qui non diligit manet in morte. Mais celui qui n'aime pas son frère demeure dans la mort, il est constitué dans l'état du péché mortel. Saint Jean, selon sa coutume, éclaircit et complète sa première idée en lui opposant l'idée contraire : Celui qui aime son frère est passé de la mort à la vie ; mais celui qui n'aime pas son frère demeure dans la mort.

Qui non diligit. Quelques-uns expliquent « ne pas aimer » par haïr. C'est altérer la pensée de l'Apôtre : il parlera tout à l'heure de la haine. Mais il déclare ici que ne pas aimer le prochain dans son cœur, et ne pas le secourir dans ses besoins, lorsqu'on le peut, est un signe que l'on demeure dans la mort ; car, l'amour du prochain accompagne toujours la grâce sanctifiante, qui est la vie de l'âme.

15. Omnis qui odit fratrem suum homicida est. Et scitis quoniam omnis homicida non habet vitam eeternam in semet ipso manentem. Si l'homme habite la région de la mort quand il n'aime pas son frère, à plus forte raison quand il le hait. Car « tout homme qui hait son frère est homicide ; or, vous savez que nul homicide ne possède la vie éternelle. » Le sang de son frère, comme celui d'Abel, crie de la terre et appelle contre lui la vengeance de Dieu.

Qui odit fratrem suum homicida est. Il ne s'agit pas d'une légère aversion, mais d'une haine véritable, comme était celle de Caïn contre Abel ; celui qui hait ainsi, souhaite la mort à celui qu'il déteste. Quem odit quis, periisse cupit, dit saint Jérôme. (Epist. lxii.) Or, souhaiter la mort à quelqu'un, c'est commettre un homicide dans son cœur; et l'homme qui est coupable d'un homicide, accompli ou voulu, ne possède point la vie éternelle.

Non habet vilam œlcrnam in se manentem. La vie éternelle c'est la pleine vie de la grâce, par laquelle est consommée l'union de l'âme avec Dieu. Or le juste étant, dès ce monde, uni à Dieu par la grâce, possède par là même la vie éternelle dans son principe. Au ciel, cette vie sera parfaite, glorieuse, inamissible ; mais dès à présent, elle est de même nature, et le juste est libre de la conserver toujours, puisque personne ne peut la lui ravir.

Saint Jean vient de montrer la nécessité de la charité fraternelle pour être juste : il va maintenant dire à quoi elle oblige.

16. In hoc cognovimus cliarilatem Dei, quoniam Me animam suam pro nobis posuil: et nos debemus pro fralribus animas ponere. « Nous avons reconnu l'amour de Dieu à notre égard, en ce qu'il a donné sa vie pour nous ; et nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. »

Nous l'avons dit, il ne suffit pas de ne pas haïr le prochain, il faut encore l'aimer; et jusqu'où doit aller notre amour? Dieu nous l'enseigne par son exemple : il fait lever son soleil sur les bons et sur les mauvais, et il répand une pluie féconde sur les champs de ceux mêmes qui blasphèment son nom. Solem sunm oriri facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos. (S. Matth., v, 45.) Mais cela ne suffit pas à son amour; Jésus-Christ, Fils de Dieu et lui-même un seul Dieu avec son Père, est mort pour nous qui ne l'aimions pas, pour nous pécheurs qui l'avions offensé. Telle est la preuve qu'il nous a donnée de sa charité, et tel est aussi l'exemple qu'il nous a laissé pour que nous l'imitions. Ut diligatis invicem sicut dilexi vos. (S. Joan., xm, 34.) Or, saint Jean qui comprenait bien cette parole de son bon Maître, l'explique en disant que nous devons aussi donner notre vie pour nos frères: Et nos debemus pro fratribus animas ponere.

Quoi ! serait-ce une obligation? — Oui, dans certaines circonstances nous devons hasarder notre vie pour

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celle de nos frères ; tel est souvent le devoir du soldat. Mais surtout il faut être prêts, s'il en est besoin, à exposer notre vie temporelle pour leur salut éternel ; cette loi de la charité oblige spécialement les pasteurs des âmes. Bonus pastor animani suam dat pro ovibus suis.

Si l'obligation de donner sa vie pour le prochain est rare, celle de lui faire l'aumône est fréquente.

17. Qui habitent substantiam hujus mundi, et viderit fratreni suum necessitatem habere, et clauserit viscera sua ab eo, quomodo charitas Dei manet in eo ? Car, si un chrétien qui possède des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité, et s'il ferme ses entrailles k son égard, comment peut-on dire que l'amour de Dieu demeure en lui ? Vous n'êtes pas disposé à mourir pour votre frère, au moins faites-lui part de vos biens, donnez-lui un peu de votre superflu, dit saint Augustin. Si nondum es idoneus mori pro fratre, jam idoneus esto darede tuis facultatibus. (S. Aug. in hune 1.). Jésus-Christ n*a-t-il pas déclaré comme faite à lui-même l'aumône que nous ferions au pauvre ? Et n'est-ce pas refuser du pain à Jésus- Christ, que d'en refuser à celui (im&îàimy Esurivi enim, et non dedistis milii ?7ianducare.(S. Matth.. xxv, 30.)

La théologie enseigne que c'est une faute mortelle de refuser l'aumône au prochain qui est dans une nécessité extrême ou très grave, à moins qu'on ne se trouve soimême da os une nécessité semblable. Grandis culpa est, dit sa in t Ambroise, sisciente tefidelis egeat, si scias eum famé laborare, œntmnam perpeti, qui prœsertim egere erubescat. (De Officiis, 1. I. c. xxxix.) Pour sauver la vie de son prochain, l'on prendra sur son propre nécessaire, et dans les besoins ordinaires des pauvres, on donnera généreusement de son superllu. Telle est la règle (1).

18. Filioli mei, non diligamus verbo ne que lingua, sed opère et veritate. « Mes chers enfants, n'aimons pas seu-

(1) ' qtumtmn Deus tibi dederit, toile quod tufficit; oeetem

quœ super/tua jacent, aliorutn sunt necessaria. Superflua divitum, necessavia sunt j um. lien alienœ possidmtvr, quum guperflua

pouidentur. (S. Aug. m Psalm. c\i.\ n, n. 12.

lement en paroles et des lèvres, mais en œuvres et en vérité. » Beaucoup disent qu'ils aiment le prochain, mais ils se font illusion à eux-mêmes. S'ils l'aimaient, ils le consoleraient, ils le secourraient. Probatio amoris, exhibitio est operis, dit saint Grégoire le Grand (1).

19. In hoc cognoscimus quoniam ex veritate sumus. et in conspectu ejus suadebimus corda nostra. C'est en aimant ainsi que nous connaissons que nous sommes les enfants de la vérité, et c'est par cette preuve que nous pouvons rassurer nos cœurs en présence de Dieu.

Ex veritate sumus, « nous sommes les enfants de la vérité » : phrase hébraïque qui signifie que nous sommes sincères, et que notre amour n'est pas hypocrite et mensonger, mais véritable.

Suadebimus corda nostra. Celui qui dit qu'il aime et ne fait pas les œuvres de l'amour, ne persuade ni les autres, ni son propre cœur.

In conspectu ejus(Dei). Mais celui qui opère les œuvres de la charité se rend témoignage à lui-même qu'il aime réellement, et il ne craint pas de dire en présence de Dieu : Vous voyez, Seigneur, que j'aime mon prochain, selon votre commandement. Au contraire, celui qui est dur aux malheureux a tout à craindre du jugement de Dieu.

20. Quoniam si reprehenderit nos cor nostrum, major est Deus corde nostro, et novit omnia. Car, si notre propre cœur nous reproche notre dureté, si notre conscience nous accuse lorsque nous refusons d'assister le pauvre, que ne fera pas Dieu, qui est une majesté autrement redoutable, Dieu qui scrute nos plus intimes sentiments, et aux yeux de qui tout est à nu et à découvert? Omnia nuda et aperta sunt oculis ejus. (Hebr., iv, 13.)

21 et 22. Charissimi, si cor nostrum non reprehenderit nos , fiduciam habemus ad Deum; — et quidquidpetierimus, accipiemus ab eo : quoniam mandata ejus custodimus, et ea quœ sunt placita coram eo facimus. Mes bien-aimés,

(1) Nous avons vu, dans saint Jacques, le même précepte exposé avec une grande éloquence. (S. Jac, u, 15.)

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si notre cœur ne nous reproche rien, nous avons une bonne assurance en présence de Dieu, et nous pouvons croire qu'il ne nous condamne pas. — Nous lui adressons alors nos prières avec confiance, et quelque chose que nous demandions, nous l'obtiendrons de sa bonté, parce que nous gardons ses commandements et parce que nous faisons ce qui lui est agréable.

En effet, lorsque notre conscience examinée ne nous fait point de reproche, et lorsqu'elle nous atteste que nous aimons sincèrement notre prochain pour Dieu, nous avons une légitime assurance d'être exempts de péchés graves. Car un péché mortel fait une telle blessure à l'âme qu'elle ne peut pas en ignorer la présence. Si donc notre mémoire ne nous rappelle aucune faute considérable qui n'ait été effacée par une vraie pénitence, nous avons raison de nous confier en la miséricorde de Dieu, tout en le priant, comme David, de nous purifier de nos fautes cachées : ad occultis meis manda me.

Or, nous apprenons aussi de David que Dieu fait la volonté de ceux qui le craignent : Volantalem timentium se faciet. (Ps. cxliv.) Nous avons donc l'espérance qu'il exaucera nos prières et qu'il nous accordera, en temps opportun, toutes les grâces que nous lui demanderons pour notre salut, puisque nous voulons garder ses commandements et que nous faisons ce qui plaît à ses yeux. Et quidquid petierimns , accipiemus ad eo : quoniam mandata ejus eustodimus, et ea quœ sunt placita coram eo facimus. Nous sommes, en ce cas, appuyés sur la promesse du Christ, car il a dit : Si vous gardez mes paroles, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera fait. » (S. Joan., xv, 17.)

D'ailleurs, quand la charité gémit et prie en nous, c'est le Saint-Esprit qui forme ces prières et ces gémissements dans nos cœurs. Il ne peut donc pas refuser d'écouter les prières qu'il inspire lui-môme. (S. Aug. Tract, vi, 8.)

23. Et hoc est mandatum ejus : ut credamus in nomine Filii ejus Je su Christi, et diligamus alterutrum, sicut dédit mandatum nobis. Or, le commandement qu'il nous a

fait, c'est de croire au nom de son Fils Jésus-Christ, et de nous aimer les uns les autres. Le Père a lui-môme ordonné de croire en Jésus-Christ, lorsqu'il a fait entendre cette voix du haut des cieux : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le. » Croyez ce qu'il enseigne et laites ce qu'il ordonne. (S. Matth., m, 17; et S. Luc, ix, 35.) Et quant au commandement de nous aimer les uns les autres. Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a plusieurs fois répété dans l'Evangile.

Hoc est mandalum. Il n'y a qu'un précepte, mais il ordonne deux choses inséparables : c'est la foi, et la charité qui découle de la foi , ou la foi qui opère par la charité : fides quœ pcr charilatem operalur. (Gai., v, 6.)

:24. Et qui serval mandata cjus in illo manet, et ipse in eo. Et celui qui garde les commandements de Dieu demeure en Dieu, et Dieu habite en lui.

Si nous gardons les commandements, nous demeurons en Jésus-Christ, comme le rameau demeure dans la vigne, d'où il tire sa sève, son beau feuillage et les excellents fruits qu'il porte. Et Jésus-Christ demeure en nous comme dans son temple. Son esprit réside en nous et vivifie notre àme, comme notre âme anime notre corps. Il l'a dit dans l'Evangile : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole; et mon Père l'aimera, et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre séjour. Et mansionem apud eum faciemus. (S. Joann., xiv, 23.) Heureuse parole qui exprime la société ineffable qui unit à Dieu ceux qui aiment Dieu !

Et in hoc scimus quoniam manet in nobis, de Spiritu quem dédit iiobis. « Nous savons donc que Dieu demeure en nous; et nous le savons par le témoignage du Saint- Esprit qu'il nous a donné. * Saint Paul avait dit aussi : « L'Esprit de Dieu lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes les enfants de Dieu. » Ipse enim Spiritus testimonium reddit spiritui nostro quod sumits filii Dei. (Rom. vm, 16.)

Scimus. L'Esprit-Saint ne parle pas toujours même aux plus justes; mais, lorsque l'âme est pure, humble,

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recueillie et sincèrement vouée à la piété, souvent l'Esprit-Saint lui fait entendre une voix intérieure qui la console, l'éclairé, et lui donne une conviction intime de s'a présence.

Cette persuasion que Ton plaît à Dieu ne va pas jusqu'à la certitude absolue. La confiance, même chez les saints, est mêlée de crainte. Saint Paul écrivait aux Philippiens : Cum me tu et tremore vestram salit tem operamini. (Philip., n, 12.) Dans quelques-uns cependant, la crainte semble exclue par l'amour. Pour moi, disait saint Antoine, j'aime mon Dieu, je ne le crains pas. Ego Deum meum amo, non timeo. Je l'aime comme mon père, et, me confiant dans sa miséricorde, je ne le crains pas comme mon juge. (Voyez plus haut, v. 14.)

Scimus quoniam manet in nobis. « Nous savons que Dieu demeure avec nous. » La signification rigoureuse de cette parole est justifiée lorsqu'on l'applique à l'Eglise catholique. Au temps des Apôtres, le Saint-Esprit manifestait sa présence dans les assemblées des fidèles par toute espèce de prodiges. Et maintenant, si ces manifestations merveilleuses ont cessé, comme n'étant plus nécessaires, Dieu prouve encore sa présence dans l'Eglise catholique par des miracles incontestables et par les saints qu'elle engendre dans tous les siècles. C'est chez elle seule qu'on voit des saints : en sorte que la sainteté est une des notes de la véritable Eglise. Nous donc, catholiques, répétons sans aucune hésitation : t Nous savons avec une pleine certitude que Dieu demeure chez nous. » Scimns quoniam manet in nobis.

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