LIVRE XLIV
La source de tout ce qu'on lit aux ch. in et suiv. est incontestablement Polybe, qui nous a fait connaître qu'ayant été envoyé comme ambassadeur, mission sur laquelle Tite-Live garde le silence . il fut témoin oculaire de tous les combats livrés aussitôt après l'entrée des Romains en Macédoine. La description si exacte des lieux , qu'on trouve aux ch. vi et xi, montre qne c'est à son récit que Tite-Live s'attache et Appien qui suit Polybe ( Except. xii et xin, p. 529. Schvreigh. ). est d'accord avec Tite-Live ( ch. iv et vi ). Le cbap. ix est pris de Polybe (XXVIII, 12). Au ch. mi Tite-Live signale le dissentiment deValérius Antias. An ch. xvi il cite Claudins entre plusieurs autres. Le cbap. xxiu est traduit de Polybe; seulement Tite-Live omet les noms des otages ( Polybe , XXIX, 2). Au ch. xxti, le discours de Paul-Emile est tiré du ch. ixnr [Excerpt. Maii, p. 426). Aux ch. xxv
cette conséquence qu'on devait garnir le pont d'an parapet, pour loi donner l'apparence d'une véritable route.
Ce a p. V. — Fastigio, d'après la remarque de Crévier, doit l'entendre, non pas dans son sens propre, celui de toit, ou élévation graduelle de bas en haut, mais au contraire dans le sens de clivus , inclinaison de haut en bas ; ce qui revient au même, puisqu'un plan incliné, vu de bas en haut, offre aussi l'aspect d'un toit. C'est ainsi qu'on dit indistinctement altum et profundum.
Il y a encore une faute dans le texte de cette phrase. Il faut lire : transiersi incumbentes tigni, au lieu de transverso incumbentes tigno.
Cbap. VI. — Exsiluisset e solio. « S'élançant de sa chambre, • Non pas de la chambre, mais de la baignoire. Car solium est le siège, la partie de la baignoire où l'on est assis. Appien, Mac éd. t ch. xm : Ô £i igiiXaro tgu u£aro;, fkûv, 3u iaXûxct irpô rîi; (a*xt);.
Ibid. — huos ex amicis, etc. Voici la leçon vulgaire :
• Duobus ei amicis Pellam , alterum Asclepiodotum , ubi
• peciima deposita erat. • Évidemment Pella n'est pas un nom d hemnie , ni Asclepiodolus un nom de ville , comme le r» marque Gronove qui voudrait lire : c duos « ex amicis Hippiam , alterum Asclepiodotum ex prssi- « diis revocat », en supprimant • ubi pecunia deposita
• erat, • qu'il regarde comme une interpolation introduite dans le texte , lorsque Hippiam eut été altéré en Pellam. Mais ceci souffre bien des difficultés et ne remédie guère à ce qu'il y a de tronqué et d'incomplet dans la phrase ; pas plus que la leçon admise dans le texte de cette édition. Ce qu'on lit dans Tite-Live , ch. x, prouve qu'il y a ici plus qu'une altération de texte , mais certainement une lacune que Crévier a essayé de remplir, d'après le passage de Tite-Live cité plus haut, et d'après Diodore ( Excerpt. Vales , p. 510), et Appien, (Maced. , ch. xiv.) Voici la restitution de Crévier, que le traducteur a suivie : « Duobus ex amicis Niciam profl- « cisci jnssit Pellam, ubi pecunia deposita erat, et quid- « quid ejus ibi nancisceretur in mare dejicere : alterum « Andronicum misit Thessalonicam ut navalia incen-
• deret. Simul Hippiam et Asclepiodotum ex prasidiis
• revocat. » Appien, Inc. cit., Nixiav xal ÀvJpovuov M t&v xarai?GvTi0{j.ov tûv xpv)p.ara>v xaî tov 2p.irpv)9p.àv tûv vicôv fatiropçet. Dans Diodore, loc. cit., Nicias est appelé Nicon , et c'est à Phacus et non à Pella qu'il est envoyé : If ixttva fxîv tov fcnaaupocpûXaxa iÇéirt{i.<|rf, ouvraÇaç tïiv 2v tÔ) 4>axa> fàÇav xal xà xpiipk aTa xarairovTÎaai. Mais, selon la remarque de Valois, il est certain que le trésor royal n'était pas à Phacus mais à Pella. Tite-Live, ch. xxiii : « Pellam ad thésaurus regios missis qui pecu- « niam acciperent »; et ch. xlvi : « Et gaza regia in eo c loco erat ( Pella). Polybe, XXIX, 5 : Toù; lin ràxpvipara irapoVraç sic IltXXotv £{mp.ty*v , à; ixjù TrapaXu^û-
Ibid. — Ipse ab Dio , etc., auratis statuts omnibus
raptis, incolas ejus loci, etc. C'est une correction
peut-être téméraire de la leçon vulgaire, • auratis sta-
• tuis rapttm , ne praeda hosti essent , in classem con-
• gestis, ocius demigrare Pydnam cogit. • Il est vrai que la phrase est incomplète, et qu'on ne sait à quoi se rapporte demigrare ; mais,** l'aide d'un très-léger changement, Périxooius la rend acceptable. En lisant cogitât au lieu de cogit, c'est Persée qui -songe à se réfugier à Pydna, ce qu'il fit en effet, comme on le voit à la fin du chapitre : ad Pydnam rcfugil. Toutefois , un passage
de Diodore, que Tite-Live traduit probablement ici, nous apprend que Persée força les habitants de Dium de te retirer à Pydna avec lenrs femmes et leurs enfants, ô aùrô;, tooç xp ua «>S àv^ptavToç àvsurrraaac U Aiou, iraVraç tooç ix. ty5; ircXcc»; àvaXaéàv jtrrà Tt'xvuv xai -pvatxwv âvt- Xupvxnv tî; Hu£vav ( Excerpt. Vales., p. 310). Pent-étre ya-t-il une lacune dans la phrase ; mais c'est bien s'aventurer que de changer in classem congcstis. oritts en incolas ejus loci, quoique le sens s'y prête. — La traduction n'a pas ici toute l'exactitude désirable.
Cbap. VI- — Quaexiguumjumenta, etc. Ce récit parait exagéré. Les auteurs s'accordent bien avec Tite-Live sur la longueur du dédié, mais non sur la largeur. Pline, Hist. Kat., IV, ch. vm : « Tempe vocantur quinque « miilinm passuum longitudine , et ferme sequijugeri la- « titudioe, ultra visum hominis attollentibus aedeitra « lœvaque leniter convexis jugis. Elien ( Var. t Hist., III, ch. 1 1 : ré fxîv pj;xGÇ iitt Ttaaapâx&vrot ivwii <rra£îcu;, To'ift p-ïjv «XaTG;, rj piv ion irXt'Opcu, tç il xeu irXtîcv cXi-yw. Ainsi là où , d'après Tite-Live, une bête de somme peut à peine passer, il y a, selon Pline , une largeur d'un arpent et demi, et selon Élien de cent pieds et quelquefois plus. En outre, ces rochers a pic, qu'on ne peut regarder sans vertige, sont dans Pline : Unités contera juga.
Cbap. VIT. — Et multitudine statuantm. C'étaient lea statues des cavaliers tnés au passage du G ra nique. Alexandre les avait fait faire par Lysippe, et placera Dinm pour donner nne nouvelle splendeur à cette ville, détruite par les Étoliens.
Cbap. VIII. — Enipei amnis. C'est nn fleuve de la Macédoine, qni prend sa source dans l'Olympe et vient se jeter dans la mer, non loin de Dium. Il y avait dans la Thessalie nn autre Enipeus , qui coulait près de Pharsaie et se jetait dans l'Apidanns.
Cbap. IX. — Bestiht omnium gentium. On a voulu corriger omnium gêner um; mais on pent fort bien ae passer de la correction. Les magistrats qui donnaient les jeux tenaient à honneur de montrer au peuple, non seulement des bétes féroces de toute espèce, mais des bétes féroces venues de toutes les parties du monde. Et c'est ainsi qu'il faut entendre omnium geniium.
Ibid. — Fastigatam sicut tecta œdificiorum sunt. Cf. J. Lipse, Poliorc, I. 5. Polybe, XXVIII, 12 : toù; Ouptoo; farip ttj; xicpaX-ri; rcnriaavTt; auviç paÇav, à<m rp rûv oirXwv TruxvoTOTi xipxp.(OTcâ xarappuTa» •yt*ï>to6ai «apairXiiatcv. C'est bien fastigatam qu'il faut lire, et non fastigiatam, comme on trouve dans plusieurs éditions, Crévier entre antres. Silius Italiens, V, 50 :
Mediamque per alvum 8enslm tastigans , compressa cacumina nectiL
Cbap. XI. — Nec minus, quam inclytus magnitudine. Au lieu de inclytus magnitudine, la leçon ordinaire porte, in altum magnitudine. Ces trois mots paraissent, à bon droit, suspects, et Drakenborch est d'avis de les supprimer, comme ayant été introduits maladroitement da»s le texte. U ne semble pas avoir connu la leçon de cette édition ; leçon qui n'a d'autre inconvénient que celui d'offrir une idée assez oiseuse.
lato. — Cervis etiam objectis. C'étaient des pieux fichés en terre et bifurques par le haut , comme le bots d'un cerf, d'où ils ont pris leur nom. Cour. Vairon, liv.
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
V, 1 17, p. 55 Egcer. Ils servaient d'étais aux cabanes. Virgile, Eclog.. II, 29 :
Alque bumiles habitare casas et figere cervos. Mail oq les employait surtout à la guerre , pour les retranchements , comme on peut voir dans ce passage de César, VII, 72 : c Duas fossas quindecim pedes la tas,
• eadem altitudine perduxit, quarum anteriorem cam-
• pestribns et dimissis locis, aqua ex flumine dériva ta
• complevit. Post eas aggerem et vallum duodeciro pe-
• dam exstruxit. Huic loricam pionasque adjecit, gran-
• dibua cervis eminentibus ad commissures pluteorum
• atque aggeris, qui adscensum nostium tardèrent. » On voit donc qu'ils servaient à la fois à lier et à soutenir les terres et les claies des reiranchemeuts, et en même temps a empêcher rapproche des ennemis. Eu outre, quand on voulait interdire l'accès d'un terrain plat, d'une plaine on d'âne route, on les enfonçait en terre de manière à neUistef sortir que les pointes, qu'on recouvrait eusoile de gazon et de feuillage pour les dissimuler. C'est ce que Silius Italiens explique fort bien dans ces vers, ttb. X, v. 213 :
Quaqoe patet campas planis iogressibus hosti , Cervorum ambostis imilautur cornua ramis .
Et Mitas occulitur, caecum in vestigia lelum.
D'où l'on a dit rallum cœcum ; Festus, au mot Cervus . et César, I, 28. Yoy. J. Lipse, Poliorc, II, 2.
Iiid. — Mon>trati snnt formées, etc. Le texte, par sa concûioo, est fort obscur ; et la traduction, qui n'est pas moins concise, n'est pas moins obscure non plus.» En eifet le prêteur demandant où étaient les terres qu'on avait dû retirer du fossé, on lui montra des voûtes, dit le traducteur, en lui disant qu'elles étaient loin d'avoir l'épaisseur de l'ancien mur. et qu'elles étaient construites avec un seul rang de briques.» C'est le texte, il est vrai ; rien de moins, mais aussi rien de plus. Le rapport de la réponse a la question n'est pas facile à saisir; et je ne sais si le préteur dut se contenter d'une réponse aussi laconique. M. Verger traduit d'uue manière plus explicite et plus intelligible , quoiqu'un peu longue : On lui montra des routes faites avec res terres converties en prufues.
Chap. XIII. — Fama fuit. • Le bruit courut alors «in'il y eut des négociations. • Entre qui avaient lieu ces négociations? Le traducteur ne rend pas inter Eumenem et Ptrsea. La chose est cependaut assez importante , puisque c'est ici uue assertion isolée, que Ti le- Live jette en passant, et sur laquelle il ne revient que beaucoup plus loin , ch. xxiv.
Chap. XIV. — Ex viqinti militons philippeorum. Selon Crévier ces 20,(00 phi lippes équivalaient a 400 livres romaines , ce qui ooonerait une valeur de 578,520 fr., au taux de 946 fr. 30 c. pour chaque livre d'or. (Voy. Saigey , ouvr. cité, p. 74 et 75). Cette valeur est exorbitante. Il y a sans doute quelque altération dans le texte. Drakenborcb propose de lire : duobus millibtis.
Ibid. — Se quoque in gratia réconciliâtes pacis ponerent. Ce passage offre des difficultés. Voici la leçon vulgaire : 5e quoque in gratia reconciliatœ pacis posse uti. Je ne vois pas qu'on puisse en tirer un sens raisonnable. Plusieurs variantes ont été proposées; l'une supprimant simplement in, avec ce sens : • Demandant qu'il lui fût permis de se montrer reconnaissant de cette réconciliation,» comme s'il y était intéressé aussi; petere,-. se posse uti , comme s'il y avait pclcre, ut uti posslt. Quelques-uns chan c eut in en fa.
Une autre variante de Gronovecst celle-ci : Se quoque in gratia reconciliatœ pacis uti (pour ut) ponerent, avec ce sens, a priant les Romains de lui laisser en partie le mérite de cette réconciliation. «C'est la leçon adoptée dans le texte de cette édition , saur le mot uti qui est supprimé, je ne sais pourquoi. La traduction suit une leçon toute différente : et leur offrait ses services en reconnaissance d'une réconciliation. Je ne vis pas de variante d'où l'ou puisse tirer ce sens , qni est faux historiquement , parce que les Romains n'avaient pas besoin des services de Prusias , et surtout parce qu'il ne convenait pas a l'humilité de Prusias d'offrir ses services. Car, à cette occasion même, Ti le- Live dit que c'était de sa part plutôt une prière qu'une proposition.
Il faudrait traduire, d'après le texte, conjurant qu'on lui laissât en partie le mérite de la réconciliation ; ou plus littéralement, qu'on le fit entrer en partage de la reconnaissance qui s'attacherait à la réconciliation. C'est le sens propre de ponere in gratia . ou in grntiam, expression qu'affectionne Cicéron dans ses lettres, lib. VI. epist. i : • Lepta tua epistola gaudio cxsultat; etenini « script a belle est, meque apud eum niapna in gratia posuit. a Epist. vi : At te apnd eum ( Dii boni ) quanta
• in gratia posui. » Célius, ad Ciceronem, epist. vi :
• Aiuabo , si quid , quod opus fuerit Appio , faciès , ponito
• me in gratiam. »
Chap XV. — Caras et Lycios liberos esse. Les Romains, après la défaite d'Antiochus , avaient donné une partie de la Carie à Eumène, et l'autre aux Rhodiens, avec presque toute la Lycie ; mais seulement en qualité de tributaires et d'alliés. C'est du moins le prétexte dont se servirent les Romains pour reprendre ce qu'ils avaient donné. Les Rhodiens tinrent peu de compte de cette condition, et traitèrent les Ly tiens de la manière la plus tyrannique. Cf. Polybe, XXX. 5.
Ibid. — Ad utramque gentem sciret indieatum mitti.
Je ne vois pas ce que l'on a gai; né à changer scirent, de la leçon vulgaire , en sciret. L'un n'est pas plus clair que l'autre; et il vaudrait mieux indiquer ici une lacune, à moins qu'on ne voulût lire, comme le proposent Crévier et Drackenborch , senatusque consultum, au lieu de scirent indieatum,
Chap. XV. — Rhodios nunc in orbe terrarum. Nunc in est une correction de Périzonius , au lieu de nuncio in. que maintiennent cependant, et avec raison, je crois, Crévier, Drackenborch et plusieurs éditeurs plus récents.
Cuap. XVI. — Pone veteres. La traduction omet ces mots. Doujat propose d'entendre veteres , par les vieilles curies. • Il y a, dit Varron (L. L.. VI, 155, p. 45 Egger), deux sortes de curies; dans les unes , comme les curiœ veteres. les prêtres vaquent an culte des dieui ; dans les autres, comme la evria hosti tia t le sénat règle les affaires humaines.» Voici ce que M. Burnouf dit a ce sujet (Tacite, Ann., XII, 24 ) : les curies de la première espèce étaient des édifices où les membres de chacune des curies qui composaient le peuple romain . offraient des sacrifices et prv riaient des repas en commun, a certains jours réglés. Oo appelait vieilles les curies qu avait bâties Romnlus, par opposition aux nouvelles qui furent ajoutées depuis. Voy. Festus , aux mots Novœ cttriœ.
Donat, de sou côté, entend, par veteres les boutiques du grand cirque , qui, dans les autenrs latins , sont désignées par les épithètes de réfères et de novœ. Tite-Live meulionne des novœ tabernœ . lib. 111, 48 : Seducit filiam
or nutricem prope Cloacinœ ad tabernas , quibus nunc Novis estnomen. Lib. XXVI, 27 : Eodem tempore septem tabernœ, quœ poste a quinque, et argentariœ, quœ nunc novœ appellantur, artère,
Chap. XVII. — Senatus consultant Sulpicius, etc. Drackenborcb restitue ainsi le texte gravement altéré : Ad consulem [misit, a quo receptas litteras in senatu]posl paucos dies recitavit, quibus [ in] ante dietn ( ici le jour et le mois ) [ comitia edicijussit : se ante id tempus] in urbem venturum.
Ibid. — Quarto decimo anno, etc. On lit dans la traduction : « dix-sept ans après • , ce qui ne traduit pas quarto decimo. C'est que le traducteur a suivi la leçon vulgaire septimo decimo, tandis que le texte adopte la correction de Sigonius. Il n'y avait en effet, du premier consulat de Paul-Emile , à l'année 585 où nous sommes parvenus , qu'un intervalle de quatorze ans , ou de quinze ans selon la remarque de Crévier, si l'on compte les deux années qui limitent cet intervalle, c'est-à-dire celle d'où Ton part, et celle où l'on arrive. Mais comme Tite-Live ne compte pas toujours aiusi , il vaut mieux prendre le nombre de Sigonius , à cause de la facilité avec laquelle a pu s'opérer, dans les chiffres, le changement de XIIII en XVII* puisqu'il suffit de changer II en V.
Ibid. — Sortiri plaçait provincias. Suivant Plutarque. le peuple ne voulut point abandonner au caprice du sort le département des provinces, et déféra à Paul Emile le commandement des armées de Macédoine. Ce récit parait plus vraisemblable; car le sort aurait pu rendre inutiles toute la bonne volonté et tout l'empressement du peuple. Plutarque ( Paul. .EmiL, ch. x) : KaT*<mj<xav ûwarov to £sûrtpeiv, eux iâaavTt; xXvipGv ftveaôat, xaftàmp eicâfat rapt tûv iffapxi&v , àXX' eoôùç èx&îva> <Jnoçiaâ{i.«voi toû Maxt$ovtxoû iroXt{i.GO ttiv vjfep.Gviav.
Ibid. — Nec plus quant $ex frumentum. Sigonius
remplit la lacune avec le mot dierum, et c'est d'après cette leçon qu'on lit dans la traduction : l'armée n'avait plus de vivres que pour six jours, quoique le texte n'admette pas la restitution et se contente d'indiquer la lacune, et avec raison , comme le prouve la remarque de Drackenborch , qu'il est tout à fait invraisemblable que l'armée ne fût approvisionnée que pour si peu de temps; et que ce qui manque après sex exprimait un nombre de mesures de blé, qu'on ne peut déterminer par conjecture.
Chap. XIX. — Ab Ptolemœo. Ptolémée Épi ph a ne laissa deux fils , Ptolémée Pbilométor, qui avait épousé sa sœur Cléopâtre, et Ptolémée Evergète ou Pbyscoo, qui , après avoir chassé son frère et lui avoir enlevé Cléopâtre, s'était enfermé dans Alexandrie, où Antiochus l'assiégeait. C'est de la part de ce Ptolémée et de sa sœur que venait l'ambassade dont il est ici question.
Chap. XXI. — Cn. Servilio Galliam oblinenti. C'était un des consuls de l'année précédente qui conservai!, comme proconsul, le commandement de la Gaule.
Ibid. — Quas portare in Macedoniam. On plutôt en lllyrie, selon la remarque de Crévier, à laquelle le traducteur s'est conformé. En effet il est dit plus haut : Eum ( Anicius ) in provinciam lllyricum Ap. Claudio succedere placuit.
Cbap. XXII. — In omnibus circuits, etcPolybe, JVotireaiix fragments du Vatican, p. 75, éd. Geel : Ëçr, -vàp
fffrrcuç (xt'av fyetv ^tarptêviv xai «ctpà ràç ouvaxriaf xa TCotpà toc; èv Tel; mpiitara; é{uXîa; a £totxtîv aùrobç Pcdp.71 xa.OYip.tvcu; tov jv Maxi^ovta iroXtfxov, etc. On voit , par ce curieux mais trop court fragment, que ce discours de Tite-Live est emprunté presque textuellement à Polybe.
Tbéophraste, Caractères, ch. vm : «... Il assure donc que ces personnes lui ont dit que le roi et Potysperchon ont gagné la bataille, et que Cassa ndre, leur ennemi , est tombé vif entre leurs mains. Et lorsque quelqu'un lui dit, mais en vérité cela est-il croyable? il loi réplique que cette nouvelle se crie et se répand par toute la ville, que tous s'accordent à dire la même chose, que c'est tout ce qui se raconte du combat , et qu'il y a eu un grand carnage. II ajoute qu'il a lu cet événement sur le visage de ceux qui gouvernent , qui en sont tout changés; qu'il y a un homme, caché chez l'un de ces magistrats depuis cinq jours entiers, qui revient de la Macédoine, qui a tout vu et qui lui a tout dit. Et, ce qui est à peine croyable , en racontant tout cela , il fait les lamentations les plus naturelles et les plus persuasives. Pauvre Cassandre I malheureux prince! Voyez ce que c'est que la fortune; car enfin Cassandre était puissant, et il avait avec lui de grandes forces. Ce que je vous dis, poursuit-il, est uu secret, qu'il faut garder pour vous seul, tandis qu'il court par toute la ville le débiter à qui le vent entendre.
Il est arrivé à quelques-uns de se laisser voler leurs habits dans un bain public, tandis qu'ils ne songeaient qu'à rassembler autour d'eux une foule de peuple, et à lui conter des nouvelles. Quelques autres, après avoir vaincu sur mer et sur terre dans le Portique, ont payé l'amende, pour n'avoir pas compara à une cause appelée. Enfin il s'en est trouvé qui ont manqué leur dîner en prenant quelque ville d'assaut. •
Montesquieu, Lettres personnes , ch. xxx : « Ils conduisent un général par la main , et après l'avoir loué de mille sottises qu'il n'a pas faites, il lui en préparent mille autres qu'il ne fera pas. Us feront voler les armées comme les grues, et tomber les murailles comme des cartons; ils ont des ponts sur toutes les rivières, des routes secrètes dans toutes les montagnes , des magasins immense! dans les sables brûlants; il ne leur manque que le bon sens. »
Chap. XXII. — Quam Fabius fuit. En ni us, cité par Cicéron, de 0(f. t I, 24 , et de Senect., ch. îv :
Unus qui nobis cunctando restituit rem :
Non ponebat enim rumores ante salutem.
Ergo postque magisque viri nunc gloria claret.
Cf. Q. Ennii annalium, fragmenta, éd. E. S. Lipsie, 1825, in- 8°, p. H 7.
Chap. XXIV. — Ad Antiochum communia mandata.
Il y a probablement une lacune en cet endroit. Voyez Polybe, XXIX, 5.
Ibid. — Cydas erat Cretensis. On voit, par plusieurs fragments de Polybe ( Excerpt. Vatic, éd. Geel , p. 74 et suiv. ), fragments assez longs et fort heureusement retrouvés, que Polybe avait traité avec nn soin tout particulier cette histoire des négociations secrètes entre Enmène et Persée, qu'il dit tenir eu partie de la bouche des amis de celui-ci , p. 78 : toutuv £'fvia piv ifpoTi irop'aitôv tov xatpèv, tVa £i fur'âXt'rcv i{ç roùç irapaxtipivooÇ rô ïltpait «piXou;, irap'âv 7jp.iv iÇiirofaai iruÔeoflat. Il décrit cette lutte de fourberie entre les deux rois, d'une manière fort intéressante, et qui prouve, ce qu'il dit
HISTOIRE ROMAINE. — NOTES
hri-méme , qu'il fut virement frappé de ces événement*, qui te passèrent de son temps : faapx*> v xarà toù; aùrcù; xatpcùî, xaî pàXXov tripou t*xirXY)TTo'(uvoç fxaara rtbv ^wopiw», ibid., p. 74. Aussi Tite-Live, non content de lui emprunter tes faits, copie-t il jusqu'à ses expressions arec une intrépidité qui fait venir la rougeur au front «fAogeio Mal; pudetme propemodum Livii plagiarii, dii-il dans ses notes. A voir Tite-Live user ainsi sans laçoo de Polybe, et sans même lui accorder une légère mention, on peut s'étonner de ce qu'il cite à tout propos et Fabiua et dandina, et je ne sais plus quels annalistes. Mais Polybe n'était qu'un Grec , grœculus homo , qu'on pouvait piller sans scrupule.
CaàP. XXV. — Eumenes neque favit, etc. Il est fâcheux qn'Angelo Mal ne soit pas venu plus tôt , il eût épargné quelque peine anx commentateurs. Voici ce qui édaircira ce passage mieux que toutes les longues notes qui ont été faites, et qui montrera ce que Tite-Live tire do fumier de Polybe. on piv Eùpivri; oùx es i€ou\rM Htpet* xparviaai tô> iroXlp.&> xal *yevta6ai xuptov twv 3Xa>v, wXtoic xarrDUAAOïîv* x w P l * 7*p ?n; iraTpixvl; àXXoTpWTflTOç, xat otapLtvtia^, vjv tt^ov irpô; àXXviXcu;, to -ni; àpxti; if*o- •jntç atavov -fa xaî àfciariav xai frrjXoTuiriav xaî xaddXcu tyt» iirfûrrnv àXXoTpiornTa ffapaaxeoaÇtiv t*v aùrc?;. Et entoile, foopàv fàp E&pivqç, etc. : et Tite-Live continue : Cernebat et Persea, etc., et ainsi de suite.
Iain. — Ne bello interesset miUe et quingenta. Le
texte indique une lacune là où il n'y en a pas pour la traduction. Et c'est avec raison qu'on a indiqué une lacane en cet endroit. Ce que Gronove et Drackenborcb avaient soupçonné, d'après Appien, se trouve pleinement confirmé par les fragments du Vatican. Et dans fétat de dépendance on dans toutes ces pages, et ici t, la phrase de Tite-Live se tient de celle de Polybe, peut restituer avec assez de certitude à peu près l'a lait Gronove. Il y a cette différence entre Polybe et Appien, d'après lequel la restitution a été faite, €|ne dans celui-ci. Eumène demande mille talents pour le premier cas, tandis que selon Polybe il n'en demande que cinq cents. Et comme il n'y a pas raison de croire que Tite-Live, si obstiné à suivre les pas de Polybe, s'en écarte en ce point, il faudrait restituer ainsi : ne bello interesset, quingenta; ut pacem conciliaret, mille et qvingenta talenta.
Voici les deux phrases de Polybe et d' Appien.
Appien ( Maced. cb. vti) : TàXavra £Vjtu rfiç p.tv £ia- Xuautç x^ 1 * xat mvTau&ooia, rvi; £t viauxtaç x& 1 **
Polybe [Excerpt. Vatic*. éd. Geel, p. 77) : 6 piv EùpiviK vw toô ji.Èv ^<raxtav éx«v xarà to TÉTapTcv troc xaî pu) auarpaTtûaai frtop.aîa; (xiirt xarà pjv {«ift xa?à ôâXatTTav,'7rtyTaxocriaTâXavTa, tcû £è âiaXûaat tôv iroXtacv, XtXta trtvrouoatau II est évident qu'Appieu a eu sous les jeux la phrase de Polybe. Dans tout le reste du chapitre, Tite-Live traduit littéralement Polybe.
Cbâp. XXVL — Quum pecuniam tutam et pacem
ac rectptus protraherc.... Ce texte est évidemment altéré. Mais je ne puis approuver la traduction qui dit : il pouvait, avec le secours d* Eumène, mettre ses trésors à foèri. Comment, Eumène, en demandaut 1,500 talents pour le prix de son intervention , ne voulait que mettre à l'abri les trésors de Persée I En effet ces trésors eussent été parfaitement à l'abri entre ses mains; et Persée pouvait être sûr qu'ils seraient fidèlement gardes. Eumène alors ressemblerait bien fort à ce bon voleur qui ren-
dait anx passants le service de les débarrasser de leurs fardeaux.
Plusieurs corrections ont été essayées. Gronove proposait : quum pecunia tantula aut pacem habere , etc .... aut deceptus protraherc, etc. Duker réfute fort longuement Gronove, avec raison pour la première partie, parce qu'on ne peut pas dire de 1,500 talents, tantula pecunia : mais à tort pour la seconde partie de la correction, où il maintient récepteur, dans le sens dereceptus in amicitiam. Et il appuie son opinion d'une explication de tout le passage , qui tombe devant le texte de Polybe. Drackenborcb est du même avis que Duker; seulement receptus seul lui semble difficile à admettre, et il propose : quum et pecunia tutam pacem habere per Eumenem ,etc.... 9 et earecepta protrahere. La première partie peut subsister ; mais pour la seconde il faut revenir à la correction de Gronove , et lire deceptus au lieu de receptus , comme dans Polybe : il Si Taum; £te<|<eûa6n tt5; tXm£c;. Je crois donc que le tout doit être restitué ainsi : 41111m pecunia aut tutam pacem habere per Eumenem, etc. aut deceptus protrahere inimicum, etc. On est conduit à ce résultat par les nouveaux extraits de Polybe ( Excerpt. Vat., éd. Geel, p. 79) : roû Si Ilepaeto; iràXtv rtç eux âv Bauuaaeu ira; àXXo ti 0up.çpopttTtpov ri irpoupftatrtpov tvop.toe tcû £oûvai rà xpTÎpwtTa xaî xarawtîv -iâaai EùfxiVn to t'Xtap ; ei piv fàp auvrippiai n tûv xarà toç iirafyg- Xtaç xat auXuat tov iroXcf&cv, ci; xaXcv y\ 86<nç m ti Si rcLÙmç oie^waOtj tâç èXwi^o;, eç fi rrjv wpô; Êtojxa'.oo; tx^P av é^oXc-|cup.^v«; àvaoav^èv èp^têXiixw. Le sens est bien clair. Persée devait livrer son argent sans crainte , ou, comme dit énergiquement Polybe, laisser Eumène avaler l'appât, xaTameîv to Js'Xeap. Que risquait-il en effet? Si Eumène remplissait ses promesses, il avait,* pour de l'argent, une paix qu'il n'eût pas trop payée d'une partie de son royaume. Si an contraire Eumène le trompait, n'était-il pas maître de tout révéler aux Romains , et d'at tirer leur colère sur Eumène, 5v oùx ov tàuvritoi x«t'oùdtva Tpoiwv à(xuvao6ai p«XTtov tj roXlfuev irowafuvoc Êtûfxouoi;. Or quel plus grand intérêt pouvait-il avoir? et rien pouvait-il mieux servir sa haine contre Eumène que l'inimitié des Romains ?
Crap. XXVL— Nec etiamGentii régis. Polybe, Excerpt. Vatic. t p. 80: AxoXouOuc ^i toutoi; Ilipotù; xat Ta irpo;
TaXaTac xaî Ta wpô; rév-nov • ...
Les fragments du Vatican sont brusquement interrompus ici ; mais il en reste assex pour voir que nous avons, dans Tite Live, la suite île Polybe.
Iaio. — Tum G ail or um. Ces Gaulois étaient ceux dont on a déjà parlé sous le nom de Bastarnes , colonie gauloise établie sur les bords du Korystbène, aujourd'hui le Dnieper. Cette nation n'était accoutumée ni à labourer la terre, ni à nourrir des troupeaux, ni à faire le commerce; elle vivait de guerre , et vendait ses services anx peuples qui voulaient l'employer. Voy. Scbweighsuser, sur Appien, Maced., ch. xvi. Quelques auteurs placent ces Bastarnes sur les bords de l'Ister. Plutarque ( Paul Emile, ch. xu) : tmxîvfii £è xat TaXaTac toùç irepi tov farpov ùxY){i.tvouc, ot Boorâpvai xaXoûvTat. On voit aussi dans plusieurs auteurs, Pline entre autres, qu'ils étaient Germains et non Gaulois. Mais, comme on l'a remarqué, au temps de Polybe les Grecs ne faisaient pas de distinction entre les Germains et les Gaulois.
Ibid. — Ad Almanam urbem* C'est ia seule mention qu'on trouve de cette ville.
vu
ne nutricem prope Ch IS'ovis estnomen. Lih.
tabernœ, quœ postv novœ appellantur,
Ghap. XVII.
Drackenborcb re> j4dconsulem[mi* paucos diet rvri et le mois ) ( vu ■ urbemventuruf:
Ibid. — Que lion : c dii-v decimo. CVsî septimo du ■ de Sigonin Paul-Emil qu'un iud la remar.
qui Itiiiit* et celle < pas ton Sigoui rer, il.pnisq
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. : ,i\»\v bftltm. Le texte ** j x\v*^- Quand le texte dit
\ \- v.» IVtiWHc doit-on lire in-
. j.» ,« V.uïmtiin filium. Il s'ap-
,\ *j . cuire daus la famille Fabia.
lli4 dcrclnram esse. Voici ce
,\ »v%\*. On itft dans une disserta-
*,«•*■*••■> Ar l Uadènve des Inscr. et
,*. ;\v Mittfii d'Amsterdam : • Sulpi-
...«.».«..% .'- %\«wd Minibus Paullus, dans la
\ % V-** »*»aui l« soldats troublez par
« 0» • *»m* **" l* ,,ir en expliquant les
t.v » % î ou d- Val. Maxime, VIII, 1 1 :
.i«m**»* «v^ni» /Vr$f» 6e//tcui geienlis
\, . u*. 1 eue elrauge bévue, qu'où peu-
, sr*v £f ' : J imprimeur hollandais , se retrouve aussi ^ ..i.vtf française.
«. '•-'•> — Lfgio immiss a dissipant phalangim : i.'x .rtdentior causa, etc. • C'est mit le champ de ».^« .w f'ài irrévocablement décidée la vieille question - .**- onté entre la légion et la phalange. Ce résultat ,•.. :u être prévu par tout observateur judicieux , qui iT'it fuiiiioe sans préveulion le fort et le faible de ce* et* irviresde bataille. Eu efïet . si la phalange, par la •< .1 e de sou ordonnance et par l'ensemble de son action. o. jdmirableuieiit imaginée pour la résistance, elle per- .xu beaucoup de ses avantages lorsqu'elle devait se porter ■>j jvant pour attaquer. Sa marche était nécessairement r»**-lourde, les changements de direction étaient diffi- „-..es. et pour peu qu'il y eût d'inégalité ou d'obslarl''* uns le terrain, elle ue conservait plus son alignement ai s >n ensemble. Il s'y faisait alors des vides dangereux dans lesquels l'ennemi pénétrait presque impunément. Si elle avait l'avantage dans le combat, il lui était impossible de s'abandonner a la pou 1 suite sans se rompre <t sans s'exposer à être battue en détail ; c'est ce qui arma à Pydna. Si au cou traire, elle était repoussée, elle courait encore uu plus grand risque, car l'ennemi pon\ ait l'acculer à des escarpements, à des ravins, à des terrains accidentés, et la forcer à se rompre.
• Ou ne pouvait donc regarder la phalange comme invincible que sous une condition unique: celle de I'tmiii"bilitc ; celle précisément sur laquelle on peut le moins compter à la guerre. Tout l'art de l'ennemi consistait a h forcer de se déplacer, à l'attirer sur un terrain difficile où elle était obligée de se subdiviser et de prêter le tlanc. Oirius Deutalus fit une application heureuse de ce principe à la bataille de Bénévent ( Voy. Frontin, Statag., lih. II, ch. 11, g 1 ). Alexandre tira un immense parti de la phalange dans les vastes plaines de l'Asie, où il pouvait manœuvrer librement en tout .sens, sans rompre son ordonnance. Philippc.au contraire, ;i va ut accepté pour champ de bataille le terrain ondule et les crêtes des Cijn» secphases, y vit sa phalange rompue et ses soldats exterminés presque sans pouvoir se défendre. On dirait qu'il avait prévu lui-même la cause de >a déroute, car il s'était vanté précédemment que sur un terrain uni et dans un combat régulier la phalange m-tcédonnienne serait invincible: M'iredonum phalangem... loco œquo jnstaque pugna semper mansuram invuiam ( Tit.-Livius, Ih. XXXIII, ch. iv ). Mais le /orn« œquus et la justa pugna lui manquèrent, car il s'exposa sur uu n.auvais terrain, et il se laissa prendre en queue.
• La légion n'offrait a la vérité ni la masse, ni la résistance passive de la phalange , mais elle avait l'immense avantage de s'accommoder facilement au terrain, et de se prêter à tous les mouvements. Déployée sur trois lignes par manipules, avec des intervalles égaux au front de ces subdivisions, elle était également propre à attaquer avec vivacité, et à résister avec énergie; chaque soldat étant indépendant dans le maniement de ses armes, ne s'associait au mouvement général qifautaut qu'il le fallait pour en tirer du secours, mais jamais au point d'en être gêné. La légion pouvait facilement gagner du terrain sur ses flancs, ouvrir ou serrer ses distances, et exécuter des changements de front sans déranger son ordonnance. Si la première ligne était poussée trop vivement, elle se retirait par les intervalles de la deuxième, soit pour s'y encadrer, soit pour se rallier derrière; et quand même cette seconde ligne aurait été forcée , tout n'était pas perdu, car lestriaires, arrivant avec leurs
HISTOIRE ROMAINE. — NOTES
fanes intactes, rétablissaient souvent le combat. La pbatrage n'avait pas de réserve, et si , par malheur, le désordre se mettait dans les premiers rangs, tout était compromis. La légion au contraire , selon la juste remarque de Machiavel, pouvait livrer trois combats successifs; il huait que la fortune l'abandonnât trois fois avant qu'elle fit décidément vaincue ( Arte délia Guerra, lib. III ). Ajoutons que la légion pouvait au besoiu se donner un front aussi continu que la phalange, soit en intercalant les manipules des princes dans les intervalles des has~ tais, soit en faisant serrer les intervalles de la première lifne, tandis que la deuxième et la troisième, appuyant obliquement à gauche et à droite, venaient former les ailes du nouveau front de bataille. Nous avons des exemples de ces deux évolutions dans les guerres des Romains. • Uue autre considération, faite pour frapper tous les éprit*, c'est la supériorité individuelle du légionnaire air le phalangite, supériorité qui tenait à la différence de Iarmeoient. La sarisse devenait non-seulement inutile, mais embarrassante dans un combat corps à corps , tandis que le légionnaire pouvait se servir du pilum et de la pique, soit qu'il fût dans le rang, soit qu'il se trouvât isolé; et, si cette arme venait à lui manquer, il avait, indépendamment de son épée, un second javelot en réserve, et même deux plus petits, logés daus l'intérieur de son bouclier. Cette considération a fait dire au maréchal de Puystgwr que « la force des Romains était dans Vindiwidmalité. • ( Art de la guerre. )
Si , après avoir posé et discuté la question par le raisocraement , nous voulions la trancher pir l'autorité des anciens eux-mêmes ; nous n'aurions rien de mieux à faire que de citer le jugement de Polybe, qui donne ouvertement la préférence à la légion (liv. XVII, ch. xiv et suiv. à l'occasion de la bataille des Cynoscépbales). Cet écrivain . dont le bon sens et l'indépendance sont reconnus, était certainement bon juge en fait de guerre ; mais, ce ciui donne plus de poids encore à son opinion , c'est qu'il était Grec, et qu'on ne saurait le soupçonner de partialité pour une tactique opposée à celle de son pays. D'ailleurs il ne se borne pas à prononcer un jugement, il eu expose les motifs puisés dans la nature des deux ordonnances qu'il connaissait à fond, puisque, après avoir combattu dans les rangs de ses compatriotes, il avait suivi le» armées romaines, et avait été l'ami et le conseiller du second Africain. Ses raisons sont tellement convaincantes que la plupart des écrivains militaires se sont rangés de son avis. • La phalange , dit Plutarque( Vie de Flamininus ), • peut être c comparée à un corps armé qui, pour exercer ses forces,
• a besoin de l'intégrité et du concours de tous ses mem-
• bres. Une fois cette unité rompue , il n'y a rien de » bon à espérer.* C'est presque dans les mêmes termes , le jugement porté par Tite-Live dans le passage qui fait le sujet de cette note.
« Les meilleurs tacticiens modernes se prononcent également en faveur de la légion, entre autres Puysegur que nous avons déjà cité, a La phalange, dit le
• savant Guischard , était un corps trop artificiel , et le
• moindre désordre entraînait d'abord de mauvaises
• suites. • ( Notes sur la tactique d'Arrien ). Ailleurs il met en évidence la supériorité de la légion* sur la phalange, en parlant de la défaite des mercenaires de Cartilage sur les bords du Macar {Mêm. milit., ch. m, p. 68). Le célèbre Montécuculli donne également la préférence à l'ordonnance romaine. « Il faut, dit-il , que
• l'armée soit partagée en corps nombreux , et pas trop
• forts , qu'on paisse facilement réunir ou séparer, comme
« l'étaient ceux des Romains; formation préférable i celle t des Macédoniens, qui péchait par trop d'immobilité , et « que le moindre accident pouvait déranger, a {Opère militari, lib. I ) Carrion Nisas, également partisan de la légion , termine ses observations par une remarque qui me parait aussi juste que caractéristique. « Le génie de
• la tactique grecque, dit cet auteur, était la résistance,
• celui de la tactique romaine était l'attaque. • ( Histoire générale de l'art militaire. )
• Enfin les faits, si nous les prenons en masse, viennent à l'appui du raisonnement. Les légions vainquirent la phalange de Pyrrhus à Bénévent, celle de Philippe à Cynoscéphales , de Persée a Pydna , d'Antiocbns à Magnésie, et chacune de ces batailles mit une fin glorieuse à une guerre importante. La phalange faisait aussi la force principale des armées carthaginoises et de celles de Mithridiate. Il est vrai que ces deux ennemis furent ceux dont Rome eut le plus de peine à triompher; mais plus la lutte a été longue , plus les deux ordonnances on été en présence, plus on est fondé à accorder la préférence à celle qui est demeurée victorieuse en dernier ressort. » (Extrait de Y Histoire militaire des éléphants par le général Armandi, ch. vi. )