‹ Commentaire sur Tite-Live: Complément de l'édition du Tite-Live de laChapitre 3 sur 158 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Tite Live , dans ce livre où il reproduit les traditions vulgaires, a, comme on devait s'y attendre, fait surtout usage de Fabius Pictor , le plus ancien historien romain ( scriptorum antiquissimus ) , qu'il se contente de nommer soit seul (ch. xliv) , soit avec Pison (en. lv), et lui accorde , dans le récit des événements les plus reculés , plus de confiance qu'à Pison , qui, faisant disparaître la couleur mythique que Tite-Live a cru devoir conserver, s'était attaché à présenter les faits sous un point de vue tout moderne , et avait modifié les mythes en les expliquant , ou même en avait présenté d'autres. Cependant les sources auxquelles il puise ne se bornent pas à ces deux auteurs. Dès le début il déclare que ses autorités sont nombreuses. (Voy . ebap. i , m , vu , xi, xxiv, xxxi, xxivin, xliv, xlvi, xlviii.) S'attacbant surtout aux documents antiques , il néglige les récits pins récents et plus développes que Denys d'Halicarnasse a admis, et raconte beaucoup de faits tout autrement que lui. Dans l'histoire antérieure à la fondation de Rome, il parait avoir suivi Fabius ; c'est du moins ce qu'on peut conclure d'un long fragment de cet auteur conservé par Eusebe daos sa Chronologie (t. I, p.587 et suiv. del'éd. d'Aucher), où l'on retrouve sur les Troyena , sur Énée , sur la suite des rois albains , des notions conformes au texte de Tite Live, quoique plus étendues, mais entièrement différentes du récit de Denys et des autres historiens. Ils se rencontrent encore en ce point que Tite-Live voit comme loi dans le miracle des trente marcassins l'indication, non

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

de trente colonies, mais de trente années , interprétation déjà adoptées du temps de Ptolémée Philadelphe par Lycophron (Cassandr. 1255) et par plusieurs Romains.

Du reste , l'origine troyenne de Rome était admise bien longtemps avant Fabius. Le premier monument public où elle soit mentionnée est , autant qu'on peut le savoir , la célèbre colonne de Duilius. Antérieurement a Polybe, Postumius Âlbinus avait composé un ouvrage spécial sur l'arrivée d'Énée en Italie.

Cbap. I.— On comparera avec intérêt les premiers chapitres de ce livre avec les chants I , VI, VII et VIII de Y Enéide. Il existe un étonnant rapport entre les fables du poète et celles de l'historien.

Ibid.— Sur Pylémène, chef des Hénètes. Voy. Hom., Jliad., II , 851 ; il fut tuci par Ménélas, V , 576 et suiv.

Ibid.— Sur les Euganéens. Voy. Phne, Hist. nat., III, 25 et 2A; Silius Italiens , VIII , 604 ; Martial, IV, 25.

Ibid. — Pagoque inde trojano nomen est. Pagus répond à notre mot français canton; il était composé de plusieurs villages rici. La réunion de plusieurs pagi formait ce que Tite-Live appelle ici gens. Chkvieb.

Ibid. — Duplex inde fama est. Des deux traditions rapportées par Tite-Live , la dernière parait être fort ancienne. Voyez Catou; cité dans Orig.gent. rom.,c. un.

Cbap. II. — Care , ville pélasgique, d'abord sous le nomd'Àgylla, puis plus tard soumise à l'Étrurie. Aujourd'hui Cerretri. 11 n'en restait que des ruines du temps de Tite-Live. Voy. Strabon , I. V , p. 220.

Ibid. — JEneas adversus tanti belli terrorem. Compares Denys d'Halicarnasse ,1, 59 , 60.

Ibid. — IVumiriuro {lumen , aujourd'hui Rivo di Nemi. Snivant Denys d Halicarnasse , 1, 64 , le corps d'Énée ne fut pas retrouvé. Comp. Ovide, Met. XIV, 600 et suiv.;TibuUe,H, V, 45.

Ibid. — Jusque fasque est. L'usage était de changer les noms des mortels mis au rang des dieux. Ainsi Romulus prit le nom de Quirinus ; Mélicerte, celui de Palémon, etc. Cbévieb.

Cbap. III.— Hiccine fuerit ;4seanius an major quam hic. Fabius ne parle pas d'une double tradition. D'autres historiens le disaient né dune Troyenne ; mais pour ne pas attribuer aux roi d'Albe une origine étrangère, ils lui donnaient pour successeur son frère Siivius , né de Lavinie. (Voy. Fabius, loc. cit. ; Lutatius et Tubero in Orig. gent. rom.; Denys. d'Haï.; Festus, v. Silvii; Cato ap. Servium.) Tite-Live, en le faisant flls de Lavinie et père de Siivius, augmente d'une génération la série des rois albains. Quelle autorité a-t-il suivie à cet égard? On l'ignore., Servi us [ad JEn., I, 274 ) tient cette assertion pour une erreur.

La plupart des historiens prétendent qu'Ascagne continua la guerre, et que ce fut lui qui donna la mort à Turnus. Peut-être Pison racontait-il les faits comme Tite- Live. Ce qu'il y a de certain, c'est que dans son histoire, si toutefois on peut en croire le témoignage du faux Aurélius Victor» Turnus ne mourait pas de la main d'Ascagne , mais de sa propre main. ( Orig. gent. rom. , c XIII. >

Tite-Live adopte sur la fondation de la ville la tradition vulgaire reproduite par Fabius, mais avec plus de développements. ( Orig. gent. rom., c. xx ; Scrv. ad /En. vin, 650; Quinlil. lnst. or., 1, 6, 12, et Nonius, p. 518» Mer -

ccr. Le récit de Plutarque est entièrement d'accord avc« celui de Tite-Live. Des historiens plus récents, comiuo Licinius Macer, dans Denys d'Halicarnasse, raconteut les faits d'une manière différente.

Cbap. III.— Ab eo colonies aliquotdeduciœ. L'auteur de l'origine du peuple romain {Origo yent.rom., cap. xvii.), nomme ces colonies Préneste, Tibur, Gabies, Tiisculum , Cora , Pométia , Coriole ( le texte de l'éd. d'Arntzcn porte Locri ] Crustumium , Caméria , Bovillae. Virgile (/fin., VI, 775 et suiv.) joint aux colonies des rois albains Nomentum , F i de ne, CoUatia , Castrum lnui et Bob. Cbbvikb.— Voy. Denys d'Italie., III, 51 et Heyne, sur Y Enéide, loc. cit.

Ibid. — Prisci Latini appellati. Festus de Verb. sign. , p. 582., Dac. : Prisci Latini proprie appellali sunt ii. qui priusquam conderetur Roma fuerunt. Niebuhr, rejetant cette explication , regarde les deux mots comme l'équivalent de Prisci et Latini , et y trouve l'indication de deux peuples différents. (Voyez 1. 1, p. 112, et t. II, p. 97 de la trad. fr. par M. de Golbéry). M. Leclerc ( ouvr. cité, p. 1 65 ) repousse avec raison cette idée qui est purement arbitraire.

Cn. IV. — in cuslodiam datur. Les accusés, de quelque distinction n'étaient pas renfermés dans une maison publique. Ils étaient confies à la garde de quelque magistrat, qui les retenait dans sa maison sous sa responsabilité : c'est ce qu'on appelle in custodiam dare. Cic. inCat., I, 8; Sallusle , Cat. . 47; Tac, Ann.. VI, '5. Liix. — D'après cette observation l'expression française, est jetée en prison, ne serait pas une traduction exacte; mais le mot vincta est là pour la justifier.

Ibid. — Ficus ruminalis. Paul Diac, p. 478. Dac, ftuminalis dicta est ficus quod sub ea arbore lupamammam dédit Remo et Romttlo. Mamma autem rumis dicitur. Unde et rustici appellant hedos subrumos qui adhuc sub-mammishabentur.— Toute cette table de l'allaitement des deux jumeaux par une louve parait devoir son origine au désir d'expliquer l'origine inconnue du nom de Rome. Les uns le font venir de fi*pn» courage et force ; d'autres , de Rumo. ancien nom du Tibre , qu'ils dérivent de {*<*, fik<» % d'autres de Romulus, d'autres encore de ruma , rumis , rumen. Tacit. Ann. t XIII, 58, 1. Harduin. ad. Plin t XV, 18» 20.

Ibid.— Submissasprœbuissemummas. Virg. En., VIII» 550. __ , On voit encore au Capitole un groupe de bronze représentant la louve qui allaite Rémus et Romulus. Il y fui placé il y a vingt et un siècles par les deux Oliginus, édiles curules, l'an de Rome 457 (avant J.-C, 29b ) . Ils employèrent l'argent des amendes à ce monument. Il fut frappé de la foudre sous le consulat de Torquatus et de Cotta , l'an de Rome 686 (av. J.-C, 67 ). On le voit aujourd'hui dans le même état où la foudre le mit alors. J'y ai remarqué avec curiosité et satisfaction le coup de tonnerre qui glissa le long des côtes et a fondu une partie de la cuisse.» Le président de Brosses.— Ce groupe avait été doré. Voy. Cic m Cat., III, 8.

Ibid.— Sunt oui Larentiam, etc. Td était le récit de Valérius Antias ( Orig. gent. rom. t c xxi ) et même d'historiens plus anciens (cf. Cato. ap., Macrob., Saturn., I, 10), Bien que cette explication de la louve paraisse beaucoup plus récente que tout ce qui est rapporté de Larentia , nourrice de Romulus , et des frères Arvales. Ce qu'il y a de certain c'est que Tite-Live, dans la narration rapide qne renferme ce livre, ne parait pas tenir comptedes historiens les plus récents. 11 diffère essentiellement deafraf-

meots qui nous restent de Licinlus Macer et de Valérius Antias. Cf. fr. ap. Orig. gent rom., c. xix et ni ; Macrob. Saturn., I. 41 et 15. Arnob., Adc. gent. V, 1;Plto., Hisl. uat. Vf, 7; III, 5 (cf. Tite-Live, I, 55, avec lequel sont d'accord Tac, Hist., III, 72; Denys d'Haï., IV, 55;, XIU, 13; Plut., Rom. 14; de Fort. Ram., t. VII, p.271.Reiak.

Cu.Y.—Liipercal hoc fuisse ludicrum ferunt. On sait que les Lupercales étaient une fête célébrée en l'bonneur de Pan, surnommé Lyceus. Ximtoç de Avxo*,loup, d'où s'était firme le nom de Lupercus (quasi lupos a pécore arcens ). Mais ce surnom et cette étymologie paraissent fautifs et proveuir d'une confusion avec Auxaîo; véritable nom de Pan, tiré d'une ville et d'une montagne d'Arcadie (Avxataet bpoi Auxaîov). Les prêtres de ce dieu étaient appelés Luperci. Cette fête , dont l'origine se perd dans la nuit des temps, fut rétablie par Auguste, et subsista probablement jusqu'au sixième siècle de notre ère. Au cinquième siècle on la célébrait encore à Rome et dans la Gaule; à Autun, par exemple (voy. M. Desmicticls, Hist. dit Moyen âge, t. I, p. 542 et suiv.). Mon savant confrère et honorable ami, M. le comte Beugnot, dans son excellent livre sur la Destruction du paganisme en Occident, t. II, p. 275-279, a prouvé que le pape Gélase , auquel on attribue l'abolition de cette fête païenne en 495, se borna à défendre aux chrétiens d'y assister, et laissa aui païens le droit de les célébrer : iïullus baptizatus , dit le saint pontife, nulliis christianns hoc celebret. sed soli pagani quorum ritus est exequantur. § Sans pouvoir citer, dit M. Beugnot, l'époque précise où les Lupercales cessèrent d'être célébrées à Rome, on est d'accord, pour représenter la procession qui a lieu pendant la fête de la Purification de la Sainte Vierge, et dans laquelle les assistants portent des cierges allumés, fête qui, pour ce motif, est nommée Chandeleur, comme ayant été établie afin de tenir lieu des Lupercales , pour lesquelles le peuple montrait un si grand attachement. Au lieu d'une cérémonie bouffonne et indécente, on plaça une fête qui , en satisfaisant la passion des Romains pour les solennités, rappelait à leur esprit des pensées nobles et pures. •

Ibid. — Sur Evandre et sur Carmenta sa mère, voyez Denys d'Haï., 1, 51 et suiv., le I er excursus de Heyne, et ses notes sur l'Enéide. VIII, 51 et suiv.

Ibid.— Vocarwti Jnuum. Suivant Servi us ad /En., VI, 775, ab ineundo passif» cum omnibus animalibus sic dicius.

Ibid. — Remum cepisse. Titc-Live s'est un peu écarté du récit de Fabius, en ce qui concerne l'attaque, par suite de laquelle Romulus est fait prisonnier. Il suppose que Rénius assista au combat, tandis que, suivant Fabius, il était allé à Cœnina offrir un sacrifice ( Vo) . Denys d'Haï., I, 80. ) Plutarque est , sur ce point comme sur beaucoup d'autres, d'accord avec Fabius. Suivant Tubéron ( Denys d'Haï., toid. ) que Tite-Live parait avoir suivi , Remus fut pris avant que son frère pût accourir à son secours.

Ibid. — Faustulo spes fuerat. Spes et sperare, comme lAjru, ikxiçtn, ikxiaOcxien grec, ne se prennent pas toujours en bonne part, et indiquent souvent l'attente, le soupçon, la prévision. Voyez Thuc, I, i, et Tite-Live, II, 5 : Spe omnium serius fuit.

Ibio. — Geminos esse fratres. « Quintilianus, lnst. Oral., IX, 1 4 ; quœdam ordine permutato fiunt supervacua ut PHiTHES osHiNi ; nawi si prœcesscrint gemi.ii , pha- Tuks adderenon est necesse. Hanc tamen cjus observa Lionera perpettiam non eue, non modo locus hic Livii, aed

etiam plnra alia exempta docent ; confer in primia Ovidii Heroid., XVI, 271. decus , o prœsens gbmikorum gloria fbatbum ; ejusdem Heroid., XVII, 249; Metamorphos. IV , 107 ; ita et eodem libro, versu 775 , cujus in introitu gémi pus habitasse sobobes. Hand aliter Terenti us in HeauU V, 1, 80. Non Ua me dii ament, auderet facere hœc vmuji MULiBBi. • Lemaibe.

Cbap. VI.— Templa capiunt. «Debout, le visage tourné vers l'immuable nord , séjour des dieux étrusques , l'augure décrit avec le lituus, ou bâton recourbé, une ligne (cardo) qui, passant sur sa tête du nord au midi, coupe le ciel en deux régions, la région favorable, de l'est ; et la régiou sinistre, de l'occident. Une seconde ligne {decumanus, dérivé du chiffre X) coupe en croix la première et les quatre régions formées par ces deux lignes se subdivisent jusqu'au nombre de seize. Tout le ciel , ainsi divisé par le lituus de l'augure , et soumis à sa contemplation ( contemplari ), devient un temple ( templum).

« La volonté humaine peut transporter le temple icibas , et appliquer à la terre la forme du ciel. Au moyen de lignes parallèles au cardo et au decumanus , l'augure forme un carré autour de lui. Varron nous a transmis la formule par laquelle on décrivait un templum pour prendre les augures sur le mont Capitolin. Le temple existe également, qu'il soit simplement désigné parles paroles, ou qu'il ait une enceinte. Les limites en sont également sacrées, infranchissables. Il a toujours son unique entrée au midi, son sanctuaire au nord. Toute demeure sacrée n'est pas un templum , un fanum. Le temple étrusque est un carré plus long que large d'un siiième. Les tombeaux , souvent même les édifices civils , les places publiques, affectent la même force et prennent le même caractère sacré. Telles étaient à Rome les curies du sénat, les rostres et ce qui y touchait dans le Champ-de-Mars , tout l'emplacement de l'autel du dieu. Les villes sont aussi des temples ; Rome fut d'abord carrée ( Borna quadrata); la même forme se présente aujourd nui encore dans les enceintes primitives de plusieurs des plus anciennes villes de l'Étrurie. Les colonies appliquent la forme de leur métropole à leurs nouvelles demeures; et, comme on fait aux jeunes arbres transplantés , elles s'orientent sur une nouvelle terre comme elles l'ont été sur le sol paternel. H n'est pas jusqu'aux armées , ces colonies mobiles qui, dans leur camp de chaque soir, ne présentent pour la forme et la position l'image sacrée du templum d'où elles ont emporté les auspices. Le prétoire du camp romain avec son tribunal et son auguracidum était un carré de deux cents pieds.

« Les terres étaient aussi partagées d'après les règles et l'art des aruspices. On traçait les limites des champs d'après les lignes cardo et decumanus. » Micuelet, Histoire romaine , introduction, chap. V, t. I, p. 51, 1 r « édition. Cf. INiebubr Rœmische Geschichte , t. II, p. 700.

Les passages classiques sur le templum se trouvent dans Varron de Ling. lat. f lib. VU, cap. 6 et suiv.; Festus aux mots : Contemplari, Sinistrœ , Posticum ostium, Decumanus; et Hygin, de Limit., p. 152.

Chap. VU. — IS'ovos transiluisse mur os. Peut-être la tradition voulait-elle désigner par cette expression, noros muros , le sillon (primigenius sulcus) qu'une charrue traînée par un taureau et par une vache traçait autour de l'emplacement que devait occuper la ville nouvelle, pour en déterminer les limites. Voyez Festus et ses commentateurs au mot Primigenius, et Varron de Linqua latina,Y, MS.Egg.

HISTOIRE ROMAINE - NOTES

Cas*. VIL— Condita urbs. Les Romains n'étalent pas d'accord sur la date de la fondation de Rome. Caton la plaçait au II des calendes de mai , c'est-à-dire au 21 avril de la première année de la septième olympiade (751 ans av. J.-C. ). Vairon la reculait de deux années. M. Ideler, dans son Manuel de chronologie, t. II, p. 172, pense que cette dernière supputation doit être , malgré son peu de certitude, préférée à l'autre. C'est celle qu'a suivie Bussuet.

11 est probable, et plusieurs textes le prouvent, qu'avant Romulus il avait existé différents établissements sur l'emplacement des sept collines. Volney, dans ses Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne (t. II, p. 109 et suiv.), a parfaitement indiqué ce qu'il faut entendre par fondations de villes : « En général, dit-il, ces grandes réunions de maisons que l'on appelle villes, ont eu deux manières d'être fondées : 1° la première par un concours lent et progressif d'habitants, que des motifs de défense commune, de facilité de commerce, d'aisance de la vie ont appelés et fixés autour d'un premier noyau d'habitation : à ce premier genre de ville Ton ne saurait presque désigner de fondateur, ni d'époque de fondation.

• La seconde manière se fait par un concours subit de colons que leur propre volonté ou celle d'un gouvernement engagent ou contraignent à bâtir une ville, comme un particulier bâtit une maison : ici appartient et s'applique le nom de fondation, parce que la date est aussi précise que le fait est remarquable.

• Mais si, comme il est souvent arrivé, le lieu choisi pour une telle fondation avait déjà une habitation antérieure, soit village, soit bourgade ; si même il y existait une ville du premier genre, c'est-à-dire sans fondateur connu, actuellement ruinée par la guerre ou par d'autres accidents, cette secoude fondation pourra devenir un sujet de controverse, parce que l'habitation antérieure suppose une fondation originelle , après laquelle il ne doit plus y avoir que restauration. Enfin, si des princes et des rois avaient , par vanité, fait ou simulé de telles fondations pour donner leur nom à des villes qui déjà avaient

. un fondateur connu ; si les peuples ou leurs agents municipaux avaient, par adulation, provoqué de telles fondations fictives , on sent que le mot et la chose seraient tombés dans un désordre assez difficile à éclaircir. Voilà ce qui est arrivé à une foule de villes anciennes, spécialement dans Y Asie-Mineure, la Mésopotamie, la Syrie, etc. où les géographes trouvent quantité de villes fondées , c'est-à-dire rebâties, restaurées par des rois grecs, par des empereurs romains, dont elles prirent le nom, quand néanmoius il est certain qu'elles existaient longtemps auparavant, qu'elles avaient par conséquent une fondation première, véritable, connue ou inconnue. »

Ibid.— Ab Evandro instiiuta. Fabius racontait aussi la tradition relative à Évandre et à Hercule. Voyez Victorinus de Orthographia , p. 2468. Polybe et les poètes grecs de l'époque alexandrine ne sont donc pas les premiers qui en aient fait mention. C'est ce que reconnaît Niebuhr, 1. 1, p. 97 de l'éd. allem., 1. 1, p. 125 de la trad. fr. Caton, d'après le témoignage de Servira et de Soliu, Cassius Hemina [Or. cent. rom. cap. vi) et Cincius (Servius ad Virg. Georg. I, 10) parlaient aussi du mythe d'Évandre. Les livres sibyllins ayant fait connaître Hercule à Rome antérieurement à l'année 556 (Voyez Tite-Live, V, 15), le nom de ce dieu dut de bonne heure, et longtemps avant la censure d'Appius Claudius Ca^cus, se mêler aux fables italiennes. Compares le récit de Tito-Lire avec Yirg. /fin., VIII. 190,

L'historien ne peut être ici taxé de crédulité. 11 se borne à rappeler un récit qui a cours (memorant) ; et s'il ne fait pas de critique, c'est qu'il respecte une vieille croyance à laquelle ses concitoyens viennent de se rattacher avec plus de force que jamais.

Cbap. VII. — Genus omne Potitiorum interiit. Voyez IX, 29 et 54 ; Cic. A'at. Deor.. II, 4; Macrobe, aat. III, 6 ; Orig, gent. rom., VIII;et surtout Valère Maxime, I, i, 17, et les notes des interprètes. L'extinction de cette famille est rapportée à l'an de Rome 441 (512 av. J.-C). La traduction : Ils périrent tous en expiation di leub sacbilége, fait peut-être dire à l'auteur plus qu'il n'a voulu dire.

Cbap. VIII. — Apparitores et hoc genus. On voit par là qu'il ne faut pas confondre , comme on l'a tait plus d'une fois, les appariteurs et les licteurs. Apparitores était , suivant quelques auteurs , le nom générique donné à la classe des serviteurs publics des magistrats, laquelle se subdivisait en scribœ , prœcones , tic tores, accensi , et viatores. On rangeait aussi dans cette classe le carnifex. Voyez Adam's Roman antiquities , p. 161 ,8 e éd., 1819 (T. I, p. 274 de la trad. franc., 2 e édit.); et fr. Creuzers, Abriss der rœm. antiquitœten , g 175 et 174 , p. 152 de la 2« édit., Leipzig et Darmstadt, 1829. D'autres, et de ce nombre parait être M. Creuzer (ouvr. cité, p. 256), en font une subdivision de la classe des serviteurs publics.

Ibid. — Ab Etruscis finitimis. Ce passage prouve que Tite-Live avait recherché les ouvrages qui traitaient des antiquités étrusques. ISous en verrons encore d'autres preuves.

Ibid. — Denys d'Halicarnasse prétend que Rome, au moment de sa fondation , ne comptait pas plus de trois mille hommes d'infanterie et environ mille cavaliers.

Ibid. — Ementiebantur. Nouvelle preuve du cas que lait Tite-Live des fables qu'on rencontre à l'origine de tous les empires.

Cbap. IX. — Legatos circa vicinas génies misil. Tite- Live n'est pas ici d'accord avec Fabius Pictor, dans l'histoire duquel Romulus n'envoyait pas de députés, mais recourait immédiatement à la force (voyez Plut. Rom., 14; Denys d'Haï., H, 50).

Ibid. — Consualia. Ces fêtes, célébrées le 18 ou le 21 août , tiraient leur nom du dieu Consus , auquel elles étaient consacrées. Suivant les uns , qui ne peuvent appuyer leur conjecture que sur ce passage de Tite-Live, ce nom équivalait à equestris; suivant d'autres , il serait l'équivalent du surnom ottaixôa» , donné par les Grecs à Neptuue, et devrait être rapproché de concussor ; suivant d'autres encore le nom de consus serait le participe d'un vieux verbe conso , le même que consulo, d'où il résulterait que Consus était le dieu du conseil (voy. Plut. Rom., 14 ; Festus, s. v. Consualia; Arnob., Adv. gent., m, p. 1 15 ). Les savants qui ont adopté cette étymologie s'autorisent encore d'un passage où Tertutlien raconte (de Spect., 5 ) que de son temps on avait trouvé, en fouillant dans le cirque, un autel sur lequel on lisait cette inscription : CONSU& CONS1LIO MARS DUELLO LARES COMITIO POTENTES. Mais ropiuion la plus vraisemblable est celle qui reconnaît dans les consualia des fêtes funèbres et qui admet que consus , remplacé plus tard , par condilus , vient de condo , comme clausus, préféré à clauditus, vient de claudo (Ascon. in Cic. Verr., II, 10). Ainsi Consus, le dieu caché, ne serait autre que Pluton, Jupiter Stygius, que Tite-Live confond avec Neptunus equestris , sans doute à cause du cheval qui aocom-

pagnait la statue du dieu. Mais je crois avoir prouvé ailleurs {Monuments d'antiquité figurée , p. 85 et suif.) d'une manière évidente que le cheval peut être aussi considéré comme un attribut du dieu de la mort. Ce qui vient d'ailleurs à l'appui de l'explication qu'Asconius donne du nom de Consus , c'est que l'autel de ce dieu restait toujours caché et n'était découvert que pendant les courses (Plut., Rom., 14). Voyez, sur les consualia et sur le sens du mot consus, Éd. Jacobi Handwarterb. der gr. und rœm. Mythologie, s. v. et surtout J. A. Ilartuug, die religion der Rœmer, t. II, p. 87 et suiv.

Cbap. IX. — Antemnales. Plutarque ( Rom., 17) ajoute le nom des Fidénates.

Ibid. — Ad rapiendas virgines discurrit. Suivant Denys d'Ual. (II, 30), le nombre des femmes enlevées fut de 683 ; suivant une autre tradition rapportée par Plutarque ( Rom. 14 , ce nombre se serait borné à 30, et l'enlèvement n'aurait été qu'un prétexte pour attaquer les Sabius. Il est certain qu'eu admettant comme véritable cet épisode de l'histoire romaine, on ne peut s'empècber de reconnaître que l'enlèvement des Sabines prépara la grandeur de Rome en la faisant entrer dans cette voie de guerres et de conquêtes où elle marcha jusqu'à ce qu'elle eût soumis le monde. Si les peuples voisins a vaieut accueilli la demande de Komulus , les Romains auraient trouvé partout autour d'eux des pères , des frères , des parents auxquels ils n'auraient peut-être jamais déclaré une guerre parricide. Le refus que firent ces peuples d'admettre Rome dans leur alliance fut cause qu'elle resta toujours comme un camp ennemi placé an milieu de ces villes pour leur ruine commune. ■ Romulus et ses successeurs, dit Montesquieu ( Grand, et déc. des Rom., en. i), furent presque toujours en guerre avec leurs voisins pour avoir des citoyens, des femmes ou des terres. Ils revenaient dans la ville avec les dépouilles des peuples vaincus; c'étaient des gerbes de blé et des troupeaux : cela y causait* une grande joie. Voilà l'origine des triomphes qui furent dans la suite la principale cause des grandeurs où cette ville parvint. •

Ibid. — Nuptialem hanevoeem faclam. Voyez, surl'étymologle du mot Talassius , Plut., Rom., 15; Que st. Rom., 30; et Varron, cilé par Festus, s. v. Tatassio. Ces écrivains s'accordent pour le faire dériver de raXcuioc lanificium, ou r&kap*;, corbeille où les femmes déposaient leur laine.

CaiP. X. — Nomen Cœninum. Tout ce qui portait le nom de Céniniens, tout le peuple réuni. Tite-Live emploie souvent cette locution pour désigner tout un peuple : Nomen Latinum , Hernicum, Romanum , Etruscum, etc. G. Ganter, Nov. lect., Il, 10, prétend que cette périphrase est empruntée à la laugue grecque, mais aucun des exemples cités ne lavorise cette opinion reproduite par Vecbner, HeUtnoleJLia, II , p. 528.

Ibid. — Ferculo. Quelques manuscrits ont feretro, qu'il Haut peut-être préférer.

Ibid. — Bina... opima porta sunt spolia. L'an de Rome 318 (avant J.-C. 455) A. Cornélius Cossus enleva les dépouilles opimes sur Lara Tolumnius, roi des Véfens , et l'an 532 ( 221 av. J.-C.) M. Claudius MarceUus obtint le même honneur en tuant Viridomartus , chef des Gaulois, cf. IV, 20; et Plut. Rom., 16. Sur l'étymologie du mot opima , voyez Plut. 1. c. Le général qui avait remporté les dépouilles opimes entrait dans Rome monté sur un char à quatre chevaux portant son trophée sur son épaule (Plut., ioid.)

Pour tout ce qui concerne les dépouilles opimes remportées par Romulus et le triomphe de ce roi , notre historien adopte le récit des auteurs les plus anciens. D'autres, suivis par Denys d'Halicarnasse (II, 34) le font rentrer à Rome traîné dans un char attelé de quatre chevaux blancs (Propert. , IV, î, 12 ; cf. Plut., Rom., 16 \

Cn. XI. — Per occasionem ac solitudinem, c'est-àdire per occasionem solitudmis. C'est la figure de langage que les grammairiens appellent i* ** **»*.

Ibid. — Romana legio. D'après sa division en dix cohortes dont chacune se composait de trois manipules se partageant chacun en deux centuries , le nombre total des soldats de la légion aurait dû être de 6,000 hommes. Mais ce nombre varia à différentes époques. Suivant Plutarque, la légion était, sous Romulus, forte de 5,000 fantassins et de 300 cavaliers. Depuis Servius jusqu'à la bataille de Cannes, le nombre des soldats légionnaires fut de 4,200 hommes. Du temps de Polybeilfut porté à 5,200 hommes (Polyb. VI, 19 et suiv.); et enfin Marius, durant son premier consulat , les éleva toutes à 6,000 légionnaires. Voyez Creuser, Abriss der rœm. Antiq., \ 235, p. 367.

Ibjd. — In Crustuminum. Le nom de la ville de Crustumère n'est pas écrit d'une manière uniforme dans tous les auteurs. Virgile {/En., VII, 651) l'appelle Crustumeri pour Crustumerii ; Pline (Uist. nat., III, 9 et alias). Crustumerium, Silius Italicus Crustumium. Tite-Live la désigne indifféremment par les mots Crustumerium, Crustumena , Crustumium et Crustuminum , si toutefois dans ce dernier cas il ne faut pas sous-entendre agrum et voir dans Crustuminum un adjectif.

Ibid. — Additur fabulœ. Il faut bien se garder de conclure du mot fabula que Tite-Live considère toute cette anecdote comme une fable. Le mot fabula en latin, comme p.\>0oç en grec, signifie tout récit vrai ou mensonger. Pour tout ce qui concerne Tarpeia , notre auteur suit Fabius (Voyez Denys d'Haï., 11, 40. Cf. Plut. Rom., 17 et Servius ad Aùn., 1 , 450) , et laisse de côté Pison , auquel il fait allusion en disant : Sunt qui eam ex pacto, etc. (Voyez Denys, II, 59. Florus, I, i, 12, etc.) Une telle explication était tout à fait dans l'esprit de Pison (Voyex plus haut, p. 767 col. 1), et plus honorable pour la jeune Romaine. Deux faits que rapportait également Pison, venaient à l'appui de l'opinion émise par cet historien. Tarpeia avait été , en récompense de son dévouement , ensevelie sur le lieu même où elle avait reçu la mort. Or, si elle eût trahi sa patrie, bien loin d'obtenir cet insigne honneur sur la montagne sainte ( rtfv upûroro rfii snttiuç... Adçrcv ) ses restes eussent été déterrés et jetés au vent. De plus, chaque année, les Roraams lui faisaient des libations funèbres ( Denys, II, 40) et avaient même institué des jeux en son honneur (Tertull. de Spectac, 64

Cdâp. XII. — Stalori Jovi. Sénèque de Benef., IV, 7, donne une autre étymologie plus ingénieuse que vraie, du surnom de Stator donné à Jupiter : • Jovem « rite dices Statorem : qui non, ut historici tradide- • runt , eo quod , post votum susceptum acies Romano- « rum fugientium stetit, sed quod stant beneficio ejus « omnia Stator stabilitorque est. » On voit encore aujourd'hui, dans le forum de Rome, trois colonnes du temple de Jupiter Stator, fondé l'an de Rome 458 (av. J.-C. 295;, sur l'emplacement même que, suivant la tradition, Romulus s'était contenté de consacrer (Tite* Uve, X, 57).

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

Clip. XII. — Porta Palatii. Elle se trouvait non loin de la tribune aux harangues. On l'appelait aussi Porta Romuli.

CaAp.xm.— JVe se sanguine» etc. Corneille dans Horace, acte II, scène 6, a imité et paraphrasé ce discours, mais U est resté bien loin de l'énergique concision de Tite-Live.

Ibid. — Necpacem modo. Virgile {.£n„ VIII, 6391 fait de la conclusion de ce traité l'une des scènes représentées sur le bouclier d'Énée.

Ibid. — Geminata urbe. « Rome accrut beaucoup ses forces par son union avec les Sabins , peuples durs et belliqueux comme les Lacédémooiens dont ils étaient descendus. Romulus prit leur bouclier qui était large, au lieu du petit bouclier argien dont il s'était servi jusqu'alors (Plut. Rom., 21). Et on doit remarquer que ce qui a le plus contribué à rendre les Romains les maitres du monde , c'est qu'ayant combattu successivement contre tous les peuples, ils ont toujours renoncé à leurs usages sitôt qu'ils en ont trouvé de meilleurs. Montesquieu , Grand, et décad. des Rom., cb. i.

> Gicéron, dit Rollin (liist. rom. f t. I) , admire avec raison la profonde sagesse de Romulus dans le traité qu'il conclut ici avec les Sabins, et il ne craint point de dire que ce traité fut la source , le principe, le fondement de toute la puissance et de toute la grandeur romaine, par la coutume salutaire qui s'établit depuis à l'exemple de Romulus, et qui fut inviolablement observée dans tous les temps, d'admettre au nombre des citoyens les ennemis vaincus et de leur accorder dans Rome le droit de bourgeoisie. »

Ibid. — Lucerum nominis et originis causa incerta est. M. Niebuhr (Hist. rom., t. I, p. 529 et suiv.; t. I, p. 417 et suiv. de la tr. fr.), pour expliquer ce mot resté obscur pour les Romains eux-mêmes, fonde, de son autorité privée, une ville de Lucerum sur le mot Cslius, et en fixe l'origine au règne de Tullus Hostilius. (Voyez M. Leclerc , ouvr. cité p. 1 46. ) Mais avec un pareil système d'interprétation, il n'est pas de difficulté historique qu'on ne puisse résoudre. Mieux vaut, ce me semble, s'en tenir à l'explication donnée par Cicéron {de Rep., II, 8). c Romulus, dit-il , avait partagé le peuple en trois tribus appelées du nom de Tatius, du sien et de celui de Lucumou, mort à ses côtés dans le combat contre les Sabins. » Or ce Lucumon était, comme le mot même l'indique, un chef étrusque venu, s'il faut en croire Denys d'Halicarnasse (II, 57), de la ville deSolonium pour secourir Romulus. Peut-être ce chef est-il le même que celui auquel Denys a précédemment (cb. xxxvi) donné le nom de Cslius, et qui, avec les familles dont il avait été suivi, forma uu établissement sur celle des collines de Rome à laquelle il donna son nom, établissement qui fut sans doute renouvelé plus tard par Caelès Vibenna ou Vivenna. (Voy. Tac. Ann. IV, 65, la note de mon savant confrère M. J. L. Buruouf, et le discours de Claude, découvert a Lyon en 1528). L'étude attentive des premiers temps de l'histoire romaine nous a conduits, mon ami M. Fr. Orioli et moi , à reconnaître que Rome, dès l'origine, se présente avec un triple caractère, latin, sabin et étrusque, que l'élément étrusque resta vis-à-vis des deux autres dans un état réel d'infériorité sous les deux premiers rois, mais qu'ayant déjà pris de l'importance dans les dernières arnées de Numa, il réclama à son tour le droit de donner à l'état uu roi pris dans sou sein , et qu'ayant ainsi obtenu la prépondérance, il la conserva presque sans interrup-

tion jusqu'à l'établissement de la république. Voyes Annales de l'Institut archéologique , année 1852, p. 64). C'est cet élément étrusque que représente le Lucumon dont parlent Ciceron et Denys d'flalicarnasse.

Cbâp. XIV. — latrfnii quum ad solenne sacrificium eo tenisset, interficitur. Tel parait avoir été le récit des historiens les plus anciens (Plut. Rom., 25; Denys, II, 51). Licinius Macer racontait la mort de Tatius d'une manière différente. Suivant lui , Romulus n'accompagnait pas Tatius qui s'était rendu à Lavinium pour arranger le différend et non pour un sacrifice solennel.

Ibid. — Fœdus inter Romam Laviniumque urbes renoratum est. ■ Il n'est pas facile de comprendre comment un traité entre Rome et Lavinium pouvait expier l'outrage fait aux députés, ainsi que le meurtre de Tatius : car ce mot d'expiation emporte toujours l'idée de cérémonies religieuses. Il faut qu'elles soient comprises dans Fœdus, car Denys d'Halicarnasse (H, 55) et Plutarque, Vie de Romulus (c. 24), en font mention expresse. Ainsi les cérémonies qui accompagnèrent la conclusion du traité furent destinées à apaiser les dieux , et les deux peuples, compensant l'insulte par le sang, et le sang par l'insulte, se tinrent pour satisfaits. • Lies.

Ibid. — Velut agmine uno irrumpit. Il est difficile de dire à quelle source Tite-Live a puisé pour la prise de Frdenes. Ce stratagème inconnu à Denys d'Halicarnasse ( II, 55) cl à Plutarque, qui (Rom., 25) présente deux traditions différentes, a un caractère beaucoup plus récent et se retrouve dans le récit d'une autre attaque dirigée contre la même ville.

Cdsp. XV. — Toute la narration de la guerre contre Veies a une couleur peu antique. Plutarque [Rom., 24) et Denys d'Halicarnasse (II, 54) placent avant cette expédition la prise de Camerium, où parmi les dépouilles on trouva un char attelé de quatre chevaux que Romulus consacra dans le temple de Vulcain, où il fit aussi placer sa propre statue couronnée par la victoire. Suivant Denys, elle était accompagnée d'une inscription grecque rappelant ses exploits. On a objecté à Denys que cette inscription eût été bien longue et que les inscriptions étendues datent d'une époque beaucoup plus récente. Cette difficulté n'est pas sérieuse. Si cette inscription a existé, elle devait être eu vers, et un distique ( l'Anthologie grecque en offre des preuves nombreuses) dit en peu de mots beaucoup de choses. Ce qui devait être surtout révoqué en doute , c'est le groupe de Romulus couronné par la victoire. L'art à cette époque était encore dans l'enfance et se bornait à la représentation des dieux. ( Voyez M. Ch. Ottfr. Millier Handbuch der archaologie der Kunst,l 66-72.

Cbâp. XVIU. — Falso Samium Pythagoram edunL Cette critique s'adresse sans doute à Pison et à Valerins Antias qui admettaient cette tradition ( Plin., XIII , 15; Tite-Live, XL, 29).

Ibid. — Disciplina tetrica ac tristi veterum Sabinorum. Les mœurs dures et sévères des Sabins étaient passées en proverbe. Virgile {Georg., U, 552) y fait allusion:

Hanc olim veteres vitam cotaere Sabini,

ainsi qu'Horace (II, îp. i , vers. 25 :

Tel Gabiis vel cum rigidis sqnata Sabinls.

Ibid. — De templo descendit. Toute cette cérémonie du sacre de TSuma prêt ente un caractère trop original

pour qu'on la considère comme une pure invention des historiens. Elle devait avoir été conservée dans les annales des pontifes ou dans les rituels.

Cbap. XIX.— Argiletum. C'était une éminence à l'orient dn mont Palatin, du côté du forum. Elle tirait son nom de l'argile dont elle était formée ( Vairon, L. L. V, 157 ) et non comme le prétendait une tradition reproduite par Virgile (j£n„ VIII , 345), du meurtre d'un certain Argus tué chez Ëvandréet à son insu :

Nec noo et sacri monstrat nemos Argileti , Testaturque locum et têtu m docet hospitis Argo. C'était, au temps des empereurs, le quartier des libraires.

Argiletanas mavis habitare tabernas Coin tibi, parve liber, scrinia nostra vacent. MàBTIALj, 4.

Ibid. — Simulai sibi cum dea Egeria congressusnocturnos esse. Le mot simulât prouve que Tite-Live ne croit pas aveuglément aux traditions populaires ; mais que, suivant lui, elles ont toutes un fondement historique.— On montre encore aux environs de Rome la grotte de la nymphe Égérie.

Cbap. XX.— Virginesque Vestœlegit. On attribue généralement à Numa l'institution des vestales; cependant quelqnes historiens la font remonter jusqu'à Romulus. (Voyez Plut Rom., 22 ; Denys d'Halic, II , 65 .)

Ibid. — Sacra omnia exscripta exsignataque attribut t. Pison, au rapport de Pline (Hisl, nat., XIII, 27), racontait , dans le premier livre de son mémorial (primo commentariorum) , c'est-à-dire dans la partie de son ouvrage où il traitait du règne de Numa, la tradition relative à la découverte des livres de ce roi, omise ici par Tite-Live, mais rapportée par loi à l'époque même où cette découverte eut lieu. Dans ce dernier passage, notre auteur invoque le témoignage de Valérius Antias qui avait aussi fait mention de cet événement (Voyez Plut., iVuro., 22). Cassius Hemina en avait aussi parlé ( Plin. loc. cit. Cf. Florid. Sabin. Subseciv. c. xmj.

laid.— /ori Eliclo aram in ^irentiiio dicatrft.— Jupiter Elicius parait être le même que z«ù; x«r«&fcn?ç , descensor, fulgurator, sur lequel on peut consulter la dissertation de Burmann. Il est cependant plus vraisemblable que ce nom vient de l'opinion répandue dès les temps les plus recules chez les Etrusques et chez les Romains , qu'au moyen de certaines cérémonies , de certaines prières, la foudre pouvait être attirée (e/ici ) du ciel sur la terre. Cette étyroologie , adoptée par Ovide ( Fast. III , 525 et suiv.). est beaucoup plus vraisemblable que l'explication donnée par Tite-Live. Tout porte à croire que les Étrusques s'étaient livrés à quelques essais sur l'électricité; c'est du moins ce qu'on peut déduire d'un long passage de Valérius Antias, rapporté par Arnobe {Adv. cent. V, p. 154, éd. Lugd. Batav. 1651), et que Plutarque a traduit dans sa vie de Numa , en. xv, ainsi que des deux passages suivants, empruntés par Pline aux Annales de Pison :

« Extat annalium memoria , sacris quibusdam e preca- » tionibus vel cogi fulmina vel inipetrari. Vêtus fama ■ Etruriae est, impetratum , Volsinios urbem agris de-

• populatis subeunte monstro , quod vocavere Voltam.

• Evocatumet a Porsenna suo rege. Et ante eum a Numa

• sspius hoc factitatum , in primo annalium suorum

• tradit L. Piso , gravis auctor ; quod imitatum parum

• rite Tullum Hostilium ictum ; fulmine ( II , 54 ). »

• L. Piso primo Annalium auctor est Tullum Ilosti-

• luira, regem ex libris eodem, quo Ulum, sacrifie»

• Jovem cœlo devocarc conatum, quoniam parum rite » qusdam fecisset, fulmine ictum (XXVIII, 4).» Cf. plus bas ch. xxxi.

Plusieurs savants, et entre autres Lenz, dans le Magasin fur Philologie herausgegeben von Ruperii und Schlichthorst , t. II , p. 48 et suiv., ont soupçonne qu'il est question dans ces différents passages de conducteurs électriques , et que l'on doit rapporter à la force et à la nature de la matière électrique les flammes qui , au rapport des historiens anciens , ont apparu tout à coup sur les mâts des navires , sur la pointe des lances ou des étendards enfonces en terre , sur la tête des enfants ou des hommes faits, etc. Toutefois il parait douteux que les hommes , à l'aspect de semblables prodiges , en aient entrevu la cause et aient été conduits à la découverte, que le génie de Fraucklin nous a révélée vers la fin du dernier siècle ( cf. Heyne, Opusc. Acad., t. m, p. 125 ). Ils durent plutôt recourir à des pratiques superstitieuses, à des prières , à des sacrifices pour écarter ces présages , qu'ils regardaient comme funestes. Le savant M. Libri qui , à d'autres titres qu'Ennio Quîrino Visconti , mérite d'être regardé comme Tune des plus glorieuses conquêtes de la France sur la péninsule italique, nie positivement dans son Histoire des sciences mathématiques en Italie ( 1. 1 , p. 21 ), que les Étrusques aient possédé le paratonnère ; mais il reconnaît qu'ils avaient fait des observations électriques , notamment sur l'origine terrestre du tonnerre qui monte quelquefois de bas en haut. Voyez encore sur cette question les Étrusques de M. Ch. Ottfried Mûtler, t. II, p. 174; M. Ed. Jacobi, Handw. der gr. und rœm. Mijthol., 1. 1 , p. 298 et t. Il, p. 528; et M. Hartung, Religion des Romains, t. II, p. 12.

Cbâp. XXI.— iVuma très et quadraginta. « Le règne de Numa, long et pacifique, était très-propre à laisser Rome dans sa médiocrité ; ci, si elle eût eu dans ce tempslà un territoire moins borné et une puissance plus grande» il y a apparence que sa fortune eût été fixée pour jamais.

« Une des causes de sa prospérité, c'est que ses rois furent tous de grands personnages. On ne trouve point ailleurs dans les histoires une suite non interrompue de tels hommes d'état et de tels capitaines. » Montesquieu , Grand, et dec. des Rom., cb. i.

» Les malheurs des rois qui succédèrent à Numa donnèrent bien plus de lustre à sa gloire. De cinq qui régnèrent après lui, le dernier chassé du trône vieillit dans un honteux exil. Aucun des quatre autres ne mourut de sa mort naturelle : trois périrent dans les embûches qu'on leur dressa, et Tullus Hostilius, le successeur immédiat de Numa.... fut frappé de la foudre. » Plutabque, vie de Numa , cb. xxu , trad. de Ricard.

Cbap. XXII. —Imperitabat tum C. Cluilius Albœ. Le nom que conserva longtemps la fossa Cluilia ne permet guère d'élever de doute sur tout ce récit. Denvs d'Halicarnasse ( III, 2 ) donne au chef des Albains le nom de KolUoç et celui de KwAia au fossé en question. Mais au livre VIII il l'appelle lUotMo. C'est ainsi qu'elle est désignée par Plutarque (Coriol., 50), et par Festus (v. Clœlia fossa). 11 y avait à Albe une famille Clœlia qui fut transportée à Rome après la ruine d'Albe. Cluilius et Clœliua paraissent être un même nom.

Ibid — Ulrimque legati fere sub idem tempus ad res repetendas missi. Ces événements sont racontés do la même manière , par Diodore de Sicile ( Excerpta legationum, vol. Il , part. II, p. «62, éd. Lud. Diadorf).

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

Or Dlodore sa ilFablus. ( Voyez Dodwel de Cyct., p. 581 ; Heyne, Fontes Diodor. in comment, societ. Gott. VII î, p. H8, soif. ; Niebubr, II, p. 79; Fragra. Euseb., éd. Aocber loc. cit.) Il se règle aussi sur l'ère de Fabius : c'est ce que prouve par de nombreux exemples, Petan, Doeir. temp. DC, 55.

Cbap. XXm. — Un infit Albanus. Corneille (Horace, acte 1 , scène iv) a imité ce discours.

Que faisons-nous , Romains , Dit-il , et quel démon vous fait venir aux mains? Souffrons que la raitoo éclaire enfin nos âmes; Nous sommes vos voisins , nos filles sont vos femmes , Et l'hymen nous a joints par tant et tant de nœuds, Qu'il est peu de nos fils qui ne soient vos neveux. Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en deux villes. Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles , Où la mort des vaincus affaiblit les vainqueurs , Et le plus beau triomphe est arrosé de pleurs? Nos ennemis communs attendent avec joie Qn'un des partis défait leur donne l'autre en proie, Lassé , demi-rompu . vainqueur, mais pour tout fruit Dénué d'un secours par lui-même détruit.

Us ont assez longtemps joui de nos divorces ; contre eux dorénavant joignons toutes nos forces , Et noyons dans l'oubli ces petits différends Qui de si bons guerriers font de mauvais parents. Que si l'ambition de commander aux autres Fait marcher aujourd nul vos troupes et It-s nôtres . Pourvu qu'à moins de saug nous voulions l'apaiser. Elle nous unira , loin de nous diviser.

Nommons des combattants pour la cause commune , Que chaque peuple aux siens attache sa fortune , Et suivant ce que d'eux ordonnera le sort , Que le faible parti prenne loi du plus fort.

Mais sans indignité pour des guerriers ci braves, Qu'ils deviennent sujets sans devenir esclaves , Sans honte , sans tribut , et uns autre rigueur Que de suivre en tout lieu les drapeaux du vainqueur. Ainsi nos deux états' ne feront qu'un empire.

t J'ose dire que dans ce discours, imité de Tite-Live, l'auteur français est au-dessus du romain, plus nerveux, plus touchant ; et quand on songe qu'il était gêné par la rime et par un langage embarrassé d'articles et qui souffre peu d'inversions, qu'il a surmonté toutes ces difficultés, qu'il n'a employé le secours d'aucune épitbète, que rieu n'arrête l'éloquente rapidité de sou discours, c'est là qu'on reconnaît le grand Corneille. ■ (Voltaibb , obsero. sur Corneille.)

Cbap. XXIV. — Nominum error manet. L'incertitude on l'on était du temps de Tite-Live, sur la question de savoir à quelle nation appartenaient les Horaces et à quelle autre les Curiaces, est un des arguments que les sceptiques ont invoqué contre l'authenticité de l'histoire primitive de Rome. Mais de bonne foi peut-elle autoriser à nier un fait accompagné de circonstances qui avaient dû laisser de profonds souvenirs? Voyez ce qui a été dit plus haut ( p. 761, col. 2) sur la formule du traité conclu entre Albe et Rome.

Ibid. — Nec ullius vetustlor fœderis memoria est Ce qui suit prouve que toutes les formules employées dans cette circonstance avaient été religieusement conservées par le collège des Féciaut.

Ibid. — Patrem patratum. Le pater patralus était le chef du collège des Féciaux. • Cum... volebant bellum

• indicere , Pater patratus , hoc est princeps Fecialium

• proficiacebatur ad bostium fines et prafatus quaedara

• soteonia, dara voce dicebat : Se bellum indicere prop-

• ter certas caussas : aut quia soclos laescrant , aut quia » nec abrepta aniroalia, nec obnoxios reddiderant. Et

• ha?c Clarigatio dicebator, a claritate vocis. Post.qoam

• clarigationem , hasta in eorum fines missa indicabatnr

• jam pugna3 principium. Post tertium autem et tricesi-

• mum diem, quam res rapetissent ab nos ti bus, feciales » hastam mittebant. » Stavus , ad Virg. /£«., XI , 53.

Cbap. XXIV. — Verbena capxd capillosque tangens. Od employait la verveine dans les purifications. (Voyez Festus sub voce Sagmma. Plin. , Uist. nat. t XXXII, 2 : « Non

• aliunde sagmina in remediis publicis fuere et in sacris » legationibusque verbeo». Certe utroque nomine idem » significatur, hoc est gramen ex arce cum sua terra » cvolsura. »

Ibid. — Ex illis tabulis cerave. Donc cette formule était écrite, les mots Legibus deinde recitatis ne peuvent laisser d'incertitude à cet égard.

Cbap. XXV. — Jacentem spoliât. La dernière partie de ce combat a été imitée par Corneille ( Horace, acte IV, scène u ) :

Resté seul contre trois . mats en cette aventure «

Tous trois étant blessés et lui seul sans blessure ,

Trop faible pour eux tous , trop fort pour chacun d'eux ,

Il sait bien se tirer d'un pas si hasardeux ;

II fuit pour mieux combattre , et cette prompte ruse

Divise adroitement trots frères qu'elle abuse.

Chacun le suit d'un pas , ou plus ou moins pressé,

Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins blessé ;

Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite .

Mais leurs coups inégaux séparent leur poursuite.

Horace les voyant l'un de l'antre écartés ,

Se retourne , et déjà les croit deml-domptés ;

II attend le premier, et c'était votre gendre;

L'autre, tout indigné qu'il ait osé l'attendre ,

L'n vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur,

Le sang qu'il a perdu rallentit sa vigueur.

Albe à son tour commence à craindre un sort contraire»

EUe crie au second qu'il recoure son frère;

11 se hâte et s'épuise en efforts superflus ;

Il trouve en les joignant que son frère n'est plus.

Tout hors d'haleine, U prend pourtant sa place

Et redouble bientôt la victoire d'Horace.

Son courage sans force est un débile appui .

Voulant venger son frère , il tombe auprès de lui. L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie » ' Albe en jette d'angoisse , et les Romains de joie. Comme notre héros se voit près d'achever, C'est peu pour lui de vaincre , il veut encor braver. < J'en viens d'immoler deux aux mines de mes frères t

• Rome aura le dernier de mes trois adversaires ;

• C'est à ses intérêts que je vais l'immoler, » Dit-il , et tout d'un temps on le voit y voler.

La victoire entre eux deux n'était pas incertaine ; L'Albain , percé de coups, ne se traînait qu'à peine , Et comme une victime aux marches de l'autel , Il semblait présenter sa gorge au coup mortel : Aussi le reçoit-il peu s'en faut sans défense , El son trépas de Rome établit la puissance.

■ Le récit du combat des Horaces et des Curiaces, imité de Tite-Live , est comparable à l'original. Ce n'est pas un petit mérite d'avoir su alors exprimer avec élégance et précision des détails que la nature de notre lan gue et de notre versification rendait très-difficiles. Ceux qui connaissent les entraves de notre poésie, avoueront que Corneille ne fut pas étranger à cet art d'exprimer et d ennoblir les petits détails, que Racine porta depuis au plus haut degré de perfection. » Là Habpb , cours de utteratrre.

Chap. XXV. — Sepulcra exstant. On a prétendu reconnaître le tombeau des Curiaces dans le mausolée à cinq pyramides qu'on voit en sortant d'Albano pour se rendre à Laricia ; mais les détails que doune Tite-Live sur le lieu de la sépulture des cinq guerriers et la forme du monument qui est étrusque, ne permettent pas d'admettre cette opinion, qui d'ailleurs a été depuis longtemps réfutée. Voyez Christ. Muller, Roms Campagna, t. II, p, i 49 et suiv.; Cb. OUCr. Muller Handb. derarchœol. derhunst, $ 170; et Annales de l'Institut archèol., 1855, p. 45.

Cbap. XXVI. — Motet ferocijuveni animum comploratio sororis. Voyex Corneille, Horace, acte IV, scène f .

Ibid. — Quœcumque Romana lugebit hostem. Corneille (toc. cit.) :

Va dedans les enfers plaindre ton Curiaee.

.... Ainsi reçoive an châtiment soudain Quiconque ose pleurer un ennemi romain.

Ibid. — Vel extra pomarium. Cette antique formule est du nombre de celles qui avaient évidemment survécu à l'incendie de Rome. (Voyez plus haut , p. 76 1 ) .

Ibid. — Hunccine, aiebat, etc. (Horace, acte V, scène m). Corneille n'est pas resté au dessous de Tite- Live dans sa paraphrase de ce discours si simple et si énergique.

Romains , souffrirez-vous qu'on vous immole un homme

Sans qui Rome aujourd hui cesserait d'être Rome,

Et qu'un Romain s'efforce à tacher le renom

D'un guerrier à qui tous doivent un si beau nom?

Dis, Valèxe , dis-nous , si tu veux qu'il périme ,

Où tu pennes choisir un lieu pour son supplice?

Sera-ce entre ces murs , que mille et mille voix ,

Font résonner encor du bruit de ses exploits?

Sera-ce hors des murs . au milieu de ces places

Qu'on voit fumer encor du sang des Curiaces ;

Entre leurs trois tombeaux . et dans ce champ d'honneur

Témoin de sa vaillance et de votre bonheur?

Tu ne saurais cacher sa peine à sa victoire :

Dans les murs , hors des murs , tout parle de sa gloire.

Ibid. — Admiratione ma gis virtutis. quam jure causœ. • Tnllus, roi de Rome, et Métius, roi des Albains, étaient convenus que celui des deux peuples dont les champious seraient vaincus, demeurerait soumis à l'autre. Les trois Curiaces perdirent la vie. Le dernier des H or aces , demeuré seul, Fit passer Métius et ses états sous la domination des Romains. Le jeune vainqueur, retournant a Rome, rencontra une de ses sœurs qui, accordée en mariage à un des trois Curiaces, pleurait la mort de son époux. Il la tue; et cette action sanguinaire l'ayant fait traduire en jugement, il fut absous après de grands débats, moins par considération pour son mérite, que par compassion pour les larmes de son père.

• Il y a trois choses à remarquer sur cet événement.

• La première, c'est qu'on ne doit jamais hasarder toute sa fortune avec une partie seulement de tes forces.

• La seconde, que, dans une ville bien réglée, les mérites et les démérites ne doivent pas se compenser.

• La troisième, qu'un accord est nécessairement vicieux toutes les fois qu'on doit ou qu'on peut douter de la fidélité de l'exécution. En effet, c'est un événement si affreux pour un état de tomber dans l'esclavage, qu'on ne devait jamais penser qu'aucun des deux rois ou des deux peuples consentit à perdre sa liberté par la défaite de trois de ses soldats. Aussi Métius tâcba-t-il de se soustraire au traité; et quoique ce prince se lût confessé vaincu et qu'il eût promis d'obéir à Tullus dans le premier moraeut de la victoire des Romains, il ne chercha I

pas moins à le tromper, à la première occasion, lorsque les Romains voulurent marcher contre les Véiens. U a'était aperçu, mais trop tard, de l'imprudence de ces conventions. • Machiavel , réflexions sur la première décade de Tite-Live, livre 1, ce. xxu, trad.de M. de Mène. Paris, 1782, t. I, p. 249.

« Horace avait bien mérité de la république en triomphant des Curiaces; mais le crime affreux qu'il commit en tuant sa sœur, causa tant d'indignation aux Romains, que, malgré l'éclat prodigieux et le mérite récent de sa victoire, il ne parvint pas sans peine à sauver sa vie. Du esprit léger qui ne verrait que la superficie des choses citerait ce trait comme un exemple de l'ingratitude du peuple. Un observateur plus judicieux, et mieux instrnit des vrais principes qui doivent gouverner une république» blâmera plutôt les Romains d'avoir »btous Horace , que d'avoir voulu le coudamner. En voici la raison. Une république bien ordonnée ne compense pas le mérite et le démérite; mais après avoir établi des récompenses pour les bonnes actions, et des punitions pour les mauvaises . si un citoyen récompensé pour avoir bien fait, commet une action qui mérite châtiment, elle punira une mauvaise-action, sans aucun égard pour les bonnes. Une république fidèle à ce principe jouira longtemps de sa liberté; elle se perdra promptement si elle s'en écarte. » Idem. en. xxiv, 1. 1 , p. 255.

Chap. XXX.— Roma intérim cresrit Albœ ruinis.» Rome s'accroît cependant des ruines d'Aine. • Voulez-vous qu'uue ville étende au loin sa domination , employez tous les moyens imaginables pour la peupler extrêmement , car jamais une ville ne deviendra puissante sans cette extrême population. Ces moyens se réduisent à deux, la douceur et la force. Si vous prenez le parti de la douceur, ouvrez toutes vos portes au* étrangers qui voudront s'établir chez vous, rendez-leur cet établissement aussi assuré qu'agréable. Si vous prenez celui de la force, détruisez toutes les villes voisines et obligez tous les habitants a porter chez vous leurs foyers. Rome fut si fidèle à ces principes, que. dès le temps de son sixième roi, elle comptait quatre-vingt mille habitants en étal de porter les armes. Elle imitait un bon cultivateur qui, pour former un élève plus vigoureux, plus capable de porter des fruits et de les conduire a maturité, en retranche impitoyablement les premiers rameaux, et, par «ette utile rigueur, retenant la sève dans le tronc de l'arbre, le met en état de pousser des branches plus vigoureuses et plus fertiles.

« L'exemple de Sparte et d'Athènes prouve la nécessité d'employer ces moyens pour fermer un puissant état. Ces deux républiques étaient extrêmement guerrières , elles avaient les meilleures lois : jamais cependant elles ne M'agrandirent autant que Rome, qui semblait moins bien policée, et gouvernée par de moins bonnes lois. Cette différence ne peut que venir des raisons ci-dessus expliquées , Rome , attentive à augmenter sa population, pouvait mettre deux cent quatre-vingt mille hommes sous les armes; Sparte et Athènes n'ont jamais pu passer le nombre de vingt mille chacune.

■ Ce ne fut point , en effet, par l'eicellence du climat , mais seulement par la différence des principes que Rome eut cet avantage sur ces deux villes.

» Persuadé que rien ne pouvait plus aisément corrompre les lois que le mélange des étraugcrs,Lycurgue, fondateur de Sparte, disposa toutes choses pour les éloigner de la ville. Peu content de leur défendre de s'y marier»

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

de leur refuser le droit de bourgeoise, et tous les genres de liaisons qui unissent les hommes entre eux , il voulut que dans sa république on ne fit usage que d'une monnaie de cuir, afin doter à tout le inonde l'envie d'y venir établir quelque commerce, ou exercer une industrie. 11 était donc impossible que Sparte fût jamais peuplée.

» Tous nos établissements imitent la nature, il n'est ni possible ni naturel qu'un tronc faible et léger soutienne des branches considérables. Il est impossible de même qu'une petite république soumette des villes ou des royaumes plus étendus et plus puissants qu'elle, sans éprouver le sort de cet arbre, qui, chargé de branches plus fortes que le tronc, se fatigue extrêmement a les soutenir, et se voit briser par le plus petit vent. Tel fut , en effet, le sort de Sparte, après s'être emparée de toutes les villes de la Grèce; la révolte de Thèbes entraîna celle de toutes les autres , et le tronc demeura sans branches. Rome ne craignait pas un pareil malheur : elle avait un tronc assez fort pour soutenir facilement les plus grosses branches.

■ C'est donc à ce principe et à quelques autres que Rome fut redevable de sa puissance. C'est ce que Tite-Livc a voulu dire par ces mots : « Rome s'accroît cependant des ruiues d'Albe.* M icbuvel, ouvrage, cité, livre II, ch. ni, t. II. p. 27 et suiv.

Ibid.— Eam sedem Tullus regiœ capit. Tullus d'origine étrusque comme l'a prouvé le savant Orioli , Annales d> J7nst. archèoL 1832, p. 59 et suiv., établit son palais dans le lieu même qu'occupaient les Luceres, c'est-à-dire les familles étrusques , venues a Rome sous le premier roi.

Ibid. — Quœ Hostilia usque ad patrum nostrorum œtaitm appellata est. César qui l'avait réparée lui avait donné le nom de Julia.

Ibid. — Ad Feroniœ fanum. Au pied du mont Soracte, aujourd'hui Saint-Oresle , et à trois milles d'Anxur, aujourd'hui Terracine.

Qois Jupiter Anxurus arvit Praesidet , et vlridi gaudeus Ferooia luco.

( Vibo. Mn. VII , 799. )

Ora m au usque tua lavlmus , Feronia , lymplia; Affilia tum pransi tria repimus, atque subiutus Impotitum saxis late caodeatibu* Anxur.

HOBAT.I.sal. V.23.

Chip.XXXI.— /n monte Albano lapidibus pluisse. Sur ce prodige et sur tous ceux dont parle Titc-Live, tels que pluies de sang, comètes, éclipses, apparitions célestes , etc., voyex , J. A. F. Steger, Von den Prodigiem, Brunsv., 1800 etHeyne Opusc. Acad. 1. 111, p. 198-215 et 255-274.

Ibid. — Fulmine ictum cum domo conflagrasse.

PHoe, XXVIII, 2 : « L. Piso primo Annalium auctor

• est Tullum Hostilium regera ex Nu ma? libris eodem ,

• quo illum sacrificio Jovem cœlo devocare conatum, quo-

• niam parum rite qua?dam fecisset , fulmine ictum. • Tite Live reproduit évidemment le récit de Pison , mais en l'amplifiant à sa manière. Ainsi les livres de Nu ma deviennent sous sa plume de longs mémoires ( Volventem commentarios Numm ).

Suivant d'autres récits Tullus malade aurait été tué par Ancus Martius et ses partisans , qui auraient en même temps incendié son palais, pour mieux cacher leur crime. Cf. Den) s d'Haï. III , 55.

Ibid. — Regnavit annos duos et triginta.

• On ne peut considérer attentivement le génie et le ca-

ractère des trois premiers rois de Rome, Romulus, Nurna et Tullus, sans admirer le rare bonheur de cette ville. Romulus , prince féroce et belliqueux, eut pour successeur un roi paisible et religieux , suivi d'un prince aussi féroce que Romulus , et plus ami de la guerre que de la paix. Il fallait en effet que Rome eût, dans les premières anuées de sa fondation , un législateur expérimenté qui réglât ses mœurs et sa police : mais il fallait aussi que ses autres rois reprissent le génie belliqueux de Romulus , afin de l'empècber de s'amollir et de devenir la proie de ses voisins. Cette observation nous fournit une maxime : c'est qu'après la mort d'un grand prince, son génie soutient encore son état; et qu'avec des vertus bien moins éminentes, son successeur peut jouir du fruit de ses travaux et se maintenir paisiblement. Mais la ruine de l'état est inévitable si le prince faible règne trop longtemps, ou que ses successeurs ne reprennent point le génie mâle et vigoureux du premier. Le roi David fut recommandable par sa valeur, par ses connaissances, par son jugement : après avoir vaincu par son courage et dompté tous ses voisins, il laissa Salomon , son fils , paisible possesseur de son royaume. Ce prince fortuné jouit sans peine des travaux de son père, et n'eut besoin, pour conserver son empire , que d'y entretenir les arts de la paix et ceux de la guerre, déjà créés par ce grand roi. Il n'en fut pas de même de Roboam son fils ; et comme il n'avait ni la vigueur de son aïeul , ni la fortune de son père, il ne put conserver qu'avec beaucoup de peine la sixième partie de ses états.

• Bajazet, sultan des Turcs , aima plus la paix que la guerre : mais les grandes victoires de Mahomet, son père, qui avait, comme David, terrassé tous ses voisins, avaient affermi les fondements de son empire ; et les arts de la paix suffirent à ce prince pour s'y conserver glorieusement. Mais c'en était fait delà puissance ottomane, si Soliman, qui règne aujourd'hui , avait moins ressemblé à son aïeul qu'à son père. On peut juger que ce prince surpassera son aïeul même. Je conclus de ces exemples, qu'après un excellent prince , un état peut se soutenir sous un prince faible ; mais qu'il n'en est pas de méuie , si celui-ci a pour successeur un prince faible comme lui. Je n'excepte de cette règle que les étals qui , semblables à celui de France , se soutiennent par la seule force de leurs anciennes constitutions. Or, j'appelle princes failles ceux qui sont incapables de faire la guerre.

•Je répète donc que le génie belliqueux de Romulus, affermit assez la puissance de Rome, pour que Numa, sou successeur, pût s'occuper longues années à y faire fleurir les arts de la paix. Tullus. qui lui succéda, fit revivre par son courage la réputation de Romulus. Ancus, qui vint après lui , avait reçu de la nature un géuie également propre à la paix et à la guerre. Il s'attacha même d'abord à entretenir la paix : mais , voyant que ses voisins le méprisaient comme un prince lâche et efféminé, il sentit que les armes seules pouvaient soutenir la grandeur romaine , et que Rome voulait un prince plus ressemblant a Romulus qu'à Numa.

» Que ce prince serve donc d'exemple à ceux qui gouvernent un état. S'ils ressemblent à Numa,leur trône toujours chancelant s'affermira ou s'ébranlera au gré du hasard et des circonstances. S'ils allient comme Romulus la sagesse avec le courage, le sceptre assuré dans leur main ne pourra en être arraché que par une force excessive. On peut certainement présumer que Rome n'aurait jamais pu s'affermir, ni produire toutes les merveilles dont sa valeur étonna le monde, si elle n'avait pas eu , pour le troisième de ses rois nn prince dont le caractère

guerrier sût rajeunir l'éclat que ses premières victoires avaient d'abord jeté. Et ce danger de périr sous un roi faible ou méchant, Rome y rut exposée tant qu'elle eut des rois. » Mjcbiavel, ouvrage cité» liv. 1, cbap. m. 1. 1, p. 241.

CniP. XXXII.— Longe antiguissimum ratus. Id est : •Primum et gravissimum, optimum factu, quod maxime curaecordiqueest, » ut III, 10; VI, 40; VII, 31 ; IX, 3! ; et *p«<r6vr«f>ov apud Hérod. V, 65 et JEWaa. Var. Hist.Y, 17.

Ibid. — Relata in album. • L'album où se promulguaient les actes de l'autorité publique est défini par Servius ( ad .En. 1 , 575 ) , tabula a'ealbata ; ce qui fait entendre que ces inscriptions étaient tracées sur du bois peint en blanc. Souvent aussi , principalement dans l'antiquité grecque , elles Tétaient sur la muraille même, à en juger par plusieurs expressions de Platon ( Lois VI, 23 ; IX , 4 ) , de Démostbène ( contre Timocrate, p. 707 Beiske), et par la longue façade destinée à cet usage qu'on ? oit encore à Pompéî , que Matois a dessinée , et que M. Letronne ( Recherches sur l'Egypte, p. 427 ) compare à ces pilastres mentionnés dans quelques inscriptions grecques , xotpœrràâts. Tel est l'usage que Suidas explique au mot Artxu/uc , muraille enduite de chaux propre à la transcription des actes publics : To?x«« v»h>

&Xr)XinfiÂYOç xpbç ypapàv JroAimûv xpacyfiàriû* inctiifaieç. A

Rome c'était une tablette de bois simplement blanchie *(vaÇ A«A«vxa»/jiév©ç , comme disaient, en parlant des proscriptions, les historiens grecs Dion Cassius et Jean d'Antioche ( Excerpt. Peiresc. p. 658 , 798. Hesychius : xtvdhttov , rà a«vx»/«« ) , ou recouverte de stuc , si l'on adopte l'interprétation que , d'après Winckelmaon ( Seconde lettre sur Herculanum ), M. Fea dans le prodrome de ses Frammenti di fasti consolari, Rome, 1820, donne au mot dealbare qu'il traduit par intonacare di marmo. Ainsi se publiaient l'édit annuel et les autres actes du préteur ( Voyez Plaute , Persa, 1 , 2 , 22 et la note latine de M. Naudet, t. II, de son édition, p. 547 ). On connaît aussi Yalbum des juges , des décurions , des sénateurs , descitharèdes, etc. ( Voyez Mazzoccbi , in Tab. Heracl. p. 309 ). ■ M. Leclebc , ouvr. cité p. 83 et suiv.

C'était sur nn album que le grand pontife exposait aux yeux du peuple les événements mémorables de Taunée. ■ Res oranes singulorum annorum mandabatlitteris

• pontifex maximus , efferebatque in album et propont- ■ bat tabulam domi , potestas ut esset populo cognos- » cendi. • Cic.de Orat. II, 12.

Ibid. — Jus ab antiqua gente Aïquicolis quod nunc ¥ étiole s habent, descripsit. — Les féciaux, dont il a déjà été question chapitre xxiv, passaient pour avoir été établis par Numa ( Plut. Auto. 12. Cic. de Leg, If, 9), qui, suivant Deny s d'Halicarnasse (1,21,11,72), aurait emprunté cette institution aux Grecs. Mais il parait que dès les temps les plus anciens , elle était en usage chez les peuples de l'Italie et notamment chez les Albains et chez les Samnites. Voyez chapitre xxiv, et VIII , 59.

C'était du reste une opinion généralement admise que les Equicoles étaient les auteurs des formules qui constituaient en quelque sorte le droit des féciaux , Valerius ( Epitom. de prœnomin. ) en attribue la rédaction à Sertor Resius : « Ab jEquicolis Sertorem Resium , qui pri-

• mus jus fetiale instituit. »

Les Equicoles et mieux Equicoles ( Hey ne ad Virg., /En., VII, 747) appelés aussi Eques, Equens, Équiculains ( jEqui . AUquani , .fïquimlani) , étaient une race I

sauvage , de montagnards établis sur les deux rives de TAnio, entre les Marses , les Péligniens et les Sabelies.

Cbap. XXXII.— Filo, id est vitta, infula ut apud Tibull. I, v, 15. Festus : « Flamen dialis dictus, quod assidue

• filo veletur. • Varro, L. L. V, 113 : • Filum, quod

• minimum est hilum; id enim minimum est in vestimento. •

Ibid. — Hastam in fines eorum emittebat. Toutes les cérémonies, toutes les formules usitées dans les déclarations de guerre faites par les féciaux portent évidemment le cachet d'une haute antiquité (Voyez, p. 761 ); quelques-unes d'entre elles paraissent d'une haute antiquité . tant en Asie (Hérod. IV, 131 ) qu'en Germanie ( Voyez Grimm, deutscne Redits Alterthùmer, p. T 164 ), et se conservèrent même au moyen âge. Ainsi lorsqu'en (284 les Pisans vinrent jusqu'à Gènes provoquer les Génois au combat, ils lancèrent dans le port des flèches d'argent. ( Giovanni Villani, dans Afuratori.XHI, 294, cité par M. Micbelet, Origines du droit français, p. 288.)

Cbap. XXXIII.— Tellenis, Ficanaque captis...Poliiorium, urbem Latin orum... Medulliam. Sur la position de ces différentes villes, voyez Sickler, Handbuch der alten Géographie, p. 566 et 575.

Ibid. — Ad Murciœ datée sedes. — Murcia était une déesse latine identifiée avec Vénus et dont le temple était situé sur le mont Aventin ( Serv. ad ACn. VIII, 656). On n'est pas d'accord sur Tétymologie de ce nom. Suivant les uns, Murcia ou Murtiaé quivaut à Myrtea et viendrait de ce que près du temple de Vénus, sur TAventin, se trouvait un bois de myrtes ( Plin., H. A\ XV, 56, 29. Serv. ad j£n. I, 724. Varr# et Festus, sub. voc. Plut. Qwsl. Rom. xx). Suivant d'autres il serait dérivé du mot syracusain nvpxàç, délicat ( Saumaise sur Solin, p. 657 ). Enfin d'autres pensent qu'elle avait été ainsi appelée comme rendant lâche et paresseux , murcidus * (saint August., de Civ. D. IV, 16. Arnob. IV, 9). Voy. J. A. Uartung, Religion des Romains , t. II , p. 249.

Ibid. — Quiritium quoquefossa. Niebuhr ( t. JI, p. 66, de la tr. fr. ) croit que c'est la Marrana qui fait suite à la fossa Cluilia.

Ibid.— Carcer.... imminens foro œdificatur. Cette prison , le plus ancien monument de Rome , occupe le vide d'une carrière taillée dans le mont Capitolin. Elle fut plus tard augmentée et fortifiée par Servius Tullius.

Cbap. XXXIV.— Lucumo. Du mot Lucumo, en étrusque Lauchme , les Latins ont fait Lucmo,

Prima galeritus posuit praetoria Lucmo.

Propert. IV, (V,) i. 28.

C'était proprement le titre que portait le magistrat su» prcme de chadune des douze villes composant les confédérations étrusques (Serv. ad&n. VIU, 475 : • Tuscia duode- » ci m Lucumones habuit , id est reges , quibus unus pree- • rat •). Mais on le rencontre, souvent chez les historiens romains employé comme nom propre, par exemple dans le passage qui nous occupe et VI, 55, dans Denys d'Halicarnasse, II, 57. M. Ch. Ottfried Muller ( Die Etrusker, 1. 1, p. 363 ) , pense avec beaucoup de vraisemblance que Lucumo n'était pas un nom d'individu , mais un titre , un surnom qu'on donnait aux fils aines des familles nobles qui par leur naissance pouvaient aspirer aux plus hautes dignités , et que c'est de là que vient le surnom latin de Lucius ( « Lucii (appcllati), ut quidam arbitrantur a Lu*

a cumooibus elrusclf . • Val. Max., de ISomin. 18.) Voyex M. Poirsoo, Hist. rom. f t. 1, cbap. 2.

Cbip.XXXIV.— Damarati Corintkii filius erat. Nieb., 1. 1, p. 595 ; t. II, p. 70 de la tr. fr., semble penser que la tradition qui donnait une origine grecque à Tarquin n'a- Tait été introduite dans l'ancienne épopée romainequepeu de temps avant Polybe. Mais, sans retenir ici sur ces prétendues épopées qui paraissent n'avoir existé que dans l'imagination du sceptique allemand (Voy. M. Leclerc, ou? r. cité , p. II , 147 et passim ), il est constant que cette tradition était déjà admise quand Fabius écririt son histoire, puisque Deoys en la rapportant (IV, 6, 50 et 64 ) , cite l'autorité de ce vieil historien. On la trouvait aussi dans Gassius Ilemina ( Macrob. III , 4 ) et enfin l'empereur Claude dans son discours en faveur des Gaulois ( tab. I, foyes le Tacite de M. Burnouf , t. II, p. 514 ) , en lait mention, d'après les livres étrusques,

Ibid. — Nobilemque una imagine Nunus esse. Tite- Live veut faire entendre par la que la noblesse d'Ancus ne datait que de Numa , que dans sa généalogie il ne pouvait compter qu'un degré, ne présenter qu'une seule image. On sait toute l'importance que les Romains attachaient au jus imaginum dooné par les magistratures curules ( Chladenius de Gentilitat. vet. Boni., p. 51-40, p. 158 ). Cette institution existait-elle déjà à l'époque de Tarquin l'Ancien ? Rien n'empêche de le croire , car le droit d'images parait remonter à l'origine du patridat; mais on ne peut , à cet égard , tirer aucune conséquence du passage qui nous occupe , car il est possible que Tlte- Live, en parlant de la noblesse d'Ancus, se soit servi d'une expression en usage de sou temps, et ait voulu faire entendre seulement qu'Ancus ne comptait qu'un ancêtre.

Cbap. XXXV.—Minorumgentium sunt appellati. Voy. au sujet de cette dénomination une savante note de M. Burnouf sur Tacite, Ann. XI, 25, t. III, p. 517 et suiv.

Ibid. — ^piotes. Voy ex Pline III , 5, 9; Strab.V, p. 251 ; Denys d'Haï., III, p. 186.

Ibid. — Circus Maximus. Dans la vallée Murcia , entre l'Aventin et le Palatio. U avait trois stades et demi de long sur un de large , et pouvait contenir 150,000 spectateurs et même suivant d'autres 485,000.

Cbap. XXXVI. — Sabinum beUum cvptis intervenu. Tite-Live qui, dans ce passage, suit les anciens auteurs, ne parle pas des prétendues victoires remportées par Tarquin l'Ancien sur les Etrusques (Denys d'Haï., H, 55 ; Oros., II , 4 ) , et n'exagère pas les succès que ce prince obtint contre les Sabins.

Ibid. — In comitto. C'était une partie du forum près des rostres, qui conduisait dans la curie.Ce lieu était ainsi appelé parce qu'on y tenait les eomitiaécuriata ( a coeundo. Varro, Ling. lat., IV, 52), et que d'abord les consuls puis les préteurs y rendaient la justice. Voyex Adler, Descript. de Rome, p. 241 . C'était aussi là qu'on recevait les ambassadeurs. Voyex Tite-Live, XLV , 20.

Cbâp. XXXVIII. — Tarquinius triumphans Romam rediit. C'est la première mention d'un triomphe qu'on rencontre dans Tite-LiTe et plusieurs écmains attribuent à Tarquin l'origine de cette cérémonie; mais Denys d'Halicarnasse et Plutarque ( Vie de Rom* ), la font remonter jusqu'à Romulus.

Ibid. — Cloacis e fasiigio in Tiberim ductis. Ce monument, le plus important de Rome au témoignage de Pline (XXXVI , 15 ) , a résistéau temos comme semblait

le prévoir le savant Romain (durant a TarquinJo Piisco annis Dccprope inexpugnabiUs ). Voyex la Description de Rome, par MM. Platner, Bunsen, Gerhard et Rœstel, 1. 1, p. 152 et suiv.

Cbap. XXXVIII.— Ad ademin Capitolio Jorts.U ne rut construit que par Tarqoin-le-Snperbe. Voyex chapitre lv.

Cbap. XLI. — Cum trabea. La trabée était une robe blanche bordée de larges bandes de pourpre. C'était le costume des rois qu'adoptèrent les consuls. Celle que por talent les augures était rayée de pourpre ( virgata ou palmata ).

Ibid. — Suas opes firmavit. « Agrippine usa du même stratagème pour assurer l'empire à Néron. Tacite, Ann., XU, 66. Racine, Britann., acte IV, se. n. • Libx.

Ibid. — Suessam Pometiam exsulatum ierant. Sues*a Pometia était la ville la plus importante des Voliques. (Denys d'Haï., IV, 6; Strab., VI, p. 251 ; Tac, Hist. H!. 72; Virg., En., VI, 776 ). Elle fut prise par Tarquinle-Superbe qui y fit un butin considérable ( voy. chapitre lui ), et conquise une seconde fois par les consuls Opfter Virginius et Sp. Cassins , qui la détruisirent de fond en comble ( II, 17 ). Strabon prétend qu'elle existait encore de son temps , mais Pline, beaucoup plus croyable, dit ( V, 5 ) qu'elle faisait partie des vingt-trois villes qui avaient disparu depuis longtemps de cette contrée et particulièrement des marais Pontins , pahtdes Pomptinct, auxquels elle avait donné son nom.

Cbap. XLI II.— Qui centum millium œris. Il est difficile de déterminer le rapport de cette somme à notre monnaie actuelle, les métroJogues n'étant pas d'accord sur la valeur de l'as au temps de Servius. S'il faut en croire Denys d'Halicarnasse, les cent mille as dont parle Tite-Live valaient 100 mines attiques; or suivant les calculs de M. Saigey , la mine attique valait 71 fr. 87 c. ; donc la valeur de l'as était de 0, 07 c, c'est-à-dire d'un huitième plus faible que celle qu'on lui a donnée dans lea tables qui accompagnent le Dictionnaire d'antiquités, par M. BouiDet. On a donc pour la classification de Servius les résultats suivants :

1" classe. 71,870 fr. 00 c.

C'est sur l'appréciation de Denys que s'appuie aussi l'évaluation suivie généralement en Allemagne, et dont void les chiffres:

1 r « classe. 2,152 tbalers.

Mais quel que soit le thater pris ici pour unité, celui de Saxe à 5 fr. 90 c, ou celui de Prusse à 5 fr. 71 c, il est évident qu'il y a dans ces calculs une grave erreur, puisque, quelle que soit la valeur du thaler qu'on a eu en vue, on n'aurait pour les cent mille as, dans la première supposition, que 8,514 fr. 80 c, et dans la seconde que 7,809 fr. 70 c. sommes environ dix fois au-dessous de la valeur réelle.

Feu M. Lies est arrité dans ses calculs à un résultat d'une nature toute différente, et a obtenu pour là première classe 240,000 fr., somme plus que triple de celle à laquelle on parvient en prenant 0, 07 c pour va-

leur de Tas et un peu moins que triple en calculant d'aprêt la valeur 0, 08 c. ,

Cbâp. XLIII.— Clypeum... Scutumpro clypeo. Le clypeum ou clypeus était un bouclier rond qui couvrait suffisamment des hommes armés de pied en cap. Le scntum au contraire ou bouclier long couvrait tout le corps et était nécessaire à des soldats qui n'avaient pas de cuirasse. Il y a entre le clypeus et \escutum la même différence qu'entre Yàoniç et le *w>«<*$ des Grecs ( voyez Blasius Caryophilus, devetcrum Clypeis, p. 45); de même aussi les ocreœ n'étaient autre chose que leurs xrhfuâti,

Ibid. — Additœ nuic classi duœ fabrum centuriœ. Elles furent plutôt ajoutées à la deuxième classe , comme l'affirme Denys d'Halic, IV, 17.

Ibid. — Accensi. Paul Diacre : « Accensi dicebantur, « qui in locura mortuorum subito subrogabantur ; dicti • ita quia ad censum adjiciebantur. » Varro, de L. L. VI, 3 : «Accensi, ministratores. Ascriptivi dicti quod « olim adscribebanlur inermes qui succédèrent armatis ■ militibus. »

Ibid. — Inde una centwria faeta est immunis militia. Un passage de Va 1er i us Flaccus (Festus, s. v. Procensti et Procum, p. 383 et et 587 ; Dacier) porte à croire que Ton avait encore du temps d'Auguste la loi de Servais qui divisait le peuple en classes et eu centuries ; mais, bien qu'à la fin du chapitre lx Tite-Live fasse allusion aux mémoires de Servius (ex commentariis ServiiTuHii), rien ne prouve qu'il ait consulté ce document pour le chapitre xliii. Il ne dit pas qu'il suit Fabius, bien qu'il le cite au chapitre suivant à l'occasion du cens , et rapporte même quelques-unes de ses paroles. Niebubr (t. I, p. 478 ; t. H, p. 175, de la tr. franc.), s'appuie sur la différence des chiffres donnés par Tite-Live et Denys pour révoquer en doute l'authenticité de la constitution du roi Servius ; mais il parait dans l'erreur. La différence tieut à ce que Tite-Live suit Fabius, tandis que Denys donne, d'après les tables des censeurs un nombre plus exact, que Paul Diacre représente aussi d'après d'autres sources. Du reste M. Boeckh vient de prouver dans ses Metrologische Untersuchunqen (p. 427-446), qu'il est fort douteux que les documents relatifs au cens de Servius Tullius soient arrivés intacts et sous leur forme première aux hiitoriens romains ou grecs qui nous les ont fait connaître.

Ibid. — Et ris omnis pênes primores civitatis. Servius en décrétant que l'on ne voterait plus par curie, comme autrefois, mais par centurie, livrait à la première classe la décision de toutes les affaires. En effet une centurie représentant nu suffrage, si la première classe tout entière était d'accord pour adopter ou pour rejeter une proposition, elle devait nécessairement avoir la majorité, puisqu'elle avait quatre-vingt-dix-huit suffrages , tandis que les suffrages réunis des autres classes ne pouvaient jamais s'élever au delà de quatre-vingt-quinze. Par ces changements, qui faisaient passer tout le pouvoir entre les mains de ceux qui composaient la première classe , c'est-à-dire des plus riches . Servius remplaça l'aristocratie de naissance par une aristocratie de richesse. Toutefois c'était un avantage pour les plébéiens : c'était un progrès pour eux ; car dans l'ancien système , ils n'auraient jamais pu aspirer qu'à devenir les clients des patriciens, tandis que maintenant si la fortune leur venait ils pouvaient au moins, à titre de riches, prendre part aux affaires de l'état. La richesse est une chose mobile, qui passe de main en main, qu'on peut acquérir par son courage, son habileté, son industrie. Un plébéien pouvait donc, en surmontant, 11 est

vrai , d'immenses difficultés , monter peu à peu de classe en classe jusqu'à la première. Un autre avantage que les plébéiens retirèrent de cette organisation nouvelle , c'est qu'étant enrerroés dans une même classe , ils purent se voir, se compter, prendre confiance les uns dans les autres et s'enhardir dans leur lutte contre l'aristocratie, qui les privait ainsi de tout droit politique; d'ailleurs leur nombre venait d'être singulièrement augmenté. Par les lois de Servius, comme nous venons de le remarquer, le client ne connaissait plus son patron , il n'y avait plus que des pauvres et des riches. Tous les pauvres, plébéiens étrangers, clients, affranchis, n'avaient plus qu'un même intérêt. Les lois de Servius peuvent donc être regardées comme des lois populaires, bien qu'elles constituent nne forte aristocratie ; elles affranchirent les plébéiens du joug de la curie ; ils n'étaient rien dans l'état , ils furent dès-lors comptés pour quelque chose. Nous les verrons bientôt commencer nue lutte de plusieurs siècles, pour obtenir des riches l'égalité des droits politiques.

Afin de prévenir les plaintes que les plébéiens pourraient élever, Servius compensa pour eux la non-participation aux droits politiques par divers privilèges qu'il leur accorda. Ainsi les prolétaires, c'est-à-dire les plébéiens de la sixième classe, furent exemptés de tout impôt et même du service militaire, qui, à celte époque où le soldat était contraint de s'équiper et de se nourrir à ses frais, n'était pas un impôt moins lourd que les autres. Quant aux autres classes , elles payèrent collectivement la même somme, c'est-à-dire que le petit nombre des riches de la première classe paya une somme égale à celle que devaient fournir les citoyens beaucoup plus nombreux , mais moins riches , de chacune des classes inférieures. Les cinq premières classes furent obligées au service militaire, mais ceux de la première classe devaient se fournir d'un équipement plus complet et plus cher que les autres. Cette équitable répartition des charges pouvait faire prendre patience, pour quelque temps au moins, anx citoyens de la dernière classe.

Chàp. XLI V.— Pomœrium profert. Voy. à l'occasion du pomœrium, et mieux , pomenium , les notes de M. Burnouf sur les chapitres xxm et xxiv du livre XII des Annales de Tacite, t. II, p. 530 etsuiv.

Cbâp. XLV. — Dianœ Ephesiœ fanum. Le temple de Dianed'Épbèse nefut achevé qu'entre les olympiades XG et C (Cb. Ottfr. Muller, Archœologie der Kunst,$ 80, 1, p. 57, éd. II). Or, Pline (XXXVI, 22) nous apprend qu'il fallut 220 ans pour le construire; ce qui placerait l'époque de sa fondation entre 640 et 600 avant J.-C. ; il n'y aurait donc rien d'étonnant que sous le règne de Servius (577 à 532), cet édifice eut été assez avancé pour que la renomme^ de sa splendeur et de son importance politique fût parvenue jusqu'à Rome.

Ibid. — Ut Romce fanum Dianœ populi Latini cumpopuloRomano facerent.— Tite-Live passe très-rapidement snr l'un des actes les plus importants du roi Servius, sur la confédération latine formée à l'imitation des Ampbictyonies de la Grèce et de l'Asie-Mineure, et dont les députés se réunissaient tons les ans à Rome, centre de la confédération , pour célébrer dans le temple de Diane , élevé à frais communs, les fériés latines. Voyez Denys d'Haï., IV, 25 et 45^0.

Ibid. — Interea Romanus immolât Dianœ. Cette vieille histoire toute sacerdotale se retrouve, comme

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

nous l'avons dôjo dit (p. 762, col. I ),dans Valère-Maxime, VII, 5, 1, et dans Plutarqne ( Quœst. rom.. 4), qui l'emprunte à Juba et à Vairon.

Cbap. XLVI.— Filius neposnefueritparum liquet, etc. D fait allusion à Pison, qui seul de tous les historieus (voy. Denys d'Haï. , IV , 7, p. 655 ) et déterminé par des calculs chronologiques , prétondait que Luciui et Aruns étaient petits-fils et non pas fils de Tarquin-1* Ancien. Cette dernière opinion était celle de Fabius (Denys, iMd., 6 et 50), que Tite-Live prend peut-être pour guide. Plus tard, l'opinion de Pison prévalut, comme s'appuya nt sur la chronologie. (Voyes Denys, Florus, Aorélius- Victor, Plutarque {Public, 21); le discours de Claude dans lesinscriptionsàe Gruter, p. 502 ; Pompon., de Or. Jur., avec la correction de Rynkershœk ; Constantin -Ma nasses ; les Fastes Capitonna.) La version des écrivains plus anciens est également mivie par Cicéron {Brut. 14) , Strabon ( V , p. 251 ) , Anlu-Gelle (XVII, 21 ), etc.

Cbap. XLVIII. — Ad summum Cyprium vicum. Non loin du poteau de la Sœur et des Esquilles. Voyez Vairon, t., iv, 52. Donat, de Urb.Rom.,m t q.;TSardini,III,15.

Ibid. Deponere eum in animo habuisse. Les écrivains plus récents qu'a suivis Denys prétendaient que ce projet avait été la cause de la sédition qui éclata contre Servius.

Cbaf. XLIX. — Inde Tarquintus regnare occœpit.

«Tarquin prit la couronne sans et réélu par le sénat ni par le peuple. Le pouvoir devenait héréditaire ; il le rendit absolu. Ces deux révolutions furent bientôt suivies d'une troisième.

• Son fils Sextos, en violant Lucrèce, fit une chose qui a presque toujours tait chasser les tyrans d'une ville où ils ont commandé ; car le peuple, a qui une action pareille fait si bien sentir sa servitude , prend d'abord une résolution extrême. Un peuple peut aisément souffrir qu'on exige de lui de nouveaux tributs ; il ne sait pas s'il ne retirera point quelque utilité de l'emploi qu'on fera de l'argent qu'on lui demande ; mais quand on lni fait un affront, il ne sent que son malheur, et il y ajoute l'idée de tous les maux qui sont possibles.

• U est pourtant vrai que la mort de Lucrèce ne rat que l'occasion de la révolution qui arriva; car un peuple fier, entreprenant, hardi, et renfermé dans des murailles, doit nécessairement secouer le joug, ou adoucir ses mœurs.

« Il devait arriver de deux choses l'nne : on que Rome changerait son gouvernement , ou qu'elle resterait une petite et pauvre monarchie.

« L'histoire moderne nous fournit un exemple de ce qui arriva pour lors à Rome ; et ceci est bien remarquable : car comme les hommes ont eu dans tous les temps les mêmes passions , les occasions qui produisent les grands changements sont différentes, mais les causes sont toujours les mêmes.

• Comme Henri VII , roi d'Angleterre , augmenta le pouvoir des communes pour avilir les grands , Servius Tullius , avant lui , avait étendu les privilèges du peuple pour abaisser le sénat : mais le peuple, devenu d'abord plus hardi , renversa l'une et l'autre monarchie.

• Le portrait de Tarquin n'a point été flatté; son nom n'a échappé à aucun des orateurs qui ont eu à parler contre la tyrannie ; mais sa conduite avant son malheur , que l'on voit qu'il prévoyait ; sa douceur pour les penples vaincus, sa libéralité envers les soldats , cet art qu'il eut d'intéresser tant de gens à sa conservation, ses ouvrages publics, son courage à la guerre, sa constance dans son

malheur, une guerre de vingt ans qu'il fit ou qu'il fit faire au peuple romain sans royaume et sans biens , ses continuelles ressources, font bien voir qne ce n'était pas un homme méprisable. Les places que la postérité donne sont sujettes, comme les autres, aux caprices de la fortune. Malheur à la réputation de tout prince qui est opprimé par un parti qui devient le dominant , ou qui a tenté de détruire un préjugé qui lui survit ! • Montesquieu, Grandeur et Décadence des Romains, chap. i.

Cbap. L. — Ad lucurn Ferentinœ , s. e. aqna{ioj. ch. li ) , on plutôt Deœ. Ce bois sacré était situé non loin de Ferentinnm, ville du Latinm , dans le pays des Herniques , au pied du mont Albain. C'est là, comme on le voit dans Denys d'Halicarnasse (cf. Tite-Live , VII, 25 et Festus), que se tenaient les assemblées fédéra lives des peuples latins. Tarquin les avait convoqués pour délibérer sur la guerre qu'il projetait contre les Sabins, violateurs du traité conclu avec Servius.

Cbap. LI. — Crate superne injecta. Ce genre de supplice, particulièrement usité chez les Carthaginois (cf. IV, 50; Plaut. Pcen., V, 2. v. 65, et la uote de Taubmann; Tac, Germ., 12; Ferrer., Elect. II, 7; Stewick, ad Veget. III, 4), était exprimé en grec par le mot xoreatovrw^ ( Wesseling. ad Diod. Sic, XVI, 55).

Cbap. LUI.- Gabios propinquam urbem. Gabies, ancienne ville des Volsques, à douze milles à l'est de Rome, et à onze milles à l'ouest de Préneste. C'était une colonie d'Alba Longa. Elle était déjà en ruines sous le règne d'Auguste. Une antique tradition prétendait que Romulus et Rémus y avaient été élevés.

Cbap. LV. — Caput humanum. Tite-Live abrège ici Fabius, auquel il donne plus bas la préférence sur Pison, comme pins ancien et en outre plus digne de foi. Or, Fabius ( Arnob. VI, 7) entrait, sur la découverte de la tête en question , qui était celle d'un certain Oins ou Aulus (cf. Plin. XXVIII, 2; Serv. ad AZn. IX, 448; VIII, 545), dans beaucoup de détails que Pline (toc. cit.) dit être constantissima annalium offirmatio.

Sur l'origine de cette légende et de ses différentes variétés, voyez l'ingénieux article que mon savant ami M. Orioli a publié dans les Annales de l'institut archéologique, 1852, p. 51 -60.

Ibid. — Quadraginta millia pondo argenti. M. Liez prétend qu'au cours d'alors, ces quarante mille livres d'or valaient 96,000,000 fr., somme, ajoote-t-il, qu'on n'aurait pas trouvée alors dans toute l'Italie. Ni l'une ni l'autre de ces deux assertions ne sauraient être admises. Sous la république, la livre d'argent monnayé valait 69 fr. ( voy. Saigey, oovr. cité, p. 74) , donc les quarante mille livres en question ne représentent en francs qu'une somme de 2,760,000 fr. Quant à la richesse de l'Italie sous le règne de Tarquin, c'est assurément la réduire beaucoup trop que de supposer que dans tonte l'Italie on n'aurait pu trouver une somme de 96,000,000. La grande Grèce , la Sicile et l'Étrorie , sinon en numéraire, du moins en métaux conJectiouoés , devaient certainement dépasser ce chiffre.

Cbap. LVI.— Cloacam Maximum. Cetégont existe encore sous son nom antique, et semble encore aujourd'hui, suivant la belle expression de M. Michelet, plus ferme et plus entier que la roche Tarpéienne, qui le domine.

Ibid. — Signiam Circeiosque. Ces deux villes étaient situées sur les frontières des Volsques , la seconde au

bord de la mer sur le promontoire de Circée , aujourd'hui Monte-Circello. Segni est le nom moderne de Signia.

GBiP.LVI.~De/phos admaxlmeinclutuminterris oraculum mittere statuit. Quoi qu'on ait pn dire sur Brutus (Toy. Niebubr, t. II, p. 287 et 295 de la trad. franc.; et M. Michelet, qui renchérit sur les idées de son devancier, 1. 1, p. 79 et soi?.), les rapports de Romeavec l'oracle de Delphes , rapports que Niebuhr ne nie pas , et dont il se fait même un argument en faveur de ses idées sur les livres sibyllins (t. II, p. 284 de la trad. franc; cf. p. 281 ) prouvent en faveur de la civilisation romaine à cette époque et même dans les siècles antérieurs.

Ibid. — Sorore régis natus. La tradition suivie par Denys d'Halicarnasse, et d'après laquelle Tarquinia était la tante du roi et non pas sa sœur , parait beaucoup plus vraisemblable. C'est le seul moyen d'expliquer comment les flls de Brutus étaient à peu près du même âge que ceux de Tarquin , ainsi qu'on le voit dans l'histoire de la conspiration. Resterait la difficulté qui résulte du mot jurent* dont Niebuhr n'a pas manqué de tirer parti. Mais ce mot n'aurait-il pas été pris par Tite-Live dans le même sens que les Grecs donnaient quelquefois au mot v««v<o{ et à ses dérivés v*ontxàç et v««v«xû$, celui de fort , énergique» grand (voy. Plat., Alcib., 1, 2; Plut., Num. ch. i; Ages. , ch. xi ; cf.. les gloses des Hèroîquts de Philostrate, p. 484 , éd. de M. Boissonade; Viger, Idiot., gr. p. H5, M. Boissonade sur Nicétas , Eugenianus, 485). Juvenilis a le sens que les Grecs donnaient au mot vfovtatf dans ces vers de Stace ( Si le. 1 , 4 , 50) :

Ipta etiara cunctos gravis inclementia fatl Terruit , et subili prœces juvénile pericli.

Hoc est ingens precipitium , ingens periculum. — Certes il fallait à Brutus une grande énergie, une grande force d'âme pour se résigner au rôle qu'il soutint jusqu'au moment décisif. Et ce qui semblerait prouver encore que Brutus était plus âgé que les flls de Tarquin , c'est qu'il est chargé de les accompagner. Cornes his additif*. Si le sens proposé pour juvenis était admis, il faudrait placer une virgule après ce root.

Cbap. LVII. — Lance deditam. L'amour des femmes pour les travaux de l'aiguille était regardé par les anciens comme une grande preuve de sagesse (Anth. Pal., VII, 424 ) ; de là les épitbètes de pU/xfoç ( Anth. Pal., VI, 247) et *w<K«/»ydç (Theocr., Idyll. XXVII, 14). L'épithète de lanifica est souvent un sujet d'éloges sur les monuments funéraires. Témoin cette inscription citée par Spon dans ses Mise, Erud. antiq., p. 151.

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