IT1UES CATHOLIQUES
Aucun des Apôtres n'a autant insisté, que saint Jean, sur l'idée que le chrétien est né de Dieu par une génération spirituelle. C'est une des premières vérités qu'il énonce dans son Evangile, où il dit : « Le Christ a donné la puissance de devenir enfants de Dieu à tous ceux qui croient en son nom ; et ceux-Là ne tirent pas leur génération de la volonté de la chair, mais ils naissent de Dieu », sed ex Deo nati sant. La même idée revient souvent dans cette Epître. C'est qu'en effet le titre d'enfants de Dieu n'est pas seulement une gloire incomparable : il nous impose des devoirs, et il nous donne la force de les accomplir.
Et omnis qui diligit eum qui genuit, diligit et eum qui ?iatus est ex eo. Il tire de cette naissance divine l'obligation d'aimer nos frères dans la foi. Car, dit-il, quiconque aime le père qui a engendré, aime aussi le fils qui est né de lui. Nous ne pouvons donc aimer Dieu sans aimer tous les chrétiens qui sont nés de Dieu ; nous le devons, parce que nous sommes tous des frères ayant un père commun dans l'ordre de la grâce. Nous n'excluons pas de notre amour ceux qui ne sont pas encore nos frères en Jésus-Christ ; nous les aimons afin qu'ils le deviennent ; car la génération chrétienne est offerte à tous les hommes. S'ils le veulent, tous ont la puissance de devenir enfants de Dieu : Dédit eis potestatem filios Dei fîeri.
2. In hoc cognoscimus quoniam diligimus natos Dei, quum Deum diligamus, et mandata ejus faciamus. « Il y a un signe auquel nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu : c'est lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. » Sans doute, nous savons bien si nous aimons une personne d'une affection naturelle : notre cœur nous le dit. Mais il n'est pas aussi facile de reconnaître si nous aimons nos parents et nos amis d'un amour surnaturel. Les aimons-nous comme des enfants de Dieu, natos Dei? Si nous aimons Dieu et si nous accomplissons ses commandements, rassurons nos consciences : nous aimons aussi le prochain du saint amour que Dieu demande.
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L'Apôtre disait tout à l'heure : celui qui n'aime pas le prochain, n'aime pas Dieu (îv, 20). Maintenant il retourne la pensée et dit: celui qui aime Dieu, aime le prochain. C'est qu'en effet ces deux amours sont inséparables.
3. Hœc est enim charitas Dei, ut mandata ejus custodiamus. Voilà encore une parole que saint Jean ne se lasse pas de répéter, après Notre - Seigneur : L'amour que nous avons pour Dieu consiste à observer ses commandements. Si vous craignez d'offenser Dieu parce qu'il est bon, la charité règne en votre cœur; si vous voulez sincèrement ce que Dieu veut, vous aimez Dieu et Dieu vous aime.
Et mandata ejns gravia non sunt. « Et ses commandements ne sont point pénibles. » Ils ne sont un joug et un fardeau pesant que pour une âme esclave du péché ; mais lorsqu'on aime Dieu, son joug est doux et son fardeau est léger, dit le Seigneur. Jngnm enim menm suave est, et onus menm levé. L'amour adoucit, en effet, toutes les peines, et l'on aime les peines mêmes que l'on souffre pour celui qu'on aime. Aussi, le Prophète disait-il : Seigneur, j'ai couru dans la voie de vos commandements, lorsque vous avez dilaté mon cœur. (Ps. cxvm.)
Ce texte de saint Jean, mandata ejus gravia non sunt, réfute la première proposition de Jansénius ainsi conçue : * Il y a des commandements de Dieu impossibles aux justes, et la grâce leur manque pour les accomplir. » Puisque les commandements de Dieu ne sont pas pénibles, à plus forte raison ils ne sont pas impossibles (1).
4. Quoniam omne quod natum est ex Deo, vincit mundum ; et liane est Victoria quse vincit mundum, fides nostra. « Car, tous ceux qui sont nés de Dieu trouvent dans cette naissance une force qui les rend victorieux du monde ; et cette victoire qui triomphe du monde, nous la devons à notre foi, c'est elle qui la remporte. »
(1) Si (pas dixerit Dei prœcepta homini etiam justificato et sub
gratta cunstituto, esse ad observandum ùnpossibilia, anathema sit.
(Conc. Trid. Sess. IV, c. xvin.) — Deus im)>ossibilia non jubet, dit
saint Augustin, sed jubendo raonet, et facere quod possis, et peterc
d iion possis, et adjurât ut possis.
Selon une loi de la nature, un fils ressemble à son père ; il hérite de sa vigueur. Fortes creantur fortibus et bonis, disait le poète. Il en est de même dans la génération spirituelle. 11 y a plus que de l'homme, il y a du divin dans un chrétien baptisé. La foi et le sacrement l'élèvent au-dessus de la nature; son intelligence est éclairée d'une lumière céleste qui lui montre la vérité avec une pleine certitude, et sa volonté est en même temps fortifiée dans l'amour du bien et dans la haine du mal. Une vertu divine le fait triompher du monde. Or, cette heureuse victoire, il la puise dans la foi qui l'a rendu enfant de Dieu. C'est la foi qui donne une force héroïque aux martyrs, et une pureté angélique aux vierges; c'est par la foi, dit saint Paul, que les saints ont vaincu toute la puissance des maîtres du monde, opéré les œuvres de la justice et conquis les promesses. (Hébr., xi, 33.)
5. Qais est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam Jésus est Filius Dei? En effet, « quel est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit fermement que Jésus est le Fils de Dieu ? » Jésus protège celui qui croit en lui, et avec ce secours divin l'on triomphe du monde et de ses menaces. Quand saint Jean écrivait cette parole, toute la puissance de l'Empire Romain échouait devant un chrétien qui faisait le signe de la croix. Du bûcher, il montait au ciel.
L'Apôtre va maintenant prouver que notre foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu, repose sur un fondement inébranlable.
6. Hic est qui venit per aquam et sanguinem, Jésus Christus ; non in aqua solum, sed in aqua et sanguine. Et Spiritns est qui testificatur quoniam Christus est Veritas (1). — 7. Quoniam très sunt qui teslimonium dant in cœlo : Pater, Verbum, et Spiritns sanctus ; et Jii très
(1) Spiritus est qui testificatur, quoniam Christus est veritas. En grec, au lieu de Christus, on lit rb irseû/jM, Spiritus, et le sens est : » L'Esprit rend témoignage » à la divinité du Christ, et cela lui appartient, « parce que l'Esprit est la vérité. »
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unum sunt. — 8. Et très sunt qui testimonium dant in terra : spiritus, et aqua, et sanguis ; et hi très unum sunt.
« C'est lui, en effet, c'est ce même Jésus-Christ qui est venu avec l'eau et avec le sang; je dis non seulement avec l'eau, mais avec l'eau et avec le sang. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage que le Christ est la vérité », c'est-à-dire véritable en toutes ses paroles. — « Car, il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois sont une seule chose. — « Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l'esprit, l'eau et le sang ; et ces trois sont une seule chose. »
L'Apôtre continue : « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Or, c'est Dieu même qui a rendu témoignage de son Fils. Ainsi celui qui croit au Fils de Dieu a pour lui le témoignage de Dieu : celui qui ne croit pas au Fils de Dieu fait Dieu menteur, parce qu'il ne croit pas au témoignage que Dieu même a rendu de son Fils. Or ce témoignage nous assure que Dieu nous a donné la vie éternelle, car c'est dans son Fils que se trouve cette vie. Celui donc qui a le Fils a la vie, et celui qui n'a point le Fils n'a point la vie. Je vous écris ceci afin que vous sachiez bien que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. »
Comme ce qui précède et ce qui suit les trois versets 6, 7 et 8, peut aider à les mieux entendre, nous avons donné d'abord tout le morceau auquel ils se rattachent.
En lisant attentivement ce passage l'on voit s'en dégager la pensée suivante : Le moyen de posséder la vie éternelle est de croire en Jésus-Christ, Fils de Dieu. Car celui qui croit fermement que Jésus-Christ est le Fils de Dieu triomphe du monde. Sa foi le rend invincible, et rien ne peut l'empêcher d'acquérir la vie éternelle, comme le dit saint Paul. Sancti per fidem vicerunt régna, operati sunt justitiam, adepti sirnt repromissiones. (Hebr., xi, 23.)
Telle est la proposition que saint Jean veut établir pour fortilier les fidèles et pour confondre les hérétiques.
Il faut, dit il, croire en Jésus Fils de Dieu pour triompher du monde. Qais est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam Jésus est Filius Dei? Mais comment savonsnous qu'il est le Fils de Dieu? Saint Jean nous l'enseigne en nous présentant des témoignages qui ne peuvent nous tromper.
I. Ce sont d'abord les trois personnes de la sainte Trinité. Car premièrement, le Père a déclaré du haut du ciel, sur les rives du Jourdain et sur le Thabor, que Jésus était son Fils bien-aimé : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui. Ipsum audite. (S. Matth., xvn, 5; S. Marc, ix, 6; S. Luc, ix, 35.)
Secondement, le Verbe fait homme s'est rendu témoignage, comme la lumière s'atteste elle-même en se manifestant. Ego sum qui testimonium perhibeo de me ipso, dit-il, et testimonium perhibet de me qui misit me Pater. (S. Joan., vii, 18.) Il a déclaré formellement devant ses Apôtres, devant le Grand Prêtre et devant le Conseil des Juifs, qu'il était le Fils de Dieu. C'est pour cela qu'ils l'ont condamné à mort comme blasphémateur et qu'ils l'ont livré à Pilate. Secundum legem débet mori, quia Filium Dei se fecit. (S. Joan., xix, 7 : S. Matth., xvi, 17, et xxvi, 64.) Enfin il s'est lui-même ressuscité et il s'est élevé dans les cieux à la vue de tous ses disciples, après avoir prouvé sa divinité par ses œuvres : Ipsa opéra quœ ego facio testimonium perhibent de me. (S. Joan., vi, 36.)
Troisièmement, le Saint-Esprit a rendu témoignage en descendant sur Jésus en forme de colombe, comme le rapporte l'Evangile. (S. Matth., m, 16; S. Marc, i, 10; S. Luc, m, 22.) Or saint Jean-Baptiste affirme que cette colombe est le Saint-Esprit : Vidi Spiritum descendentem quasi columbam de cœlo, et mansit super eum. (S. Joan., i, 32.) Et le saint prophète ajoute qu'il lui a été révélé du Ciel que celui sur qui il verrait descendre le Saint-Esprit est le Fils de Dieu. Qui misit me baptizare in aqua, ille mihi dixit : Super quem videris Spiritum descendentem
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et manentem super eum, hic est qui baptizat in Spiritu sancto. Et ego vidi et testimonium perhibui quia hic est Filius Dei.
Mais le témoignage le plus éclatant rendu par le Saint- Esprit, ce fut le jour de la Pentecôte. Il descendit sur le Cénacle avec le bruit d'un vent impétueux, qui émut toute la ville de Jérusalem, et il apparut en langues de feu sur les disciples de Jésus, qui, subitement transformés en d'autres hommes, louaient Dieu dans toutes les langues de l'univers, et déclaraient que Jésus était le Christ et le Seigneur, en présence de milliers de Juifs accourus à ce spectacle.
Voilà trois témoignages qui viennent du ciel et qui n'en font qu'un, parce que ces trois témoins attestent une même chose, savoir que Jésus est le Fils de Dieu. Très sunt qui testimonium dant in cœlo, et hi très unum sunt.
Selon ce premier sens, les mots très unum sunt veulent dire que les trois témoins du ciel rendent au Christ un même témoignage, unum testimonium. Mais il y a un sens plus profond, donné à cette parole dès les premiers siècles et adopté par tous les théologiens catholiques. Le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, qui habitent au haut des cieux, sont trois personnes, très sunt in cœ!o, et ces trois personnes sont une seule chose, un seul Dieu par leur nature, très unum sunt. D'où il suit que le Verbe, qui s'est incarné et se nomme Jésus-Christ, est vrai Fils de Dieu et vrai Dieu par sa nature, qui lui est commune avec le Père et le Saint-Esprit.
II. A ces trois témoignages célestes, entendus et rapportés par les disciples de Jésus, comme par les foules de la Judée, de la Galilée et de Jérusalem, l'Apôtre ajoute que la divinité de Jésus est encore prouvée par trois témoins qui lui rendent témoignage sur la terre, savoir l'esprit, l'eau et le sang.
Cet endroit est difficile à entendre. Aussi les commentaires abondent et se partagent. Essayons d'y faire péné trer un peu de lumière.
Nous ferons d'abord remarquer que le verset Ge se lie intimement au 8e, qui semble n'en être que la répétition et le complément. Au verset 6e saint Jean commençait à prouver la divinité de Jésus-Christ par l'eau et par le sang, et il ajoutait : « L'Esprit atteste aussi que le Christ est la vérité. » Mais avant d'achever cette preuve, tout à coup il s'est élevé de la terre et nous a montré dans le ciel trois témoins qui publient la divinité du Christ. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit rendent témoignage au fils de David, à Jésus de Nazareth. Puis, quittant les cieux, il revient aux témoins de la terre, dont il parlait d'abord. Ce sont trois témoins dont la voix se fait toujours entendre et se prolonge jusqu'à la fin des siècles.
Comment donc l'esprit, l'eau et le sang rendent-ils témoignage au Christ sur la terre? Et comment prouvent-ils aux hommes que Jésus est le Fils de Dieu? C'est ce que nous allons voir.
Témoignage de l'esprit. Le prophète David avait annoncé que l'Esprit de Dieu, envoyé du ciel, créerait un nouveau monde et renouvellerait la face de la terre : Emittes Spiritum tuum, et creaôuntur, et renovabis faciem terrœ. (Ps. cm.) Jésus avait de même promis l'Esprit- Saint en disant : « Je prierai mon Père, et il vous enverra un autre Consolateur, qui demeurera avec vous toujours, l'Esprit de vérité qui demeurera chez vous et sera en vous. (S. Joan, xiv, 16.) Il ajoutait formellement: « Lorsque viendra le Consolateur que je vous enverrai de chez le Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. » (S. Joan., xv, 26.)
Or, l'Esprit-Saint est venu sur la terre et il a rendu témoignage au Christ dans les premiers temps de l'Eglise par les grands prodiges qu'il opérait quand il remplissait les fidèles. Le don de prophétie, le don des langues, le don de guérir les malades, le don des miracles étaient communs dans l'Eglise et frappaient tous les yeux, puisque Simon le magicien offrait de l'argent aux Apôtres pour obtenir le pouvoir de donner comme eux le Saint- Esprit et d'opérer les mêmes prodiges. (Act. Ap., vin, 18.)
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Aussi saint Pierre ne craint pas de dire au Conseil des Juifs : « Nous sommes les témoins de Jésus, que Dieu a établi Seigneur et Sauveur pour la rémission des péchés; nous attestons cette vérité, nous et le Saint-Esprit que Dieu a donné à tous ceux qui lui obéissent. » (Act. Ap., v, 32.)
En outre le Saint-Esprit demeure parmi nous sur la terre depuis la première Pentecôte ; il réside au sein de l'Eglise catholique, il l'instruit, il l'inspire et la dirige; il y conserve la doctrine du Christ pure de toute erreur : en sorte qu'elle ne s'est jamais altérée en aucun siècle et n'a jamais varié en aucun pays. L'Esprit-Saint ne rend-il pas un magnifique témoignage au Christ, en accomplissant sa promesse, en planant sur les conciles, en rendant le Vicaire du Christ infaillible dans tout ce qu'il enseigne, et en renouvelant la face de la terre sanctifiée de siècle en siècle par sa grâce ? Ne prouve-t-il pas que l'Eglise fondée par Jésus-Christ est une œuvre indestructible, incorruptible, et par conséquent une œuvre divine?
Voilà comment l'Esprit témoigne sur la terre, par ses dons et par son assistance perpétuelle, que Jésus est le Christ et le Fils de Dieu (1).
Cette interprétation nous paraît satisfaisante. Cependant nous devons avertir que beaucoup d'excellents interprètes entendent ici par spiritus le souffle même que Notre- Seigneur exhala sur la croix en mourant : Clamans voce magna emisit spirilum. (S. Matth.) En effet, cette manière extraordinaire d'expirer, en poussant un grand cri, frappa d'étonnement le Centurion, qui le regardait, au point qu'il s'écria : Vraiment cet homme était Fils de Dieu. Videns autem Centurio, qui ex adverso stabat,
(1) On doit faire ici une remarque sur le sens du mot spiritus. Au 7« verset, Spiritus Sanctus est la personne même du Saint-Esprit qui rend témoignage au Christ. Au 8e, spiritus, nommé avec le sang et l'eau, désigne d'abord le Saint-Esprit parlant parla bouche des Apôtres et des hommes apostoliques: il indique ensuite les dons admirables du Saint-Esprit avec les effets de sa grâce dans les âmes, et enfin la protection manifeste avec laquelle il gouverne et sanctifie l'Eglise. C'est la cause pour l'effet. (Voyez Franzelin, p. 84.)
quia sic damans cxspirasset, ait : Vere hic homo Filius Dei erat. (S. Marc.)
Mais il y a encore deux autres témoignages, ceux de l'eau et du sang : Hic est qui venit per aquam et sanguinem Jésus Chris tus. En grec, ouxoç &<mv 6 LXOùv Si ttotxoc ml aïfMtToç. On remarque que ce mot grec eXôùv, accompagné de l'article, désigne le Messie. Car les prophètes et les docteurs de la Synagogue l'appelaient « Celui qui doit venir », 6 ioyvxzvoq, ille quiventurus est. (S. Matth., xi, 3.) Pour saint Jean, il le nomme 6 IXOùv, ille qui jam venit. Autrefois il était « Celui qui devait venir », aujourd'hui il est « Celui qui est venu. »
Qui venit per aquam et sanguinem. « Jésus est venu avec l'eau et le sang. » Le Seigneur avait annoncé dans Ezéchiel, qu'il répandrait sur le peuple une eau pure, et que cette eau laverait les hommes de toutes leurs souillures. Effundam super vos aquam mundam, et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris. (Ez., xxxvi, 25.) Le Messie devait donc venir avec l'eau.
Mais il ne devait pas venir seulement avec l'eau, comme Jean -Baptiste : il devait venir aussi avec le sang. D'après Zacharie, on le verrait percé, crucifié : Aspicient ad me quem confixerunt, dit-il du Messie. (Zach., xn, 10.) Et plus loin le Prophète demande avec stupeur : Quelles sont donc ces plaies que je vois au milieu de vos mains ? Quid sunt plagœ istœ in medio manuum tuarum? David disait aussi du Messie : « Ils ont percé mes mains et mes pieds. » Foderunt manus meas et pedes meos. (Ps. xxi.) Et ailleurs : a Ils tendront des pièges à l'âme du Juste, et ils condamneront le sang innocent. » Captabuntin animamJusti, et sanguinem innocentent condemnabunt. (Ps. xcin.) Isaïe n'avait-il pas dit expressément : « Il sera conduit à la mort, comme une brebis qu'on va immoler ? » Sicut ovis ad occisionem ducetur (lui, 7). Et Daniel n'avait-il pas déclaré que « le Christ serait tué? » Occidetur Christus (ix, 26). Le Messie devait donc venir non seulement avec l'eau, mais aussi avec le sang : Non in aqua solum, sed in aqua et san-
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guine. Il était, selon saint Jean- Baptiste, l'Agneau de Dieu, qui devait, par son sang, effacer les péchés du monde.
C'est là ce que Moïse avait figuré dans la confirmation solennelle de l'ancienne Alliance. Car, dit saint Paul, a Moïse tenant un faisceau d'hysope lié avec de la laine rouge, prit du sang des veaux et des boucs, avec de l'eau, et il en arrosa le livre de la Loi, ainsi que tout le peuple. » (Hébr., ix, 19.) Ce rite prophétique faisait entendre qu'un jour le Messie confirmerait la nouvelle Alliance avec le sang et avec l'eau.
Eh bien, dit saint Jean, c'est ce qui s'est accompli dans Jésus de Nazareth. « Il est venu avec l'eau et avec le sang ; et non pas avec l'eau seule, mais avec l'eau et avec le sang. » Car lorsque le soldat eut ouvert son côté d'un coup de lance, « il en sortit aussitôt du sang et de l'eau. Celui qui l'a vu en rend témoignage, et son témoignage est véritable. »
Là-dessus Tertullien, si voisin des traditions apostoliques, qu'il reproduit dans ses ouvrages, raisonne ainsi : Jésus est venu, dit-il, avec l'eau et avec le sang, comme saint Jean l'a écrit, afin d'être baigné dans l'eau et glorifié dans le sang : Ut aqua t ingère tur, sanguine glorificaretuv. C'est pourquoi voulant que nous fussions appelés dans l'eau et élus dans le sang, il a fait sortir ces deux baptêmes de la plaie de son côté percé : hos duos baptismos de vulnere perfossi lateris emisit. Deux sacrements admirables coulèrent alors de son cœur, afin que ceux qui croiraient en son sang fussent lavés dans l'eau, et qu'après avoir été lavés dans l'eau, ils bussent encore son sang : Quia qui in sanguinem cjus crederent aqua lavarentur, gui aqua lavissent etiam sanguinem potarent . (Tertul. de Bapt., c. xvi.)
Nous disons donc que l'eau et le sang qui coulèrent sur la croix du côté de Jésus, et qui de là coulent perpétuellement dans l'Eglise de la terre, sont deux témoins qui déposent que Jésus est le Fils de Dieu.
Témoignage de l'eau. En effet l'eau mystérieuse qui
coula du flanc de Jésus ouvert sur la croix, donna aux eaux de la mer, des fleuves et des fontaines, la vertu de purifier les âmes en lavant les corps ; et désormais dans tout l'univers des millions de pécheurs plongés dans l'eau baptismale, au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, en sortent purs et sanctifiés. Maintenant les impudiques deviennent chastes ; les orgueilleux sont humbles ; les avares distribuent leurs biens aux pauvres; et tous ces hommes baptisés mènent sur la terre une vie céleste, surnaturelle, qui atteste la divinité du Christ, auteur de ce sacrement régénérateur. Car un Dieu seul pouvait donner à une goutte d'eau la puissance de faire germer dans tant de pécheurs les vertus les plus héroïques.
Témoignage du sang. A son tour, le sang qui jaillit du côté de Jésus pour racheter le monde, continue de couler sur les autels, dans le sacrifice eucharistique (1). Il abreuve les justes, il multiplie les vierges dans l'Eglise : et d'innombrables martyrs fortifiés par ce sang divin attestent, en versant le leur, que Jésus est le Fils de Dieu. Non, les millions de martyrs qui ont sacrifié leur vie pour Jésus-Christ, ne se sont pas laissé déchirer, brûler, égorger pour un homme mort. Ils ont donné leur sang pour le Christ ressuscité et régnant dans les cieux; ils sont morts pour un Dieu.
Voilà trois preuves sensibles, perpétuelles et toujours présentes, qui démontrent la divinité de Jésus-Christ et celle de la religion qu'il a fondée. Sans doute elles ne sont qu'indiquées en trois mots par l'Apôtre ; mais ces trois mots, gravés dans l'Epître de saint Jean, rappelaient et résumaient l'enseignement que l'on donnait alors partout aux fidèles.
Les trois derniers témoignages que nous venons d'expliquer, — celui de l'Esprit, qui maintient la pure doctrine et toujours crée des saints dans l'Eglise; celui de l'eau,
(1) Approximat miles, dit saint Chrysostome, latus lancea percussit et exInde aqua fluxit et sanguis : unum baptismatis symbolum, alind sacramenti. (Brev. R.)
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qui ne cesse de rendre enfants de Dieu les enfants d'Adam ; et celui du sang répandu par Jésus-Christ pour les hommes et versé par les hommes pour Jésus-Christ ; — ces trois témoignages qui frappent les yeux et les oreilles de tous les hommes de la terre, ne forment qu'un même témoignage et concourent à attester la même vérité, savoir que Jésus-Christ est le Fils de Dieu : wuim sunt (1).
Ce sont là trois preuves invincibles, prises sur la terre, comme les trois précédentes sont prises dans le ciel. Ces preuves se fortifient l'une l'autre ; elles donnent à la foi du chrétien une pleine assurance, elles le rendent victorieux du monde, et lui font attendre avec certitude la vie éternelle, promise à ceux qui croient en Jésus-Christ Fils de Dieu.
Ainsi donc, nous le répétons, saint Jean prouve, dans le verset 8e, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, et il en donne trois preuves sensibles et faciles à constater. Ce sont 1° les effets miraculeux de la présence du Saint- Esprit, qui se manifestaient alors partout dans le baptême, dans la confirmation et dans les assemblées des fidèles, où le don des langues et l'esprit de prophétie étaient communs ; 2° l'efficacité merveilleuse de l'eau du baptême : elle faisait fleurir toutes les vertus dans une foule d'hommes qui étaient auparavant des pécheurs pleins de vices ; 3° les flots de sang qui coulaient dans le monde entier pour attester que Jésus-Christ était un Dieu. Ce sont là trois preuves excellentes que l'on donne encore aujourd'hui pour démontrer la divinité de la religion chrétienne.
Toutefois nous ne pouvons passer sous silence une autre interprétation fort remarquable et très ancienne. Elle a même pour elle l'autorité du pape Innocent III.
(1) Unv.m nint, cela ne veut pas dire ici una et eadem res ; car l'esprit, l'eau et le sang évidemment ne sont pas une même chose, mai- trois choses de nature différente. Union sunt veut dire ici unum teitimonium. Dans les éditions grecques on lit oc rpûi eu rb fv tloiv. hi très in unutn sunt, c'est-à-dire, in unam rem testandam conve- ', cea trois témoins s'accordent a attester la même chose, en sorte que leurs témoignages n'en font qu'un.
Les trois témoins du ciel, dit-il, le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, attestent que le Christ est vrai Dieu ; et les trois témoins de la terre, savoir le souffle que le Christ expira sur la croix, ainsi que l'eau et le sang qui jaillirent de son côté, attestent qu'il n'était pas un fantôme, mais un vrai homme (1). Selon cette interprétation, qui est simple et naturelle, saint Jean réfute les simoniens et les docètes.
Mais une grande discussion s'est élevée sur l'authenticité du 7e verset : Très sunt qui testimonium dant in cœlo : Pater, Verbum et Spiritus Sanctus ; et hi très iinum sunt. Plusieurs critiques le considèrent comme une phrase interpolée.
Car, disent-ils, ce texte manque dans les anciens exemplaires grecs qui nous restent. Il manque dans les versions syriennes, arméniennes et coptes. Il manque dans de bons exemplaires anciens de la Vulgate. Les Pères de l'Eglise grecque ne le citent point. Beaucoup de Pères latins paraissent l'ignorer. Enfin, ce n'est que fort tard, qu'il a été universellement reçu dans les Eglises d'Orient et d'Occident.
Ce sont là des objections sérieuses ; mais elles ne demeurent pas sans réponse.
D'abord les exemplaires grecs qui nous sont parvenus ne présentent pas toujours le texte véritable des saintes Ecritures. Ils diffèrent en plusieurs points de manuscrits plus anciens et meilleurs, auxquels on recourait autrefois pour vérifier le texte primitif. Mais ces précieux exemplaires sont aujourd'hui perdus. Les hérétiques mutilaient ceux qui tombaient entre leurs mains, effaçant les mots ou les passages qui condamnaient leurs erreurs. C'est un fait attesté par l'histoire (2).
(1) Joannes apostolus in Epistola sua loquitur, dicens : Très sunt qui testimonium dant in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus sanctus, et hi très unum sunt, per hoc intendens ostendere quod Christus sit verus Deus. Et très sunt qui testimonium dant in terra, spiritust aqua et sanguis ; per hoc intendens ostendere quod Christus sit verus humo. (Innoc. III, cité par Franzelin, p. 86.)
(2) Voyez Isidore de Péluse, 1. IV, Ep. 60; Socrate, 1. VII, c. xxn ; et
— 431 - / Joan., v.
Du reste, il n'est point nécessaire de supposer ici une mutilation coupable. Le 7e et le 8e versets commençant et finissant de la même manière, il est facile de joindre, par inadvertance, la fin du 8e au commencement du 7e. On le reconnaît à la simple vue.
TRES SVNT QVI TESTIMON1VM DANT [iN CŒLO PATER VER BVM ET SPIRITVS SANCTVS ET HI TRES VNVM SVNT ET TRES SVNT QVI TEST1MONIVM DÀNï] IN TERRA SPIRITVS ET AQVA ET SANG VIS ET III TRES VNVM SVNT
L'œil du copiste, errant du premier très sunt qui testi monium da?it, au second ires sunt qui testimonium dant, peut facilement omettre tout ce qui est dans l'intervalle, et un exemplaire fautif en produit une foule d'autres.
Cette explication naturelle montre comment un verset authentique a pu disparaître des exemplaires grecs qui nous sont parvenus, et manquer par la même raison dans beaucoup d'exemplaires de la Vulgate. Il est donc plus raisonnable d'admettre ici une distraction de copiste, que d'accuser une frauduleuse interpolation (1).
Mais ce verset fut-il inconnu aux premiers siècles ? Non, tous les Pères ne l'ont pas ignoré. Longtemps avant les luttes de l'arianisme, saint Cyprien en a fait usage. Il l'invoque dans son beau livre de Unitate Ecclesiœ, pour montrer que l'Eglise est une à l'image de la sainte Trinité. Voici ses paroles : Dicit Dominus : Ego et Pater wium sumus. Et. iterum de Paire, et Filio, et Spiriiu Sancto scriptum est : Et hi très union sunt. (De Unit. Eccl., c. v.) Le premier texte est une parole du Seigneur, consignée dans
Le Hire, t. II, p. 78. — On sait d'ail leurs qu'Eusèbe fut chargé par Constantin de présider à la transcription de cinquante exemplaires des saintes Ecritures, destinés aux principales églises de l'Empire. (Eus., VitaConst., c. xxxvi et xxxvn.) Ces beaux exemplaires, très soignés, ont servi de modèles a un grand nombre de copies qui en ont reproduit le texte. Or, pour peu qu'Eusèbe, arien fanatique, ait rencontré quelque manuscrit où le 7e verset ne se lisait pas, il l'aura supprimé. Et de là une lacune dans tant d'exemplaires.
(1) On montre dans saint Matthieu (xxxvm, 35, texte grec) une omission attribuée à deux finales semblables : B&tavrcf xlfffov, et iSv^ov /.>»j/îov [mit tentes sortent et miseront sortern). La seconde phrase : fva Tr/vj/swflij.. t&ikov />7,cov, manque dans un grand nombre de manuscrits.
l'Evangile : Dicit Dominas. Le second texte est de même une parole de la sainte Ecriture : Et iteritm scriptum est. Or cette parole est écrite dans la première Epître de saint Jean, chapitre v, verset 7e, et nulle part ailleurs.
Ainsi donc, au milieu du me siècle, vers Fan 250, saint Cyprien, évêque de Carthage, lisait notre verset dans l'exemplaire latin des saintes Ecritures qu'il avait entre les mains, et il l'insérait dans l'un de ses écrits les plus célèbres.
Je sais qu'on a voulu prêter au saint évêque de Carthage une interprétation mystique, qu'il appliquerait au verset 8e. Mais il ne dit pas : Scriptum est de sanguine et aqua ; il dit formellement : Scriptum est de Pâtre, et Filio, et Spiritu Sancto : Uniim sunt. Comment veut-on qu'un lecteur devine que spiritus signifie le Père, si on ne l'en avertit pas ? que sanguis est le nom du Fils, si on ne l'indique pas ? et qu'enfin aqua doit se traduire par le Saint- Esprit, si on ne le dit pas ? Ce serait là un discours inintelligible. Ne prêtons point à saint Cyprien, cet esprit si clair, une ténébreuse énigme. Sans doute le verset 8e a pu recevoir cette interprétation mystique deux cents ans plus tard ; mais du moins ceux qui la donnaient l'expliquaient, et l'on comprenait ce qu'ils voulaient dire (1).
Le verset des trois témoins célestes est donc certainement désigné par saint Cyprien.
Nous pouvons remonter plus haut. Tertullien combat l'hérétique Praxéas, qui admettait l'unité de Dieu, mais niait la distinction des personnes. Tertullien lui prouve d'abord que le Père et le Fils sont deux personnes, et il apporte ce texte : Ego et Pater unum sumus . Puis il montre la distinction des trois personnes divines dans l'unité de substance. Ita connexus Patris in Filio, et Filii in Paracleto très efficit cohœrentes, alterum ex altero, qui tiïes
(1) On nous répète que Facundus d'Hermiane, dans sa défense des Trois Chapitres, en 547, imputa au passage de saint Cyprien le sens allégorique que nous venons de réfuter. L'autorité de Facundus est médiocre, et cette imputation, pour être vieille, n'en est pas plus raisonnable. Ou saint Cyprien cite notre texte, ou son langage est absurde.
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unum sunt, non iinus : qnomodo dictum est : « Ego et Pater unum sumus », ad substantiœ iinitatem, non ad nnmeri singularitatem. Il faut bien voir, dans ces mots Très unum sunt, une citation de l'Ecriture, comme dans la phrase Ego et Pater unum sumus. sans quoi le raisonnement serait vicieux et la preuve nulle : on aurait une simple affirmation (1).
A l'autorité irrécusable de saint Cyprien, et à celle de Tertullien, nous joindrons Cassiodore, écrivain du vic siècle. On sait qu'il recherchait avec soin le meilleur texte de la divine parole. Il recueillait et collationnait les exemplaires latins et grecs les plus anciens et les plus estimés. Or il a donné une brève explication des Epîtres apostoliques qu'il avait étudiées spécialement (2). Sa méthode lui est particulière. Elle consiste à interpréter le texte en l'analysant, en changeant les termes, en ajoutant parfois un mot pour éclaircir la pensée. Voici comment il reproduit le passage qui nous occupe. Cui rei testificantiir in terra tria mijsteria : aqua, sanguis et spiritus, quœ in passione Domini leguntur impleta ; in cœlo autem Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus ; et hi très unus est Deus. — Voilà bien le 7e verset manifestement cité et interprété, il y a douze cents ans, par un écrivain d'Italie, très instruit, consciencieux, qui avait sous la main les plus anciens et les plus excellents exemplaires grecs et latins qu'il avait pu se procurer. On est sûr qu'il n'avait point emprunté ce texte à des faussaires de son temps : il l'avait lu dans de bons manuscrits.
(1) Saint Phébade d'Agen, au iv° siècle, fait de même une allusion sensible au texte «le saint Jean. Sic alius a Filio Spiritus, sicut alins ,i "Pâtre Filins. Sic tertia in Spiritu, ut in Filio secundo, persona : unus tamen Deus omnia, quia très unum sunt. A moins d'un parti pris, L'on doit reconnaître que saint Phébade cite l'Ecriture, en disant Très unum sunt, puisqu'une autorité divine pouvait seule taire fléchir des esprits rebelles et confirmer les catholiques dans la vraie foi.
(2) In épis toits Apostolorum studium maximum laboris impendi, ut senex potui, sub collât ione priscorum codicum. — Cassiodore, ministre du roi Théodoric, consul on 514, ami des lettres et fort savant lui-même, avait amassé une bibliothèque aussi riche que bien choisie. Voyez Patrol., t. LXX, col. 1107, 1109, 1375.
ÉPITRES CATHOLIQ1 ES 28
Mais comment ne pas mentionner la célèbre conférence de Carthage qui eut lieu entre les catholiques et les ariens par l'ordre du roi Hunéric ? C'était l'an 484. Plus de quatre cents évêques orthodoxes, dont nous avons les noms, y furent présents. Ils étaient venus non seulement de l'Afrique, mais des îles soumises aux Vandales, notamment de la Sardaigne et de la Corse. Ces évêques rédigèrent une profession de foi contre l'hérésie arienne : elle fut lue en public et présentée au roi persécuteur. Nous y lisons : Et ut adhuc luce clarhis iinius divinitatis esse cum. Pâtre et Filio Spiritum Sanctum doceamus, Joannis evangelistœ testimonio coniprobatur. Aitnamque ; « Très sunt qui testimonium perhibent in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus Sanctns, et hi très anum sunt. » Donc, en l'année 484, ce verset était reconnu comme parole divine par les catholiques et, sans doute aussi, par les ariens d'Afrique. Ils le lisaient dans la version qui était chez eux en usage (1).
Quelques années plus tard, l'illustre docteur saint Fulgence citait le même texte et rappelait qu'il avait été employé par saint Cyprien. In Pâtre ergo, disait-il, et Filio et Spiritu Sancto unitatem substautiae accipimus, personas confundere non audemus. Beatus Joannes apostolus testatur dicens : « Très sunt qui testimonium perhibent in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus Sa?ictus, et hi très unum sunt. » Quod etiam beatus Cyprianus martyr, in Epistola de Unitate Ecclesiœ, confitetur, atque hœc confestim testimonia de Scripturis inserit : « Dicit Dominus : Ego et Pater unum sumus » ; et iterum de Pâtre et Filio et Spiritu scriptum est : Et très unum sunt.
Nous citerons encore une pièce qui a son importance. Elle a été découverte par le cardinal Angelo Mai dans une bibliothèque de Rome. C'est un Spéculum ou Recueil de textes de la sainte Ecriture rangés par ordre de matières.
(1) Victor Vit., Persecut. Vandal., 1. II, n. 18. — On peut lire dans la collection des Conciles de Hardouin (t. II, p. 869) les noms des évoques catholiques venus à la conférence : ils sont au nombre de 461.
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Au chapitre n, de distinctione personarum, on lit : Item illic : Quoniam très sunt qui testimonium dicwit in terra, spiritus, aqua et sanguis ; et hi très unum sunt in Christo Jesn. Et très sunt qui testimonium dictait in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus, et hi très unum sunt. — Puis au chapitre m, de Spiritu Sancto, on lit encore : Item Joannis in epistola I : Spiritus est qui testimonium reddit, quia Spiritus est veritas. Item illic : Très sunt qui testimonium dictait in cœlo, Pater, Verbum et Spiritus, et hi très unum sunt.
Plusieurs savants n'hésitent pas à reconnaître en ce Recueil le vrai Spéculum de saint Augustin. Cinq suscriptions de mains différentes, qu'on voit en tête du manuscrit, l'attribuent au saint Docteur. Le manuscrit luimême est fort ancien ; il est du vie ou au plus tard du vne siècle, et il représente le texte de la Vulgate usité en Afrique avant les corrections de saint Jérôme.
Mais voici un argument que les partisans de l'interpolation nous opposent avec confiance. Les Pères d'Orient et d'Occident, qui ont lutté au ive siècle avec tant de force contre les ariens, n'ont jamais employé ce texte. Ils ne le connaissaient donc pas; il ne se trouvait donc alors dans aucun exemplaire grec, latin, syrien.
La conclusion ne semble pas rigoureuse. Ils pouvaient le connaître et n'en pas faire usage, puisqu'ils en avaient d'autres où la divinité du Verbe était bien plus clairement •exprimée (1-).
Je dirai même qu'ils avaient une raison de ne point alléguer ce passage. Car ce texte, précieux pour les orthodoxes, a peu de valeur contre les ariens. Si les Pères avaient essayé de leur prouver, par ces mots très unum sunt du 1° verset, que le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ont la même nature, ces hérétiques subtils n'auraient pas manqué de riposter qu'au verset 8e, dans la phrase
(1) Par exemple, le début de L'Evangile selon saint Jean, où on lit : et D> bion ; et a la fin de ce chapitre même nous verrons :
Hic < si vertes Dcus.
parallèle qui suit immédiatement, saint Jean applique ces mêmes paroles, 1res ùniim sunt, à l'esprit, au sang et à l'eau, qui sont bien trois choses de nature différente. Que leur répondre ? Le génie de saint Augustin lui-môme s'embarrassait devant cette objection. (Contra Maxim.. 1. II, c. XXII.)
Le silence des saints Athanase, Ambroise, Hilaire, Basile, Chrysostome, ne prouve donc pas que le texte des trois témoins célestes leur fût inconnu.
Si saint Phébade, saint Fulgence et d'autres évêques ont fait valoir ce texte dans leurs ouvrages contre les ariens, on ne doit pas les en blâmer; car ils se proposaient moins de convaincre des hérétiques obstinés, que de fortifier dans la vraie foi les catholiques sincères ; et, appuyés sur la tradition antique, ils leur montraient avec raison comment l'unité de nature était exprimée par les mots imiim sunt, affirmés du Père, du Verbe et du Saint-Esprit.
Arrivons aux correcteurs de la Vulgate. Ils ont maintenu ce texte par deux fois, dans l'édition sixtine et dans l'édition clémentine. Qu'on ne dise pas que c'est un de ces endroits qu'ils ont respectés par prudence, quoiqu'ils leur parussent devoir être corrigés. Le P. Angelo Rocca, l'un de ces savants, a écrit sur l'exemplaire dont il se servait pour la revision, cette note : Hœc verba (I Joan., v, 7) sunt certissime de textu. In grœco etiam antiquissimo exemplari, quod habetur Venetiis, lequntur. Ce verset a donc été spécialement examiné par les judicieux correcteurs, et ils ont reconnu qu'il appartenait au texte apostolique.'
Enfin, le Concile de Trente a porté sur la Vulgate un décret qu'il faut examiner.
Rappelons d'abord un principe admis de tous les catholiques : L'Esprit de vérité, qui assiste l'Eglise, ne saurait permettre qu'elle accepte et qu'elle propose au peuple chrétien comme Ecriture divine ce qui ne l'est pas.
Or. le saint Concile, après avoir énuméré les livres saints, ordonne de les recevoir dans leur intégrité, avec toutes leurs parties, tels qu'ils ont coutume d'être lus
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dans l'Eglise catholique et tels qu'ils se trouvent dans l'ancienne Vulgate latine.
Le Concile restreint-il son décret aux passages qui ont toujours été lus dans la plupart des exemplaires grecs, syriens, latins ? Oblige -t-il les théologiens et les prédicateurs à s'armer d'une polyglotte et à consulter les vieux manuscrits de la Vulgate (comme le Fuldensis eiYAmiatinus) avant d'appuyer un dogme sur un texte de la Vulgate? Non, un usage de plusieurs siècles justifie amplement l'expression : « tels que ces livres ont coutume d'être lus dans l'Eglise catholique. » En outre, au temps du Concile, la Vulgate était partout la même, sauf quelques variantes sans importance doctrinale, et tous les exemplaires contenaient depuis longtemps le célèbre verset des trois témoins célestes.
Il en résulte que ce verset parait compris dans le décret. C'est l'opinion d'illustres théologiens. Car le Concile prescrit de recevoir la Vulgate, non seulement avec tous les livres qu'elle renferme, mais encore avec toutes leurs parties (1).
Or, l'on doit regarder comme parties intégrantes les textes dogmatiques : premièrement, parce que le saint Concile déclare qu'il veut prendre ces textes mêmes pour fondement de ses décisions ; secondement, parce qu'il défend de rejeter la Vulgate, sous quelque prétexte que ce soit, dans les prédications et dans les discussions théologiques (2).
Mais rejeter la Vulgate, qu'est-ce autre chose, dans la pensée du Concile, que de rejeter les textes que l'on y
(1) Si quis autan libres ipsos integros, cum omnibus suis partibuSj prout in Ecclesia catholica legi consueverunt, et in veteri Vulgata editione habentur (et non pas semper et ubique habita sunt) pro sacris et canonicis non susceperit,... anathema sit.
(2) Omnes itaque intelligant... quitus jwtissimum testimoniis ac prœsidiis (ipsa synodus) in confîvmandis dogmatibus et instai'.randis in Ecclesia moribus, sit usura. — Statuit et déclarât... ut in publicis lectionibi's, disputationibus, prœdicationibus et expositionibus (hœc ipsa vêtus et vulgata editio),pro authentica habeatuv, et ut nemo illam rtjicere quouis prœtexh> audeat >-el prœsumat. Concil. Trid.
puise pour établir les règles de la morale ou prouver le dogme (1)?
Nous ne pouvons donc pas, dans une discussion théologique, repousser comme faux ou interpolé un texte de la Vulgate que l'on produit pour établir un point de doctrine. Nemo illam rejicere qnovis prœtextu audeat vel prœsumat.
Le Concile aurait-il voulu faire une exception pour le verset des trois témoins célestes? En protégeant tous les autres comme parole divine, aurait-il abandonné celuilà au libre. examen des critiques? Que les théologiens répondent (2).
Les raisons qu'apporte l'érudition moderne, pour combattre l'authenticité du verset des trois témoins célestes, sont nombreuses, spécieuses, mais elles ne nous paraissent point décisives. Nos pères, qui admettaient ce texte comme Ecriture sacrée il y a douze cents ans, avaient certainement d'antiques manuscrits que nous n'avons plus. Tout soigneusement examiné, nous ne trouvons rien qui nous autorise à répudier un texte vénéré comme parole divine depuis tant de siècles par les plus saints docteurs et par toute l'Eglise catholique (3).
9. Si testimonium hominum accipimus, teslimonhim Dei majas est : quoniam hoc est testimonium Dei, quod majus est, quoniam testificatus est de Filio suo. Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand et plus ferme. Or Dieu, dont le témoignage l'emporte infiniment sur celui des hommes, a rendu témoignage à son Fils.
Le témoignage des hommes, revêtu de certaines conditions, forme une preuve qui exclut le doute ; à plus
(1) Manifestissïmum videtur declarari canonicas partes omnes prout in veteri Vulgata editione habentur, quœ dogma aliquod vel morum regulam per se et directe enuntiant . (Franzelin, p. 47.)
(2) Le cardinal Franzelin répond : Nefas putamus genuitatem textus upostolici (I Joan., v, 7) in dubium vocare (p. 44).
(3) On peut lire sur l'authenticité de ce verset une savante dissertation du cardinal Franzelin, dans son traité de Deo irino et uno, et un travail précieux, quoique inachevé, de M. l'abbé Le Hire, t. IL
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forte raison le témoignage de Dieu produit-il une certitude pleine et invincible, puisque Dieu, qui est toute science et toute vérité, ne peut se tromper ni tromper personne. Or, Dieu même a attesté, sur les rives du Jourdain et sur le mont Thabor, que Jésus est son Fils bienaimé.
10. Qui crédit in Filium Dei, habet testimonimn Dei in se. « Celui qui croit au Fils de Dieu a dans lui-même le témoignage de Dieu » : il possède dans son esprit la conviction d'une vérité certaine, qu'il croit sur l'autorité infaillible de Dieu.
Qui non crédit Filioy mendacem facit eu?n : quia non crédit in testimonium qnod testificatus est Deus de Filio sno. « Mais celui qui ne croit pas au Fils de Dieu, fait Dieu menteur; parce qu'il ne croit pas au témoignage que Dieu lui-même a rendu de son Fils. » Or, si l'on fait une injure très grave à un homme, en l'accusant de mensonge, quelle injure n'est-ce pas faire à Dieu que de le supposer menteur? C'est pourtant le péché dont se rend coupable celui qui refuse de croire que Jésus est le Fils de Dieu (1).
Il commet, en outre, une ingratitude ; car il nie le plus grand bienfait de Dieu envers les hommes.
11. Et hoc est testimonium y quo?iiam vitam œternam dédit nobis Deus. Et hœc vita œterna in Filio ejus est. Que nous apprend, en effet, ce témoignage? C'est que Dieu, en nous donnant son Fils, nous a donné la vie éternelle ; car la vie éternelle est en son Fils qui nous la mérite et nous l'apporte, comme nous le disions tout à l'heure : Dieu nous a envoyé son Fils unique, afin que nous vivions par lui. Filium suum uniqenitum misit Deus in mundum, ut mvamus per eum (iv, 9).
(1) Dans les versets i» et 10, saint Jean dit que nous devons recevoir le témoignage de Dieu, et que celui qui refuse de croire au témoignage que Dieu a rendu ;i son Fils, l'ait Dieu menteur. Ces deux versets s'appuient sur le 7e : Très sunt qui testimonium dont in cœlo, Pater, etc. Car si Ton retranche le 7« verset, où trouver la mention de ce témoignage du Père? Le 7e verset n'est donc pas une interpolai
Vltam œternam dédit. Il nous a donné la vie éternelle, pour en posséder l'espérance, le droit et le principe pendant notre passage sur la terre, en attendant que nous la possédions pleinement dans les cieux.
12. Qui habet Filium habet vitam ; qui non habet Filium vitam non habet. De là il résulte que « celui qui a le Fils a la vie, et que celui qui n'a point le Fils n'a point la vie. » Mais par quel moyen peut-on avoir le Fils ? Notre- Seigneur lui-même nous l'apprend : on le possède par la foi, en sorte que celui qui croit en lui ne périra pas, mais aura la vie éternelle. Ut omnis qui crédit in ipsum non pereat, sed habeat vitam œternam. (S. Joan., ni, 15.) Saint Jean-Baptiste avait dit une parole semblable : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; pour celui qui ne croit point au Fils, il ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » Qui crédit in Filium habet vitam œternam; qui autem incredulus est Filio non videbit vitam, sed ira Dei manet super eum. (S. Joan., m, 36.)
13. Hœc scribo vobis, nt sciatis quoniam vitam habetis œternam, qui creditis in nomine Filii Dei. Je vous écris ces choses afin que vous sachiez que non seulement vous pourrez obtenir un jour la vie éternelle, mais que déjà vous la possédez, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. Si vous croyez avec une foi non pas inerte mais agissante, vous possédez dès maintenant, sur la terre, la vie éternelle. C'est un bien qui vous appartient, car Jésus, l'auteur et la source de cette vie, réside en vous ; son séjour en vos âmes est déjà la vie divine commencée. Comprenez donc votre bonheur et ne le perdez pas. Gardez bien cette ferme foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu, et qu'elle règle toutes vos actions. Ut sciatis quoniam vitam habetis.
14. Et hœc est fiducia quam habemns ad eum : quia quodcumque petierimus secimdum voluntatem ejus, audit nos. Et ce qui nous inspire aussi une grande confiance en Dieu, ce qui nous donne l'espérance que nous posséderons réellement la vie bienheureuse pendant toute
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l'éternité, c'est qu'il nous exauce en tout ce que nous lui demandons de conforme à sa volonté. Or nous savons qu'il veut notre sanctification, notre persévérance dans la piété, notre salut. Demandons-lui qu'il nous sauve, et, quelque faible que soit notre nature, quelque puissants que soient nos adversaires, nous posséderons éternellement la vie bienheureuse.
15. Et scimus quia audit nos quidquid petierùnus : semais quoniam habemus petitiones quas postulamns ab eo. * Et nous savons en effet qu'il nous exauce en tout ce que nous lui demandons. Nous le savons, parce que nous avons déjà reçu les grâces que nous lui avons demandées. » Saint Jean répète la même chose pour l'inculquer davantage. Il affirme d'abord que Dieu exauce toutes nos prières; il dit ensuite que nous le savons; et il ajoute enfin que nous le savons par notre expérience (1).
Mais, pour être exaucée, la prière exige des conditions. Il faut demander avec confiance et persévérance des choses utiles au salut. (S. Jac, i, 5.)
Lorsqu'on prie ainsi pour soi-même, on reçoit toujours ce qu'on demande : c'est le sentiment formel de saint Augustin : Exaudiuntur omnes sancti pro se ipsis. Mais la prière que l'on fait pour les autres n'est pas toujours exaucée ; car leur volonté mauvaise peut résister à la grâce de Dieu. Non autem pro omnibus exaudiuntur vel amicis, vel inimicis, vel quibuslibet aliis : quia non utcumque dictum est dabit,sed clabit vobis. (In Joan. Ev. Tract, en, 1.)
(1) Et scimus. Le texte grec est un peu différent : le verset entier ne forme qu'une période, que l'on rend ainsi : Et si scimus qui", audit nos quidquid petierimits, scimus quoniam habemus petitiones quas postulavimus ab en. « Et si nous savons », — par la promesse de Dieu, — « qu'il nous écoute en tout ce que nous lui demandons, nous savons aussi, par notre expérience, que nous avons reçu l'effet de toutes les demandes que nous lui avons adressées. » Il faudrait donc, selon le grec, ajouter un si devant le premier scimus, et mettre le parfait postulaoimus, au lieu du présent postulamus. Voici le grec : K«\ l«v otfafuv c-.i àxoùet fyufiiv i «> uho'jy.zOx, old&fiv Sri ïyoy.iv t« «l:^«a:« a rpr^'j^u . Un copiste a pu oublier si devant le premier scimus de la version latine. Rien n'est plus facile que d'écrire et scimus, au lieu de et si scimus. La leçon grecque nous paraît ici la meilleure.
16. Qui scit fratrem suum peccare peccatum non ad mortem, petat, et dabitur ei vita peccanti non ad mortem. Est peccatum ad mortem : non pro illo dico ut roget quis.
Saint Jean venait de dire que Dieu nous accorde tout ce que nous lui demandons, audit nos quidquid petitrimus ; en grec, àxousi vjp&v, o av atroWOa. L'on pourrait traduire ainsi littéralement : « Il nous écoute en ce que nous lui demandons pour nous. » C'est ce que peut faire entendre le verbe moyen atxwaeOa. Mais saint Jean s'explique : notre prière n'obtient pas seulement des grâces pour nous, elle est encore salutaire pour les autres.
« Si donc, ajoute-t-il, quelqu'un voit son frère commettre un péché qui ne va point à la mort, qu'il prie, et la vie sera donnée à ce pécheur, dont le péché ne va point à la mort. Mais il y a un péché qui va à la mort : ce n'est pas pour la rémission de ce péché que je dis de prier. » Ce texte, qu'il faut expliquer, présente une doctrine importante.
D'abord il est manifeste que saint Jean parle ici des péchés mortels, puisqu'ils ôtent la vie à l'âme. Mais il en distingue deux sortes : l'un va de soi-même à la mort et à la réprobation éternelle ; l'autre n'y va point de soi-même. Il est vrai, tout péché grave sépare l'âme de Dieu et lui fait une blessure qui serait définitivement mortelle, si elle n'était pas guérie. Mais l'Eglise a des remèdes assez puissants pour rendre la vie à l'âme qui l'a perdue. Est-ce qu'il n'y a pas du baume et des médecins dans Galaad?dit le prophète. Numquidnon est résina in Galaad? aut médiats non est ibi? (Jerem., vin, 32.) Cependant il est des péchés si funestes qu'ils vont d'euxmêmes à la mort finale, et aucun baume ne les guérira. Notre -Seigneur l'affirme, lorsqu'il parle d'un péché qui ne sera remis ni dans ce monde ni dans l'autre : neque in hoc sœculo neque in futuro. (S. Matth., xn, 32.)
Ce péché irrémissible, c'est le péché contre le Saint- Esprit ; il consiste à combattre avec opiniâtreté la vérité connue : impugnatio veritatis agnitœ. (S. ïhom. Summ.
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Theol. 2a 230, q. li, a. 2.) C'était le péché des Juifs, qui voyaient de leurs yeux les miracles de Jésus-Christ, qui les avouaient, et qui voulaient cependant le faire mourir, au lieu de croire à sa parole. (S. Jean, xi, 47 et 53.) C'est le péché de l'apostat qui, après avoir professé la religion chrétienne, l'abandonne et la persécute. C'est l'endurcissement dans l'impiété ; c'est l'affermissement dans l'athéisme ou dans un orgueilleux déisme; c'est le serment fait dans les loges maçonniques de renverser l'œuvre de Jésus-Christ et d'abolir sa religion. Ce péché va à la mort, car il ôte la foi et jusqu'à l'aptitude à la foi, qui est le principe du salut. Aussi les grâces ordinaires ne peuvent rien contre ce péché diabolique. Ceux qui s'en rendent coupables se ferment volontairement la source de la grâce et marchent à la damnation éternelle. Voit-on en effet ces hommes se convertir? presque jamais. Il faudrait pour les toucher une grâce si puissante qu'elle les convertît pour ainsi dire malgré leur volonté perverse : ils en sont indignes. Aussi l'Apôtre ne promet pas que la prière qu'on ferait pour eux fût exaucée : Non pro Mo dico ut roget quis.
Arius en particulier offre un exemple frappant du péché qui va à la mort. Le bienheureux Pierre, évêque d'Alexandrie, l'excommunia pour avoir embrassé le schisme de Mélèce. Peu de temps après, le saint évêque fut pris et condamné à mort par Maximin. Les prêtres Achillas et Alexandre allèrent le trouver dans sa prison pour lui demander le pardon d'Arias. 11 leur répondit que Jésus lui était apparu pendant la nuit et qu'il lui avait annoncé qu'Arius déchirerait l'Eglise. Ayant ensuite prédit à ces deux prêtres qu'ils lui succéderaient eux-mêmes dans l'épiscopat, il leur enjoignit de ne jamais recevoir Arius dans leur communion, parce qu'il savait qu'il était mort devant Dieu : Prœcepit ne unguam Arùmt in commwtionem reciperent, quem Deo mortuum esse sciret. (Brev. K., 26 nov.)
Toutefois ce serait une erreur de croire que les prières pour de tels pécheurs ne sont pas permises ou ne seront
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jamais exaucées. De quocumque pessimo in hac vita constituto non est u ligue desperandum, dit saint Augustin. Ncc pro Mo imprudenter oratur de quo non desperatur . (S. Aug., Retract., 1. I, c. xix.) Tant qu'un homme vit, il ne faut pas désespérer absolument de son salut (1). On pourra donc prier même pour les grands pécheurs dont nous avons parlé, mais on ne le fera pas avec la même confiance que pour ceux dont le péché ne va pas à la mort; car leur méchanceté obstinée pose un obstacle presque insurmontable à leur conversion.
17. Omnis iniquitas peccatum est, et est peccatum ad mortem. « Toute injustice est péché; mais il y a un péché qui va à la mort », et un péché qui ne va pas à la mort. L'Apôtre ajoute ce mot pour éclaircir et maintenir la distinction qu'il a faite entre les deux sortes de péchés.
Omnis iniquitas, en grec, Trïsa kov/J.v., omnis injustitia ; toute injustice est un péché, et l'on peut dire aussi que tout péché est une injustice commise envers Dieu, notre Maître.
18. Scimus quia omnis qui natus est ex Deo non peccat ; sed generatio Dei conservât en?n, et malignus non tangit eum. * Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point, mais la naissance qu'il a reçue de Dieu le conserve pur, et l'Esprit mauvais ne lui touche point (2). » Saint Jean répète ici la même pensée qu'il avait déjà exprimée plus haut : Omnis qui natus est ex Deo pecca tum non facit; quoniam semen ipsius in eo manet (c. m, v. 9). Celui qui, par la foi et le baptême, est devenu un véritable enfant de Dieu, celui qui a reçu les dons fortifiants du Saint-Esprit et s'est nourri du pain céleste à
(1) Non prœcluditur via remittendi et sanandi omnipotentiœ et misericordiœ Dei, per quam aliquando taies, quasi miraculose, spiritualités- sanantur. (S. Thom., Summ. Theol., 2a 2œ, q. 14, a. 3.)
(2) Generatio Dei conservât eum. On lit dans le grec : o yzwtfiiis èx 0êou TTipsl kuuTbv, qui genitus est ex Deo servat seipsum. C'est-à-dire que celui qui est engendré de Dieu se conserve lui-même dans la justice, car il trouve dans le principe de sa naissance divine la force de ■/rotéger et de garder la vie qu'il possède.
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la table divine, ne pèche pas, parce qu'il ne veut pas pécher, parce que la vertu de la génération divine qui est en lui le conserve, et parce que l'esprit méchant, qui tient sous son empire les enfants du siècle, n'a point de pouvoir sur les enfants de Dieu. Il peut solliciter le juste, le tenter, l'insulter, mais il ne peut le blesser dans son âme; et, selon l'expression d'un saint Docteur, latrare potest, mordere non potcst. Dans le duel que le démon livre au juste, celui-ci, couvert par l'armure de la foi, est invulnérable, si bien que l'ennemi ne parvient pas à le toucher, non tangit eum.
19. Scimus quoniam ex Deo sumus ; et mundus tot.us in maligno positns est. « Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier est placé sous l'empire du mauvais. »
Cette pensée est comme l'épilogue et la conclusion de toute la lettre. Mes chers enfants, leur dit-il, le genre humain se partage en deux royaumes : celui de Dieu et celui du démon. Il y a deux cités qui se font la guerre : l'une où règne Jésus-Christ, et l'autre où commande Satan. Pour nous, nous savons que nous appartenons à Jésus-Christ, par notre foi, par notre baptême, par notre volonté ; le reste obéit à Satan.
20. El scimus quoniam Films Dei venit, et dédit nobis sensum ut cognoscamus verum Deum, et simus in vero Filio ejus. Hic est vents Deus et vita seterna. « Et nous savons encore, que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l'intelligence, afin que nous connaissions le vrai Dieu et que nous soyons en son vrai Fils. C'est ce Fils qui est le vrai Dieu et la vie éternelle. » Avant la venue de Jésus-Christ sur la terre, le vrai Dieu était ignoré des nations les plus civilisées; ni les sages de l'Inde, de la Perse et de l'Egypte, ni les célèbres philosophes de la Grèce et de Rome ne le connaissaient. Quelques-uns l'avaient entrevu, mais ils n'osaient le confesser ; et, en punition de leur ingratitude, ils retombaient dans les ténèbres, en sorte que leur sagesse se changeait en folie. (Rom., i.) Mais le Fils de Dieu nous a donné l'intelli-
gence ; il a fait luire à nos yeux une lumière admirable, et il nous a montré le vrai Dieu avec une pleine certitude.
Et simus in vero Filio ejus (1). Non seulement nous avons maintenant la gloire de connaître le vrai Dieu, mais nous devenons, par la foi et par la charité, intimement unis à son vrai Fils : en sorte que nous ne faisons qu'un avec lui. Le Christ est le vrai Fils, égal au Père ; et nous, nous sommes unis au Christ comme les membres à leur chef, et son Père est aussi notre Père.
Et comme le Fils est le vrai Dieu et la vie éternelle, nous devenons nous-mêmes participants de la nature divine et de la vie éternelle, autant que le peut la créature.
In vero Filio ejus; hic est vents Deus, h oJ^Givoç 0soç. « Il est le vrai Fils de Dieu, et il est lui-même le vrai Dieu. » Voilà un texte clair et décisif qui prouve la divinité de Jésus- Christ. Aussi les saints Pères le citent-ils souvent contre les ariens. Saint Ambroise rapporte cette parole : Et simus in vero Filio ejus Jesu Christo Domino noslro : hic est vents Deus etvita seterna ; puis, il ajoute : Saint Jean appelle Jésus vrai Fils de Dieu et vrai Dieu. Si donc il est vrai Dieu, il n'a pas été créé. Verum Joannes Filium Dei et verum Deum dicit. Ercjo si vents Deus, ittiquc non creatus. (De Fide, 1. I, c. xvn.) Saint Athanase cite jusqu'à sept fois ce texte pour confondre les ariens. Deus vents est Pater, Deus verus est quoque Films, dit-il. lta enim scripsit Joannes : « Sumus in vero, in Filio ejus Jesu Christo. Hic est verus Deus etvita œterna. » (S. Athan., p. G8±, ad Serapion., éd. Bened.)
(1) Et simus, en grec «où iï/j.v;, plusieurs traduisent : et sumus, « et nous sommes dans son vrai Fils. » lis regardent cette proposition comme indépendante, et ils pensent que la Vulgate est inexacte. Mais les meilleurs manuscrits (celui du Vatican, l'alexandrin et le sinaïtique) portent : Sé&autev hf^v $i&voux.j} fvft ytv(àax.Ofi.ev tôv à.) r,0 ivb ; , /.ai èo/xsv iv tôj c/.ïr,9i,c>. D'après cette leçon, saint Jean construit ?v« avec les deux indicatifs yivûaxopev et èofiév. La conjonction Lu, construite avec le subjonctif, marque une chose voulue, un but que Ton veut atteindre, au lieu qu'avec l'indicatif elle désigne tout à la fois un but vers lequel on tend et un fait réel. On peut donc entendre le texte présent comme s'il y avait : îva ytvtàcxùi/xtv xa\ ytvûàxofÂSv, et tvst Zftev /ai é7//£v, c'est-àdire : ut co g 'no s camus, dum rêvera cognoscimus verum Deum ; et ut simus in vero Filio ejus, sicut in eo vere sumus.
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21. Filioli, custodite vos a simulacris. « Mes chers enfants, gardez-vous des idoles. » Vous, enfants du vrai Dieu, associés à sa divinité, non seulement vous n'adorerez pas des statues de bois ou d'argile, mais vous éviterez avec soin de prendre part, même indirectement, à leur culte.
Les fidèles, vivant au milieu de parents et d'amis païens, étaient souvent exposés au péril de manger des viandes immolées aux idoles, comme nous le voyons dans la première Epître aux Corinthiens (c. vin et x). C'est pourquoi saint Paul leur disait : Fuyez le culte des idoles. Fugue ab idolorum cullura (ib., x, 14) ; et encore : Si un frère honore les idoles, ne mangez'pas avec lui. Si is qui f rater nominatur , est idolis sermens, cum ejasmodi nec cibum sumere (ib., v, 11). Il ne faisait d'ailleurs que rappeler le décret du concile de Jérusalem, qui ordonnait de s'abstenir des viandes immolées aux idoles. Ut abstineatis vos ab immolatis simulaerorum. (Act. Ap., xv, 29.)
Cette parole détachée, qui finit subitement l'Epître de saint Jean, est une leçon vive qui reste comme un trait fixé dans l'esprit.
L'Apôtre, sortant de la chaudière brûlante où l'avait plongé Domitien, adresse cette parole à tous les chrétiens de l'univers.
Elle a retenti pendant trois siècles dans le monde entier, quand les papes, les évoques, les vieillards, les vierges et les jeunes enfants même étaient menacés du glaive et des plus horribles supplices, s'ils ne brûlaient de l'encens devant les idoles. .
a Gardez-vous des idoles! » cette parole a fait des millions de martyrs.
Aujourd'hui, le monde est encore plein d'idoles. Il y en a d'or, de chair, et de plus vils encore. Chrétiens, gardons-nous des idoles. Custodite vos a simulacris. N'adorons <jue Dieu, n'aimons que Dieu, et ne craignons que Dieu.
SUR LA