LIVRE XXVI II
An ebap. V, Tite-Live traduit presque littéralement putybe, X, 41 et suit., en abrégeant seulement quelques passages. 11 est permis de conjecturer qne ce qui suit «a* encore puisé à la même source; cependant Tite-Live m omis ce que Polybe raconte des signaux donnés par le fteo. Le chap. vu concorde aussi avec les fragments de Polybe, recueillis dans le Spicilége de Schweighsuser, p. 83. Il y a cependant plusieurs choses relatives aux Crées et A Philopœmefi (Polyb., XI, 8 19), qu'il a omises. Au eh. i, il dit qu'il a été consigné dans les annales, notctim, que les soldats avaient lancé quelques sarcasmes contre C. Claudius. Au ebap. xn, il a mis à coutribution Polybe et d'antres auteurs; il fait allusion à Pohbe, quand il dit qnc plusieurs auteurs écrivent que soixantedix raille hommes d'infanterie avaient été amenés devant la ville de àilpia. 11 avait précédemment dooué un nombre moins considérable, d'après d'autres écrivains. Dans kl détails, il diffère de Polybe ( XI, 20 et suiv.). Il fait ici l'éloge d'Annibal, que Polvbe place aussi dans la ■ène circonstance ( XI, 19 . Toute la suite du ch. xm et puisée dans Polybe jusqu'au ch. xvi, où s'arrêtent les extraits (ch. xxiv, de Pohbe). Le ch. xxiii est en harmonie avec Polybe, XI, 24 ; ch. xxiv et suiv., jusqu'au xxx, le récit de la sédition des soldat» de Scipion a été emprunté i Puljue, XI, 23-50. Il a aussi pris dans Polybe beaucoup de passages et de pensées pour le long discours de Scipion. La suite (cb. xxiii ) est aussi d<» Polvbe, XI, SI et suif.; Tite-Live a seulement rendu le discours de Scipion direct. Ch. xxxv m : ici sont des détails du l'histoire intérieure , que Tite-Live a puisés ailleurs. Au sujet du lieutenant laissé en Espagne, il est eu opposition avec Polybe, XI, 35 ( cf. Schwei^hsuser), mais conséquent avec lui-même (cf. XXIX). Il semble que ces deux passages ont été empruntés s des historiens latins, Cœlius, peut-être, ou Valérius, dont il fait l'éloge au cb. xlvi.
Cas*. III. — Fossa duplicique vallo circumdata urbe. Cette façon d'ouvrir un siège était ordinaire chez les anriens, surtout chez les Grecs. Ils bâtissaient pour retranchements de bonnes murailles qui formaient une double enceinte , et ils s'établissaient au milieu. Souvent les doux murs étaient assez rapprochés pour ne former qu'une espèce de galerie, et on les liait par des tours. On a un remarquable exemple de cet usage dans le siège de Platée •o commencement de la guerre du Péloponese. Sur tous les détails techniques qui suivent, voyez Végèce, IV, 25; Turoebe Advers., XI, 28; J.-Lipse, Poliorc, V, 8 et Addeiui., p. 651.
Les Lupi ferrei étaient des espèces de tenail'es dentées, eo fer, attachées a des cdbes qui servaient surtout à détourner les coups du bélier en le saisissant et en l'enlevant ensuite.
Cas*. V.— Heracleam duxit. Héraclée, ville dePhliotide en Thessalie près du golfe Maliaque et des Thermopyles. Voyez XXVII, 50; XXXI, 46; XXXIII, 5; XXV, 23.
Coàp. VI. — Tormentis machinisque ad oppugnandam eam ex navibus expositis. La machine la plus usitée pour saper les retranchements était le bélier, c'est-à-dire une poutre armée d'une tête en fer. Cette poutre était suspendue à des câbles. On s'eu servait quelquefois sans lui donner d'autre appui que les épaules des soldats qui les faisaient manœuvrer. Mais cela ne dut arriver que dans l'enfance de la stratégie, ou bien dans lès cas imprévus et pressés où l'emploi d'un grand bélier aurait entraioé trop de lenteur. Les machines nommées batistes et en ta pu! tes lançaient bien des projectiles; mais ces projectiles n'étaieut redoutables que pour les hommes : les murailles n'en étaient pas ébranlées. 11 n'y avait rien chez les anciens d analogue à cette artillerie de siège au mo\en de la quelle les modernes se jouent des remparts les plus solides
Ibid. — Enripum non sept'tes dir, etc. L'Euripe est un petit canal situé entre la Béotie et l'Eubée. C'était unt opinion répandue chez les anciens que ce canal éprouvait sept fois par jour un mouvement de flux et de reflux. Mais il est certain que son agitation n'offrait aucune périodicité. Cette agitation consistait en courants formés par le mouvement de la mer au large. Selon que les eaux du large se portaient sur la pointe méridionale ou sur la pointe septentrionale de l'Eubée, il en résultait un courant qui marchait dans le petit canal du sud au nord ou du nord au sud. Ce courant était ordinairement rapide, et cela s'explique par le peu de largeur de son lit. Les deux bords de l'Euripe pouvaient être réunis par nn pont. On conçoit sans peine que la moindre oscillation de la mer devait lancer l'eau daus l'Euripe comme par une écluse. Ce phénomène a excit- l'attention des modernes. Un voyageur français, M. Ségur Dupevrou, a visité dernièrement l'Euripe. Nous lui emprunterons quelques passages de sa lettre au doc. eur Pariset, qui se rapportent à ce sujet :
• On est étonné, en traversant le détroit qui sépare le continent de l'île de Kégrepont, de voir de combien peu il s'en est fallu que cette Ile ne fût une presqu'île. Le bras de mer a cinquante mètres tout au plus de largeur. La profondeur de l'eau n'est pas à la marée haute de plus de deux uiètrVs, et la longueur du canal présente uu développement de ceut cinquante mètres environ. On peut évaluer à cinquante ou soixaute mille mètres cubes les matériaux qu'il faudrait pour combler le détroit et pour eu faire un isihuie.
• Le détroit de l'Euripe présente, comme vous le savez, le phénomène singulier d'uu flux et reflux trèsirréguliers; mais les courants alternatifs ne se tont sentir que dans le détroit ; aux approches du détroit cependant, et des deux côtes, on remarque sur les roches des altérations qui prouvent que le gonflement de la mer s'élève à deux ou trois pieds.
« Plus on ré recirait le passage, plus le courant serait rapide, ou, eu d'autres termes, plus la force d'évasion serait grande, et cela est démontré par le fait suivant. Les habitants de Chalcis, comme Thucydide le rapporte, prièrent un jour les Béotiens de les aider à combler le détroit, et les Béotiens y consentirent. Mais à mesure que le travail avançait et que la mer se trouvait plus resserrée, les courants augmentaient de vitesse. Quaud le canal n'eut plus que la largeur suffisante pour qn'uu vaisseau y pût passer, les marées devinrent si violentes qu'on fut obligé de suspendre le travail , d'élever sur ebacnn des deux môles une tour et de les mettre en commuui cation au moyen d'uu p*>nt-levis.
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
« Les Vénitiens ont mieux compris que les Grecs le moyen de rendre le passage commode, lis ont détruit les deux môles antiques ; au lien d'un seul canal , ils en ont fait deux , en élevant une haute tour au milieu du courant.
« Je ne chercherai pas à tous expliquer, mon cher docteur, les causes de ce flux et reflux qui ont lieu jusqu'à quatorze fois en vingt-quatre heures à certaines époques de la lune, et qui à d'autres époques , n'ont lieu , comme toutos les autres marées, que quatre fois. De bien plus habiles gens que moi y ont perdu leur science. S'il fallait même en croire certains auteurs, Aristote se serait noyé de désespoir dans l'Euripe , en disant à la mer : « Comprends-moi donc , puisque je ne puis te comprendre. • Cette irrégularité dans le nombre des renversements de l'Euripe avait fait comparer à ce détroit tout ce qui est sujet au changement. Ainsi, les anciens Grecs appelaient euripistos uu homme d'une foi chancelante et inégale. Ils avaient donné le même nom à la fortune, pour marquer sou iucoostance. Enfin, ils avaient comparé les pensées de l'homme à l'Euripe, dont les ondes sont portées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. •
Chap. VIL — Philippum et ignés ab Oreo fdiii tnonuerant. Le système de signaux parait avoir été ancien chez les Grecs. Si l'on pouvait prendre pour de l'histoire un beau tableau tracé par Eschyle, on croirait que la nouvelle de la prise de Troie a pu arriver à Argos en une nuit au moyen de feux allumés de promontoire en promontoire et d'île en Ile. L'image du feu, comme signal, paraît se présenter naturellement à l'imagina lion des hommes. Voyez dans la Dame du lac, de Walter Scott, la description de la marche de la croix de feu.
Sur l'usage des signaux chez les anciens on peu t consulter Polybe (1. X, 42-45), qui eu parle exprofesso, et pour en avoir fait l'objet spécial d'un traité.. On y verra que l'idée des télégraphes n'est pas nouvelle , puisque Polybe discute plusieurs systèmes complets d'alphabet télégraphique, qu'il trouve imparfaits et auxquels il propose d'en substituer un autre de son invention , et dont il se fait honneur. Mais ces combinaisons pyrotechniques paraîtraient bien peu expéditives à notre époque, que ne satisfait plus la belle création de Chappe , et qui soumet déjà aux usages de sa correspondance l'action instantanée de l'électricité.
Ibid. — Inde Oxeas trajecerant Pœni. Oxéas signifie dans la traduction, les côtes de la Pbocide. La leçon vulgaire est en effet Phoceas. Mais ce ne peut être Phocée. qui est située dans le golfe Œtéen. Gronove corrige Echinades. En effet, la flotte carthaginoise était en station auprès d'JEgium, attendant Philippe, comme il était convenu. Mais ayant appris que les Romains et Attale avaient quitte Orée, et croyant qu'ils faisaient voile pour venir a eux, les Carthaginois craignirent de se trouver renfermés dans le golfe de Corinthe et de n'en pouvoir plus sortir. Us se retirèrent donc vers les Iles Echinades, d'où ils partirent pour les ports de l'Acarnanie. Cette correction de Gronovius s'éloigne trop de la lettre des manuscrits. Crévier s'en rapproche beaucoup plus en Usant in Oxeas, qui est une des iles Echinades. (Voyez Strabon, VIII, p. 351.)
Chip. IX. — Sestertium tricies. Trois millions de sesterces. Le sesterce valant 0, 24 c, d'après M. Saigey , les trots millions équivalaient a 650,000 fr. C'est la première évaluation d'une somme en sesterces, que l'on rencontre dans Tite Live. Voyez Périzonius, de cere gravi, { 19.
Remarquez aussi que la somme en argent est beaucoup plus considérable que la somme en airain. L'usage de l'argent commençait à prévaloir dans les transactions commerciales.
Chap. XII. — Ac nescio, an mirabilior, etc. Cet éloge est emprunté à Polybe, XI, 19. Bossuet puisait à la même source quand il disait {M st. univ., III, 16) : « On regarde comme un prodige que, dans un pays étranger et dnrant seize ans entiers, Annibal n'ait jamais vu, je ne dis pas de sédition, mais de murmure dans nne armée tonte composée de peuples divers, qui, sans s'entendre entre eux, s'accordaient si bien à entendre les ordres de leur général. »
Ibid. — Prima Romanis inita provinriarum , a/no? quidem continentis sint. En effet, la Sardaigneet la Sicile , les premières provinces conquises hors de l'Italie, ne font pas partie da continent. Cf. Vell. Pat., II, 58.
Ibid. — Durtu auspicioque Augusti Cœsaris perdomita est. 11 fait allusion à la guerre d'Agrippa contre les Cantabres, les Vaccéens et les Asturiens, l'an de Rome 751. Voyez Dion Cassius, LUI, 22-28; L1V, H.
Ibid. — Ad quinqnaginta milita peditum, etc. Polybe lui donne soixante-dix mille fantassins, quatorze mille cavaliers et vingt-deux éléphants.
Ibid. — Ad Silpiam urbem. Polybe donne ÉXfyrtw. Mais Silpia et Elinga étant également inconnues aux geographes,Schweigha?user, sur Polybe et sur Appien [Hisp., xxiv), pense qu'il faut lire llipom. C'était en effet le nom d'une ville de la Bétique, sur les bords dn Bétis, entre Hispalis et Corduba (voyez Strabon, III» p. 141; Hin. d'Antonin, p. 411, Pline, III, I ou 5), et non loin de Carmon ou Carmona, dans le voisinage de laquelle Appien ( Hisp., xxiv, xxvii ) place le théâtre des événements.
Chip. XIII. — Prœmisso Silano ad Colchamduodetriginta oppidis regnan tem. Nous ne pouvons douter que l'Espagne n'ait été, dans les temps anciens , beaucoup plus peuplée qu'aujourd'hui. Il est impossible de comparer par des chiffres la population d'autrefois avec la population actuelle. Néanmoins, les indications de l'histoire ancienne à ce sujet n'en sont pas moins concluantes. Nous fonderons plus bas de semblables inductions sur la durée de la marche de Scipion, depuis la Rétique jusqu'à l'Ebre. Mais n'est-ce pas déjà uu fait très-remarquable qn'nn état de vingt-huit villes, lequel ne formait da reste qu'une principauté peu importante, puisque le roi qui le gouverne n'est nommé dans aucun des grands mouvements de l'Espagne à cette époque ? Poljbe appelle ce roi KoXixavra tXI, 20 et XXXUI» 21).
Chap. XIV. — Ipse e dexlro cornu. UoLçrrr^tilà t» fib £iÇiô> Tfltç <rY;pt.a'.a; xol rà; îXaç Imaroiou* im &opu, rm £'tùo)vô(xù) TàvavTta (Polybe, XI, 22). Cette conversion, et le mouvement oblique dont il est question plus bas* avaient pour but d'étendre les ailes de l'armée romaine, de manière à ce qu'elle présentât un froot égal à celui de l'armée ennemie, forte du double, et en même temps de permettre aux légions romaines d'attaquer les ailea de l'armée ennemie avant que les centres pussent se joindre. Voir, pour les détails stratégique? de cette bataille, Polybe, loco cit., Schweigh., ibid,, et Guischard, ifétn. mi/., 1. 1, cb. xi.
Ciir. XVI. —SepMagetimU cattrit. Soixante-dix
oœpenicoli impliquent au moins soiianle-riii jour* de
anrehe, en supposant que Scipion faisait une marche
asoveUc chaque jour. Rico n'indique du reslo que l'ar-
EMie romaine ait changé chaque Jour de lieu el de camp,
et il est plu» que probable que Scipion eût mis plut Je
«■unle-dii jour» dam un voyage, rt'aulaul miens que
■m principal bat était de prendre dei information* sur
la conduite que lei peuplei et lei rois de l'Espagne
avaient tenue durant le* troubles précédent!. Cefalliem-
Ha prouver que la population del'Eipagne a celte épo-
«ane «tait coiuidérable. Combien ne devait-elle pai être
pnmêt inr ce toi aujourd'hui a moitié deiert? combien.
«Ton antre eàté, lei fractionnements devaienty être nom-
fareui, puisque, dei bords du Guadalquivir anx borda de
l'Ebre, dans nn eapace de deui cents lieues an plus, un
général romain qnl rail une enquête tur la conduite dei
peuples et des princes trouve 6 employer plus de
aaiuote-dii jours! En effet, une marche de deui cents
lieues, divisée en toiiaote-dii jour», ne donnerait
poar chaque journée de marebe qu'un peu plut de deui
Cair. XYI1X — Eom arlrm illï «ira ad conrihandos. lanet , Oraison funèbre de la reine d'Angltlerre : . Pre*ractoos ceux, qui lui parlaient te rendaient a elle. • Fendra, Télm.. Ht. V : ■ Je reconnais cette parole douce, sùaple et insinuante, qui persuadait avant qu'on eût lo knpt de t'en défier. •
Dana le spectacle que l'histoire nous présente, en faisait passe- août nos veux la longue série des affaires liu- ■sines, notre curiotité redouble lorsqu'une forte et piade individualité lient à apparaître. Au point où la lierre panique en est arrivée, ce sont moins les malheurs ot Cartilage, la fortune de Rome, l'état du monde, téacan de cette lutte, que la conduiie, le caractère, la pb)sajnomie d'un teul homme, qui attire et captive toute antre attention. Qu'est -ce que ce Scipinu qui relève avec urt d'éclat etdelwnhcnrlH fortune et U gloire de Rome! Ceiieni type latin, si énergique, ti raidie, si dur, ce type, représenté par tant de fortes pbjiionomies. Ici Camille, kaCineinnalut, lei Fabricius, les Papirius, les Régulus |esr Régului n'a précédé Scipion que d une seule géuémuo), existe- t-il toujours! >on. Tandis que Rome impose an monde la tyrannie de la force matérielle, elle unit à ion tour la domination dei idées. La Grèce détorde comme un torrent dans Rome. Ce soldat, qui ■eue ai vivement les Carthaginois et Ici Espagnols, n'est pins le Romain ferme et quelque peu cauteleux d'un autre Age i il n'a pas la tète presque rate, alln de mieux porter le casque; ce Romain est un jeune homme gradeux, qui la iue ondoyer tur ses épaules uoe magnifique !. Il a les allures, les manières d'un chevalier, il les coups les plus téméraires 1 travers les mer* M le* contrées ennemie*. Il a de* aventures merveilleuse!. Cet homme d'ailleurs écrit des comédie* son* la tente'. Il te conduit de telle sorte qu'on en veut