Salutant te filii sororis tuœ Electœ
1. Senior Electœ dominœ, et natis ejus, quos ego diligo in veritate, et non ego soins, sed et omnes qui cognoverunt veritaiem. « Le Vieillard écrit à la dame Electe et à ses enfants ; il les aime dans la vérité ; et ils ne sont pas aimés de lui seul, mais de tous ceux qui connaissent la vérité. »
Senioi*, 6 ^pscêurepoç, « le Vieillard. » Tous les Apôtres étaient morts depuis longtemps. Il restait encore, à la fin
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du premier siècle, bon nombre d'anciens qui avaient vu Notre-Seigneur, notamment saint Siméon, évêque de Jérusalem ; mais saint Jean demeurait le seul qui put raconter, comme témoin, les actions, les discours et les miracles de Jésus pendant sa vie publique, sa passion, sa résurrection et son ascension. Il méritait donc d'être appelé dans toute l'Eglise le Vieillard.
Electœ dominée. On se partage sur l'interprétation de ces deux mots. Les uns y voient une noble dame nommée Elecla; les autres, une dame « élue » ou chrétienne, dont le nom est inconnu. Selon d'autres, ce n'est point à une femme qu'écrirait saint Jean : Electa domina serait une Eglise.
Ce dernier sentiment, quoique soutenu aujourd'hui par des écrivains sérieux, nous parait difficile à admettre. Si saint Jean écrivait à une Eglise, qui donc l'empêchait de le dire simplement comme font les autres Apôtres, et notamment saint Paul lorsqu'il écrit à l'Eglise de Thessalonique, à l'Eglise de Corinthe, aux Eglises de Galatie, etc.?
Au lieu de cela, saint Jean recourrait à une perpétuelle allégorie. C'est une dame Electa, qui a des enfants dont plusieurs sont chrétiens ; et cette dame a une sœur chrétienne, qui elle-même a des fils, lesquels saluent leur tante. Pas un mot dans toute la lettre qui nous fasse soupçonner que les deux dames sont deux Eglises ; une pareille allégorie est forcée, invraisemblable.
On veut s'appuyer sur saint Jérôme; mais un mot du saint Docteur, mot obscur et jeté en passant, ne saurait être une autorité décisive (1).
Saint Jean, selon nous, écrit certainement à une femme. Mai> K/.ÀEKTY, est-il son vrai nom ? Plusieurs en doutent.
(1) Voyez saint Jérôme, Epître cxxiu ad Ageruch., n. \2. Après avoir appliqué h rEglise cette parole du Cantique des cantiques : Una est columba mea... una est matri suatt electa. g enitr ici suœ, il ajoute : Ad quant geribil idem Joanne* epistolam : Senior Electœ Domina' et filiis
■jus. ' point la un de ces rapprochements spirituels, une de ces
pieuses Allusions dont bous trouvons tant d'eiemples dan- les Saints
Pèr
L'auteur delà Vulgate traduit ce mot par sa signification latine, electa : ce qui semblerait en faire un adjectif: electa domina voudrait dire une dame « élue » du Seigneur pour recevoir la lumière de l'Evangile et la grâce du baptême.
On ajoute qu'à la fin de la lettre, saint Jean dit : Salutant te filil soroiis tuœ electœ. En grec, ôuntaÇeTa^ nt Tà TÉxva ttJç <x8eX<p7jç cou T'?jç exXexTîjç. Est-ce que deux sœurs porteraient le même nom? L'on propose donc de traduire au dernier verset : Les fils de votre sœur, qui est élue, c'est-à-dire chrétienne, vous saluent. Mais si electa est un adjectif à la fin de la lettre, pourquoi ne l'est-il pas aussi au commencement?
Nous ferons observer que, si electa (exXexrirj) n'était la première fois qu'un adjectif, l'inscription de la lettre serait bien vague : « Le Vieillard à une dame élue. » Une telle inscription n'est guère admissible. Il faut un nom ; or, Electa semble un nom chrétien. En effet, lorsque des dames romaines d'un rang distingué recevaient le baptême, quelques-unes prenaient, par piété et par prudence, un nom religieux sous lequel elles étaient connues parmi les fidèles. Ce nom, qui était une leçon continuelle de sainteté, servait en même temps à les dérober à la persécution. C'est ainsi que l'illustre Pomponia Grœcina, femme de Plautius, le conquérant de la Bretagne, se nommait dans les assemblées chrétiennes Lucina, c'està-dire l'Illuminée. (Tacit. Ann., III, 37. Dom Guéranger, Vie de sainte Cécile.) De même, Electa serait le nom chrétien de la dame à qui saint Jean adresse sa lettre. Quant à la difficulté tirée du nom de sa sœur, elle s'expliquerait facilement : hCtex.x\, electa^ ne serait la seconde fois qu'un adjectif, et saint Jean dirait en jouant sur le mot : Les fils de votre sœur vous saluent; de votre sœur, dis-je, qui, sans porter le nom d? Electa, est cependant « élue » aussi bien que vous.
Nous devons encore mentionner une interprétation donnée par quelques modernes. Ils prennent Ulsxrq pour un adjectif, et Kupfa pour un nom. Selon eux, l'inscription
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serait : « à l'élue Cyria. t Mais Kupfe n'est point un nom propre usité chez les anciens Grecs, pas plus que Domina chez les Latins, et une femme chrétienne n'aura point choisi ce nom ambitieux.
La traduction ordinaire de l'inscription : « à la dame Electa ou Electe » nous paraît donc en somme la meilleure.
Dominœ, xupfaf. Ce titre indique que la dame à qui saint Jean adresse sa lettre était une personne de distinction.
Et natis ejus qttos ego diligo in veritale. « Et à ses enfants que j'aime dans la vérité. » Quel est celui qui aime en vérité? Ce n'est point celui qui aime par intérêt, sympathie ou passion. Aimer ainsi n'est pas aimer le prochain, mais soi-même. Aimer quelqu'un en vérité, c'est l'aimer pour Dieu, pour qu'il loue Dieu dans les siècles des siècles, et pour qu'il soit éternellement aimé de Dieu. Aimer vraiment un ami, dit saint Augustin, c'est aimer Dieu en cet ami, ou parce que Dieu est en lui, ou afin qu'il y soit. Me veraciter ainat amicwn, qui Deuni amat in amico, aut quia est in illo, aut ut sit in illo. (Serm. cccxxvi, n. 2.)
Et non ego solus, sed et omnes qui cognoverunt ventaient. « Et vos enfants ne sont pas aimés de moi seul, mais de tous ceux qui connaissent la vérité. » Car tous les chrétiens, unis dans la même foi, s'entr'aiment et s'aident mutuellement à parvenir au ciel (1).
2. Propter veritatem quge permanet in nobis, et nobiscum erit in œlernum. « Nous les aimons à cause de la vérité qui demeure en nous, et qui sera éternellement avec nous. » La raison qui fait que nous vous aimons vous et vos enfants, est notre foi commune. C'est là un motif qui ne cessera jamais. Car votre foi est vraie en
(1) Et natis eji's. Le datif natispeût venir de nota aussi bien que de nati's ; mais le pronom quos ôte l'équivoque. Saint Jean adresse sa lettre à. Electe et h ses lils. Le grec n'e>t pas moins clair : au neutre •cc'zvsf,-, l'auteur joint le masculin bu*, faisant l'accord avec l'idée, et non avec Le terme ; c'est ce que les grammairiens appellent une syllepse. Toutefois, Les masculins quos et 5Ô5-,en exigeanl les Mis, n'excluent pas le> QUes. Aussi, pour demeurer fidèles, nous traduisons : « a la dame Electe e1 a ses enfants. »
elle-même, et elle sera toujours reconnue comme vraie par l'Eglise de la terre et du ciel. Ce que nous croyons maintenant est vrai pour l'éternité.
3. St't vobiscum qratia, ?nisericordiai pax a Deo Pâtre, et a Cltristo Jesn Filio Patris, in veritate et charitate. « Que la grâce, la miséricorde et la paix soient avec vous de la part de Dieu le Père, et de Jésus-Christ Fils du Père, et que ces dons habitent en vous dans la vérité et la charité. »
Gratia. Que la grâce sanctifiante réside et croisse en vous par l'effusion abondante des grâces actuelles.
Misericordia. Que la miséricorde divine pardonne les fautes qui vous échappent, guérisse vos infirmités et subvienne à vos faiblesses.
Pax. Que la paix, accompagnée des biens spirituels dont elle est la plénitude et la confirmation, règne entre Dieu et vous, et que la concorde soit parfaite entre vous et tous les frères. (I Petr., i, 2.)
A Deo Pâtre et a Cliristo Jesn Filio Patris. C'est du sein de Dieu le Père que découlent la grâce, la miséricorde et la paix; c'est Jésus-Christ Fils de Dieu qui nous mérite ces biens, et nous les donne de la part du Père.
In veritate et charitate. Que la grâce, la miséricorde et la paix soient donc en vous; mais ces dons précieux ne descendent que dans une âme où habitent la vérité et la charité. Il n'y a point de paix pour celui qui n'accepte pas toute la vérité évangélique, ni pour celui qui n'aime pas ses frères. On ne trouvera point la charité dans un orgueilleux,, révolté contre l'enseignement de l'Eglise. L'amertume règne dans son cœur, et ses paroles sont pleines de fiel.
In veritate et charitate. La vérité éclaire l'intelligence, et la charité embrase le cœur. Ces deux mots résument cette petite lettre, où saint Jean détourne de l'erreur et exhorte à la charité.
4. Gavisus sum valde, quoniam inveni de filiis luis ambulantes in veritate, sicut mandatum accepimus a Pâtre. « J'ai éprouvé bien de la joie, parce que j'ai trouvé
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de vos enfants qui marchaient dans la vérité, selon le commandement que nous avons reçu du Père. »
Gavisus sum. La joie qu'il a éprouvée est une joie spirituelle et selon Dieu, la seule qui convient à un Apôtre rempli du Saint-Esprit.
Inveni. 11 ne dit pas : J'ai appris par des récits que plusieurs de vos enfants marchaient dans la vérité; il dit : Je les ai trouvés, je les ai vus moi-même, et j'ai reconnu avec joie qu'ils acceptaient dans son intégrité la vraie doctrine de Jésus-Christ, qu'ils la croyaient, la professaient, la pratiquaient : ambulantes in veritate. Ils obéissent ainsi à l'ordre du Père, qui a fait entendre du haut des cieux cette parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » Sicut mandatum accepimus a Pâtre.
Inveni. Saint Jean écrit à cette dame « qu'il a trouvé ses enfants. » Ils n'étaient donc pas avec leur mère quand il les a vus. Peut-être les avait-il rencontrés à Ephèse, chez leur tante dont il est question à la fin de cette lettre.
Ambulantes, « ils marchent. » On ne doit pas s'arrêter et se reposer dans la voie du bien : il faut y marcher, il faut avancer dans les vertus : Ibunt de virtute in viriutem. Un païen même nous avertit que nous devons chaque jour corriger quelque chose de nos défauts. Quotidie aliquid de vitiis demendum, nous dit Senèque. (De Vita beata, 17.)
5. Et nunc roejo te, domina, non tanquam mandatum novam scribens tibi, sed quod habuimus ab initio, ut diligamus alteriitrum. « Et si je vous écris maintenant, madame, ce n'est point pour vous presser d'accomplir un commandement nouveau, mais pour vous rappeler le même précepte que nous avons reçu dès le commencement, celui de nous aimer les uns les autres. »
Puisque l'Apotre nous inculque sans cesse ce commandement, interrogeons-nous, voyons si nous l'accomplissons. Aimons-nous vraiment notre prochain? l'obligeonsnous selon notre pouvoir? Plusieurs se font illusion, croyant aimer, lorsqu'ils ^abstiennent de haïr.
Rof/n. i je vous prie. » Que font les évoques et les pasr
teurs, lorsqu'ils adressent la parole aux fidèles? Est-ce qu'ils les prient pour en obtenir des bienfaits? Non, mais ils les supplient de ne pas offenser Dieu et de sauver leurs âmes.
6. Et hœc est charitas, ut ambulemus secundum mandata ejus. Hoc est enim mandatum, ut quemadmodum audistis ab initio, in eo ambulelis. « Or, la charité consiste à marcher dans les commandements de Dieu. Tel est en effet le commandement que vous avez reçu dès le principe pour que vous l'observiez. »
Hœc est charitas. L'amour que nous devons avoir pour Dieu consiste à observer ses commandements. Or le principal commandement que vous avez appris dès l'origine, quand on vous a enseigné la religion chrétienne, consiste à aimer Dieu et le prochain pour Dieu.
Saint Jean passe au second objet de sa lettre : après avoir recommandé la charité fraternelle, il vient à la pureté de la foi qui en est le principe; car la charité est fille de la vérité.
7. Quoniam multi seductores exierunt in mundum. Je vous ai rappelé le précepte de la charité : il faut y joindre celui de la foi; « car un grand nombre de séducteurs ont apparu dans le monde. »
Qui non confitentur Jesum Christian venisse in carnem. « Ces séducteurs nient que Jésus-Christ soit venu dans une chair véritable. » Qui non confitentur, oi pur] otAoAoyouvTsç : non seulement ils s'abstiennent de le confesser, mais ils le nient. Tel est le sens des expressions où oyÀ, o'jy ouoAoysco. Les' négations où et \j:\, placées devant ôy.oXoysto et Y^m, en font un composé négatif, nego. (Synt. 196.)
Non confitentur Jesum Christum venisse in carnem. Ils nient que Jésus-Christ soit un Dieu incarné. Les uns prétendent qu'il n'est pas le Fils de Dieu descendu du ciel et revêtu de la nature humaine. C'était l'enseignement de Cérinthe. Les autres disent que le Christ, esprit céleste, n'a pas pris une chair réelle et qu'il n'a souffert qu'en apparence. C'était l'hérésie de Basilide. Jésus- Christ, disait-il, n'avait qu'un corps fantastique. Pendant
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sa passion, il avait pris la figure de Simon le Cyrénéen et lui avait donné la sienne. Ainsi les Juifs avaient crucifié Simon au lieu du Christ, qui était remonté au ciel, en se dérobant à la vue de tout le monde. Cette hérésie supprimait la rédemption du genre humain. Car si le Christ n'a pas pris une chair véritable, nos péchés ne sont pas expiés.
Hic est seductor et antichristus, en grec avec l'article : o'jtôç Bortv g 7cXàvoç -/.xi 6 'AvTc/p'.^Toç, celui-là est le séducteur prédit, il est l'Antéchrist qui doit venir à la fin des temps. Il en a l'impiété et il fait son œuvre. Il attaque la personne même du Christ, car il lui ôte la nature humaine, et il supprime du même coup sa nature divine, en le faisant menteur. Voilà ce qu'osaient enseigner ces impudents hérétiques, du vivant même de saint Jean, qui avait vu et entendu Jésus-Christ, qui avait pendant plus de trois ans vécu intimement avec lui, qui l'avait touché de ses mains et avait reposé sa tète sur sa poitrine.
8. Vidcte vosmetipsos, ne perdatis qnœ operati estis, sed ut mercedcm plenam accipiatis. « Prenez garde à vous, afin de ne pas perdre le fruit des bonnes œuvres que vous avez faites, mais de recevoir une pleine récompense. »
Videte vosmetipsos. Il parle au pluriel. Cette lettre ne s'adresse donc pas à Electe seule, mais à sa famille et aux autres chrétiens qui se trouvaient en rapport avec cette dame puissante.
Ne perdatis quœ operati estis. « Ne perdez pas les œuvres que vous avez faites. » Il en est qui ont jeûné, prié, prêché l'Evangile, converti beaucoup de pécheurs: ils ont même glorieusement défendu l'Eglise ; mais un sentiment d'orgueil les a détachés de la foi commune, et ils ont perdu leur magnifique récompense. Que c'est triste! Commencer comme un apôtre et finir apostat!
Videte ut mercedem plenam accipiatis. « Faites en sorte de recevoir une pleine récompense. » Beaucoup de bonnes œuvres seront peu récompensées, parce qu'elles n'auront pas été bien faites. Appliquons-nous à faire celles que Dieu demande de nous, avec l'intention pure de lui plaire; commençons -les, continuons -les, iinissons-les
bien, en temps opportun. Notre récompense alors sera pleine et abondante dans les cieux.
9. Omnis qui recedit, et non permanet in doctrina Christi9 Deum non habet; qui permanet in doctrina, hic et Palrem et Filium habet (1). « Quiconque ne demeure point dans la doctrine du Christ, mais s'en éloigne, ne possède point Dieu ; et quiconque possède sa doctrine, possède le Père et le Fils. » Ils habitent dès maintenant en lui par la grâce, et il les possédera éternellement dans la gloire.
Vous admirez l'éloquence de Tertulîien et la science d'Eusèbe. J'estime comme vous leurs beaux ouvrages, utiles à la religion. Mais Dieu n'est point avec le savant Eusèbe ni avec l'éloquent Tertulîien, car tous deux ont combattu la foi, et sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. Tous deux ont rejeté la doctrine que le Christ a enseignée, et ils sont justement rejetés par le Père et par le Fils. Il en est de même de plusieurs écrivains religieux de ces derniers temps. On vante leurs talents et leurs vertus. Mais ils ont vécu et ils sont morts dans l'hérésie. N'envions point leur renommée : un humble acte de foi prononcé par une pauvre paysanne vaut mieux que toutes les belles choses qu'a écrites Pascal.
Qui permanet in doctrina, hic et Patrem et Filium habet. Mais celui qui demeure dans la doctrine de Jésus-Christ possède le Père et le Fils ; ils habitent en lui selon cette parole de Notre -Seigneur : « Si quelqu'un m'aime, il
(1) Qui recedit. Tout homme qui se retire de l'assemblée des fidèles, qui se sépare de l'Eglise, et qui ne demeure pas dans la doctrine commune, ne possède point Dieu. Tel est le sens de la Vulgate. Dans le grec, on lit b itpodc/tav^ qui prœcedit, qui ultra vadit, celui qui marche en avant, qui prétend aller plus loin que la doctrine évangélique : — nous dirions aujourd'hui l'homme de progrès, qui s'indigne de l'immobilité où l'Eglise enchaîne son génie et qui dédaigne la tradition : — celui-là ne possède pas Dieu. La leçon TTpo&.yw est donnée par les trois meilleurs manuscrits : le sinaïtique, l'alexandrin et celui du Vatican. D'autres manuscrits avec Théophylacte et Œcumenius donnent b napaSâivoiv, qui transgreditur. D'anciens lectionnaires ont prœcedit. Peut-être le traducteur avait-il écrit precedit, qui sera devenu recedit sous la main d'un copiste.
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gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous demeurerons en lui. » (S. Jean. xiv, 23.)
10 et 11. Si quis venit ad vos, et hanc doctrinam non affert, nolite recipere eum in domnm, nec Ave ei dixeritis. — Qui enim dicit illi Ave, communicat opérions ejus maliqnis. « Si quelqu'un vient vers vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez point. Car celui qui le salue participe à ses actions mauvaises. »
Si quis venit ad vos. Il y avait alors des hérétiques qui parcouraient les provinces en y semant leurs erreurs, et ils demandaient l'hospitalité aux maisons chrétiennes. Saint Jean avertit de ne pas les recevoir. On examinera donc la foi de ces voyageurs, et s'ils ne confessent pas que Jésus-Christ est le Fils de Dieu fait homme, il faut les repousser; car les recevoir chez soi, c'est coopérer à la propagation de l'hérésie.
Saint Jean ne donne pas là un simple conseil, mais un précepte, dit Corneille Lapierre. Non tantum consulit, sed prœcipit.
Nolite recipere eum in domum. Autre chose est la tolérance, autre chose les liaisons amicales. Dans nos sociétés mêlées de catholiques, d'hérétiques et d'incrédules, il y a des rapports d'affaires et d'intérêts publics qui sont inévitables. Saint Jean n'interdit point ces relations nécessaires. Mais il ne veut d'amitié et d'alliance qu'avec les chrétiens unis dans la même foi. N'invitez point les hérétiques à votre table et ne paraissez pas à la leur. Rompez avec ceux qui combattent l'Eglise. Si un catholique apostasie, ne le saluez pas. Evitez comme un opprobre la femme divorcée, et ne touchez pas la main de l'adultère qui se prétend son époux.
Necjue Ave ei dixeritis. Saint Jean a pratiqué lui-même ce qu'il nous ordonne. Car saint Irénée rapporte le fait suivant qu'il avait appris de saint Polycarpe. « Saint Jeau, le disciple du Seigneur, étant allé un jour aux bains publics d'Ephèse, y vit Cérinthe. Aussitôt, sans prendre
le bain, il s'enfuit de l'établissement, en disant : « Je crains que l'édifice ne tombe sur la tête de Cérinthe, l'ennemi de la vérité, et ne nous écrase avec lui. »
Saint Polycarpe imita lui-même l'exemple de son maître. Ayant un jour rencontré Marcion qui lui demanda : Nous reconnaissez - vous ? il répondit : « Je reconnais le fils aîné de Satan. »
On voit combien les Apôtres et leurs disciples évitaient de communiquer avec ceux qui corrompaient la doctrine.
La théologie nomme trois cas où la faite des hérétiques est ordonnée de droit divin et naturel. Premièrement, il faut les éviter, lorsqu'il y a péril de perversion pour soi-même; et ce péril n'est point rare.
Secondement, il faut les éviter, lorsqu'on participerait à l'hérésie en faisant une chose qui la favorise; si, par exemple, on donne l'hospitalité à un hérétique qui vient dans une ville pour y propager ses erreurs.
Troisièmement, il faut encore éviter les hérétiques, lorsqu'en les fréquentant, on pourrait scandaliser les autres et les induire par son exemple à accepter l'erreur.
11. Qui enim dicit illi Ave, communient operibus ejus malignis, « Car celui qui le salue participe à ses actions mauvaises. » Si les chrétiens suivaient le précepte de saint Jean, l'on verrait tomber l'influence des impies. Les méchants ne sont forts que par la complicité des bons. C'est en s'appuyant sur les honnêtes gens qu'une faible minorité d'ambitieux parvient à opprimer un grand peuple. Cessons de vanter et de rechercher les incrédules ; ne leur demandons aucun service, et notre foi libre, ferme, fera revivre parmi nous les vertus chrétiennes.
Il faut ajouter que la conversation habituelle avec les hérétiques, aussi bien que la lecture de leurs écrits, est extrêmement dangereuse. Peu à peu le poison s'insinue, l'erreur paraît moins odieuse, la foi s'affaiblit et enfin elle meurt. Sermo eorum ut cancer serpit, dit saint Paul. (II Tirn., ii, 17.)