CONDITA
• II ne faut pas prendre de la Tille de Rome dans les commencements l'idée que nous donnent les filles que nous voyons aujourd'hui , à moins que ce ne soient celles de la Grimée, faites pour renfermer le butiu, les bestiaux et les fruits de la campagne. Les noms anciens des principaux lieux de Rome ont tous du rapport à cet usage.
• La Tille n'avait pas même de rues , si l'on appelle de ce nom la continuation des chemins qui y aboutissaient. Les maisons étaient placées sans ordre et très-petites; car les hommes , toujours au travail ou dans la place publique , ne se tenaient guère dans les maisons.
• Mais la grandeur de Rome parut bientôt dans ses édifices publics. Les ouvrages qui ont donné et qui donnent encore aujourd'hui la plus haute idée de sa puissance ont été faits sous les rois. On commençait à bâtir la ville éternelle. » Montesquieu, Grandeur et décadence ies Homains, chap. I.
On le voit , Montesquieu croit à l'histoire primitive de Rome,aumoius dans son ensemble. Ce puissant génie, qui ne pouvait ignorer les attaques dirigées depuis deux siècles contre l'authencité de ces antiques traditions, n'a pas cru devoir s'associer aux doutes d'un scepticisme qui détruit tout sans rien reconstruire. Niebuhr et d'autres après lui n ont pas craint de jeter le vieux roman par terre. Ils ont refait l'histoire de Rome; mais à chaque édition nouveau système. Auquel faudra-t-il s'en tenir ? Sans doute l'histoire traditionnelle de Rome n est pas a l'abri de la critique : toutes ses sources n ont pas la même valeur ; oa y remarque des contradictions , des faits iuexacts, des dates incertaines ; comme dans toutes les histoires primitives , sans en excepter la nôtre , le merveilleux y joue son rôle obligé; mais sur ces données est-on en droit de dire qu'elle n'est autre chose qu'un roman ? ISous ne pouvons ici entrer dans les détails ; contentons-nous de répoudre à l'argument qui a obtenu le plus défaveur. • Au temps' des rois, l'écriture n'existait pas encore * Rome : comment a-t-on pu conserver le souvenir des événements? »
Sur quelle autorité s'appuient les critiques pour décla-
rer que l'écriture était inconnue dans les premiers siècles de Rome ? Sur deux passages surtout, l'un de Tacite et l'autre de Tite-Live, que nous croyons devoir reproduire ici :
• In Italia Etrusci ab Corinlhto Demarato, Aborigènes
• ab Evandro (litteras ) didicerunt, et forma Htteris latinis qua? veterrimis Gracorum. • Tac, Ann., XI, 14.
• Qua? ab condita urbe Roma ad captam eamdem ur-
• hem Romani sub regibus primnm, consulibus deinde » ac dicatoribus, decemvirisque ac tribunis consulari- » bus ge^sere , foris bel la, domi seditiones, quinque libris » etposui ; res quura vetustate nimia obscuras, velut quae
• magno ex intervallo loci vix cernuntiir, tnm quod par-
• v» et rare per eadem tempora ltttera? fuere, una cus- » todia fidelis memoria? rerum gestarnro, etquodetiam,
• siqua? incommentariis ponttficum, aliisque publias pri-
• vatisque erant monumentis, incensa urbe pleraque in- » teriere. • Tite-Live, VI. I.
Suivant les critiquer , il résulterait de ces deux passages que dans les temps les plus anciens de Rome récriture était inconnue, puisque les Étrusques eux-mêmes, qui étaient le peuple le plus civilisé de l'Italie , reçurent l'alphabet de Démarate de Corinthe , père deTarqutnr Ancien, c'est-à-dire 658 ans environ avant J. -G. D'un autre côté, le passage de Tite-Live prouverait que cet historien se déOait beaucoup des monuments anciens, et que l'incendie de Rome par les Gaulois avait fait disparaître presque toutes les sources historiques.
Mais les deux textes que nous venons de citer sont-ils bien concluants? ne sont- ils pas contraires aux faits les plus positifs de l'antiquité? Et d'abord, à Tacite et à Tite-Live on peut opposer Tacite et Tite-Live eui-mémes. En effet , le premier, tout en disant que l'alphabet a été apporté aux Étrusques par Démarate , affirme que les lettres avaient été données aux Aborigènes, ou , en d'antres termes, aux Latins, par Évaudre lui-même, c'est-àdire quelques siècles avant l'époque assignée à Romnlus. Or, on pent se demander comment il s'est fait qne les Etrusques aient été regardés comme le peuple le plus anciennement civilisé de l'Italie, s'ils ignoraient l'usage de l'écriture , alors que depuis plusieurs siècles les Latins, leurs voisins , jouissaient de ce bienfait?
Et qu'on se garde bieu de croire que cette tradition sur l'antiquité de l'écriture dans le voisinage de Rome est
une fable qu'on doit entièrement rejeter. Un rase, découvert il y a deux ou trois ans dans des fouilles pratiquées sur l'ancien emplacement de la Tille pélasgique d'Agylla, porte gravé sur la base un alphabet grec, et sur la pause un syllabaire en lettres de la forme la plus archaïque , dont quelques-unes même , comme le F AU et le KOPPA , appartiennent au plus antique alphabet des Grecs , à celui qu'ils avaient reçu immédiatement de la Phénicie. On y rencontre même des formes qui n'existent sur aucun monument connu , et qui ressemblent d'une manière frappante aux lettres primitives de l'alphabet phénicien. ( Voyex les Annales de l'institut archéologique de Rome, t. VIII, p. 186 et sniv. ) N'est-on pas autorisé à croire qu'Agylla , qui n'interrompit jamais ses rapports avec la Grèce , en avait reçu directement son alphabet dès le temps où l'écriture y fut connue , et qu'on y aval* même adopté une méthode de lecture qui devait eu faciliter la propagation. Ainsi, à l'époque de Romulus, l'écriture alphabétique était en usage aux portes de Rome ; comment admettre que ce bienfait ne s'était pas répandu jusque dans la ville nouvelle qui était intéressée à ne pas rester en arrière des cités voisines, et qui d'ailleurs comptait peut-être parmi ses habitante plus d'un Pélasge et plus d'un Grec ?
Quanta Tite-Live, 11 'est-il pas évident que lorsqu'il ait iparvœ et rarœ pereadem tempora Utterœ,\\ veut faire entendre qu'on écrivait peu et avec concision , en un mot, qu'on ne connaissait point encore la forme littéraire ; mais il atteste par cela même que l'usage de l'écriture existait. Et certes , comme on vient de le voir, ij était déjà ancien à l'époque où il fait cette observation; et nous prouverons bientôt qu'on en trouve des preuves Incontestables sous les rois. D'ailleurs , lui-même dans ce passage cite les mémoires des Pontifes et d'autres monuments tant publics que particuliers ; et, quand il dit que la plupart périrent, il fait entendre en même temps qu'un certain nombre d'entre eus échappèrent à l'incendie. Dans le même chapitre, il raconte que le premier soin des tribuns militaires nommés l'an de Rome 567 (386 av. J.-C. ) fut de rechercher les traités et les lois qui subsistaientencore (les Douze Tables et quelques lois royales), et que de ces documents les uns furent rendus publics, d'autres teuus secrets {suppressa, que Ton a traduit à tort par supprimes), et cela principalement par les pontifes, qui voulaient contenir la multitude à l'aide du frein religieux. Ce fut le même moyen qu'employa plus tard Vespasien pour reconstituer les archives nationales qu'un incendie du Capitule avait détruites... • Ipse restitutionem Capitolii
• aggressus, srearum tabularum tria millia quœ simu] » conflagraverant restiluenda suscepit, nndique investi-
• gatis ezemplaribus; instrumentum imperii pulcherri- » mura ac vetiutissinium quo continebantur pêne ab exor- » dio Urbis senatusconsulta, plébiscita de societate ac fœ-
• dere et privilegio cuicunque concessis. • Suétone , Vesp., chap. VIII.
Nous devoos ici aller au-devant d'une objection qu'on pourra nous laire. Suivant Plutarque ( Vie de Numa, c. I ), uu certain Clodiui dont la critique n'a pu encore déterminer l'âge assurait, que, lors de la prise et du pillage de Rome, les anciennes tables avaient été perdues, etqne celles qu'on possédait de son temps avaient été falsifiées pour flatter quelques familles qui voulaient absolument faire remonter leur origine aux premières races, etc. Mais ce passage de Plutarque ne saurait être envisagé comme une difficulté. On peut répondre que , quelle que soit la confiance
que mérite ce Clodius, cité avec si peu d'égard par l'hisiterSen, il est évident qu'il exagérait. Et, lors même qu'il aurait dit la vérité en tout point , si la falsification n'avait d'autre but que de montrer les liens qui existaient entre des familles récentes et des familles plus anciennes, la falsification ne pouvait évidemment porter que sur les monuments qui intéressaient les familles , et non pas sur d'autres; par conséquent elle ne pouvait s'étendre aux lois, aux traités, etc.
Cicéron, dans sa République (II, 10), semble avoir prévu les objections auxquelles donnerait lieu l'histoire des premiers temps de Rome, et il y répond d'une manière brillante, mais peut-être en exagérant un peu la civilisation du premier siècle de là ville éternelle. «Romulus, ditil • vivait , il y a moins de six cents ans, dans un temps où les sciences et les lumières étaient déjà fort anciennes (jaro inveieratis littebis atque doctrinis). et où l'on avait dépouillé ces antiques erreurs d'une civilisation naissante et grossière. En effet, si, comme on l'établit par les annales des Grecs, Rome foi fondée dans la seconde année de la septième olympiade*, l'existence de Romulus se rapporte au temps que la Grèce était déjà remplie de poètes et de musiciens , siècle où des fables contemporaines n'auraient obtenu que bien peu de croyance. En effet, ce fut cent huit ans après la promulgation des lois de Lycurgue que l'on établit la première olympiade, bien que par une méprise de nom quelques auteurs en aient rapporté l'institution à Lycurgue lui-même. D'autre part, les calculs les plus modérés placent Homère trente ans au moins avant Lycurgue. On peut en conclure aisément qu'Homère précéda de beaucoup d'années le temps de Romulus. Ainsi, l'instruction des hommes et les lumières même du siècle devaient laisser alors peu de place au succès d'une fiction. L'antiquité, eu effet , a pu recevoir des fables quelquefois même asses grossières ; mais cette époque , déjà cultivée , était prête à repousser par la dérision toute supposition invraisemblable. » ( Traduction de M. Villbbuin. )
Aus auteurs grecs cités par Cicéron* on pourrait en ajouter beaucoup d'autres tels qu'Hésiode, les poètes cycliques, Tyrtée (vers 680),Terpaudre (677 ), Archiloque, Alcraan (vers 670), Stésicore (né en 652), etc. C'est an septième siècle que fleurirent au midi de la péninsule italique les législateurs Zaleucus et Charondas. Au sixième siècle, au temps des Tarquins , la critique d'Homère avait pris naissance, et par conséquent la grammaire et la philosophie de la langue. Quelques années auparavant florissait Solon , qui composa des poèmes dont le temps nous a conservé des fragments, et qui avait donné à sa patrie des lois écrites qu'avaient précédées celles de Lycurgue.Dans cette période des écoles philosophiques avaient été fondées par Thaïes, àMilet, par Pythagore, à Crotone, et les poètes comme les philosophes élevaient les esprits et ennoblissaient les droes. Comment croire qne de la Grande-Grèce, où cet immense développement littéraire et scientifique exerça une influence si remarquable, cette civilisation féconde ne se soit pas étendue jusque dans le Latium, quand on sait que l'Etrurie, si voisine de Rome, n'y resta pas étrangère, elle qui, par ses relations commerciales, embrassait toutes les côtes de l'Asie-Mineure, de la Grèce, des lies de la mer Ionienne et de la mer Tyrrhénienne ? Cent ans s'étaieut à peine écoulés depuis l'époque assignée à la fondation de Rome, quand Démarate, chassé par la tyrannie de Cypsélus, vint s'établir à Tarqninie, où il enseigna à l'Italie 1 art de peindre les vases, et fonda une
HlSTOlttE ROMAINE. - NOTES.
colonie d'artistes à la tête desquels étaient Euehyre et Engramme qui devaient sans doute ces surnoms à leur habileté. «Cène fut pas, ditCicéron ( Rep. U, f9)/uu faible ruisseau détourné dans nos murs, mais un fleure immense qui nous apportait par torrents les sciences et les arts de la Grèce..... Ayant eu deui enfant* de son union a?ec une femme de cette fille, il les instruisit dans toutes les sciences sur le modèle de l'éducation grecque.» ( Trad. de M. Villimai*. ) Ce rat l'un de ces enfants, Tarquin l'Ancien , qui de?int roi de Rome.
Mais sans insister sur l'influence que put exercer à Rome la littérature grecque bien avant la conquête de la Grèce, n'avons-noua pas la preuve qu'il existait en Italie une littérature toute nationale? C'est un fait qu'on ne peut- révoquer en doute pour rÉtrarie et qu'atteste le discours de Claude retrouvé et conservé a Lyon, et le passage où J. Lydus {de Ostent., cap. III) parle des livres de Tarchon de manière à prouver qu'il les avait sous les veux. Quant à Rome, on ne peut nier qu'elle n ait eu, dès les temp* les plus reculés, des chants populaires dont quelques fragments sont parvenus jusqu'à nous. On sait que Fabius Pictor, cité par Denys d'Halicarnasse (I, 79). parlait, au sujet de Romulus et de Rémus, de chanta nationaux qui de son temps étaient encore dans la bouche de tous les Romains. Mais ces chants , dont on a voulu, dans ces derniers temps , faire des épopées ou des cycles, ne furent pas la seule source à laquelle purent puiser les écrivains qui les premiers voulurent faire perdre à l'histoire nationale la forme tèche et aride qu'on lui avait donnée jusqu'alors dans les Annale* des pontifes. Les documents auxquels ils purent recourir étaient plus nombreux qu'on ne semble lad mettre; passons-les rapidement en revue.
L'un des adversaires les plus redoutables de l'Histoire primitir* de Home admet que ces sources étaient au nombre de cinq : « 1° les grandes annales; 2* les actes publics; 5° les livres des magistrats; 4° les lintei libri , qu'il faut peut-être confondre avec les précédents; 5° les mémoires des familles censoriales, qui rentrent probablement aussi dans quelques-unes des catégories précédentes. • Mais cette énumération est loin d'être complète et exacte. Les sources auxquelles puisèrent les plus anciens historiens de Rome peuvent se ranger sous qnioxe chefs différents, savoir :
f« Annales des pontifes.
2* Livres sacrés. — Rituels.
5° Chants religieux.
4<» Libri lintei. — Librlmaçistratuum.— Censorum tabula.
5° Lois royales. — Plébicisies.— Sénat us-consultes. 6* Traités.
7» Tables triomphales, 8° Inscriptions.
9* Monnaies.
10° Archives des familles.
11° Images des. ancêtres.
12° AdacivUia.
15° Chants nationaux.
14° Monuments. Edifices. Statues. Reliques, etc.
15° Archives des peuples voisins de Rome.
A ces sources il convient d'ajouter encore les documents postérieurs à l'abolition de la royauté et peut-être seulement A la prise de Rome , mais antérieurs A la rédaction de l'histoire, savoir :
*&> Acta senatus.
17° Acta forensia.
18° Acta militaria on bellica.
Je vais parler successivement de ces différentes classes de documents historiques , et j'essaierai de prouver qu'ils avaient plus d'importance qu'on n'a bien voulu le croire.
f° Annales des pontifes.
M. Victor Leclerc , dans un savant et ingénieux mémoire qu'A vient de publier sur ces monuments, et qui 'fait partie d'un volume intitulé : Des journaux chez les Romains.— Hecherches précédées d'un mémoire sur les Annales des pontifes (Paris , 1838), a prouvé d'une manière victorieuse, et avec ce talent d'écrivain qui caractérise tous ses travaux , l'importance et l'authenticité du ces antiques et vénérables chroniques de-Rome. Les paroles de cet éloquent professeur ont trop d'autorité, ses investigations sont trop consciencieuses , ses déductions trop sûres et trop persuasives, pour qu'il ne nous suffise pas de reproduire ici le résumé qu'il fait lui-même de son livre, auquel nous aurons souvent recours dans la suite de cette discussion.
• I. Les Annales des pontifes étaient des espèces de tables chronologiques tracées d'abord sur des planches de bois peintes en blanc , et où le grand pontife , peut-être depuis le premier siècle de Rome, mais au moins depuis l'an 530 jusqu'à l'an 623, ou pende temps après, indiquait année par année , d'un style bref et simple , les événements publics les plus mémorables.
• II. Ces tables, soit qu'on les eût laissées sur bois, soit qu'on les eût transportées sur pierre ou sur bronze , ne périrent pas toutes dans l'invaiion des Gaulois; et, conservées avec le soin que Rome donna toujours aux anciens monuments écrits , elles furent consultées , pour des temps antérieurs ,.par Caton , Polybe , Varron , Cicéron, Valerius Flaccus , et par d'autres écrivains , que Denys d'Halicarnasse , Tite-Live, Quintilien, le premier Pline , Aulu-Gelle , Vopiscus , ont eus entre les mains. Il est probable même , d'après Aulu-Gelle et Servius , qu'elles furent recueillies en corps d'ouvrage , quoiqu'il ne faille pas les coufondre avec beaucoup d'autres recueil* qui portaient le nom des pontifes. Convenir qu'elles ont pu être diminuées par le temps , interpolées, divisées'en livres, rajeunies pour le style, comme les vieux textes l'ont été souvent, ce n'est pas en détruire l'existence, comme plusieurs critiques l'ont essayé.
• M. Quant à l'autorité de ces Annales , les fables religieuses ou politiques qu'elles devaient contenir , si l'on en juge par les traces qui en restent , n'ont rien de plus merveilleux que tant d'autres fables dans les anciennes chroniques de tous les peuples. »
Ce genre de documents est désigné dans les historiets latins sous des noms très-divers qui ont plus d'une fois embarrassé les savants. M. Leclerc a prouvé qu'il fallait admettre comme annales des pontifes les ouvrages cités sous les titres : Annales pontificum ou pontificis, Annales publici, Annales maaimi et Commentariiponlificum, bien que cette dernière expression puisse s'appliquer quelquefois aux livres de discipline religieuse.
2» Litres sacrés. — Rituels.
C'est sans doute aux rituels des pontifes ( libri pontifiai) que Tite-Live a emprunté la formule du fécial et du peter patratus , consacrant le traité entre Albe et Rome ( Tite-Live , 1 , 24 ) , celle du jugement d Horace,, meurtrier de sa sœur {lex horrendi criminis, I» 26) * ot celle du traité entre le premier Tarquin et les 5a-
bins pour la oessiou de Collalie , formule qu'il reproduit presque littéralement , quand trois siècles plus tard le peuple campanien et la ville de Capoue se donnent au sénat romain. C'était , on n'en saurait douter , à une semblable source que Varron et Juba , traduits par Plularque ( Quorst. rom. , IV) , avaient puisé cette vieille histoire que rapporte aussi Valère-Masime ( YII , m , 1 ) d'un Romain qui, sous le roi Servius, assura par un stratagème l'empire à sa ville natale. Ce qui prouve du reste que ces recueils si préciem pour la religion ne périrent pas dans l'incendie de Rome, c'est que Cicéron les cite pour constater que l'appel au peuple existait sous les rois.
Quand , après le départ des Gaulois , un sénatus-consulte, sur la proposition de Camille, ordonna que tous les lieux saints occupés un instant par l'ennemi seraient solennellement purifiés, il fut décidé que, pour cette cérémonie expiatoire, les livres seraient consultés par les duumvirs. (Tite-Live, V, 50.) 11 s'agit sans doute, comme l'a pensé M. Leclerc ( ouvr. cité , p. 66) , des libri sibyl- Uni ou fatales, livres mystérieux que les duumvirs des sacrifices allaient consulter, sur l'ordre du sénat, et qui furent ensuite confiés aux décemvirs , puis aux quindécemvirs des sacrifices, chargés des jeux séculaires , et d'après les commentaires desquels Censorin (de DU natali, 17 ) , remonte jusqu'aux jeux de l'an 298.
Ces documents devaient être du nombre de ceux qni avaient échappé aux ravages des Gaulois. Tite-Live luimême ( Y, 40) raconte qu'à la nouvelle de l'invasion des Gaulois les prêtres et les vestales, uniquement occupés du soin de conserver tout ce qui intéressait la religion , renfermèrent une partie des objets sacrés dans des tonneaux de terre coite , qni furent ensevelis près de la demeure du flamen quirinalis^ et, que s'étant distribué le reste, ils l'emportèrent à Céré où ils allèrent chercher un asile. Certes, parmi les objets sacrés devaient figurer au premier rang les livres et les rituels qui faisaient la farce de la caste patricienne.
y Chants religieux.
c Entre les monuments qui survécurent àia catastrophe de Tan 563 , je trouve dans l'ordre des temps, dit M. Leclerc (ouv. cité, p. 54 et sniv.) le chant des fratres artates, que l'on peut taire remonter à Numa, peut-être plus haut (Servais, ad /En., VIII, 285) , et dont une copie reproduite sur le marbre au temps d'Héliogabale, d'après d'autres copies transmises d'âge en âge, retrouvée en 1 7 78 dans les fouilles pour la construction de la sacristie de Saint-Pierre , a été interprétée par Lanzi, et plus récemment par MM. Uermann et Grotefend ; l'hymne des Saliens , qui avait dû se conserver de même , où Varron , avant d'en citer quelque chose (de Ling. lat., VII, 26, Otf. Mûller) , recounalt les premiers accents de la poésie romaine (lbid.,VU,5, liomanorum prima vtrbapoetica); qu'il semble regarder aussi comme plus ancien que Numa ( lbid. ) , et qni , pour les Saliens eux-mêmes , si l'on en croit Horace (£p., II, i, 86 ) et Quintilien ( I, vi, 40) , aurait eu besoin d'être expliqué. •
Peut-être faut-il placer encore dans cette catégorie la prière osque rapportée par Caton l'Ancien (de JRe rusl., c. clx) , ainsi que les oracles attribués a Marcius et a Publicius , bien que l'époque n'eu soit pas bien connue.
4 e Libri linlei. — Libri magistratuum, censorum labidœ.
Il ue faut pas confondre les libri lintei et les libri ma giJraluum, bien que les uns et les autres paraissent
avoir été des catalogues de magistrats. Tite-Live (IV , 7 et 22, avec la correction de Beaufort : et quos linteos ) les site comme deux recueils bien distincts.
Les livres bintéens, ainsi nommés de la matière sur laquelle ils étaient tracés, existaient encore du temps de Liciuius Macer et de Tubéron, qui, comme nous aurons occasion de le voir, les consultèrent dans le temple de Moneta pour des faits relatifs aux années 510, 515, 518 et 520, et par conséquent antérieurs à la prise de Rome (Tite-Live, IV, 7 , 15, 20 , 25 ). Du reste, il paraît que l'usage d'écrire sur des étoffes de lin se maintint fort tard , puisqu'on retrouve encore des livres de ce genre au temps d'Àurélien (Vopiscus AureL, cap. i et v m); il est même mention dans le Code Theodosien de lois écrites sur des mappœ Unteœ, pour être exposées dans toute l'Italie.
Les livres des magistrats échappèrent aussi aux désastres de l'année 565 (590 av. J.-C.) , puisque le même Licinius (Tite-Live, IV, 7 et 20) s'en fait une autorité pour un fait de l'année 509 ( 444 av. J.-C).
Quant aux mémoires des censeurs ( censorum tabulœ ou commentant «/xjttixA ypài^umu ou faofMnft/M»ra, Denys d'Haï., I, 74 , et IV, 22) , que les fils recevaient de leurs pères, et qu'ils tenaient à transmettre a leurs descendants comme un héritage sacré (Denys , 1 , 74) , Denys d'Halicarnasse les cite en parlant d'un recensement fait sous le roiServiusTullius; non, comme le remarque M. Leclerc, qu'il y eût déjà des censeurs , mais parce que les anciens registres avaient pu être déposés dans les archives de celle magistrature. Le même historien les cite encore pour un dénombrement fait deux ans avant la prise de Rome, et dont il s'aide pour déterminer l'année de la fondation de Rome ( II , 25, 24). Polybe fait également usage de cette source, et Varron y cherchait des traces de l'an cienue langue latine ( de Ling. lot., VI , 86, Egger ).
5° Lois royales. — Plébiscites.— Sènatus-consultes.
Le savsnt auquel j'ai emprunté les extraits qui précèdent range encore parmi les monuments échappés aux ravages des Gaulois « les lois royales , inscrites aussi sur le bois , la pierre ou le bronze , et qoe l'on recueillit après l'incendie (Tite-Live, VI, 1 ), comme celles de Numa , dont Cicéron atteste encore l'existence dans les archives publiques [quos in monumentis habemus , de Rep. ,11,14. Quas scitis exstare, ibid, V, 2 ) ; celles de Tullus qu'il semble comprendre dans les commentaires des rois [ex regum commentariis, pro Rabir. perd.,c. v), et dout l'empereur -Claude invoquait encore l'autorité (Tacit., Ann., XII, 8) ; comme le tableau des centuries de Servius que Verrius Flaccus avait consulté (Festus V, Pro censu et procum), et d'autres dispositious de ce roilégislateur; plusieurs des lois qui suivirent, les lois sacrées de l'an 260 (Cic, de Leg. ,11,7 , etc. ), celles que les consuls del'au 281 avaient fait graver sur une colonne de bronze , et qui avaieat offert a Varron le plus ancien exemple de l'usage d'intercaler ( Macrobe , Saturn. , I , 15; H. Dodwell, de Homan. cycl. , p. 640); surtout celles des douze Tables, que Tite-Live connaissait, mais dont il ne s'est point servi pour l'histoire. »
• A ce genre de documents appartiennent ceux que les édiles furent chargés , l'an 504 (av. J.-C. 449), de garder dans le temple de Céres quand on se fut aperçu que les consuls n'en étaient point fidèles dépositaires (Tite-Live, II, 55; Pomponius, de Orig. juris, c.XXl;Zouaras,i4nnal. t VII , IC ) , et qui , confiés à des tables de bronze, pouvaient échapper à la destruction.» M. Leclehc, ouvr. cit., p. 57.
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
6» Traités.
Les monuments de ce genre dont le temps nom a conservé des traces sont nombreux , et l'authenticité de la plupart d'entre eux n'a pas été révoquée en doute par les critiques qui ont jeté à terre U vieux roman. Le plus ancien est celui que Romulus , s'il faut en croire Denys d'Halicarnasse , fit pour cent ans avec les Véiens , et qu'il grava sur des colonnes ( <m»A«$ évix*M«. Denys, II, 55).
Au témoignage du même historien, Servius réunit en une confédération commune tous les peuples latins. H éleva à Rome un temple où devaient se tenir les assemblées des confédérés, et y ouvrit un asile. Ce temple était consacré à Diane et bâti sur l'Aventin , la plus haute des collines de Rome. 11 y écrivit les lois de cette alliance, régla les rites des fêtes, les époques et la police des marchés, et fit graver sur une colonne de bronze les décrets de la confédération. Celte colonne existait encore du temps de Denys, qui assure l'avoir vue et nousapprend que l'inscription était en anciennes lettres grecques (Denys, IV, 26).
Denys tait ausrî mention (IV, 48) d'un traité conclu avec les Latins par Tarquin le-Superbe, et que les deux parties contractantes inscrivirent sur des colonnes («»Wx«« r« ypàafKnrêi iv onUo«< ) ; ce qui semblerait prouver qu'il en existait un exemplaire chez chacun des deux peuples.
Ce fut peut-être ce dernier traité , si "\ n'est celui de Servius, qu'invoquèrent les Ardéates en 442 avaut J.-G., lorsqu'ils vinrent réclamer les secours de Rome : « Legati
• ab Ardea veniunt pro veterrima societate renovatoque
• fœdere recenti auxilium prope eversaj urbis imploran-
• tes. »( Tite-Live, IV, 9.)
Tarquin, après avoir vaincu les Gabiens, flt inscrire les conditions de la nouvelle alliance qu'il conclut avec eux sur un bouclier de bois couvert d'une peau de bœuf, que l'on voyait encore à Rome du temps de Denys d'Halicarnasse,dans le temple deSancus ou Jupiter Fidius. (Voyez Denys d'Haï., IV, 58; Verrius Flaccus, cité par Paul Diacre , d'après Festus , s. v. Clypeus.)
Un autre traité conclu par le même prince avec les Sabins est cité par Denys d'Halicarnasse ( IV, 65), et c'est sans doute à ces deux actes qu'Horace ( Ep. Il, i , 25 ) fait allusion dans ces ien :
Fœdera regum Vel Gabiis vel cum rigidis aequala Santals.
Polybe (IU, 22) a traduit littéralement le premier ta ailé conclu entre les Romains et les Carthaginois , l'année même qui suivit l'expulsion des rois. 11 était gravé sur une table d'airain et conservé, avec une quantité d'autres monuments du même genre, daos les archives des édiles au temple de Jupiter Capitolin (Id. Ibid., 26). L'historien nous apprend que les Komains les plus habiles, même en les étudiant , avaient peine à en comprendre
Certaines expressions ( éart r©v« awtmnànvi lv«« tiàki i% intaràuêtùç Afvxfcvc ?v.
M. Leclcrc (ouvr.citép. 59) pense a rec beaucoup de vraisemblancequ'Aristote (Polit. III, 5, i 0, éd. de Coray) bitallusion aux traités de Rome avec Carthage , en les rapportant aux Tyrrhémens. ■ La date de ces monuments, ajoute-t-il,a été vainement contestée par Hooke \ Boman history. Book III, ch. vu; Dissertation on the credibility of the history ofthe first 500 years of Rome; p. 450, éd. de Londres ), et par d'autres. M. de Sainte-Croix ( Mèm. de tAcad. des InscripU t. XL VI, p. I . ), réfuté dernièrement par Lacbmanu , a élevé des doutes sur leur seus , parce qu'on y trouve ce queTite-Live, malgré son patriotisme,
ne laisse pas même entrevoir, que Rome, avant cette révolution qui l'affaiblit, était maîtresse d'Ardée, d' Antinro, de Circéi, de Terracinc, dont les peuples, dans le texte, sont appelés ses sujets ( fort*©* ); comme si l'on devait s'en tenir à l'autorité de cet historien et de ses copistes, pour juger des documents qu'il n'a point connus , persuadé qu'il n'avait à consulter Polybe que pour les guerres puniques. » Si le raisonnement de M. de Sainte-Croix était fondé, il faudrait aussi rejeter un traité dont on a fait grand usage dans ces derniers temps pour prouver le peu de coufiance que mérite Tite-Live ; je veux parler des conditions imposées par Porsenna à Rome. • In fœderequod, » expulsis regibus , populo romano dédit Porsenna oomi-
• tim comprebensum invenimus ne ferro , nui in agricul-
• tura, uterentur.» (Pline, Hist. Nat. XXXIV, \ 4; Cf. Tacite, Hist., III, 72). Mais de ce que Tile-Live, par une exagération de patriotisme , a passé sous silence ce fait important , on ne peut , ni conclure que son livre est un roman , ni prétendre que Rome n'a pas été prise par le roi étrusque.
En 260 (av. J.-C. 495), Rome conclut avec les Latins un traité que Denys d'Halicarnasse analyse (VI, 95) , etqu'il avait pu lire derrière les Rostres , sur la colonne de bronze où il fut recopié du temps de Cicéron {^Pro Balbo, xxiii). Tite-Live (II, 55), en fait mention, mais eu très-peu de mots : « Nisi fœdus cum Latinis , columna « aenea insculptum monumento esset , etc. •
Vient ensuite le traité conclu avec les Ardéates en 51 (445 av. J.-C); les termes dans lesquels Tite-Live en parlo (IV, 7) méritent d'être rapportées pour plus d'un motif : « His consulibus cum Ardea tibus fœdus renovatum est:
• idque monumenti est , consules eos illo anno fuisse, qui
• neque in anoalibus priscis neque in libris magistratuum
• inveniuntur. Credo, quod tribuni militera initio aoni
• fuerunt, eo, période ac si totum annum in imperio fne- » rint, suffectis his consulibus, pretermissa nomina
• consulum horum. Licinius Macer auctor est , et in
• rœdere Ardeatino, et in linteis libris ad Moneta? iu- » venta. •
Il résulte de ce passage deux faits importants : d'abord que le traité existait encore du temps de Tite-Live aussi bien que les libri lintei, les anciennes annales et les livres des magistrats; en second lieu, que ces prétendues coufusions de noms dont on a fait tant de bruit peuvent s'expliquer par des raisons très-plausibles , analogues à celles que donne ici Tite-Live.
Si nous terminons celte énumération par les deu:t traités conclus avec Carthage en 408 et 476 ( 545 et 277 av. J.-C. ), et traduits par Polybe , qui les avait vus dans le même dépôt que le premier , nous aurons indiqué ce qui nous reste de traces des monuments de ce genre qui existaient encore au commencement du 6 e siècle de Rome et que purent consulter les Romains qui , les premiers, donnèrent une forme plus littéraire aux annales de leur patrie.
7° Tables triomphales.
On doit joindre aux documenta indiqués plus haut les tables triomphales. Tite-Live n'en a mentionné que trois ( VI, 29 ; XL, 52; XLI , 28), bien qu'il en existât un plus grand nombre (Festus, s. voc. JVaca/i; Cf. Brissou, de Fort»., p. 555; Marini, attidei fratelli anali, t. 1, p. 57). L'usage de ces tables, qui se perpétua jusque dans les derniers temps de la république , remontait assez haut, et il fout qu'on l'ait conservé avec un soin religieux, puisque Cincius parait avoir vu celle du dictateur T. Quinctius
(Fastua, i. voc. Tritntem), elquele grammairien Attillus Fortunatianus (p. 2680 , Putsch), put lire encore an Capitale cellet de L. iEmilius Regillus et d'Acilius Glabrion. ( Voy. Titc-Live, XL, 52.) On ne saurait décider si Tite- Live a vu de ses propres yeux les monuments qu'il cite , ou s'il n'en parle que d'après les annales. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne les transcrit pas teituelleraeut , et qu'il altère le mètre satornin dans lequel ils étaient écrits. (C. Hermann, Elem. metr., p. 616 ; Wakh, entend. Lie, p. 254 et suiv. )
8« Inscriptions.
Il est probable que les premiers historiens ne négligèrent pas cette classe de mouuments, qui devaient avoir été conservés d'autant plus religieusement, qu'ils flattaient tout à la fois et l'orgueil national ,, et l'orgueil des familles. Tout porte à croire que les bases des statues élevées aux grands hommes , par exemple à ServiusTuIlius, à Horatius Coclès, à Lucrèce, à Porsenna, à Hermodore ( Val. Max. , III , i? , 5; Pline , XXXIV , H ; Aulu- Gelle , IV, 5 ) , et aux quatre ambassadeurs romains tués a Fidènes en 516 (457 ans av. J.-C.) , dont les noms s'étaient conservés jusqu'au temps de Tite-Li\e (IV, 17), et même de Pline (tfisf. nat. XXXIV, II), deiaieut être décorées d'une inscription conçue, sauf les modifications subies parla langue, à peu près dans les mêmes ternies que celles qui nous sont parvenues , c'est-à-dire en vers saturoins, comme celles des tombeaux de la famille des Scipions , ou en prose comme celles que cite M. Leclerc ( p. 20 et suiv.). Il devait en être de même des temples , des autels, des tableaux votifs. Du temps d'Auguste (Tite-Live, IV, 20), on lisait encore l'inscription qui avait été peinte sur la cuirasse de lin déposée par Cossus, en 5 1 7 (456 ans avant J.-C. ) , dans le temple de Jupiter Férétrien , avec les secondes dépouilles opimes. Du reste , cette inscription n'est pas la plus ancienne dont il soit fait mention dans les auteurs latins. Pline (XVI, 87) parle d'un chêne plus âgé que Rome , qu'on voyait encore de son temps sur le mont Vatican, et dont l'inscription en caractères étrusques et de bronxe attestait que dès les temps les plus reculés cet arbre était sacré. Remarquons en passant qu'une inscription étrusque ne pouvait avoir été placée dans Rome qu'à une époque où les Etrusques y dominaient , c'est-à-dire sous l'un des trois derniers rois , ce qui prouve encore que dès cette époque l'usage de l'écriture était commun chez les Romains.
Citons encore les vers en vieilles lettres latines, joints , suivant le témoignage de Pline ( XXXV , 57) , aux peintures du temple d'Ardée ; les boucliers que le même écrivain (XXXV, 5 ) vit suspendus dans le temple de Rellone en l'honneur de la famille Claudia, et charges d'inscriptions mémoratives par Appius Claudius , consul en 258 (495 av. J.-C); les vers grecs qui accompagnaient les ouvrages de plastique et de peioture de Damophile et de Gorgasus , dans le temple de Cérès , dédié par le consul Sp. Cassius en 260 (495 av. J.-C.) ; l'inscription de Duilius qui se place en 499 ( 264 av. J.-C); celles du caveau funèbre des Sciptons, celle qu'Annibal fit graver en caractères puniques et caractères grecs au cap Lacinium iPotyb. III, xxxiii, 18), etc.
9* Monnaies.
On sait par le témoignage de Pline ( XXX fil , 15 ) , et par celui de Cassiodore (Var., VII, 52), que les plus anciennes monnaies , celles de bronze , commencèrent à être marquées sous !c règne de Sertius. Celles où pa-
raissent potfr la première fuis des caractères alphabétiques, les as de forme carrée avec l'inscription ROM A NON, sont regardées par les savants comme appartenant ai troisième siècle de Rome on an quatrième au plus tare . Et ce qui prouve que cette opinion n'a rien d'invraisemblable , c'est qu'on possède des médailles écrites des villes de la Grande-Grèce, dont l'âge remonte sans aucun doute au commencement du siiième siècle avant notre ère, notamment celles de Sy baril, qui ne peuvent en anenn cas être plus récentes que l'aonée 510 où cette ville fut détruile , année qui , comme on le sait , suivit immédiatement celle où Tarquin fut banni de Rome.
En admettant que pour les premiers temps de Rome les monnaies n'aient pas été d'un grand secours pour les recherches historiques , elles purent offrir cet avantage bien avant la fin du cinquième siècle de la fondation de Rome , époque à laquelle , suivant Niebuhr et surtout suivant son école, l'histoire romaine commence a offrir quelque certitude. Elles donnent d'ailleurs, ce qui est surtout important à constater, une preuve matérielle et irrécusable que l'écriture à Rome est moins récente qu'on ne vent le faire croire. Les pecuniœ elles-mêmes, plus anciennes encore que ces monnaies, annoncent un art de transmission, mais un art déjà parvenus on certsin degré de pureté , et qui ne peut appartenir qu'à une époque civilisée.
10* Archives des familles. -- Éloges funèbres.
Les ramilles conservaient aussi dans le tablinum (Pline, XXXV, 2 ) leurs propres mémoires, commentarii, qui te transmettaient de génération en génération : c'est un fait dont on a des preuves pour la famille Sergia ( Vairon , de Ling. lat. , VI, 90) , et pour la famille Porcia ( Aulu- Gelle, XIII, 19). A ces documents appartenaient sans doute les tables généalogiques, <rrkp.fi.ara, qui , suivant le Clodins dont parle Plutarque , auraient été altérées par la flatterie à la suite de la destruction de Romepar les Gaulois, altération qui ne pouvait , comme nous l'avons déjà remarqué, porter que sur quelques noms propres, et non sur des faits essentiels que d'autres monuments attestaient*
Ajoutons encore à ces documents les éloges funèbres , laudes funèbres (Tile-Live, VIII, 40), morluorum'laudationes (Cic. Bruf., c. xvi;Quiotil., III, vu, 2; Polybe,VI, 53; Denys d'Haï.. V, 17 ) , et les autres discours publics, orationes, comme par eiemple celui u' Appius Cscus au sujet de Pyrrhus , que l'on conservait comme autant de souvenirs des ancêtres. Sans doute tous cesdocuuients ne furent pas à l'abri des falsifications intéressées que leur firent subir les familles (Tite-Live, VIII, 40 ) ; mais ces falsifications durent être de même nature que celles des arip-iuna, et ne purent en aucune façon changer le caractère des faits historiques , puisque c'eût été enlever toute vraisemblance aux actions dont les faussaires voulaient faire honneur à leur race.
11° Images des uncètres.
• Lorsqu'un Romain de distinction vient à mourir, dit Polybe , et qu'où célèbre ses funérailles , ou le transporte en grande pompe dans le Forum et on le place près des Rostres, ordinairement debout pour que toute la foule puisse le voir, rarement couché. Tout le peuple alors l'entoure, et , s'il a laissé un fils déjà grand, qui se trouve à Rome, ce Ûls, ou dans le cas contraire, quelqu'un des autres membres de la famille, monte à la tribune aux harangues et célèbre les vertus du mort et ses belles actions. U en résulte une le peuple, se rappelant cette vn
HISTOIRE ROMAINE. — NOTES
glorieuse et la passant flour ainsi dire en revue, le denil n'est pins seulement un deuil de famille, mais un deuil public,
• Quand le cadavre a été ense? eli et que l'on a rempli tous les devoirs religieux , l'image du mort est placée dans l'endroit le plus en évidence delà maison, et entourée d'un édicule en bois. Cette image consiste en un masque de la plus exacte ressemblance, et reproduisant non-seulement la forme des traits , mais même la couleur du visage. Ces images, dans les fêtes publiques , sont tirées de leur châsse et parées avec soin. Lorsqu'il meurt un personnage émïnent de la famille; elles accompagnent le convoi, portées par des hommes dont la taille et tout l'extérieur rappellent le plus les défunts, et qui se revêtent en outre de la prétexte s'ils représentent un consul ou un préteur, de la robe de pourpre pour un censeur, et de la robe brochée d'or s'il s'agit d'un triomphateur. Ensuite ils s'avancent montés sur des chars , précédés des licteurs et des autres insignes attribués aux magistratures que chacun d'eux a exercées durant sa vie. Arrivés près des Rostres , tous prennent place sur des chaises d'ivoires. n'est pas de spectacle plus beau et plus doux pour un jeune homme ami de la gloire et de la vertu. Qui ne se sentirait exalté en voyant réunies tontes ces images , pour ainsi dire vivantes et animées, d'hommes qui se sont illustrés par leur mérite? Non, il n'est pas de plus beau spectacle !
• Du reste , celui qui prononce l'oraison funèbre du citoyen qu'on doit ensevelir rappelle, quand il a fini de parler du mort, la gloire et les exploits de tous les morts dont les images l'entourent, en commençant par le plus ancien; et par cet éloge ainsi renouvelé, la gloire des citoyens qui ont fait quelque chose de grand devient immortelle et le souvenir des bienfaiteurs de la patrie se transmet d'âge en âge à la postérité. • ( Polybe, VI , 55 , 54.)
Ce passage , si je ne me trompe , répond victorieusement aux assertions du Clodius dont nous avons parlé plus haut. Il est difficile en le relisant d'admettre que les «rép/Mcra des familles romaines aient, après la destruction de Rome , subi des altérations aussi grandes que celles qu'il suppose pour être eu droit de nier l'authenticité des anciens monuments. Admettons que lors de l'incendie de la ville toutes les images de famille aient été détruites sans aucune exception ; elles étaient tellement connues du peuple , qui les voyait passer sous ses yeux dans toutes les cérémonies publiques, que les artistes romains purent sans peine, à cette époque où les rapports de Rome avec la Grèce sont attestés par des preuves irrécusables , les rétablir avec assez de fidélité pour que l'amour-propre national n'eût rien à regretter de ses pertes et que le fil de la tradition ne fût pas interrompu. Certes , si quelque inexactitude, quelque falsification se fût fait remarquer, le peuple n'eût pas manqué d'invoquer ses souvenirs et de faire justice du faussaire.
Cet argument s'applique aux éloges funèbres; les faits qu'Us rappelaient étaient tellement du domaine public , qu'on n'aurait pu les altérer impunément. Quelque mémoire accusatrice serait venue, à l'aide de ses souvenirs et des monuments publics, des traités, des annales , etc., rétablir la vérité , surtout à une époque où toute l'existence nationale était concentrée dans Rome , on les grandes familles étaient l'objet de l'attention générale , et où la jalousie des familles plébéiennes n'aurait pas permis l'introduction de traditions mensongères qui eussent augmenté encore l'importance des antagonistes du parti populaire.
12° Acia ctviliu.
L'institution des actes de l'état civil , connue des Athéniens, datait dans Rome de Servais Tuliins, s'il faut en croire Pisoo, cité par Denys d'Halicarnasse (IV, 18). La surveillance en fut confiée plus tard aux censeurs ( Tite- Live, IV, 8; VI , 27, XLIII ,16), puis aux questeurs , puis aux préfets du trésor (Tacite, Ann. XIII , 28; Capitolio, M. Atirel., c. ix). On inscrivait jour par jour sur ces registres , les naissances , les mariages , les répudiations, les divorces, les morts. (Voyez Juste Lipse, sur Tacite, Ann., V, 4, et M. Leclerc, ouvr. cit., p. 198-200.)
f5° Chants nationaux.
M. Leclerc range dans cette classe • ceux qui, au temps de Denys d'Halicarnasse, ou du moins de Fabius Pictor , célébraient encore la belliqueuse adolescence des fondateurs de Rome (Denys, 1, 79), surtout les chants militaires , tels que ceux dont l'usage n'a pas toujours été négligé par Tite-Live même (IV, 20, 55; V, 49; VII, 10, 58; X, 50) : chants héroïques des festins, dea combats, des triomphes, des funérailles, qui tous, après avoir passé de bouche en bouche (Cic , Brut, c. xix; Tuscul., 1, 2; IV, 2; de Leg., II, 24 ; Vairon op. iVonium, II, 70; Val. Max., II, t, 10; Quintil., I, x, 20), avaient pu être fixés et perpétués par l'écriture. »
A cette classe se rattachent aussi les chants satiriques dont la loi des Douse Tables dut réprimer l'épreté et les excès.
14° Monuments, édifices . statues , reliques, etc.
La plupart des faits rapportés dans tes documents bistoriques dont nous venons de donner un aperçu, sans doute bien incomplet, trouvaient leur confirmation dans des monuments que les Romains avaient chaque jour sous les yeux. Sans parler de la cabane de Romulus, qu'on voyait en allant au grand cirque, non loin du Tibre , au détour du mont Palatin ( Denys d'Haï. , I, 79 ; Vitruve , II, I ; Sénèque, Consol. ad Helv., c. ix), les murs d'Ancus Martius (Tite-Live, I, 55) , l'édifice sacré du Capitole (1, 55), les égoutsde Tarquin ( Cloaca maxima, 1,56), étaient, ainsi que plusieurs statues citées par Pline (XXXIV, II), et par Servius (aéJEn., Vil 1,641), autant de témoignages de l'existence â* anciens rois. A d'autres vestiges comme les peintures sur mura Ardée, à Lanuvium, à Céré, se rattachait le souvenir d'une civilisation antérieure à la fondation de Rome. Enfin, le figuier ruminai, que du temps de Tite-LWe (L 4; X, 25), on voyait encore dans le comitium , et qui , cinquante ans plus tard, reprit une jeunesse nouvelle ; le poteau de la Sœur, qu'on n'avait pas cessé de renouveler jusqu'à l'époque d'Auguste ( Hodie quoque semper refectum manet , Tite-Live , 1 , 26 ) ; la quenouille et le fuseau de Tanaquil, que Varron vit encore dans le temple de Sancus (Pline , VIII, 74); les deux robes prétextes dont Servius avait revêtu la statue de la Fortune , et qui durèrent jusqu'à la mort de Séjan ( Ibid.) , étaient des preuves , équivoques sans doute pour la plupart , de faits que la tradition pouvait avoir altérés, mais qui n'en avaient pas moins un fond historique.
1 5 e Archives des peuples voisins de Rome.
Lors même que les Gaulois auraient détruit, dans leur invasion , tous les documents historiques dont nous venons de donner une rapide énumération, et que la plus précieuse partie de ces antiques vestiges de l'histoire n'au-
rait pas été transportée à Céré (Tite-Live, V, 40) par les pontifes, on conservée au Capitule (Plut. Camille, cb. xx ), et même sur le mont Palatin , qui ne fnt pas entièrement incendié, s'il faut en croire Diodore de Sicile ( XIV, 115), les annales des villes italiques eussent offert aux Romains le moyen de réparer les perles qu'ils avaient pu faire. Toutes ces villes , qui pour la plupart n'eurent point à souffrir de l'invasion gauloise, avaient leurs archives nationales, où devait se retrouver la mention de leurs guerres, de leurs traités, de leurs rapports avec Rome. M. Leclerc prouve jusqu'à l'évidence (p. 71 et suiv.) qu'Antemna, Tibur, Aricie, Laurente, Lanuvium, Anagni , Préneste , Lavinium, Tarente, Cumes, les Sabins , les Samnites , les Étrusques , les Euganéens avaient des fastes, des libri lintei, des histoires, des livres sacrés. « Ce n'est peut-être pas uue illusion de penser que chez tous ces peuples de l'Italie primitive, Rome put trouver encore , dans le butin de la victoire , les documents de leur histoire nationale ; car un de ses plus anciens historiens, l'homme qui avait proûté le mieux de ces fruits de la conquête , le vieux Caton , au second livre de ses Origines (Ap. Serv., ad Mn. XI, 715), reprochant aux Liguriens de ne plus savoir d'où ils étaient venus , d'être sans tradition , sans lettres , leur faisait honte de cette exception. Ainsi donc si cette induction est permise, tous les autres peuples italiques lui avaient transmis leurs annales l »
Documents postérieurs à l'abolition de la royauté , et peut-être seulement à la prise de Rome, mais antérieurs à la rédaction de l'histoire.
16° Actasenatus.
Les actes du sénat furent tenus secrets jusqu'à César, mais durent être conservés de bonne heure et accessibles aux patriciens qui s'occupèrent de rédiger l'histoire de Rome. Le secret dans lequel cette assemblée enveloppait ses délibérations ayant surtout pour objet la politique du moment ne devait pas s'étendre sur les époques anciennes. D'ailleurs, il estévident qu'on ne cachai tau peuple que certaines délibérations d'une haute importance, comme, par exemple, celles auxquelles donnèrent lieu la guerre contre Persée (Tite-Live, XLII, 4; Val. Max., Il, 2, i) et la troisième guerre punique (Val. Max., ibid.). Dans ce cas elles étaient rédigées par des sénateurs mêmes, tandis que dans tous les autres elles étaient recueillies par <le simples secrétaires pris eu dehors du sénat (Denys d'Haï., X , 21, etc.); scribœ , librarii » tiotaHi.
17° Acta forensia.
On peut comprendre sous ce titre les actes du pouvoir populaire et ceux des tribunaux. «Les premiers comprenaient les lois, les plébiscites, le résultat des élections par comices, les édita ou proclamations des tribuns, des édiles , des autres magistrats du peuple. On les déposait , comme les sénatus-consultes et les traites , dans les archives annexées à plusieurs temples , à celui de Jupiter au Capitole, de Cérès, de la Liberté, des Nymphes, surtout à celui de Saturne. Actes authentiques et obligatoires, ils étaient nécessairement publiés.
• Les actes judiciaires, les arrêts des divers juges, l'étaient aussi. En tète ils portaient les noms des consuls, comme on le voit dans Ammien et dans saiut Augustin, qui, d'après l'usage légal, les appelle Gesla.* (M. Leclerc» ouvt. cité. )
18' Acta militaria ou bellica.
« Une autre classe d'actes, celle des actes ou journaux militaires , acta militaria ou bellica , forma dès les premiers temps une classe à part, dont les principaux documenta, amassés pendant une longue suite de guerres avec tant de peuples , furent peut-être rassemblés plus tard dans le trésor militaire fondé par Auguste (Suétone, Aug. t c. 49 ; Tacite , Annal. 1 , 78; Dion , LV, 25, etc.) ....On peut croire que dans ces archives militaires, outre les états de situation, ceux des peines et des récompenses, les différentes sortes de congés , les privilèges accordés aux vétérans, les itinéraires et les cartes (V egèce , III , 6) se conservaient aussi les rapports adresses par les généraux au sénat, et que, lorsque les armées envoyaient à Rome de ces lettres couronnées de lauriers qui annonçaient des victoires , elles ne manquaient pas de les joindre, dans le recueil de leurs actes , aux pages plus modestes et plus simples qui constataient leur nombre et leurs services. > (M. Leclerc , ouvr. cité, p. 205 et suiv.).
Il résulte de tout ce qui précède que Rome , dès les premiers siècles de son existence, connut l'écriture alphabétique , que les premiers Romains qui s'occupèrent de rédiger l'histoire nationale sous une forme littéraire avaient à leur disposition des documents nombreux et variés qui , se contrôlant mutuellement, pouvaient permettre de suivre avec exactitude , depuis les temps les plus reculés , la série des événements qui avaient contribué au développement de la puissance romaine; que ces documents ne consistaient pas seulement en d'antiques traditions plus ou moins altérées parla vanité des familles, mais que, pour la plupart, c'étaient des actes officiels gravés sur le marbre, sur le bronze, sur le plomb ou sur des planches de chêne, ou bien encore peintes sur des matières plus fragiles, il est vrai, mais que l'on renouvelait avec soin; que ceux de ces documents qui disparurent par suite de l'invasion gauloise purent être renouvelés à l'aide des monuments qui avaient été conservés , des copies de traités et des annales qui devaient exister et qui existaient eu effet chez les peuples du voisinage. Sans doute , comme il arrive toujours dans l'histoire primitive des empires, beaucoup de fables se sont mêlées à la vérité ; mais on ne peut de bonne foi se croire par là autorisé à soutenir que l'histoire des cinq premiers siècles de Rome est une longue suite de mensonges, artistement arrangés par des Grecs qui voulaient flatter leurs maîtres. « Proscrire l'histoire d'un siècle parce qu'il s'y mêle des fables, c'est, dit l'éloquent écrivain que j'ai déjà cité plus d'uue fois, proscrire l'histoire de tous les siècles. Les premiers siècles de Rome nous sont suspects à cause de la louve de Romulus, des boucliers de ISuma, du rasoir de l'augure, de l'apparition de Castor et Pollux; des récits ornés ou défigurés ainsi ne peuvent être selon vous que des récits tout à fait mensongers. Effacez donc alors de l'histoire romaine toute l'époque de César, à cause de l'astre qui parut à sa mort , dont Auguste avait fait placer l'image au-dessus de la statue de son père adoplif dans le temple de Vénus, et que plusieurs monuments de numismatique et de glyptique nous montrent encore; celle d'Auguste lui-même, puisqu'on le disait fils d* Apollon métamorphosé en serpent ; et jusqu'au siècle de Tacite , qui ne dédaigne pas de faire entrer dans la fortune de Vespasien les miracles d'Alexandrie. Les prodiges compilés par Julius Obsequeos, peut-être au temps même de Tacite , ne commencent maintenant qu'à l'an 565 de
HISTOIRE ROMAINE. — NOTES
Rome : en sont-ils pour cela moins nombreux ? Que fou songe à tout ce qui poiivaitalors encore se direct se croire, qu'on se sou? ienne aussi que plus les temps sont reculés , plus le merveilleux dans l'histoire est fréquent et facile : on cessera sans doute d'être plus rigoureux pour les vieilles annales des Romains que pour celles de tous les peuples du monde ( M. Leclerc , ouvr. cité , p. 16t> ).
Ainsi le merveilleux introduit dans l'histoire d'où peuple n'autorise pas à révoquer en doute l'authenticité de cette histoire dans son ensemble , encore moins k la refaire de fond en comble, sur des hypothèses purement gratuites. Une saine critique doit éliminer le merveilleux, ou plutôt l'expliquer, et c'est précisément ce que firent ou du moins ce que tentèrent quelques-uns des premiers historiens de Rome, et notamment Pison qui • cherchait déjà pour tes fables des interprétations naturelles , et n'admettait comme frais que les faits vraisemblables • M. Leclerc, ouvr. cité, p. 150.)
Tite-Live a-t-il procédé a? ec la même se? érité , et pour dégager la ? érité de l'erreur, a-t-il confronté tous les documents que j'ai énumérés plus haut? On est autorisé à croire , malgré son silence à cet égard , qu'il a transcrit plus d'une fois les annales des pootifes , sinon sur l'original , du moins sur des auteurs qui les a? aient consultées (?oyex M. Leclerc , outt. cité, p. 27). • Tite-Live, quoiqu'il n'indique pas ses sources, puise évidemment dans les antiques chroniques , a la toit étrusques et pontificales, tout ce qui répand sur sa narration un air vénérable d'antiquité religieuse, de tradition sainte. Soit qu'il en eut proQté lui-même, soit qu'il écrive d'après des annalistes qui avaient pu les connaître. • ( Voyex ce qui a été dit plus haut g 2 sur la formule du fécial et du pater patrattu, etc., d'après M. Leclerc, ouvr. cité, p. 57 et suif., et p. 95 et striv. )
Tite-Live cite plusieurs inscriptions (II, 55; IV, 20; VIII, II, etc.), mais il n'en discute qu'une seule, l'incription votive de la cuirasse déposée par Cossus en 317 dans le temple de Jupiter Férétrien avec les secondes dépouilles opimes.
est d'ailleurs constant, comme nous venons de le dire., que s'il a surtout composé son histoire avec le secours des livres, les auteurs auxquels il a eu recours avaient fait usage des plus anciens documents , et que quelques-uns d'entre eux avaient procédé avec asses de critique pour qu'il ne crût pas devoir recommencer des recherches laborieuses qui n'entraient pas dans ses vues et qui répugnaient à son talent
Les critiques qui ont prétendu refaire l'histoire primitive de Rome n'ont pas seulement appuyé leur scepticisme sur le passage de Tite-Live que nous avons discuté plus haut (p. 769), mais ausi sur la longue durée du règne des sept rois. Isaac Newton trouve qu'il est sans exemple dans l'histoire que sept rois consécutifs aient régné 244 ans, et regarde la chose comme impossible. Réduisant donc de sou autorité privée la durée de chaque règne a une moyenne de 17 ans, et par conséquent toute la période royale à f 1 9 ans , il reporte l'époque de la fondation de Rome à l'an 650 av. J. G. Mais un tel calcul ne saurait être admis. Si Newton eût vécu de nos jours, il se sertit bien gardé de le produire. En effet, les derniers siècles de noire histoire lui eussent fourni une réponse k son objection , puisque, si l'on ajoute ensemble les règnes des sept rois Capétiens qui ont précédé la révolntiou fraoyaise ou trouve une durée de 252 ans :
Charles IX,
de 1560 à
1574, 14 ai
Henri III,
Henri IV,
Louis XIII,
Louis XIV,
Louis XV,
Louis XVI,
Total
Or, si Louis XVI n'eût pas vécu dans des temps de troubles , on peut admettre que son règne eût été au moins de 40 ans, ce qui eût fait, pour cette série de princes, une durée de 255 ans, et par conséquent une moyenne de 56 ans 1;7 pour chaque roi.
Remarquez d'ailleurs qu'il n'en est pas de la royauté à Rome comme de la royauté héréditaire où le fils, vivant concurremment avec son père, parvient quelquefois au trône dans un âge déjà assez avancé : Romulus et ses successeurs étant appelés à régner par la voie de l'élection montent jeunes sur le trône et peuvent tous fournir une longue carrière.