LIVRE XXL
Au ebap. xlvi, et en plusieurs endroits, Tite-Live nous apprend qu'il a mis plusieurs auteurs à contribution; et, bien qu'il ait puisé beaucoup dans Polybe ( IU, eh. lvii-lxxvii), il a néanmoins snivi aussi Fabius, Cincios, Cœlius et quelques autres.
Au commencement de ce livre (cb. 1, fin), quoiqu'il paraisse s'attacher à Polybe, il a cependant mêlé a sa narration plusieurs taits puisés à d'autres sources. C'est parce qu'il a compulsé d'autres annales qu'il ne place pas le commencement de la guerre punique à la même époque que Polybe; mais il prend pour point de départ l'année de la descente d'Annibal en Italie. Dans d'antres endroits encore, il a coutume de compter les années à partir du con sulat de Cornélius et de Sempronius ( XXIII, 50 ; XXX, 44) , et il semble en avoir agi de la sorte habituellement (Cf. XXXIII, 24 fin, XXXIV, 42, XXI, 16 et 44). Caton, an livre IV de ses Origines, parait avoir rapporté le commencement de la guerre punique aux consulats précédents de Saliualor et d'Émilius. Car il dit (dans Nonius an mot duodevicesimo), que ce fut vingt-deux ans après la première guerre ( qui se termina sous le consulat de
Manlius et de Lutatius), que la paix fut rompue par les Carthaginois.
Tite-Live avait exposé dans le livre précédent, que malheureusement le temps ne nous a pas conservé, tout ce qui avait rapport aui affaires d Illyrie, et que Polybe a raconté en son lieu ( III, 16). Au même endroit Tite- Live faisait mention des colonies conduites à Plaisance et à Crémone, et dont Polybe nous parle également (III. 40).
Il résulte, de tout ce qui précède, que Tite-Live n'a point rapporté dans leur véritable ordre chronologique les exploits d'Annibal en Espagne, et qu'il s'est trompé sur la date de l'année où la guerre éclata. (Voyez plus bas au ch. xv, et cf. Sigon. sur les ch. vi-xii.) Et lorsqu'à vec Poljbe (III, 12; cf. II. 1 ), il nous raconte qu'Annibal vint en Espagne à l'âge de neuf ans ( ch. I ) ( ce qu'il répète ch. xliii et XXX , 28-57, XXXV, 1 9 ) ; et qu'il ajoute, d'après un autre auteur i ch. III ), que ce même personnage était à peine parvenu à l'âge de puberté (tandis qu'au contraire il était âgé de vingt-deux ans, voyez la note sur le ch. m ), quand Asdrubal le rappela en Espagne ; il Le nous indique point le moyen d'expliquer ces contradictions. Cœlius, lui, le faisait au premier livre de ses An- ' nales ( cité par Priscien, XUI, p. 960 ) . Il racontait qu'Annibal avait été envoyé d'Espagne en Afrique avant la mort d'Hamilcar, et que dans la suite Asdrubal l'en fit venir de nouveau. Au livre XXVll, ch. ixi, Tite-Live parle des mêmes faits de telle manière qu'il n'y a plus moyen de les concilier: car dans ce dernier endroit il nie positivement qu'Annibal , une fois venu en Espagne à l'âge de neuf ans, en soit sorti. Sur tous ces points U parait avoir suivi Fabius, outre Polybe. Voyez ch. ni et iv, et l'opinion de Fabius dans Polybe ( III, 8 ). C'est encore à cette dernière source qu'est due la harangue d'Hannoo, el ce que dit Tite-Live, avec lequel Zooaras ( VIII, 22 ) est d'accord , que la guerre n'eut l'assentiment que d'uu pelit nombre, tandis que nous lisons dans Polybe qu'elle fut décrétée à l'unanimité u.iâ pâuvi. Fabius avait encore parlé du caractère impérieux d' Asdrubal, et Tite- Live dit que son despotisme était sans frein (imperia immodica) ; il parait aussi avoir parlé dans les mêmes termes, mais sans y ajouter beaucoup de foi, des mœurs dissolues d'Hamilcar et d'Asdrubal. Peut-être est-ce encore au même auteur que Tite-Live a emprunté , et ce qu'il raconte de l'assassinat d'Asdrubal, qui , selon Polybe aurait été tué la nuit et par surprise, dans une auberge ( hospitio); et ce qu'il dit que, dans l'alliance faite avec Asdrubal , on avait ajouté un article relatif aux Sagontins (ch. u; cf. ch. xviii et xliv, et Appien, Hisp., 7). En effet, si l'on en croit Polybe etZonaras, il n'était nullement fait mention d'eux dans l'alliance. Mais, dans la suite, les Romains appliquèrent aux Sagontins ce qui avait été stipulé, dans le traité de Lutatius, pour tous les allies. C'était à ce traité seul qu'ils en appelaient alors ( l'olylie , III, 29 9 50 et 21 ; cf., 15 et 15. ) Plus tard on imagina de dire que les Sagontins avaient été nommés dans le traité d'Asdrubal. Malgré l'opinion contraire de Bec~ ker ( p. 24 et 50 ), il parait évident que Polybe a dit la vérité, tandis que les autres l'ont dissimulée. Ce qu'il y a de constant c'est que , ni au cb. xxvn du livre II, où il donne l'ensemble de ce traité, ni an chap. xxix, il ne fait mention des Sagontins (Voy. la note du cb, xxvn , livre VII). Et au cb. xiii du livre II il dit positivement qu'il n'y était point question du reste de l'Espagne.
Au ch. f Tite-Live suit encore Polybe; mais dans Tite-Live la description dn combat est pins détaillée.
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
plot étendue et par conséquent a dû être prise ailleurs. C'est sans doute aussi à un autre écrivain qu'il a emprunté les noms Carteiœ et Corieianorum et celni à'Hermantiçœ (cf. Uckert, Géograpb., tom. II, p. 412).
A partir du ch. vi, il puise à une autre source. Dans Polybe (III, 15 i, les Sagontins. à l'approche de la guerre, envoient à Rome de fréquents messages. Ils obtiennent enfin que des députes romains se rendront auprès d'Annibal. Ceux-ci y arrivent l'hiver qui précéda le siège , puis, après av. ir été entendus il est irai , mais joues par Annibal , ils partent pour Carthage. Polybe explique d'une manière bien plus vraisemblable que ne le fait Tite-Live la conduite d'Annibal ( Cf. Tite-Live lui même, ch. vi et ni ). Dans Po))be (ch. xv ), Annibal, sous un faut pi été i te, sonde le sénat carthaginois au sujet de la guerre. Dans Tite-Live il fait tout sans le con cours du sénat, comme dans Fabius ; ce qui me porte à croire que c'est surtout de ce dernier que Tite-Live s'est ici serti. L'auteur sur qui s'appuie le récit de Tite-Live ne parle que d'une ambassade des Sagontins; et pendaut que leurs envoyés , qui arrivèrent à Rome sous le consulat de Scipion et de Sempronius, s'expliquaient dans le sénat , on savait déjà le siège de leur Tille. Ce. écrivain parait avoir eu pour but de dissimuler, par ce récit, l'inertie dis Romains f cf. Tite Lite, XXXI), qui après tant de délais envoient non des secours, mais des ambassadeurs (Voy. Appien qui raconte {Iber. II) sous quel prétexte le sénat avait tardé à envoyer des secours aux Sagontins). Cenni allègue, pour excuser les Romains, de singulières raisons, dans une m dissertation spéciale à laquelle nous renvoyons ( Vissertazioni sopra varj punti dell' Istoria Hom. Pistoja, an. 1779,in-4<> to ne II). Levesque tom. II, p. 65) peuse que les Sagontins avaient été exposés aux hostilités d'Annibal, par les Romains, qui voulaient avoir un prétexte de vengeance. Cela n'empêche pas la vérité de ce que dit Tite Live, savoir qu'à cette époque les Romains étaient distraits ailleurs par les soucis que leur donnait la guerre d'Illyric. ] Peat-e re aussi notre auteur veut -il taire la pénurie des ressources de Rome, et l'impossibilité où ils étaient, par suite de la guerre d'Ill)rie, d'envoyer des troupes aux Sagontins. Mais, eu adoptant ce récit, Tite-Live s'est engagé dans des difficultés chronologiques inextricables , comme on le voit ch. xv ( cf. Mattbia?, Remarque sur le livre XXI de Tite-Live). Ensuite Tite-Live, ch. ix, raconte que l'ambassade fut envoyée à Annibal, qui assiégeait Sagonte, mais que n'ayant point été admise auprès de lui , elle partit pour Carthage. Ce récit était encore favorable aux Romains , puisque, n'avoir poiut admis les ambassadeurs, c'élai t avoir violé le droit des gens (Cf., cb. x). Plus loin Tite-Live a empiunté au même auteur, qui parait avoir été Fabius, tout ce qui se passa dans le sénat, et (ch. vii-xiv) la description entière du siège. Quant à tout ce que Poljbe (III, 16 et 18-19) dit ici des projets et des ressources d'Aunibal , des affaires d'Ulyrie , tout cela a été omis par Tite-Live. A ce dernier appartient eu propre le récit de ce que lireut les ambassadeurs a Carthage , le discours d'Hannou (cb. x), dans lequel il lui fait dire, sur plusieurs faits antérieurs, des choses qui s'éloignent du récit de Polybe, comme, par exemple, lorsqu ayant cité Tarente, il se sert contre les Carthaginois de certains faits imaginés par Philinus (Polybe, III, 26).
Au chapitre xv il revient au récit de Polybe , et alors il s'efforce de concilier la chronologie de cet auteur avec la tienne ( voyes plus haut ce qui a été dit sur le ch. i ), mais,
d'une part, il ne juge pas très-bien la différence de l'une a l'autre, et de l'autre il n'arrive point au but qu'il s était proposé; car Sagonte n'a pu être prise (voy. Sigou > dans l'année où Tite-Live pense qu'il laut eu placer la ruiue.
Au chapitre xvi Tite-Live s'écarte du récit de ceux qui écrivaient que l'on avait alors délibéré s'il (allait prendre la guerre ( Polybe, III, 20 ); mais il décrit * i veille les sentiments divers des Romains.
Au chap. xvn, sur les préparatifs de guerre de ta part des Romains, il suit encore un autre auteur, et au ch. xviii, à l'occasion de l'ambassade, son récit diffère s*<t tous les points de celui de Polybe. Aulu-Gelle, sur cette ambassade, dit les choses tout autrement encore, d'après de vienx auteurs et d'après Vairon X, 27 ). Peut-être »t-il pris quelques-uns des faits dans Polvbe; mats eu d'autres endroits il en diffère complètement , comme par exemple au sujet du traité fait avec Asdrtibal.
Au chap. xix, lorsqu'il s'agit d'excuser les Romains. Tite-Live parait s'être appuyé sur les mêmes autorités que Polybe ; car celui-ci dit que les faits ont été ainsi exposés par plusieurs écrivains (III, 29); mais il omet ce que n'a point omis Polybe, savoir : que la cause des Carthaginois était juste, puisque les Romains leur avaient arraché de vive force la Sardaigne.
Ce qu'il dit ensuite de l'ambassade romaine parcourant l'Espagne (cb. xix-xxi ) et qui ne doit s'entendre, contrairement à sa propre opinion ( ch. xix etxxit), que de la partie de l'Espagne non encore soumise aux Carthaginois , ne se trouve nulle part dans Polybe. Ce qu'H avance au chap. xxi, an sojet des moyens de transport qui leur furent donnés , et du départ d' Annibal pour Cadix , e*t dû à un autre auteur : mais a la fin du chapitre, et dans le chapitre suivant, lorsqu'il s'agit (\e& évaluations en chiffres de l'armée d'Annibal , Tite-Live les emprunte toutes, en omettant le* noms de quelques peuples, a Polybe, qui les avait copiées exactement sur la table Lacinienne {tabula Laciniensi). Mais a la fin du chapitre il a adopté le sonse d'Annibal , qu'il avait puisé dans les Histoires de Crclius , ainsi que nous l'apprend la comparaison qu'on en peut faire avec un passage de Cicéron (de Dirinat., cb. i, 24; cf.Bottiger, de,4nniba/i5*omniô. qui soutient qu'il n'y a pas lieu de blâmer Tite-Live d'avoir inséré dans ses histoires de semblables fables (p. 10 et suiv. ), et iodiqne le but qu'il a eu en le faisant ).
D'autres circonstances de la narration de Tite Lite paraissent encore puisées à la même source. En effet. Polybe ne nous dit rien, ni de ce songe, ni de l'aimée rassemblée à Cadix , ni des vœux qui y furent accomplis; a la place de tout cela il donne quelques détiils sur les plans d'Annibal , et sur un discours qu'il tint. Quant à ce que Polybe , et Appien d'après lui ( Iber, 13 ), a rapporté qu'Annibal , étant encore eu Espagne, avait envoyé une ambassade aux Gaulois, et qu'il fit explorer les chemins et les passages des Alpes ; Tite-Live a passé tout cela sous silence, ainsi que plusieurs autres détails du même genre.
Au chap. xxiii il revient au récit de Polybe. Cependant vers la fin ce n'est point positivement Polybe qu'il suit , mais les mêmes auteurs qu'avait suivis l'historien grec. Car lorsque celui ci dit brièvement que mille soldats furent congédiés , Tite-Live expose la chose avec bien plus d'exactitude au chap. xxiv. Il s'est encore aidé d'un autre auteur, où il laisse de côté, dans Polybe, la description delà terre. De même, chap. xxv, passant sous silence ce que Polybe ( III, 40) nous raconte» et qu'il avait
<ttja lui-même raconté au livre XX (cf. F.pit. fin. i, il puise à diverses sources , ayant néanmoins sous les yeux l'olybe et d'autres annales dont il fait remarquer les variantes. Mais il n'a pas parfaitement réussi à réunir et a concilier ces récils différents, puisqu'il suppose que les envoyés et les tribuns n'étaient pas les mêmes , tandis qu'il dit , au cbap. xxv, que les envoyés furent saisis, et ailleurs , que ces envoyés étaient les mêmes que les tribuns. Il affirme, en effet, qu'il n'y a pas de doute sur le nom de C. Lutatius (cf. XXX, 19 et XXVII, 21 ). Au reste, Asconius Pediauus qui , faisant un récit détaillé de tout ce fait linit. Pisou.), nous rapporte que c'étaient Cornélius Asina , G. Papirius Masou et Cn. Pompéius ou Cornélius Scipion ; Asconius , dis-je, ne peut pas mieux se concilier avec Polybe. Car il dit que les triumvirs étaient Lutatius et deux prétoriens; or Mason et Cornélius Asina avaient déjà été consuls. 11 parait qu après la prise des triumvirs, on en élut d'autres dont les noms ont ensuite été confondus par quelques historiens avec ceux des premiers Tite-Live est encore eu dissentiment avec Polybe ( 1U, 40) en ce que celui ci dit que lu Romains furent attaqués par les Boïens , auprès do Tanetum , OU ils étaient enfermés par le Pô (cf. ch. XXVI init.); mais à partir du § 3 du même cbapitre il suit Polybe en beaucoup de points.
Il eu est du même du cbap. xxvi. Il a cependant omis ce que l'auteur grec avait ajouté au sujet de Sempronius, tandis que vers la fiu du chapitre il a lui-même ajouté certains détails, qu'il a puisés ailleurs, au sujet des Volsques. Le cbapitre ixvii est pris dans Polybe , à 1 exception de ce qui est dit des Espagnols. Il y a aussi cette différence, que Tite-Live parle d'un jour de marche, tandis que Polybe parie de vingt-cinq mille pas. Toutefois Mattbiae pense que ce détail a été ajouté au texte de Tite-Live par une main étrangère. Tout le reste est presque traduit du grec. Au commencement du chap. xxviii , c'est encore Polybe qu'il traduit ; puis il a comparé aussi les autres historiens et il nous apprend qu'ils offraient des variantes au sujet du passage des éléphants. Ensuite, comme Polybe parie en deux endroits des éléphants , Tite-Lhe, rangeant les faits dans un autre ordre, dit d'abord sur le» éléphants tout ce qu'il avait à eu dire : puis il rapporte l'envoi des Numides, entretien avec Magale, qui fit cesser les fluctuations et les incertitudes d'Annibal. Dans Polybe cet entretien précède tout le reste; à la fin de l'assemblée et de la harangue d'Annibal les Numides surviennent. Du reste Tite-Live a puisé dans Polybe toute la matière du ch. xxix. Mais certains passages ont été traduits par lui avec peu d'exactitude.
An ch. xxx, dans la harangue d'Annibal , que Polyhe pUice un peu plus tôt , il prend le fond des choses dans cet écrivain. Au ch. xxxi, c'est encore Polybe qu'il traduit littéralement dès le début; puis il retranche certaine sortie contre les historiens qui accueillent des récils fabuleux. Dans le suivant, au sujet de la discorde des deux frères Allobroges , c'est un autre auteur qu'il suit ; et depuis le 2 9-12 il ajoute certaines choses entièrement omises par Polybe.
U compare ensuite entre eux plusieurs auteurs au sujet du passage des Alpes. 11 passe même en re%ue, à la On de son récit , les opinions de Cincins , de Cœlius et d'autres. 11 a tellement joint ensemble, ou plutôt mélangé les différents récils des historiens, que bien qu'il ne pensât point qu'An ni bal eût pris la roule indiquée par Pohbe, il a néanmoins pris la description de tout le reste dans ici auteur.
Ainsi , pour les noms et les peuples qui sont mentionnés dans cette marc! e , il les a pris dans les écrivains qui pensaient qu'Annibal avait conduit son armée paries Alpes Cotieunes | mont Cenèvre); opinion adoptée par Strabon ( IV, 6, g 7 ), Ammien Marcellin et Silius Italiens , ces derniers probablement d'après Tite-Live. Or r il parait qu'alors, cette opinion, sur le voyage d'Annibal, était celle d'un grand nombre d'écrivains, ou que du moins elle était généralement répandue. Je ne pnis en effet me ranger à l'avis de Deluc , Histoire du passage des Aipes , p. 219. uui veut que Tite-Live soit l'.uteur de cette opinion ou de cale erreur, dont il faut lui laisser la responsabilité. Du reste, Deluc ( p. 216 et suiv. ) prouve que c'est bien cette route qu'indique Tite Live (cf. Abauzi, Œuvres diverses, II, p. 151 sq. ; Gibbon Miscellan. Works, H, p. 182). Plusieurs écrivains modernes, prenant Tite-Live pour guide, ont pensé qu Annibal avait pris cette route. Telle est l'opinion suivie parFolard, d'An ville, Guillaume, de Vaudoncourt , le marquis Fortia d'Urban , M. Letronne et d'autres énumérés dans le commentaire exact de Zander { Der Ueerzug Hannibals uber die Alpen, Hamb., 1 825,). Ajoutez-y Fr. Régis, dans les Mém. de l'Académie de Turin, 1809, t. XVII, p. 5 14, et d'autres que nous citerons plus tard.
Cette route était fort connue des Romains et très-fréqueutée depuis que Pompée et César s'en étaient servis, ( cf. pour le premier, kpist. ad senat>>mf in fragra. Sallust., liv. III, p. 96i; A pien, BeV.civ., 1, ch. 109; Pline , III, 24 ; Cluvier, Ha . ant., p. 576; pour le second : César, B. C, 1,11), et une voie romaine avait été pratiquée , au temps d'Auguste , à travers cette partie des Alpes . par le roi Cottus (Ammien, 1. XV, p. 24; Cluvier, p. 91 et 557 ). Tite-Live ( 1. V, 54 ) a remarqué à peu près dans les mêmes termes , que les Gaulois avaient aussi franchi autrefois les Alpes par ce même point. Ce qui parait l'avoir surtout décidé à suivre l'opinion qu'il préfère , c'est que les anciens historiens , et notamment Cincius. disaient qu'Annibal , en descendant des Alpes, s'était trouvé immédiatement dans le pays des Taurini ( ce qui ue pouvait avoir lieu que par ce point) , et qu'il ne paraissait pas vraisemblable qu Annibal se fût autant avancé vers le nord , lorsqu'il y avait un autre chemin plus court et plus rapproché , qu'Ammien qualifie de média et compeudiaria via. Néanmons l'opinion de Tite-Live ne saurait être admise , à cause de l'autorité de Pohbe et de Cœlius; Pompée d'ailleurs fait aussi entendre {loc.cit.), daus sa lettre au sénat, qu'Annibal n'avait pas pris cette route. En effet, il dît : ptr eas { Alpes ), iter alhid. atque Anmbal, nobis opportunes pâte feci. U y a en outre des choses qu'il serait difficile d'expliquer, par exemple qu'Annibal , qui n'employait que de bons guides , soit revenu sans motif raisonnable de deux cent vingt milles en arrière.
D'autres , induits surtout en erreur par la ressemblance des noms, ont prétendu que les Carthaginois [Pceni) avaient franchi les Alpes P ennuies , c'est-à-dire le grand baint-Bernard. Telle a été l'opinion suivie plus tard par Pline ( III, 17), Isidore ( 14, Orig.. 8 1 et, parmi les modernes, par Cluvier, Gibbon, Witacker. Les partisans de cette opinion invoquent aussi le témoignage d'un grand nombre d'inscriptions (voy. Desaussure, Voyage des Alpes , g 987 ; D'Anville, v. Alpis Pennina, VallisP. et deux ci mmentaires sur la vallée d'Aoste, par le comte de Loche , dans les Mémoires de Turin, t. XXV, p. 27 sq. et L. Biondi , in Diss. deW Acad. di archeolog. Ron* ,
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
I, i, p. 166 sq. ). On ne sait pas au jatte si Varroo pensait qo'Annibal eût francbi les Alpes Coîliennes oa les Alpes Penniaes. Ce le dernière opinion a été celle de Whi'.acker 'Bourse of Annib.. 1. 1, ch. iv, s. 2). La première me parait plus vraisemblable. Varron s'écartait de l'opinion de Poljbe, lorsqu'il niait qo'Annibal eût passé par les Alp -s grecques (,4p. Sert. AZneid.. X, v, 13 ). Lni-méroe fait connaître les Alpes Pennines par ses victoires. On voit par Polybe (ap. Strab., IV, 6-7.; César, Bell. gaU.. m, I ) qu'avant cette époque il n'y avait aucun chemin dans cette partie des Alpes.
Tite-Live (en. xxxviii ) a parfaitement réfuté cens qui se prononçaient pour le» Alpes Pennines; ce qui ne l'empécbe pas d'emprunter plusieurs détails à ces auteurs , comme par exemple ceux qu'il donne sur la manière dont Annibal fortifia la route, et l'emploi qu'il Gt du feu. (en. xx*vi.)
Il est certain que Polybe (suivi par Titc-Live, dans tout ce qui a rapport aux Alpes) avait indiqué un troisième passage à travers les Alpes grecques ( voyex Corn. Nep. Ann. 5). C'est ce qu'ont prouvé Deluc dans l'ouvrage cité plus baut, et les Anglais Cramer et Wickham ( Dissert, on the passage of H annib., etc. Oiford, 1820;. P. Jove avait autrefois indiqué la même route dnns l'bistoire de son temps, iib. XV, p, 297; Ch. D. Beck. aussi (cf. Dumas, Précis, tom. IV, p. 551 (1816 , et le général Rogniat). L'historien latin lui même , nous apprend que Cœlius , qui avait fait de nombreuses recherches sur les Alpes partageait cette opinion avec Poljbe; car il avait écrit qu' Annibal avait effectué son passage par le sommet du Crémon (Cramont) , c'est-à-dire par les Alpes grecques (Centroniques, suivant Pline», que nous appelons le petit Saint-Bernard. (Voyez J. J. Roche, dans *on livre intitulé: Notices historiques sur les anciens centrons, avec quelques observations sur le passage d'Anoibal. Moutiers, 1819 ). Ce qui a peut-être empêché Tite-Live de s'apercevoir que tt Ile était l'opinion de Polybe, c'est que l'écrivain grec ne donne nulle part le uom de l'endroit précis où s'ef. eclua le passage. Il s'est cependant trouvé des auteurs qui out défendu Tite-Live, et qui ont soutenu que Polybe lui-même avait indiqué les Alpes Cotliennes (voyez Fortia d'Urbau; Letronnc, Journal des Savants, janvier 1819); mais ils ont été rérulés par Deluc dans le même journal, p. 7 57, etsuiv. et dans la Bibliothèque univers, de Genève, (tom. XII. p. 57, 275; XIV, p. 140. Voy. aussi tom. VJ1I,' 457-248; tom. XX. p. 258, 1822), et par Zander, I. Il n'y a pas à en douter; les deux opinions de Poljbe et de TiJe-Live, sont complètement iuconciliables.
Du reste Tite-Live blàmu Cœlius d'a\oir suivi cette opinion, par la raison que ce ne fut pas, dans le pays des Gaulois Libui, mais dans celui des Taurini, qu'Aunibal descendit. Mais de ce que Cincius dit qu'il arriva dans le pa\s des Taurini, il ne s'ensuit pas qu il n'eût pas auparavant traversé d'autres pays. A entendre Polybe, il descendit d'abord chez les Insubres ( LibiHi ) , qui étaient ses allies . et après y avoir campé , il laissa son armée se reposer (M, ch lvl. Alors, il se tourna du coté des Taurins, ses ennemis, et qui auraient pu lui faire un mauvais parti, s'il fût descendu de suite dans leur contrée, avec une armée fatiguée et délabrée; et comme les Taurini furent les premiers qu'il combattit, Cincius finit la rénumération de l'armée (cf. Gibbon, miscell. Works, t. II, p. 185). Joignez à cela que les Sallasses s'appelaient autrefois Taurmi, et toute cette contrée,
le pays des Taurisques Catoo ap. PHn., lit, W\ et ce fut peut-être la la pensée de Cincins. Un autre argument de Tite-Live n'est pas plus solide. Il D'est pas vraisemblable , dit il , qu'alors, il y ail eu un chemin ou* vert pour aller en Gaule par les pays des Salaztes. Caries Salasses, peuplade féroce, ne furent domptés que du temps d'Auguste; principalement par Antistius, Messala et Varron (Freinsbeim. Snppl. CXXXI, 52; CXXXV, 9). Ils avaient, il est %rai, été vaincus par Appius Claudius Pulcher (l'an de Rome 6i\,Supplem., LtII,6). Mais cène rat que longtemps après que la route fut ouverte. Deciniu* Brutus, lorsqu'il traversa les Alpes sur ce point, fat forcé de payer ans Salasses un denier par tête. Il est certain que ce chemin était plus long et peu fréquenté (cf. Zosim., liv. VI, 2; et Beaumont, Description des Alpes , gr. et cott., tom. I, P. I, p. 58). Or, c'est une chose constante, dans tous les auteurs, que le chemin suivi par Annibal fat long et difficile ; qu'il choisit ce chemin , parce qu'il se voulait pas en venir aux mains avec Scipion, et qn'ii aa hélait de se rendre auprès de ses alliés. Tite-Live luimême V, 54, cf., conject. sur les Gesates , dans la dissertation anglaise déjà citée, p. 55 et sq. et Muchar dans le journal Stajer-mœrkische Zeitschrifï fascic, I, p. 28» 1851 ), Ti e-Live. dis-je, a raconté que les Gaulois avaient aussi opéré par là leur passage. Mais ce ne fut que sons Auguste que l'on fit une voie romaine sur ce point ( Strab., 1. c. Bergier, Histoire des grands chemins, p. 104).
Quoique l'opinion de Deluc sur la route suivie par Annibal , ne soit pas adoptée sur tous les points, cependant toutes les remarques qu'il a faites sur les variantes de Tite-Live et de Polybe sont fondées. Il est maintenant reconnu par le plus grand nombre, que la route d'Aunibal , jusqu'au bourg de Montmeillan, est celle qu'a décrite Deluc, d'après Polybe.
L'opinion de Polybe elle-même a été rejetée par Reichard (iVour. Êphémêrid. geograph., tom. VII, p. 56, sq. 1820), et avec plus d'aigreur tout. XIV, p. 410, «824 , où il promet qu'il reviendra sur ce sujet ( Voyez aussi Mannert, Geogr., tom. IX, i . p. 57-42). L'opinion «TArneth, au sujet du Simplon {Wiener Jahrb., 1825, XXIII), est dépourvue de toutes preuves. Elle est réfutée par Zander (Biblioth. criL Hifdes. 1825, p. 54 sq.)
Mais pour le surplus de la route, Deluc abandonné par les savants que nous avons déjà cités, et qui pensent qu'Annibal a francbi le Mont-Cenis (cf. Plalz in Seebodii: ISeues philolog. Archiv., tom. I, p. 110, fsscieul. 9). L'éditeur de Tite-Live (Aug. Taur., 1825, tom. IV), dans une dissertation [de Annibal i s transitu) , suit Deluc et dit qu'il est fâché que l'ouvrage annoncé par M. Walckenaér n'ait point encore paru. A la même époque parut à Londres : Acritiral esumination ofM. Witacktr's Course of Annibal ocer the Alpass cerlained, 1825. L'opinion qui fait passer Annibal par le Mont-Cenis a été soutenue, il y a quelques années, par J. L. Larauza dans son Histoire critique du i assage des * tptspar Annibal, depuis la frontières d'Espagne jusqu'à Turin (Paris, I8i6> ; et par M. de Cazaux, dans un mémoire lu a l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 17 janv. 1828, mais qui n'a pas encore vu le jour. On lit dans les mémoires de Napo léon, par Montholon . que cette opininion était celle de cet illustre guerrier. Qu'il nous suffise d'avoir exposé ici le sentiment de Tive Live , et celui des auteurs d'opinion contraire qu'il a cependant suivis dans son récit.
Tite-Live. bien .ju'il eût embrassé la première opinion et que Polybe eût embrassé l'autre , a empruntée l'hislo-
Hen grec la description de la marche d'Anoibal, soit par respect pour l'autorité d'un écrivain qui avait visité les lieux, soit qu'il ne se fût point aperçu qu'il s'écartait de l'opinion de Polybe. Il traduit, sans presque rien y changer. le combat avec les Allobroges (ch. xxxn, ch. xxxvi), et il n'omet que les détails un peu minutieux de l'auteur grec, sur les distances , sur le nombre de journées, et tout ce qui a rapport a la description de l'Ile. 11 n'a distribué de la mëme.manière ni les jours ni les faits (cf. Mattbia?, ouvrage cite) ; toutefois sur le nombre des jours, il finit par se retrouver d'accord avec Polybe ; enfin il a omis un certain nombre de faits qni ne cadraient point avec son opiniou. Ainsi , cbap. xxxi , après avoir suivi Polybe, jusqu'au g ix, il u'a point ajouté ce qui vient ensuite : qu'Annibal traversa le pays des Allobroges, et que le chef de ces peuples accompagna sa marche. Car Tite-Live avait dit qu'alors Aonibal avait changé de route, et s'était replié en arrière. Plus bas, il ne dit pas (comme Polybe, cbap. l) que les Allobroges l'attaquèrent; mais lorsqu'au cbap. xxxn, il menlioune le fsit . il omet le nom des agresseurs, et dit en géuéral, les Gaulois habitants de ces contrées. Plus bas . au lieu de dire les Allobroges, il se sert du mot montant, soit qu'il ait voulu par ce mot exprimer la configuration de leur territoire; soit qu'il ait voulu dire qu'ils s'appelaient Montani (cf. Pline, 111, 20. qui place les Montani dans le voisinage des Alpes cottienues). Enfin, Tite-Live a ajouté plusieurs détails qui ne peuvent eu aucune façon se concilier avec le récit de Polybe; mais qui se trouvaient consignés dans les auteurs qui avaient embrassé une autre opinion. C'est pourquoi il a écrit qu'Annibal ai ait fait un détour en arrière par le pays des Tricastins, des Tricoriens , des Vocontiens , qu'ensuite il passa le Durance . détails qui sont tout à fait opposés au récit de Polybe. Vieni ensuite la description du fleuve, et, si cette description n'a pas été exagérée par Tite-Lhe, comme plusieurs critiques , et entre autres Folard (IV, p. 90), l'ont pensé, il faut admettre que l'auteur qui le premier a fourni ces données, a eu en vne un endroit plus rapproché d'Avignon , là où le fleuve est plus large. Enfin , ce qu'il a dit du froid extraordinaire, etc. (ch. xxxn, cf. Deluc, p. 206), ne se lit nulle part dans Polybe. Mais il s'efforce, par plusieurs raisons qu'il donne, d'expliquer certains détails qu'il emprunte à Polybe, et qui s'adaptent mieux au »y»tènie de cet historien qu'au sien propre. Par exemple, ces paroles du ch. xxxi : Aon quia rechor ad Alpes ria esset. Or le chemin était réellement plus direct d'après le récit de Polybe , et comme ni les distances , ni le nombre des jours donnés par l'auteur grec , ne pouvaient couvenir à ce chemin plus court qu'il fait suivre à Annibal, Tite-Live a ajouté (chap. xxxv ) qu'Annibal, trompé par ses guides, s'était égaré; mais des Gaulois avec Magile lui montraient le chemin (cbap. xxix; il le répète cbap. xxxu, voyez aussi Polybe), et il n'est pas vrai se'tiblable qu'ils l'aient trahi , puisque eux-mêmes et leur nation lui restèrent toujours dévoués dans la suite.
11 y a en outre quelques détails qui se lisent aussi dans Polybe, mais que Tite-Live raconte plus au long en suivant d'autres écrivains ; comme ce qu'il dit de Brancus , an chapitre xxxi. Après re passage intercallé par Tite- Live, de telle façon que la route indiquée par Polybe s'en trouve entièrement changée, il continue à suivre Polybe, quoique d'après celui ci Aunibal fût à Vienne et, d'après Tite-Live sur les bords de la Durance. Au chap. xxxn , à pirtles changements que nous avons signalés, tout est tiré de Polybe, et ne convient nulemeot à la
narration de Tite-Live, par exemple le iter campestre , à partir de la Durance, etc. (voyex Deluc, p. 216, sq , et Abauzit, p. 158). Au chapitre xxxvi , traduit pour tout le reste de Polybe, il diffère complètement de l'historien grec, en ce que, dans celui-ci , le chemiu est reudu impraticable pendant l'espace de 938 pieds par des abattis d'arbres liÇotxo^ojxtîv) , tandis que dans Tite-Live, le sol s'était affaissé de mille pieds de pro'ondeur, et que le précipice est adouci au moyeu de chemins pratiqués à travers les rochers, à l'aide du feu , du vinaigre et du fer. Buroet a , suivant son usage , traité ce sujet à fond (Monboddo : Origin and progrès* of language, V, p. 218) et il a été ensuite réfuté par Deluc, et par les auteurs de la dissert, anglaise déjà citée. Je ne pense pas qu'il y ait ici erreur et invention de la part de Tite-Live ; quoique le récit ne cadre pas avec l'emplacemeut décrit par Polybe et par Tite-Live lui-même, d'après Polybe. Mais, afin d'expliquer l'opinion si brièvement exprimée par le mot iÇwxo&fMiot, dans Polybe . Tite-Live parait avoir pris dans un autre auteur tout ce détail, peut-être dans un de ceux qui conduisaient Annibal par les Alpes Penuines. Car là on montre encore aujourd'hui un rocher qui, dit- on, fut brisé par Annibal, et sur lequel il avait gravé quelques lettres (Grosley, Mémoires sur l'Italie, tome II, p. 41), et Appien dit que cette route est appelée le passage <T Annibal (voy. Theat. Sabaud. v. via Annibalis, transitas Annibalis; et Chr. de Loges, Essais historiques sur le grand Saint- Bernard, 1789, p. 59).
Il est donc démontré par tout ce qui précède que Tite- Live , pour tout ce qui concerne le passage des Alpes par Annibal, n'a pas toujours use d'une critique assex sévère, au milieu des opinions différentes des historiens, etqu il a parfois mal à propos, amalgamé des récits contradictoires.
Au ehap. xxwm, ces mots ut quidam auctores sunt doivent s'appliquer à Polybe. Ces autres mots qui minimum, s'appliquent aussi à Polybe (III, 55-56), mais je ro'étonue que Tite-Live n'ait pas tenu grand compte de la table Lacinienne, qu'Annibal lui-même avait placée (liv. XXVIII, 46) sur le promontoire d'Italie appelé aujourd'hui cap de la Colonne {copo délia colonna). Il mentionne les opiuions de Cœlius et d'autres écrivains, et il les juge. Il *e .sert aussi du témoignage de Cincius en cet endroit , mais je doute fort qu'il l'ait bien compris. Dans tout ce qui suit, il est d'accord avec Polybe. C'est au même auteur qu'il doit plusieurs tiaiîs des harangues d'Annibal et de Scipion, traits qu'il a éteudus et développés; mais il s'est aussi servi d'autres auteurs, de même que Polybe avait lui-même sous tes yeux les harangues rapportées par les autres écrivains (111, 64).
Au chap. xui , il a abrégé le récit de Polybe ; au cbap. xlv, l'envoi de Maharbal , le sacrifice d'Aunibal , le serment prêté à la manière des Romains, et au commencement du ch=»p. xlvi , les prodiges qu'il raconte , tout cela est tii é d'autres annales. Puis, vient la description du combat, traduite de Polybe; quant au cousul sauvé par son fils, à la fin du chapitre, il tire ce fait d'autres auteurs, parmi lesquels il nomme Cœlius , en rappelant leurs variantes à ce sujet.
Au chap. xlv il, ce n'est pas Polybe qu'il suit de préférence. 11 nomme Cœlius; mais il réfute son opinion, soit par le témoignage d'auteurs auxquels il accorde plus de crédit [potiores apud me auctores), et Polybe est de ce nombre , soit par la nature même du fleuve , qu'il connaissait pour l'avoir vu.
Au-chap. xlviii, il traduit Polybe , quoique l'auteur grec cependant raconte pins au long le carnage que Orent
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
des Romains les transfuges gantois. A la fin dn chapitre, il tire d'autres auteurs le récit de ce qui se passa auprès de Clasiidium, et (chap. xux, p. 51) les faits et gestes de Sempronius. il diffère de Polybe, eu ce que celui ci rapporte que l'armée fut conduite à Ariminum, par terre; tandis que lui-même la fait venir par mer Dans Polybe , les légions se reudentà Ariminum, par terre, en quarante jours , en pansant par Rome (chap. lxvhi) ; et le même auteur, avant que de décrire le combat du Tésin, expose que Sempronius avait été rappelé par les lettres du sénat (111,61/. M. Lachmann pense que la plupart de ces détails. ont été pris dans Cœlius , parce que c'est lui que Tite-Live a le plus souvent consulté dans ce livre, et qu'un passage semblable de Cœlius, existe dans Charisius (II, p. 187, Putsch).
Des ebap. lii-uv, tout est presque entièrement tiré de Polybe: cependant Tite-Live a omis tout ce que Polybe a dit à la louange d'Annibal. Il y a ajouté quelques réflexions de Sempronius , et fait parler directement Anuibal avec Magon.
Aux chap. lv et lvi, en décrivant la bataille de la Trebia , il suit complètement Polybe ; il y joint quelques détails pris ailleurs sur les Cénomans, et d'autres plus nombreux sur les éléphants. Tout le reste , sur le nombre des troupes , sur l'ordre de la bataille, est puisé dans Polybe. 11 omet ensuite (chap, lvii) ce qu'on lit dans Polybe, que, d'abord Tibérius trompa le sénat par une nouvelle fausse, et il décrit parfaitement , selon sa coutume , le trouble que cause dans Rome la nouvelle de la défaite. Il parle des Comices à la même du te que Polybe ; mais il ne dit rien des renforts envoyés en Sardaigne et en Sicile , et des secours fournis par Uiéron.
Tout ce qui est dit, du chap. lvu au chap. lix, sur les expéditions d'Annibal pendant l'hiver, du pillage cruel de Victumvies , du combat avec Sempronius, est pris ailleurs que dans Pol)be. Il embellit ces faits à la manière des poêles ( chap. la m j , et n'est point d'accord avec Polybe en ce qui concerne les élépbauts. (Voy. Polyb. III , 74, cf, 79.) Quant aux événements d'Espagne, que Polybe a racontés immédiatement après le tenue des Comices (chap. lxxv et lxxvi», il les traduit (ebap. lx et lxj, dimid.) de Polybe , avec quelques légers changements ayant pour objet d'expliquer les laits.
Depuis la moitié du chap. lxi, sur les actes d'Asdruhal, sur la défaite des llergétes, des Ausétans, des Lacétans, par Scipion, jusqu'à la fin du chapitre, il extrait un autre écrivain , qui avait écrit sur les événemeuts d'Espagne, et Becker (p. 62) a prouvé qu'on pouvait douter de la véracité du récit.
Au ebap. lxii, le récit des prodiges est dû aux auteurs latins. Au ebap. lxiii, on ne lit rien dans Polybe de ce qui a trait au consul Flaminius, et Becker \p. 86, et suiv.) a démontré que tout ce qu'en dit Tite-Live est controuvé. Ici, notre auteur a été trop empressé de croire Fabius Pietor, qui lui a servi de guide.
Tout ce qui précède est emprunté à la deuxième dissertation de Laclimann , de Fontibus Tili Ltvii. J'ai cru ne pas devoir disséminer , comme je l'ai fait jusqu'ici , a chaque chapitre , les savantes observations de cet auteur, afin qu'on pût mieux juger des rapports et des différences qu'offrent le récit de Pohbe et celui de Tite Live. Nous renvoyons an chap. xxxvm l'extrait promis dans la préface de la dissertation inédite de M. luibert Desgranges sur le passage des Alpes par Annibal.
Cbap. I. — Ptrftcto afrho bello. C'est cette tirrtbh guerre des Mercenaires, qui éclate d'une manière si socdaine , au sortir de la première guerre punique , soulève toute l'Afrique contre l'odieuse domination des Carthaginois et les réduit à leurs propres murs. Le danger fat si grand qu'il réconcilia un moment, pour la première foi», les deux factions rivales des Barca et des Hannon. En cette extrémité Carthage fut obligée de se jeter dans les bras d'Uamilcar , qu elle accusait d'avoir allumé cette guerre par ses promesses exagérées , et auquel , en d'autres circonstances, elle eût réservé peut-ébe un autre sort. Hamilcar. après avoir vainement tenté de ramener les rebelles par sa modération , en extermina plus de soixante mille en trois rencontres successives ; ce qui mérita à cette guerre le nom d'inexpiable.
Cbap. II. — Per quinque annos. Il ne faudrait pas croire , comme semble le faire entendre Tite-Live , que cette guerre ait durée cinq années. Polybe (I, 88), qui mérite toute confiance à cet égard , dit qu'elle dura trois ans et quatre mois i5 15-51 6). Il Tant donc comprendre dans ces cinq années tout le temps du séjour d'Hamilcar en Afrique, c'est-à-dire l'intervalle qui s'écoula depuis h fin de la première guerre punique , jusqu'au passage du général cartbagiuois en Espagne.
Ibid.— Flore œtatis, uti ferunt, Hamilcori conciliatns. Polybe ne dit rien qui puisse venir a l'appui du repro* be que Tite-Live semble faire ici à Hamilcar, et qu'il va bientôt (cbap. m) reproduire plus nettement par la bourbe d'Uannon. Corn. Nepos (H ami le. , 51) fait allusion aux bruits peu honorables dont le général carthaginois avait été l'objet : c Erat prsterca cum eo adolescens illustris, « formosus; quem nonnulli diligi turpius, quam par erat, • ab Uamilcare loquebantur. »
iBin. — Fartionis Barrinœ. Le sénat de Carthage était divisé en deux partis toujours hostiles par les deux familles des Hannon et des Barca. Ceux-ci , qui donnèrent à Carthage ses plus grands généraux, étaient soutenus par le peuple; ceux-là, généraux inhabiles et administrateurs âpres au gain, avaient pour eux les financiers, les marchands , tout ce qui faisait fortune et s'occupait de négoce à Carthage; et ce n'était pas le plus petit nombre. L'opiniâtreté de leur haine semblerait indiquer plus qu'une rivalité d<? familles , peut-être une rivalité de races. Les Barca, comme l'indique d'ailleurs l'origine africaine de leur nom, paraissent représenter par leur génie' militaire le caractère ardent des indigènes, des Numides; tandis que les Hannon, les vrais Carthaginois, comme* dit M. Michelet, représentent plutôt le génie avide et mer* cantile de la race phénicienne. Quoi qu'il en soit, cette rivalité, qui joue un très-grand rôle dans l'histoire de* Carthaginois fut peut-être le ?alut de Rome , et certainement une cause puissaule de ruine pour Carthage.
Ibid. — HospUiis regulorum m agis. «... d'hospitalité formés avec les petits rois d'Afrique. • Pourquoi les rois d'Afrique, comme a traduit aussi M. Dubois, éd. Panckoucke? Tite-Live ne ledit pas, non plus que Polybe, qu'il reproduit ici textuellement. Car, après avoir dit (II, 56). qu'Asdrubal dirigea pendant huit années les affaires d'Espagne, Polybe ajoute qu il agrandit la domination de Carthage, eux, wtca ^ l * T ** v toXijucûv fy")f wv » •*? &«tî£ wpô; xw; £uvot<JTaç épiXiac. Ce qui s'applique évidemment aux chefs des peuplades espagnoles. Voici d'ailleurs un passage de Diodore (éd. WesseUng. II, p 51 1) plus concluant: «pr^a; £s fovaî/.a - r ~* fcj^aTtyaÊaovXiw*
l&ipoo x*i orc© irâvTwv tô>v i€rip<t>v àvtrfoptOôï) oTpaTtrfb; a&TGxpfltrcap. « Asdrubal époasa la fille d'un roi espagnol et fut proclamé chef suprême par tous les Espagnols. • Ce passage, qui met hors de doute les relations intimes d' Asdrubal avec les rois espagnols, ne prouve pas, il est vrai, qu'il n'en ait pas entretenu aussi avec les rois d'A r rique. Il est même assez naturel de penser qu'il dut conserver celles qui existaient déjà entre ceux-ci et la famille Barca, et en former de nouvelles. Mais au moins fallait- il laisser au teite toute sa latitude et ne pas exclure les rois espagnols dont il s'agit peut- être uniquement ici. Car Asdrubal était depuis fort longtemps en Espagne ; il y était Tenu avec Amilcar , il y resta pendant les neuf années du commandement de ce dernier , et enfin , commanda lui-même pendant huit années. Ce long séjour lui permit difficilement d'entretenir des relations personnelles avec les rois d'Afrique, ce qu'il put faire avec ceux d'Espagne. Il avait d'ailleurs un bien plus grand intérêt à s'assurer l'amitié des chefs de ce pays , s'il faut croire ce que rapporte Fabius iPolybe, III, 8); qu'après avoir vainement tenté de changer à son profit la constitution politique de sa patrie, il pensait à établir en Espagne une domiuatioo indépendante de Carthage. Polybe nous le montre aussi se plaisant a être salué du nom de roi, par les Espagnols ; se bâtissant à Cartbagène un magnifique palais, et déployant enfin tout le faste de la royauté.
Cbap. III.— Prœrogativam militarem, etc. Cette nomination du chef par les soldats était une irrégularité dans la constitution de Carthage. C'était d'ordinaire le conseil («Ytpovria) qui procédait le premier au choix des généraux ; et son choix était soumis ensuite à l'approbation du sénat et du peuple. Quelquefois aussi l'armée proclamait son général, et cette nomination irrégulière était tolérée, mais devait cependant être confirmée par le peuple, comme nous le \ oyons en cette occasion et comme on peut le voir dans Potjbe (liv. III, chap. xui : 'Açuouivm; Si tyj; àfyeXîot; U tûv ffTparoirt'&ûv, on cujx€*ivei tô; âuvocuet; o(x&ôuaot^ôv ippviodot erpam^bv 'Awiêav, 7?ap%u-îxa auvaôpoîaavTsç tôv &riiL6v,at •pcijtfpxupiaviir&itiaav ttjv tu»v <rrpaTcw€^wv atourtv. « Dès qu'on apprit à Carthage , que l'armée avait proclamé Annibal d'un consentement unanime, on réunit lur-le-champ le peuple eu assemblée et il ratifia tout d'une voix le choix des camps. »
Toutefois il semble que ce contrôle du peuple n'était qu'une pure formalité , qui donnait à ces nominatious, une apparence légale, et il est peu probable qu'elles aient jamais été annulées.
Ibid. — Vixdum puberem. Annibal était alors plus que pubère: Tite-Live se trompe à cet égard et se contredit lui-même. Sans chercher à concilier ses contradictions, on peut à l'aide de son témoignage , rétablir les faits. Selon lui, c'est à l'âge d'environ neuf ans qu' Annibal vienten Espagne pour la première fois ( annorum ferme norem , XXI, chap. i); et c'est après la mort de son père, qui resta à la tête de l'armée pendant neuf années {deindenovem unnis, chap. u), qu' Asdrubal, qui commanda ensuite près de huit ans (orto ferme annos, ibid.), le rappelle en Espagne. Or, toujours selon Tite-Live, Annibal servit trois ans sous Asdrubal ( triennio sub Asdntbale meruit , chap. \\) ; ce qui place sou retour en Espagne à la cinquième année du commandement de celui-ci. Ces cinq années ajoutées aux dix huit ans qu' Annibal pouvait avoir à la mort de son père, nous donnent vingt-deux ou vingttrois ans. Cet âge, qui s'accorde beaucoup mieux avec le récit que nous fait Tite-Live de la vie laborieuse d' Anni-
bal pendant ces trois années , a l'inconvénient fort peu important, de faire tomber les accusations d'Hannon (chap. m), dont toute la valeur historique se réduit dès lors à une phrase de Tite-Live. Peut-être faut-il croire que notre historien n'a fait Annibal si jeune que pour rendre plus vraisemblable les accusations qu'il met dans la bouche d Hauuon.
Cbap. IV. — Kihil prolatandum ratus , etc. Peut-être faut-il donner un autre motif à l'impatience d'Anoibal. Nous voyons dans Appien, qu'après la mort d'Asdrubal , le parti d'Hannon , quelque temps contenu par la gloire militaire d'Hamilcar, et ensuite par la popularité d'Asdrubal , prenant sans doute en grand mépris la jeunesse d' Annibal , releva la fête de toutes parts et reprit bientôt le dessus. Quelques-uns, d'entre les partisans des B irea . furent poursuivis et exilés à raison de leurs fonctions , et leurs actes furent annulé». Annibal voyait où tendaient tous ces coups , il se sentait frappé dans la personne des hommes de son parti. Comprenant que l'éloignement où il avait toujours vécu de Carthage ne lui permettait pas de reprendre la prépondérance dont ses ennnemis étaient en possession , enhardi d'ailleurs par son influence sur l'armée, il eut recours au seul mojen qui lui restât de se rendre nécessaire, et résolut de jeter les Carthaginois dans de tels embarras, qu'ils ne songeassent plus désormais à l'inquiéter lui et ses partisans. Voilà pourquoi il s'engagea si résolument dans cette guerre où Carthage avait plus à perdre qu a gagner, et qu'il prévoyait bien devoir être décisive pour l'uu des deux peuples, sa us qu'il se dissimulât toute la supériorité que donnait à Home la force de sa constitution , pour une lutte de longue durée. Mais il prévoyait que la lutte serait longue, et n'en demandait pas davantage. 11 combattait pour combattre; faisant désormais des camps sa patrie , sa vie de la guerre, et espérant la prolonger assez pour que l'une ne se terminât pas sans l'autre. Si le résultat était favorable, il pouvait se flatter d'obtenir assez d'aufonlé pour n'être plus à la merci des marchands de Carthage.
Appien raconte qu'une nuit, après la bataille de Cannes , Annibal, accompagné de deux ou trois cava iers, dirigea sa course vers Rome , et s'élant arrêté à une faible distance, considéra quelque temps et en silence les remparts de la grande ville, écouta les rumeurs qui s'en échappaient, puis retourna à Capotie, comme ne voulant pas mettre de si tôt un terme à cette guerre.
Ibid. — Ea gens in parte magis quant in ditione Carthaginiensium erai. Il semblerait d'après le traité qui donnait l'Ebre pour limite respective aux deux peuples , qu'ils fussent maîtres de la partit: de l'Espagne qu'ils se réservaient; mais il n'en était pis ainsi. Car les Romains ne possédaient rien, ou presque rieo, en deçà de l'Ebre , puisqu'ils n'y entretenaient aucunes troupes , comme le remarque Caton, dans le discours à son armée (XXXIV, 15). Au delà de l'Ebre, un grand nombre de peuplades ue reconnaissaient pas la domination des Carthaginois. C'est pour cela que Tite-Live dit des Olcades , qu'ils étaient dans le lot des Carthaginois, plutôt que dans leur dépendance.
Cbaf. V. — Hermandira et Arbocala urbes, vi captœ. La traduction ne s'accorde pas ici avec le texte et conserve le mot Carteiorum qui se trouve dans plusieurs éditions, et que l'on a ici supprimé très justement avec Glareanus, Sigonius, Gronoveet Drakenborch. Deux manuscrits donnent en effet Carthorum et non Carteiorum; mais U faut lire horum ou illorum (Vaccawrum) , si l'on
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
n'aime mieux supprimer ce mot sur l'autorité d'un troisième manuscrit. Polybe d'ailleurs , qui doit servir de guide pour toute cette décade , attribue pon Hivernent ces Tilles aux Vaccéens ; Etienne de Bysance suit à cet égard Polybe, et la narration de Tite-Live n'est pas contraire à cette leçon.
Hermandica ou Helmandica , dont il est ici question, paraît être Salamanque de la province de Léon , malgré l'opinion contraire de M. Lemaire.
CaiP. VI. — Consules tune Roma erant , etc. C'est une erreur de Tite-Live. Les consuls de cette année étaient L. Veturius et C. Lutatius. (Voir la note du chap. xv.)
Cbàp. VIIL—Fa/orica erat Saquntinis. Voy. J. Lipse, Poliorc. V, pour la description de cette arme.
Cbàp. X.—Annibalis nonoperœ esse, etc. Dans Polybe (III, 15), Annibal reçoit les députes de Rome ; mais c'est à Carthagène, au retour de son expédition contre les Vaccéens et avant le siège de Sagonte.
Cbàp. XIII. — Inermes cumbinis vestimentis. Tite-Live adit plus haut {chap.m),cumsingutis vestimentis. J. Lipse ne doute pas qu'il ne faille Vire pri vis au lieu de binis. Tite- Live emploie cette eipressiou en plusieurs endro : ts (liv. VII, 37), inprœsentia singulis bubus, binisque privis tunicis donati ; et encore (liv. XXX, chap. xliu) : ut privos lapides silices, prirasque verbenas secum ferrent. Cependant tous les manuscrits s'accordent pour donner oinis. Faut-il croire avec Drakenborch qu' Annibal se serait relâcbé de la sévérité des conditions qu'il avait d'abord imposées , et qu'il aurait consenti à y apporter quelques adoucissements, dont Alorcus se serait fait l'interprète auprès des Sagontins. Si la seule concession faite consistait dans la liberté d'emporter un vêtement de plus , l'adoucissement était bien faible et ne justifierait guère la démarche d' Alorcus. Mais nous voyons que cette fois , il n'est pas parlé de restitution à faire aux Turdétans, et en outre, qu'on leor laisse lenrs champs, qu'on promet aux assiégés , que leurs personnes, leurs femmes et leurs enfants seront respectés; ce qui n'est pas exprimé dans les premières conditions. Fa conjecture d'une modification apportée à ces conditions peut donc très-bien se soutenir ; et l'objection tirée de ces paroles d'Alorous, au commencement de son discours : Je ne viens point au nom d' Annibal, nec orator Annibalis: cette objection tombe devant ces mots dn ebap. précédent: Se pacis ejus interprètent fore pallie etur. D'ailleurs les paroles d'Alorcus peuvent très bien passer pour un moyen oratoire tout à fait dans la circonstance.
Cbap. XV. — Quidam scripsere. Polybe, entre autres , qui réfute (III, 55) l'erreur de ceux qui placent sous le consulat de Sempronius et de Scipion, le siège de Sagonte, et la première députation des Sagontins, à Rome. C'est cette opinion erronée qu'adopte Tite-Live en s'éloignant fort mal à propos des traces de Polybe, qu'il suit d'ordinaire de si près. De son propre aveu, on comprend difficilement que tous les faits accomplis depuis le commencement du siège de Sagonte , jusqu'à la bataille de \\ Trcbia , puissent s'entasser en une seule année , et il essaie vainement de concilier son opinion avec les faits. D'après Polybe ( II f, 15 et suivants), c'est sous le consulat de P. Cornélius et de M. Minucius, qu' Annibal prend le commandement en Espagne, et fait une expédition contre les Olcades. L'année suivante, sous les consuls L. Ve turius et C. Lutatius, il dompte les Vaccéens et les Carpétans ; Sagonte envoie des députes à Rome, et Rome à Annibal. A L. Veturius et C. Lutatius succèdent II. Li-
vius et L. ASmilius ; c'est alors que Sagonte est assiégée et prise, qu'une nouvelle députation est envoyée de Rome à Carthage pour demander Annibal ou déclarer la guerre. Enfin, sous le consulat de P. Cornélius Scipion et de Tib. Sempronius Longus, Annibal soumet toute l'Espagne jusqu'aux Pyrénées, se fraie une route à travers la Gaule jusqu'aux Alpes , et passe en Italie.
Nous voyons , en outre , dans Tite-Live ( chap. xxi ), qu* Annibal, après avoir passé tout l'hiver à refaire sua armée, partit au commencement du printemps. Ce qui place son départ de Carthagène à peu près au moment de l'entrée ei charge des nouveaux consuls (aux ides de mars ). et fait remonter la prise de Sagonte à la fin de Tannée précédente. Ainsi, Tite-Live lui-même vient confirmer, sur ce point, le récit de Polybe qui s'accorde trèsbien avec les faits, et mérite plus de confiance , puisque , s'il faut en croire son propre témoignage, il aurait consulté pour cette partie de l'histoire d' Annibal, les tables d'airain du promontoire de Lacinium.
Cbap. XVII. — Et mille octingenti équités. Le mot mille manque dans tous les manuscrits. Cependant il est absolument nécessaire. Car la légion se composait de quatre mille fantassins et de trois cents cavaliers , comme nous le voyons quelques lignes plus loin {ea quat.Tna millia erant peditum. et trecenti équités). Les six légions devaient donc former un total de vingt-quatre mille fantassins et de dix-huit cents cavaliers.
Cbap. XXI.— Herculi vota exsolvit. C'est aussi sur les traces d'Hercule, œmulus itimrum Herculis, ut ipse fert (cbap. xli), qu'Annibal franchit les Pyrénées et s'engage dans la Gaule ; c'est en sa présence et sous sa garantie que plus tard il conclut un traité avec le roi de Macédoine. Melcarth , assimilé à l'Hercule des Grecs , était en grand honneur à Carthage, où son culte avait été apporté de Tyr, dont il était le dieu tutélaire. Des députa tions solennelles, des théories, allaient, chaque année, à Tyr, offrir des sacrifices au Dieu national de la métropole (Justin, XVIH, 7). Le lien religieux subsistait encore entre les deux cités après tant d'années et des fortunes si diverses. Aussi les Carthaginois, qui en connaissaient tonte la puissance , en firent-ils un de leurs principaux moyens de colonisation. Partout où pénétraient leurs vaisseaux, où s'établissaient des comptoirs pour leur commerce , s'élevaient aussi des autels aux dieux de la mère-patrie , à Melcarth surtout. D'ailleurs, il n'était pas inconnu dans tontes ces contrées où il avait pénétré sur les pas des Phéniciens qui avaient partout précédé les Carthaginois et leur avaient préparé les voies. Son culte était, en outre, singulièrement favorisé par ses nombreuses analogies, sinon son identité avec l'Hercule grec, qui n'est autre que l'Hercule égyptien , dont Melcarth est probablement le type et l'idée mère. C'est le même dieu qui a seulement revêtu la personnalité de chaque peuple. L'Hercule tyrien est un navigateur intrépide, un voyageur infatigable, comme le soleil, dont il est le symbole, de même que l'Hercule grec est le symbole de la force avec laquelle il accomplit tous ses exploits.
Son temple a Cadix (selon Strabon, m, p. f 17, il n'était pas a Cadix même , mais à douze cents pas de la ville ), son temple était vénéré de tous les peuples de l'antiquité; et de tous les pays , de Rome même, on y venait former des vœux. Ses richesses et ses ornements furent très-utiles A César (Bell, civil., II, 18). On y mon* trait surtout deux colonnes d'or et d'argent (d'airain selon Strabon ) , qui donnèrent , dit-on , naissance à la fable de
deux colonnes d'Hercule. Elles étaient couvertes d'inscriptions phéniciennes, ce qui confirme la tradition qui attribue la fondation du temple aux Phéniciens. Arrien {Exped. Alex., II, 16) et A ppien (Hisp., chap. u) , rapportent même que de leurs temps encore . le coite y était célébré selon le rite phénicien.
Cbsp. XXU. — Libyphœnices (mixtitm pnnicum Afris genus). L'influence des mœurs et de la langue puniques, s'était répandue fort inégalement parmi les peuples de l'Afrique soumis à la domination de Carthagc , et n'avait pas pénétré , à beaucoup près , aussi loin que ses armes. Sur une grande partie de son territoire, elle n'exerçait guères qu'une suzeraineté nominale, comme le prouvent les sénateurs qu'on envoyait pour traiter de la levée des troupes et des conditions du service militaire, et en outre la facilité avec laquelle ces peuples se séparaient de sa cause, toutes les fois qu'elle était obligée de se défendre sur son propre territoire, comme on le vit dans la guerre des mercenaires, et dans les gnerres avec les Romains. Il faut excepter cependant le littoral, dont elle occupait les points principaux et snr lesquels elle avait fondé des villes considérables. C'était par leur intermédiaire qu'elle commerçait avec le* peuplades de l'intérieur. Mais ces relations commerciales , restant concentrées sur ces points , n'avaient pas l'influence qu'elles ont d'ordinaire.
• Les tribus placées au sud et à l'ouest de Carthage, dit M. HefRB* ( Politique et commerce des anciens. 1. 1 V, p. 41 de la tr. fr. ). restèrent les plus pures de tout mélange, et ignorant jusqu'à la langue punique, elles semblent avoir parlé différents idiomes < voyez Polybc, I, P. 168). Il n'en fut pas de même à l'est, pour le littoral |si l'on excepte les villes qui étaient entièrement carthaginoises], depuis la capitale jusqu'à Byxacium, où les habitants se confondirent tellement avec les Carthaginois, qu'ils donnèrent naissance à un peuple connu sous le nom de Liby phéniciens, occupant la partie la plus riche et la plus fertile du pays, et distinguée souvent des Libyens proprement dite (Polybe, I,p.458). • Diodore (11, p. 447) distingue expressément quatre espèces d'habitants sur le territoire carthaginois : les Phéniciens, parmi lesquels il comprend à tort les habitants des villes littorales ; les Libyens on indigènes; enfin les Nomades. TtrrapaTYiv Ai&nv <Wàt,?e -jâ'vn, <I>Givtxt; pùv, ot tt.v Kapyy^cva tots xarotxcûvtic' Ai€u?owtxs; 8i -rroXXà; cy.ovrt; iroXat; «iuô<xX*t. ziatç, xol xoivwvoûvte; toïç KapxtJ&>viGiç i^OL^xaJt, etc.
ïbid.— Parva llergetum m anus ex Hispania. Schweig baroser (sur Polybe, III, 53 ) s'étonne avec raison de voir figurer au milieu de cette énumération de troupes africaines, des cavaliers espagnols et en aussi petit nom bre ( deux cents ) ; d'autant plus que ce peuple habitait au delà de l'Ètare , entre les Pyrénées et ce fleuve, et ne fut soumis que plus tard par Annibal. Plusieurs manuscrite de Polybe, que Tite-Live traduit ici , donnent Aip-pnrwv et non 'iXEp-prràv; ce qni fait soupçonner à Schweighsuaer que c'est le nom, corrompu peut-être, de quelque peuplade africaine, dont les écrivains anciens ne font aucune mention , et dont Tite-Live, trompé par la ressemolance du mot . aurait fait le peuple espagnol, connu sous le noiud'/Zeroèfes. Cette conjecture, qu'il est impossible de vérifier quant au mot en lui-même , parait hors de doute pour le point de fait . qui semble résulter implicitement au moins de la phrase de Polybe.
Chap. XXV. — Triumtiri Romani qui ad agrum vénérant assignandum. Voyez la note snr la chap. i dn I. III, p. 805. Les colonies dont il est ici question, Placentiam
Cremonamque colonies sn agrum galHatm deductas, furent conduites, selon le témoignage de Polybe (1. III, ch. xl), an commencement du consulat de Publ. Scipion et de Tib. Sempronins. Il parait toutefois qu'elles avaient été décrétées auparavant , et que la nouvelle qu' Annibal avait passé l'Èbre en fit héter le départ : earrjaav tVi reXoc àfafcîv rà xarà tÔç âircixia; à; &n rcpoTepov -foav t(; TaXartav àiro<m'XXeiv irpoxex"? 1 ^"- 6 '* 01 ( Pol>bc, ibid.). Os colonies devaient servir à la fois à arrêter les Carthaginois et à contenir les Gaulois qui s'agitaient. Files étaient établies sur les ri?es opposées du Pô. On s'empressa donc d'en préparer l'emplacement, de construire des remparts; les travaux furent poussés avec activité, et il fut ordonné s tons les colons, an nombre de six mille pour chaque ville , de se rendre sur les lieux dans un délai de trenlc jours. ( Voyez Polybe, i6id. )
Quant aux deux triumvirs, dont le nom est incertain, Drakenborch fait observer avec raison que ce ne poovait pas être P. Cornélius Asina et C. Papirins Maso. Car, suivant Polybe ( ibid. ), parmi les triumvirs nn senl était consulaire, les deux autres avaient été seulement préteurs. Or, d'après les fastes capitolins , tous deux avaient été consuls; Cornélius Asina, trois ans, et Papirins Maso, treize ans auparavant.
Cbap. XXV. — rd quoquedubium est, Ugati. etc. Tite- Live distingue les triumvirs et les députés. Polybe (III, 40) ne fait pas cette distinction. Suivant lui ce sont les triumvirs qui, en Termes à Mutine, demandent à entrer en pourparlers. Les Boiens y consentent, et s'emparent des triumvirs venus pour conférer avec eux. Tite-Live luimême parle des triumvirs à Muliue (XXVII, xxi), et ailleurs encore des triumvirs pris parles Boiens, près de Tiinetum (XXX, xix).
Chap. XXVI. — LinfriMitOTie temere ad vicinalemtisum paratamm. Le seus de cette expression est expliqué dans Polybe ( III, ch. xlii ) : Xé{x€oo; Ôvraç îxavco; tw itXtjOh, £tà to rat; ix Tri; ôaXàrnn; t*p.770ptt'ztç tcoXXcù; xp^* 1 t£v wapcixoûvTMv tôv 'Po^avôv. Ces barques ne servaient donc pas simplement à établir la communication entre les deux rives pour laquelle un si grand nombre {magna ris), ne serait pas nécessaire, mais plutôt au transport des marchandises venant de la mer, et dont ces peuples faisaient un grand usage.
Chap. XXVIII. — Vitro vimfacere conati. La traduction n'est pas ici conforme au texte, et a suivi de préférence l'édition Lemaire. La chose est ici sans importance, parce que cette variante n'influe pas essentiellement sur le sens; mais, comme les opinions sont partagées sur deux leçons, il eût été bon de mettre d'accord le texte et la traduction.
La leçon du texte, ultho rim facere conati. est la plus ordinaire. Elle a été conservée par Drakenborch. Celle de la traduction , ltroque rim facere conati , fort acceptable en tons points, est donnée par un manuscrit. Elle a été adoptée par Gronove et l'édition Lemaire.
Casp. XXXI. — /W hara Rhodanusque. Les anciennes éditions portent Arar (la Saône) Rhodanusque ; ce que sous beaucoup de rapports on ne peut admettre. Voyex Drakenb. sur ce passage de Tite-Live. et Schw eighaeuser, sur Polybe, III, 50.
Ibio. — Saxa glareo*a. Ce mot a embarrassé les commentateurs. Fredr. Gronove corrige so.ro glareasqvei correction qui peut s'appuyer sur Cdumelle ( VI, 25 ; :
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
« Stabula sunt optima saxo aut glarea strala. • Et ailleurs, lib. de Arbor., cb. xvu, in imam scrobem lapidem glareamque abjicere. M. Irabert Desgranges, dans le mémoire dont nous donnerons bientôt nn extrait (ch. xxxvm), ▼oit, dans les saxa glareosa, des variolithes, genre de pierres qu'on ne trouve que dans la Durance.
Cbap. XXXI. — Ad lœvam in Tricastinos flcxit. Ce passage a tourmenté plusieurs interprètes qui, avec pleine raison, ne peuvent concevoir qu'An ni bal se détourne sur la gauche, quand réellement il marche sur la droite. Les uns y ont vu ignorance grossière, ou simple inadvertance de la part de Tite-Live, d'autres, une corruption de texte, amenée par le temps ou par les copistes. Glarea nus substitue, sans hésiter, ad dextram; Juste-Lipse, sans s'écarter autant de la lettre, corrige a tœva. Le premier ne voit d'autre moyen d'expliquer ad lœvam, qu'en supposant qu'Annibal aurait repassé le Rhône, ce qu'il ne peut pas admettre. D'après la leçon plus simple et l'explication plus facile du second , Annibal laissant le Rhône à gauche, a lœva, fait un détour, sur la droite nécessairement» vers le pays des Tricastins. Polybe, qui pourrait nous éclairer là-dessus, ue parle pas de ce détour que fait Annibal. Silins Italiens, après avoir décrit le passage du Rhône, ajoute ( III. v. 466 ) :
Jainque Tricastinis intendit finibus agmen Jam faciles carapos , Jara rura Vocuotia carpit Turbidus hic truncU saxisque Druentia betum Ducloris vaslavit iter.
Il n'y a rien là de plus que dans Tite-Live. Ammien, Marcell. ( lib. XV, 28 ) n'est pas plus explicite : ■ An-
■ uibat Taurinis ducentibus accolis per Tricastinos et
• oram Vocontiorum extremam ad saltus Tricorios venit. « Indeque exorsus aliud iter antehac insuperabile feelt,
■ excisaque rupe in immensum elata Druentiam flumen
■ gurgitibns vagis in totum regiones occupavit Etru- « scas. » Cependant, tout en déclarant que les manuscrits donnent tous ad lœvam, Drakenborcb croit que l'intelligence de la route, suivie par Annibal, exige l'une des deux corrections proposées, et il penebe vers celle qui se rapproche le plus de la leçon commune. Il conserve toutefois ad lœvam daus son texte. N'est-il pas plus simple de penser que Tite-Live parle des pays situés à gauche , pour lui, écrivant à Rome, ainsi que pour tout habitant de l'Italie, ce qui nécessairement place ces pays à la droite d' Annibal se dirigeant vers les Alpes. Cela est peu naturel sans doute, mais u'est pas tellement rare dans Tite-Live et dans d'autres historiens, qu'il faille s'en étonner beaucoup , et rejeter cette explication qu'appuie d'ailleurs l'accord des manuscrits.
Cqap. XXXIII. — Clamoribus dissonis , quos nemora eiiam repercussœque valles augebant. Arrien, Exped. Alexandn, lib. VI, ch. xm : û; èk sm&xç toD îhtou tt^pûv), a&ôtç xpOTw &J) TroXXto iirsxTU7m<jtv 4i orpari* itïox, tirrixDaav ^* sûrs o^Ôat xal ai irXtjaîov aùrûv vâxou. Q. Curt. liv. III, ch. x : t Reddftur a Macedonibus major
■ ( clamor ), exercitus impar numéro, sed jugis montium
• vastisque saltibus repercussus : quippe semper circum- « jecta nemora petreque, quantameumque accepere vo- « cem, multiplicato sono referunt. •
Chaf. XXXIII. — Et captivo cibo ac pecoribus. Il nourrit son armée avec le blé et le bétail , etc. Les éd. Lemaira et Panck donnent : et captivo frumento ac pecoribus. Le traducteur a préféré cette leçon à son texte. Dans les anciennes éditions et les manuscrits on trouve : • Ut captivo a pecoribus, » restitué ainsi par Valla, • et cavii-
vorum pecoribus » , et adopté par Drakenborcb. Fréd Gronove préférerait captivis pecoribus, qui n'est pas plus étrange que captiva arma (VIL 14), captiva nattgia { X, 2), et captivum aurum ( XL1V, 40 ). Mais il croit qu'il manque quelque chose après captivo, d'après l'examen du texte de Polybe ( lib. III, cap. li ) : najxwraa fxèv *yàp ix.cpioz.TQ wX^ôo; tTTïwav xat tnr&Cuf îwv x*i t«v &pi
TOUTGIÇ ÉXXWXOTWV tXV#pâ>V* tiÇ &k TO {JLfXXoV £0^i |UV KM
airoo xaî Ôptp.jjt.âîti>v iitl £ooîv xat Tpioîv jaspât; tùiccfiav. — Stroth rétablit, d'après Polybe, captivo frumento.
Cbap. XXXV. — Consister* jussis militions Italiam ostentat. Je ne puis m'empécber de citer, avec M. Michelet , à côté des paroles d'Aonibal , celtes qu'une situation analogue inspira au plus grand général des temps modernes. • Ce fut un spectacle sublime que l'arrivée de l'armée sur les hauteurs de Montez moto; de lâsedécoo-. vraient les immenses et fertiles plaines du Piémont. Le Pô, leTanaro et une foule d'autres rivières serpentaient au loin : une ceinture blanche de neige et de glace, dune prodigieuse élévation , cernait à l'horizon ce riche bassin de la terre promise. Ces gigantesques barrières, qui paraissaient les limites d'un autre inonde , que la nature s'était plu à rendre si formidables , Tenaient de tomber comme par enchantement. Annibal a forcé les Alpes, dit le général français, nous, nous les aurons tournées. • ( Mémoires de Bonaparte, campagne d'Italie. )
Cbap. XXXVIII. — Quinte decimo die Alpibus sapfratis. Un savant magistrat, M. Imbert Desgranges, substitut du procureur du roi à Grenoble, a bien voulo nous communiquer un mémoire qu'il a composé sur l'itinéraire d'Annibal à travers les Alpes. Nous regrettons que la place nous manque pour mettre sous les jeux de nos lecteurs l'ensemble de ce travail , où une des plus importantes questions de l'histoire a été traitée avec une méthode et une sagacité dignes d'éloges, et qui d'ailleurs repose sur la plus exacte connaissance des localités, Nous nous contenterons , eu formaut le vœu que l'auteur publie incessamment son livre, de résumer cette partie où , après avoir comparé et mis d'accord, autant qu'il est possible, le récit de Polybe et celui de Tite-Live, il suit sur les lieux , et jour par jour, la marche du général carthaginois.
Le 17 octobre, Anuibal fait passer le Rhône à une partie de son armée , une demi-lieue environ au-dessus d'Avignon.
Le lendemain, 1 8, le passage est complètement effectué.
Le 19, Annibal remonte le Rhône , marche , à l'orient» vers Védènes, s'engage dans les terres, laisse à gauche Aeria , aujourd'hui Cbâteau-Neuf , passe à Bédarrides et vers le milieu du jour fait halte à Courtheson. Il revient ensuite camper à l'Ile. C'est le nom qu'on donnait alors à cette étendue de plaines qui se trouve entre le Rbone et l'Eygues ( Aiguës sur la carte de Larauxa ) , et qui forme une espèce de delta.
Le 20 et le 21 il est rejoint par le reste de son année*
Le 22, il quitte l'Ile avec toute son armée, fait nn détour, passe l'Eygues, remonte le Rhône vers Saint-Paul* Trois-Chàteaux. et va passer la nuit à Bollène.
Le lendemain, 23, il passe à Suie, à Tulette, revient sur l'Eygues, à Saint Maurice, remonte cette rivière ci vient passer la nuit à Nyons.
Le 24, de Nyons, parvenu aux Piles, il passe sur la rive gauche , la remonte par Curnier, Sahune, Arpavoo, et arrive enfin à Rémusat.
Le 25, de Rémusat à Rosans, ma^ u ^-*t | e plus souyeot
dam le lit même de la rivière, on arrive à set source».
Le lendemain , 26. on fait le trajet de Rosans à Serres;
Le 27, celui de Serres à Veynes, et l'on arrive à Gap le 28.
Le 29, oo continue la route jusqu'à Gborges, en faisant balte à Labastie.
Le 50, au point du jour, on se met en marche et l'on arrive à la Durance. Toute la journée est employée au passage si difficile de cette rivière.
Le lendemain, 51, laissant Embrun sur la gauche, l'armée va passer la nuit dans les hameaux qui se trouvent des Traverses aux Imberts.
Enfin, le premier novembre, l'armée vit les montagnes s'ouvrir à sa droite; on était arrivé aux défilés. L'avantgarde se met en marche , et, poussée sons Mont-Dauphin vers la gauche par un torrent qni s'échappe de la montagne à sa droite, elle arrive à un autre torrent qui, venant également de droite, se jette dans le Guil. Elle le fraochit et, ayant le Guil à gauche i elle monte sur les premières éminences.
Ces coteaux , dont les échelons ont à peine quelques toises , s'élèvent par une pente inégale à la hauteur de Mont- Dauphin. La se trouve un plateau séparé de celui de Mont-Dauphin par le lit profond et à pic du Guil. De là on arrive par une pente facile à deux petites éminences eu avant de la montagne qui, dans le fond, borne l'horizon. Le plateau ainsi que les deux éminences était occupée par les montagnards. L'avant-garde fut obligée de s'arrêter , et quelques Gaulois, qui servaient de guides et d'espions, furent chargés de voir s'il n'y avait pas moyen de passer ailleurs. La chose était impossible , il n'y avait pas d'autre route. L'avant-garde se replia en arriére de Mont-Dauphin , et l'armée campa où elle se trouvait. Annibal apprit bientôt par ses espions que la nuit les montagnards abandonnaient leur position , et se retiraient dans une petite ville à droite du château ; et il fit ses préparatifs en conséquence.
Le 2 novembre, an point du jour, l'armée se développa dans la plaine et avança jusqu'au pied des coteaux , jusqu'au torrent qui, des montagnes à droite, va se jeter dans le Guil, sous Mont-Dauphin, et que lavant-garde avait franchi la veille. La nuit venue, Aunibal donne en secret, à ses plus braves soldats, l'ordre de se trouver, à minuit . à la tête du camp. A l'heure indiquée, lui-même vient les prendre, sort du camp en silence, descend dans le torrent, gagne les coteaux et arrive, après une demiheure de marche, sur le plateau à la hanteur de Mont- Dauphin. Il y laisse une portion de son monde, avec ordre de s'y retrancher sans relard , surtout du côté de Guillestre, qui se trouvait à droite au-dessous, et de là, en moins de vingt minutes, gagne les deux mamelons qui, le jour précédent, étaient occupés par les montagnards.
Le lendemain, 5 novembre an point du jour, commença le passage des défilés. L'armée sortait du camp, pénétrait dans le lit du torrent et montait en silence sur les coteaux, lorsque les montagnards avertis sortirent de Guillestre et furent bien surpris de trouver l'ennemi maître des hauteurs. Les Carthaginois s'avançaient par colonnes et masses serrées vers les deux éminences. Arrivés là, les uns passèrent à droite , les autres à ganche, le plus grand nombre entre denx. Mais une fois au-dessus de ces deux mamelons, le chemin rétréci par la pente rapide de la montagne ne laissa pins passer que deux ou trois hommes de front. Quinze minutes plus haut, à une autre éminence, appelée aujourd'hui la Viste, il n'en pouvait pas-
ser qu'un seul. Il fallut se résigner à attendre que tous eussent passé on à un. De la Viste on marcha à peu près en plaine pendant dix à douze minutes, et on arriva immédiatement sur la pente rapide de la montagne, où la route n'était pins qu'un sentier sur le bord d'affreux précipices. C'était au fond du défilé surtout que le péril était grand. Il fallait monter, à travers les précipices, à un bec de rochers qui s'avance sur le Guil. Une fois dessus il fallait descendre, à travers d'autres précipices, par cinq rampes superposées , raides , de quatre à cinq mètres de longueur, et si étroites que le piéton ne pouvait y passer sans efTroi. C'est là qne les montagnards viennent s'établir pour couper l'armée. Annibal, toujours à la Viste, voit le danger. 11 gravit les rochers dcGraleloup , au-dessus des montagnards , et de là les écrase. Les montagnards enfin chassés, l'arrière- garde passa les défilés que , dixsept siècles plus tard , François 1 er devait passer aussi. De ce point, c'est-à-dire de l'endroit où depuis on a bâti la maison du roi, quatre grandes henres furent nécessaires pour arriver au Veyer. Là sur les deux rives du Guil , au bas de rochers escarpés et de montagnes d'une hauteur immense , se trouvent quelques terres où les bandes carthaginoises s'entassèrent. La tête de l'armée arrivait à Chapelus. Tout près de là la vallée, déjà si étroite, se resserrait de telle sorte qu'à peine elle laissait un passage aux eaux du Guil. Ce défilé avait un quart d'heure d'é tendue, et non loin de là se trouvait un petit fort qui , du côté de l'Italie, en était en quelque sorte la clef. Annibal , à la tète de quelques soldats d'élite, s'engage aussitôt dans le défilé, le traverse sans obstacle, fait une montre assez longue, et arrive en vue du château Queyras. Heureusement le fort et les deux villages qui y touchent étaient déserts ; sans cela il eût été bien difficile de s'en emparer. Les communications s'établirent bien vite entre le camp du Veyer et le château Queyras.
La journée du 4 novembre fut consacrée tout entière à reposer les soldats.
Le lendemain on visita les villages qni se trouvent dans les montagnes. Du Veyer on monta aux Escovières et aux Bra musses. Du ebéteau Queyras on se rendit à Arvieux et à plusieurs autres villages.
Le 6 novembre l'armée, ayant quitté le Veyer. se porta à près d'une heure de marche, au-dessus du château Queyras, à Villevieille où elle campa.
Le 7 on partit tard de Villevieille. Depuis plus d'une heure et demie on remontait le Guil, lorsqu'ou aperçut le village d'Aiguilles. C'est là que les montagnards vinrent offrir leurs services eu donnant des otages à Aunibal. C'est là aussi que l'ordre de marche fut changé. Aunibal lit passer à la tête de l'armée la cavalerie, les éléphants et les bagages qui avaient beaucoup souffert dans les défilas du 5 novembre. Un corps d'infanterie, chargé de veiller sur les guides et les otages , éclaira la marche. Alors on entra dans de nouveaux défilés ; mais ou s'était arrêté longtemps à Aiguilles, et la nuit approchait. Annibal partit un des derniers à la suite de son infanterie. Déjà il avait fait la montée qui se trouve immédiatement en sortant d'Aiguilles; il parcourait le travers de la montée a la descente, lorsqu'il vit son infanterie écrasée par une grêle de traits et de pierres. Jusqu'à cette descente deux et môme trois hommes avaient pu marcher de front; mais là , les mootagues resserrant cette étroite vallée , le chemin u'était plus qu'un sentier presquà pic. A gauche surtout, arrivant sur les bords du Guil, il se trouvait au bas de rochers escarpés. Depuis on a construit un pont, et la roule pins facile passe sur la rive gauche. Mais , tout
HISTOIRE ROMAINE. -NOTES
près de ce pont , et à la hauteur du parapet, on aperçoit encore les traces du sentier sur lequel se trouvait l'infanterie. Annibal n'osait s'engager dans le défilé qui se trouve au bas du pont , lorsque la nuit étant survenue les moulagnards viennent s'établir sur le chemin même et coupent ainsi l'armée. Dans cette position critique, tout ce que put faire Annibal fut de laisser le sentier étroit où son infanterie était écrasée et de monter à gauche sur le banc de rocher pour en déloger l'ennemi. U réussit en effet à le refouler dans la montagne.
Cependant le jonr arriva (8 novembre) ; les montagnards avaient disparu. Annibal continua sa route, et une heure après arriva dans le vallon d'Abriès. La cavalerie, les bagages et les éléphants , qui y avaient passé la nuit , en étaient déjà partis pour la Monta , où le soir, de bonne heure , toute l'armée se trouva réunie. On campa sur le vaste plateau qui s'étend de la Monta à Ristolas, au bas du col, appelé aujourd'hui le col Lacroix , et qu'il fallait gravir le lendemain. C'est là, dit-on, que les guides et les otages furent massacrés par les soldats; les guides, pour avoir indiqué une fausse route à un corps de cavalerie; les otages en expiation de l'attaque perfide de la nuit précédente. Annibal leur fit donner la sépulture d'après les usages de Carthage. Dans les premiers jours de juin 1856 on a trouvé à Ristolas un squelette tellement ancien qu'il était à l'état de pierre calcaire. Ce squelette avait quatre anneaux autour de chaque jambe, six autour de chaque bras . uu autour du cou et un autre autour du corps. Ces anneaux, en enivre ronge oxydé, avaient nécessairement été soudés sur le cou , le corps et les jambes. Tout près du squelette étaient deux vases que les premiers coups de pioche avaient réduits en poussière.
Le 9 novembre, dès l'aurore, l'armée commença à monter vers le col. A près deux heures d'une montée lente et pénible, par d'innonbrables zig-zag, les premières troupes arrivées au sommet eurent à suivre un sentier à droite qui, prenant la montagne en travers, conduit, après une demi-heure de marche, à une espèce de plateau à deux pentes, tout près dn col. Arrivés au plateau ils se rangèrent snr ces denx pentes , au bas et a la jonction desquelles était une magnifique source. L'armée s'y reposa les deux jonrs suivants , 10 et 11 novembre.
Le 10 on vit revenir an camp quelques mulets qui s'étaient égarés la veille , et qui rejoignirent en suivant les traces de l'armée.
Le H, du sommet d'nne hauteur voisine du camp, Annibal montra dans le lointain à ses soldats les rives dn Pô.
Le 1 2, au point du jour, l'armée se mit en marche pour descendre. De la tête dn camp à l'espèce de couloir qui constitue le col, quinze minutes avaient été nécessaires. De l'autre côté la pente peu sensible offrait une route non moins facile. Annibal montrait à tous le pic du Viso qui s'élevait sur la droite; on le voit de Rome ! leur criait-il. Après vingt ou vingt-cinq minutes, à partir do col, on arriva à cinquante ou soixante pas au-dessous du rocher appelé aujourdh'ul la Coche. Ce rocher s'avance vers l'Italie, comme uu cap au milieu des mers. Il est coupé, entaillé dans une largeur de quatre à cinq pieds. C'est dans celte ouverture que passe le chemin, c'est la que commence vraiment la descente. De cinquante ou soixante pas audessous de cet étroit passage appelé la Coche, on voit bien eucore les montagnes à droite et à gauebe s'élever a une hauteur prodigieuse; mais dans le fond, un peu vers la gauche , elles s'abaissent et on aperçoit dans le lointain les plaines du Pô. Bientôt on commença a descendre, mais la pente, jusque là si facile, ne tarda pas à devenir plus
rapide. La montée, quelque rude qu'elle eut été, n'était rien en comparaison de cette descente. Le sentier devenait de plus en plus étroit et glissant. Les troupes descendaient depuis une demi-heure lorsqu'elles arrivèrent à un banc de rochers à pic, au-detsns d'un anime. La pente déjà si rapide l'était devenue bien davantage par nn éboulement tout à fait récent. Les terres qui recouvraient les rochers s'étaient éboulées dans nne pente de près de mille pieds de haut. Il devint impossible d'avancer plus loin. Annibal, qni s'était arrêté sons la Coche pour mootrer l'Italie anx soldats à mesure qu'ils descendaient, surpris de cette halte inopinée , ne pouvait s'en expliquer la cause , lorsqu'on vint lui dire que la descente était impossible. Il se héta d'aller voir de ses propres yeux ce qui arrêtait l'arme. L'obstacle n'était que trop réel. Le sentier étroit snr la pente de l'abime arrivait a un banc de rochers coupé à pic ; impossible de passer. Revenir sur la gauche était tout aussi impraticable , l'armée se trouvait partout au-dessus d'un précipice. Annibal essaya de monter au-dessus du rocher dans leqnel le sentier se perdait , pour arriver à quelqu'une des courbes qui se trouvent vers la droite, au-delà. U descendit de denx à trois cents pas , plus sur la droite. Mais il n'était pas plus facile de descendre d'un côté que de l'antre. Le précipice était le même. Alors il fallut que l'armée revint sur ses pas et remontât jusque sous la Coche, où chacun travailla à se loger du mieux qu'il put.
Le lendemain, 13 novembre, on ramena un certain nombre d'hommes au banc des rochers qui arrêtait la marche, et l'on essaya d'ouvrir on chemin avec le fer. Ce banc de rochers se prolongeait dans nne étendue de trente pas pour se dérober dans le précipice et reparaître quinze pieds plus loin , dans une étendue d'une vingtaine de pas. Le chemin une fois creusé sur la première partie, on pouvait jeter un pont pour arriver à l'autre et se sous traire ainsi à la nécessité de creuser le roc dans cet espace intermédiaire de quinze pieds. Pour diminuer la dureté du roc on prit le parti de le calciner, et d'aider à l'action du feu par celle du vinaigre dont les savants modernes seuls ont ignoré l'action corrosxve. Le fer achevant ce que le feu avait préparé , on réussit à ouvrir nn sentier dans toute la longueur du banc de rochers. Ce seotier n'a guère qu'un pied et demi ou deux pieds de large ; vous diriez un petit canal dans lequel on aurait voulu Taire couler une fontaine. Le fond en est inégal , parfois en cascade ou escalier, tantôt au niveau du bord, tantôt un peu plus profond. Sa pente est rapide. De nos jours, malheur au voyageur qui y serait surpris par une nuit d'hiver. Ce premier sentier terminé, on apporta un mélèze dépouillé de ses branches , a laide de cordages on le suspendit sur le précipice et on l'appuya sur l'autre banc de rochers. Bientôt des hommes passent à cheval sur ce tronc ; ils tirent à eux une seconde poutre qu'on leur glisse sur la première , puis une troisième , et enfin le pont est achevé. Alors on continua le sentier en recourant aux mêmes procédés. Le travail qui avait été poussé avec une activité extrême , fut assez avancé dans la journée pour que les mulets et les chevaux chargés de bagages pussent y descendre. De là , continuant à se risquer à travers d'autres zig-zag , plus effrayants peut-être que les premiers , on alla camper sous un ciel meilleur, sur les bords de la Pellis , l'une des sources du Pô.
Le 14 novembre on élargit le chemin pour (aire descendre les éléphants.
Enfin, le 15, ces bêtes exténuées de faim, descendirent avec le reste de l'armée. Annibal consacra quelques jours
au repos pour donner à tes troupes le temps de te refaire, et descendit ensuite sur Turin.
Cbap. XXXVIII. — Quantœ copia transgresso in Jtaliam Annibali fuerint. Voici les nombres fournis par Polybe, si exact d'ordinaire pour tousccs détails. On sait d'ailleurs qu'il les emprunte à la table lacinienoe (III, 55, 56, 60). Annibal passe l'Ebre à la tête de quatre-vingt-dix mille hommes d'infanterie, et douze mille hommes de cavalerie. Il laisse dix mille fantassins à Hannon et mille cavaliers; et eu renvoie un pareil nombre dans leurs foyers. Restent soixante-dix mille hommes d'un côté et dix mille de l'antre. La soumission des pays situés entre l'Èbre et les Pyrénées lui coûte beaucoup de monde, et il n'a plus, après avoir franchi ces montagnes, que cinquante mille fantassins, et neuf mille cavaliers. Le Rhône traversé, ce nombre se trouve réduit à trente-huit mille fantaisie* et on peu plus de huit mille cavaliers. Enfin il perd, au passage des Alpes, près de la moitié de ses troupes; et, en descendant dans la plaine de la Gaule Cisalpine, il ne lui reste plus que vingt mille hommes d'infanterie , parmi lesquels douze mille Africains et huit mille Espagnols, et six mille hommes de cavalerie. C'est avec cette armée ainsi réduite qu'il entreprend la conquête de l'Italie.
Ibid. — Quinto mense a Carthagine nova {ut quidam and ores sunt ). De ce nombre est Polybe, III, ch. lvi.
Ciup. XXIX. -— Ab eo, quem in tummo sacrahm teriice. C'est de ce dieu Peninus qu'il est mention dans plusieurs inscriptions trouvées a Saint- Pierre-Mont -Jou. Nous nous contenterons de rapporter les deux suivantes.
poemno
pbo itv et kbditv
c 1vl1vs pbimv8
LVCIV8 LVCILIV8
DEO PENINO